I. — Bataille de Noisseville, 3i août et !•' septembre
Lorsque les troupes destinées à former l'armée du prince qral de Saxe quittèrent les environs de Metz, les forces qui istaieul devant Bazaine reçurent aussitôt de nouveaux ciforts : c'était la forte division du général Kunmier qui se cnposaît d'une brigade d'infanterie de ligne et de la divim de landiirehr Schuler de Senden, et qui venait d'arriver Ailemagne.
Le prince Frédéric-Charles, générai en chef de l'armée investissement, n'avait pas le dessein de se rendre maître iMetz par un siège en r^le* Il était impossible d'un Are c6té de bombarder la place tant que les Français oo- (leraient les forts détachés ; mais les ^emands pouvaient tendre avec assez de certitude les e&éts de la faim. Ils se contentèrent donc d'investir la place et de l'obsert ; ils construisirent des redoutes afin de couvrir avec des Kes relativement restreintes chaque point de l'inunense ;ne d'investissement, et de pouvoir disposer en arrière de Ites réserves pour suivre immédiatement Bazaine dans Blqae direction qu'il réussit à se faire jour. Aux ponts qui existaient déjà au-dessus de Metz, ils en ignirent un autre au-dessous de la ville à Hauconcourt,
où il n'y avait qu'un gué, afin de compléter les communie» tions entre les troupes d'investissement sur les deux rive de la Moselle.
Pendant que les armées de Mao-Malion et du prince rod de Prusse opéraient Tune contre l'autre dans rArgonneel sur la Meuse, il était vraisemblable que ce serait dans b direction de l'ouest ou du nord-ouest que Bazaine chercherait à se faire jour. Si Bazaine essayait de percer dans une autre direction quand Mac-Mahon marchait vers lui, cetii tentative ne pouvait être prise que pour une démonstration, ayant pour but d'attirer les forces allemandes sur la rirt droite de la Moselle et de rendre ainsi plus facile à )b^ Mahon de battre complètement les troupes qui resteraient sur la rive gauche.
En conséquence, la situation des Allemands sur la nn gauche était, à la fin d'août, beaucoup plus forte que sur li rive droite.
Le 8* corps d'armée, soutenu par la 3* division de ca lerie, occupait les deux rives de la Moselle au-dessus Metz ; ses postes d'observation s'étendaient sur la rive jusqu'à la Seille, et sur la rive gauche jusqu'au boL< Plénois. Les postes avancés du 10* corps se joignaient ce point à l'aile gauche du 7* corps et allaient ensuite ja^ la Moselle au-dessous de Metz.
Derrière ce rideau se tenaient concentrés trois corps mée, également prêts à faire front contre Bazaine ouco Mac-Mahon s'il arrivait ; c'étaient : le 3* corps sur la de Doncourt et Ck)nflans ; le 2* sur la route de Briej ; entre cette route et celle de Thionville.
Sur la rive droite de la Moselle, le V corps occupai deux côtés de la route de Strasboui^ et donnait la main détachements de l'aile droite du 8* corps ; puis le 1' sur les routes de Sarrebruck et de Sarrelouis, et en division Kummer, sur la route de Bouzonville et sur la selle au-dessous de Metz, se reliant avec le 10* corps pont de Hauconcourt.
II pouvait y avoir sur la rive droite 70,000 homm
siir la rive gauche, 120,000 hommes d'infanterie et decava^ lerie.
Le prince Frédéric-Charies avait sous ses ordres son armée, la deuxième, et en outre Tannée du général Steinmetz, k première. Son quartier général était à Malancourt, sur la rive gauche de la Moselle, sur le terrain des cantonnements du 9* corps d'armée.
Un investissement tel que le voulait le prince FrédériclaAes occasionne toujours des fatigues ; il faut que les lommes soient constamment prêts à marcher et à combattre ; k n'ont pas les distractions que procurent les marches, arement même l'excitation du combat si l'ennemi reste ranquille ; ils sont en outre nécessairement soumis à de Dmbreoses privations dans une contrée promptement épuiëepar une aussi grande agglomération de troupes, et Kites ces circonstances réunies ne sont pas très-propres à laintenir les troupes fraîches.
E^rovisoirement néanmoins, les Allemands eurent assez à lire ; il leur fallut construire des retranchements pour prôner leurs positions. Gomme ils n'emportent pas de tentes I campagne et que l'automne était venu, ils b&tirent des dites pour se garantir de la pluie et de la fraîcheur des Bits.
'Un grand travail fut ensuite entrepris et son exécution iDtribua plus ou moins directement à occuper les troupes. Dès le début de la guerre, l'état-major général prussien mit admis l'hypothèse que Metz pourrait résister longtops et retenir ^us ses murailles des troupes considéliies, pendant que d'autres armées opéreraient dans la kection de Paris. Metz interrompait alors les conununi- Ibons par voies ferrées de ces dernières troupes avec la koUère prussienne. On songea jk)ur ce motif à établir ces lunications au moyen d'un chemin de fer de campagne,
li'on chercha dès la première quinzaine d'août quel serait ce de ce chemin. On adopta la ligne de Rémilly, sur Chemin de fer de Sarrebruck, à Pont-à-Mousson, sur le %anin de Metz à Frouard ; sa longueur était en ligne droite
d'environ 30 kilomètres et, avec les détours, de 37 kilo mètres. Le 14 août, jour du combat de Borny, les employé de deux divisions de chemin de fer de campagne commen cèrent la reconnaissance du terrain et les nivellements, e les travaux furent entrepris le 17 août sur plusieurs point* à la fois.
Les Allemands y employèrent deux divisions de chemins de fer de campagne (450 hommes), quatre compagnies de pionniers de places (800 hommes), 3,000 mineurs des houillères de Sarrebruck que les événements de la guem laissaient sans ouvrage, un parc de 2S0 voitures auxquelles se joignirent bientôt les 84 voitures des deux trains de pontons du V et du 8* corps d*armée. Un escadron de cavalerie fut attaché au corps de travailleurs et chargé du ser\ ice de$ patrouilles et des réquisitions.
A mesure que les ouvriers arrivaient sur les divers chantiers, ils y construisaient des baraques et des dépôts; le parc de voitures conduisait sur la voie les ustensiles et !e matériel. Le poids du matériel nécessaire à rétablissement de la voie s'éleva à 173,000 quintaux.
Il fut construit quatre ouvrages d*art : deux ponts, sur la Seille et la Moselle, et deux viaducs œtre Remâly etBechr.
Bien qu'on ne reculât pas devant des pentes de 1/40 el des courbes de 250 pas de rayon, il n'en fallut pas mois>) par suite du relief du terrain, des tranchées et des remblai parfois considérables. Le 23 septembre, le chemin de était terminé et une locomotive le parcourut dans toute longueur. L'exploitation conmiença le 26. Les travai avaient été suspendus pendant cinq jours à cause de pi violentes.
Bazaine resta tranquille depuis le 19 aoûl jusqu'au nier jour du mois. Ses troupes avaient d'abord grand besoi de repos, et elles campèrent, sous la protection des to\ détachés, séparées de la garnison de la place. Les comm nîcations de Bazaine avec l'extérieur n'étaient pas compi' tement coupées, puisque des hommes entr^renantset naissant bien le pays réussirent à traverser les lignes p
siennes^ soit pour entrer dans la place, soit pour en sortir ; mais ces communications étaient fort incertaines. Quoi qu'il en soit, d'après ce qu'il savait, Bazaine pouvait tdmettre que si Mac-Mabon réussissait à faire son mouvement il serait aux environs de Metz à. la fin d'août.
D résolut, en conséquence, de faire, le 31, une grande sortie sur la rive droite de la Moselle. Elle ne pouvait avoir d^autre but que d'attirer les troupes allemandes de la rive gauche sur la rive droite afin de faciliter la victoire de Mac-Mahon sur la rive gauche. L'attaque sur la rive droite fut confiée aux corps de Canrobert et de Lebœuf, qui se déployèrent derrière le fort Saint-Julien et à Test du fort Bellecroix.
La garde et le 4* corps, Ladmîrault, restèrent sur la rive gauche afin de donner la main à Mac-Mabon si ce marécbal attaquait.
Le 2* corps, Frossard, servait de réserve aux troupes de la rive droite.
L'attaque des Français porta d'abord sur la division Kmmner et le !•* corps (Manteuflfel).
Ces troupes étaient disposées, le 30 août, de la manière suivante :
La brigade de ligne de la division Kmnmer de Malroy à Charly, avec un détacbement au cbÂteau de Hupigny ; la division de landwehr en réserve derrière la ligne; le quartier général du général Kummer était à Olgy, sur la route de ThionviUe ;
Du i"* corps, la 1'* brigade d'infanterie occupait le fh)nt Failly-Servigny-Noisseville ; la y brigade était en réserve à Test de Frémy , oiji se trouvait aussi le quartier général du général Bentheim, clief de la 1'* division d'in&nterie ;
La 4* brigade d'infanterie, sur le front Colconbey-Aubigny, Ars-Laquenexy, Mercy-le-Haut ; la 3* brigade derrière, à Gourcdles-sur-Nied, avec le quartier général du général Pritzelviritz, commandant la 2* division ; ^
L'espace oomprius entre la pramère et la deuûème division, de Noisseville à Colombey, par Montoy, était couvert
par les deux régiments de cavalerie divisionnaire du 1*' corps, 1" et 10* dragons ; La réserve d'artillerie du 1" corps étsûtà Sainte-Barbe.
Le 31 août, à 7 heures et demie du matin, les postes d'observation prussiens aperçurent, des hauteurs de Sainte- Barbe, le déploiement des Français, Cependant, ces derniers n'attaquèrent, dans la matinée, qu'avec des avantgardes : d'une part, la division Kummer ; de l'autre, la division Pritzdwitz.
A 9 heures du matin, les Français parurent devant Colombey et forcèrent le détachement prussien qui l'occupait à évacuer ce village ; en revanche, les Prussiens se maintinrent dans Aubigny et Mercy-le-Haut. Sur ce point, les Français abandonnèrent leur attaque à midi et le conoibat cessa pendant plusieurs heures.
A 10 heures et demie du matin, la cavalerie française, avec une batterie, s'avança contre la division Kummer; cette attaque fut promptement repoussée par l'artillerie prussienne, et, à partir de ce moment, le canon du fort Saint-Julien dirigea seul son feu contre le front de la di\ision Kummer.
Comme des forces françaises considérables s'étaient massées, dès le matin, sur la route qui va du fort BeUecroix à la ferme de Bellecroix, où bifurquent les routes de Sarrebruck et de Sarrelouis, le général Manteuflel supposait que l'attaque principale viendrait de cette direction.
n ordonna donc de porter des forces importantes sur les routes de Sarrebruck et de Sarrelouis.
La 3« brigade d'infanterie, Memerty, de la division Prit^ zelwitz, dut marcher de Courcelles-sur-Nied à Puche, sui| la route de Sarrebruck, avec deux batteries de la même division ; la 3* division de cavalerie envoya la 6* brigade, ââ Pouilly à Retonfay, entre les routes de Sarrelouis et m S«rrebruck ; le général Kummer reçut l'ordre de déta< cher à Sainte -Barbe un régiment de cavalerie et uni batterie.
En même temps, Manteuffel informait le prince Frédéric-^ Charles et le général Steinmetz de ce gui se passait, et des mesures qu'il avait prises.
Le général Steinmetz ordonna, en conséquence, que toute la 3® division de cavalerie se portât sur Retonfay, et il envoya la 28* brigade, du T corps, de Pouilly à Courcelies-sur-Nied, où elle arriva vers 3 heures et demie, lorsque le combat était suspendu.
La marche des événements confirmant le général Manteuffel dans sa première idée, il avait fait manger la soupe aux troupes de la 1'* division d'infanterie qui avaient cessé de combattre ; il pensait que les attaques du matin contre le firont de Kununer et de Pritzelwitz étaient de fausses attaques que suivrait probablement une grande attaque sur le centre.
Lorsqu'il vit que les Français continuaient à concentrer des troupes à la ferme de Bellecroix, Manteuffel fit avancer la 3* brigade d'infanterie de Puche à Retonfay et la division Schuler de Senden sur Sainte-Barbe, pour servir de réserve à la division Bentheim.
A 3 heures de l'après-midi, les Français attaquèrent, de Saint-Julien et de Bellecroix, les troupes établies par Manteuffel sur la ligne Failly-Servigny-Montoy.
Le canon du fort Saint-Julien et quelques batteries de campagne, placées au sud de ce fort, ouvrirent le feu contre la 1" division prussienne, établie de Servigny à FaiUy. Les Prussiens leur répondirent d'abord avec les quatre batteries de cette division, qui furent bientôt renforcées par une batterie à cheval et deux batteries à pied de la réserve du 1*' corps. Ces deux dernières s'établirent à l'ouest de Servigny, sur le flanc de la position de l'artillerie française ; la batterie à cheval se plaça plus au nord, à Poix. Les sept batteries prussiennes tirèrent jusqu'à S heures du soir sans quitter ces positions ; elles s'avancèrent ensuite et forcèrent les batteries de campagne françaises à se retirer.
Un peu après 3 heures, Lebœuf marcha de la ferme de Bellecroix sur Montoy, pendant que son aile droite mena-
çait à la fois Golombey et Aubigny. Sur le flano gauche de Lebœuf, des fractions du corps Canrobert remontsdeai la vallée du ruisseau de Vallières jusqu'à Nouilly et NcôsseviJle.
Lorsque Taile droite de Lebœuf attaqua Aubigny, la 28* brigade d'infanterie qui, depuis 3 heures et demie, faisait la soupe à Courcelles-sur-Nied, reçut Tordre de venir au secours de la 4" brigade. Elle prit la route de Laquenexy, mais elle arriva trop tard pour s'engager, parée que les Français suspendirent bientôt le combat à Aubigny pour porter toutes leurs forces sur NoisseviUe et Servigny.
La colonne principale de Lebœuf rencontra à Montoy la 3* brigade prussienne, Memerty, avec laquelle elle engagea une vive fusillade.
Pendant ce combat, les Français sortirent vers 5 heure? de la vallée de Vallières et attaquèrent Noisseville, qui n'était défendu que par un bataillon prussien de la 1" brigade. Ce bataillon évacua Noisseville après une longue résistance et se retira sur Servigny.
Les tirailleurs français occupèrent alors les coIlinè> vignobles au nord de Noisseville et dirigèrent de là un feu bien nourri contre les batteries prussiennes qui s'étaient avancées, vers 5 heures, de Servigny dans la direction de Saint-Julien jusqu'aux hauteurs situées au nord de Nouilly. Le feu des chassepots força l'artillerie prussienne de revenir à Servigny, où elle reprit position pour couvrir la retraite du bataillon chassé de Noisseville.
Sous la protection de la garnison de Noisseville et de la nuit tombante, des batteries françaises s'avancèrent ensuite jusqu'à May et Nouilly et couvrirent de shrapnels l'artillerie prussienne qui occupait Servignj . Cette artillerie conserva néanmoins ses positions et dirigea même une partie de son feu sur Noisseville.
A la même heure, 8 heures du soir environ, le combat de feux que soutenait de front la brigade Memerty se ralentit. Gda permit à Memerty de s'occuper de ses ailes^ et il
en profita pour attaquer Noîsseville, d'où il réussît à déloger les Français.
Le combat cessa vers 9 heures du soîr ; les Français semblaient s'être retirés sur tous les points. Pour être prêt à tout événement, ManteufFel conserva sous les armes toutes les troupes de sa première ligne ; il renvoya dans leurs bivouacs la 2* brigade d'infanterie et l'artillerie de réserve du !" corps, mais il rapprocha du front la division de landwehr Schuler de Senden qui n'avait pas encore combattu, en la portant de Sainte-Barbe à FaiUy et Poix.
A 10 heures du soir les Français attaquèrent de nouveau par surprise. Leur aile droite s'avança par Montoy jusqu'à Flanville et Puche, se porta ensuite à gauche et attaqua presque en même temps Retonfay et Noisseville. La brigade Memerty fut forcée d'abandonner à la hâte ses positions et de se retirer au nord sur Château-Gras.
L'aile gauche française s'était jetée en même temps sur Senigny, Poix et Failly. La lutte s'engagea autour de ces villages avec des succès divers, et Servigny notamment fut pris et perdu à plusieurs reprises ; la brigade de la Prusse Occidentale dut aller soutenir à Failly la division de landvehr. Lorsque le combat cessa entre onze heures et minuit, Servigny, Poix et Failly restaient au pouvoir des Prussiens, tandis que Noisseville, Flanville, Montoy et Retonfay étaient occupés par les Français.
Le prince Frédéric-Charles avait reçu de bonne heure, le 31 août, à son quartier général de Malancourt, les rapports des postes d'observation qui l'informaient de mou-< vements extraordinaires dans les camps français ; et ces rapports lui apprirent bientôt à n'en pas douter que les Français préparaient une attaque sur la rive droite de la Moselle.
Pour cette éventualité, le général Voigts-Rhetz, chef du 10« corps d'armée, avait reçu d'avance l'ordre de faire passer sur la rive droite, par le pont de Hauconcourt, ses troupes disponibles qui n'occupaient pas la ligne d'inves-
tissement. Voigts-Rhetz s'était aussitôt conformé de luimême à cette instruction.
Le prince donna ensuite des ordres plus précis, entre 8 heures et demie et 9 heures et demie du matin. Le général de Manstein, commandant le 9* corps, devait masser à Pierrevillers la 25' division (hessoise), et la 18' (Wrangel) à Roncourt, où se tiendrait égalementrartillerie de réserve du corps. Le 2® corps, Fransecky, devait se concentrer entre Rriey et Auboué ; le 3" corps, Alvensleben, marcherait de Doncourt et de Conflans sur Saint-Privat-la-Montagne.
Le prince Frédéric-Charles se trouvait à 11 heures du matin sur le Horimont, au nord de Fèves, à 570 pieds audessus de la vallée de la Moselle. Comme on apercevait de cette hauteur des envois continuels de troupes françaises sur la rive droite de la Moselle, le prince envoya directement, à 11 heures 35 minutes, à la 25' division Tordre de passer sur la rive droite par le pont de Hauconcourt, et d'aller à Antilly se mettre à la disposition des généraux Kummer et Manteuffel.
La division hessoise arrivait à Antilly vers 2 heures el demie du soir et se déploya au sud du village. Lorsque la division Schuler de Senden marcha sur Sainte-Barbe pour soutenir la 1" division prussienne, le général Kummer demanda, vers 5 heures du soir, à la division hessoise de marcher sur Charly et Rupigny.
Le prince Louis de Hesse fit alors occuper par la 50* brigade, l'angle du bois de Failly à Test de Charly, pendant que la 49* brigade se plaçait en réserve entre Charly et Antilly. Nous avons déjà vu qu'aucune attaque n'eut lieu sur ce point. La 50* brigade conserva sa position pendant la nuit du 1" septembre; la 49* brigade bivouaqua au sud d'Antilly.
Le général Voigts-Rhetz reçut dans l'après-midi Tordre de rappeler sur la rive gauche les troupes qu'il avait envoyées sur la rive droite de la Moselle. La division hessoise devait au contraire rester sur la rive droite, et le prince
Frédéric-Charles ordonna le 31 août, à une heure et demie de Vaprès-midi, de former sur la rive gauche des réserves prêtes à passer sur la rive droite si le combat, assoupi vers midi, venait à se réveiller.
Ces réserves furent formées de la 18* division et de l'artillerie de réserve du 9^ corps qui devaient faire la soupe à Roncourt, et du 3* corps qui devait manger à Saint-Privatla-Montagne.
Par contre, le 2* corps reçut à une heure et demie Tordre de suspendre son mouvement de concentration, précédemment ordonné, et de reporter ses postes avancés à Longuion et Aumetz, sur les routes de Montmédy et de Longwy.
On pouvait mieux juger de THorimont que de la rive droite elle-même la marche des combats qui se livraient sur cette rive. L'état-major du prince Frédéric-Charles observa que les Français étaient loin d'engager dans les combats de Vaprès-midi toutes les forces qu'ils avaient concentrées à SaintnJulien et Bellecroix. Il fallait en conclure que Bazaine voulait remettre au 1*' septembre son attaque principale
Afin d'avoir sur la rive droite dans la matinée du 1" septembre les forces nécessaires pour repousser cette attaque, le prince Frédéric-Charles envoya à Roncourt, à 7 heures 35 minutes du soir, l'ordre au général Manstein de marcher sur Sainte-Barbe par Marange et Hauconcourt avec la 18* division et son artillerie de réserve.
Manstein reçut cet ordre à 9 heures et demie du soir. U se mit aussitôt en marche et lui-même prit la tête avec le 6* dragons. U avait à faire une marche de nuit de 3 milles allemands (22 kilomètres), en partie dans de très-mauvais chemins, et l'on peut citer comme un fait remarquable qu'il arriva le 1*' septembre à Sainte-Barbe à 4 heures du matin, moms de 7 heures après avoir reçu l'ordre de se mettre en mouvement. L'infanterie et l'artillerie étaient fort en arrière et se reposèrent à Hauconcourt.
Le général d'Alvensleben II, qui était le soir à Saint- Privat et Saint-Ail avec le gros de son corps d'armée, avait détaché la 5* division à Marange,
Il faisait un brouillard épais dans la matinée du 1*' s^ tembre et Ton n'apercevait d'une hauteur que le sommet des hauteurs voisines.
On entendit de bonne heure au quartier général du prince Frédéric-Charles le bruit sourd du canon dans la direction du nord-ouest ; c'était celui de la bataille de Sedan, éloignée de Malancourt d'environ 104 kilomètres. Peu de temps après, la bataille commençait sur la rive droite de la Moselle.
Le prince ne reçut que le matin les rapports de Manteuffel sur l'attaque de nuit des Français ; et ensuite la nouvelle de la reprise du combat.
Avant de quitter Malancourt, le prince envoya l'ordre au général Yoigts-Retz de repasser sur la rive droite de la Moselle avec ses troupes disponibles pour appuyer Kummer et Manteuffel. Pour couvrir la rive gauche, le général Alveosleben, commandant le 3' corps, devait envoyer la S* division de Marange sur Mézières et l'artillerie de réserve de Saint-Ail sur le même point. Ces troupes se mirent en marche à 9 heures.
A huit heures passées le prince était revenu sur l'Hori* mont. A 9 heures un quart il envoya par le télégraphe au général Zastrow, commandant le 7" corps, l'ordre de ne laisser qu'une brigade sur la ligne d'investissement, et d'employer le reste de son corps à soutenir l'aile gauche de Manteuffel. Gœben devait de son côté rapprocher de la rive gauche de la Moselle les réserves du S"" corps, afin de pouvoir les employer, le cas échéant, à garder toute la ligne de Zastrow, en rendant ainsi disponible tout le 7* corps pour la bataille.
Kummer devait se tenir prêt à soutenir l'aile droite de Manteuffel dès que les troupes disponibles du 10* corps sd* raient arrivées derrière ses lignes.
A 4 heures du matin, Manteuffel donna l'ordre d'attaquer, n s'agissait d'abord de reprendre les villages que les Français avaient occupés pendant la nuit, particulièrement Noisseville.
La brigade Hemerty marcha la première contre ce village, mais elle ne put faire aucun progrès et dut au contraire se contenter d'empêcher Tennemi de déboucher hors du village,
Lorsqne le générai Manstein arriva à Sainte-Barbe, il convint avec Manteuffel de faire marcher aussitôt sur Sainte- Barbe la 49* brigade d'infanterie et la 25' brigade de cavalerie (hessoise), ainsi que l'artlUerie de réserve du 9* corps ; la SO* brigade qui occupait le bois de Failly devait aller également à Sainte-Baribe dès qu'elle serait relevée par Tarrivée de la 18* division (Wrangel) derrière la ligne de Kmmner.
A 8 heures du matin, la 49* brigade d'infanterie arriva à Sainte^arbe avec 5 batteries d'artillerie à pied ; elle y fut bi^tôt rejointe par la 25"" brigade de cavalerie avec sa batterie à cheval et, à 9 heures et demie, par l'artillerie de réserve dû 9* corps.
A 6 heures du matin, la 18" division arrivait à l'aile gauche de la position de Kummer. La 36* brigade, Below, qui était tète de colonne, fut aussitôt envoyée au bois de FaiUy pour y relever la 50* brigade qui se rallia et marcha sur Sainte-Barbe. Elle n'y arriva qu'à 11 heures du matin. La 35* brigade d'infanterie, Blumenthal, fut placée en résenf au nord de Charly.
Bisons immédiatement que, dans la matinée, le 6* dragons arrivé avec Manstein et, plus tard, la 2S* brigade de cavalerie furent envoyés à Retonfay, pour y rallier le 1" dragons et soutenir la brigade Memerty.
Dès que Manteuffel fut informé que la 49* brigade d'infanterie était en marche sur Sainte-Barbe, il fit attaquer Noisseville par la 2* brigade d'infanterie, Falkenstein, de la division Bentheim. Le 43* régiment, qui avait la tète, pénétra dans le village vers 8 heures, mais il en fut aussitôt chassé et perdit beaucoup de monde par le feu des mitraiUeases françaises. Manteuffel fit appuyer cette attaque par le 3* régiment, puis par la brigade de Posen de la division de landwehr Schuler de Senden. Trois fois les Prus-
siens pénétrèrent dans Noisseville et trois fois ils en furent chassés.
M anteuffel reconnut alors que l'attaque n'était pas suit* samment préparée par l'artillerie.
Il mit donc en action, sur la ligne de Poix à Ghftteau- Gras, 9 batteries, dont 5 hessoises, à l'aile gauche, devant Sainte-Barbe et à Gras.
Pendant que ces batteries cauonnaient Noisseville, la 28* brigade d'infanterie opérait contre Flanville. A 6 heures du matin, cette brigade s'était portée de Laquenexy surPuche oîi elle plaça deux batteries qui tirèrent sur Flanville. A 9 heures, les Français commencèrent à évacuer ce village: le 53® régiment se lança alors contre eux et les repou^ complètement. La 28"" brigade marcha ensuite sur Coincy, y battit également les Français et prit position à cheval sur la route de Sarrebruck. Elle reçut l'ordre, à 9 heures et demie, de se porter sur la droite pour appuyer Memerty ; mais, au moment où elle voulut exécuter cet ordre, elle fut attaquée de nouveau de'Montoy et forcée de faire front à cette nouvelle attaque.
Un peu après 10 heures, Noisseville était en feu sur plusieurs points. Les Français commencèrent alors à l'évacuer, et l'infanterie prussienne, qui attaqua le village à 10 heures et demie, trouva peu de résistance.
A cette heure, les Français avaient commencé à déployer plus de forces contre l'aile droite des Allemands.
Peu de temps après que la 36* brigade, Below, avait relevé les Hessois au bois de Failly, les Français s'avancèrent sur Failly, Vany et ChieuUes. Le général Wrangel leuropposa son artillerie au bois de Failly ; il porta un régiment de la brigade Belov^ contre le flanc droit de l'ennemi et fit faire à la 35* brigade, Blumenthal, qui était en réserve, mi mouvement sur Rupigny. Après des combats de village acharnés à Failly et Rupigny, les Allemands restèrent maîtres de ces localités vers 10 heures ; les Français se retirèrent d'abord sur Vany-Chieulles ; mais, se voyant ensuite menacés par la brigade Blumenthal et en môme temps par
a brigade de ligne Blankensee, que le général Kummer ivait fait avancer de Charly, ils continuèrent leur retraite sur Grimont.
C'est à ce moment seulement que les réserves, placées 9OUS le fort SainfrJulien, attaquèrent dans la direction de Poix et de Servigny, et cette attaque n'était évidemment destinée qu'à recevoir l'aile gauche qui se repliait. Elle fut iu reste peu énergique, se vit repoussée à Poix par l'artillerie allemande et ne livra de combat d'infanterie qu'à Serûgny.
Entre 11 heures et midi, le fort SaintnJulien ouvrit un feu très-vif contre les Prussiens qui suivaient, de ce côté, les lignes françaises en retraite ; ce feu se tut à 1 heure, parce que les Prussiens ne s'avancèrent pas à portée du canon du fort.
Une attaque dirigée contre Mercy-le-Haut , par un détachement de l'aile droite française, resta sans liaison avec les combats contre le centre et l'aile droite des Allemands. Mercy-le-Haut fut pris par les Français dans la matinée, les Prussiens le reprirent à 1 1 heures et les Français s'en emparèrent de nouveau à midi. Us l'évacuèrent ensuite par ordre après la retraite du centre et de l'aile droite de Bazaine.
Comme le combat avait été suspendu à midi, le 31 août, pour recommencer ensuite dans la soirée, les généraux allemands se demandèrent • s'il n'en serait pas de même le 1" septembre.
Le matin du 1<^ septembre, le général Steinmetz avait
envoyé la 3* division de cavalerie à Pouilly et vers la rive
droite de la Moselle, parce que la nature du terrain et la
situation du combat, sur les routes de Sarrebruck et de
Sarrelouis, s'opposaient à une action efficace de cette cavalerie.
Par contre, le prince Frédéric-Charles ordonna, vers
1 heure du soir, au général Zastrow de marcher, avec tout
î^n corps d'armée, sur Mercy-le-Haut pour appuyer Man-
t'vuffel. Le général Gœben devait faire occuper les positions
de Zastrow, sur la rive droite, par troÎB brigades àuS^corf^ en ne laissant qu'une brigade sur la rive gauche, entre Châtel-Saint-Germain et Jussy. Le général Alvendeber devait faire occuper, par la 6* division d'infanterie, les pcbitions évacuées par Gœben, de ChAtel-^Saint-Germain à Saulny. Dans Taprès-midi, Fransecky devait envoyer à Amanvillers une division du a« corps pour servir de résenr .
A â heures et demie, Tétat-major du prince Frédéric- Charles, placé à Taile gauche, reconnut que les Françai> cessaient le combat, puisqu'ils commençaient déjà à fair* passer des troupes de la rive droite de la Moselle sur la riv gauche. En conséquence, le général Voigt&-Rhetz recul, . 2 heures trois quarts, l'ordre de conserver jusqu'à 5 heum, sur la rive droite, les troupes de son corps d'armée qui n trouvaient, et de revenir alors sur la rive gauche si le combat ne recommençait pas. En mémo temps, le géDé:;^ Alvensleben reçut l'ordre de faire retirer, à 4 heare? fi demie, de Mézières sur Marange et Saint-Ail, la B« d'r. ■ sion d'infanterie et la réserve d'artillerie de son odîid'armée.
Dès que le combat avait cessé dans l'après-midi, Mai!teuffel avait fait entrer en ligne une brigade bessoisse ]x^(>' relever la brigade Memerty qui n'avait pas fait la soupe depuis deux jours. La 28® brigade, Woyna, du T corps, . ' également relevée, dans l'après-midi du 1" septembre, {«• la tète de colonne du corps du grand-duc de Mecklei)bourg-Schwerin, 5 bataillons de la division de landvehr. Selchow, qui venaient d'arriver d'Allemagne. Ces bataillons étaient à midi à Chftteau-Gras, et la 28* brigade Ij'^ renvoyée à Pouilly.
Les Français ne tentèrent pas d'autre attaque le i^ ^t tembfe et restèrent aussi tranquilles le 2. Ce jour-là, l3 division hessoise revint à Pierrevillers, sur la rive gaiiclu'. et la division du 2* corps, qui s'était avancée jusqu'à Amanvillers, retourna à Auboué.
La perte des Prussiens (1" corps division Kumnier. division Wrangel et brigade Woyna) s'élevait à 123 officiers
et 2,870 hommes tués, blessés et disparus. C^Ue des Français n'a pas été déclarée.
IL — Combat de Woippy, 2 et 7 octobre.
Un long repos, à peu près complet, régna devant Metz a partir du 1*' septembre* Le résultat de la journée de Sedan fut aussitôt connu des armées assi^eante et assiégée.
Bazaine ne pouvait plus espérer sérieusement d'être débloqué. Toute tentative de se faire jour devait forcément échoua qnelleque fût la direction dans laquelleon l'essay&t. Bazaiae comptait sur une paix prodiainc et, dans les premiers jours de septembre, il croyait que cette paix pourrait être conclue par la r^noe de l'Impératrice. Il ne renonça pas encore à cette espérance lorsqu'il apprit que la République était proclamée. Il lui importait fort peu que le GÔuvemaoaent provisoire condût la paix ou, ce qui était fort possible, que ce Gouvernement fût bientôt renversé et rempiaoé, à la paix, par un pouvoir ancien ou nouveau. Il aurait à jouer, dans tous les cas^ un rôle brillant s'il réussissait à conserver Metz et son armée jusqu'à la conclusion de bi paix. Son armée restait actuell^nent la seule armée sérieuse de la France. Avec dJe il pourrait, suivant les circonstances, « rétablir l'ordre au profit de la régence », ou, si la France ne walait plus entendre parler de l'Empire, se m^trc lui-même i la tête des affaires, avec l'appui d'une presse facile à gagner, qui ne manquerait pas alors d'élever jusqu'aux nues son génie militaire et ses sentiments tout français.
L'armée de Metz pèserait d'un poids d'autant plus fort à la conclusion de la paix qu'elle serait plus nombreuse et aurait moins souffert. Telle est la cause de l'inaction du marédial auquel l'ancien « chef du Gouviemement j) , avant son dernier pas vers l'abîme, avait confié lui-même le sort de la principale armée française et^ croyait-il-, le sort de la
France. Cette inaction de Bazaine dans les premières semaines de septembre s'explique à merveille, sans qu'il soit besoin de recourir à des raisons plus ou moins ingénieuses, ou d'attendre les déclarations de gens qui n'auront plus tard aucun intérêt à dire sur ce point toute la vérité. Bazaine, sans s'expliquer d'une manière précise sur sa position vis-à-vis de laRépubliqueet du Gouvernement provisoire, évitait de nouer des rapports quelconques avec ce Gouvernement pour ne pas établir de précédent, et il empêcha que ses soldats s'occupassent de cette question.
En calculant les moyens d'existence renfermés dans Metz et sur le territoire occupé par l'armée française, on trom'ait que ces ressources suffisaient largement pour environ quatre semaines ; et, en ajoutant la viande de cheval, le rationnement, et le produit de quelques sorties heureuses, on pouvait doubler le temps pendant lequel on tiendrait contre la faim.
Huit semaines! Mais c'était un siècle dans les calculs de Bazaine 1 — La théorie des guerres de courte durée avec de grandes batailles, théorie qui ne découlait, il est vTai, que des dernières guerres de l'Autriche, était acceptée en Europe, notamment dans les cercles militaires.
Si l'on soutenait que cette théorie n'était vraie qu'autant qu'un peuple entier ne combattrait pas des deux côtés ou seulement d'un seul, on devait s'estimer très-heureux quand on se tirait de là avec la qualification d*imbécilc !
La guerre de 1866 n'avait réellement duré que quatre semaines; il y avait à peu près aussi longtemps, le 1*' septembre, que durait la guerre de i870, — 8 semaines de plusl n'était-ce pas l'éternité? Et parle fait, si l'idée de l'Alsace et de la Lorraine n'avait pas dominé le quartier général allemand, n'est-il pas très-probable que Bazaine aurait eu raison, et que des préliminaires de paix auraient ^té conclus à la fin de septembre ?
Les Allemands supposaient depuis la catastrophe de Sedan que Bazaine pourrait chercher à se faire jour sur Strasbourg. Il est cependant difficile de comprendre ce que
Bazaine eût voulu chercher à Strasbourg et comment il eût pu faire les 163 kilomètres qui séparent Metz de Strasbourg avec le gros de ses forces, poursuivi par les Allemands. En admettant même qu'il réussît à gagner Strasbourg et à débloquer cette place, que pourrait-il faire ensuite ? Rester en place et manœuvrer, il le pouvait bien moins qu a Metz, puisque Strasbourg n'a pas de forts détachés.
Quoi qu'il en soit, les Allemands gardaient maintenant avec une attention particulière la ligne de Metz à Strasbourg ; et le 9 septembre, le prince Frédéric-Charles transporta son quartier général à Corn y sur la rive droite de la Moselle au-dessus de Metz. En même temps le généra) de Steinmetz pria le roi de Prusse de lui enlever le commandement de la première armée pour raisons de santé. On dit que Steinmetz était devenu mécontent d'être général en chef d'une armée qui n'en était plus une et qu'il ne s'entendait pas bien, au-dessus de lui avec le prince et, audessous, avec le général Manteuffel. Le roi accorda la demande du vieux général et le nomma le 12 septembre gouvernetft* générai à Posen des districts des 5« et 6« corps daraiée. Steinmetz prit congé de ses troupes le 15 septembre par un ordre du jour daté de Jouy-aux-Arcbes. Sa place resta provisoirement vacante, mais la première armée fut conservée comme corps séparé, en prévision des événements futurs.
Les Allemands profitèrent du repos que leur laissait Bazaine pour resserrer leur ligne d'investissement et la fortifier par des retranchements.
Par suite, les communications de Bazaine avec Texterieurdevinrent très-limitées ; quelques-uns de ses messagers réussirent bien à sortir de Metz et à traverser les lignes prussiennes, mais ils ne purent pas rentrer dans la place ; ilcst possible du reste qu'ils ne fissent pas de très-grands efforts pour atteindre ce but. A partir du milieu de septembre, l'armée française de Metz se servit déballons pour envoyer des lettres. Nous verrons plus tard les Parisiens employer ce moyen sur la plus grande échelle ; mais les.
ballons de Metz n'étaient pas montés. Au lieu de naceDe ils ne portaient qu'une corbeille où se trouvaient les paquets de lettres. On espérait que le plus grand nombre de ces ballons tomberaient au ctelà des lignes prussiennes, et cdui qui trouverait un ballon était prié de porter les lettres au bureau de poste le plus rapproché. Malheureusement on n? pouvait pas par ce procédé faire arriver des lettres à Metz.
A partir du 22 septembre, Bazaine recommença à faire des sorties qu'il dirigea d'abord contre les positions des l" et 7* corps, sur la rive droite de la Moselle. Ces sorties, exécutées avec peu' de monde, n'avaient pour but que de faire du fourrage, et de détruire les approvisionnemenfcj des Allemands quand on ne pouvait pas les emporter. Bazaine avait fait remettre en état la partie des chemins de fer dont il était maître, et il s'en sarvit pour transporter plus rapidement des troupes pour une surprise. Les train? remportaient ensuite à Metz les provisions dont on pouvait s'emparer.
Le 22 et le 23 septembre, les Français IBrent de semblables sorties sur Peltre, le 27 surMercy-le-Ham. Ils attaquèrent aussi ce jour-là sur la rive gauche de la Mosdlele< troupes du 10® corps au village de la Maze qui fut brûlé.
Strasbourg succomba le 28 septembre, et le prince Frédéric-Charles en informa de suite Bazaine. On supposa de lors au quartier général allemand que si Bazaine voulait encore tenter quelque entreprise, ce serait de se faire jour vers Thionville. En effet il n'était plus permis à Bazaine d'espérer être débloqué dans un avenir prochain. S'il 1»» était impossible de battre les Prussiens de^nt Metz, tou\e> les grandes entreprises militaires seraient pour lui peine perdue. D trouverait à Thionville encore moins de resswirces qu'à Metz et, s'il se dirigeait sur cette place, ce «e pourrait être que dans l'intention de gagner ensuite à Frisange le pays neutre du Luxembourg qui n*est pas à plu> de 7 milles géographiques de Metz.
Le 1'' octobre, le prince Frédéric-Charles porta la division Kumraer de la rive droite de la Moselle sur la rive
gauche, et le 10' corps, de la rive gauche sur la rive droite.
La division Kummer s'établit sur la ligne Fèves, Semécourt, Amelange.
Deux hatailons de landwehr furent détachés en avant à Bellevue, Saint-Rémy et les fermes des Tapes ; ils occupaient devant eux Sainte^Agatheet Ladonchamps au moyen de faibles grand'gardes, et deux autres bataillons de landwehr leur servaient de soutien vers Semécourt et Ao^elange.
Les avant-postes du 3*" corps d'armée se reliaient à Yil- ]ers*]es-Plénois à la droite des avant-postes de la divi^on Kummer.
Dans la nuit du 1"" au 3 octobre il se trouvait en outre aux avant-postes de la division Kummer deux compagnies du 10'' bataillon de chasseurs, du 10' corps, qui n'étaient pas encore passées sur la rive droite de la Moselle.
Au milieu de la nuit du l®*" au 2 octobre, des détachements de la g^rde française attaquèrent la position de la division Kummer. La grand'garde de Ladonchamps fut rejetée sur Saint4iémy ; celle de Sainte- Agathe, qui se trouvait alors en Tair, se retira sans être attaquée*
Les Français attaquèrent ensuite Saint-Rémy, qui éiait occupe par une compagnie du 3"" régiment de landv^ehr de Posen (n* 58) ; deux autres compagnies du même régiment furent envoyées h son secours.
Ces trois compagnies opposèrent de la résistance, et les Français, ne s*orientant pas bien dans la nuit, suspendirent leur aitaquet .
Les Prussians envoyèrent alors 4 compagnies à Saint- Rémy, et un bataillon (Freistadt) du 1" régiment de landwehr de la basse Silésie, à Bellevue.
A 5 heures du matin rinfanterie française recommença son attaque, directement soutenue par une batterie de mitrailleuses, et ensuite par d'autres batteries qui s'établirent à Saint-Eby.
1m position de^ Prussiens, qui sç renforça peu à peu, n*éiaU d'abord soutenue que par une batterie au nord de
Semécourt à laquelle vinrent se joindre, à 9 heures du matin, deux autres batteries, Tune à l'aile droite au sud de Semécourt, l'autre à l'aile gauche aux Tapes ; mais celte dernière fut bientôt forcée de se retirer devant le feu des batteries françaises de Saint-Eloy«
Sur ces entrefaites le combat d'infanterie se continuait avec des succès divers, mais en somme favorable aux Prussiens. Le bataillon delandwehr qui occupait Bellevue reprit Sainte-Agathe aux Français. En même temps le feu bien dirigé d'une compagnie du 10* bataillon de chasseurs faisait de Bellevue beaucoup de mal aux Français.
Ceux-ci reprirent cependant Sainte-Agathe et Ladonchamps qu'ils conservèrent. Là se bornèrent leurs succèsle 2 octobre. L'infanterie cessa le combat. L'artillerie de Saint-Eloy continua seule son feu jusqu'à la nuit et incendia Saint-Rémy et Franclochamps.
Les pertes étaient peu importantes de part et d'autre ; les Prussiens estimèrent les leurs à IIS hommes, dont 6 officiers.
Le 3 octobre, les Prussiens incendièrent le village de Sainte-RufBne pour détruire les magasins français qui s y trouvaient, —et les Français, de leur côté, tirèrent du fort Saint-Quentin sur les dépôts prussiens d'Ars-sur-Moselle, à près de 8,000 pas.
Le 7 octobre, les Français opérèrent une nouvelle attaque contre les positions de la division Kununer à Bellevue. Saint-Rémy et les Tapes.
L'attaque commença vers 1 heure et demie de Taprèsmidi et, à 3 heures, la landwehr prussienne était forcée d'abandonner ces positions après une vigoureuse résistance.
Pendant ce temps, le général Kummer avait déployé ses réserves et son artillerie.
Voigts-Rhetz disposa sur la rive droite de la Moselle. à 'Argancy, Olgy et Malroy, des batteries de la division Kraatz-Koschlau et de la réserve d'artillerie dU 1 0* corps, et il dirigea sur la rive gauche de la Moselle, à la ferme
d'Amelange, la 38' brigade d*infanterie (Wedell) de son corps d'armée.
 droite de Kummer, Âlvensleben concentra la 9' brigade d'infanterie (Conta) du 3* corps ainsi que deux batteries, à Norroy-le-Veneur.
Dès que Kummer se vit soutenu, il prit des dispositions pour reprendre les positions perdues.
Il déploya en première ligne la division de landi^ehr Schuler de Senden et deux bataillons de sa brigade de ligne (Blankensee) ; il les fit appuyer en deuxième ligne, adroite par deux bataillons de la brigade Wedell du 10* corps, à gauche par le reste des brigades Wedell et Blankensee.
Pendant que Kummer s'avançait avec ces troupes contre le firent Bellevue, Saint-Rémy, les Tapes, Franclochamps^ la brigade Conta attaquait à 4 heures et demie les bois de Bellevue et de Woippy.
A la suite de cette manœuvre combinée, la ligne Bellevue^ Franclochamps se trouvait à 6 heures du soir aux mains des Allemands qui repoussèrent ensuite victorieusement plusieurs attaques des Français. Par contre, les Allemands échouèrent dans une tentative qu'ils firent après 7 heures pour s*emparer du ch&teau de Ladonchamps que les Français avaient fortifié depuis le 2 octobre.
En même temps qu'ils s'avançaient sur la rive gauche, les Français avaient également déployé des troupes sur la ri?e droite de la Moselle.
Bs dirigèrent contre Charly de Tartillerie à laquelle répondirent victorieusement des batteries du lO^' corps. Des détachements français qui se montrèrent à Yillers-rOrme obligèrent le général Manteuffel à faire prendre les armes au 1" corps. Il n'y eut sur ce point qu'un combat de tirailleurs et d'artillerie qui se tut à 6 heures et demief après ^e 10 batteries eurent été avancées sur la ligne du l'r corps, de Failly à Montoy, lesquelles furent bientôt soutenues par 4 batteries du 7* corps.
Les pertes étaient assez importantes. Celles des Allemands, le 7 octobre, s^élevaient à 1730 hommes, dont 63 officiers.