LES PRUSSIENS UX CHAMPS-ELYSÉES
Le 30 janvier 1871 , le minisire de la guerre faisait afficher cet ordre du jour à l'armée de Paris :
« Soldats, marins et gardes mobile?
« Tant qu'une bouchée de pain a été assurée à Paris, vous avez défendu cette grande cité qui a élé, pendant cinq mois, le boulevart de la France; vous l'avez défendue au prix de voire sang , qui a coulé à pleins bords.
« Aujourd'hui que des malheurs inouïs, que votre courage et vos sacrifices n'ont pu conjurer, vous ramènent dans son enceinte, de nouveaux devoirs, non moins sacrés que ceux que vous avez accomplis déjà, vous sont imposés,
m A tout prix, vous devez donner à lotis l'exemple de la discipline, delà bonne tenue, de l'obéissance. Vous le devez par respect de vous-mêmes, par respect pour
notre patrie en deuil , dans l'intérêt de la sécurité publique.
« Vous ne faillirez pas , j'espère , à cette obligation sacrée ; y manquer serait plus qu'une faute , ce serait un crime.
« Officiers , sous-officiers et soldats , restez unis dans un sentiment commun de patriotisme passionné; soutenez-vous , fortifiez-vous les uns les autres , afin qu'après avoir versé tant de sang pour l'honneur de Paris et les plus grands intérêts de la patrie, vous méritiez qu'on dise de vous : Ils ne sont pas seulement de braves soldats, ils sont aussi de bons citoyens. »
Tous les vœux exprimés par le général le Flô ne devaient malheureusement pas être exaucés. On n'allait pas respecter longtemps la patrie en deuil, ni consulter l'intérêt de la sécurité publique. Dès le lendemain, 31 janvier, M. Gambetta semait sur notre sol les premiers germes de guerre civile en cette circulaire restée célèbre :
« Citoyens,
« L'étranger vient d'infliger à la France la plus cruelle injure qu'il lui ait été donné d'essuyer dans cette guerre maudite, châtiment démesuré des erreurs et des faiblesses d'un grand peuple.
« Paris inexpugnable à la force , vaincu parla famine, n'a pu tenir en respect plus longtemps les hordes aile-
mandes. Le 28 janvier, il a succombé. La cité reste encore intacte, comme un dernier hommage arraché par sa puissance et sa grandeur morale à la barbarie.
« Les forts seuls ont été rendus à l'ennemi. Toutefois, Paris, en tombant, nous laisse le prix de ses sacrifices héroïques. Pendant cinq mois de privations et de souffrances, il adonné à la France le temps de se reconnaître, de faire appel à ses enfants, de trouver des armes et de former des armées, jeunes encore, mais vaillantes et résolues, auxquelles i! n'a manque, jusqu'à présent, que la solidité qu'on n'acquiert qu'à la longue. Grâce à Paris, si nous sommes des patriotes résolus, nous tenons en main tout ce qu'il faut pour le venger et nous affranchir.
« Mais, comme si la mauvaise fortune tenait à nous accabler, quelque chose de plus sinistre et de plus douloureux que la chute de Paris nous attendait.
« On a signé, à notre insu, sans nous avertir, sans nous consulter, un armistice dont nous n'avons connu que tardivement la coupable légèreté, qui livre aux troupes prussiennes les départements occupés par nos soldats, cl qui nous impose l'obligation de rester trois semaines pour réunir en repos . en les tristes circonstances où se trouve le pays, une assemblée nationale.
« Nousavons demandé des explications à Paris, et gardé le silence, attendant, pour vous parler, l'arrivée promise d'un membre du gouvernement, auquel nous étions déterminés ù remettre nos pouvoirs. Délégation du gouvernement, nous avons voulu ohéir, pour donner un gage
de modération et de bonne foi, pour remplir ce qui commande de ne quitter le poste qu'après eu avoii été relevé; enfin, pour prouvera tous, amis et dissidents, par l'exemple, que la démocratie n'est pas seulement le plus grand des partis , mais le plus scrupule des gouvernements.
« Cependant personne ne vient de Paris et il faut agir il faut, coûte que coûte, déjouer les perfides combinaisons des ennemis de la France.
m La Prusse compte sur l'armistice pour amollir, énerver, dissoudre nos armées; la Prusse espère qu'une as semblée, réunie à la suite de revers successifs et sous l'effroyable chute de Paris, sera nécessairement tremblante et prompte à subir une paix honteuse.
h II dépend de nous que ces calculs avortent , cl imt les instruments mêmes qui ont été préparés pour tuer l'esprit de résistance le ramènent et l'exaltent.
« De l'armistice faisons une école d'instruction pour nos jeunes troupes; employons ces trois semaines a préparer, à pousser avec plus d'ardeur que jamais l'organisation de la défense , de la guerre.
« A la place de la chambre réactionnaire et lâche que rôve l'étranger, installons une assemblée vraiment natif nale, républicaine, voulant la paix, si la paix assure l'honneur, lerang et l'intégrité de notre pays, mais capable de vouloir aussi la guerre, et prêle à loul plutôt que d'aider à l'assassinat de la France.
« Français,
(i Songeons à nos pères, qui nous onl légué une France compacte et indivisible; ne trahissons pas notre histoire, n'aliénons pas notre domaine traditionnel aux mains des barbares. Qui donc signerait? Ce n'est pas vous, légitimistes, qui vous battez si vaillamment sous le drapeau de la République, pour défendre le sol du vieux royaume de France ; ni vous, fils des bourgeois de 1789, dont l'œuvre maîtresse a été de sceller les vieilles provinces dans un pacte d'indissoluble union; ce n'est pas vous, travailleurs des villes, dont l'intelligent et généreux patriotisme sait toujours représenter la France dans sa force et son unité, comme l'initiatrice des peuplesmodernes; ni vous, enfin, ouvriers propriétaires des campagnes, qui n'avez jamais marchandé votre sang pour la défense de la Révolution, à laquelle vous devez la propriété du sol et votre titre de citoyens !
ti Non, il ne se trouvera pas un Français pour signer cet acte infime; l'étranger sera déçu; il faudra qu'il renonce à mutiler la France, car tous, animés du môme amour pour la mere patrie, impassibles dans les revers , nous redeviendrons forts et nous chasserons l'étranger.
m Pour atteindre ce but sacré, il faut dévouer nos cœurs , nos volontés, notre vie, et, sacrifice plus difficile peut-être, laisser là nos préférences.
i II faut nous serrer tous autour de la République, faire preuve surtout de sang-froid et de fermeté d'âme ; n'ayons
ni passion ni faiblesse; jurons simplement, comme, des hommes libres, de détendre envers et contre tous la France et la République.
« Aux armes 1 i>
11 ne manquait plus que des armes !... Et le gouverneînciil avait lui-même pris la peine (l'en munir les ennemis du pays. — « C'est après les plus laborieux efforts, « publiait-il le 3 février, qu'il a été possible d'obtenir « pour la garde nationale de Paris les conditions cousait crées par la convention du 28 janvier. » Ainsi M. Jules Favre s'était mis aux genoux du comte de Bismarck pour que la garde nationale conservât ses fusils ! Ainsi, cet avocat illustre dont les erreurs nous coûtent deux provinces el près de cinq milliards, cet éminent auteur de notre ruine se faisait naïvement le complice de M. Gambelta , et nous préparait, avec lui, une formidable insurrection 1
Le 4 février, le gouvernement qu'on a, par dérision, nommé siyk-mfirm'm-, faisait publier dans le Moniteur univtml de Bordeaux ces explications touchant la défense el la capitulation de Paris :
ii Citoyens,
« Nous venons dire à la France dans quelle situation '■i .i|ii.~ quel* efforts Paris a succombé. L'investissement a duré depuis le Ili septembre jusqu'au 2G janvier. Pendant tout ce temps, sauf quelques dépêches, nous avons
vécu isolés du reste du monde. La population virile tout entière a pris les armes , les jours à l'exercice et ies nuits aux remparts et aux avant-postes. Le gaz nous a manqué le premier, et la ville a été plongée le soir dans l'obscurité ; puis est venue la disette de bois et de charbon. Il a fallu, dés le mois d'octobre, suppléer à la viande di' boucherie en mangeant des chevaux; à partir du lo décembre , nous n'avons pas eu d'autre ressource.
N Pendant six semaines, les Parisiens n'ont mangé par jour que 30 grammes de viande de cheval; depuis le 18 janvier, le pain, dans lequel le froment n'entre plus que pour un tiers, est tarifé à 300 grammes par jour; ce qui fait en tout, pour un homme valide, 330 grammes de nourriture. La mortalité, qui était de 1,300, a dépassé 5,000, sous l'influence de la variole persistante et de privations de toutes sortes. Toutes les fortunes ont été atteintes , toutes les familles ont eu leur deuil.
« Le bombardement a duré un mois, et a foudroyé la ville de Saint-Denis et presque toute la partie de Paris située sur la rive gauche de la Seine.
n Au moment où la résistance a cessé, nous savions que nos armées étaient refoulées sur les frontières et hors d'étal d'arriver a notre secours. L'armée de Paris, secondée parla garde nationale, qui s'est courageusement battue et a perdu un grand nombre d'hommes," a tenté, le 111 janvier, une entreprise que tout le monde qualifiait d'acte de désespoir. Cette tentative, qui avait pour but de percer les lignes de l'ennemi, a échoué, comme aurait
échoué toute tentative de l'ennemi pour percer les nôtres.
il Malgré l'ardeur de nos gardes nationaux, qui, ne consultant que leur courage , se déclaraient prêts à retourner au combat, il ne nous restait aucune chance de débloquer Paris, ou de l'abandonner en jetant l'armée au dehors et la transformant en armée de secours.
« Tous les généraux déclaraient que cette entreprise ne pouvait être essayée sans folie ; que les ouvrages des Allemands, leur nombre, leur artillerie, rendaient leurs lignes infranchissables; que nous ne trouverions au delà, si par impossible nous leur passions sur le corps , qu'un désert de trente lieues; que nous y péririons de faim , car il ne fallait pas penser à emporlerdes vivres, puisque déjà nous étions à bout de ressources.
« Les divisionnaires furent consultés après les chefs d'armée, et répondirent comme eux. On appela , en présence des ministres et des maires de Paris, les colonels et les chefs de bataillon signalés pour les plus braves. Même réponse. On pouvait se Taire tuer, mais on ne pouvait plus vaincre.
« A ce moment, quand on avait perdu tout espoir de secours cl toute chance de succès , il nous restait du pain assuré pour huit jours et de la viande de cheval pour quinze jours, en abattant tous les chevaux. Avec les chemins de fer détruits, les roules effondrées, la Seine obstruée, ce n'était pas, tant s'en faut, la certitude d'aller jusqu'à l'heure du ravitaillement. Aujourd'hui même nous trem-
blons de voir cesser le pain et les autres provisions avant l'arrivée des premiers convois.
« Nous avons donc tenu au delà du possible, nous avons affronté la chance, qui nous menace encore, de soumettre aux horribles éventualités de la famine une population de deux millions d'âmes.
a Nous disons hautement que Paris a fait, absolument et sans réserve, tout ce qu'une ville assiégée pouvait l'aire. Nous rendons à la population, que l'armistice vient de sauver, ce témoignage qu'elle a été, jusqu'à la lin, d'un courage et d'une constance héroïques. La France, qui retrouve Paris après cinq mois, peut être Hère de sa capitale.
K Nous avons cessé la résistance, rendu les loris, désarmé l'enceinte; notre garnison est prisonnière de guerre ; nous payons une contribution de deux cents millions.
« Mais l'ennemi n'entre pas dans Paris; il reconnaît le principe de la souveraineté populaire; il laisse à noire garde nationale ses armes et son organisation; il laisse intacte une division de l'armée de Paris.
ii Nos régiments gardent leurs drapeaux, nos officiers gardent leurs épées. Personne n'est emmené prisonnier hors de l'enceinte. Jamais place assiégée ne s'est rendue dans des conditions aussi honorables, et ces conditions sont obtenues quand le secours est impossible, et le pain épuisé.
h Enlin, l'armistice qui vient d'être conclu a pour effet immédiat !a convocation , par le gouvernement de la Ré-
publique, d'une Assemblée qui décidera souveraine nie ni de la pais ou de la guerre.
« L'empire , sous ses diverses formes, offrait ;'i l'ennemi de commencer des négociations. L'Assemblée arrivera à lemps pour mettre à néant ses intrigues et pour sauvegarder le principe de la souveraineté nationale. La France seule décidera des destinées de la France. 11 a fallu ic hâter; le relard, dans l'état où nous sommes, était le plus grand péril. En buit jours, la France aura choisi ses mandataires. Qu'elle préfère les plus dévoués, les plus désintéressés, les plus intégres!
ii Le grand intérêt pour nous, c'est de revivre et $i panser les plaies saignantes de la patrie. Nous sommes convaincus que cette terre ensanglantée et ravagée produira des moissons et des hommes, et que la prospérité nous reviendra après tant d'épreuves, pourvu que nous sachions mettre ù profit, sans aucun délai, le peu de jours que nous avons pour nous reconstituer et nous consultes.
n Le jour même de la réunion de l'Assemblée, le gouvernement déposera le pouvoir entre ses mains. Ce jour-là, la France , en se regardant , se retrouvera profondément malheureuse; mais, si elle se trouve aussi retrempée par le malheur et en pleine possession de son énergie et de sa souveraineté, elle sentira renaître sa foi dans la grandeur de son avenir. »
Le i février était vraiment néfaste, car les citoyen» français se virent infliger en ce jour une seconde procla-
mation des gens au cœur brisé, qui ne savaient que li des phrases et dont le manque d'énergie a fait ton* nos malheurs. Bien qu'il soit un peu long, nous devoiv encore transcrire ce document qui fera certainement u jour les délices de l'histoire :
u Français ,
veille de mourir d
Paris a déposé les arm faim.
a On lui avait dit : Tenez quelques semaines, et noirvous délivrerons. II a résisté cinq mois, et, malgré d'héroïques efforts, les départements n'ont pu le secourir.
« Il s'est résigné aus privations les plus cruelles. Il :\ accepté la ruine, la maladie, l'épuisement. Pendant un mois, les bombes l'ont accablé, tuant les femmes, les enfants. Depuis plus de six semaines, les quelques grammes de mauvais pain qu'on distribue à chaque habitant suffisent à peine a l'empêcher de mourir.
« Et quand, ainsi vaincue par la plus inexorable nécessité, la grande cité s'arrête pour ne pas condamner deux millions de citoyens à la plus horrible catastrophe ; quand, profitant de son reste de force, elle traite avec l'ennemi au lieu de subir une reddition à merci, au dehors on accuse le gouvernement de la défense nationale de coupable légèreté, on le dénonce, on le restle.
Que la France nous juge, nous et ceux qui nous
comblaient hier de témoignages d'amitié et de respect, et qui, aujourd'hui, nous insultent!
» Nous ne relayerions pas leurs attaques si le devoir ne nous commandait de tenir jusqu'à la dernière heure, d'une main ferme , le gouvernail que le peuple de Paris nous a confié au milieu de la tempOle. Ce devoir, nous l'accomplirons.
« Lorsque, à la fin de janvier, nous nous sommes résignés à essayer de traiter, il était bien tard. Nous n'avions plus de farine que pour dix jours , et nous savions que la dévastation du pays rendait le ravitaillement ton! il fait incertain. Ceux qui se lèvent aujourd'hui contre nous ne connaîtront jamais les angoisses qui nous agitaient.
n 11 fallait cependant les cacher, aborder l'ennemi avec résolution, paraître encore prêts à combattre t : t munis de vivres.
« Ce que nous voulions , le voici :
<t Avant tout, n'usurper aucun droit. A la France seule appartient celui de disposer d'elle-même. Nous avons voulu le lui réserver. 11 a fallu de longues luli pour obtenir la reconnaissance de sa souveraineté. El est le point le plus important de notre traité.
<t Nous avons conservé à la garde nationale sa liber! et ses armes.
« Si, malgré nos efforts, nous n'avons pu soustrai l'armée et la garde mobile aux lois rigoureuses de guerre, au moins les avons-nous sauvées de la captii
en Allemagne, et de l'internement dans un camp retranché , sous les fusils prussiens.
« On nous reproche de n'avoir pas consulté la délégation de Bordeaux! On oublie que nous étions enfermés dans un cercle de fer que nous ne pouvions briser.
« On oublie, d'ailleurs, que chaque jour rendait plus probable la terrible catastrophe de la famine, et, cependant, nous avons disputé le terrain pied à pied, pendant sis jours, alors que la population de Paris ignorait et devait ignorer sa situation véritable, et que, entraînée par une généreuse ardeur, elle demandait à combattre.
« Nous avons donc cédé à une nécessite fatale.
« Nous avons, pour la convocation de l'Assemblée, stipulé un armistice, alors que les armées qui pouvaient nous venir en aide étaient refoulées loin de nous.
h Une seule tenait encore, nous le croyions du moins. La Prusse a exigé la reddition de Belfort. Nous l'avons refusée, et, par là même, pour protéger la place, nous avons, pour quelques jours, réservé la liberté d'action de son armée de secours. Mais, ce que nous ignorions, il était trop tard. Coupé en deux parles armées allemandes, Bourbaki , malgré son héroïsme , ne pouvait plus résister, et, après l'iicle de généreux désespoir auquel il s'abandonnait, sa troupe était forcée de passer la frontière.
h La convention du 28 janvier n'a donc compromis aucun intérêt, et Paris seul a été sacrifie.
« Il ne murmure pas. Il rend hommage à la vaillance de ceux qui ont combattu loin de lui pour le secourir. Il
n'accuse pas môme celui qui est aujourd'hui si injuste et si téméraire, M. le ministre de la guerre, qui a arrêté le général Chiinzy voulant marcher au secours de Paris, et lui a donné l'ordre de se retirer derrière la Mayenne. « Non ! tout était inutile , et nous devions succomber. Mais notre honneur est debout, et nous ne souffrirons pas qu'on y touche.
« Nous avons appelé la France à élire librement une assemblée qui, dans cette crise suprême, fera connaîtra sa volonté.
ti Nous ne reconnaissons à personne le droit de lui en imposer une , ni pour la paix ni pour la guerre.
« Une nation attaquée par un ennemi puissant Julie jiusqu'à la dernière extrémité ; mais elle est toujours juge de l'heure a laquelle la résistance cesse d'ôlre possible. « C'est ce que dira le pays consulté sur son sort. «Pour que son vieu s'impose à tous comme une loi respectée, il faut qu'il soit l'expression souveraine du libre suffrage de tous. Or, nous n'admettons pas qu'on puisse imposer à ce suffrage des restrictions arbitraires.
« Nous avons combattu l'empire et ses pratiques; nous n'entendons pas les recommencer en instituant de? candidatures officielles par voie d'élimination.
« Que de grandes fautes aient été commises, que de lourdes responsabilités en dérivent, rien n'est plus vrai; mais le malheur de la patrie efface tout sous son niveau; et, d'ailleurs, en nous rabaissant au rôle d'hommes de parti pour proscrire nos anciens adversaires, nous au-
rions la douleur et lu boule de frapper ceux qui combattent et versent leur sang à nos côtés.
(i Se souvenir des dissensions passées quand l'ennemi foule noire sol ensanglanté, c'est rapetisser par ses rancunes la grande œuvre de la délivrance de la patrie. Nous mettons-les principes au-dessus de ces expédients.
« Nous ne voulons pas que le premier décret de convocation de l'Assemblée républicaine, en 1871, soit uii acte de défiance contre les électeurs.
h A eux appartient la souveraineté; qu'ils l'exercent sans faiblesse, et la patrie pourra ôtre sauvée.
m Le gouvernement de la défense nalionale repousse donc et annule, au besoin, le décret illégalement rendu par la délégation de Bordeaux, et il appelle tous les Français à voler, sans catégories, pour les représentants qui leur paraîtront les plus dignes de défendre la France.
h Vive la République! Vive la France! »
Pendant que les murs de Paris se tapissaient de celle prose, M. Gambetta se relirait doucement de la scène politique. — « Ma conscience, écrivait-il le 6 février, me « fait un devoir de résijmer mes fonctions de membre ■ i d'un gouvernement avec lequel je ne suis plus en corn- « muniealion d'idées ni d'espérance. »
Et le dictateur de Bordeaux s'en était allé.
Il avait eu beaucoup de fatigues depuis son voyage du 7 octobre, ù bord du ballon V Armand Barbh. II s'était donné bien du mal à préparer nos défaites, et des travaux
insensés avaient surmené sa jeunesse. Le besoin du repos se faisait vivement sentir.... en attendant des événements qui permissent de ressaisir le pouvoir.
Ses amis comptaient beaucoup sur le résultat des élections du 8 février; mais, à leur grand désappointement, il n'y eut guère que Paris et les grandes villes qui acceptèrent les hommes de leur choix. Paris, la cité intelligente, avait bien écrit sur ses murs : « Plus d'avocats! plus d'avocats! n Elle avait bien éliminé, parmi les trois ou quatre cents candidats qui se présentaient, les personnages excentriques, tels que le gymnastique Paz et Marinoni, l'homme au portrait, et ce capitaine de la garde nationale émettant le vœu que les hommes de sa compagnie touchassent indéfiniment trente sous par jour, jusqu'à la consommation des siècles. Mais Paris, la ville folle, était alors en carnaval , et ses aspirations joyeuses consacrèrent les élus que l'on sait. En tGle de liste émergea M. Louis Blanc, le metteur en scène de la république de droit divin, d'une république au-dessus du suffrage universel. L'élite de la troupe se composa de M. Victor Hugo, de MM. Garibaldi, Gamhetta, Rochefort, Delescluze, Pyat, Lockroy, Ploqnet, Minière, Tolain, Malon. Ce fut une immense plaisanterie, de sinistre augure. Par l'effet naturel de ce principe métaphysique qui veut partout le contact des extrêmes, la province vint à tirer de l'urne des noms qui formèrent une singulière antithèse avec ceux des élus de Paris. On pouvait, dès ors, espérer une heureuse pondération d'idées et dft
sentiments, une utile résultante d'efforts exercés en sens contraires. Rêves trompeurs! on comptait sans les gens qui jadis ont inventé le suffrage universel, et l'ont défendu vingt ans comme une vieille arche sainte; mais qui ne veulent plus se soumettre à ses lois dès que la majorité leur échappe. Ces honnêtes républicains s'empressent alors d'insulter les hommes de bonne foi qui, subissant ledit mode de suffrage, tiennent à en respecter les résultats, quelque bizarres qu'ils soient. Puis.... ils prêchent sourdement ou, mieux encore, ouvertement la révolte, en réservant expressément la dénomination de patriotes aux déclassés qu'ils embauchent pour le succès de leurs entreprises iiisuireelioiinelles.
L'événement devait fatalement se produire en 1871. L'assemblée nationale venait de se réunir à Bordeaux le 12f6vrieret, dès ses premières séances, elle s'entendit outrager par le public des tribunes. Les députés de province lurent, on se le rappelle, flagellés du nom de ruraux... c'était la déclaration de guerre du parti dit socialiste.
A la même époque, la police saisit à Paris dix mille hombes Orsini, et quelques milliers d'appareils d'un modèle analogue, chargés de fulminale de mercure. Les pillages recommencèrent sur tous les points avec une extrême intensité, et les citoyens prolétaires exercèrent le droit de visite des propriétés avec l'ardeur qu'ils avaient mise, le 20 janvier, a piller les Halles centrales et les chantiers de gabionnage de l'avenue d'Orléans. De vio-
lents murmures éclatèrent dans les rangs de la garde ailionale quand les décrets des 15 et 18 février essayèrent de réglementer sa solde; surtout, quand un ordre iv l'é tiit-major général lui prescrivît la réintégration de sïs objets de campement dans les magasins de l'État. Les carieaLuristes de bas étage qui, depuis quinze jours, crayonnaient ignoblement le général Trochu, le délassèrent subitement pour charger la personne de M. Thiers, nommé chef du pouvoir exécutif par un vote de l'Assemblée nationale du 1H février. Une presse sans nom, h presse du ruisseau, se mit à éclabousser les passant* inoffensifs, et le Cri du peuple, d'un nommé Vallès, Gt, sans détour, appel aux instincts sauvages que le cœur parisien nourrit toujours à l'état latent. Enfin, à l'occaajfi de l'anniversaire du 21 février, les assassinats commencèrent. Nous empruntons au Journal des Débats ce récit de; événements de la journée du 26 :
Depuis vendredi, des manifestations ayant pour but de célébrer l'anniversaire de la révolution du 21 février IMts oui lieu place de la Bastille; mais, jusqu'il' i, l'al'Aiiencf n'avait pas été aussi considérable que celle que nous avoo* conslatée pendant toute la journée d'aujourd'hui, dimanche, au pied de la colonne de Juillet.
Depuis dix heures du matin jusqu'à six heures du s on n'a pas cessé de voir dénier les détachements de ; des nationaux, accompagnés de leurs officiers, précéi les uns, de la musique du bataillon; les autres, des bours ou des clairons.
— :ïîi —
Vers midi , les quatre faces de la base de la colonne
commencent a se garnir de couronnes d'immortelles disposées en croix, de fanions et de drapeaux. A chacun des mascarons qui se trouvent sur les bandeaux du fût , et qui servent à donner du jour dans l'escalier, on voit des couronnes suspendues.
Sur la plate-forme du chapiteau, les grilles du pourtour sont complètement garnies de drapeaux ornés d'un crêpe. Une couronne a été passée dans le bras droit du génie de la liberté; une autre, entourée d'un long crêpe noir (iottant au gré du vent, est posée sur la tète du génie.
Nous voyons défiler successivement des détachements des 209% 93°, 60', 56" et 21 T bataillons de la garde nationale. Personne n'était armé. Quelques officiers seuls portaient leurs sabres.
Pour tous les bataillons, la manifestation s'accomplit absolument de la même manière : les délégués, précédés des tambours et des clairons, ou des musiques, et accompagnés des officiers et des drapeaux, pénètrent par la porte faisant face à la rue Saint-Antoine; ils défilent autour de la colonne, à l'intérieur des grilles, et arrivent sur le pourtour du socle en marbre, en gravissant des échelles de gazier. Des commissaires, portant sur la poitrine, en guise de signe distinctif, une cocarde rouge, prennent les couronnes et les drapeaux sur lesquels sont inscrits les numéros des compagnies et du bataillon qui viennent participer à la manifestation.
Lorsque les couronnes et les drapeaux sont fixés à
— ÏO —
l'endroit indiqué, le commandant du détachement se découvre, on bat aux champs, la musique, — quand celleci accompagne le détachement, — exécute un air patriotique, cl les cris de : Vive la République! sont répétés de toutes parts. Parfois il arrive que l'un des officiers prononce ou lit un -petit speei-h, qui a générale ment pour objet de déclarer a que le peuple de Paris, par respect pour la mémoire des illustres victimes qui ont succombé en défendant la liberté, entend défendre la République jusqu'à la mortl »
Chacun redescend par l'une des deux échelles qui servent à monter sur le socle, puis on se range sur la place et l'on regagne son quartier en bon ordre.
A notre arrivée, un officier du 13-1° bataillon exalte « la république universelle , qui seule doit régénérer le monde. » Un officier du 5fi f bataillon traite en deux mots le infime sujet.
Après lui, un officier du 238" bataillon prononce une allocution qui obtient un certain succès dans la foule : « Les exploiteurs du monopole, dit-il, semblent croire que le peuple est toujours en tutelle. Ils paraissent oublier qu'il s'est quelquefois réveillé subitement, et qu'il a su faire acte de majorité quand il s'est affirmé en 93, en 1830, en 1818, ainsi qu'en 1870. »
Il termine son discours en déclarant que le peuple de Paris a veut lutter à outrance, au nom de la Itépubliqui afin de n'être pas Prussien. »
A ce moment, un individu, coiffé d'un képi à band
rouge, assez semblable à ceux que portent les gardiens de la pais mobilisés, et vêtu d'une capote grise dont chaque manche est ornée de deux galons d'or, insignes du grade de sergent-major, apparaît au dedans de la grille et attire l'attention de l'officier du 238' bataillon; on chuchote en se le désignant. Quelques gardes nationaux se dirigent vers lui et l'interpellent assez vivement sur le motif de sa présence. Immédiatement les cris : « C'est un mouchard! c'est encore un agent de Piétri! enlevezle donc! » se font entendre.
Alasuited'uncourtcolloque, pendan t lequel on parvient difficilement à faire taire ceux qui accusent le sergentmajor d'être un agent de police, celui-ci demande la parole. Le silence s'établit; l'orateur se découvre et explique <i qu'il est arrive hier soir des départements. 11 pourrait presque se dire délégué des départements, car il a beaucoup vu et sait beaucoup de nouvelles; en outre, par les renseignements qui lui sont parvenus de tous les côtés, car il connaît énormément de monde i Ce début parait étonner la foule. L'orateur s'en aperçoit et s'écrie : « Ce que je vous dis ne doit pas étonner les personnes qui méconnaissent; elles ne vous étonneront pas davantage quand j'aurai fait connaître mon nom. Je m'appelle Budaille. »
L'orateur est immédiatement l'objet d'une démonstration sympathique de la part de ceux qui, un instant auparavant, ie traitaient de mouchard. Quant à son disroiirs, il peut se résumer ainsi : « Si Gambella n'a pas
réussi, si nos troupes n'ont pas été victorieuses en province et à Paris, si l'ennemi n'a pas été repoussé, et si ia capitale n'a pas été débloquée, c'est parce que le gouvernement de la défense nationale a trahi. »
Le citoyen Budaille annonce qu'il a les mains pleines de preuves à l'appui de son assertion ; il les produira e autre fois et autre part qu'à cette tribune en plein air, parce qu'il n'a pas assez de temps pour le faire » .
A cet instant, des clameurs, des vociférations sinistres, partant du côté de la rue Saint-Antoine, viennent faire diversion. Nous voyons un groupe composé de 2 a 300 personnes conduire ou plutôt traîner un individu asseï bien vêtu, ayant la tetc nue, et que tiennent au collet deux chasseurs à pied. Cent voix crient à la fois : n A l'eau là l'eau! c'est un roussinl c'est un mouchard de Piétri ! » D'autres crient : « Ah I ils se figurent qu'ils vont recommencer leurs jeux de easse-tete I pas de pitié 1 il faut faire un exemple qui nous débarrasse des mouchards!
S'il faut en croire les on-dit de la foule, cet individu avait été vu, un crayon à la main, prenant note des numéros des bataillons arrivant sur la place. Interpellé à ce sujet par des chasseurs à pied, il aurait répondu que cela ne les regardait pas. Ceux-ci l'auraient appelé mouchard, et il aurait frappé un des militaires avec un cassetèlc. On se serait jeté sur lui, on l'aurait fouillé et on aurait alors trouvé dans les poches de sou paletot un revolver, ainsi que des papiers émanant de !a préfecture et il diquant qu'il appartenait à ia police. Celte découverte
aurait excité une colère qui n'avait pas lardé à dégénérer en une exaspération furieuse, qu'il devenait extrêmement difficile de calmer.
Le malheureux fut traîné du côté du canal, et l'arrêt de la foule allait être exécuté sans miséricorde, lorsque des citoyens plus calmes eurent la bonne pensée de pousser la foule devant le poste, où pénétrèrent l'individu arrêté et quelques-uns de ceux qui le conduisaient. L'officier qui commandait la compagnie de garde nationale de service (94° bataillon) lit fermer les grilles.
Les deux quais se garnissaient de milliers de curieux. Un millier d'autres slationnaient devant le poste, et réclamaient le prisonnier ou l'exécution de la sinistre sentence. L'officier monta sur la grille et expliqua à la foule que son devoir était de garder le prisonnier, afin de le faire envoyer à la préfecture ; il engageait donc le public à se calmer. On ne tint aucun compte de ses exhortations. On cria : « C'est cela, ils vont le faire échapper I Qu'on nous le rende I h
Des chasseurs â pied escaladèrent la grille et s'introduisirent dans le poste, d'autres citoyens en firent autant. Le poste ne larda pas à être envahi, et on reprit le prisonnier, que l'on put encore sauver en l'entraînant de l'autre côté de la place, près de la rue de la Roquette. Mais les furieux, s'excitant les uns les autres, n'étaient point satisfaits; ils poussaient les cris de : « Tapez dessus! il faut l'assommer! Ne le laissez donc pas aller par Jàl II faut le noyer! .1
Pendant ce temps, les coups de poing et les coups de pied plcuvaient sur le prisonnier, qui était plus mort que vif, et dont l'attitude aurait cependant dû exciter la commisération de ceux qui le maltraitaient.
Chose inouïe! à cette heure-là, une heure, il pouvait y avoir sur la place de la Bastille environ vingt mille personnes. Les forcenés qui réclamaient la mort de la victime n'étaient pas plus de quatre ou cinq cents, et encore y avait-il parmi eux deux cents gamins. Eh bien ! cette minorité l'a emporlé. On a repoussé le prisonnier vers le boulevard Bourdon. Là, il a supplié qu'on lui permit de se brûler la cervelle. Les chasseurs à pied, qui n'avaient pas cessé de le tenir au collet , le firent monter sur un banc un peu plus loin que le bâtiment du grenier d'abondance, et posèrent à la foule celle question: « Voulez-vous permettre au prisonnier de se brûler la cervelle avec son revolver? — Non, nonl répondirent deux cen ts voix éraillées, à l'eau, à l'eau! il n'aurait qu'à tirer sur quelqu'un ! ne lui rendez pas son revolver
Le cortège s'avança par le quai Henri IV. La rage des forcenés avait redoublé. Ils poussèrent la cruauté jusqu' prévoir le cas où la victime pourrait" savoir nager et, par suite, échapper à la mort. Ils prirent la précaution , sur la berge, de garrot ter leur prisonnier et de lui attacher solidement les bras et les jambes. On le porta comme un véritable paquet en passant sur les péniches amarrées à cet endroit, et on le lança à une assez grande dislance dans la Seine.
Nous ne saurions trop le répéter, un pareil acte a pu être commis impunément en présence de plusieurs milliers de spectateurs, qui se bornaient à assister paisiblement à toutes les péripéties de ce drame émouvant.
Le courant n'a pas tardé à entraîner le corps du malheureux. Des misérables, poussant la férocité jusqu'à ses dernières limites, lui jetaient des pierres et s'armaient de bâtons pour repousser le corps que le courant ramenait près des bateaux.
A plusieurs reprises, les pilotes de deux bateauxmouches se sont approchés de façon à pouvoir jeter la bouée de sauvetage, mais chaque fois on leur criait de se retirer. Et , comme ils ne tenaient pas compte de ces cris, on leur adressait des menaces violentes. Ne paraissant pas bien comprendre ce qui se passait, ils ont fini par s'éloigner.
La victime de ce crime odieux a été entraînée sous l'estacade qui existe à la pointe de l'île Saint-Louis, où elle a disparu. Les recherches qui ont été faites ensuite pour retrouver le corps sont restées infructueuses.
Ces horribles scènes n'ont pas duré moins de deux heures.
Sur le quai Henri IV, deux personnes ayant hautement blâmé ce qui venait de se passer, sont huées et poursuivies par une bande de gamins. Ce n'est pas sans peine que ces honorables citoyens parviennent à échapper aux cris de : « A l'eau, à l'eau ! c'est un mouchard! »
— le ■
Beautreil-
proférés contre eux. HueduPeLil-Musc et rue Beaulreil lis, on poursuit d'autres individus que l'on accuse encore d'appartenir à la police; presque au même moment, un fait semblable se produisait boulevard Beaumarchais.
Nous revenons place de la Bastille, et nous voyons successivement défiler les détachements des 74% 164% 77% 219" bataillons, la 7" compagnie du 183% qui est précédée d'un fanion vert, au milieu duquel figure le bonnel rouge phrygien, avec une cocarde tricolore; le 1.13°, précédé d'nn drapeau noir sur lequel sont inscrits ces mots : « La république ou la mort I » Ce drapeau est hissé à la grille du chapiteau, à côté d'un autre également noir, appartenant à un bataillon dont nous ignorons le numéro, et qui porte ceLte ioscriplion : « Libre pensée. — Deuil politique! »
Viennent successivement des délachements du 102% du S" bataillon de guerre; des 57 e , 19% 207% 65% 191% 27% 160% 118% 170% 182'; la loge de l'Alliance, du rite écossais; des gardes mobiles du 5" bataillon de la Seine, des zouaves, des francs-tireurs, douze soldais du 4 e bataillon du 20' de ligne ; des gardes nationaux du 14 e arrondissement (Montrouge), des délachements des 64% 52% 158% 190% 114% 86% 144*.
Vers cinq heures, on attache au bras droit du génie de la liberté un drapeau rouge qui vient d'être apporté par des gardes nationaux.
La foule qui envahit la place, l'entrée du faubourg SainUAntoine, la rue Saint-Antoine et les boulevards,
augmente à tel point que la circulation des voitures devient extrêmement difficile. Les chevaux sont forcés d'aller au pas; malgré cette afflucnee, nous trouvons la rue de Rivoli remplie de monde se dirigeant vers la colonne
Éla Bastille.
..es cafés, tes marchands de vins et les marchands de 1rs d'immortelles sont les seuls qui n'aient pas lieu de se plaindre de la journée. ■
Tel est le récit du Journal i/es Débats.
Ce mûmejour, 26 février, des officiers de zouaves, passant place de la Bastille sans saluer la colonne , étaient arrêtés par la fouie, maltraités et laissés pour morts.
Ainsi, dès celte époque, sous prétexte de patriotisme et de républicanisme à outrance, les Parisiens en étaient à l'assassinatl.... Ils n'avaient plus rien à envier aux scélérats de la Dordogne qui, le 16 août précédent, avaient brûlé vif, a Haulefaye, le jeune M. deMoneis, convaincu de professer des opinions politiques qui déplaisaient au peuple.
La nuit du 26 au 27 fut extrêmement agitée, et, le 27 au matin, le. général commandant la garde nationale et l'armée de Paris faisait afficher cet ordre du jour qui n'a besoin d'aucun commentaire :
: Le rappel a été, cette nuit, battu sans ordres. ■ Quelques bataillons, la plupart trompes, ont pris les îes et ont servi, à leur insu, de coupables desseins, i II n'en est pas moins constant que l'immense majn
rite de la garde nationale résiste à ces excitations, et qu'elle a compris les devoirs imposés en ce moment A tout bon citoyen , à tout Français digne de ce nom.
a Le gouvernement lui confie donc sans hésitation la garde de la cité; il compte sur son dévouement, sur son intelligence, pour maintenir, dans ses quartiers, un ordre scrupuleux dont elle comprend plus que jamais la nécessité. La moindre agitation peut fournir des prétextes el amener d'irréparables malheurs. La garde nationale aidera ainsi la ville de Paris à traverser une crise douloureuse et elle la préservera de périls que le calme et la dignité peuvent seuls conjurer. Les auteurs des désordres seront recherchés activement et mis dans l'impuissance de nuire,
« Le gouvernement s'est adressé à la population tout entière et il lui a fait connaître la situation générale.
« Le général commandant supérieur l'ait appel a h yarde nationale, et, au nom des intérêts les plus sacrés de Paris et de la France, il attend d'elle un concours actif, dévoué et patriotique. »
Malgré cet appel pressant et digne, l'afiluence ne fut pas moins grande que les jours précédents sur la place de la Bastille. Plus que jamais, les couronnes jaunes El les drapeaux rouges pavoisèrent cette colonne de Juillet, dont la disparition serait moins regrettable que la chute du lut de la colonne Vendôme. Les discours les plus incendiaires sortirent de la bouche des énerguraenes de
ïnes de ]»
rue , et la foule y applaudit avec frénésie. C'était l'aurore d'une révolution nouvelle... et les chefs du parti socialiste
se promettaient, cette fois, de travailler Paris jusqu'à l:i mort. Les circonstances favorisaient singulièrement leurs projets, car, ce môme jour, 27 février, le gouvernemenl dressait aux Parisiens la proclamation qui suit
i Le gouvernement l'ail appel à votre patriotisme et à ; sagesse; vous avez dans les mains le sort de t de la France elle-même. Il dépend de vous de lei rou de les perdre.
i Après une résistance héroïque, la faim vous a con- ?aints de livrer vos forts à l'ennemi victorieux; les armées qui pouvaient venir à votre secours ont été rejetées derrière la Loire. Ces faits incontestables ont obligé te gouvernement et l'Assemblée nationale à ouvrir d gociations de pais.
a Pendant six jours, vos négociateurs ont disputé le terrain pied à pied; ils ont fait lout ce qui était humainement possible pour obtenir les conditions les dommageables. Ils ont signé des préliminaires de paix qui vont être soumis à l'Assemblée nationale.
« Pendant le temps nécessaire à l'examen et à la discussion de ces préliminaires, les hostilités auraient recommencé et le sang aurait inutilement coulé sans une prolongation d'armistice.
« Cette prolongation n'a pu dire obtenue qu'à la condition d'une occupation partielle, et très- momen Une e,
d'un quartier de Paris. Cette occupation sera limitée au quartier des Champs-Elysées. Il ne pourra entrer dans Paris que trente raille hommes, et ils devront se retirer dès que les préliminaires de paix auront été ratifiés, ce qui ne peut exiger qu'un petit nombre de jours.
« Si celte convention n'était pas respectée , l'armistice serait rompu : l'ennemi, déjà maître des forts, occuperait de vive force la cité tout entière ; vos propriél chefs-d'œuvre , vos monuments, garantis aujoun la convenlion, cesseraient de l'Être.
« Ce malheur atteindrait toute la France. Les affrcus ravages de la guerre , qui n'ont pas encore dépassé la Loire , s'étendraient jusqu'aux Pyrénées.
« 11 est donc absolument vrai de dire qu'il s'agit du salut de Paris et de la France. N'imitez pas la fauta de ceux qui n'ont pas voulu nous croire , lorsque, il y a mois, nous les adjurions de ne pas entreprendre guerre qui devait être si funeste.
« L'armée française, qui a défendu Paris avec tant de courage, occupent la gauche de la Seine pour assurer la loyale exécution du nouvel armistice. C'est à la garde nationale de s'unir à elle pour maintenir l'ordre dans le reste de la cité.
« Que tous les bons citoyens qui se sont honorés à si tête, et se sont montrés si braves devant l'ennemi, reprennent leur ascendaut, et cette cruelle situation d'aujourd'hui se terminera par la paix et le retour de la prospérité publique, a
Et les <■■.. lijtuns prtta a liit-r boa parti
. Ém h talents diplomatiques de M. Favrv, pen>riL'Ql. que , griec à cet habile négociateur, ils allaient pouvoir jouer les victimes. ... Ie< victime-; ttifBÉMI d'iinespritd'indiguatioa patriotique!... et, en i'oii-ii| m i\i.c de ce saint courroux, agiter leurs bandes années. Les Prussiens entrer dans Paris!.... jamais le pffliplfi ne le souffrirait. Et le peuple tapait sur les fusils, et il caressait les canons qu'il ne voulait pas laisser tombe: au\ mains des soldats de l'empereur Guillaume. Kl P«g«M prussienne de Paris collab&rait , comme par un accord tacite, avec les socialistes et les gens de l'intm-iuttinnittr. Elle jetait des floU d'huile sur un brasier déjà rouge el incandescent. M. de Bismarck niera sans doute toute participation aux préludes d'une guerre civile qu'il lui importait tant de faire naître. Sait ! il est sans doute tiop galant homme pour se commettre avec lu papHÙtit de Paris. Qu'il veuille doue bien nous faire connaîtra pourquoi, lorsque nous avons combattu l'insurrection, les Prussiens nous ont empêché de compléter en temps utile nus opérations d'investissement.
La soirée du 27 laissa percer des symptômes non équivoques des dispositions hostiles de la garde ualiona!e, et de l'état d'insubordination dans lequel elle enlendait se maintenir. L'amiral commandant supérieur du 3° secteur ayant demandé à quelques chefs de bataillon s'il pouvait compter sur eux : « Nous relevons du « comité central, répondirent-ils, et nous avons pris tenga-
a geinent de n'agir que d'après tes instructions. .> L'amiral, comprenant les dangers d'une telle situation, Ht rentrer dans l'intérieur de Paris ses troupes désarmées en vertu des clauses de l'armistice; et les Bellevillois en profitèrent pour piller les magasins à poudre qu'on avait eu l'imprudence de confier à leur garde.
La journée du 28 février fut témoin d'une agitation tout aussi inquiétante que celle de la veille. Une troupe de Bellevillois, précédée de clairons et de tambours, se dirigea vers la caserne de la Pépinière pour inviter les marins à prendre part à une manifestation dite patriotique, qu'on avait projetée pour la nuit. Voici comment le Journal officiel rendit compte de l'échec de cette nouvelle tentative, assez adroitement machinée par les délégués du peuple :
a Vivement attaquées, les portes cédèrent, et la foule entra dans la cour, où déjà les marins avaient pu Être mis en rangs par les soins de leurs officiers. Toutes les tentatives faites pour les entraîner restèrent impuissantes jusqu'au moment où leur commandant, voyant les chambres et les magasins aux vivres envahis, crut devoir permettre aux bataillons qui n'étaient pas de service de sortir de la caserne.
« Animés d'abord par l'idée d'empêcher les Prussiens d'entrer dans Paris , un certain nombre de matelots se mêlèrent à la foule qui se dirigeait, en suivant les boulevards , vers la place de la Bastille ; mais bientôt , com-
prenant ce qu'on espérait d'eux, la plupart se séparèrent volontairement des agitateurs. Quelques amiraux qui les rencontrèrent leur signalèrent le danger de pareilles manifestations, et cet énergique appel fut entendu.
« Trente matelots environ arrivèrent jusqu'à la place de la Bastille et furent, tout d'abord, invités à prendre part à un banquet en plein air : mais, comprenant enfin qu'on cherchait à les embaucher pour le désordre , ils se retirèrent peu à peu et rentrèrent à leur caserne ; ce matin, il ne manquait que huit hommes à l'appel.
« Quant aux marins casernes, au nombre de six mille, à l'École militaire, aucun d'eux ne s'est absenté. »
Ce même jour, 28, vit s'affirmer au grand jour l'influence d'une société secrète qui avait béatement adopté le nom de Comité central de la garde nationale. Elle donnait à la population des ordres encore timides, mais des ordres !.. Nous reproduirons l'affiche de ce pouvoir nouveau, qui déjà battait en brèche l'autorité régulièrement constituée.