X. — Résultats àeB trois premières bataillss devant Metz
da 14 au 18 août.
Le 20 août, le comte de Palikao disait à la Chambre : « Messieurs les députés, les Prussiens ont fait courir des bruits qui tendraient à faire croire qu'ils ont remporté, le 18, sur nos troupes un avantage très-important. Je vais rétablir les faits. Je ne puis pas entrer dans les détails; vous comprenez ma réserve. ( Oui 1 oui I très-bien I trèsbien 1 ) J'ai montré à plusieurs membres de la Chambre des dépêches d'où il résulte qu'au lieu d'avoir remporté un avantage, trois des corps d'armée réunis contre le marchai Bazaine, — d'après des nouvelles dignes de foi, — ont été précipités dans les carrières de Jaumont. ( Trèsbien 1 très-bien 1 ) »
Messieurs les députés ne savaient naturellement pas ce que c'était que les carrières de Jaumont. Les journalistes qui n'avaient pas de cartes assez détaillées se creusèrent la |éte pendant 8 jours à ce sujet. Mais les députés ne s'en inquiétèrent pas ; il leur suffisait de savoir que trois corps
d'armée prussiens avaient été jetés dans les carrières a bien connues » de Jaumont.
Ces carrières de pierres, qui fournissent aux Messins d'excellents matériaux de construction, se trouvent à l'c&l de Roncourt. Nous savons que le 18 il n'y a que l'aile gauche des Saxons qui arriva jusque-là, qu'elle n'y rencontra point de résistance, et qu'elle s'avança ensuite, de concert avec. la garde prussienne, sur Saint-Privat-la-Montagne où les Français résistèrent vigoureusement, mais sans pouvoir faire un retour offensif.
De qui donc le comte Palikao avait-il appris cette nouvelle ? Ce n'était assurément pas de Bazaine dont il avait cependant reçu des nouvelles directes. Bazaine avait pu, en effet, le 18 à 8 heures 20 minutes du soir, télégraphier & l'empereur Napoléon qui était au camp de Chàlons. Dans cette dépêche, écrite à 7 heures du soir, en avant du fort Plappeville, Bazaine disait seulement que l'attaque avait été très-vive, qu'à ce moment, 7 heures, le feu se ralentissait, que le 60« (1) régiment avait beaucoup souffert à Saint- Hubert, et que les troupes françaises avaient conservé leurs positions. Ce dernier fait était du reste complètement exact pour l'aile gauche, et à peu près vrai aussi pour l'aile droite à l'heure où Bazaine écrivait.
Le comte Palikao reçut ce télégramme de Ch&lons dans la nuit du 18 au 19 août.
Le 19, Bazaine ne pouvait plus télégraphier. Il confia à un garde forestier, qui se faisait fort de traverser les lignes prussiennes, un rapport plus détaillé que cet homme devait porter à Verdun d'où il serait ensuite envoyé par le télégraphe à l'Empereur à Chftlons et au comte de Palikao à Paris.
Ce rapport disait :
Ban Saint-Martin, le 19.
a L'armée a combattu hier toute la journée entre Saint-
(1) C'est le 80' et non pas le 60* qui défendait Saint-Hubert.
(Note du traduetewr.)
Privât et Rozereuilles. Le 6' et le 4* C5orps ont seuls fait un changement de front en refusant leur aile droite, pour s'opposer à un mouvement qui s'étendait sur la droite (1) et que des masses ennemies (2) voulaient exécuter à la faveur de l'obscurité. Ce matin, j'ai fait retirer le 2* et le 3« corps de leurs positions (3) ; l'armée est de nouveau formée sur la rive gauche de la Moselle, derrière les forts Saint-Quentin et Plappeville. Les troupes sont fatiguées par des combats incessants qui ne leur ont pas permis de satisfaire leurs besoins matériels ni de prendre deux ou trois jours de repos. Le roi de Prusse était aujourd'hui à Rezonville avec Moltke et tout indique que Tannée prussienne veut investir Metz. Je songe toujours à me retirer au nord sur Montmédy, pour gagner ensuite la route Sainte-Menehould- ChMons, si elle n'est pas trop fortement occupée. Il se trouve à Metz 700 prisonniers qui nous gênent. Je vais proposer un échange au général de Moltke. »
Bazaine disait la vérité le 19 août. D avait fait retirer dans la matinée les corps qui avaient conservé leurs positions le !8, et il occupait une nouvelle position concentrée sous la protection des forts Plappeville et Saint-Quentin, position qui s'étendait du Sansonnet à droite à Longevilleles-Metz à gauche, sur un front de 5,000 pas seulement. Il avwt des postes avancés devant l'aile droite à Woippy et à la Maison-Rouge ; devant l'aile gauche à Sey, Chazelles, Moulins-les-Metz ; son centre était couvert par les forts Plappeville et Saint-Quentin.
Bazaine s'était donc laissé investir. Pourquoi ? Ce n'était certainement pas parce qu'il croyait avoir été vainqueur le 18 août. Il avait été forcé de replier son aile droite, ce qui faisait sans aucun doute perdre un avantage à sa position.
Qu'il pût livrer avec chance de succès, le 19 ou même le 20, une nouvelle bataille dans la position Amanvilliers-"
(i) Vue du côté des Français.
(2) Les àSaxons.
(3) Leipzig, Moscou, Saint-Hubert, Rozereuilles.
RozereuiUes, Bazaine ne le croyait pas. Son besoin le plu$| impérieux, c'était de donner du repos à ses hommes.
Il parlait encore de son espoir de pouvoir se retirer sur Montmédy, peut-être le 22, peut-être le 23, après avoir fait; reposer ses troupes. Mais il n'en parlait point avec assi^»' rance. Cette espérance lui était certainement permise, puis^ que les Prussiens pouvaient commettre des fautes en opé* rant Tinvestissement, par exemple s'étendre trop loin ou s'afifaiblir par des détachements. Pourquoi donc était-ilimrJ possible de se faire jour sur Montmédy, bien qu'il ne fallût' pas songer h le faire sans combattre? Mais cette espérance était bien faible, inème chez Bazaine qui ne pouvait pas connattre très-exactement la situation. En général, un malheur soutenu n'est pas fait pour élever le moral d'une armée et, ce que Bazaine n'avait pas pu faire avec 120,000 combattants, comment l'obtiendralt-il avec 80,000, 90,000 au plus ?
La dépêche de Bazaine n'apportait donc certainement pas de bonnes nouvelles pour la France,
Le brave garde forestier tint parole, mais il ne put arriver à Verdun que le 22 août dans la matinée. Le commandant de cette place télégraphia aussitôt la dépêche à l'Empereur et au comte de Palikao, Ce dernier la reçut à 10 heures du matin, et dans l'après-midi du 22 il fit au Corps législatif l'allocution suivante :
« Messieurs les députés, vous avez pu lire ce matin dans le Journal officiel une note que le Gouvernement y avait fait insérer (1). Cette note était ce matin l'expression de la vérité et nous l'avons publiée pour tenir notre promesse de vous dire toujours toute la vérité^ quelle que soit l'excitation qu'elle puisse causer dans le public. (Très-bien 1) Depuis que cette note a été publiée, j'ai reçu des nouvelles du maréchal Bazaine. (Mouvement.) Ces nouvelles sont bonnes.
(1) Cette note disait que le Gouvernemept n'avait pas reça d'autres nouvelles et qu'il en fallait conclure que le « plan » de Bazaine n'était pas encore en voie d'exécution.
e ne puis vous les communiquer. Vous en comprenez la aison. » (Oui 1 Oui I Très-bien I Très-bien 1)
Le comte de Kératry demande de quelle date sont ces louvelles.
Palîkao répond : du 19.
Kératry denaande encore si ces nouvelles sont de Bazaine
ui-même.
(( Oui, répond Palikao, et il ajoute : Messieurs, ces nouvelles montrent chez le maréchal Bazaine une confiance que je partage parce que je connais sa valeur et son énergie, îe puis ajouter, sans cependant entrer dans des détails qui loucheraient aux événements de guerre, que les travaux de défense de Paris sont poussés avec la plus grande activité, et que nous serons bientôt prêts à recevoir quiconque aurait emie de se présenter devant nous. » (Vives marques d'approbation.)
On peut se demander quel mal il en serait résulté si Palikao avait lu textuellement la dépêche de Bazaine. En tout cas, personne n'en aurait retiré autant de confiance que Palikao ; peu de gens auraient pris pour une assurance fornielle une espérance indécise, et auraient par suite trouvé bonne la nouvelle envoyée le 19 août. Cependant elle n'é- UVit pas absolument mauvaise.
A.U quartier général allemand, on comprenait la situation telle qu'elle était réellement, c'est-à-dire que Bazaine et son armée étaient dès à présent investis dans Metz et qu'il était possible de les y maintenir jusqu'à ce qu'ils se rendissent. Mais on alla encore plus loin : on crut pouvoir contenir Bazaine avec moins de forces qu'on n'en avait réuni dans la bataille du 1 8 août. Par suite de cette idée et de l'arrivée prochaine d'autres renforts venant d'Allemagne, on forma, 1^ 19, une nouvelle armée allemande, la quatrième, dont la deuxième armée fournit les éléments.
La quatrième armée, composée des 4* et 12* corps et de '^ garde prussienne, fut placée sous les ordres du prince foyal de Saxe et reçut pour mission d'opérer contre Mac-
Mahon et sur Paris, conjointement avec l'armée du prince royal de Prusse.
Nous nous occuperons surtout dans la troisième partie, des opérations de ces deux princes royaux.
II restait devant Metz et contre Bazaine la première armée Steinmetz, avec les 1®', 7* et 8* corps, et la deuxième armée, avec les 2% 3% 9* et 10* corps, c'est4i-dire 7 corps d'armée ce qui donnait, avec les divisions de cavalerie, et malgré les pertes éprouvées dans les dernières batailles, environ 180,000 ou au moins 170,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 630 bouches à feu.