‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871 (volume 2)Chapitre 10 sur 39 · I. ^ Le pays depaîs la Hease jusqu'à Paris · texte numérisé non relu

I. ^ Le pays depaîs la Hease jusqu'à Paris

Le territoire où vont nous conduire les prochains événements de cette guerre peut être renfermé dans les limites suivantes : à Test, la ligne de partage des eaux entre la Moselle et la Meuse ; au nord, la frontière belge; à Touest, l'Oise et au sud, le cours moyen de la Seine.

Quand on marche de Test vers le cours moyen de la Meuse, on s'aperçoit, ainsi que nous l'avons déjà signalé, que les collines de la Lorraine vont en s'élevant vers l'ouest. Elles se terminent par une crête en forme de chaîne sur la rive droite de la Meuse, et des élévations analogues leur correspondent sur la rive gauche de cette rivière.

Ces dernières hauteurs reçoivent le nom d'Argonne depuis Bar-4e-Duc jusqu'au Chêne-Populeux, et d'Ardennes depuis le Chêne-Populeux jusqu'à l'Oise, en tirant vers le nord-ouest. On comprend quelquefois sous les mêmes dénominations les chaînes de hauteurs correspondantes sur la rive droite de la Meuse. On appelle tout spécialement forêt de l'Argonne les hauteurs qui s'élèvent à quelque distance de la Meuse, entre l'Aisne et son affluent de droite 1 Aire ; tandis que les hauteurs situées entre l'Aire et la Meuse et qui se continuent, par Bar-le-Duc, jusqu'au point où elles se détachent du plateau de Langres et des Faucilles portent le nom de montagnes de la Meuse.

Toutes ces hauteurs calcaires et crayeuses offrent la forme de plateaux boisés et séparés par de nombreux ravins. Quoiqu'elles ne s'élèvent pas à plus de 1000 à 1200 pieds audessus de la mer, elles n'en ont pas moins un aspect assez imposant, surtout quand on les regarde des plaines uniformes de la Champagne qui sont seulement à 400 ou 300 pieds au-dessus de la mer.

L'élève du bétail, l'agriculture et l'industrie ont fait dan? ces contrées des progrès importants depuis le commenrt^ ment du siècle. Les bois sont éclaircis et l'on trouve aujourd'hui des routes carrossables là où il n'existait il y a 60 ans que des sentiers à peine praticables aux chevaux. C>>t ce qui a lieu notamment pbur les défilés de Grandpré, de k Croix-aux-Bois et du Chêne-Populeux queDumouriezapi^elait encore en 1792 les « Thermopyles françaises ».

La Meuse prend sa source à Dommartin, à l'angle est du plateau de Langres où les Faucilles se détachent de ce plateau. Avant de sortir de France à Givet, elle coule du suil au nord dans une vallée presque toujours étroite et sinueuse, entre des coteaux très-rapides et couverts de bois.

L'Aisne, ainsi que l'Aire son affluent, sortent toutes te deux de l'Argonne ; l'Aisne, canalisée dans une grande partie de son cours et réunie à la Meuse par le canal des Ardennes, se jette à Compi^ne dans l'Oise, qui porte ses eau^ à la Seine.

La Seine et ses affluents de droite, l'Aube et la Marne, sortent toutes du plateau de Langres, dont elles suivent d'abord le versant nord-ouest, au fond de vallées profonde?. A Troyes, Brienne et Vitry-le-Français, elles entrent danîf les plaines crayeuses de la Champagne, où elles se creusent des lits profonds. L'aspect de ces contrées, dont Châlon>sur-Marne peut être regardé comme le centre, est des pl"^ tristes ; on y voit peu de villages et une végétation rabougrie.

L'Aube, qui se jette dans la Seine à Saint-Just, ne qu^^ plus ces plaines désolées, mais la Seine et la Marne en sortent bientAt pour entrer dans un pays accidenté, bien cul-

tivé, d'un aspect varié et charmant ; ce pays de collines se œntinue jusqu'à Paris, et c'est aux environs de la capitale de la France qu'il forme, avec le secours de Tart, les paysages les plus séduisants. Comme limite orientale de ce pays de collines on peut tracer une ligne qui partirait de Nogent-sur-Seine, en passant par Sézanne, Vertus, Mareuil, à Test d'Epernay, Sillery, au sud-est de Reims, Bér) -au- Bac, Laon, et qui se terminerait à la Fère-sur-l'Oise. Dans ce pays accidenté, la Seine, la Marne et leurs affluents ont encore des lits très-profonds.

Les places fortes ne manquent pas sur le territoire que Tious étudions. Nous laissons de côté le gigantesque Paris, qui mérite un examen particulier, pour ne parler d'abord que des places moins importantes.

Nous trouvons d'abord sur la Meuse : Verdun, Sedan, Mézières et Givet.

Verdun, ville de 13,000 habitants, est rangée parmi les places fortes de première classe ; elles est située sur les deux rUes de la Meuse, qui s'y divise du reste en cinq bras dont Verdun est coupée et entourée à peu près de la même manière que Metz par les bras de la Moselle. La citadelle, pentagone bastionné, se trouve complètement sur la rive gauche de la Meuse, sur une hauteur réunie à Tenceinte de la ville par un retranchement. Verdun n'a point de forts détachfe, et comme les coteaux élevés de la Meuse en sont assez rapprochés, cette ville ne répond pas du tout aux conditions d'une place de première classe dans l'état actuel de l'artillerie.

Sedan, 16,000 habitants, célèbre par ses fabriques de drap et de machines, est une place de deuxième classe. La >ille proprement dite occupe, avec ses fortifications, la rive droite de la Meuse, et quelques ouvrages avancés couronnent de ce côté les hauteurs les plus rapprochées. Sur la rive gauche se trouve le faubourg de Torcy, habité par des «UYriers, et entouré d'un retranchement assez étendu. C'est à Sedan que naquit Turenne.

Mézîères, avec environ 6,000 âmes, est une place de deuxième classe et possède une citadelle.

Givet, avec 6,500 âmes, est rangée dans la première classe des places fortes. Cette ville, fortifiée par Vauban, est sur les deux rives de la Meuse. La citadelle de Gharlemont, sur la rive gauche, fut construite par Charles-Quint sur une hauteur isolée de 720 pieds.

Rocroy, 3,000 habitants, place de deuxième classe, est à environ 8 kilomètres de la Meuse, sur un plateau entouré de tous côtés par des marais et par la forêt des Ardennes. Cette ville a un nom dans l'histoire par la victoire que les Français y remportèrent sur les Espagnols le 19 mai i6i3.

Sur la Chiers, affluent de droite de la Meuse, se trouvent Montmédy, Carignan et Longwy.

Carignan, avec d'anciennes fortifications et à peine 2,000 habitants, appartient à la quatrième classe.

Montmédy, 2,200 habitants, place forte de 2' classe, se divise en basse ville, dans la vallée de la Chiers, et en ville haute, sur une hauteur qui domine la rivière ; toutes dein sont sur la rive droite, et entourées de murs d'encante renforcés par des bastions.

Longwy, place de deuxième classe, avec 3,400 habitants, est un hexagone réguUer, situé sur la rive droite de la Chiers, à 37 kilomètres de Thionville.

Sur l'Aisne, nous trouvons Soissons, sur l'Oise, laFcre, et, entre les deux, Laon.

Soissons, l'ancien Novîodunum de la Gaule, avec H,O0fl habitants, a joué à plusieurs reprises un rôle assez impor' tant dans l'histoire de la guerre comme point de passage de l'Aisne. C'est une place forte sans importance, rangée dans la troisième classe, et pouvant recevoir ^ ,700 hommes de garnison .

La Fère, avec 5,000 habitants, place forte de deuxième classe, acquiert quelque importance par son école d'artillerie et son arsenal.

Si la Fère peut encore être regardée comme place forte très-peu importante du reste il n'en est plus de môme de

Laon, 10,300 habitants, bien qu'elle conserve encore des vestiges d'un ancien mur d'enceinte et qu'elle possède une antique citadelle qui fut un peu restaurée sous Louis- Philippe. Elle est cependant rangée dans la troisième classe. Cette ville a, du reste, Favantage d'être située dans une excellente position défensive, sur ude hauteur isolée.

Mentionnons encore, sur la Marne, Yitry et Châlons.

D'après une ancienne tradition, Yitry-le-Français est toujours conservé comme place forte. Lorsque Charles- Quint brûla en iS441a vieille ville de Vitry-en-Perthois, au confluent de l'Omain et de la Vière, là où se trouve actuellement Yitry-le-Brûlé, François I" fonda Vitry-le- Français. Cette ville de 8,000 habitants est située dans une position très-favorable, au point de jonction de la Marne avecle canal de la Marne au Rhin; elle a conservé ses anciennes fortifications que l'on a renforcées depuis avec quelques ouvrages en terre. Elle ne pourrait du reste opposer de résistance à l'ardllerie actuelle.

La ville de Chftlons-sur-Marne, avec près de 20,000 habitauts, Sabriquant de grandes quantités de vin de Champagne bien qu'elle n'eu récolte pas, n'est point une place forte. Lorsque le système des places françaises fut soumis, en 1867, à une révision, très*superficielle du reste, on songea que la France devrait avoir en Champagne une place forte destinée à arrêter une invasion allemande. Châlons et Reims furent proposées ; mais le Gouvernement bésita entre les deux jusqu'en 1870, sans qu'il fût question d'eiécuter ce projet. Chftlons mérite cependant d^ètre citée conune position militaire à cause du camp auquel elle donne son nom.

Ce camp, situé à 11 kilomètres au nord de la ville de Chàlons, entre les villages de Mourmelon, Grand Saint- Hilaire, Suippes et la Cheppe, occupe une superficie de 12,000 hectares, ce qui fait environ 33,006 jiichartes suisses, ou 46,000 morffen prussiens, ou plus de deux milles

géographiques carrés.

U fut acheté par le gouvernement français en 1867 au

prix de 80 francs l'hectare , ce qui peut donner une idée de ce que vaut la a Champagne pouilleuse ».

Quelques personnes se sont amusées k calculer que le terrain du camp de Ghftlons est 300 fois aussi grand que le Champ de Mars de Paris, et que si on le coupait en bandes de 3 mètres de lai^ur, on obtiendrait un ruban qui ferait le tour de la terre.

Le camp de Chfllons fut inauguré en 18S7 par la garde impériale, sous les ordres de Regnaud de SaintJean-d*Angëly. Le 14 septembre de la même année, on livra le chemin de fer qui réunit le camp à la ville de Châlons. Il avait été construit en moins de deux mois.

A partir de cette époque, le camp a reçu, chaque année, une ou deux séries de troupes françaises qui y étaient exercées. Chaque série se composait d'un corps dlarmée d'environ 3 divisions d'infanterie, 1 division de cavalerie, et .l'artillerie correspondante. La masse des troupes campait toujours sous la tente^ et les chevaux étaient en plein air; mais une grande quantité d'établissements plus ou moins permanents se créèrent bientôt près du camp de Chftlons.

On installa pour les troupes des dépôts et des magasins, des boulangeries et des ambulances ; ce qui retenait au camp pendant l'hiver des employés d'administration. Un quartier baraqué fut construit sur un point dominant pour l'Empereur et l'état-major général ; puis un camp de baraques pour recevoir, en été, une division d'infanterie et, en hiver, une brigade chargée de la garde du camp.

Le village de Mourmelon, composé jusqu'en 18S7 d'une douzaine de misérables cabanes, devint bientôt une espèce de ville. Des gens entreprenants y fondèrent des boutiques et des cabarets de toute sorte pour les nombreux besoins du soldat, en été comme en hiver. Ils construisirent aussi des maisons qu'ils louaient aux officiers forcés de passer l'hiver dans ces régions inhospitalières. Un théâtre impérial fut ^evé à Mourmelon pour distraire le soldat aux frais de l'Empereur. Madame Dr^er fit transporter i Mourmelon la grande brasserie dans laqu elle elle vendait

delà biftrede Vienne à l'exposition universelle de 1867. En un mot) l'homme qui savait chercher trouvait à Mourmekm tout ce qu'il lui fallait, aussi bien qu'à Paris*

Dans les pays tels que la Suisse et l'Allemagne, oti l'élément civil et l'élément militaire sont très-près l'un de l'autre, on comprend difficilement la valeur que pouvait avoir le camp de Chftlons pour l'armée française* Les Suisses, les Allemands manœuvrent partout otl ils veulent. Les dommages que les soldats ont causés sont ensuite estimés d'une manière très-modérée ; les propriétaires du soi se gardent d'avoir des prétentions exagérées, et les soldats évitent de faire des dégâts inutiles. Il n'en a pas été ainsi en France jusqu'à présent, et c'est pourquoi les terrains d'une certaine étendue y ont beaucoup plus d'importance pour les exercices militaires. Dans cee derniers temps, l'utilité du camp de GbAlons s'était augmentée de ce qu'il n'existe pas dans la plupart des garnisons un champ de tir assez étendu pour la longue portée du fusil Chassepot. On avait donc réuni dans les Champs catalauniques tout ce qu'il fidlait à l'armée française pour ses grandes manœuvres d'exercice.

Le camp, pris en grand, est une vaste plaine, mais il n'y manque pas de petites élévations et de dépressions de terrain qui permettent aux troupes de se cacher ; de hauteurs qui offirent à l'artillerie des positions avantageuses. Pour rompre la monotone aridité de ces steppes crayeuses, on a planté çà et là de petits bois rectangulaires de pins qui sont pourvus de numéros, ce qui permet de s'orienter et en même temps d'apporter de la variété dans les manœuvres.

Le camp de Chftlons n'est pas fortifié, et nous ne sachions pas qu'on ait jamais eu l'intention de le faire^ bien que le bruit en ait couru plusieurs fois en Allemagne. Le seul ouvrage de fortification qui existât dans le camp, c'était le petit fort d'exercice construit en 1870 près de la ferme Sùnt-Hilaire et dont nous avons déjà parié.

On sait que c'est sur le terrain actuel du camp de Chà-

Ions que Ton voit le théâtre de la bataille décisive que les Gallo-Romains d'Aêtius gagnèrent en 4SI sur les Huns d'Attila. Attila aurait eu son aile droite aux environs du village de Suippes, son aile gauche au village de la Cheppe, où se trouvait sous les Romains un petit temple de Minerve, dont les chrétiens firent ensuite une chapelle de Saint- Maurice, qui n'a été détruite qu'en 1820. Près de là, passe l'ancienne voie romaine de Reims à Bar-le-Duc, qui est aujourd'hui une belle route. Au sud de cette voie et à l'ouest de la Cheppe, on voit encore les vestiges d'une enceinte que l'on nomme le camp d'Attila et dans laquelle le roi des Huns se serait retiré après sa défaite. — Aëtius avait sa droite à Cuperly et sa gauche à Saint-Remy. La colline sur laquelle aurait commencé la bataille serait le Piémont, à l'est de la route de Chftlons à Suippes, à environ 90 pieds au-dessus de la plaine.

Cette notice n'est point sans intérêt, parce qu'après les premiers revers de i870, des natures poétiques affirmaient que l'invasion des barbares de l'Orient succomberait en 1870, de la même manière qu'en 451, devant la civilisation de l'Occident.

Les chemins de fer que nous avons à mentionner sur le territoire que nous venons d'étudier sont, outre celui de Paris à Strasbourg:

l"" La ligne de Paris à Reims, par Greil, la Fère et Laon;

2* La ligne de Paris à Reims par Crépy, Soissons et Fismes ;

S"" Celle de Reims à Epernay ;

4'' Celle de Reims à Chftlons-sur-Marne, par Mourmelon et Saint-Hilaire-au-Temple;

5* De Saint-Hilaire-au-Temple à Verdun, par Sainte- Menehould ;

6* De Reims à Mézières par Réthel, avec des prolonge* ments au nord-ouest sur Valenciennes par Avesnes, au nord vers la Belgique par Givet, et au sud-est sur Thionville par Sedpn et Montmédy ;

T*" De SoissoDs en Belgique par Laon et Yervins, et enfin, 8* la ligne deBlesmes à CÏiaumont par Saint-Dizier et Joinville, laquelle réunit le chemin de Paris à Strasbourg avec celui de Paris à Bàle.

IL — Rassemblement de Tarmée de Paris au camp de CShâlons sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon. — Marche de Mac-Mahon vers le nord pour dégager Bazaine.

Nous avons vu qu'il n'y avait d'abord au camp de Chftlons que le 6* corps, Canrobert, qui s'y trouvait réuni le 1*' août à l'exception delà division d'infanterie Levassor- Sorval et de la brigade de cavalerie de BéviUe, restées provisoirement à Paris.

Bientôt après on rassembla au camp de Chftlons un certain nombre de bataillons de garde mobile, dont les 18 bataillons du département de la Seine. Ces gardes mobiles devaient être instruits au camp, mais leur instruction rencontrait des difficultés parce qu'on manquait d'instructeurs et de fusils.

Nous avons dit aussi que Canrobert avait marché au secours de Bazaine avec 3 divisions d'infanterie ; et il ne resta du 6* corps au camp de Chftlons que la plus grande partie de la division Bisson, qui avait fait demi-tour à Frouard, et les brigades de cavalerie Tilliard et Savaresse, de la division Fénelon. La brigade Béville restait encore à Paris.

En arrivant au pouvoir, le ministère Palikao forma un nouveau corps d'armée. Ce corps reçut le numéro 12, et nous ferons remarquer de suite que ceux qu'on forma après lui prirent les numéros 13, 14, etc. La première armée active n'avait, comme nous savons, que 7 corps d'armée, sans compter la garde. Si l'on donne à la garde lé numéro 8, il manquera encore les 9«| 10« et 11* corps. Ces corps d'armée n'ont jamais existé. On ne peut s'expliquer ce fait

qu'en se disant que le ministère Palikao voulut jeter de la poudre aux yeux des Allemands, peut-être àœux des Fran« çais eux-*mâmes. Il y réussit en effet au premier moment; mais dès qu'on en vint aux faits on reconnut la faiblesse du stratagème.

Le commandement du 12* corps fut d'abord donné au général Trochu, et lorsque celui-ci fut nommé gouverneur de Paris le 17 août, au général Lebrun, qui avait quitté l'armée de MeU quand le maréchal Lebcduf donna sa démission de major général.

Ce 12'' corps fut composé des trois divisions d'infanterie Grandchamp, de Yassoigne et Lacretelle, et de la division de cavalerie Lichtlin. Ce général avait d'abord commandé la division de cavalerie du corps Frossard. Sa division se composa des brigades de Vendeuvre (1) et de BéviUe, dont la dernière, appartenant au 6* corps, a été déjà citée plu** sieurs fois.

La division Grandchamp se composait de deux brigades de régiments de marche, formés avec les quatrièmes bataillons. La division de Yassoigne renfermait, en deux brigades, les quatre régiments d'infanterie de marine, primitivement destinés à l'expédition de la Baltique.

Après la bataille de Wœrth, Mao-Mahon, ramenant son corps d'armée, avec des fractions du 7* corps et de la grande réserve de cavalerie qui s'étaient réunies à lui, se retira d'abord par Saverne sur Nancy, puis sur Bar*le-Duc. Il reçut en chemin l'ordre de prendre le commandement en chef de Tannée de Paris qui se réunissait au camp de Châlons, et devait se composer des 1«% 5% 7* et 12* corps, ainsi que des troupes que le 6* corps avait laissées au camp, et qui devaient servir à compléter les autres corps d'armée.

Mac-Mahon se retira provisoirement sur Saint-Dixier et Joinville, vers le chemin de fer de Blesmes à Chaumont,

(i) Le colonel de Yendeavre ne fat nommé général et ne prit le commandement de cette brigade que le 25 août.

(Note du tradueieur.)

poar rallier oe qui restait encore à Belfort da 7* corps (Donay), et couvrir le mouvement de ces troupes.

Le 16 août, le 1*' corps, commandé maintenant par le général Ducrot, et le 7% étaient au camp et près de la ville de Chfllons.

Le S^ corps, de Failly, qui avait suivi Mac-Mahon sur le chenûn de fer de Nancy, marcha ensuite au sud vers Chaulâont par Mirecourt, la Marche et Montigny. H reçut, chemin faisant, différents ordres du quartier général de Metz, d'abord celui de marcher sur Toul, puis sur Paris par la route qu'il voudrait; et enfin, en arrivant près de Ghaumont, il fîit appelé par Mao-Mahon au camp de Châlons. Il était, le 18 août, à Yitry-le-Français avec la plus grande partie de son corps, et sur le point d'arriver au camp.

Le 15 août, la brigade Tilliard, delà cavalerie du 6« corps mii été envoyée à Sainte-Menehould, où elle devait se mettre sous les ordres du général Marguerite, qui commandait la première brigade de la division du Barrail (chasseurs d'Afrique), de la réserve de cavalerie. La brigade Marguerite prit part à la bataille de Vionville. Lorsque la brigade Tilliard arriva près de Metz, elle trouva la ville déjà investie par les Allemands et rejoignit l'armée de Hao-Mahon.

La brigade Savaresse, qui restait seule au camp de Ch&- Ions avec le général de division de Fénelon, fut renforcée, le 17 août, par le 4e régiment de chasseurs d'Afrique, qui arrivait d'Algérie. Le général de Fénelon avait ainsi sous la main trois régiments de cavalerie avec lesquels il suivit plus tard le 12* corps.

I^ général Ducrot, successeur deMac-Mahon, n'avait pu rénmr au camp de Chftlons que 22,000 hommes environ du 1*' corps ; et le plus grand nombre avaient perdu leurs sacs, leur équipement et leurs bagages. Il en était de même de la division Conseil-Dumesnil.

Toute Tannée que Mac-Mahon réunissait au camp de Chaions pouvait se monter à 120,000 hommes, infanterie et cavalerie. — Nous avons dit dans un autre ouvrage pour-

quoi nous tenons à cette manière de calculer les effectifs. Les chiffres que nous donnons ainsi sont toujours inférieurs à ceux que Ton obtient en comptant tout : les artilleurs au lieu des bouches à feu, le génie, le train, Tadministration, parfois même les gardes nationales sédentaires. Notre manière de compter est certainement sujette à Terreur ; mais ces erreurs seront moins importantes et moins nombreuses que si nous calculions d'après l'état des rationnaires.

La nombreuse cavalerie de Alac-Mahon, 12,000 chevaux, était bonne et en grande partie intacte ; mais en général l'armée deMac-Mahon n'avait pas la même valeur que celle qui avait été mise la première en campagne, ou même que celle que Bazaine avait actuellement à Metz.

Le i*' corps avait été rudement atteint, moralement et matériellement, à Wœrth et dans les marches forcées qui suivirent cette bataille. On en peut dire autant de la division Conseil-Dumesnil. Il fut donc aussitôt décidé que les gardes mobiles qui se trouvaient au camp de Chftlons donneraient à ces troupes leurs effets d'équipement, notam* ment leurs sacs, et seraient renvoyés à Paris. En effet ces gardes mobiles quittèrent le camp le 19 août et furent réunis provisoirement au camp de Saint-Maur, près de Paris.

Le 5* corps avait complètement perdu confiance en son chef, le général de Fàilly, qui devait céder le commandement de son corps d'armée au général de Wimpffen que Ton appelait d'Afrique. Bien que ce dernier fût à Paris dte le 2S août, il ne rejoignit cependant l'armée que très-t^d et, comme nous le verrons, à l'heure d'un désastre.

Le 12' corps était formé d'éléments un peu hétérogènes et ne pouvait pas avoir le même ensemble qu'un autre corps d'armée, quelle que pût être la valeur des individus qui le composaient.

Le 17 août, l'empereur Napoléon, venant de Verdun, arriva au camp de Châlons. II avait grande envie de se rendre à Paris ; mais l'impératrice Eugénie et le comte de Palikao l'en dissuadèrent de la manière la plus pressante et qu'

allait presque jusqu'à l'impolitesse. A Paris, personne ne pariait plus de Tempereur Napoléon ni de l'empire ; personne ne s'inquiétait plus de l'homme ni de la chose. Ses partisaDS eux-mêmes ne prononçaient ces deux noms qu'en lOQgissant. Malgré cela, et bien que Palikao eût déclaré iaatement à la tribune que Bazaine était seul conunandant en chef de l'armée française, Napoléon III était toujours empereur, et il commandait encore. Si les gardes mobiles ne se gênaient pas pour parler de lui et lui rendaient par leur conduite le séjour du camp assez désagréable, les maréchaux de France s'inclinaient encore devant TEmpe** reur.

La grosse question du moment était celle^i : qu'allait fm l'armée de Mac-Mahon ?

Le duc de Magenta était intérieurement fort tourmenté. Sans se défier de Bazaine, il avait cependant des doutes sur la véritable situation de l'armée de Metz, et il pensait qu'il serait pln3 habile d'employer à couvrir Paris l'armée qu'il avait sous ses ordres, et de la grossir en même temps par des renforts venus de l'intérieur et pour lesquels il avait de bons cadres, que de risquer une tentative sur Metz qui ne pouYait avoir de succès que si Bazaine réussissait à se déli- ^Terde l'étreinte de fer des Prussiens.

Le pourrait-il ? Mac-Mahon le croyait un instant, mais ensuite la chose lui semblait trës-problématiquc.

Le comte de Palikao envoyait de Paris des télégrammes pressants pour décider Mac-Mahon à marcher sur Metz au secours de Bazaine. H lui disait qu'un mouvement de retraite sur Paris serait le signal inévitable d'une révolution contre TEmpire. Il cherchait en même temps, au moyen de ûourelles indécises, en voilant la véritable situation, à faire

^rer à Mac-Mahon que Bazaine allait se faire jour sur

Briey.

L'enq»ereur Napoléon appuya les ai^uments de Palikao d^ qu'il sut qu'il ne pouvait pas se hasarder à revenir à I^^ns, et Mac-Mahon se décida, mais à contre-cœur.

Le 2i août, Mao*Mahon fit marcher sur Reims le 1*' (1) et le 12* corps. Le 7* et le 5* corps devaient suivre à un jour de distance*

La division de cavalerie de Fénelon avait été envoyée, le

20 août, sur Bar-Ie-Duc, pour avoir des nouvelles de Ten-

nemi. Elle rejoignit l'armée le 23 à Bétheniville, à Test de Reims.

Le 20 août, l'Empereur passa au camp de Cbâlons une dernière revue où il fût accueilli très-froidement. Le 21, il se rendit à Reims et mit son quartier général à Gourcelles, au nord-ouest de la ville, dans les environs de laquelle il resta jusqu'au 25 et il se rendit ce jour-là à RétheL

Mac-Mahon mit son armée en marche sur Réthel le 2i août, et le 26, il la dirigea vers l'est sur l'Argonne, qu'il traversa entre Tourteron et le Chône-Populeux.

C'est là que Mac-Mahon apprit, le 27 août, d'une ma* nière certaine que les armées allemandes avaient quitté le chemin de fer de Strasbourg à Paris pour marcher au nord et le suivre, — - mouvement dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Mac-Mahon, revenant alors à sa première idée, voulut se retirer sur Paris en descendant la vallée de l'Aisne, par Réthel et Soissons.

Des ordres dans ce sens étaient déjà donnés ; mais Mac- Mahon avait en même temps informé de ce dessein le comte de Palikao. U en reçut bientôt l'ordre formel de marcher au secours de Bazaine, ordre arrêté en conseil des ministres. On lui assurait de nouveau que sa retraite sur Paris aurait pour résultat certain une révolution dans la capitale. L'Empereur, qui vint au Chône-Populeux le 28 au matiO; appuya l'avis des ministres, ce qui donna lieu à une scène assez vive. Mac-Mahon céda et fit marcher son armée, l6 28, dans la direction de Mouzon, sur la Meuse.

Avant d'abandonner pour un instant Tarmée de Mac-

Ci) Le i*' corps fut transporté en chemin de fer de Châlons à Montmédy, afin d'avoir plus de temps pour se reformer.

bon, nous ferons quelques réflexions 9ur les mouvements ! venait d'exécuter cette armée.

Iprès que Mac-Mahon s'était décidé à marcher au secours Bazaine, il devait chercher avant tout que le prince royal Prusse n'en fût point informé. Pour cela, il pouvait fo^• rnn rideau autour du canip de ChAlons avec une partie A cavalerie; il devait ensuite faire marcher le plus rapi^ )ent possible la masse de ses troupes pour avoir la pro« ilité de ne combattre, de concert avec Bazaine, que la mière et la deuxième armée allemandes, sans avoir ire en même temps à la troisième et à la quatrième ar« t* Dans ces circonstances, il fallait exiger des troupes des rehes forcées. Mais cela n'eut pas lieu et Ton ne fit que marches très-ordinaires.

)*&près la direction de la marche, de Réthel au Chênenleux, on pouvait croire que Mac-Mahon voulait marr sur Montmédy par Stenay. Du camp de Ch&lons à Dtmédy par Réthel et Stenay il y a 100 kilomètres. En int 20 kilomètres par jour, ce n'était pas une trop Ion*

I marche dans les circonstances actuelles. Les tètes de )nDe de Uac-Mahon pouvaient dans ce cas arriver à ûtmédy le 25 août et les dernières troupes le 26. U poui ensuite opérer sa jonction avec Bazaine avant le 29, le 30 au plus tard, en avant de Metz, et livrer bataille prince Frédéric-Charles qui n'aurait plus des forces les à opposer aux deux armées françaises. Mais, au lieu ne semblable opération, nous voyons les tètes de cône de Mac-Mahon n'arriver qu'à Mouzon le 28 août.

II résulte de ce que nous avons dit à la fin de la deuxième *tie que les dispositions prises par les Allemands le 19 Il favorisaient singulièrement une semblable opération Mac-Mahon. Nous retrouverons encore plus tard cette ^J du sort dans d'autres circonstances. Ici plus que ^ le temps valait de l'or. La lenteur de la marche de i^Mahon ne peut s'expliquer que par les doutes qu'il nt intérieurement sur la situation générale, doutes qu'il nt rapportés d'AMque en France, qui n'étaient du resta

que trop justifiés et dans lesquels il avait été confirmé | les premiers événements de cette guerre.

D'après la situation générale, telle que l'avaient faite Français en se précipitant follement dans cette guern^ est difficile d'admettre qu'une victoire de Mac-H; devant Metz aurait pu avoir une grande influence s résultat final ; mais elle pouvait dans tous les cas causer temps d'arrêt dans les opérations des Allemands etrel le courage de la population française.

En 1866, les Prussiens avaient subi au moins ié échecs, sans importance, il est vrai, ceux de Langensil et de Trautenau ; en 1870, ils n'en avaient pas encore un seul : autant de combats, autant de victoires.

Lorsque Mac-Mahon abandonna le*camp deCh&lo en fit incendier les établissements militaires. Les jouri de Paris affirmèrent que cet incendie devait être un si pour Bazaine et lui annoncer que Mac-Mahon marc son aide. Mais comme la distance de Metz au camp GhÂlons est d'environ 130 kilomètres, ce signal n'aurait être aperçu de Metz, qui est en outre séparé du camp des hauteurs.

Cet incendie eût été plutôt un signal maladroit pour partisans de la troisième armée allemande, qui du re ne l'aperçurent point.

III.— Marche de la troisième et de la quatrième armée allemande! le camp de Cbàlona. — Changement de direction des qiéralioos ' nouvelle du départ de Mac-Mahon.

Pendant que l'armée du prince royal de Prusse s*a\^ çait sur le chemin de fer de Strasbouig à Paris, nr savons que les Allemands avaient formé devant Metz ^ nouvelle armée, la quatrième, ou armée de la Meuse, a la destination de marcher h droite du prince royal Prusse, et en môme temps que lui, contre Mac*Mahon

Rm

p de Chàlons. Cette armée fut également chargée chercher à prendre en passant la place de Verdun, sans jfer néanmoins arrêter par elle si une surprise ne

ysissaitpas.

ifannée de la Meuse, commandée par le prince royal pue, se composait du corps de la garde prussienne, 1^ corps, du 12* (Saions), de la 5* division de cavalerie, lobaden, et de la 6*" division de cavalerie, duc GuilpdeHecklenbourg.

kprioGe Georges de Saxe prit le commandement du torps à la place du prince royal, et donna sa division, i") au général-major de Montbé.

k 4' corps d'armée se trouvait déjà sur le chemin de le Straslx>urg à Paris, en communication avec Tannée (rince royal de Prusse; il forma donc naturellement la Ae deTarmée de la Meuse.

^ antres troupes de cette armée, la cavalerie en avant, irent, le 22 août, les environs de Metz ; le 12* corps à ft droite, la garde prussienne entre le 12* et le 4* corps. f <2' corps se dirigeait sur Jeandelize, Haudiomont, pe et Jubécourt*

ft tentative contre Verdun eut lieu le 23 août ; la 23* di- (n d'infanterie marcha contre la place par la route l>in, la 24* division par la route de Fresne. Pendant lavant-garde de la 23* division occupait le faubourg Cau nord-est de la ville, l'infanterie s'établit sur les ^ et bombarda la place qui fut aussitôt sommée de i^dre. Cette sonmiation fut repoussée, et les Saxons tavainquirent que rien ne pressait le commandant de 1er. Ùs continuèrent alors leur marche. La 47* brii^ta, le 24 août, pour observer la place, et elle passa, ^nr la rive gauche de la Meuse, lorsque le quartier rai du 12* corps se transporta à Jubécourt.

6' division de cavalerie et, à sa droite, la S", battaient

I^ pendant ce temps vers Ch&lons-sur-Marne et dans

ODne.

Les premières troupes de la 4* division de cavalerie, l'armée du prince royal de Prusse, paraissaient dev; Vitry dès le 24 au soir. Le 28, une plus grande partie cette division étant arrivée, Yitry fut sommé de se rend^ capitula à 11 heures du matin, et fot occupé par un ea dron du 5* régiment de dragons — du 11* corps, am du prince royal de Prusse.

Il n'y avait dans la place que 300 gardes mobiles û équipés. Les Allemands y trouvèrent 5,000 fusils, 3,(1 armes blanches et 17 canons. I

La plus grande partie de la garnison, uniquement cd, posée de gardes mobiles, s'était retirée à l'approche I Allemands pour rentrer dans ses foyers. Une fraction de 6* division de cavalerie rencontra, le 25 août, à Epeu 30 kilomètres à Test de Chftlons, un détachement d'envin 1000 de ces gardes mobiles. Après qu'on leur eut envi quelques obus, le 15* régiment de uhlans attaqua ( gardes mobiles, les dispersa et les fit en grande pM prisonniers. Un grand nombre furent sabrés ou tué^ coups de lance. Les Allemands ont dit que ces gardes i biles avaient voulu se rendre, mais que, ne sachant pas 1 quels signes conventionnels manifester ce dessein,] s'étaient arrêtés et avaient formé le carré du mieux qi^ pouvaient. C'est là ce qui aurait été cause de la cha< inutile des cavaliers prussiens.

La colère habituelle de l'envahisseur contre les con^i troupes irrégulières, contre un soulèvement natiofl^ n'a-^t^Ue pas joué un certain rôle dans le drame d'Epeni

Et dans le fait, si un tel soulèvement national était pf paré de longue main par un peuple énergique el résoi^ une résistance à outrance, — ce qui n'était pas le ca§^ la France, — il rendrait impossible une guerre d*invaski|

Napoléon V' n'avait pas moins de colère contre la lad vehr et la landsturm prussiennes, et les corps firancsi 1813) que contre les guérillas espagnoles.

Le 28 août, quelques jours après l'événement d*Epem

le loi de Prusse lança la proclamation suivante de son quartier général de Glermont en Argonne.

« Le général en chef porte à la connaissance des habitants de rarrondissement» que tout prisonnier qui veut être traité en prisonnier de guerre devra justifier de sa qualité de soldat français par un ordre émanant des autorités légales, prouvant qu'il a été appelé sous les drapeaux, et qu'il est inscrit sur les contrôles d'un corps organisé militairement par le gouvernement français. Il faudra, en outre, que la position qu'il occupe dans l'armée puisse se feoonnaltre à des marques d'uniforme inséparables de son viteme&t et visibles à l'œil nu à une portée de fusil. •— I^ individus qui prendraient les armes en négligeant une de ces conditions ne seront pas traités eti prisonniers de guerre. Us seront traduits devant un conseil de guerre et, s'ils n'ont pas commis d'actes qui entraînent une peine plus forte, ils seront condamnés à dix ans de travaux forcés Cl détenus en Allemagne jusqu'à l'expiration de leur ' peine, i»

Cet ordre écrit, dont parle la proclamation du roi, le

gouTemement français ne pouvait pas le donner aux gar-

^ mobiles sans les exposer au danger de le perdre bientôt.

H eAtmieux valu, pour tout le monde, donner à ces jeunes

gens, an lieu du misérable accoutrement dont nous avons

parié plus haut, l'uniforme adopté en principe pour la

g^e mobile* Mais ce point important fut justement l'objet

W'nne négligence impardonnable et de lenteurs incroyables

'^t nous avons eu de nombreuses preuves jusqu'à la fin

'*octobie.

' L'armée du prince royal de Prusse s'avançait sur le ■dkenûn de fer de Strasbourg à Paris. Les têtes de cdonne i^son infonterie arrivèrent, le 26 août, aux environs de ^Vitry^e-Français. Le prince royal de Prusse, laissant Toul «decAté, l'avait fait observer par un détachement du 4* corps réarmée qui fut promptement rdevé. Nous relaterons plus ^ l'attaque de cette place.

I La eavalerie prussienne ^ précédant le prince royid ,

occupa Châlons sans résistance, le 24 août, à la grande terreur des Parisiens, qui auraient voulu que cette ville ouverte se défendît. Le lendemain il y eut à la gare d'Epernay une petite échauffourée entre une patrooille de cavaliers prussiens et quelques soldats français du génie et des turcos qui se trouvaient là par hasard et dont \e$ journaux de Paris louèrent fort la conduite. Les habitants d'Epernay n'avaient pas plus pris les armes que ceux de Ghftlons.

Le roi de Prusse voulait assister de sa personne ans opérations des deux princes royaux d'abord contre Chàlons, puis, comme on le supposait encore, contre Paris. II transféra donc, le 23 août, son quartier général à Gommercy, sur le chemin de fer de Strasbourg, et le 24, à Bar-le-Duc.

H s'y trouvait encore le 25 lorsqu'arriva dans la soirée la nouvelle que Mac-Mahon avait évacué le camp de Gh&IoDs et marchait vers le nord.

Mac-Mahon avait donc le bonheur inestimable d'avoir une avance de quatre jours. Mais nous savons déjà qu'il ne sut point en profiter.

On prit immédiatement au quartier général du roi de Prusse la résolution de suivre le maréchal pour cherchera l'empôcher de s'approcher de Metz, et si Ton n'y parvenait pas, de rester au moins sur ses talons.

A cet effet, les deux armées du prince royal de Saxe et du prince royal de Prusse, qui marchaient sur Paris en faisant front à l'ouest, devaient faire front au nord. Ces deux armées étaient déployées, le 25 août, sur un front dont la droite, le corps saxon, était à Clermont-en-Aigonne et la gauche, 11' corps, à Vitry-le-François.

L'opération demandait une immense conversion à droite, dans laquelle le 12* corps serait le pivot, et qui porterait les deux armées du front Clermont-en-Argonne, — Vitryle-François à peu près sur le front Clermont-Suippes.

C'eût été une &ute incontestable de laisser l'aile droite immobile jusqu'à ce que l'aile gauche eût terminé sa coover^iout Cette aile droite était en effet la plus rapprochée

des Français^ et bien qu'elle ne pût point songer à livrer une action décisive, il n'était pas moins opportun qu'elle harcelât Tennemi qui marchait vers le nord, afin de ralentir son mouvement, pendant que le centre et l'aile gauche se rendraient par la ligne la plus directe dans les positions qu'ils devaient occuper sur le nouveau front.

De nouveaux ordres furent donnés dans ce sens aux deux princes royaux dans la nuit du 2S au 26 août.

Le 26 août, le roi de Prusse transporta son quartier général à Clermont-en-Argonne, pour être le plus près possible des événements qui allaient se passer.

Paris, qui s'attendait à voir Tennemi à ses portes le 1" septembre, gagna au moins quinze jours à ce changement des opérations.

IT. — Combats de Bazancy, 27 août, de Nonart^ 29 août,

et de Beaumont^ 30 août.

Le 12* corps (Saxons) marcha, le 26 août, de ses posi* lions de Clermont et de Jubécourt dans la direction du nord sur Yarennes et delà, le 27, sur Dun, pour gagner la ligne delà Meuse, descendre cette rivière et en disputer le passage aux Français qui chercheraient probablement à la traverser.

Pendant cette marche la 24* brigade de cavalerie faisait une reconnaissance au nord-ouest sur Youziers et Buzancy • ËUe y rencontra le 12' régiment de chasseurs français, du 5* corps (de Failly), contre lequel elle fit avancer sa batterie à cheval, et qu'elle fit ensuite attaquer par le 3" régiinent de cavalerie.

Les Français furent battus. On apprit par les prisonniers qu'une grande partie de l'armée de Mac-Mahon se buvait encore aux environs de Youziers. C'étaient le S« et le 7* corps français ; nous savons déjà que le 4*' corps se

trouvait depuis longtemps sur la rive droite de la Meuse et que le IS* corps arrivait oe jour-là au Ghène-Populeux.

D'après les renseignements fournis par les prisonniers du combat de Buzancy, le 12* corps allemand reçut Tordre de rester, le 28, à Dun, pendant que les autres corps de l'armée de la Meuse et toute la troisième armée étaient diri-

gés sur Buzancy et Youzlers.

Le 29 août, le 12' corps français arrivait à Mouzon. Le 5* et le 7* le suivaient de Buzancy sur Beaumont, par Nouart.

Le roi de Pi^usse mit ce jour-là son quartier général à Grandpré ; celui de Napoléon était à Stonne, village sans importance sur la route du Chône-Populeux à Mouzon par Beaumont.

Le quartier général du prince royal de Prusse était à Senuc, sur TÂisne, à 6 kilomètres au sud-ouest de Grandpré.

Les Saxons marojbëreat, le $9 août, de Buh sur Nouart. Ds trouvèrent dans eelle dernière localité le corps de Failly, et il s'engagea entre les troupes les plus avancées un com- \)^X que soutint, du côté des Allemands, la 46' brigade d'infanterie. Les Francis se retirèrent, sous la protection ^e leur arrière^garcl«i> $ur Beaumont, par le Bois-des- Dames.

^a veiU^ âSl août, la 4'' division ^e cavalerie, de Fai^ mée du prince royal de Prusse avait rencontré à Vouziers \es^ Français en marche qui n'avaieat point accepté le combat.

D'après les événements des jours précédents et les nouvelles qu'il recevait, il ne semblait pas impossible au qua^ tier général allemand que Mac-Mahon cherohftt un refuge sur le territoire neutre de la Belgique, dès qu'il verrait qu'il ne pourrait pas arriver à Metz. Afin de l'en empêcher, on résolut de le poursuivre vigoureusement et de le forcer à Uvrer bataille dans l'angle formé par la Meuse et le canal des Ardennes.

Les dispoations nécessaires furent prises en conséquence le 29 au soir, pour le 30 août.

Voici queOes étaient les dispositions des armées allemandes le 29 au soir, de la droite à la gauche.

!• Armée de la Meuse :

i2* corps, à Test de Nouart, à la Neuville;

4* corps, au nord de Landres, à 11 kilomètres à l'ouest de DuD ;

Corps de la garde, en seconde ligne, derrière les deux premiers, à Dan.

2' Troisième armée, prince royal de Prusse ;

1*' corps bavarois, de Tann, avec la 2* division à Sommerance, derrière l'aile gauche du 4* corps, et la 1'* division plus à l'ouest, à Saint-Juvin, sur la route de Yarennes à Grandpré ;

2« corps bavarois, Hartmann, derrière le premier, à Fié- ?iDc;

5* corps, Kirchbach, à Briquenay et Authes ;

Division wurtembergeoise Obemitz, à VouIt-au-Bois, à i'oaest de Briquenay ;

11* corps, Gersdorff, à Vouziers ;

Le 6* corps allemand^ Tumpling, gui était récemment am?é d'Allemagne et avait été donné à la troisième armée^ était à une journée de marche au sud de Vouziers, sur les routes de Sainte-Menehould et de Suippes ;

Qoatre divisions de cavalerie : la 2*, qui arrivait d'Allemagne avec le 6' corps ; la 4% la 5* et la 6*, étaient ensemble à Textrème gauche, autour de Vouziers, et vers TÂlsoe entre Semuy et Rhétel.

Les corps reçurent, pour le 30 août, les directions suivantes :

Le 12* corps marche sur Villemontry, par la Neuville et Litanne;

Le 4*, de Landres sur Beaumont, par le bois de IMeuIet ; le corps de la garde prussienne suit ces deux corps, comme ^rve, en descendant la Meuse ;

Le 1" corps bai^arois, suivi par le 2% marche sur Beaumont;

Le 5' corps, à gauche du 1" corps bavarois, sur Pierremont et Oches ;

La 2* division de cavalerie, sur Buzancy, [pour appuyer le centre ;

La division wurtembergeoise sur le Chêne-Populeui ;

Le 1 1' corps allemand, également sur le Chêne-Populeux, par Vouzîers et Quatre-Champs ;

La 4' division de cavalerie suit le 11' corps jusqu'à Quatre-Champs, et marche de là au nord-est sur Ch&tillon et Oches ;

La 6' division de cavalerie marche sur Semuy, envoie des troupes avancées au nord jusqu'à Bouvellemont et observe de là la direction de Mézières ;

La S* division de cavalerie s'avance sur Tourteron et surveille la route du Chêne-Populeux ;

Le 6' corps marche sur Youziers et se cantonne autour de cette ville, en faisant face au sud et au sud-ouest, contre Reims et le camp de Châlons.

Le roi de Prusse transporte son quartier général à Varennes, célèbre par l'arrestation de Louis XVI.

Les deux princes royaux de Prusse et de Saxe se rendirent dans la matinée sur le champ de bataille présumé.

D'après ce que nous savons de la marche des Française! des desseins actuels de Mac-Mahon, la direction indiquée à l'aile gauche allemande doit nous paraître trop à l'ouest; mais les Allemands ne pouvaient pas savoir, le 29 août, ce que nous savons aujourd'hui. Dans le fait, Mac-Mahonne voulait-il pas encore, le 27 août, se retirer sur Paris ?Xe pouvait-il pas, s'il connaissait sa véritable situation, reveDir à cette idée et chercher à l'exécuter d'une manière ou de l'autre ? C'est un malheur à la guerre d'avoir à dire plu^ tard : je n'avais pas songé à cela.

La position d'observation du 6* corps d'armée contre Reims et Châlons avait également sa raison d'être.

Immédiatement après avoir formé le 12' corps (Trochu

puisLebran), on s'était occupé à Paris d'un 13* corps, qui devait se composer de 3 divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, sous le général Vinoy. On avait déjà réQDÎ, le 23 août, les deux divisions d'infanterie d'Exéa et Polhi», composées de quatrièmes bataillons, et la division de cavalerie du général Réyau.

Le 23 août, l'empereur Napoléon télégraphiait de Courcelles près de Reims, au comte Palikao :

« Il est essentiel de diriger des forces importantes sur Reims, qui est le nœud principal des chemins de fer^ afin d'empêcher que les partis ennemis ne coupent nos communications. »

Palikao envoya aussitôt à Reims, par Laon, des fractions du corps Yinoy, notamment la division d'Exéa. Elle arriva du reste beaucoup trop tard pour prendre part aux opérations ; mais les Allemands avaient raison de supposer que Tannée de Mac-Mahon pouvait recevoir des renforts de Paris.

Dg côté des Français, il y avait à Mouzon, le 30 août, le 12* corps, Lebrun» avec sa division de cavalerie, Lichtlin, et la division de cavalerie Fénelon, sur la rive droite de la Meuse ; la division Lichtlin fut placée sous les ordres du général de Fénelon. Le maréchal de Mac-Mahon se trouvait également à Mouzon où l'empereur Napoléon porta, le 30, son quartier général.

Ail heures du matin, le 7* corps français marchait sur Remilly et Villiers-devant-le-Pont, au-dessous de Mouzon, et il n'avait plus qu'une faible arrière-garde entre Oches et la Berliëre.

Le 5* corps, de Failly, faisait, à la même heure, la soupe à Beâumont, en négligeant de se garder.

La tête de colonne du 1"" corps bavarois, 4' brigade, de la 2' division^ venant de Sommauthe, arriva vers 11 heures du matin dans la plaine qui sépare les bois de Dieulet et de Beâumont. Elle aperçut de là le camp de Failly. De Tann fit aussitôt avancer quelques batteries pour tirer sur ce camp. Les obus vinrent troubler le repos de^ Français qui se

trouvaient cette fois surpris par rartillerie. De Failly ordonna la retraite comme il put.

De Tann lança la 4* brigade à sa poursuite, ainsi que la 3* brigade qui se dirigea à gauche de la 4* dès qu'elle parat sur le champ de bataille. A droite de la 4* brigade bavaroise se montrèrent en même temps les troupes du &* corps allemand qui s'avançait à Test de Beaumont.

De Failly se retira* tout en combattant, sur Yoncq, où les Bavarois lui enlevèrent deux canons.

Lorsque la 1'* division arriva, de Tann la dirigea sur la Besace pour attaquer les Français sur leur flanc droit. Ce mouvement se fit un peu trop tard ; mais celui du 4 corps qui menaçait de couper de Failly de la Meuse fut plus décisif. De Tann appuya ce mouvement avec 4 bataillons et 2 batteries de sa 2* division. La 1'* division ne rencontra au nord de la Besace qu'un détachement français qui se retira rapidement et qu 'elle poursuivit jusqu'aux Huttes de Raucourt.

En se voyant pressé sur son flanc gauche par le 4* corps allemand, de Failly, au lieu de se retirer directement sur Mouzon où il pouvait trouver le secours le plus proche, marcha, par Pouron et Brouban, sur Yillers-devant-Mouzon.

De Failly ne reçut aucun secours du 7* corps qui pou^ suivit, sans s'arrêter, sa retraite vers la Meuse.

Lorsque le combat entre de Failly et le 4* corps allemand se rapprocha de Mouzon^ le général Lebrun voulait aller le soutenir, en faisant passer tout son corps d'armée delà rive droite sur la rive gauche de la Meuse. La division de cavalerie Lichtlin et la division Grandchamp étaient déjà sur la rive gauche, lorsque le maréchal de Mac-Mahon fit arrêter le mouvement,

La division Lichtlin attaqua les Prussiens, mais elle rencontra de l'in&nterie en bon ordre, dont le feu, joint à celui de l'artillerie, lui fit subir de grandes pertes, et elle fut forcée de se retirer.

Cependant cette attaque et l'artillerie française, en position sur la rive droite de la Meuse^ dégagèrent un peu de

Faîlly, qui put gagner Villere-devant-Mouaon sans être serré de trop près, et passer sur la rive droite» Le feu du canon ne cessa près de Mou2on qu'à 8 heures

du soir.

A gauche des Bavarois, Tavant-garde et une partie de rartiUerie du 5* corps allemand, venant de Buzancy, ouvrirenlle feu vers midi contre Oches ; mais le détachement français qui occtipait Ce village n'accepta point le combat. Dès qu'il entendit le canon sur son flanc gauche et presque sur ses derrières, il se mit aussitôt en retraite sur Sltonné.

L'avaut-garde prussienne s'avança jusqu'à Stonne.

y. — Bataille de Sedan^ 1" septembre.

Le maréchal de Mac-Mahon ordonna, pour le 31 août, la concentration de tous ses corps d'armée sur la rive droite de la Meuse autour de Sedan.

L'empereur Napoléon^ déjà tourmenté par de sinistres pressentiments, et ne voulant pas exposer son jeune fils aux dangers de batailles sérieuses ^ l'avait déjà mis en sûreté en Belgique. Il quitta ensuite Mouzon le 30 au soir^ pour se rendre dans la nuit à Carignan et de là à Sedan où il arriva le 31 à 10 heures du matin.

A la suite des nouvelles qui lui parvinrent dans la jour«r Qéedu 30, le roi de Prusse, qui était à Yarennes, donna dans la soirée, pour le 31 août, l'ordre suivant :

L'année de la Meuse, prince royal de Saxe, devra empêcher Taile gauche, française de se retirer vers Test entre la Meuse et la frontière belge ;

La troisième armée, prince royal de Prusse, devra continuer sa marche vers le nord, attaquer les Français oîi ils se trouveront sur la rive gauche de la Meuse, et opérer du reste contre leur front et leur flanc droit, de manière à les refouler entre la Meuse et la frontière belge.

Le prince royal de Saxe fit passer à Prouilly sur la rive droite de la Meuse le corps de la garde prussienne et, plus tard, la division de cavalerie saxonne ; le 12* corps passa la rivière à Mouzon ; et le 4% qui était fort en avant, descendit la rive gauche de la Meuse.

Voici quelles étaient leurs positions le 3i août au soir :

Le corps de la garde à Garignan, sur la rive droite de la Chiers» avec ses troupes avancées à Pouru-aux-Bois et Pouru-Saint-Rémy.

Le 12* corps à Douzy (24* division d'infanterie) et à Mairy, avec ses troupes avancées depuis Pouru-Saint- Rémy jusqu'au confluent du ruisseau de la Rulle en avant de Douzy ;

Le 4* corps sur la rive gauche de la Meuse devant le faubourg de Torcy.

La cavalerie de la garde prussienne et la caralerie saxonne inquiétèrent ce jour là le chemin de fer de Garignan à Sedan. Les Prussiens passèrent sur la rive droite de la Ghiers à Sailly et Garignan ; la division de cavalerie saxonne, après avoir traversé la Meuse à Prouilly dans la matinée du 31, aperçut du bois de Vaux des trains français qui se disposaient à quitter la gare de Garignan. Elle les fit canonner par sa batterie et descendit ensuite la rive gauche de la Ghiers vers Douzy. En arrivant aux environs de Brévilly, elle vit un convoi de voitures françaises sur la route de la rive droite de la Ghiers. Le régiment de cavalerie de la garde saxonne traversa alors la Ghiers, mais il ne put s'emparer du convoi parce qu'il fut reçu à coups de fusil par l'infanterie française et par les habitants de Pouru-Saint-Rémy.

En revanche, le 1*' régiment de uhlans saxons, n"" 17, après avoir canonné Douzy avec sa batterie à cheval, pénétra dans le village, s'empara de 40 voitures, de trains du chemin de fer, et fit beaucoup de prisonniers. Il poursuivit l'escorte française jusqu'à Francheval et revint ensuite à Douzy.

Dans l'armée du prince royal de Prusse, le («^ corps bavarois devait marcher sur RémiUy, sur la Meuse, et le 2' corps bavarois le suivait jusqu'à Raucourt.

Le 1*' corps bavarois marchait dans Tordre suivant : !'• brigade avec deux batteries, 2* brigade, réserve d'artillerie du corps d'armée, 3* et 4* brigades.

L'avant-garde du 1*' corps bavarois arriva devant Rémilly, sur la rive gauche de la Meuse, à 9 heures et demie, et elle aperçut de là sur la rive droite des colonnes fran* çaisesdu 12« corps et de cavalerie qui se dirigeaient sur Sedan par Mairy, Douzy et Bazeilles. Les deux batteries de Tavant-garde commencèrent aussitôt le feu contre les Français et furent bientôt soutenues par les batteries de réserve du corps. L'artillerie française leur répondit, mais sans effet. L'artillerie bavaroise fit preuve en cette circonstance d'une grande supériorité, comme portée et justesse de tir.

Le chemin de fer passe, à Bazeilles, de la rive droite sur la rive gauche de la Meuse, et il ne revient sur la rive droite qu'en amont de Donchery. Le 4« et le 9® bataillons de chasseurs bavarois s'étaient emparés du pont du chemin de fer de Bazeilles, mais ils ne purent s'avancer sur la rive droite de la Meuse oîi ils furent reçus par un feu terrible dechassepots et de mitrailleuses. Il paraîtrait que les habitants de Bazeilles leur tirèrent aussi des coups de fusil des fenêtres de leurs maisons.

De Tann fit revenir ces bataillons sur la rive gauche de la Meuse; il ne voulait pas attaquer sérieusement Bazeilles avant que le prince royal de Saxe ne prît l'offensive sur la rive droite. Pour cette attaque, il fit jeter un pont de bateaux sur la Meuse à Rémilly.

Les Français essayèrent de faire' sauter le pont du cheniin de fer de Bazeilles, mais les chasseurs bavarois les en empêchèrent.

I^rque de Tann apprit que le prince royal de Saxe ne pouvait pas prendre sérieusement l'offensive le 31 août, il fit rester la plus grande partie delà Indivision dans les

positions où elle se trouvait ; le pont de Bazeilles fut barricadé et le gros du corps de Tann bivoua(iua le soir entre Rémilly et Ângecourt. «^ Le 2e corps bavarois campa à Raucourt.

Le 5» corps allemand était, le 31 au soir, à Chéhery ; le 11® entre Frénois et Villers-sur-Bar, en face Donchery ; la division wurtembei^eoise à Boutancourt, au sud-ouest de Dom-le-Mesnil.

Le 6e corps allemand devait marcher sur Attigny el Semuy, vers T Aisne et le canal des Ardennes, d'où il pouvait être facilement dirigé au nord-ouest si Mac-Mahon revenait encore à lïdée de rétrograder sur Paris. Il serait appuyé dans ce cas par les divisions de cavalerie qpx opéraient dans cette direction.

Le prince royal de Prusse ordonna à la troisième armée les dispositions suivantes pour le 1er septembre :

Le 1" corps bavarois passe la Meuse à Rémilly et attaque Bazeilles ;

Le 2^ corps bavarois se place au-dessous de Bazeilles, à Wadelincourt et Frénois, — soit pour appuyer le 1^*^ corp* bavarois, soit pour le relier avec le 11" corps allemand, et observer en môme temps le faubourg de Torcy, en avant de Sedan ;

Le 11^ corps passe la Meuse à Donchery, marche au nord sur Vringne-aux-Bois et se dirige ensuite à l'est sur Saint-Menges;

Le 5« corps allemand et la 4« division de cavalerie suivent le mouvement du H ® corps ;

La division wurtembergeoise reste à Donchery, soii pour servir de réserve générale, soit pour repousser un mouvement des Français venant de Mézières.

Dans la journée du 31 août, le 11* corps jeta deux ponts sur la Meuse à Donchery ; il commença aussitôt le passage de la rivière, et il était en force sur la rive droite le l*^"^ septembre au point du jour.

L'annonce de la retraite précipitée des Français dans la journée du 31 août fit craindre au quartier général du roi

que Mao-Mahon ne voulût éviter par une marche de nuit une bataille décisive •

Cette crainte n'était du reste pas fondée. Mac-Mahon ne croyait pas, le 31 au soir» avoir devant lui des forces aile* mandes aussi considérables. Les troupes françaises oam« pèrent autour de Sedan : le 7® corps à Textréme droite vers Saint-Menges et Floing ; le 12« corps devant Bazeilles ; le 1'^ corps vers Daîgny et Francheval ; le 6» corps sur les hauteurs au nord de Sedan. On n'avait pas même cru nécessaire de leur donner des ordres pour le 1*' septembrcé

Cependant le quartier général allemand avait parfaite* ment raison de croire que si Mac-Mahon connaissait sa véritable situation, il chercherait par tous les moyens possibles à s'échapper d'un côté ou de l'autre. Le moyen pouvait être mal choisi ; mais il fallait dans tous les cas ^tre prêt à s'opposer à ce dessein.

Le roi de Prusse ordonna en conséquence que trois divi* sioDs de l'aile gauche (armée du prince royal de Prusse) passeraient la Meuse dans la nuit du 3! août au l^^ septembre, pour être prêtes au point du jour à marcher au nord et à prendre l'offensive contre la ligne de Sedan à Mézières. — Le prince royal de Saxe reçut communication ^le cet ordre, qui était déjà plus d'à moitié exécuté, car nous avons vu que le 11^ corps avait passé en partie la Meuse dans la nuit du 31 août au 1®^ septembre. H ne ^'a^mit donc plus que de faire passer une troisième divi*^ >ion. — C'est la division wurtembergeoise qui fut désignée- Elle reçut l'ordre de traverser la Meuse entre Dom-le- Mesnil et Nouvion, de prendre position au nord de Nou- ^ion, à Viviers-au-Court, et d'y attendre de nouveaux ordres pour marcher soit à l'esté soit à l'ouest.

Au point du jour les Wurtembergeois jetèrent un pont ^ l'endroit indiqué et conmiencèrent à passer la Meuse à 6 heures du matin. A 9 heures, la tête de leur division arrivait à Viviers-au-Ck)urt.

^ que le prince royal de Saxe reçut les ordres du roi de Prusse, il fit prendre les armes aux troupes de l'armée

de la Meuse. Le 1er septembre à 5 heures du matin, la garde prussienne et le corps saxon devaient occuper la ligne Pouru-aux-Bois, Pouru-Saint-Remy, Douzy, et se tenir prêts à|marcher contre le front français 6ivonne-la Moncelle. La 7« division, du 4® corps allemand, devait rester en réserve à Mairy, tandis que la 8® division et la réserve d'artillerie du même corps marcheraient sut Bazeilles pour appuyer le 1«^ corps bavarois.

II résulte des positions occupées par les Français et des dispositions prises par le quartier général allemand, qoe les premiers occupaient un front d'environ 10 kilomètres, et qu'ils pouvaient être attaqués sur ce front, dans la matinée du i «' septembre, par sept corps et demi allemands, — 170,000 à 180,000 hommes, — auxquels ils pouvaienl opposer tout au plus 120,000 hommes.

Il était à peu près impossible que toute Tannée de Mac- Mahon se fît jour à travers les Allemands; il lui fallait toujours laisser en arrière des forces importantes, pour résister sur certains points à la pression des Allemands, pendant que le gros de l'armée forcerait sur un autre point les lignes allemandes, à peu près comme fit Blucher à Champeaubert-Etoges en 1814. Mais de quelque côté que Mac-Mahon dirigeât ensuite sa retraite, l'armée allemande était si près de lui qu'elle pouvait rester constamment sur ses talons, l'inquiéter sans relâche avec sa cavalerie et son artillerie, qui ne permettent plus une retraite à la Xénophon, et lui causer ainsi des pertes énormes; si bien que le résultat manqué le l**" septembre, les Allemands l'auraient certainement obtenu trois ou quatre jours pli^^^ tard.

Et de quel côté Mac-Mahon pouvait-il s'échapper? Etaitce encore vers Metz ? Mais avec les forces qu'il pouvait à présent y conduire, et suivi de'près par une formidable armée allemande, au lieu de pouvoir attaquer librement l'armée de blocus, il ne réussirait, dans le cas le plus favorable, qu'à jeter dansles lignes de Metz 40,000 àSO,000 hommes, ce qui serait plus défavorable qu'avantageux à Bazaine.

Pouvait-il encore se retirer sur une autre place forte pour y reprendre haleine et s'en aller ensuite plus loin ?

Nous savons qu'il ne manque pas de places fortes dans cette r^on, mais ces petites forteresses ne sauraient ofTrir an lieu de refuge à une grande armée. La place la plus rapprochée qui pût remplir cet objet, c'était Lille. Mais LÛIe eet à 170 kilomètres de Sedan.

Il restait une issue relativement facile. La frontière belge n'est qu'à 8 kilomètres des derrières de la position de Sedan, par la route de Bouillon. Il est hors de doute que s'ils avaient pris ce parti de bonne heure le i®' septembre, les Français pouvaient gagner la Belgique, et même sans livrer de combats sérieux. Mais ils auraient dû alors se laisser désarmer et interner par les Belges : ce qui révoltait l'orgueil français. Des détachements isolés pouvaient bien prendre cette route, mais non toute une armée française.

Le bras du destin était suspendu sur l'armée de Mac- Mahon.

C'est le 1^^ corps bavarois qui entama la lutte. Le gêné* rai de Tann avait reçu l'ordre de ne pas exécuter d'attaque décisive avant d'être assuré du soutien de l'armée de la Meuse, et particulièrement du 12® corps (Saxons) ; mais il était autorisé, si cela lui semblait possible, à s'emparer de Bazeilles dans la nuit, pour avoir ensuite la liberté de se porter plus avant dès que le moment serait venu.

Le grand village de Bazeilles, tout entier bâti en pierres, renferme l'ancien château où Turenne passa sa jeunesse, et un autre plus moderne.

Dès 4 heures du matin, par un épais brouillalrd, de Tann mit ses troupes en mouveihent pour attaquer Bazeilles que défendait la division d'infanterie de marine de Yassoigne, du corps de Lebrun.

£n tète des Bavarois marchait la 1'® brigade, Dietl, puis la 2% OrfT, et enfin la 2» division.

Le combat de Bazeilles commença peu d'instants après 4 heures; les Bavarois pénétrèrent dans le village, mais ils

en furent chassés par les Français ; puis à leur tour ils reçurent des renforts et forcèrent les Français de plier. Le combat se poursuivit, indécis, dans les rues, les jardins et les parcs entourés de murs. Quelques maisons furent longtemps disputées, et les Allemands disent que les habitants prirent part à la lutte, ce qui est bien possible. Les Français contestent ce fait, et ils accusent en revanche les Bavarois d'avoir conmiis des cruautés sur les femmes, les enfants et les vieillards. Sans accorder trop d'importancv à ces plaintes réciproques, on peut cependant en inférer que le fer et le feu ne furent pas ménagés dans cette lutte acharnée.

L'artillerie des deux partis ne pouvait appuyer directement le combat de fiazeilles, parce que les combattants s'y mêlaient de telle sorte qu'il était impossible de les distinguer, et l'artillerie ne pouvait tirer que sur les pièces et les réserves de l'ennemi.

L'artillerie bavaroise était sur les hautoirs au nord-est de Bazeilles; l'artillerie française, y compris les mitrail- Içuses du corps Lebrun, à l'ouest de la Monoelle.

Ce n'est qu'à iO heures du matin que Bazeilles fut définitivement aux mains des Bavarois. Pendant ce combat, le maréchal Mac-Mahon fut dangereusement blessé par ud éclat d'obus ; à 7 heures et demie, il donna le commandement en chef au général Ducrot et se retira du champ de bataille.

Ducrot forma aussitôt le projet de prwdre position sur le plateau d'IUy, en arrière de Sedan, ce qui indique qu'il voulait avoir, dans tous les cas, la retraite libre vers la Belgique. Il avait déjà doiuné des ordres pour ce mouvement, que quelques troupes avaient mtacie commencé, lorsque le commandement lui fut enlevée

Nous avons parlé plus haut du général de Wimpffen qui avait été rappelé d'Afrique pour r^nplacer de Faillj à la tête du S* corps. U était arrivé à Sedan le 31 août et, dès qu'il sut la blessure de Mac-Mahon, il fit valoir ses droits au commandement en chef, comme étant le plus ancien gêné-

rai de division après de Failly qui ne comptait plus, et le général Ducrot lui remit le commandement \ers 9 heures du matin.

Le général de Wimpffen, né en 181*, sorti de l'Ecole de Saint-CjT, servît la plus grande partie du temps en Afrique. Général de brigade dans la guerre de Grimée en 1855, il commandait en Italie une brigade de la garde et fut nommé général de division la même année. Quelque temps après la guerre, il fut renvoyé en Afrique. Il y commandait en 18701a province d'Oran et dirigea les opérations contre les tribus des frontières du Maroc. Ces opérations ont été appréciées de diverses manières, mais en tous cas eUes étaient d'une tout autre nature que celles d'une guerre avec l'Allemagne.

Wimpffen, qui a h réputation d'uoir une brillante bravoure au plus grand sang^roid, s'oxienta^ des hauteurs de Balan, m la situation de la bataille, et elle ne lui parut pas désespérée ; il suspendit donc aussitôt les mouvements commence par ordre de Ducrot et fit reprendre aux troupes leurs anciennes positions.

Us choses allaient déjà fort mal pour les Français, et ce double changement de général en chef dans Tespace de quelques heures n'était pas fait pour les améliorer. Ce fait l'appelle inunédiatement à Tesprit le changement opéré dans l'état-jn^yor général autrichien le matin de la bataille de KoMi^raetz*

Aaus Tarmée de la Meuse, le prince royal de Saxe dirigea le 12' coirps de Douzy sur la Moncelle par Lamécourt ; ^ le corps de la garde prussienne sur YiUers-Cernay.

U 48^ brigade (saxonne), — avant-garde de la 24* divîrioD,— lut engagée à la Moncelle à 6 heures et demie ; la batterie d'avant-garde, suivie bientôt de toute l'artillerie de la 24' division, s'établit à Test de la Moncelle, au nord des batteries bavaroises. Lorsque la Moncelle fut prise, deux batteries de la réserve d'artillerie du corps vinrent encore se joindre aux premières.

L'artillerie saxonne eut beaucoup à souffrir des pièces françaises, ainsi qup du feu dlnfanterie qu'elle recevait du

ravin de la Moncelle.

La 47* brigade d'infanterie s'avança, à droite de la 48* dans la direction de Daigny où elle prit 3 mitrailleuses.

Vers 9 heures et demie, arriva la 46" brigade d'infanteterie, de la 23« division, et elle établit la communiation entre la Moncelle et les Bavarois ; la 43' brigade fut également envoyée à la Moncelle et les batteries qui s'y établirent successivement finirent par former une seule ligne avec celles du 1*^ corps bavarois. . Les têtes de colonne du corps de la garde prussienne, arrivèrent à 8 heures à Villers-Cernay ; vers 9 heures, quelques batteries de la garde ouvrirent le feu des hauteurs situées entre Villers-Cernay et Givonne. La garde reçut Tordre général de remonter le ruisseau de Givonne jusqu'à Fleigneux, dès qu'on serait maître du terrain entre Daigny et Givonne. Le 12* corps saxon devait à son tour suivre ce mouvement en faisant un à-droite.

La 1" division de la garde marcha contre Givonne; la réserve d'artillerie du corps prit position au nord des batteries de la garde qui étaient déjà engagées, afin de soutenir le mouvement de la 1" division.

Revenons maintenant à l'aile gauche de l'armée allemande.

Le 11« corps avait passé la Meuse à 6 heures du matins et ses têtes de colonne arrivaient à 7 heures à Vringue-auî- Bois. Plus à gauche, à Nouvion, la division, wurtembergeoise commençait à 6 heures à passer la rivière.

A droite du H*" corps était le 2" corps bavarois, Hartmann, devant Torcy, avec la 4" division, comte Bothmer, à Frénois, la réserve d'artillerie etla 9* division, Walther,à Wadelincourt.

A 6 heures, le 5' corps allemand marchait par Chevenges sur Donchery, la 4® division de cavalerie le suivait.

Le 6* corps avait, comme nous savons, une mission spéciale, ainsi que la plupart des divisions de cavalerie*

Le prince royal de Prusse quitta, vers 4 heures et demie du matin, son quartier général de Chémery, et il arriva à 6 heures sur le champ de bataille à Fouest de Frénois. Le roi de Prasse se rendit également de bonne heure à Frénois de son quartier général de Vendresse.

Les détachements de cavalerie envoyés à la découverte apportèrent la nouvelle que la route de Mézières était com- I^étement libre de Français. On pouvait donc sans hésiter diriger le !!• corps contre l'armée de Mac-Mahon postée uitour de Sedan , d'autant plus que le 5* corps allait suivre le 11* sur la rive droite de la Meuse, et que la division wur- Mergeoise était maintenant prête à observer la route de Mézières.

Le prince royal de Prusse ordonna donc, à 7 heures, au 11* corps de marcher sur Saint-Menges. Le général Gersdorff, commandant actuellement le 11* corps, reçut cet ordre \1 heures et demie à Briancourt, au sud-est de Vringne-aui-Bois, et il en ordonna de suite rexécution. L'avantprdedu !!• corps parut vers 9 heures à l'ouest de Saint- ^Qges, attaqua ce village et s'en empara après un combat sdiarQé.

I^ détachement français (du 7' corps) qui occupait Saint- Menges se retira sur la position qu'occupait son corps d'ar- «ûée entre lUy et Floing.

Le commandant du 11' corps fit aussitôt placer au sud fc Saint-Menges Tartillerie qu'il avait sous la main, et l'infcnterie se déploya derrière elle.

^ 5' corps qui marchait derrière le 11% sa réserve d'ar- Ûlerie en tête, se déploya sur sa gauche à Fleigneux. A H heures du matin, la plus grande partie de l'artillerie du î* et du !!• corps entretenait, à Fleigneux et à Saint-

■^ges, un feu violent contre 1 extrême droite des Fran-

tais.

^^'il fut constaté que la route de Mézières était libre, «division wurtembergeoise reçut, à 10 heures et demie, •ordre de revenir de Viviers^u-Court à Donchery et d'y l^teren réserve. La 2' division de cavalerie y fut égale-

lement enToyée. Le gros de la division wurtembergeoise prit position à Donchery et la brigade Hugel se porta sur la rive gauche de la Meuse à Dom-le-Mesnil, en regardant MéziëreSé

La 4' division de cavalerie, qui avait suivi le S' corps allemand sur la rivie droite de la Meuse, s'arrêta & TroisfontaineSy au sud du 11® corps et à l'ouest de la presqu'flc d'Iges, et ses batteries à cheval s'établirent à la lisière est du bois pour tiret — à 4,000 pas — sur les positions françaises de Floing.

Lorsque le prince royal de Prusse arriva à Frénois, nou> savons que la lutte était déjà très-vive à Taile droite de la troisième armée, l*' corps bavarois. Il ordonna en conséquence, vers 7 heures du matin, à la division Waltber, du 2* corps bavarois, de revenir sur Rémilly pour appuyer de là le 1" corps bavarois à Bazeilles ; la division Bothmer fut alors envoyée de Frénois à Wadelincourt. Deux batteries de cette dernière division et l'artillerie de réserve du corps passèrent dans la presqu'île d'Iges pour concentrer de là leur feu contre Floing, de concert ayec les batteries de la 4® division de cavalerie et une grande partie de celles do !!• corps.

Nous avons suivi, jusqu'à 10 heures du matin, la marche de la bataille à l'aile droite des Allemands, — armée de la Meuse et !•' corps bavarois, — et nous avons, en outre, indiqué les directions dans lesquelles cette aile droite devait continuer la lutte. Nous avons ensuite examiné Taction de l'aile gauche allemande, armée du prince royal de Prusse, jusque vers 11 heures du matin.

Il résulte de cet examen qu'à cette heure-là l'armée de Mac-Mahon — ou de Wimpffen — était tellement entourée qu'il ne lui restait plus que deux issues très-difficiles. Elle pouvait encore se faire jour au nord ou au sud, mais ce n*était plus possible à l'est ni à l'oqest, à moins d'un miracle.

Pour percer au nord, elle avait ertcore la gorgé, d'environ 4,000 p^ de largeur, entre Fleigneux et Givonne,

pour gagner laBelgique par les bois de Daigny et de Terme. La grande route de Bouillon qui mène dans la même direo tion était déjà fermée aux Français*

Aa sud, on pouvait sortir par le faubourg fortifié de ToKj dans la direction de Youziers et de Reims*

Cette issue était la plus dangereuse à prendre, au début surtout. Ce qu'il serait arrivé ensuite de cette tentative, nul ne peut le dire ; mais à la guerre il faut toujours de l'audace. U fallait, dans tous les cas, beaucoup de résolu^ tion pour chercher, en ce moment, à se faire jour dans cette direction. Le succès de l'opération exigeait ensuite une grande simplicité et une clarté parfaite des dispositions, une obéissance absolue et une abnégation complète de chaque commandant de corps d'armée. D'après les renseignements (pie nous avons recueillis, et surtout à cause de la présence de l'Empereur à Sedan, il nous semble fort douteux que le général de Wimpflen aurait eu toute Tautorité nécessaire poorlaire exécuter le plan que nous venons d'indiquer. Il ^ du reste constaté que personne dans l'armée française De songea à cette issue. Ainsi qu'il arrive toujours après un grand malheur, des brochures sans nombre ont été écrites sar la question de savoir à qui revenait la faute de la catas- ^phe de Sedan. Nous n'avons trouvé dans aucune l'idée â une retraite au midi. Quant à ce qui regarde spécialement Je général de Wimpffen, il semble qu'il ait conservé longtemps l'espoir de repousser les Allemands, et qu'il se soit ^t qu'il serait temps ensuite de scmger à la direction que suivîait l'armée.

Tout le monde s'accorde à dire qu'il ne fut donné aucun ordre général jusque vers 4 heures du soir : chaque comman- <^t de corps d'armée, voire même chaque chef de division ou de brigade, agissait à peu près suivant sa propre inspi- ^tion, pour se maintenir dans la position qu'il occupait ou ^pousser l'adversaire particulier qu'il avait devant lui. Le <*ef de l'armée observait, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre ^ eSorts isolés, au lieu de chercher à les diriger vers un m commun et d'après une pensée générale.*

Lorsque le général de Wimpfien dut abandonner sa première espérance, il eut l'idée de s'échapper dans la direction de Carignau. Mais nous allons voir qu'il était alors beaucoup trop tard pour songer à faire passer à travers les Allemands toute l'armée française.

Revenons maintenant à l'aile droite allemande, armée de la Meuse et 1 ®' corps bavarois.

Lorsque le 1®' corps bavarois se fut rendu maître de Bazeilles, vers 10 heures du matin, il ne put cependant pas s'avancer au delà de ce village* Ses troupes avaient été entremêlées par ce combat local, et il fallait d'abord les rallier, les reformer et, en outre, s'établir dans le village.

Vers 11 heures du matin arriva par le pont du chemiD de fer de Bazeilles la division Walther, du 2» corps bavarois, que le prince royal de Prusse envoyait au secours du V^ corps. De Tann fit marcher la division Walther sur Balan où il la fit appuyer plus tard par une partie de la 8® division, du 4® corps, dont un bataillon avait déjà pris part au combat de Bazeilles. Il réunit en même temps sur la hauteur située au nord-est de Bazeilles la l^et la 4« brigade, ainsi que la réserve d'artillerie du i^ corps bavarois, pour être prêt à repousser un retour offensif de Lebrun, si ce dernier réussissait à se porter à l'est par Balan.

Après un combat très-violent, les Bavarois, soatenus par le 4® corps prussien, s^emparèrent de Balan et s'y maintinrent malgré le feu de l'Artillerie de Sedan.

Vers 4 heures environ, les Français reçurent sur ce point l'ordre de se retirer sur Sedan. Cet ordre ne venait pas du général Wimpffen, mais du quartier général de l'empereur Napoléon. En môme temps, le général Wimpffen proposait à l'Empereur de le sauver en cherchant à se faire jour sur (iarignan. Avant même d'avoir reçu le refus de l'Empereur, il fit part de son projet au général Lebrun. Celui-ci répondit : « Vous allez faire tuer 3,000 hommes de plus sans arriver à rien. Cependant, si vous voulez faire cette tentative, je vais avec vous » . En effet, Wimpffen et

Lebrun sortirent de Sedan à la tôte des troupes qu'ils avaient pu réunir. La division bavaroise Walther fut chassée d'une partie de Balan, mais elle fut aussitôt secourue par la l^ brigade bavaroise. En même temps, l'artillerie de réserve du l*' corps bavarois ouvrit un feu meurtrier. Lorsque Wimpffen vit que l'ennemi était prêt à le recevoir et compta avec surprise la poignée d'hommes qui l'avaient suivi, il reconnut que son dessein était inexécutable et il arrêta le mouvement. Des détachements bavarois et prussiens le suivirent dans sa retraite jusqu'aux portes de Sedan.

A droite des Bavarois et de la 8» division, du 4« corps, la23« division d'infanterie, du 12e corps, s'était peu à peu réunie en arrière de la Moncelle. Elle reçut vers midi l'ordre de remonter la vallée jusqu'à Daigny, et de gravir ensuite les hauteurs situées à l'ouest vers la Garenne.

La 23* division eut à soutenir, dans la vallée, de nombreux combats contre des détachements français, du l^'et 7" corps, et son avant^garde gravissait vers 3 heures les hauteurs à Touest de Daigny. Ducrot opposait toujours une résistance acharnée ; cependant, les Saxons en triomphèrent, ils prirent 2 mitrailleuses et firent plus de 1,000 prisonniers. A 4 heures, Ducrot se mit en retraite sur Sedan.

Les Saxons ne prirent point part au combat qui se livra plus tard à Balan entre Wimpffen et Lebrun d'un côté, les Bavarois et la 8* division allemande de l'autre ; ils détachèrent seulement un régiment dans cette direction, mais il arriva trop tard pour combattre.

La 2* division de la garde prussienne marcha, vers 1 i heures du matin, sur Daigny et Hoybes. Bientôt après, le i2« corps ayant pris Daigny, la garde put marcher au nord sur Givonne et de là sur lUy. Elle engagea toute son artillerie. Dès 3 heures de l'après-midi, elle donnait la main, à lUf , au 5« corps, c'est-à-dire à l'extrême gauche de l'armée allemande. — On peut dire qu'à cette heure le sac était terme; l'expression est un peu triviale, mais elle peint

bien la vérité, comme on peut s'en convaincre en regardant la carte.

A ce moment, le sort de l'armée française étût décidé. Quelques détachements isolés, notamment de cavalerie, pouvaient encore se faire jour, mais l'armée ne le pondait plus. Les meilleures troupes ne voulurent point séparer leur sort de celui des autres; elles firent d'elles-mêmes d'honorables efforts pour faire payer cher à Tennemi sa victoire, pour Couvrir la retraite de leurs camarades, mais non pas pour obtenir un avantage qu'elles n'appréciaient point, du moment qu'elles ne pouvaient pas le faire partager à toute l'armée.

A l'aile gauche des Allemands, après un long combat d'artillerie, l'infanterie du 11* corps s'avança de Saint- Menges, à 11 heures passées, pour attaquer Floing; son aile gauche se reliait à la 19® brigade d'infanterie du S<» corps. Le combat fut très-acharné sur ce point, surtout contre le 7* corps français. L'infanterie française et la cavalerie rivalisèrent de courage, mais sans unité, par brigade ou par régiment. Ali heures et demie, 4 régiments de cavalerie française firent la dernière tentative sérieuse de résistance sur ce point-là. Us furent reçus avec calme par l'infanterie allemande et forcés de chercher un abri dans ' les bois au nord de Sedan. A 2 heures^ les Français de i l'aile droite étaient en pleine retraite sur Sedan. j

Le 5*" corps allemand marcha sur Illy, à la gauche dJ 11* corps, et il compléta vers 3 heures rinvestissemenlj des Français en donnant la main à l'armée de la MeuseJ Les Français eurent également sur ce point du champ dd bataille de brillants faits d'armes, mais ils manquèrent, comme .partout ailleurs, d'une pensée dirigeante, d'une autorité suprême.

La 4* division de cavalerie allemande, suivant le mouve< ment des 11® et 5* corps, s'était portée, vers 3 heures d soir, de Troisfontaines sur les hauteurs au nord d'IllV) d'où elle fut ensuite dirigée par le prince royal de Pruss sur la route de Sedan à Bouillon, afin d'inquiéter la re

traite d^ Français vers la Belgique s'ils voulaient encore l'essayer.

Dn détachement wurtembergeois avait été envoyé sur la riye gaaeiie de la Meuse, contre une sortie de la garnison de Mézières qui fut repoussée sans difficultés.

A 5 ieures, les tôtes de colonne de tous les corps allemands se rapprochaient de Sedan. La place fut bombardée par Tartillerie de campagne, et le feu se déclara bientôt ans la ville et les locaÛtés avoisinantes.

Un désordre indescriptible régnait dans les rues étroites de Sedan où se pressait toute l'armée de Mac-Mahon. Napoléon 10 se résolut à une capitulation. Ne se regardant pas comme général en chef de l'armée, Napoléon ne voulait livrer que sa personne. Le général de Wimpffen, qui avait exercé le commandement en chef toute la journée, devût aussi conclure la capitulation.

La chose était dure pour le général de Wimpffen, cela se comprend. Il offrit sa démission à l'Empereur, qui la ^usâ, et il avait raison, parce que dans la matinée du i'' septembre, Wimpffen avait fait valoir ses droits l'ancienneté pour avoir le commandement en chef, alors pelés circonstances lui permettaient fort bien de le laisser iaiis déshonneur au général Ducrot, qui l'avait reçu de Bac-Maton.

Wifflpflén s'inclina devant le refus de l'Empereur. Au ^y Napoléon n'avait pas attendu le consentement du iéaéral en chef pour £sdre flotter le drapeau blanc aux portes le Sedan.

Lorsque le roi de Prusse aperçut des hauteurs Je Frénois pe le feu était dans la ville, il ordonna de cesser le bombardement, et il envoya en parlementaire le lieutenantdonel d'étatp^major Bronsart de Schellendorff (1). Bron-

(1) Le colonel Bronsart de Schellendorff a publié^ en 1870, une

^Dchore intéressante dens laquelle il réfute un écrit : « Taktische

^fflUke 0»/* i866 », qui avait obtenu en France, en 1868» beaucoup

i^ de succès qu'il n'en méritait.

(Note du traducteur,)

sart rencontra en route un officier bavarois qui lui dit qu*un parlementaire français était à la porte de Sedan avec un drapeau blanc. Il continua son chemin, fut introduit dans Sedan et conduit aussitôt près de TEmpereur. Lorsqu'il lui fit part de sa mission : demander la reddition de la place et de l'armée, Napoléon observa que c'était avec le général de Wimpffen, commandant en chef de l'armée, que Bronsart devait traiter.

L'Empereur voulait donner à Bronsart une lettre pour le roi de Prusse ; mais, après réflexion, il préféra envoyer cette lettre par un de ses aides de camp, le général Reille. Le général et Bronsart trouvèrent le roi à 7 heures du soir.

La lettre de Napoléon commençait ainsi : c N'ayant pas pu mourir à la tète de mes troupes, je remets mon épée dans les mains de Votre Majesté. »

Du reste. Napoléon ne rendait que sa personne, parce qu'il n'avait pas exercé le commandement en chef. II résulte cependant de diverses circonstances que nous avons eu l'occasion de mentionner que cette assertion de l'Empereur est des plus contestables.

Le roi de Prusse ne rentra qu'à i i heures du soir à son quartier général de Yendresse. Il avait auparavant chargé le général de Moltke de la capitulation, en donnant l'ordre à Bismarck de lui prêter son concours.

. Les conditions de cette capitulation furent discutées à Donchery, du côté des Français par Wimpffen lui-même. Ce dernier espérait au début obtenir des conditions plus favorables que celles qui lui furent concédées. Vers minuit, de Moltke déclara que l'armée française mettrait bas les armes, que les Allemands n'accepteraient pas d'autres conditions, et que si la capitulation n'était pas sdgnée le 2 septembre à 9 heures dii matin, le bombardement de Sedan recommencerait. Wimpffen demanda de réfléchir jusqu'à une heure du matin. Les n^ociations reprirent ensuite et marchèrent si rapidement que la capitulation était arrêtée vers 6 heures du matin et n'avait plus besoin que de la ratification du roi de Prusse. De Moltke alla la

chercher à 8 heures sur le champ de bataille où le roi était revenu de Vendresse.

D'après la capitulation, Farmëe française était prisonnière de guerre. Les officiers qui donneraient leur parole dliooneur de ne plus servir contre rAUemagne pendant la darée de la guerre conservaient leur liberté, leurs armes et leurs bagages. Une commission française devait livrer à une commission allemande les armes et le matériel de guerre ; la ville de Sedan devait être rendue au roi de Prosse dans Tétat où elle se trouvait. Le désarmement des troupes aurait lieu le 2 et le 3 septembre.

Les troupes françaises devaient se rendre dans la presqu'île d'Iges, sous la garde du !•' corps bavarois et du 11* corps allemand, réunis sous le commandement du général de Tann. Les prisonniers de guerre français seraient ensuite dirigés i"" sur Rémilly, par Sténay, Etain et Gorze; 2*8arPont-à-Mousson, par Glermont-en-Argonne et Sain t- Mihiel.

Le nombre des prisonniers de guerre, livrés par la capitulation de Sedan, se montait à 83,000 hommes, y compris ^,000 officiers. Il faut y ajouter 2S,000 prisonniers faits pendant la bataille, 14,000 tués ou blessés, 3,000 hommes ^happés en Belgique ; ce qui donne pour l'armée de Mac- Mahon une force totale de 12S,000 hommes, — naturellement d'après l'effectif des rationnaires et en y comprenant la garnison de Sedan, — ou de 130,000 hommes en*£aisant entrer en ligne de compte les pertes éprouvées à Buzancy, Nouart et Beaumont.

Plus de 400 pièces de campagne, dont 70 mitrailleuses, ISO pièces déplace, 10,000 chevaux, un nombreux matériel de guerre de toute nature tombaient aux mains des Allemands.

Les pertes des Allemands à Sedan furent évaluées à 13,000 hommes tués ou blessés.

Bien que Sedan soit une place forte, on peut regarder, svec tout le monde, la capitulation de l'armée de Mac- ^ahon ou de Wimpfien comme une capitulation en rase

campagne. Car Sedan, sans ouvrages détachés, est beaucoup trop petit pour recevoir une telle masse de défenseurs. Comme capitulation en rase campagne, celle de Sedan est un fait unique dans l'histoire, sous le rapport de la grandeur de Tannée prisonnière. U suffit, pour s*en convaincre, de la comparer un instant à Prenzlau, Ratzau, Baylen ou Yillagos.

Mais cet événement acquiert, à notre avis, une tout autre importance, par la prise de Tempereur Napoléon. On a beaucoup plaisanté sur l'assertion de Napoléon qu'il n'avait pas pu trouver la mort. Nous croyons, quant à nous, qu'il l'a cherchée. On a dit : il n'est point allé assez près de l'ennemi. Nous répondrons d'abord que son entourage l'aurait probablement empêché d'aller trop près de rennemi, et, en second lieu, qu'il n'est pas du tout certain que l'Empereur eût trouvé la mort en se jetant au milieu de l'ennemi, et qu'il pouvait fort bien être fait prisonnier sur le champ de bataille. Il restait toujours à l'Empereur un moyen assuré de se donner la mort, le suicide. Mais nous avons été aussi surpris qu'affligé de voir des gens très-pieux, qui condamnent cet acte violent de la manière la plus sévère, le demander du fils le plus fidèle et du plus ferme appui de l'Eglise.

Enfin, nous sommes convaincu que la mort de l'Empereur aurait eu les mêmes conséquences politiques que sa captivité, tandis que s'il avait pu s'échapper libre et sauf du champ de bataille de Sedan, plus d'un événement aurait pris une autre tournure.

Le général Reille vint trouver Bismarck à Donchery, le 2 septembre, à 6 heures du matin, pour lui dire que Napoléon désirait lui parler et se rendait à Donchery. Bismarck alla au-devant de l'Empereur, qu'il rencontra à Frénois.

L'Empereur exprima le désir d'avoir un entretien avec le roi de Prusse. Lorsque le chancelier lui dit que le roi était fort loin de là, à Yendresse, Napoléon demanda si le roi avait déjà fixé le séjour provisoire de son prisonnier, et quelle était à cet égard l'idée de Bismarck. Ce dernier lui

oiliit k maison qu'il occupait lui-même à Donchery et quli évacuerait aussitôt. Le cortège se mit en marche sur Donchery. Avant d'arriver au pont de la Meuse, Napoléon remarqua sur la route une simple maison d'artisan. II fit arrêter et pria Bismarck de descendre. Ces deux personnages eurent alors un entretien d'une heure dans une chambre pauvrement meublée.

L'Empereur se plaignit d'abord des dures conditions de la capitulation imposée à Tannée de Mac-Mahon. Bismarck ne pouvait rien répondre à ce sujet qui avait été traité entre Moltke et Wimpffen, et, fidèle à la promesse qu'il en avait fûte d'avance à Moltke, il écarta cette question chaque fois queNapdéon la remit sur le tapis. En revanche, il demanda à l'Empereur ce qu'il pensait de négociations de paii. Napoléon répondit qu'étant actuellement prisonnier, il ne pouvait négocier la paix ; qu'il n'y avait que le Gouvernement régulier siégeant à Paris, et à la tête duquel était l'Impératrice Eugénie, qui pût décider cette question*

H serait intéressant de savoir si Bismarck et Napoléon loi-même croyaient beaucoup, après la catastrophe dul'septembre, à la durée du Gouvernement de l'Impératrice. Pour Bismarck, cela nous parait fort douteux, car il dit <^ns son rapport au roi, qu'après ces paroles de l'Empei^ur il s'est convaincu « que la situation présente n'offre aucune importance pratique en dehors de son importance nûlitaire ».

Après un long entretien dans l'intérieur, l'Empereur ^rtitet s'assit devant la porte de la maison avec Bismarck, C'est alors que Napoléon aurait dit que lui-même ne voul^t pas la guerre et qu'il y avait été forcé par la pression 4e ropiûion publique en France.

Kong avons nous-mème exprimé, dès le début, l'opinion ^6 l*emperenr Napoléon ne désirait pas très-vivement cette guerre ; mais, pour rendre hommage à la vérité, il '^t dire que cette opinion publique qui, disait-il, l'avait ^orcé à la guerre, avait été créée par son entourage^ par ^^ servilité de la presse et des réunions que cet entou-

rage avait dans sa main, par des poursuites incessantes contre toute expression incommode de l'opinion libérale, par les candidatures officielles et autres institutions de même nature, et l'Empereur n'était certainement pas tout à &dt innocent de ces éléments, de ces fondements de Topinioa publique césariste-bonapartiste. Cette opinion publique-là, gui gouvernait en effet l'Empereur, n'était pas du tout l'opinion publique de la France.

Pendant l'entretien de l'Empereur et de Bismarck, on vint informer ce dernier qu'il y avait, au sud du village de Frénois, le petit ch&teau de Bellevue, comfortablement installé, et qui n'était pas encombré de blessés. Bismarck en fit part à l'Empereur, il ajouta qu'il le proposerait au roi de Prusse pour lieu de rendez-vous, st l'Empereur y consentait, et ill'invita à s'y rendre dès à présent pour prendre le repos dont il devait avoir besoin.

Napoléon et Bismarck se rendirent à Bellevue, où se trouvaient déjà le général de Wimpffen et son chef d'état-major, le général prussien Podbielski et le lieutenant-colonel de y erdy, qui attendaient la ratification de la capitulation. Les Français essayèrent une dernière fois de revenir sur certaines clauses de la capitulation et d'y faire apporter des changements. Mais sur ces entrefaites, de Moltke, qui avait trouvé le roi sur le champ de bataille, envoya dire à Bismarck par un aide de camp que le roi Guillaume ne voulait voir l'Empereur que lorsque la capitulation militaire serait définitivement arrêtée.

Bismarck monta à cheval pour aller lui-même informer le roi de la situation ; il rencontra en route de Moltke, qui portait le texte de la capitulation approuvée par le roi ; ils revinrent ensemble à Bellevue, et la capitulation fut signée sans autre incident.

A midi, Bismarck et Moltke remirent au roi la capitulation signée, et celui-ci, accompagné du prince royal, se rendit à une heure à Bdlevue, oti il eut avec Napoléon un entretien d'un quart d'heure.

LISmpereur prisonnier reçut pour résidence le cbAteau

de Wilhelmshœhey qu'avait autrefois habité son oncle le roi Jér(me, et où le prince-électeur de Hesse distribua plus tard ses coups de pied historiques ({)•

Napoléon quitta le chftteaii de Bellevue dans la matinée du 3 septembre, et il n^arriva que le lendemain matin à BooiUon, après avoir été plus d'une fois arrêté par des convois, des troupes, des canons français pris par l'ennemi. II se dirigea ensuite par Verviers et Cologne sur Wilhelmshœhe, où il arriva le 8 au soir et trouva tout préparé pour le recevoir.

Pendant quelques jours, les journaux officieux prussiens, convaincus en apparence que les armées allemandes trouveraient à Paris un gouvernement régulier, celui de l'Impératrice Eugénie, parlèrent de la probabilité d'une paix prochaine que rendaient indispensable les revers importants des Français. Mais les événements devaient bientôt les taire changer de langage.

Noos allons nous occuper de la situation de Paris et de ce qui se passait dans la capitale de la France.

(i) Le prince électeur de Hesse, qoi fut détrôné en 1866, avait l'babitade de donner des coupa de pied au derrière à toutes les pers<)fi]Ms qui lui apportaient des nouvelles désagréables. Les ministres eux-mêmes n'étaient pas exempts de cette marque de faveur, et ^elques-niu de ces coups de pied sont acquis à rhistoire.^Un beau jov, Téleeteur donna un coup de pied semblable à un de ses valets de chambre. Cet homme, qui était très-fort, n'aceepta pas comme les ministres celte faveur princière. Il saisit le vieil électeur, le coucha ^ aa fauteuil, le déshabilla et administra sur le derrière électoral ^e Terte correction. Le valet de chambre, craignant ensuite d'être Pûnr&Qjvi pour ce crime de lèse*majesté postérieure, s'enfuit dans la Saxe-Cobourg-Gotha, et il acheta plus tard l'hôtel de l'Arbre-Vert à Coboorg.

{Note du traducteur,)

VI. — Paris à la fin d'août et aa eommeneement de aeptembre.-

La République est proclamée.

Depuis la communication qu'il avait faite au Corps législatif , le 22 août, le comte de Palikao parut à la Chambre le moins possible. U donnait pour excuse de son absence ses travaux importants d'organisation qui lui prenaient toat son temps. Dans le fait, il devait lui être pénible de tonjours répéter que tout allait à merveille, que le « plan si s'exécutait» que le ministre de la guerre avait les meilleures nouvelles, mais qu'il ne pouvait pas les communiquer, parce que le succès dépendait du secret et que tout serait perdu si les Prussiens, sans cesse aux écoutes, apprenaient quelque chose de ce « plan ». Ces façons .générales déparier n'auraient pas tardé à devenir suspectes à la Chambre, si elle les avait comparées aux faits affirmés par les télégrammes prussiens qui, du reste, arrivaient rarement jusqu'à Paris. Palikao n'avait pas lui-même dans le cours des choses la confiance qu'il Inspirait si fadlement à la Chambre. Sa pensée dominante, c'était de tenir l'Empereur et l'armée de Mac-Mahon éloignés de Paris, et nous ayons donné des preuves de ce qu'U fit pour cela.

La besogne que négligeait le ministre de la guerre, les journaux officieux et semi-officieux s'en chargèrent D'aprte ces feuilles, la destruction des armées allemandes était assurée. Le « plan » était en voie d'exécution. Mais on n'était pas toujours d'accord sur ce fameux plan. Quelques jou^ naux alfirmaient encore que Bazaine avait été vainqueur le 18 août, le jour qu'il avait précipité trois corps d'armée prussiens dans les carrières de Jaumont. Us disaient que Bazaine était maître de toutes les routes, qu'il avait déjà quitté Metz pour se réunir à Mac-Mahon dans les Champs catalauniques, oîi les chassepots et les mitrailleuses, remplaçant les javelots et les catapultes des Romains, auraient encore raison des barbares à cheveux rouges de l'Orient.

D'autres journaux, qui finissaient par douter du départ de Bazaine, soutenaient qu'il voulait rester à Metz ; que c'était là le «plan*. Les Allemands, s 'avançant avec imprévoyance, seraient pris alors entre deux feux, etc., etc. Ces niaiseries stratégiques étaient encore discutées tout au long, deui jours après la bataille de Sedan. Il n'y avait pas un seul mot de sensé dans ces articles^ mais quelques expressions militaires, qui s'y trouvaient jetées à tort et à travers en imposaient à la masse du public. On avait vu pareille chose en Allemagne quelques années auparavant ({889» Giulay;1866, Benedek).

Après le « plan p , c'était surtout la situation des Allemands qui occupait certains journaux de Paris. A les en croire, on ne devait pas donner un sou des armées allemandes, et il était impossible de comprendre comment elles ne se retiraient pas au plus vite du territoire français. D'aprèsle «Volontaire)), les Allemands auraient déjà perdu, le 16 août, 144,000 hommes tués ou blessés ; le reste était ^ien près de mourir de faim ; les dernières réserves, la laodwehr et la landsturm, arrivaient d'Allemagne ; des vieillards de 60 ans, armés de fusils à pierre, portant du côté droit une énorme blague à tabac, du côté gauche une gourde de schnaps plas grosse encore, une longue pipe de porcelaine à la bouche, courbés sous le poids d'un havres^, surmonté d'un moulin à café et renfermant une provision de thé de sureau, passaient de la rive droite sur la rive gauche du Rhin, toussant, crachant, et maudissant ceux î^ les arrachaient des bras de leurs enfants et petits-enfants, pour les envoyer à une mort certaine. — Des difficultés sérieuses s'étaient élevées entre le prince royal de Prusse et le prince Frédéric-Charles, qui refusaient de se prêter un mutuel ^içxsi. Les dépêches allemandes, qu'bn ne pouvait point ignorer complètement, étaient traitées de «mensonges prussiens n. Enfin on donnait comme un fait certain que le roi de Prusse était devenu fou. La source de cette nouvelle est assez intéressante. L»(( liberté » publie un jour un article dont le sens était qu'il fallait que le roi

de Prusse fût positivement fou pour oser marcher sur Paris en se jetant au milieu des armées françaises. Le lendemain, un second journal publia un article intitulé : Le roi de Prusse est fou, et qui n'était que l'amplification de l'article de la Liberté. Le troisième jour, un troisième journal annonça, d'après des renseignements dignes de foi, que le roi de Prusse, effrayé de la situation de ses armé^, était devenu fou. La chose était naturellement tenue secrète, [mais il fallait garder le roi de près.

C'étaient des nouvelles semblables que donnaient en pâture aux spirituels Parisiens et à tous les Français, des honmies que l'Empire avait élevés dans le journalisme pour instruire le peuple.

On nous demandera sans doute : mais pourquoi les spirituels Parisiens et tous les Français croyaient-ils à tout cela? — Pourquoi donc n'y auraient-ils pas cru ? Qu'on se figure des gens qui ne peuvent ni entendre, ni lire autre chose I Devront-ils croire que tout ce qu'on leur dit n'est que mensonge? Le pourront-ils, lorsqu'ils désirent ardemment que ces mensonges journaliers soient la vérité ? Qu'on en fasse jamais l'épreuve sur la rive droite du Rhin dans des circonstances analogues, et nous verrons si le résultat n'est pas le même. Peut-être seulement que les gens de la rive droite du Rhin seraient plus tôt découragés et par suite plus tôt prêts à douter d'eux-mêmes.

Le peu de journaux indépendants et véridiques qu'il y avait dans Paris perdirent naturellement courage. Ils continuèrent de citer les faits qu'ils croyaient vrais, mais sans se donner la peine de les commenter dans des articles de fond.

Lorsque l'armée du prince royal de Prusse marchait sur Paris, et avant que la marche de Mac-Mahon vers le nord changeât la direction des opérations de la troisième armée allemande, le général Trochu fut nommé, le 17 août, gouverneur de Paris e^énéral en chef des forces qui se réunissaient pour défendre la capitale de la France.

Trochu, né en 181 S, sorti de Saint-Gyr et de Técole d'état-major, était lieutenant en 1840, capitaine en 1843. En Afrique depuis 1841, il attira bientôt, par son intelligence et sa bravoure, l'attention du maréchal Bugeaud, qui le prit pour aide de camp en 184S et le conserva jusqu'à sa mort, 1849. Si le maréchal appréciait hautement le mérite de son aide de camp, ce dernier conserve encore un profond respect pour la mémoire du maréchal, qu'il regarde comme son professeur de l'art de la guerre. En 1853, Trochu était colonel, et Saint-Arnaud le choisit pour aide de camp au début de la guerre d'Orient. Nommé général à la fin de 1854, Trochu resta dans l'état-major de Ganrobert tant que celui-ci conserva le commandement en chef, et il fut mis ensuite à la tête d'une brigade d'infanterie ^'il conduisit avec une brillante bravoure. Il fut blessé grièvement par un éclat d'obus le 8 septembre 1855. Au commencement de la guerre de 1859, il commandait encore une brigade, mais il fut nommé général de division dèslei mai, h l'ftge de 44 ans, et sa division, accourue au secours du maréchal Niel, prit une part brillante à la bataille de Solférino. Après la campagne d'Italie, le général fut mis à l'écart. Ses relations avec le maréchal Bugeaud, qu'il rappelait avec un juste orgueil, lui avaient donné à la cour la réputation fort peu aimée d'un orléaniste. En outre, Trochu, homme d'une simplicité toute militaire et d'une honorabilité parfaite, s'était préservé de l'amour ^né de l'argent et des jouissances qui s'était introduit, ^us l'influence du second Empire, dans toutes les classes delà société et jusque dans l'armée. U craignait que cela Qe devtnt nuisible à l'armée ; il ne pouvait pas estin^er certaines personnes qui jouissaient en apparence de la plus haute considération, et il se tenait personnellement éloigné des cercles de la cour.

En 1867, lorsqu'il fut question de réformer l'armée, il pubUa son livre : ce L'armée française en 1867». Plein d'amoar pour l'armée française, plein de respect pour les qualités qui lui sont propres, Trochu faisait ressortir vive-

ment les défauts de son organisation. La véritëy cette fois Gomme toujours, fut mal accueillie, et les officiers qui ridaient le plus justice à la perspicacité et à la véracité de Trochu, trouvèrent pour la plupart que son livre n'était pas opportun, que ce n'était point le moment de dévoiler à tout le monde les défauts de Tannée française. Les enneiim secrets du général s'éloignèrent de plus en plus de lui, et le* gouvernement le laissa de côté en toute circonstance. Lorsque la guerre de 1870 éclata, le général Trochu n'était que membre du comité d'état-major, position assez effacée. Trochu fut envahi de pressentiments fort tristes lorsqu'il vit la guerre si follement déclarée, et les troupes, à peine formées, se rendre à la hâte à la frontière et traverser Paris aux cris : A Berlin I à Berlin I II ne cacha pas ses impressions au maréchal Lebœuf . U en résulta que Trochu resta d'abord sans emploi. Ce n'est qu'à la formation du 12* corps que ce général, reconnu pour l'un des plus distingués de l'armée française, fut pourvu d'un commandement^ et peu de jours après, le ministère Palikao lui confia les fonctions de gouverneur de Paris, poste qui devait nécessairement avoir la plus grande importance dans le cours de cette guerre.

Cette nomination de Trochu pouvait être regardée comme une rupture avec les pures traditions impérialistes des dix dernières années, et comme une preuve que le ministère de la défense nationale voulait mettre à leur place tous les bons Français, sans s'inquiéter de leurs opinions person' nelles, sans rechercher s'ils étaient ou non partisans quand même de l'Empire.

Palikao attachait ce caractère à la nomination de Trochu, ainsi que le prouvèrent les termes dans lesquels U en fit part au Corps législatif.

Pour annoncer aux Parisiens son entrée en fonctions, Trochu fît afficher dans les rues, le 18 août, une proclamation qui reçut un accueil presque unanime. Elle ?6 terminait ainsi : « Et pour accomplir mon œuvre, après laquelle, je l'affirme, je rentrerai dans i'obsinirité d'oiï je

sors, j'adopte Tune des ^vieilles devises de la province de Bretagne, où je suis né :

Avec l'aide de Dieu pour la patrie I n

La proclamation ne disait pas un mot ni de TEmpereur ni de TEmpire. Quelques-uns des mamelucks de la Chambre relevèrent ce fait, mais les Parisiens n'y firent point attention. H n'y avait presque plus personne à Paris qui parlât de l'Empereur et du prince Impérial, de la cour ou de rimpératrice. L'Empire avait été enterré le 7 août. Les gens qui avaient brillé de son éclat ne s'en éloignaient pas moins que les autres ; ils ne pouvaient pas lui pardonner d'aToir été malheureux et de les entraîner probablement dans son malheur. Celui qui conservait encore dans un coin de son cœur quelque attachement pour ces grandeurs tombées se gardait bien d'en parler.

On mettait à côté du général Trochu un comité de défense dont la composition fut l'objet d'un conflit qui n'était pas encore réglé complètement lors de la capitulation de Sedan. — La Chambre voulait introduire dans ce comité un certain nombre de ses membres qu'elle choisirait ellemême. Le Gouvernement, au contraire, persistait à demander que si des membres de la Chambre devaient entrer dans le comité, ils fussent du moins choisis par lui.

On n'avait presque rien fait pour mettre Paris en état de défense avant la nomination de Trochu. Il se mit aussitfit à l'cBuvre avec le plus grand 2èle. Les tra\auî qu'il ^treprit avaient pour objet ;

1® Les fortifications ;

2° L'armement d'artillerie ;

i'^ Les combattants ;

4" L'approvisionnement ;

S'' Les mesures de sûreté Intérieure.

Paris est, depuis 1841, une place forte gigantesque, telle qu'il n'^ a jamais existé sur la ttrre depuis les temps de Babylone et de Ninive, mais elle avait besoin de travaux

considérables pour se présenter à Tennemi comme une place forte. L'Europe moderne, les Parisiens eux-mêmes, ne songeaient pas beaucoup depuis quelque vingt ans que Paris fût une place forte et pût jamais être appelé à en jouer le rôle.

Il fallait préparer les remparts de l'enceinte continue et des forts détachés à recevoir de l'artillerie et des hommes ; refaire les banquettes, pratiquer des embrasures et des créneaux. H fallait creuser des fossés devant les nombreuses portes, établir des ponts-levis, refaire les masses couvrantes. L'entrée des huit chemins de fer quipénètreni dans l'enceinte devait également être protégée. Des ponts furent établis à la sortie des canaux de Saint-Denis et de rOurcq et recouverts de parapets ; les fossés de l'enceinte continue furent inondés; on protégea par de nouveaux ouvrages l'entrée et la sortie de la Seine ; une flottille de canonnières se forma sur le fleuve ; on commença aussitôt à construire sur l'enceinte continue, qui en manquait complètement, des magasins à poudre à l'abri des projectiles. Le système des forts détachés devait enfin être complété par de nouveaux ouvrages. Il fallait du temps pour exécuter tous ces travaux, néanmoins ils étaient tous en train au commencement de septembre, et nous verrons qu'on eut le temps de compléter les plus importants.

Quant à l'armement d'artillerie, les forts avaient déjà depuis 1867 — affaire du Luxembourg — un armement de sûreté insuffisant (contre une attaque de vive force, une surprise). On le compléta, tout en commençant à donnera l'enceinte continue son armement de sûreté.

Il y avait dans Paris, en fait de troupes régulières, le 13* corps (Vinoy) dont il a déjà été question. Il s'y joignit les dépôts de la garde et de divers régiments de ligne. En faisant venir à Paris des régiments de marche, des dépôts de la ligne, que l'on compléterait par des réservistes, par d'anciens soldats rappelés au service et enfin par des recrues, on pensait pouvoir former un autre corps d'année

replier, de sorte qu'on aurait eu environ 60,000 hommes de troupes régulières.

On fit venir en outre à Paris 12,00^0 • marins, parmi lesquels il y avait un peu d'infanterie ae marine, et Ton en fonna ane division de marins, sous les ordres du viceamiral de la Roncière le Noury. Il avait pour généraux de brigade les contre-amiraux de Saisset et Pothuau. Cette division de marins était destinée à défendre les principaux forts détachés du nord et de l'est de Paris. Un capitaine de vaisseau devait avoir le commandement spécial de chacun des forts confiés à la marine. Les matelots servaient les grosses pièces de canon qui armaient les forts et dont ils avaient l'habitude.

9,000 douaniers formèrent une division pour garder les murailles; 6,000 gardes forestiers une brigade de tirailleurs de deux régiments.

Aces troupes, que l'on peut regarder comme plus ou moins régulières et habituées à une discipline sévère, s'ajoutaient la garde municipale de Paris, infanterie et cavalerie, ainsi que diverses formations de gendarmerie départementale.

Le total de toutes ces forces devait s'élever à 90,000 hommes.

On devait y joindre 100,000 gardes mobiles de province, et enfin la garde nationale sédentaire de Paris qui allait être portée à 266 bataillons, formant ensemble au moins 200,000 hommes. On pouvait en mobiliser une partie, choisie parmi les hommes jeunes, vigoureux et non mariés qu'on emploierait, en cas de besoin, hors des murs. Enfin l'on avait encore des formations volontaires de diverses sortes, sous le nom de francs-tireurs, éclaireurs, etc.

Cela donne un effectif total de 400,000 hommes. L'armement, l'habillement et l'équipement de corps complètement improvisés ne marchaient que fort lentement, et, tant que durèrent le ministère Palikao et l'Empire, on peut dire que le mauvais vouloir du Gouvernement fut un peu cause de ces lenteurs. Ce gouvernement se résignait à

regret à donner des armes à toute la population mftle de Paris.

Nous ne pouvons passer sous silence h cette ooeasioD l'affaire des pompiers français.

Lorsque le ministère Palikao fut appelé au pouvoir, sous rimpressîon des événements si imprévus et si foudroyants du commencement d'août, et que cette impression eut été rendue plus vive par les dépêches lamentables que l'Empereur envoyait de Metz, le nouveau ministre derintérieur, monsieur Chevreau, donna Tordre à tous les préfets d'envoyer de suite à Paris tous les pompiers disponibles de France, âgés de moins de 40 ans. Le ministère Palikao voyait alors la capitale menacée du jour au lendemain ; appeler aux armes toute la population lui semblait dangereux ; et on voulait d'abord appeler à la défense de Paris les pompiers de province, qui étaient en partie disciplinés et fort étrangers, en général, à la capitale.

Le 15 août, ils affluèrent donc à Paris de tous côtés. On \it alors des uniformes fantastiques, et notamment des casques de forme antique. Il ne vint pas seulement des hommes au-dessous de 40 ans, mais jusqu'à des pompiers antédiluviens avec de magnifiques barbes blanches et des jambes maigres dont Tétroitesse de leurs culottes faisait encore ressortir Texiguïté. On n'avait pris aucune mesure pour recevoir tout ce monde, La plupart des pompiers n'avaient aucune idée de ce qu'on voulait d'eux et croyaient qu'il y avait dans Paris un immense incendie qu'ils devaient éteindre. La présence de ces braves gens ne pouvait que créer des embarras, car, le H août, il en était déjà arrivé 60,000. Ce jour même, le ministre de l'intérieur ordonna aux préfets de suspendre les envois de pompiers et il s'occupa de renvoyer les autres chez eux.

Le comité de défense voulait approvisionner Paris pour six mois afin de le rendre indépendant tout ce temps-là. C'était une entreprise considérable pour une aussi grande ville, n est vrai qu'elle était rendue moins difficile par les richesses de numéraire accumulées dans Paris, par les

communications de la capitale avec la France entière, par les immenses espaces vides qui permettaient de conserver dans Paris une grande quantité de provisions. Pendant la dernière quinzaine d'août, il arriva de Nantes, du Havre et de Rouen de nombreux trains, chargés de blé, de riz, de fourrages et de viandes salées. Un parc k bestiaux fut établi dans le bois de Boulogne. On installa de nouveaux moulins, de sorte que fîaris put bientôt moudre deux fois et demi autant de farine qu'en temps ordinaire. Mais il n'y a pas moins de grandes difficultés à réunir les rations nécessaires à une ville comme Paris, de 1,800,000 âmes, même en simples rations de marine. Songeons maintenant que les habitants de Paris sont gâtés, et que, sans être gros mangeurs comme dans d'autres pays, ils sont habîtQés, dans toutes les classes de la société, à se donner quelquefois de bons morceaux. Il était complètement impossible de conserver de la viande fraîche pendant six mois, à (me de la quantité de fourrages nécessaire pour nourrir les animaux, d'autant plus que Tannée 1870 avait été une très-mauvaise année de foins à cause de la sécheresse. —• Le sel, une des choses les plus nécessaires à Thomme, est celle qui manque habituellement la première dans les villes investies, parce que Ton se fait rarement une idée exacte de la quantité de cette denrée que l'on consomme journellement. Où trouver pour six mois des œufs, du beurre et de la volaille? Où prendre pendant si longtemps des légumes frais que l'on a d'ordinaire à Paris en abondance et d'excellente qualité ? Nous ne parlons pas^u poisson frais. La Seine en fournit bien quelques-uns d'assez mauvais, mais tous les produits de la mer allaient manquer dès le premier jour de l'investissement.

Il était donc à peu près possible d'approvisionner Paris pour six mois de rations de marine, mais on ne pouvait pas songer aux denrées auxquelles toutes les classes parisiennes sont habituées ; et il était même fort difficile de rtunif cet approvisionnement de marine pour six mois, malgré tout le zèle qu'on y apporta.

Le 25 août, le général Trochu fit faire une grande razzia dans les quartiers de Paris qu'habitent les femmes de la société galante et leurs amis. Cette razzia donna des prises nombreuses, notamment d'étrangers, ce qui est digne de remarque, parce qu'il existe en Allemagne un certain parti qui parle sans cesse, avec une vertueuse indignation, de l'immoralité des Français. Ces dames et leurs intimes furent expulsés de Paris. La mesure fut approuvée de tout le monde,, surtout parce que la société, ainsi renvoyée d'une manière sommaire, était prête à tout, même à des intrigues, pour entraver la défense de Paris.

Une autre mesure, qui suivit de près la première, ne fut pas aussi généralement approuvée. Le 28 août, des affiches placardées au coin des rues, prévenaient^ les nationaux des Etats avec lesquels la France était en guerre, d'avoir à quitter dans trois jours Paris et ses environs. Ils devaient se retirer soit dans leur pays, soit dans les départements à l'ouest de la Loire. Ceux qui voudraient échapper à cette mesure devaient obtenir un permis de séjour du gouverneur de Paris. Le général Trochu observait que cet exil paraissait nécessaire, et qu'il était dans Tintérôt même des expulsés.

On n'avait pas vu depuis l'antiquité une semblable xénolasie. On comptait à Paris 80,000 Allemands. Cette mesure eut des suites cruelles ; elle frappait beaucoup de gens qui habitaient Paris depuis IS et 20 ans, qui s'y étaient créé une famille, dont les femmes étaient Françaises et dont les enfants étaient nés en France. On les chassait dans un délai de trois jours de leur foyer pour les renvoyer dans une patrie qui leur était devenue étrangère. On découvrit à cette occasion un chef de bataillon de la garde nationale, Allemand de naissance, qui ne s'était jamais fait natura* liser français. Il y eut bien des douleurs I

Quand on connaît le caractère humain et généreux des Français en général et des Parisiens en particulier, on se demande involontairement pour quelles raisons ils jugèrent nécessaire une semblable mesure.

Il est certain qu'il y avait en France des Allemands qui y trouvaient une existence que leur propre pays leur refusait, et qui manifestaient dans des lieux publics leur joie des victoires allemandes d'une manière qui allait jusqu'à la brutalité et qui devait blesser profondément les Français. Dans les classes moins éclairées, des ouvriers allemands avaient proféré des menaces de conspirations, de voies de fait contre les Français dès que les armées allemandes paraîtraient devant Paris. Mais c'étaient là des faits tout à fait isolés. Il y eut également çà et là quelques rixes qui venaient appuyer l'opinion du général Trochu que c'était dans leur intérêt qu'on expulsait les Allemands. — - Des gens que n'atteignait pas la mesure prise par le général Trochu, par exemple des Autrichiens et des Suisses allemands, quittèrent Paris. L'un de ces derniers auquel on demandait pourquoi, répondit: Aquoi me sert d'être Suisse? Queje vienne à parler allemand avec un de mes compatriotes, un gamin criera : un Prussien ! un Prussien 1 je serai entouré^ arrêté, et peut-être assommé avant d'arriver chez le commissaire de police. Toutes les réclamations de notre chargé d'affaires me rendront-elles ensuite à la vie ?

Que l'on envisage la chose comme on voudra, c'est de cette expulsion des Allemands que date réellement le réveil de la haine nationale.

Or, cette haine nationale, excitée par les deux partis et non pas seulement par les Français, est le grand malheur européen de cette guerre, malheur devant lequel s'effacent complètement toutes les souffrances, toutes les pertes matérielles, quelque grandes, quelque regrettables qu'elles soient. C'est la crainte de ce malheur, qu'ils prévoyaient avant même que la guerre n'édiatât, qui engageait depuis plusieurs années quelques hommes clairvoyants des dçux nations à travailler de toutes leurs forces à empêcher cette guerre.

L'expulsion des Allemands n'eut pas lieu seulement de Paris et des places fortes ; ils furent aussi chassés des villes ouvertes. L'un des hommes qui poussa le plus à cette

mesure fut M. Gambetta que nous allons voir bientôt jouer un rôle considérable.

Les premières nouvelles de la catastrophe de Sedan arrivèrent à Paris le samedi 3 septembre. La foule se rassembla dès midi sur les boulevards.

La séance du Corps législatif fut ouverte à 3 heures du soir. Palikao annonça des événements importants. II commença par dire qu'une sortie de Bazaine avait été repoussée. Il reconnut que cette nouvelle n'était pas bonne* Puis il parla d'une bataille livrée entre Mézières et Sedan, où les Français avaient eu tantôt le dessus tantôt le dièssous ; Mac-Mahon était blessé. Tout cela était dit d'une manière confuse qui permettait encore de conserver quelque espérance, et le ministre rappelait expressément que ces nouvelles n'avaient rien d'officiel. Il reconnut cependant encore une fois qu'elles avaient une grande importance et qu'elles obligeaient le Gouvernement à faire appela toutes les forces de la nation.

La déclaration de Palikao provoqua immédiatement une discussion très-vive. Jules Favre fut le premier à y mettre un peu d'ordDe^ et il s'éleva, dans cette occasion, fort au* dessus de ses déclamations habituelles.

« Quelle est la vérité ? s'écria-t-il. La vérité^ c'est que l'armée française s'est conduite héroïquement toutes les fois qu'elle s'est trouvée devant l'ennemi. Vous connaissez les merveilles de bravoure accomplies par le maréchal Bazaine pour chercher à rompre le cercle des forces quatre fois supérieures qui l'entourent. — Sans compter l'ennemi, malgré tous les obstacles, il a compris que la France avait besoin de son épée, et il a cherché à se faire jour. — Un général non moins brave s'avançait d'un autre côté pour le soutenir dans ce moment critique. Il a succombé. Ce n'est pas la bravoure qui lui a manqué, c'est la liberté an commandement. Personne n'ignore qu'on lui avait demandé des troupes pour garder l'Empereur. Il les a refusées, et le conseil des ministres les a prises dans celles qui étaient destinées à défendre Paris. On sait cela, et un tel

état de choses ne saurait durer plus longtemps. II faut savoir quelle est notre situation vis-à-vis du GouvernemenU L'Empereur est-il en communication avec ses miflistres ? Leur donne-t-il des ordres ? »

A cette interpellation, Palikao répondit clairement : Non 1

<r £h bien I alors, continua Jules Favre, le Gouvernement a, par le fait, cessé d'exister ; et, à moins d'un aveu-» glement impardonnable, à moins d'une obstination qui n'est plus patriotique, vous reconnaîtrez que c'est à vous à demander au pays les moyens qui peuvent amener son salut. Je n'insisterai pas davantage. La réponse que vient de faire le ministre éclaircit le point principal : le Gouvernement a cessé d'exister. »

Là-dessus, violentes interruptions des mamelucks. Le président Schneider prend la parole : « En toute occasion, dit-il, je devrais protester contre de semblables paroles. l)ansles circonstances actuelles, je dois protester surtout contre tout ce qui pourrait causer un affaiblissement du pays. »

Jules Favre : — « Un affaiblissement 1 Ce que je cherche, c'est la force morale ; et elle réside dans le pays souverain, affranchi, qui ne doit compter que sur lui-même, sur ses représentants, et non plus sur ceux qui l'ont précipité dans r^lme. (Grand tapage des mamelucks.) Maintenant, dans cette crise suprême, je n'ai plus que deux mots à ajouter : la France et Paris, tous deux également menacés, tous deux réunis dans la résistance par une étroite solidarité, sont ^lus à ne pas déposer les armes ayant que l'ennemi ne soit chassé. Le pays sait que c'est en lui, en lui seul, qu'est le salut. (Approbation à gauche.) Pour éviter le désordre, il est nécessaire que tous les partis s'effacent devant un nom militaire qui se chargera de la défense de la nation. Ce nom est connu et cher au pays. Il doit prendre la place de tous les autres ; il faut que devant lui tous les fantômes de (jouvemement s'évanouissent. Tel est le moyen de salut, je le ^ en face du pays. Puisse le pays entendre ma voix 1 » (Très-bien 1 à gauche, eà brait correspondant à droite.)

La recommandatiou très-claire d'une sorte de dictature de Trochu émut fort désagréablement le comte de Palikao. n rappela qu'il existait un Gouvernement constitutionnel et que Ton devait se grouper autour de lui.

Dans le reste de la séance, la Chambre s'occupa de Turgence d'appeler sous les armes tous les honmies de 2S à 38 ans, tandis qu'on n'avait appelé jusqu'à présent que les anciens soldats des classes les plus âgées ; et ensuite de l'élection des officiers de la garde nationale de Paris qui avait toujours été différée.

La Chambre fixa enfin la séance suivante au 4 septembre, à 3 heures de l'après-midi.

Il devait en être autrement. La séance du 3 septembre avait été levée à 4 heures 1/4. Ce n'est qu'une heure plus tard qu'arrivèrent, par la Belgique et la Suisse, des télégrammes annonçant toute l'étendue du désastre de Sedan.

Des groupes se formèrent sur les boulevards et les parcoururent en chantant la Marseillaise. L*un de ces groupes se rendit au Louvre où était le quartier général du gouverneur de Paris. Sur ce point, comme sur d'autres, on demanda la déchéance de l'Empereur et de sa dynastie.

Palikao ne pouvait pas croire à l'étendue de ce malheur. Le soir même, il demanda par le télégraphe au consul français à Bftle s'il fallait croire aux nouvelles allemandes de la catastrophe de Sedan. 11 reçut pour réponse : a D'après l'accord de tous Iles renseignements, il n'y a pas à douter de l'événement. »

Cependant, quelques membres du Corps législatif avaient couru chez le président Schneider pour lui faire part de ce qu'ils avaient appris et le presser de réunir la Chambre le plus vite possible.

Schneider convoqua tous les députés à domicile pour le 3 septembre, à minuit.

La séance fut ouverte le 4, à une heure du matin. Le comte de Palikao était présent. Malgré la dépêche de Bêle, il avait été se coucher sans convoquer le ministère, et ce

n'est qae le message de Schneider qui le réveilla et le fit lever.

Il prend le premier la parole et avoue cette fois toute la vérité.

a Notre année, dit-il, après des efforts héroïques, a été refoulée dans Sedan par des forces supérieures. Toute résistance étant devenue impossible, Tannée a capitulé. L'Empereur a été fait prisonnier.

Palikao demanda ensuite le renvoi de la séance au lendemain, — il voulait dire dans la journée du 4.

Le président Schneider propose le renvoi. Jules Favre ne s'y oppose point, mais il dépose, au nom de la gauche, la proposition suivante :

«Art. !•'. -^ La Chambre déclare Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie déchus du pouvoir que leur avait confié la Constitution.

«Art. 2. — Le Corps législatif nommera une commission gouvernementale, composée de Cette commission

sera investie de tous les pouvoirs nécessaires, et elle aura pour mission spéciale de résister à outrance à l'invasion et de chasser Tennemi du territoire.

« Art. 3. — Le général Trochu est confirmé dans ses fonctions de gouverneur général de la ville de Paris. »

L'ancien ministre Pinard hasarda cette observation : «Nous n'avons pas le droit de prononcer la déchéance. »

La Chambre fut ajournée au 4 septembre, à midi ; la séance n'avait pas duré plus de 20 minutes.

I« matin du i septembre, on vit affichée dans les rues iine proclamation du ministère Palikao :

« Français,

< Un grand malheur frappe la patrie. Après trois jours de luttes héroïques, soutenues par l'armée de Mac-Mahon contre 300,000 ennemis, 40,000 hommes ont été faits pri* sonniers, ^

n Le général Wimpffen, qui avait pria le commandement de l'armée en remplacement du maréchal Mjic-Mahon, grièvement blessé, a signé une capitulation. Ce cruel revers n'ébranle pas notre courage. Paris est aujourd'hui en état de défense ; les forces du pays s'organisent. Avant peu de jours, une nouvelle armée sera sous les murs de Paris ; une autre armée se forme sur les rives de la Loire.

« Votre patriotisme, votre union, votre énergie sauveront la France.

a L'Empereur a été fait prisonnier.

i( Le Gouvernement, d'accord avec les pouvoirs publics^ prend toutes les mesures que comporte la gravité des événements. »

Le même jour, à 1 heure de l'après-midi, le président Schneider ouvrit la séance du Corps législatif. Le comte de Palikao avait entouré de troupes le palais Bourbon et &it occuper le pont de la Concorde.

Le comte de Kératry protesta contre cette mesure à Toqverture de la séance. Dans le cours de la discussion où Ton demanda que la garde de la Chambre fût confiée à la garde nationale, Palikao parla avec assez de hauteur et pas toujours en termes très-mesurés. — Il déposa ensuite, en réponse à celle faite par Jules Favre dans la séance de nuit, une proposition du Gouvernement pour laquelle il demanda l'urgence :

« Art. 1". — Un conseil de Gouvernement et de défense nationale est institué. Ce conseil est composé de cinq membres. Chaque membre de ce conseil est nommé à la majorité absolue par le Corps législatif.

« Art. 2. — Les ministres sont nommés sous le contreseing des membres de ce conseil.

i( Art. 3. — Le général comte de Palikao est nommé lieutenant général de ce conseil.

« Donné en Conseil des ministres, le 4 septembre 1870.

« Pour l'Empereur, et en vertu des pouvoirs qu'il nous a dévolus,

^ (( Signé : Eugénie. »

Jules Fa?re demanda également l'urgence pour sa proposition. .

M. Thiers fit une proposition de conciliation. Il penchait vers Topinion de Jules Favre, mais il pensait qu'on devait faire QQ sacrifice à Tunion. Sa proposition, signée par 47 députés, était ainsi rédigée :

(( Va les circonstances, la Chambre nomme une com*mission de gouvernement et de défense nationale.

« Une Constituante sera convoquée dès que les circonstances le permettront. »

La Chambre, consultée, prononça l'urgence des trois propositions de Favre, de Palikao et de Thiers ; elles devaient être examinées par une même commission de neuf membres, nommés par les bureaux.

La Chambre se retire dans ses bureaux et la séance est suspendue à 1 heure 40 minutes ; elle devait être reprise à 2 heures et demie.

La situation allait être bien changée.

Dans la matinée, un certain nombre de bataillons de garde nationale s'étaient rassemblés dans leurs arrondissements, et ils se portèrent vers midi sur les boulevards où ils furent accueillis par les cris de i la déchéance I la dé« chéance I Vive la garde nationale I Vive la nation ! et quelques cris isolés de Vive la République I Les gardes nationaux se réunirent à la grille qui sépare le Palais-Bourbon du quai d'Orsay. Une porte de cette grille était entr'ou- Terte ; un questeur de la Chambre la fit fermer. Les gardes nationaux et le peuple demandèrent qu'elle fût rouverte.^— Un député de la gauche, M. Steenackers, sort du Palais* Bourbon, et promet de faire ouvrir la porte si Ton veut entrer sans armes. Un certain nombre de gardes nationaux remettent la baïonnette et s'annoncent comme députation. Sur Tordre de Steenackers, la porte s'ouvre. Les gardes nationaux entrent dans la cour, puis dans le palais; la foule s'y précipite à leur suite et bientôt cette multitude bigarrée envahit non-seulement les tribunes, mais la salle même des séances.

Lorsque les députés, revenant des bureaux, voulurent reprendre la séance, la plupart reculèrent effrayés. ASheares la salle des séances est remplie de gens qui lui soDt étrangers et qui s'y conduisent comme chez eux. Personne ne peut prendre la parole, et le président Schneider lève la séance à 3 heures. Un grand nombre de députés delà majorité et du centre se retirent dans une salle de Thôtel de la présidence pour y délibérer.

Pendant que ces députés tiennent conseil sur la nature d'un nouveau gouvernement, les membres de rextrëme gauche, les irréconciliables, sont acclamés à THôtel de Ville membres du gouvernement par une foule de gardes nationaux et de peuple, et ils proclament la République.

A cette nouvelle, les membres de la Chambre qui soni encore réunis à Thôtel de la présidence députent trois d'entre eux à THôtel de Ville pour négocier avec le Gouvernement provisoire.

Ces députés trouvent le Gouvernement provisoire composé de tous les représentants de Paris à Texception de monsieur Thiers. Monsieur Jules Favre, Tun des menabres de ce nouveau gouvernement, se rend ensuite au Palai^- Bourbon, et il annonce aux députés qu'il y trouve réunk que le Gouvernement les remercie de l'offre de leur concours, mais qu'il est forcé d'y renoncer parce que ce concours ne pourrait donner en ce moment aucun résultat. La dissolution du Corps législatif est décrétée.

Le Sénat se réunit le 4 septembre comme le Corps législatif. Le président Rouher ouvrit la séance à midi et demi. De chaleureuses protestations d'attachement à l'Empire et à la dynastie se succèdent à l'envi. Lorsque la nouvelle de> événements du Corps législatif parvint au Sénat, les sénateurs protestèrent même contre cette anarchie ; mais loiv qu'on en vint à discuter si, dans les circonstances présentes, le Sénat ne devait pas se déclarer en permanence, afin de pouvoir agir en cas de besoin, ces messieurs devinrent plus tièdes, et ils se séparèrent, après avoir décidé qu'ils se réuniraient, le 5, à l'heure habituelle, sans souci des évé-

nemeots du dehors, pour s'opposer aux propositions que pourrait faire le Corps législatif.

Cette séance n'eut pas lieu. Le Gouvernement provisoire déclara le Sénat non-seulement dissous, mais sbolL Les sénateurs se dispersèrent, comme les députés de la droite et du centre, dans toutes les directions de la rose des yents; aucun d'eux n'osa résister à la révolution* Le Gouvernement fit metti^e les scellés aux salles des séances des deui Chambres.

Pendant que la séance du Corps législatif se terminait le 4 sq>tembre au milieu du tumulte, et que la République était proclamée à l'Hôtel de Ville, une troupe de peuple, des gardes nationaux et des gardes mobiles en tête, entrait vers 3 heures, par la place de la Concorde, dans le jardin des Tuileries et s'avançait jusqu'au jardin réservé, qui était occupé par des troupes de la garde impériale (dépôts), »Hi8 les ordres du général Mellinet. Le peuple envoya oomme parlementaire un garde mobile porteur d'un drapeau blanc. Le général Mellinet fit alors remarquer que le dnpeau tricolore ne flottait plus sur le palais, signe qu'il ne s'y trouvait plus personne de la famille impériale, et il se dédara prêt à faire retirer ses troupes, à condition que les Tuileries seraient occupées aussitôt par la garde nationale. Les troupes mirent la crosse en l'air et les grilles furent ouvertes, La garde nationale prit possession du palais ; le peuple n'y pénétra pas de ce côté, mais seulement de la place du Carrousel et ne commit pas de désordres. On se contenta d'enlever les nombreux N dorés, emblèmes du gouvernement déchu.

L'impératrice Eugénie, accompagnée d'un employé subalterne du palais, avait quitté les Tuileries à une heure de raprès-midi et, le jour même, die entrait en Belgique par Maubeuge pour aller aussitôt en Angleterre où son fils se rendait également. Toute la haute et basse valetaille de cour s'était dispersée, abandonnant la souveraine devant qui, la veille encore, elle se courbait jusqu'à terre. On ne ^ouva aux Tuileries que le personnel des cuisines qu'y re-

tenait peut-être une bonne nourriture assurée, et un fidèle employé subalterne, le secrétaire du maréchal des logis du palais, général Lepic. Cet employé fut le seul qui regretta tout haut l'Impératrice et qui plaignit son abandon dans les dernières heures de son séjour aux Tuileries.

Le dernier membre de la famille impériale qui abandonna Paris fut la princesse Qotilde, femme du prince Napoléon. Après avoir entendu la messe, elle sortit à 3 heures du soir du Palais-Royal et se rendît à Prangins où se trouvaient déjà ses enfants. Son mari, aussitôt après les premiers revers de l'armée française, avait prétexté une mission diplomatique pour fuir l'air des champs de bataille qui lui est toujours désagréable, et aller respirer plus à l'aise en Italie, près de son royal beau-père.

Le Gouvernement provisoire de la République et de là défense nationale se composa de messieurs Emmanuel Arago, Crémieux, Jules Favre, Ferry, Gambetta, Garnier- Pages, Glais-Bizoin , Pelletan, Picard, Rochefort, Jules Simon et du général Trochu, qui fut confirmé dans ses fonctions de gouverneur de Paris et reçut en même temps la présidence du Gouvernement.

Le Gouvernement composa son ministère de la manière suivante : Affaires étrangères : Jules Favre ; Intérieur : Gambetta ; Guerre : général Le Flô ; Marine : amiral Foorichon ; Justice: Crémieux; Finances : Picard ; Instructioo publique et cultes : Jules Simon ; Agriculture et commerce : Magnin.

On nomma maire de Paris, titre qu'on faisait revi>rei Etienne Arago ; préfet de police, le comte de Kératry; directeur général des postes et des télégraphes, M. Steenackers.

La plupart de ces personnages sont assez connus. I^

maire de Paris, républicain de vieille date, frère de riilusti*

astronome François Arago, est né en i802, son neveu

Emmanuel en 1812.

Le vice-amiral Fourichon, né en 1809, sorti de l'École

navale en 1826, était capitaine de vaisseau en 1848. Ji

était, en celte qualité, gouverneur de Cayenne lors du coup d'État, et les prisonniers politiques envoyés dans celte colonie, par décret du président prince Louis Bonaparte, affirment qu'il faisait exécuter de la manière la plus rigoureuse les décrets de déportation du Prince, — assez singulière recommandation pour un ministre de la République née de la mine du bonapartisme et de l'Empire (1). Fourichon fut nommé vice-amiral en 18S9 et, au début de la guerre de 1870, il reçut le commandement de l'escadre de la mer du Nord. Le décret qui le nommait ministre de la marine de la République le trouva devant Wilhelmshafen (Jahdebusen), à bord du vaisseau cuirassé le Magnanime.

Le Flô, né en 1804, était général de brigade en 1848, et fut élu la même année à l'Assemblée législative. Il s'y assit à droite et fut un des fauteurs de la politique bonapartiste jusqu'à ce que le prince président se brouillât avec la droite. Alors Le Flô prit parti contre lui. Pour cette raison il fut emprisonné, le 2 décembre 18S1, comme questeur de la ^iambre, puis exilé de France où il ne revint qu'en 18S9» il resta éloigné des affaires jusqu'en 1870.

Léon Gambetta, né à Cahors, en 1838, est issu d'une famille génoise. On raconte de lui dans sa jeunesse plusieurs traits d'énergie, que l'on pourrait tout aussi bien attribuer à l'irritabilité nerveuse du caractère méridional. En 1859, il était avocat à Paris. A la fin de 1868 et au commencement de 1869, il se rendit surtout célèbre par ^ défenses dans l'affaire Baudin et le procès de « tEman-* dpation )) de Toulouse. La dernière année il fut élu au Corps législatif à Paris et à Marseille, et il opta pour Mar- ^iUe. Malgré sa mauvaise santé, il était^ à la Chambre, le chef reconnu de l'extrême gauche, des irréconciliables. Le comte de Kératry, d'une ancienne famUle de Bre-

(i) C'est aussi sur l'ordre formel ile Fourichon que les républicains transportes eo Algérie, après le coup d'État, furent ujis à la « broche » pendant la traversée. La broche est une longue barre de fer à laquelle ^nt attachées les chaînes de 10 à âO galériens à bord des navires.

tagnè, naquit en 1832 ; il s'engagea dans la cavalerie en 18S4, fit les campagnes de Crimée et d'Italie, et fut nommé sous-lieutenant à la fin de 1859. En 1861, il partit pour le Mexique avec le 3® chasseurs d'Afrique ; en 1864, il servit pendant quelque temps dans la contre-guérilla du colonel Dupin, devint ensuite officier d'ordonnance du maréchal Bazaine et donna sa démission en 1865. Il s'occupa alors de travaux littéraires, et publia dans la Revue contemporaine des articles qui fournirent des armes à l'opposition pour attaquer le Gouvernement et Bazaine au sujet de l'expédition du Mexique, et qui engagèrent leur auteur daii< une guerre de plume et de parole avec M, Rouher. En 1869, Kératry fut élu au Corps législatif. Ce fut lui qui proposa, après la prorogation de juillet, que la Chambre se réunît d'elle-même le 26 octobre, si elle n'était pas convoquée d'ici là. Nous avons déjà dit quel fut le sort de cette proposition.

Rochefort sortit de la prison de Sainte-Pélagie pour être membre du nouveau Gouvernement. Avec lui furent élargie un certain nombre de républicains qui avaient été incarcérés lors de la levée de boucliers républicaine du 14 août. Cette tentative avait échoué parce qu'une erreur avait empêché toutes les sections conjurées de se mettre en mouvement à la fois. Comme Paris était déjà en état de siège, le^ chefs de ce mouvement avaient été traduits devant le conseil de guerre et condamnés à mort. Mais les républicains du 4 septembre ne pouvaient vraiment pas faire exécuter la condamnation à mort prononcée contre les républicains du 14 août.

M. Steenackers, né à Lisbonne, en 1830, de parents belges, ne fut naturalisé français qu'en 1866. II s'était d'abord destiné à la sculpture, mais il l'abandonna bienUK pour se consacrer à la politique et à des recherches historiques. H fut nommé au Corps législatif en 1869, après avoir été déjà m^nbre du conseil général de la Haute-Marne.

M. Isaac-Adolphe Crémieux, né à Nîmes en 1796, est avocat depuis 1817. Il a plaidé avec succès des procès poli-

tiques de toute sorte, pour des hommes de liberté et des •suppôts de ia tyrannie. Lors de la question d'Orient en 1840, il prit en main avec beaucoup de zèle la cause de ses Gordigionnaires persécutés, et il obtint Taequittement dos Juifs de Damas. En 1848, il se prononça pour la républi* que, bien qu'il n'eût jamais été hostile au gouvernement des Orléans, et qu'il eût même proposé à la dernière heure la régence de la duchesse d'Orléans, et il entra dans le Gouvernement comme ministre de la justice; il quitta bientôt cette position parce qu'il ne voulut pas consentir, au mois de mai, à poursuivre Louis Blanc. Il fut réélu à la GoDstituante, où il ne se montra pas très-partisan du Gouvernement de Cavaignao, et il favorisa l'élection du prince Louis-Napoléon à la présidence. Après que celui-ci eut été élu, il lui ât de l'opposition à la Législative, ce qui lui valut Thotineur d'être arrêté au coup d'£tat. Hemia en liberté, il se retira tout à fait de la scène politique pour se consa* crer exclusivement au barreau. H ne se montra point ho8<tile au gouvernement impérial, et n*avait aucune antipathie contre les membres de la famille Bonaparte. En 1869, il ne fut élu député dans la 3o circonscription de Paris qu'aux élections complémentaires.

On ne peut pas dire que le Ûouvernement provisoire eût une grande homogénéité ; mais on peut affirmer avec certitude que tous ses membres n'y entraient qu'avec la ferme œn\iction qu'après la catastrophe de Sedan il n'y avait de possible en France que la Bépublique, qu'il faUait donner h la France un gouvernement quelconque, et qu'en se chargeant de composer ce gouvernement, ils acceptaient une lourde tâche. En effet, il fallait bien du mauvais vouloir pour admettre que les membres du Gouvernement provisoire se promettaient de leurs dignités beaucoup d'agrément.

Tous savaient que leur 'gouvernement n'était pas régulier, qu'il n'était qu'un expédient auquel il avait fallu se soumettre. Tous étaient d'avis que le suflrage universel devait être appelé à régulariser la position de ce gouverne*

ment, ou à nommer un autre gouvernement régulier. Mais ils n'étaient pas d'accord sur le moment où il faudrait consulter le peuple français, et les circonstances où ron se trouvait expliquçnt assez ce désaccord, sans qu'on puisse supposer que les membres du Gouvernement qui n'étaient pas d'avis qu'on fît un appel immédiat au suffrage universel aient craint que le vote ne leur enlevât leur place.

La question qu'on se posa tout d'abord, celle qui inté* ressait le plus le monde civilisé, était la suivante: quelle influence aura sur la marche de la guerre la révolution accomplie en France?

Peut-elle conduire à une paix prochaine ?

La plupart des hommes qui composaient le Gouvernement provisoire s'étaient énergiquement prononcés contre la guerre avant qu'elle éclatât. On pouvait donc supposer qu'ils chercheraient la paix. Mais il était incontestable qu'ils ne pou valent pas conclure la paix ; puisqu'un gouvernement régulier en a seul le droit. En admettant même que le Gouvernement pro^dsoire eût toute la France pour lui, il n'en était pas pour cela un gouvernement régulier. Le gouvernement d'un grand pays ne peut être ni nommé, ni confirmé par acclamation. Il lui faut toujours, pour qu'il puisse se considérer comme régulier, une sanction formelle qu'il ne pouvait obtenir, dans le cas qui nous occupe, que du suffrage universel.

Le Gouvernement provisoire, issu de l'Hôtel de Ville, ne pouvait donc pas vouloir conclure la paix avec les Allemands, et l'on ne pouvait pas admettre que les Allemani^ accepteraient de ce gouvernement ce que celui-ci même ne pouvait pas vouloir.

Mais le Gouvernement provisoire pouvait faire un pas vers la paix. Il pouvait toujours conclure un armistice qui n'engageait pas formellement la France à faire la paix. Les Allemands pouvaient parfaitement signer cet armistice avec le Gouvernement provisoire, et son objet essentiel était de consulter le suffrage universel, pour régulariser la situation du Gouvernement provisoire ou en créer un nouveau.

Il est clair, dans tous les cas, que les Allemands n'avaient d'intérêt à cet armistice, qu'en supposant qu'il dût conduire à la paix, à une paix qui répondît à leurs exigences.

Le Gouvernement provisoire devait non-seulement accepter pour lui-même les exigences des Allemands, il fallait encore qu'il fût h peu près convaincu que la France l'approuverait.

Or, quand le Gouvernement provisoire prit en mains le pouvoir, les choses étaient déjà fort loin d'être les mêmes qu'au moment où Napoléon III envoyait sa déclaration de guerre à Berlin. Il existait déjà entre les deux nations un abîme béant, et nous voyons difficilement comment on pouvait le franchir.

Nous avons vu combien le langage des gouvernements et de la presse allemande était noble et mesuré au début de la guerre. L'Allemagne relevait le gant qu'on lui jetait ; elle voulait défendre son territoire et son indépendance ; elle accusait la frivolité du Gouvernement français, mais non la nation française.

Mais ce langage devait bientôt changer.

Le 13 août, le roi de Prusse abolit la conscription sur le territoire occupé par les troupes allemandes. Cette mesure était parfaitement dans l'ordre : car on ne peut évidemment pas demander à quelqu'un, en état de guerre, qu'il donne des armes à son adversaire ou qu'il lui laisse celles qu'il peut lui enlever. En outre, il allait de soi que la mesure n'était que provisoire, et qu'elle cesserait de plein droit dès W, pour une cause ou une autre, les Allemands cesseraient d'occuper ce territoire.

Le 14 août, l'on créa les deux gouvernements généraux d'Alsace et de Lorraine. Le général comte de Bismarck- Bohlen fut nommé gouverneur général de l'Alsace et mit provisoirement son quartier général à Haguenau, en attendant la prise de Strasbourg: on mit près de lui. comme commissaire civil, le président de gouvernement (l)Kuhle-

(1) Fonctions équivalentes â celles d'un préfet français.

wetter« Le gouvernement général de la Lorraine fut donné au général de Bonin, avec Nancy poor résidenee ; le com*missair^ dvil fut le président de gouvernement, comte de Villiers.

Cette disposition ne causait encore aucun préjudice. Les gouvernements allemands ne pouvaient pas laisser san^ administration les territoires qu'ils occupaient, et ils ne pouvaient pas non plus laisser cette administration entre les mains de Tennemi.

Il en était autrement d'un décret du 30 août, qui formait un nouveau département de la Moselle, composé d'une autre manière que le département français du même nom, et If réunissait au gouvernement général de l'Alsace.

Ce nouveau département de la Moselle comprenait : te arrondissements de Metz, Thionville et Sarreguemines du département français de la Moselle, et les arrondissement* de Château-Salins et de Sarrebourg du département de la Meurthe.

Cela signifiait d'une manière évidente que rAlleroagn'' avait le projet d'enlever à la France et de s'annexer définn tivement l'Alsace, ainsi que ce nouveau département de la Moselle, la soi-disant Lorraine allemande.

Le langage de la presse allemande, depuis les premièit? victoires des soldats allemands, était digne d'attention.

La plupart de ces journaux demandaient que « les anciens pays impériaux d'Alsace et de Lorraine, qui avaient été enlevés à l'Allemagne d'une manière indigne, lui tesent réunis de nouveau. »

Les gens qui, les premiers, lancèrent ce cri du fond de leur fauteuil, étaient de vieux savants dont les idées etb leçons étaient, depuis longtemps, regardées comme surannées. Mais, hélas 1 ils commencèrent à obtenir un succ^ dont on ne les aurait jamais crus capables.

Nous répondrons en quelques mots à leur argumentation :

1"* L'Alsace et la Lorraine n'ont pas été enlevées à la nation allemande, mais bien au saint empire romain-allemand,

qui se soudait fort peu, comme on sait, des nationalités qu'il pressait sur son sein, et qui aurait youIu embrasser le monde entier : Allemands, Français, Italiens, Croates, Polonais et d'autres encore. L'Alsace et la Lorraine ont été enlcTées à ce saint empire romain à une époque où il n'existait pas encore de nation allemande, oïl il n'y avait que des dynasties de nom allemand, lesquelles s'emparaient, quand eUes pouvaient, des territoires rapportant quelque chose, sans s'inquiéter de leur nationalité ; qui conspiraient journellement avec des princes étrangers « contre l'Empereur et TEmpire » , dans le but de s'enrichir et de servir leurs intérêts dynastiques ;

2* L'Alsace et la Lorraine sont passées à la France pièce par pièce, en vertu de traités parfaitement réguliers et reœnnus dans le droit politique européen ; elles ne peuvent donc être enlevées à la France et données à une autre puissance que par des traités semblables, aussi longtemps que le droit politique européen actuel conservera quelque valeur ;

3" L'Alsace et la Lorraine n'ont pu avoir un sentiment national qu'à l'époque de la grande Révolution française, et ce sentiment national fut tout français. L'Alsace et la Lorraine s'attachèrent corps et âme à la grande nation française. Le langage fait beaucoup, mais assurément il ne fait pas tout. Il est des sympathies, il est des intérêts qui rapprochent et unissent les hommes quelle que soit la langue qu'ils parlent.

Nous croyons que les trois vérités que nous venons d'énoncer sont incontestables pour tout esprit impartial.

Ces arguments historiques pour la revendication de l'Alsace et de la Lorraine, ces pays « si vraiment allemands », n'ont pas plus de valeur et tendent aussi bien à détruire toute existence historique, que les arguments de certains Polonais qui voudraient reconstituer la Pologne féodale du moyen ftge dans ses anciennes limites.

Nous constatons avec satisfaction que les honmies d'Etat allemands n'ont point fait valoir cet allument « historique »

de la revendication. Us en ont trouvé un autre, celui du (( bien public )> , contre lequel, à notre point de vue, nous n^avons rien à objecter.

Le comte de Bismarck a dit, — (ju'il nous soit permis d'anticiper un peu dans l'intérêt de la brièveté et de la suite des idées, — le comte de Bismarck a dit : Nous demandons la cession de l'Alsace et de la Lorraine allemande dans l'intérêt de l'Allemagne, a6n de pouvoir faire la guerre à la France dans les conditions les plus favorables, si elle recommence la guerre, ce que nous prévoyons.

Il ne s'agit plus alors que d'une question soi-disant stratégique. Mais, en se plaçant à ce point de vue de a haute stratégie » , on peut à peu près tout prouver, aussi bien la nécessité pour la France de la frontière « naturelle » du Rhin, que celle pour l'Allemagne de la nouvelle frontière lorraine-allemande-alsacienne. Ce point est très-discutable, mais nous en laissons la discussion aux jeunes officiers des deux nations qui se destinent à l'état-major et veulent se montrer dignes d'y être admis.

Dans notre conviction, la meilleure des frontières, même au point de vue stratégique, c'est celle qui renferme un peuple qui se regarde comme lié par des liens de solidarité.

Or, comme les Alsaciens et les Lorrains se considèrent comme tout à fait français depuis la grande Révolution, et que ce sentiment n'a fait que croître avec le temps, nous ne pouvons pas admettre que ce soit un avantage pour l'Allemagne de s'annexer l'Alsace et la Lorraine allemande.

Le comte de Bismarck l'a reconnu lui-même ; il a parlé du lourd fardeau dont l'Allemagne se chargeait par cette annexion, mais dont elle était forcée de se charger. Pourquoi donc?

Certains savants allemands se sont fort allégé ce fardeau. Si, disent-ils, les Alsaciens et les Lorrains ne veulent pas être allemands, il faut les traiter en ilotes jusqu'à ce qu'ils aient compris ; si les Français ne veulent pas reconnaître qu'ils doivent se séparer des Alsaciens et des Lorrains, qui sont allemands, il faut que les Allemands leur fassent sai-

gner les ongles. On comprend que les soldats s'animent, dans le combat, jusqu'à la cruauté ; mais on est indigné de voir des gens qui se prétendent les apôtres de la liberté, chercher, de leur cabinet, à donner à la guerre, si affreuse par elle-même, un caractère encore plus cruel.

Nous avons envisagé l'un des bords de l'abîme, voyons maintenant l'autre côté.

Dès le 6 septembre, Jules Favre adressa aux agents diplomatiques de la France à l'étranger une circulaire où il annonçait la proclamation de la République et exposait la situation du Gouvernement. U disait dans cette circulaire que le Gouvernement et le pays voulaient la paix, et qu'il était possible de la faire aprte le renvoi de l'homme qui avait engagé cette guerre dans un intérêt dynastique, puisque le roi de Prusse avait déclaré lui-même antérieurement qu'il faisait la guerre à Napoléon et non pas à la France.

« Le roi de Prusse veut-il, demandait Jules Favre, continuer une lutte impie, qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous ? Veut-il donner au monde du xix* siècle ce cruel spectacle de deux nations qui s'entredétruisent et qui, oublieuses de l'humanité, de la raison, delà science, accumulent les ruines et les cadavres ? Libre à lui ; qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire I Si c'est un défi, nous l'acceptons. — Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. — Une paix honteuse serait une guerre d'extermination à courte échéance. Nous ne traiterons que pour une paii durable. Ici, notre intérêt est celui de l'Europe entière, et nous avons lieu d'espérer que, dégagée de toute préoccupation dynastique, la question se posera ainsi dans les chancelleries. — Mais, fussions-nous seuls, nous ne faiblirons pas. )>

Le Gouvernement avait d'abord décidé que les élections pour la Constituante auraient lieu le 16 octobre d'après la loi électorale de 1849. D revint sur cette décision et fixa les élections au 2 octobre. Pour justifier cette mesure, Jules Favre envoya, le 17 .septembre, une nouvelle circulaire. Il

y traitait encore la question de la paix dans le même sens que dans la circulaire précédente. Il repoussait avec raison l'assertion des Allemands que c'était le peuple franfais qui avait voulu la guerre.

En effet, on trouva dans les appartements abandonnés des palais impériaux, de M. Rouher et d'autres dignitaires de l'Empire, une correspondance que le Gouvernement provisoire fit publier et qui ne laissait aucun doute sur ce point. On y voit avec toute la clarté désirable que le peuple français a été aussi surpris que le peuple allemand par cette malheureuse guerre ; on y voit en même temps de quels gens mal famés, surtout dans les nations secondaires, se servait le parti de la cour et de la guerre pour se « renseigner » et mettre en scène la guerre. D faut un front d'airain pour trouver dans cette correspondance la preuve que le peuple français voulait la guerre de 1870 ; mais certains journaux allemands avaient ce front-là.

Jules Favre, tout en défendant le peuple français contre .ces affirmations, avouait cependant qu'il avait sa part de responsabilité dans cette guerre parce qu'il avait supporté l'Empire trop longtemps ; qu'il devait en conséquence faire des sacrifices pour avoir la paix, en dédommageant le vainqueur, mais non pas en cédant du territoire parce que cette cession serait honteuse pour la France, et que la ruine était préférable à la honte.

Ainsi, pendant que les Allemands exigeaient formellement une cession de territoire, en s'appuyant sur des motifs historiques et sur des raisons de convenances, les Français s'y refusaient d'une manière non moins formelle. C'est là qu'était l'abîme.

Il convient d'étudier de plus près cette question de cession de territoire, la véritable pierre d'achoppement,

n est d'abord établi que le droit politique actuel reconnaît complètement le droit de conquête. Nous n'examinerons pas si cela est bien ou mal ; il nous suffit de constater le fait. D'après cela, il n'y aurait aucune honte pour une

puûsanee vaincue à la guerre à céder au vainqueur le terw ritoire conquis par lui.

n est évident que Napoléon III, s*il avait été vainqueur^ aurait exigé de l'Allemagne la cession de la rive gauche du Rhin ; cela ne fait pas l'objet d'un doute. L'Allemagne ou les gouvernements allemands n'auraient probablement pas repoussé cette cession comme honteuse ; ils se seraient plu* tôt demandé s'ils pouvaient encore ou non espérer le suc* eès de leurs armes, et ils auraient pris une décision en conséquence.

Après la guerre de Crinàée, la Russie dut céder du territoire par la paix de Paris, et la France était l'une des puissances victorieuses qui lui imposaient cette condition.

En 1860, la France s'est fait céder par l'Italie Nice et la Savoie, en récompense du concours qu'elle lui avait prêté. Cette cession fut soumise, il est vrai, à la sanction d'un plébiscite de la population des pays aliénés ; mais le traité avait été conclu depuis longtemps entre le roi Victor-Emmanuel et l'Empereur Napoléon, et le plébiscite fut préparé le mieux possible.

Pourquoi donc les Français trouvaient-ils honteux de céder du territoire au vainqueur ?

La chose est pourtant très-simple.

Tandis qu'en Allemagne le principe de légitimité domine constamment dans les rapports entre le gouvernement et le Peuple, en France l'idée que le peuple a le droit de choisir lui-même son gouvernement est entrée par tous les pores depuis la Révolution française, et aucun gouvernement Il a pu la déraciner. Les Français disent donc : On nous demande de céder l'Alsace et la Lorraine ; mais ce ne sont pas des terres inhabitées, il y vit une population qui a des sentiments français, qui veut rester française. Ck}mnient pourrions-nous livrer cette population? Ce serait ^andonner nos amis, ce qui est une léLcheté et une honte.

Dans leurs idées de conquête, les Français ont en outre Wie opinion qui leur est propre et qui diffère essentiellement de celle des Allemands. C'est qu'ils ne comprennent

point qu'on puisse être assez stupide pour ne pas vouloir être Français. Nous ne trouvons pas d'autre expression pour exprimer la chose. -Cela peut paraître aujourd'hui ridicule à bien des gens, mais ce n'a pas toujours été si ridicule. Lors de la grande révolution, des millions d'Allemands devinrent volontiers Français. Et qui voudra nier que sans la grande révolution et les guerres qui en sont issues, l'Allemagne ne serait pas encore aujourd'hui un grand tout décousu ? En tout cas, nous avouerons que la naïve opinion des Français nous plaît mieux que celle de certains « savante» et (( hommes d'Etat » allemands, qui s'identifient volontiers, — à tort croyons-nous, — le peuple allemand, et veulent, avec une sentimentalité brutale, faire leurs ilotes de> Alsaciens et des Lorrains récalcitrants.

M. Jules Favre, dans sa dépêche-circulaire du 6 septembre, avait fait une sorte d'appel aux puissances européennes. Bientôt après, M. Thiers, le célèbre historien du Consulat et de P Empire, se mit en route pour visiter les grandes cours de l'Europe, Londres, Pétersbourg, Vienne et Florence, dans le but de leur exposer la situation de k France et, s'il pouvait, de faire appel à leur intervention. Le patriotisme du vieil homme d'Etat, — il avait alors 73 ans, — lui fit affronter les fatigues physiques et les contrariétés morales très-vraisemblables de ce long voyage. Cet appel aux puissances étrangères fit, en Allemagne, une mauvaise impression, et il en partit, comme au commandement, un orage d'adresses, signées des municipalités et d'autres corporations, pour adjurer le roi de Prusse de ne pas permettre l'intervention des puissances européennes dans la querelle entre l'Allemagne et la France. Ces puissances européennes n'avaient rien tenté de sérieux pour empêcher la guerre d'éclater, pour s'opposer à l'agression de Napoléon III ou, comme on disait partout, de la France; où prenaient-elles maintenant le droit d'intervenir?

Nous avons dés raisons de croire que le chancelier de la Confédération du Nord n'était pas absolument satisfait Je

ce langage, qui ne tendait à rien moins qu'à isoler l'Aile-* magne en Europe.

La fiert^vec laquelle parlaient les Français déplut également en Allemagne ; on aurait voulu les voir s'incliner plus hmnblfflnent devant l'éclat des victoires allemandes. Il est pourtant si facile d'être indulgent, dans la fortune, pour ceux que le malheur poursuit, d'être, dans la victoire, compatissant pour le vaincu. On ne trouvait rien de cette douceur dans les organes principaux de la presse quotidienne allemande. A chaque victoire des soldats allemands, certains journalistes insultaient plus grossièrement le peuple français. Ce qui frappe du reste quand on regarde dans le blanc des yeux l'un de ces hommes <( si vraiment allemands », c'est de reconnaître souvent les signes frappants d'une origine orientale.

On voit, d'après tout cela, qu'il y avait au mois de septembre bien peu d'espoir d'une paix prochaine. Que les Allemands seraient restés grands s'ils avaient alors prêté la inain au rétablissement de la paix au prix même de prétendus sacrifices 1

Quoi qu'il en soit, on doit se demander quelle influence la proclamation de la République va avoir sur la suite de la guerre.

Nous avons observé à plusieurs reprises que jusqu'à la bataille de Sedan, il n'avait pas été question d'un soulèvement révolutionnaire du peuple français. Malgré l'investissement de Bazaine dans Metz, malgré les défaites subies et celles à prévoir, le ministère Palikao s'en était tenu, dans ^ armements, aux formations existantes ; il avait annoncé des efforts extraordinaires, mais il n'avait pas pris démesures suffisantes pour les mettre à exécution.

La France entière va-t-elle être à présent animée de • esprit révolutionnaire? Se lèvera-t-elle comme un seul homme si la paix ne lui semble pas possible? Trouveral-elle des hommes pour organiser ses forces matérielles, pour réparer ce qu'on a si longtemps négligé? Les Allemands lui en donneront-ils le temps ?

Nous posoQB 066 questîons^ en laissant aux événements qui vont suivre le soin d'y répondre.

Mais ce gui était certain, si la guerre con^uait, c'est que l'imperfection même des formations françaises^ et les luttes désespérées qui en seraient la conséquence nécessaire, auraient pour résultat d'empoisonner la guerre et d'envenimer cette haine nationale, qui n'a jamais profité qu'au gouvernement des individus et non aux nations ellesmèmee.

yil. — Marche des Âllemsinds snr Paris. — Investissement de Paris.

— Conférences ài^ Ferri^res.

Immédiatement après la capitulation de Sedan, l'amiée de la Meuse (quatrième armée, prince royal de Saxe) et la troisième armée, prince royal [à^ Prusse, se dirigèrent sur Paris.

• L'armée de la Meuse, à l'aile droite, marchait sur trois routes : par Creil et Ecouen, — par Ciompiègne et Senli», — par Soissons et Dammartin. Ses troupes avancées arrivaient le 16 septembre aux environs de Pontoise.

La troisième année marcha d'abord au sud vers la Marne qu'elle traversai Epernay et Château-Thierry ; elle s'avança ensuite sur Paris entre la Marne et la Seine. Ses premières troupes étaient dès le 15 septembre à Nogent-sur-Mame et Créteil. Le quartier général du prince royal de Prusse, qui était resté le 2 et le 3 septembre à Donchery, se transporta le 4 à Attigny, le S à Marmereville, le 6 à Reims, le 9 à Boursault près d'Epernay, le 12 à Montmirail et le 15 à. Coulommiers.

Le quartier général du roi de Prusse était, le 4 septembre, à Varennes, d'où il se rendit le 5 à Reims par Sainte- Menehould ; le 14 à Château-Thierry et le 15 à Meaux.

Les Prussiens ne trouvèrent pas de résistance avant d'arriver sous les murs de Paris. Sur les demandes réitérées de

Mac-Mahon et de Tempereur Napoléon lui-même, le 13' corps (Vinoy) avait été envoyé de Paris, à la fin d'août, sur Soissonset Laon, dans la direction de Mézièreset de Sedan, pour soutenir Mac-Mahon, Mais Vinoy apprit à Laon la catastrophe de Sedan. Il ne resta dans les environs de cette ville que le temps nécessaire pour rallier les petites garnisous inutiles des environs, ainsi qu'un certain nombre de dispersés de l'armée de Mac-Mahon, et il mit ses troupes en chemin de fer, pour les ramener à Paris, où elles arrivèrent le 6 et le 7 septembre.

Soissons, qui refusa de se rendre, fut investie par les Allemands et ensuite attaquée régulièrement.

Le 8 septembre, la 6" division de cavalerie, ducdeMecklenbourg, arriva dans les environs de Laon, qui était occupé par une demi-compagie d'infanterie de ligne et 2,000 gardes mobiles. Un peloton du 15" régiment de uhlans fut envoyé en reconnaissance vers la ville, et le chef de ce peloton se donna le plaisir de sommer le général Théremin d'flame, commandant la ville et la citadelle, de se rendre, Cedernier demanda jusqu'à 4 heures du soir pour réfléchir. A cette nouvelle, le duc de Mecklenbourg envoya devant Laon le colonel d'Alvensleben avec la 15' brigade de cavalerie, la batterie à cheval et un projet de capitulation. En même temps, le commandant du 4" corps d'armée détachait ^ers Saint-iQuentin une batterie à cheval de la réserve, et le 4' bataillon de chasseurs à Eppes, à l'est de Laon. Le ^ septembre au matin, la 14* brigade de cavalerie et la batterie à cheval du 4» corps se portèrent aussi à Eppes.

Lorsque le colonel d'Alvensleben arriva devant la ville avec son projet de capitulation, le général Théremin fit de nouvelles difficultés et demanda à réfléchir jusqu'au lendemain matin, à 9 heures. Lorsque le duc de Mecklenbourg arriva plus tard à Eppes, une convention était déjà signée, ^n vertu de laquelle la citadelle devait être livrée aux Prussiens avec les troupes et le matériel de guerre qui s'y trouvaient.

Leduc de Mecklenbourg fit occuper les faubourgs par

une oompagnie de chasseurs, la place du marché par deu\ autres compagnies, et la quatrième entra dans la citadelle, où lui-même se rendit avec son état-major. Après que la remise de la place et le désarmement se furent opérés dans la cour de la citadelle, Tinfanterie de ligne française fut emmenée prisonnière de guerre dans la ville, et la garde mobile fut mise en liberté, sous l'engagement de ne plu> servir contre l'Allemagne.

Au moment où les derniers hommes de garde mobile sQrtaient de la citadelle, une explosion effroyable se produisit : presque tous les hommes, Allemands et Français, qui s'y trouvaient encore, furent tués ou blessés. Dans la l* compagnie du 4* bataillon de chasseurs prussiens, il y eut 80 hommes tués et 48 blessés ; 300 gardes mobiles français furent plus ou moins atteints. Le duc de Mecklenbourj lui-même reçut une contusion au haut de la cuisse droite. Le général Théremin fut blessé à la tète et il en mourut quelque temps après.

Les Allemands exprimèrent d'abord le soupçon que Tcv plosion du magasin à poudre de la citadelle avait eu lieu par ordre du général Théremin. Une enquête minutieuse prouva cependant que ce soupçon n'était pas fondé et qu»^ le feu avait été probablement mis aux poudres par un garde d'artillerie.

D'après le plan général de l'investissement de Paris l'armée du prince royal de Saxe devait occuper la ri\e droite de la Seine et de la basse Marne, sur une ligne passant à peu près par Argenteuil, Montmagny, le Blanc-Ménil, la forêt de Bondy et Goumay-sur-Marne. L'armée du prince royal de Prusse s'étendait ensuite de GoumayàBougival, par Bonneuil (sur la Marne), Choisy-le-Roy (sur li Seine), Thiais, Chevilly, Sceaux, Meudon et Sè\Tes. L'armée du prince royal de Prusse et celle du prince royal de Saxe se donnaient la main sur la presqu'île d'Argenteuil.

Il résulte de divers indices qu'inunédiatement après la bataille de Sedan, les Allemands ne s'attendaient pas à uue

résistance considérable de Paris. Ds s'appuyaient, en cela, sur le manque de solidité du gouvernement provisoire, dont ils venaient d'apprendre Tinstallation, sur des discordes intérieures et peut-être même sur la chute immédiate de quelques forts.

l'armée du prince royal de Saxe put occuper sans résistance les positions qui lui avaient été indiquées, et elle n'y fut pas très-inquiétée jusqu'à la fin de septembre. Le prince royal de Saxe établit d'abord son quartier général au Grand- Tremblay.

L'année du prince royal de Prusse ne put pas arriver dans ses positions sans combattre, et elle y fut ensuite inquiétée par des sorties de la garnison de Paris.

Le 17 septembre, les uhlans prussiens se montraient déjà sur les hauteurs de Qamart.

Le 5« corps allemand avait jeté, ce jour-là, un pont de bateaux sur la Seine, entré Villeneuve-Saint-Georges et AbJon. Pour protéger la construction de ce pont, le général Kirchbach avait placé, sur les hauteurs de Limeil et de Boissy-Saint-Léger, la 17' brigade d'infanterie (Bothmer), renforcée de deux escadrons et de deux batteries. A i heures de l'après-midi, ces troupes furent attaquées au bois de Brévannes par un détachement français venant de Créteil, mais elles le repoussèrent en éprouvant des pertes minimes.

La 2* division de cavalerie, puis le 5* corps, passèrent la Semé sur le pont de Villeneuve-Ablon.

Le 18 septembre, le 5« corps, en marche sur Versailles, avait son aile droite, 9* division, à Bièvre, et son aile gauche, 10* division à Palaiseau. La 9* division eut à soutenir une escarmouche contre des détachements français s'avançant du Plessis-Piquet. Une patrouille de hussards de la 2" di\ision de cavalerie arriva ce jour-là jusqu'à Versailles.

Le 19 septembre, la 10" division marcha de bonne heure de Palaiseau sur Versailles par Jouy-en-Josas. La 9' diviâiou partit de Bièvre dans la même direction.

Le l*' corps bavarois suivait le 5^ corps allemand.

A peine en marche, la 9* division fut attaquée du Plessis- Piquet et de Bicêtre, et dut faire front à l'ennemi.

Le 18 septembre, le général Ducrot, à la tête de quatre divisions, diversement composées, de l'armée de Paris, avait pris position sur les hauteurs au sud de la capitale, depuis Meudon jusqu'à Villejuif. — Nous avons déjà parlé plusieurs fois de ce général. C'est lui qui commandait en chef à Sedan après la blessure de Mac-Mahon, et qui reprit ensuite le commandement du 1" corps, après avoir cédé celui de l'armée à Wimpffen. Il fut compris dans la capitulation de Sedan, mais il s'échappa de Pont-à-Mousson. Les Allemands affirmèrent que le général Ducrot avait déjà donné à cette époque (12 septembre) sa parole d'honneur de ne plus servir contre l'Allemagne pendant cette guerre. Les Français, de leur côté, affirment le contraire. Bref, le général Ducrot se rendit tout droit à Paris, oîi il se mit à la disposition du général Trochu qui le connaissait depuis longtemps et avait en lui une grande confiance.

Ducrot voulait faire, le 19 septembre, une grande reconnaissance au sud de Paris. Ses détachements avancés rencontrèrent sur le plateau de Villacoublay les troupes qui couvraient le flanc de la 9* division allemande. Cette division repoussa l'ennemi et voulait ensuite continuer sa route lorsque débouchèrent de plus grandes masses françaises qui l'obligèrent à faire front de nouveau.

Le premier appui que reçut la 9" division lui fut donné par la 1** brigade d'infanterie bavaroise (Dietl) qui tomba sur le flanc gauche des Français.

Lorsque la 10* division arriva à Jouy-en-Josas, le général de Kirchbach la dirigea aussitôt au nord-est sur Villacoublay, pour soutenir la 6' division.

Le 2* corps bavarois marchait le 19, de Longjumeau sur Chatenay. La 3' division, qui se trouvait en tête et atteignit Chatenay à 10 heures du matin, envoya une brigade sur le Petit-Bicêtre, pour soutenir directement le S* corps allemand, et dirigea son autre brigade sur Sceaux.

De la 4* division bavaroise, la 7* brigade se rendit à Bouiç-la-Reine, au nord-est de Sceaux, pendant que la 8* brigade restait en réserve à la Croix-de-Berny, à Test de Chatenay.

A II heures et demie, le 5* corps allemand avait repoussé Taile droite des Français à ViUacoublay et Petit-Bicêtre. La retraite des troupes de ligne françaises se changea, sur ce point, en une fuite désordonnée qui nécessita les mesures les plus sévères. Conformément aux ordres qu'il avait reçus, le général de Kirchbach dirigea ensuite le S« corps d'armée sur Versailles, pour y occuper les positions d'investissement qu'on lui avait indiquées, et il laissa les Bavarois sur le champ de bataille.

En ce moment, le général Ducrot préparait un mouvement offensif avec son aile gauche, qui s'appuyait à une redoute nouvellement construite au Moulin-de-la-Tour, sur un contre-fort des hauteurs du Plessis-Piquet, et armée de 8 canons.

Le général de Hartmann ordonna à la 7* brigade et à cdie qui occupait Sceaux, de se borner à défendre Bourgla-Reine et Sceaux, et il envoya la 8' brigade à Chatenay. Il n'y eut là qu'un combat d'artillerie. Vers 3 heures, le général Ducrot fit enclouer les pièces de la redoute du Moulin-deJa-Tour et se retira derrière les forts détachés. Des troupes de la 3* division bavaroise le suivirent par Sceaux et le Plessis-Piquet et occupèrent la redoute abandonnée.

Le 6* corps allemand avait suivi le S' corps sur la rive gauche de la Seine par le pont de Villeneuve-Saint-Georges et par un autre pont qu'il avait jeté lui-même, et il marcha le 19 septembre, par Villeneuve-le-Roi et Orly, contre la ligne Choisy-le-Roi-Chevilly. Il essuya le feu d'une nouvelle redoute avancée à Villejuif et se contenta de placer ses avant-postes sur la ligne Choisy-le-Roi-Chevilly. Ds y furent attaqués à plusieurs reprises par des détachements français qui ne réussirent pas à les pénétrer.

Le prince royal de Prusse avait, le 18 septembre, son quartier général à Corbeil ; dans la matinée du 19, il as-

sista, des hauteurs de Sceaux, au combat des Bavarois, et il mit le même jour son quartier général k Palaiseau.

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, les Allemands s'aperçurent que les Français avaient évacué les ouvrages enr core inachevés de Villejuif et ils les occupèrent. Le 23 au matin, les Français dirigèrent, des forts deBicêtre etd'Ivry, une violente canonnade contre ces ouvrages, et les Alld* mands ne pouvant y demeurer se retirèrent. La division du général de Maud'huy sortit alors, pour les poursuivre, des forts détachés dont nous venons de parler, mais eUe fut a^ rétée sur la ligne des avant-postes allemands et se rçth^.

Le même jour, le contre-amiral Saisset faisait d*Âubei^ villiers une grande reconnaissance contre le Bourgel et Drancy ; et une autre reconnaissance se dirigeait de Saint- Denis vers Pierrefitte.

Le 24 septembre, plusieurs canonnières français cancanèrent, de Suresnes, les avant-postes allemands à Saiai* Qoud et à Sèvres.

Le 30 septembre, les Français firent encore une grande sortie au sud avec le i3* corps (Vinoy). Une attaque principale au centre était préparée et appuyée par deux fausses attaques aux ailes.

La fausse attaque de l'aile droite se dirigea du fort d'Issj contre les positions du S* corps allemand ; celle de TaUe gauche, du fort de Charenton contre le li« corps.

L'attaque principale, partant de Montrouge et deBicêtre, rencontra le 6* corps allemand et principalement la 12* division, Hoffmann. Le combat roula autour de Villejuif, Chevilly, Thiaiset Choisy-lo-Roi. A 11 heures du matin, les Français étaient rejetés sur les forts détachés avec de grandes pertes. C'est dans cette affaire que fut tué, entre autres, le général Guîlhem qui commandait, avant la guerre, la brigade d'occupation dans les Etats de TËglise.

Le 20 septembre, le prince royal de Prusse mit son quartier général à Versailles ; celui du roi do Prusse était, le 19, partie à Lagny, partie au château de Rothschild, i Ferrières.

Nous suspendrons pour un moment le récit des événemenu militaires de Paris, pour étudier un peu la capitale de la France, surtout comme place forte*

Si, du Louvre, comme centre, on décrit une circonférence avec un rayon de 7,000 pas, on a, très-imparfaitement, ie contour actuel de Paris. La Seine le traverse en y formant un arc dont l'ouverture regarde le midi, et divisant la ville en deux parties dont la plus considérable est sur la rive droite.

Le contour actuel de Paris est déterminé par l'enceinte continue de ses fortifications et les nouveaux boulevards extérieurs qui accompagnent cette enceinte. Jusqu'en 1861, les limites de la ville de Paris étaient les anciens boulevards extérieurs accompagnant l'ancien mur d'octroi. Ds séparaient de la ville proprement dite des communes fort peuplées qui se trouvaient comprises dans l'enceinte fortifiée de 1841. Enfin jusqu'à la révolution française, c'étaient les boulevards intérieurs qui formaient les limites de Paris.

La ville, bornée par les anciens boulevards extérieurs, se dinsait en 12 arrondissements, auxquels la chute du mur d'octroi vint en ajouter 8 nouveaux.

fies 14 arrondissements de la rive droite, 4 sont entre la Seine et les boulevards intérieurs, savoir : P', le Louvre, 11% la Bourse, IIP, le Temple, IV», l'Hôtel de ViUe ; ~ 5 entre les boulevards intérieurs et l'ancien mur d'octroi, ^voir : Vin% l'Elysée, IX% l'Opéra, X% le Qos-Saint- Laurent, XI% Popincourt, XII% Reuilly ; — 5 entre l'ancien mur d'octroi et l'enceinte continue, savoir : XVP, Passy , XVn-, BatignoUes, XVIII% buttes Montmartre, XK», buttes Chauraont, XX% MéniJmontant.

Bes 6 arrondissements de la rive gauche, 3 sont entre la Seine et l'ancien mur d'octroi, savoir : V, le Panthéon, VI% le Luxembourg, VIÎ% le Palais-Bourbon ; — 3 entre 1 ancien mur d'octroi et l'enceinte continue ; ce sont : le Xin% les Gobelins, XIV% l'Observatoire et XV* Vaugirard.

Paris avait eu 1861, dans Tenceinte des boulevards intérieurs 5S2,686 habitants ; en 18S6, en dedans du mur d'octroi 1,174,346 et, en 1861, dans Tenceinte fortifiée 1,696,141 habitants. Le dernier recensement de 1866 donne une population de 1,825,274 habitants. Cette population s'était encore augmentée en 1870, mais il y avait eu, avant l'investissement, une diminution causée par la xénolasie et par l'émigration volontaire. Cette émigration fut néanmoins largement compensée. La garnison régulière, composée, avant la guerre, de la garde et de l'armée de Paris, ne fut pas augmentée ; mais il arriva de la province des gardes mobiles, des marins, des douaniers, des gardes forestiers. En outre, le général Trochu, à l'approche de l'investissement, ordonna d'évacuer et en partie de démolir les nombreuses habitations gui existaient dans la zone de combat de l'enceinte continue et des forts détachés, et la plupart de leurs habitants se retirèrent dans la ville avec leur mobilier, à la fin d'août et au commencement de septembre.

D'après ce gui précède on doit estimer au moins à dem millions d'hommes la population de Paris au moment de l'investissement.

D'après des renseignements dignes de foi, la consommation journalière de Paris avant le siège était représentée par les chiffres suivants : 19,725 guintaux de pain, et, en outre, 4,990 sacs de farine pour la cuisine et la pâtisserie; 490 bœufs, 130 vaches, 430 veaux, 2,963 moutons, 2,150 guintaux de viande salée ou fumée, 1150 guintaux de gibier et.de volaille, 1490 guintaux de poisson (dont deux tiers de poisson de mer frais), 2,950 guintaux de pommes de terre, 5,000 guintaux d'autres légumes, 1120 guintaux de beurre, 280 guintaux de fromage. Nous n'avons pas de données exactes sur la consommation en épices, lait, œufs, boissons de toute sorte, mais nous savons gu'elle était considérable.

Au-dessus de Paris, la Seine coule dans la direction du sud au nord. Elle reçoit la Marne à Charenton, peu de

temps avant d'entrer dans la ville. Tout le cours inférieur de la Marne est très-sinueux, et avant de se jeter dans la Seine, elle forme la presqu'île de Saint-Maur, dont la gorge étroite regarde au nord-K)uest le fort de Vincennes.

La Seine, en quittant Paris, se dirige au sud-ouest, pour s'infléchir ensuite brusquement au nord-est jusqu'à Saint- Denis, oîi elle revient de nouveau au sud-ouest pour reprendre encore une fois à Bougival la direction du nordest. Ces détours du fleuve forment, au-dessous de Paris, trois presqu'fles. Sur la première, celle de Boulogne, se trouvent une partie de la ville (Auteuil et Passy) et le bois de Boulogne ; on peut donner à la seconde presqu'fle le nom de Nanterre ou du Mont-Valérien, — et à la troisième celui d^Argenteuil.

La hauteur du miroir des eaux de la Seine au-dessus de la mer est habituellement évaluée, en nombres ronds, à 30 mètres; elle est plus exactement de 27", 4 à l'entrée daps Paris et de 25"",9 à la sortie, pour une hauteur moyenne des eaux. La largeur du fleuve est d'environ 600 pieds à sa sortie de la ville.

L'enceinte continue de Paris se compose d'un simple mur bastionné, avec une escarpe en maçonnerie, sans tenailles ni ravelines. Il n'y a pas dans les bastions de casemates permanentes. On compte dans l'enceinte 94 bastions, qui ne sont désignés que par leurs numéros. Le bastion n* 1 est sur la rive droite, à l'entrée de la Seine, et les numéros partent de là, sur la rive droite, jusqu'à la Seine où se trouve le bastion n* 67 ; le bastion n" 68 est en face sur la rive gauche, où les numéros se continuent en remontant le fleuve jusqu'au bastion n" 94, qui est en face du bastion n* 1.

Le chemin de fer de Lyon sort de l'enceinte entre les bastions 2 et 3, celui de l'Est (Mulhouse et Strasbourg) entre les bastions 27 et 28, celui du Nord entre les bastions 34 et 35, le chemin de fer de Rouen entre les bastions 44 ^ et 45, celui de l'Ouest, à Versailles (rive gauche), entre les

bastions 7S et 76, celui d'Orléans entre les bastions 92 et 93.

Ces indications permettront de reconnaître facilement chaque bastion.

La forme des bastions n'est pas complètement la même, mais ils sont généralement plats ; les faces sont très-longues et forment entre elles des angles très-obtus, les flancs sont relativement courts. En raison de Tétendue considérable de l'enceinte de Paris, il est clair qu'un grand nombre des fronts bastionnés doivent être presque en ligne droite ; ce qui est toujours favorable pour la défense, surtout avec la grande portée des pièces rayées de l'artillerie moderne. Cependant cet avantage û'est pas aussi grand pour l'enceinte de Paris que si l'on avait donné aux bastions des angles saillants très-aigus. Lorsqu'on* fortifia la ville, on destinait l'enceinte continue à repousser une surprise, une attaque de vive force, plutôt qu'à résister à un siège en règle. La véritable défense contre un siège régulier était confiée aux forts détachés, qui forment une ceinture autour de la place.

Paris se trouve dans un bassin, environné de hauteurs calcaires, dont les crêtes sont plus ou moins rapprochées de la ville, et dont les pentes sont tantôt escarpées, tantôt presque insensibles. Ces hauteurs ne pouvaient pas servir partout à l'établissement des forts détachés, surtout à une époque oîi l'on n'avait aucune idée de la portée actuelle de l'artillerie ; mais elles sont toutes en rapports directs avec les forts détachés, de sorte qu'elles méritent un examen particulier.

Les hauteurs de Pierrefitte, .au nord de Saint-Denis, s'élèvent de 26S (1) pieds au-dessus de la Seine ; celles de la forêt de Bondy, au sud-est des premières, ont une élévation moyenne de 280 pieds. Entre les hauteurs de Pier-

(1) n s'agit toujours ici, sauf avis contraire, de pieds suisses (10 pieds £=3 mètres), et la hauteur est comptée au-dessus du miroir des eaux de la Seine.

refitte et celles de Bondy, se trouve un terrain moins élevé d'environ 80 pieds dans lequel coulent plusieurs ruisseaux, notamment le Sausset et la Molette, qui portent leurs eau]( à la Seine par Saintr-Denis.

A Touest des hauteurs de la forêt de Bondy, dont elles sont séparées, par une étroite dépression de terrain, qui afTecte parfois la forme d'un ravin et que suit le chemin de fer de Mulhouse pour se rendre à la Marne, se trouvent les groupes de hauteurs de Montreuil et de Romainville, qui ont à peu près la même élévation que les collines de Bondy, Elles s'abaissent très-rapidement au nord vers le canal de rOurcq et à Test vers le chemin de fer de Mulhouse, et arrivent au contraire, par le plateau de Yincennes et des pentes trë&-douces, vers la Marne et la Seine du côté du sud. A l'ouest, elles se continuent jusqu'à Belleville et aux Buttes-Chaumont, dans l'intérieur de l'enceinte continue,

A l'ouest des hauteurs de Belleville se trouvent, égale* ment dans l'enceinte de la ville, les Buttes-Montmartre, dont le point culminant est à 330 pieds au-dessus de la Seine.

Au sud et au sud-ouest de Paris, on remarque principa*lement la charmante chaîne de collines qui s'étend de Bourg-la-Reine à Bougival et sépare de Versailles Saint- Cloud et Sèvres. Cette chaîne offre, dans sa partie orientale, à Qamart et Chàtillon, des hauteurs de 440 pieds. Elle détache également des rameaux vers Vaugirard jusque dans l'enceinte continue. C'est sur la colline de Vaugirard que Napoléon III place le théâtre du combat que livra Labiénus aux réserves gauloises, après avoir battu le Camo< Ingénus entre Sèvres et Meudon ; ces réserves, qui étaient d abord chargées d'observer le camp des Bomains sur la rive droite de la Seine, étaient accourues au bruit du combat de Meudon.

La chaîne de hauteurs de Bouiç-la-Beine à Bougival en- ^oie dans la presqu'île de Nanterre un rameau qui se termine près de Suresnes par le Mont-Valérien, mamelon élevé de 300 pieds au-dessus de la Seine«

Les hauteurs âu sud de Paris vont en s'abaissant peu à peu à Test de Bourg-la-Reine et sur la rive droite de la Bièvre. A l'ouest de Villejuif, on trouve im point isolé haut de 310 pieds ; la chaîne s'élève encore à 240 pieds au sud de Vitry-sur-Seine, et elle descend ensuite brusquement jusqu'à la Seine, qui, à Test de Vitry, n'est qu'a 104 pieds au-dessus de la mer.

Les forts détachés de Paris ont la forme de quadrilatères ou de pentagones bastionnés ; ils sont ; richement pourvus de casemates, bien défilés et parfaitement installés.

On a donné le nom de redoutes à des ouvrages fermés, plus petits que les forts, et qui sont destinés à battre de» parties de terrain que l'on ne peut apercevoir des forts. Cfô redoutes sont de formes diverses, tantôt en tenaille, tantôt n'ayant qu'un angle saillant, tantôt pourvues de deui petits bastions.

On divise tout le système des forts détachés en quatre groupes, regardant les quatre points cardinaux.

Le groupe de l'est couronne avec le plus grand nombre de ses ouvrages le bord extérieur des hauteurs de Bagnolet-Montreuil. On obtient à peu près leur contour en p^^ nant pour centre la porte de Montreuil, entre les bastion 11 et 12 de l'enceinte continue, et décrivant ensuite um demi-conférence avec un rayon de 6,300 pas. ^

Les ouvrages qui forment ce groupe sont :

1* Le fort de Romainville, quadrilatère, avec un ou\Tagï à cornes irréfeulier, avancé du côté du nord, et des ouvrage accessoires qui le relient au canal de l'Ourcq et, le long d€ ce canal, avec l'enceinte de la ville, vers le bastion 27. U fort de Romainville est à 1700 pas du bastion 19 de l'en^ ceinte continue ;

2^ La redoute de Noisy ;

3' Le fort de Noisy, quadrilatère, avec un ouvrage à cornes avancé au nord-est ;

4' La redoute de Montreuil ;

5"* La redoute de la Boissière, tenaillée ;

6' Le fort de Rosny, quadrilatère, avec un ouvrage à cornes avancé à l'est, à 6,000 pas du bastion n* 16 de l'enceinte ;

7* La redoute de Fontenay, ayant la forme d'un petit ouvrage à cornes, fermé à la gorge ;

8* Le fort de Nogent, quadrilatère, avec un ouvrage à cornes avancé à l'est ;

9* La redoute de la Faisanderie ;

10* La redoute de Gravelle ; — ces deux derniers ouvrages sont réunis par une ligne retranchée et ferment la gorge de la presqu'île de Saint-Maur.

Tous ces ouvrages, depuis le fort de Romainville jusqu'à la redoute de la Faisanderie, furent reliés entre eux, au mois de septembre, par des lignes retranchées, suivant la créte des hauteurs, ce qui constituait là une espèce d'enceinte continue extérieure.

!!• Le fort de Charenton, pentagone situé dans l'angle formé par la Seine et la Marne ; il est à 4,000 pas du bastion n' 5 de l'enceinte et sert de tête de pont aux ponts jetés sur la Seine et la Marne, près de leur confluent.

La plupart des ouvrages du groupe de l'est sont trèsloin de l'enceinte continue. On peut considérer comme une espèce de réduit du groupe :

12" Le fort de Yincennes, qui n'est qu'à 2,200 pas du bastion n* 8 de l'enceinte. Ce fort, situé au sud de la ville de Yincennes, comprend l'ancien château et le nouveau i^ort, situé plus à Test. Le vieux château, dont il est difficile de préciser l'origine, fut construit en 1183, sous sa ' forme actuelle, mais il a été ensuite perfectionné jusqu'à nos jours, et pourvu notamment, depuis 1832, d'établissements militaires. Le donjon, avec des murs de 10 pieds d épaisseur et une élévation de 183 pieds, offre, de sa plateforme, une vue très-étendue. Le nouveau fort, quadrilatère, allongé de l'ouest à l'est, renferme de grands dépôts de toute nature pour l'artillerie.

A l'intérieur du groupe de l'est se trouve le bois de Yincennes, entouré d'une muraille; c'est dans ce parc qu'existe

un vaste champ de tir pour Tinfanterie et l'artillerie, ainsi que le terrain de manœuvres pour les troupes du camp dp Saint-Maur.

Le groupe des forts du sud s'étend devant Tenceinie continue de la rive gauche, depuis le bastion 94 jusqu'au bastion 68. Il renferme les 5 forts d'Ivry, de Bicétre, de Montrouge, de Vanves et d'Issy. Les forts de Montrouge et de Vanves sont des quadrilatères bastionnés, les trui> autres des pentagones bastionnés. Dans ce groupe, c'est 1»^ fort de Bicêtre qui est le plus rapproché de l'enceinte continue, à 1500 pas seulement du bastion 87 ; le fort d'Im en est le plus éloigné, à 3,000 pas du bastion 91.

On voit, d'après la description que nous avons faite du terrain, qu'il existe des hauteurs assez importantes à 1500 ou 2,000 pas en avant du groupe des forts du sud. Lorsqii'' le général Trochu s'occupa de l'armement de Paris, il ^^ solut d'occuper, au moyen de grands ouvrages de campagne, les hauteurs situées devant le front du sud. Une redoute Je campagne fut construite sur la hauteur du Moulin-de-la- Tour, en avant de Châtillon, et nous avons vu les Bavarois s'en emparer le 19 septembre; — une deuxième sur k rive droite de la Bièvre, entre ce ruisseau et le village do Villejuif ; — une troisième au Moulîn-Saquet, à l'est de Villejuif ; on fortifia en outre les villages de Villejuif et de Vitry-sur-Seine.

Derrière cette ligne avancée, les cinq forts du groupe dn sud furent reliés entre eux par des lignes de retranchement'^ en terre, ce qui constitua également de ce côté une enceinte continue extérieure.

Les assiégés travaillèrent constamment à ces ouvrages de fortification, môme après l'investissement.

Le groupe de l'ouest consiste en un ouvrage unique et, par suite, d'autant plus important, la forteresse du Mont- Valérien, sur la rive gauche de la Seine, dans la presquî!»* de Nanterre. La forteresse du Mont-Valérien est un grand pentagone bastionné, de 1200 pieds de côté, pourvu de paissants cavaliers et d'espaces casemates suffisants pour

tons les besdns militaires. Malgré la valeur du Mont-Valérien, son isolement laisse le front de Touest un peu trop découvert. En effet, ce fort est à 8,000 pas de Tenceinte continue, à près de 15,000 pas des ouvrages de Saint-Denis et à 9,000 pas du fort d'Issy. Les ingénieurs qui ont fortifié Paris comptaient surtout, pour couvrir le front de Fouest, sur le bras de la Seine, de Billancourt à Saint-Denis. — Lorsque le général Trochu arma Paris, il crut cependant opportun de donner plus de force aux ouvrages extérieurs de l'ouest. On construisit en conséquence une tête de pont pour le pont de Neuilly ; un ouvrage fut élevé sur la colline de Saint-Ouen, sur la rive droite de la Seine, et un autre projeté sur la hauteur de Montretout, près de Saint-Qoud. Ce dernier ne fut jamais exécuté. En revanche, on éleva Sûr la rive gauche de la Seine, à Villeneuve-la-Garenne, en face Saint-Denis, une redoute qui communiquait avec les omTftges de Saint-Denis.

Le groupe du nord se compose dii fort d'Aubervilliers et des fortifications de Saint-Denis.

Le fort d'Aubervilliers est un pentagone bastionné, situé ^ur la route de Lille, à 2,300 pas du bastion 28 de Ten- «inte continue.

Saint-Denis, ville de 27,000 habitants, est pourvue d'une enceinte, que l'on peut rendre plus forte au moyen d'inondations partielles, et de trois forts. Ces forts sont le fort de la Briche, quadrilatère bastionné, ouvert à la gorge et situé tout près de la Seine, sur la rive droite ; la Double-Couronne du nord, avec 3 bastions complets et deux demi- ^tions, faisant front à Pierrefitte et ouverte du côté de la ^ille; et, enfin, le fort de l'Est, quadrilatère bastionné fermé, ^u sud-est de la ville. E faut joindre à ces ouvrages la ^ute de Villeneuve-la-Garenne dont nous venons de I^rier.

Les principales communications de Paris avec Textérieur étaient les huit chemins de fer dont nous avons donné lé pomt de sortie de l'enceinte continue.

Pour investir Paris, les Allemands devaient chercher

tout d'abord à couper les chemins de fer ; ils y parvinrent rapidement, de sorte que Paris se trouva réduit à des moyens extraordinaires de communication qui ne pouvaient pas suffire à tous les besoins.

Le chemin de fer de ceinture, qui court à Tintérieur de Tenceinte continue, était d'une grande valeur pour la défense.

— Pour terminer ce chapitre, il nous faut parler de l'entrevue de Ferrières qui était destinée à constater l'existence de l'abîme qui séparait déjà la France de l'Allemagne.

Grâce à l'intervention anglaise, une entrevue devaitêtre ménagée entre Jules Favre, ministre des affaires étrangères du Gouvernement français, et le comte de Bismarck, chancelier de la Confédération du Nord. On perdit plus d'une semaine à discuter des questions de forme qui ne devaient peut-être point être envisagées comme telles. Enfin, lorsque les Allemands étaient déjà aux portes de Pans, Jules Favre, assuré du consentement de Bismarck, sedécida, le 18 septembre, à l'aller trouver. Il se rendit ce jour-là à Villeneuve-Saint-Georges, où se trouvait le quartier général du 6* corps (général de Tumpling) . D y apprit que le quartier général du roi de Prusse était à Meaux. U envoya donc de Villeneuve une dépêche à Bismarck pour lui demander où il pourrait le rencontrer. Le 19, à 6 heures du matin, un officier, chargé d'accompagner Jules Favre, vint le prévenir que Bismarck l'attendait à Meaux. En arrivant, vers 3 heiu-es, aux environs de Meaux, Jules Favre apprit d'un aide de camp que le quartier général du roi avait été transporté à Ferrières.

La première entrevue de Favre et de Bismarck eut lieu au château de la Haute-Maison près de Montry, et l'entretien se borna à une discussion théorique des bases de négociations de la paix. Nous savons quel abîme existait sur ce point entre l'Allemagne et la France. Cet abîme s'était encore élargi pendant le temps écoulé depuis la bataille de Sedan jusqu'à l'entrevue de Ferrières, par suite de deu\

circulaires du chancelier allemand aux agents diplomatiques à l'étranger. Dans la première, datée de Reims le 13 septembre, Bismarck, contrairement aux déclarations antérieures, ne parle plus de la guerre contre le Gouvernement français, mais bien de la guerre contre la nation française : d'après lui, si Ton faisait la paix en ce moment, le peuple français reprendrait les armes dès qu'il le pour^ rait, et, pour repousser cette nouvelle attaque, l'Allemagne ayait besoin de garanties qu'elle ne pouvait obtenir qu'en reculant ses frontières de l'ouest. C'était demander officiellement à la France une cession de territoire comme condition de la paLx. Dans la seconde circulaire, datée de Meaux le 16 septembre, Bismarck exprime la crainte que la paix ne soit indéfiniment ajournée, si les puissances neutres de l'Europe encouragent l'espoir de la France dans leur intervention diplomatique ou matérielle, ce que pouvait amener le voyage de M. Thiers ; il demande en outre, d'une manière formelle, Strasbourg et Metz pour l'Allemagne.

Le comte de Bismarck a dit lui-même qu'il ne réussit point, dans l'entretien de la Haute^aison, à convaincre M. Jules Favre que l'honneur de la France n'était pas d'une nature diJSërente de l'honneiu' des autres pays. Favre accordait tous les dédonunagements en argent que l'Allemagne pourrait réclamer, mais il refusait toute cession de territoire. Les deux négociateurs parlèrent ensuite d'un armistice, et ils s'accordèrent à en reconnaître l'utilité pour pennettre de nommer une Constituante qui pourrait régulariser la situation du Gouvernement. On convint de parler plus particulièrement de cet armistice dans une nouvelle entrevue qui aurait lieu le soir même à Ferrières.

H. Favre se rendit à Ferrières à 9 heures et demie du soir. On discuta cette fois l'armistice, sa durée et ses conditions. Sur ce dernier point, Bisiçarck voulait, en tout cas, consulter un conseil militaire. Les deux hommes d'Etat se séparèrent à minuit, en se donnant rendez-vous pour le lendemain.

Le 20 septembre, Favre revint à Ferrières à 11 heures

du matin ; Bismarck était encore chez le roi et il n'en sortit qu'à 1 1 heures trois quarts.

Un armistice est toujours plus ou moins désavantageui pour une armée victorieuse, tandis que, dans les circonstances actudles, il offrait nécessairement aux Français de grands avantages pour leurs nouvelles formations : aussi, avant d'y consentir, le comte de Bismarck demanda, comme équivalent militaire, l'évacuation des places fortes de Toul, de Phalsbourg (1) et de Strasbourg. Les garnisons de Toul et de Phalsbourg seraient libres, mais celle de Strasbourg, déjà serrée de très-près, serait prisonnière de guerre.

La remise de ces places fortes donnait aux ÂUemani' l'avantage d'avoir une ligne de chemin de fer assurée. Du reste, Toul et Strasbourg étaient déjà si près de leur chute que ce n'était plus qu'une question de quelques jours. Quant à Phalsbourg, les Allemands pouvaient s'en passer pour le but qu'ils se proposaient. Favre ne voulut point entendre parler de ces conditions, et il se mit hors de luimême quand Bismarok demanda que la garnison de Strasbourg fût prisonnière de guerre. Bismarck, qui avait parlé en homme d'affaires, n'était pas préparé à cette explosion de sentiments, et il s'efforça de calmer Jules Favre, en lui promettant de soumettre de nouveau cette question au roi de Prusse. D le fit en effet, mais le roi persista dans saexigences.

Les hostilités devaient continuer autour de Metz dans un rayon à déterminer. Ce point ne fut l'objet d'aucune difficulté.

Puis, vint le troisième point, — Paris. Favre avait exprimé déjà, le 19, l'hypothèse que la Constituante siégerait à Paris. On souleva, à ce propos, la question si Paris pourrait ou non être approvisionné pendant la durée de l'aimis-

<i) Le rapport de Bismarck parle de Bitche, celai de loie^ Fant

de Phalsbourg; peut-être Bismarck demanda- t-il ces deux places; en tout cas, Phalsbourg, en raison de sa position» était la plus importante.

tice, que l'on supposait être de deux ou trois semaines. Dans le cas où les Allemands permettraient que Paris commaniqoàt librement avec Textérieur pour s'approvisionner, Bismarck demandait encore un équivalent militaire, par exemple roccupation du Mont-Yalérien. Jules Favre s'emporta de nouveau et dit, avec raison, qu'autant valait demander la reddition de Paris. En revanche, Bismarck ob« serva, avec non moins de raison, quesi Ton approvisionnait Paris pour trois semaines, il faudrait trois semaines de plus aui Allemands pour le réduire par la faim, dans le cas où la Constituante n'arriverait pas à conclure la paix. Il proposa du reste immédiatement une autre combinaison: il n'avait rien & objecter à ce que la Constituante se réunit à Tours, d'après une autre proposition de Jules Favre ; et, dans ce cas, on conservait le statu quo pendant l'armistice ; Parb ne serait point approvisionné et l'on ne livrerait pas de fort aux Allemands.

M. Favre quitta le comte de Bismarck avec la conviétion que l'Allemagne voulait humilier la France, la faire passer sous les fourches caudines, l'anéantir. Le comte de Bismarck, de son côté, resta à Ferrières, fermement convaincu qu'il avait fait au Gouvernement provisoire de la France toutfôles avances possibles. Nous ne doutons pas un instant que le comte de Bismarck ne sentit aussi profondément que Jules Favre le malheur infini que causerait la continuation de cette guerre en faisant naître une haine nationale sans causes premières, haine que des masses égarées oublieront beaucoup plus difficilement que les gens éclairés, haine eofin que certains journalistes ou savants, soit par igno* rance, soit par intérêt, ont envenimée avec d'autant plus d'impudeur qu'ils ont su rester plus éloignés de ses effets.

Mais — les Allemands étaient vainqueurs, et Bismarck se trouvait déjà entraîné dans un tourbillon qu'il était impuissant à diriger. On avait fait appel à des passions qu'il ^t ensuite difficile d'apaiser.

Sur le rapport de Jules Favre, le Gouvernement provisoire de Paris décida qije les circonstances ne permettaient

pas de songer à un armistice et qu'il n'y avait qu*à continuer la lutte.

Lorsque les Allemands approchaient de Paris, le Gouvernement provisoire avait envoyé une délégation à Tours, pour diriger les départements et chercher à se mettre en communication avec la capitale investie. Elle se composait de directeurs et d'employés subalternes de tous les mmistères. Les membres du Gouvernement que l'on mit à la tête de cette délégation étaient d'abord MM. Crémieuxet Glais-Bizoin, auxquels se joignit bientôt l'amiral Fourichon.

A la nouvelle de l'entrevue de Ferrières et de son résultat, la délégation de Tours adressa, le 24 septembre, aux Français la proclamation suivante :

« Avant l'investissement de Paris, M. Jules Favre a voulu voir le comte de Bismarck pour savoir quelles sont les intentions de l'ennemi. Voici quelle est la [déclaration de l'ennemi :

« La Prusse veut poursuivre la guerre et réduire la France au rang d'une puissance de second ordre.

(( En s'appuyant sur le droit de conquête, la Prusse demande l'Alsace et la Lorraine avec Metz.

(( Pour consentir à un armistice, la Prusse ose demander la remise de Strasbourg, de Toul et du Mont-Valérien.

« Paris indigné s'ensevelira plutôt sous ses ruines. A des exigences aussi arrogantes, on ne peut répondre que par la lutte à outrance.

(( La France accepte cette lutte et compte, pour cela, sur tous ses enfants. »

Le comte de Bismarck répondit à cette proclamation dans une dépêche-circulaire diplomatique datée de Ferrières, le 1" octobre. Il s'attachait exclusivement à réfuter l'assertion de la proclamation que la Prusse voulait réduire la France à être une puissance de second ordre. Le territoire, disaitil, que l'Allemagne demande à la France avec Metz et Strasbourg, égale à peu près en superficie les provinces de Nice et de Savoie, que la France ne possède que depuis i 860,

sans qu'elle fût pour cela, avant cette annexion, une puissance de second ordre. L'Alsace et la Lorraine allentande ne renferment pas un million d'habitants de plus que Nice et la Savoie. La France avait, en 1860, 38 millions d'habitants, sans compter l'Algérie, et 42 millions avec l'Algérie, a qui fournit actuellement une partie importante des forces françaises » (les pauvres turcosl). Gomment la perte de moins d'un million d'âmes pourrait^lle réduire la France au rang de puissance de deuxième ordre ?

Les négociations étaient provisoirement rompues. Thiers continuait son voyage diplomatique. — Lorsque Bismarck envoya sa réponse du V octobre, les places fortes de Toul et de Strasbourg étaient déjà tonibées au pouvoir des Allemands.

VIIL — Prise de Toul.

A la fin d'août arrivèrent d'Allemagne en France la IT division d'infanterie allemande, Schimmelmann, ainsi que la 17* brigade de cavalerie, Rauch, et la 2* division active de landwehr (brandebourgeoise), général Selchow. Ces troupes furent réunies en un corps d'armée, 13* corps allemand, sous les ordres du grand-duc de Mecklenbourg- Schwerin.

Le 13* corps fut employé jusqu'au 10 septembre à l'investissement de Metz, et il reçut ce jour-là l'ordre de couvrir les derrières de l'armée qui marchait sur Paris, en occupant Reims et Ghftlons, et d'attaquer la place de Toul.

Le grand-duc de Mecklenbourg dirigea sur Reims sa division de landwebr, avec le 17* régiment de dragons et deux batteries légères. D marcha ensuite sur Toul avec le reste de l'artillerie du corps d'armée, la 17* division d'infanterie, le 18* dragons et le 11* uhlans. Il arriva devant la place le i 2 septembre au soir.

On ne ponvait entreprendre un siège en r^le, avant Varrivée des pièces de siège qui devaient venir de Cologne et de Magdebonrg. Le grand-duc se borna donc, en lesattendant, à resserrer le cerele de l'investissement et à inquiéter la {daoe avec son artillerie de campagne.

La ville était commandée par le chef d'escadrons Huck ; elle avait environ 2,S0O honunes de garnison, en grande partie des gardes mobiles, et 192 bouches à feu, dont 48 rayées.

Par un décret, daté de Meaux le 16 septembre, le roi de Prusse institua un nouveau gouvernement général à Reims ; il devait comprendre tous les pays occupés jusqu'alors par les troupes allemandes, en dehors des gouvernements généraux de l'Alsace et de la Lorraine. Le grand-duc de Mecklenbourg en fut nommé gouverneur général. Il se rendit en conséquence à Reims et donna au général de Schimmelmann le commîftidement des troupes devant Toul.

Schimmelmann établit sur le mont Saint-Michel, situé au nord de la place et la dominant complètement, trois batteries de 6 rayé qui bombardèrent la ville ; rartillerie de la place leur répondît vivement mais sans effet. Dans l'aprèsmidi du 18 septembre, Toul fut bombardé pendant deux heures par sept batteries de campagne. Le 19, Schimmelmann reçut l'ordre d'envoyer à Châlons la 33* brigade d'infanterie (Kottwîtz) et le ir régiment de uhlans.

Il ne conservait plus devant Toul que les deux r^ments d'infanterie mecklenbourgeois n"** 89 et 90, le bataillon de chasseurs mecklenbourgeois n* 14, le 18* dragons, 4 batteries de campagne et 2 compagnies de pionniers.

Le 20 septembre arrivèrent les pièces de siège attendues, 10 de 24 rayé et 16 de 12 rayé.

Le 21 les Allemands choisirent l'emplacement des batries de siège qui devaient entourer Toii d'un vaste demicercle au nord de la ville, partant de Mansuy à l'est, suivant les pentes du mont Saint-Michel et du mont de Barine, et se terminant à l'ouest à la route d'Ecrouves. Le 21 et]e22y on construisit les dépôts de batterie ; le 22 au soir, les

pièces de siège furent amenées en arrière des batteries projetées, et, à la nuit tombante, on construisit cea baUeriee sans être inquiété par les assiégés.

Le 23 au matin, les batteries étaient achevées et armées,et le bombardement commença aussitôt, appuyé .par les batteries de campagne.

Le grand-duc de Mecklenbourg était venu de Reims pour assister à ce spectacle.

À 9 heures du matin, le feu était déjà dans Toul, et une heure plus tard il s'y déclarait trois foyers dlncendie. Les assiégés répondaient sans rel&che, mais avec mesure. A 11 heures, ils incendièrent les- faubourgs de Mansuy à l'est et de Saint-Evres à l'ouest, qui étaient occupés par les Mecldenbourgeois. Dans la ville même, ils ne furent bientôt plus maîtres du feu qui les gagnait, et, à 4 heures, le commandant fit arborer le drapeau blanc sur Tune des tours de la cathédrale.

Le grand-duc de Mecklenbourg, qui avait observé le booihardement du mont de Barine, envoya aussitôt à la porte de France son chef d'état-major, le colonel deKrensky. Ce dernier rencontra en route un parlementaire et conclut ensuite sans difficultés la capitulation avec le commandant de la forteresse. On prit pour modèle la capitulation de Sedan, 'Les officiers, mis en liberté sur parole, et les défenseurs qui habitaient Toul avant le siège n'étaient pas prisonniers de guerre^ On introduisit un article d'après lequel le grand-duc de Mecklenbourg aurait le droit de traiter toute la garnison suivant son bon plaisir s'il arrivait, après rentrée des troupes allemandes, un accident oomme celui de Laon le 9 septembre. Cet article semblait d'autant plus opportun que le vainqueur de Laon était également un duc de Mecklenbourg.

La renûse du matériel et le départ de la garnison prison- AÎ^ de guerre eurent lieu le 23 au soir* Les portes et les édifices publics furent occupés en même twips par les tiottpes aUeoMLodes*

Le 24 septembre, le grand-duc entra dans la \iUe conquise, à la tête de tout le corps de siège.

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