‹ Guerre des communeux de Paris, 18 mars - 28 mai 1871Chapitre 5 sur 34 · COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE

« Citoyens,

u Le sentiment général de la population paraît être de ne pas s'opposer à l'entrée des Prussiens dans Paris. Le Comité central, qui avait émis un avis contraire, déclare qu'il se rallie à la résolution suivante :

— ôk —

« 11 sera établi, tout autour des quartiers que duil occuper l'ennemi, une série de barricades propres à isoler complètement celte partie de ia ville. Les habitants de la région circonscrite dans ces limites devront l'évacuer immédiatement.

» La garde nationale, de concert avec l'armée formée en cordon tout autour, veillera à ce que l'ennemi, ainsi isolé sur un sol qui ne sera plus notre ville, ne puisse, en aucune façon, communiquer avec les parties retranchées de Paris.

« Le Comité central engage donc toute la garde nationale à prêter sou concours à l'exécution des mesures nécessaires pour arriver à ce but et éviter toute agression qui serait le renversement immédiat de la République. »

Une autre affiche, anonyme et manuscrite, donnait d'ailleurs des indications précises touchant l'état d'avancement de l'organisation des bandes qui devaient, moins de vingt jours après, se ruer en sauvages sur le pauvre Paris. Ce factum était curieux, et nous en avons alors pris copie sur les murs :

« Une convention a permis aux Prussiens d'occuper les Champs-Elysées, de la Seine au faubourg Saint-Honoré jusqu'à la place de la Concorde.

h Soit! plus grande sera l'injure, plus terrible sera la vengeance.

« Cependant, si quelque pandour ose sortir du périme-

tre de notre honte, qu'il soi t 'aussitôt déclaré traître ; qu'il devienne à l'instant cible pour nos balles, mechc pour notre pétrole, but pour nos orsiniennes, gaine pour nos poignards!

<' Qu'on se le dise!

« Par décision des Horaces,

« Le scribe : Populus. »

Le lendemain, i" mars, fut vraiment un jour de deuil public, et l'attitude de Paris put un instanl l'aire espérer que les nuages sombres allaient enfin disparaître de s horizon. C'était le jour où, conformément aux stipulations des préliminaires de paix, l'armée prussienne devait faire son entrée. Dès le matin, les édifices publics (la Bourse elle-même), les magasins, les cafés, les boutiques, tout fut fermé, sur les quais, sur les boulevards, dans les r des quartiers les plus reculés. Partout des drapeaux tricolores au crêpe noir, ou des drapeaux noirs aux fenêtres; d'autres crêpes noirs au chapeau des passants; c voiles noirs au visage des statues de la place de la Concorde!.. Un journal annonçait que, suivant la décision prise par toute la presse, il ne paraîtrait plus durant l'occupation prussienne, et terminait ainsi son article sur l'aspect de Paris :

« Paris a volontairement suspendu sa vie. Il sent 1; responsabilité qui pèse sur lui en ces jours doulou-

reux. 11 comprend qu'il dépend de lui de ne pas ajoti 1er aux malheurs qui accablent la patrie des malheui plus terribles et peut-être irréparables; il compreni qu'il se doit à lui-même et à tous ceux qui, dans le monde entier, lui ont témoigné et lui témoignent tous les jours tant de respect et de si touchantes sympathies, de supporter avec une dignité flère celte nouvelle épreuve; il comprend enfin qu'après ces derniers mois, où il a été héroïque devant le danger, devant la faim, devant les misères de toutes sortes, il lui restait à se montrer capable d'un courage plus difficile encore :

calme. »

Les Prussiens devaient entrer à dix heures du matin ; a neuf heures et demie, ils se répandaient déjà dans les Champs-Elysées, et, à trois heures, on les vit déboucher, musique en tête, sur la place de la Concorde. Cette musique barbare chatouilla désagréablement les oreilles des Parisiens, qui, jusqu'alors, étaient demcuréssilencieux. De violents coups de sifflets et des huées prolongées accompagnèrent jusqu'au soir les indécents concerts d'un pi; vainqueur.

Ce soir du i" mars , a sept heures et demie, un téli gramme de Bordeaux nous annonça que l'assemblée nationale venait, à la majorité de 346 voix contre 107, de ratifier les préliminaires de paix. L'occupation prussienne ne devait donc pas être de longue durée. Le lendemain 2 mars, à six heures du matin, le ministre des affaires

étrangères partait pour Versailles, et l'échange des ratifications avait lieu. Le soir, à neuf heures, tout était réglé entre les généraux français et allemands pour l'évacuation des troupes du roi Guillaume.

La journée du 2 fut monotone pour les Prussiens. Parqués sur la place de la Concorde, ils y tournoyaient comme des bêtes fauves, et considéraient, d'un œil en- . nuyé, la statue de Strasbourg, trop honorée de quatre factionnaires bavarois. Pour opérer une distraction, leur musique reprit son tapage de la veille et ne fit que soulever, dans la rue Royale, des tempêtes de sifflets. Les officiers qui chevauchèrent au jardin des Tuileries se firent huer par une foule menaçante; ceux qui tentèrent de visiter le Louvre eurent un désappointement complet. Jamais l'armée prussienne ne pardonnera à M. de Bismarck de ne lui avoir offert que ce triste aperçu de Paris.

Le 3 mars, la proclamation suivante était adressée aux, habitants :

« L'armée allemande a évacué ce matin à 11 heures les quartiers où elle avait pénétré. Pendant son séjour, la tenue de Paris a été au-dessus de tout éloge ; partout, les lieux publics, les établissements industriels, les magasins des commerçants se sont fermés spontanément.

« Des cordons de ligne et de garde nationale, soigneusement disposés, ont formé, entre les troupes allemandes et la population, des frontières provisoires qu'ils ont fait respecter.

« Les occupants , laisses à eux-môraes, ont pu comprendre que, si ie droit succombe parfois devant la force, il n'est pas si facile de dompter les âmes, et que la fortune de l;i guerre ne domine pas seule le monde.

« Nous devons un juste tribut de reconnaissance aux habitants des arrondissements qui ont supporté la présence de l'étranger; ils ont racheté leurs concitoyens, préservé la cité de malheurs imminents et conservé Belfort a la France.

ci Les municipalités du yu.V, du xvi e et du xvir* arrondissement ont fait leur devoir avec autant de zèle que d'abnégation. Paris n'aura jamais assez de respect pour ces magistrats dévoués qu'il trouve auprès de lui à toutes les heures de danger et de douleur.

« Le gouvernement de la République les remercie ; il comptera toujours sur eux, comme il compte sur la population, pour faire que Paris reste l'une des premières villes du monde. »

Todtes les causes de désordre semblaient donc devoir disparaître; mais le départ précipité des Prussiens ne fai sait l'affaire ni de la secte socialiste, ni des Prussiens eux-mêmes, surtout des officiers, furieux de n'avoir fait à Paris qu'une apparition dérisoire.

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