CINQUIÈME PARTIE
rE^TATIVES DES FRANÇAIS POUR DÉBLOQUER PARIS; LEUR IN- SUCCÈS SCK TOUS LES POINTS. l' ARMISTICE ET LA CONS- TITUTION DU GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN.
I. — Opérations du grand-dac de M ecklenboarg contre Tarmée de la
Loire, dn 10 au 15 novembre.
Après le combat de Ck)ulmiers, dont nous avons vu qu'il s'était fort exagéré Timportance, Gambetta projeta une grande entreprise pour débloquer Paris,
Troupes sur troupes, en partie à peine équipées et fort peu exercées, furent envoyées sur la Loire pour y former, îjous les ordres de d'Aurelle de Paladines, une puissante armée, qui pouvait renfermer, à la fin de novembre, sept corps d'armée, les 15% 16% •17% 18% 19% 20» et 21* corps; ce dernier devait être formé des troupes déjà disponibles au camp de Conlie. Cette armée pouvait être évaluée à 350,000 rationnaires, mais eUe ne renfermait certainement pas 200,000 combattants. Cependant, une armée de 200,000 hommes n'est jamais à mépriser. Cette armée de la Loire devait donc marcher sur Paris soit de l'ouest, soit du sud-ouest, en refoulant devant elle les corps d'observation que les Allemands pourraient lui opposer.
En même temps, Trochu devait sortir de Paris avec l'armée active qu'il avait formée dans la capitale, percer la ligne d'investissement, se réunir avec d'Aurelle et ramener ensuite les Allemands jusqu'au Rhin. L'armée active de Paris, pouvait, d'après les calculs habituels, être estimée au moins à 200,000 hommes.
L'armée du Nord occupait pendant ce temps une partie des forces allemandes.
Ce plan de débloquer Paris était simple et bon. Pour qu'il réussît, il fallait avant tout que d'Aurelle et Trochu pussent se donner la main dans le voisinage de Paris. S'ils y parvenaient, la chose principale était faite. Il restait maintenant à envisager cette grave question : quelle sera la solidité des nouvelles formations françaises en face des troupes allemandes déjà aguerries et, en outre, habituées à vaincre? Ces trpupes seront-elles ébranlées ? Pour Tobservateur impartial, cela semblait d'avance extrêmement douteux.
L'action décisive fut fixée aux derniers jours de novembre et aux premiers de décembre.
Après le combat de Coulmiers, le grand-duc de Mecklenbourg avait pris le commandement en chef de rarmée d'observation qui était opposée à l'armée française d« la Loire.
Cette armée d'observation se composait du *•' corps bar varois, de Tann, de la 22* division, Wittich, de la 17* division (du 13^ corps d'armée), que commandait actudlement Treskow, aide de camp du roi de Prusse, à la place de Sehimmelmann, tombé malade, et enfin des trois divisions de cavalerie prince Albert, Rheinbaden et Stolberg. Elle ne comptait pas plus de 45,000 hommes d'infanterie et de cavalerie après les pertes qu'elle venait d'éprouver.
Le 10 novembre, le !•' corps bavarois était à Toury, 1« 17« division à Dourdan et la 22* division à Chartres. Le^ divisiiims de cavalerie se trouvaient sur les flancs.
Le 11 novembre, la 17* division fut envoyée à Angerville, pour servir de réserve au 1" corps bavarois, talldi^ que la 22* division reçut l'ordre de rester à Chartres poitf couvrir le flanc droit.
D'après les faits que nous connaissons déjà, il était iiBpossible à d'Aurelle de Pakdines de songer à entreprendre de suite quelque chose de sérieux contre les Allemands. Il s'occupa donc de fortifier Orléans et de mettre le mieux possible dans sa main les troupes qui lui arrivaient journelle-
ment du Midi. Cependant il crut devoir commencer les opérations en faisant fairjB à son aile gauche un mouvement vers le nord-ouest. Ce mouvement aurait peut-être pu avoir un certain succès si les forces du prince Frédéric-Charles avaient été encore retenues devant Metz. Car, dans ce cas, on pouvait attirer vers l'ouest le grand-duc de Mecklenbourg^ et d'Aurelle, après avoir réuni le gros de son armée, pouvait s'avancer par la ligne la plus courte d'Orléans sur Paris, contre l'année d'investissement.
En effet, le grand-duc suivit l'aile gauche dés Français. Après avoir repoussé, le 12 novembre, une démonstration de cette aile gauche d'Artenay contre Toury, il porta, le 13 le 1*' corps bavarois dans la position d'Epernon et de Gailardon sur la Yoise, et de Tann envoya un détachement à Gasville pour établir ses communications avec Wittich qui occupait Chartres.
Le grand-duc lui-même, avec la 17* division, marcha d'Angerville sur Anneau où il arriva le 15 novembre, puis sur Houdan où il attaqua, le 17, un détachement français dont il rejeta les débris siur Mantes ; il occupa ensuite le même jour la ville de Dreux, après un combat très-court.
Pendant qu'il marchait sur Dreux, le grand-duc avait envoyé sur Châteauneuf-en-Thymerais la 22* division qui suivait le corps de de Tann. Le général de Wittich s'empara le 18 de Chftteauneuf ; il livra ensuite le 19 des combats insignifiants à Ardelles et Digny, et à la Loupe le 21.
La fraction d'armée du grand-duc de Mecklenbourg faisait, dans ce moment, front à l'ouest, et n'avait affaire qu'à des détachements français isolés. Par suite de l'absence d une direction unique et puissante, de l'effort qu'on faisait pour utiliser toutes les forces locales, et de la tendance de quelques villes à se défendre, il s'était formé un grand nombre de ces détachements, de force et de valeur trèsvariables, et sans aucun lien entre eux.
Sur ces entrefaites, d'Aurelle déployâtes corps qu'il avait alors sous la main sur une longue ligne située au nord de la Loire, allant de Montargis à l'est jusqu'à Ôrgères à l'ouest.
sur une étendue de 75 h 80 kilomètres. Les corps dont il disposait étaient les 15% 16% 17% 19' et 20% — le 19* était encore fort incomplet; le 21* était en formation au camp de Conlie; le 18', actuellement sous les ordres de Bourbaki, se trouvait à Nevers et n'était pas tout à fait prêt à entrer en ligne. D'Aurelle voulait marcher sur Paris parTouryou par Pithiviers, en raison des circonstances. Mais avant même que ses préparatifs fussent terminés, l'approche du prince Frédéric-Charles le rejeta sur la défensive.
H. — Marche du prince Frédéric-Charles sur la Loire. — Combats de Ladon, 24 novembre, et de Beaune-Ia-Rolande, 28 novembre.
Nous avons laissé le prince Frédéric-Charles à Sens. H porta, les jours suivants, son quartier général à Chéroy, Nemours, Puiseaux et Pithiviers.
Le prince reçut également le commandement en chef df la fraction d'armée du grand-duc de Mecklenbourg-Schvérin. Le but qu'il se proposa tout d'abord, c'était de metln* en communication la deuxième armée avec celle du grandduc, et cette réunion devait s'effectuer entre Toury etPithiviers. L'armée du prince se composait de S corps d'armée (1" corps bavarois, 17* et 22« divisions, 3%v9* et 10* corps allemands), et de 4 divisions de cavalerie, dont la division Hartmann arrivait avec la deuxième armée, à laquelle le grand-duc de Mecklenbourg devait céder en outre la division StoUberg. Toute cette armée devait se déployer au nord des Français, regardant le sud et la forêt d'Orléans, et rejeter ensuite d'Aurelle de Paladines sur la rive gauche de la Loire. Le grand-duc de Mecklenbourg reçut l'ordre de quitter ses positions et de s'avancer vers le sud en conversant à gauche.
Le prince Frédéric-Charles ne devait pas se réunir au grand-duc sans combat. Les corps que le général d'Aurelle avait d'abord à lui opposer étaient le 15% Martin de?
Pallières, à Orléans même ; plus à droite, le 20" corps, ('rouzat, à Jargeau, sur la Loire ; et le 18* corps, Bourbaki, incomplètement mobilisé, s'appuyant à la Loire, à Sully, 'M kilomètres d'Orléans.
Le 24 novembre, le 10* corps, de la deuxième armée allemande, devait se concentrer à Beaune-la-Rolatide.
Le 23 novembre, le commandant du 10« corps d'armée, général Voigts-Rhetz, était à Beaune-la-Rolande avec la 38* brigade d'infanterie, Wedell, et la brigade de cavalerie liessoise, Rantzau ; le reste du corps d'armée était encore à Montargis.
Des patrouilles avancées trouvèrent toutes les localités, autour de Bèaune, occupées par des détachements français.
Le 24, à 7 heures du matin, la 39"* brigade, Yalentini, rommandée précédemment par le général de Woyna, qui était maintenant à la tète de la 19'' division, marcha de Montargis sur Beaune-la-Rolande par Pannes et Mignières ; elle était accompagnée par la réserve d'artillerie du 10« corps.
La 37* brigade, Lehmann, qui ne partit de Montargis qu'à 8 heures du matin, marcha sur Ladon. Elle y rencontra, vers 11 heures, Tavant-garde du 20* corps français. Ladon fut pris par les Prussiens après un long combat : les Français se retirèrent, dans l'après-midi, sur Bellegarde où ils ne furent poursuivis que par quelques compagnies prussiennes, pendant que le gros de la brigade Lehmann continuait sa marche sur Beaune-la-Rolande.
L'artilleriederéserve du 10* corps était arrivée à Beaunela Rolande vers une heure de l'après-midi ; la brigade Valentini était alors à Juranville. Elle y reçut l'ordre de so porter à gauche pour soutenir la brigade Lehmann. Valentini obéit de suite à cet ordre et il repoussa, par l'Archefflont, les Français jusqu'à Fréville. Sous sa protection, la brigade Lehmann marcha sur Beaune, où elle arriva le 25, lie sorte que presque tout le 1 0* corps d'armée s'y trouvait réuni.
l-»e 9* corps allemand marchait pendant ce temps sur Pi-
thivîers. A Taile gauche de la deuxième armée, le 3* corps, ou tout au moins la division Stulpnagel de ce corps, se dirigeait sur Beaune-la-Rolande. Le 28 novembre, les Allemands livrèrent là un combat acharné au 20« œrps français.
A la suite* de cette affaire, d'Aurelle de Paladines concentra son armée sur la lisière nord de la forêt d'Oriéan> et à l'ouest de ces bois. Le prince Frédéric-Charles a\ait maintenant la possibilité de réunir aussi ses forces ponr reprendre Orléans, qui était le point décisif de la ligne de la Loire, Le 29 et le 30 novembre, ce travail de concentration donna encore lieu à diverses rencontres; maiscfr combats ont si peu d'importance militaire qu'il n'est {»> besoin d'en parler plus longuement.
lîl.— Uéoccnpalion d'Orléans par les Allemands.
D'après les ordres que lui avait envoyés le prince Frtdèdéric-Charles, le grand-duc de Mecklenbourg avait failfeiT^ front au sud à sa fraction d'armée qui occupait, le l" d^ cembre, la position suivante :
Le 1" corps bavarois, dont la 4« division de cavalerie couvrait le flanc droit, à Oi^ères, point oh se croisent le? routes de Chartres à Orléans et de Toury à Châteaudun ;
La 17" division, à Allaines ;
La 22* division, soutenue par la 2* division de cavalcrit. a Toury, sur le chemin de fer direct de Paris à Orléans.
Le 2 décembre, de Tann devait marcher d'Orgères 5or Loigny dans la direction d'Orléans. Son avant-garde rencontra bientôt celle du 16* corps français, Chanzy, f s'était concentrée à Terminiers. Les Français, qui rece^aien* à chaque instant des renforts, réussirent, après un Ion? combat, à rejeter les Bavarois sur Villeprévost et 6oun-l^ Château. Vers midi, de Tann s^établit alors dans lephoi^^ et appela ses réserves. Sur cq3 entrefaites, la 17' di\Wion
s'était a\Tincée sht son ftanc gauche jusqu'à Lum«au ; elle ne trouva point devant die de forces supérieures et put occuper LumeaB vers midi. En même temps, le prince Albert de Prusse, sur la droite des Bavarois, s'avançait avec sa division de cavalerie dans la direction de Loigny ; les Bavarois se portèrent en avant de nouveau, et ctis forces sdlemandes, agissant concentriquement, s'emparèrentde Loigny à i heure de Taprès^nidi.
Le 2 décembre au matin, la 22' division marcha d'abord sur Baigneaux, au nord-est de Lumeau, y rencontra de la résistance et s'empara du village après un combat trèscourt. Les troupes françaises aiaxquelles elîe avait eu affaire appartenaient au IS' corps. Elles se retirèrent sur Poupry. Il y eut alors dans les bois, au nord de ce village, un grand nombre de combats partiels, à la suite desquels la 22* division fut maîtresse de Poopry et de la route d'Orléans h Allaines.
Marchant à hauteur de k 22* division, une brigade de la 2" division de cavalerie suivait la route d'Orléans et s'y maintenaît malgré des attaques réitérées.
Les Français firent, dans Faprès-midi, une nouvelle tentative contre l'aile droite du grand-duc de Mecklenbourg ; le 17' corps, général de Colomb, qui venait d'airiver, attaqua Loigny. Il reprit ce village, mais il en fut chassé dans la soirée, après un combat très-violent, et forcé de se retirer sur Temûniers.
Le soir, le grand-duc de Mecklenbourg avait son front <ur la ligne Loigny, Lumeau, Poupry, Dambron.
Pour appuyer la fraction d'armée du grand-duc de Mecklenbourg, le prince Frédéric-<îharies qui avait, depuis le 29 novembre, son quartier général à Pithiviers, envoya, dès le 2 décembre, la 6* division de cavalerie sur Bazochesles-Gallerandes et Oison, et le 9* corps d'armée, de Pithiviers à Jouy, par Châtillon-le-Roi.
Le prince Frédéric-Charles ordonna alors, pour le 3 décembre, une attaque concentrique contre Orléans.
A l'aile droite, la fraction d'armée du grand-duô de
Mecklenbourg devait marcher du front Termînîers, Poupry sur Qievilly et Tangle nord-ouest de la forêt d'Orléans.
De la deuxième armée allemande, le 9' corps était envoyé sur le front Toury, Bazoches-les-Gallerandes ; à gauche, lo 3* corps sur Pithiviers, et plus à gauche encore, le 10* corps sur Boy nés.
Le 3 décembre, le 9" corps devait marcher à Test du chemin de fer sur Artenay, le 3* corps sur la route deFoutainebleau à Orléans, et le 10' corps sur NibeDe et le canal d'Orléans.
Le prince Frédéric-Charles était avec le 9*^ corps. Ce corps d'armée marcha d'abord sur Dambron, puis sur le village d'Assas dont il s empara, ainsi que d' Artenay. Après avoir dépassé cette localité, il eut à soutenir un combat acharné contre des troupes du 15* corps français au moulin d'Anvillers. Ces troupes furentégalement refoulées. L'avantgarde du 9* corps s'avança ensuite sur Chevilly, qu'elle trouva déjà occupé par les troupes du grand-duc de Mecklenbourg.
Le 3* corps allemand s'avança par Chilleurs-aux-Bois jusqu'à Loury dans la forêt d'Orléans ; le 10* corps arri>a jusqu'à Nibelle. Nous avons vti que l'armée du grand-duc de Mecklenbourg était à Chevilly, de sorte que l'année du prince Frédéric-Charles occupait, le 3 décembre au soir, uu front de moins de 20 kilomètres, de Chevilly à Loury ; et, sur ce front de peu d'étendue, il y avait au moins 100,000 Allemands. Le prince mit son quartier général à Artenay.
D'Aurelle de Paladines reconnut qu'il n'y avait pas à songer pour le moment à marcher énergiquement sur Paris. Ses troupes, très-jeunes pour la plupart, s'étaient fort bien battues les jours précédents ; mais le manque de cohésion de ces formations nouvelles était évident. Aacc des troupes de cette espèce, on ne doit pas ôtre opiniâtre ; il ne faut point leur demander ce qu'elles ne peuvent {Kb donner. En conséquence, d'Aurelle se décida, le 3 décembre au soir, à évacuer Orléans et à se retirer dans la Solojrne.
II eu informa, par le télégraphe, la délégation de Tours. Celle-ci accueillit fort mal la nouveUe, et d'Aurelle reçut dépêches sur dépêches, dont quelques-unes étaient fort blessantes. Le 4 décembre au matin, il résolut alors de rester à Orléans, et il y concentra, outre le 15* corps, le 20'etle 18% venant de Jargeau et de Sully, et le 16* et le 17*, venant de Meung et de Beaugency, Le 4, à midi, il annonça ses nouveUes intentions à M. Gambetta par un télégramme, lequel se croisa en route avec une dépêche de Tours qui lui donnait la liberté d'agir comme il Tentendrait.
Sur ces entrefaites, le prince Frédéric-Charles avait repris ses opérations le 4 décembre au matin. A son extrême» droite, le grand-duc de Mecklenbourg marcha sur Orléans, entre les routes de Châteaudun et de Chartres.
A gauche du grand-duc s'avançait le 9* corps par ^Ihe- ^illy, avec un détachement sur sa gauche par Saint-Lyé ; le 3* corps allemand marchait par Loury sur Saint-Loup, tout près d'Orléans à l'est; le 10' corps sur Vitry-aux- Loges, sur le canal d'Orléans. Entre ces deux corps allemands marchait la division de cavalerie Hartmann.
Le 4 décembre, à la nuit tombante, le gros des forces allemandes était tout près d'Orléans. Il n'y avait que l(» 13^ corps français qui eût opposé une vigoureuse résistanc(» sur le chemin de fer de Paris à Orléans. Les autres corps, aussi bien ceux de l'aile droite, 20' et 18% que ceux de l'ailo gauche, 16' et 17% avaient déjà commencé leur retraite derrière la Loire, conformément aux ordres de d'Aurelle, eeux-là par Jargeau et Sully, ceux-ci par Meung et Beaugency, et ils n'opposèrent aux Allemands que des arrièregardes pour couvrir leur retraite.
i^e grand-duc de Mecklenbourg ne fut presque pas inquiété le 4 décembre dans sa marche sur Orléans, parce ïue la ligne de retraite que suivait l'aile gauche française 5 éloignait de lui. Le 3" et le 10® corps allemands, ainsi que 'a division de cavalerie Hartmann, ne rencontrèrerft également que de faibles détachements français ; mais leur
(communications des AUeiùands^ d'une rive à l'autre de la Marne parChelIes et Gournay. On prépara en même temps la construction de ponts sur la Marne, entre la presqu'âe de Saint-Maur et Nogent-sur-Marne ; et les batteries de Joinville, Ferreux et Nogent, qui commandent la presqu'fle de Champigny, furent renforcées.
Des forces considérables de la troisième armée, Vinoy, furent réunies dans la plaine d'Aubervilliers, sous les ordres supérieurs de l'amiral La Roncière. De nouvelles redoutes furent construites dans la presqu'île de* Nanterre sur le chemin de fer de Rouen, ainsi que sur les îles de la Seine près de Bezons. On plaça là deux divisions de la troisiônwf armée ; en première ligne la 4« division, de Beaufort, en deuxième ligne la 3* division, de Liniers.
Les démonstrations commencèrent le 29 novembre. An nord, l'amiral de La Roncière s'empara du village d'Epinaylez-Saint-Denis, sur la Seine, à trois kilomètres de Saint- Denis ; — ce nom d'Epinay devait jouer un grand rôle dans le drame de ces trois journées.
Le général de Beaufort fit une grande reconnaissance dans la presqu'île de Nanterre, vers la Malmaison et Buzenval.
Au midi, sur la rive gauche de la Seine en amont de Paris, le général Vinoy, à la tête de plusieurs divisions de la troisième armée, marcha du fort de Bicêtre et d'Issy contre THay, CheviUy et Thiais, et il eut à combattre le 6' corps allemand. Il réussit à s'emparer delà gare auxbœufe de Choisy-le-Roi, sur le chemin de fer d'Orléans.
Ces démonstrations devaient être suivies, le 30, d'une Jurande sortie en Brie, exécutée par toute l'armée du généra! Ducrot, qui avait annoncé aux Parisiens par une proclamation qu'il ne rentrerait dans la capitale que mort ou victorieux. Il est toujours imprudent de faire de telles promes6e> qui prétendent enrayer la roue de la fortune, nous allon.^ en voir la preuve. Le général Trochn, président du Gouvernement, lança de son côté une proclamation, dans laquelle il rejetait sur le roi de Prusse et le comte de Bismarck la
responsabilité du sang qui allait couler. Ces deux messieurs étaient alors à Versailles, bieç chauffés et bien nourris, et même, lorsqu'ils eurent connaissance de lapiroclamation du général Trochu, ils ne s'en montrèrent pas très-émus.
Le 30 novembre de grand matin, Trochu, qui avait porté son quartier général au fort de Vincennes, fit jeter sur la Marne, entre Joinville et Nogent, les huit ponts qu'il avait fait préparer.
Les deux premiers corps, Blanchard et Renault, de la deuxième armée, — le corps Renault avec 2 divisions seulement,— passèrent sur ces ponts dans la presqu'île de Champigny. La 1" division, Susbielle, du 2* corps, marcha de Charenton, par Créteil, sur Mesly et Montmesly.
Les Allemands avaient en première ligne au-dessus de Paris, entre la Seine et la Marne, les Wurtembergeois, avec la 1" brigade, Reitzenstein, à Villiers-sur-Marne et à CcBuilly, ayant ses troupes avancées à Champigny, — la 2* et la 3' brigade depuis Ormesson jusqu'à Boissy-Saintliéger, avec leurs troupes avancées à Mesly.
L'aile droite des Wurtembergeois pouvait être secourue par le 12* corps (Saxons), dont une partie gardait le pont de la Marne à Chelles, — avec un détachement sur la rive gauche de la rivière, — et dont le gros était à l'est de Paris très-rapproché de la Marne. Derrière l'aile gauche des Wurtembergeois se tenait la 7* brigade, du Trossel, du 2* corps d'armée allemand.
La plus grande partie du 2* corps allemand, commandé IKir le général Fransecky, le héros de Benatek, était encore dans ses cantonnements depuis Palaiseau jusqu'à Longjumeau, et servait de réserve contre le front sud de Paris. Les troupes allemandes les plus près des Wurtembergeois sur la rive gauche de la Seine, c'était le 6' corps.
Les Wurtembergeois et la T brigade prussienne, les seules troupes disponibles dans la matinée entre la Seine et la Marne, ne comptaient pas plus de 16,000 hommes d'infanterie et de cavalerie dont S, 000 au plus occupaient l'ail a droite, à Villiers, Cœuilly et Champigny.
Les deux corps d'armée qui passèrent la Marne le 30 au n^atin/ sous les ordres de Ducrot, comptaient de 60,000 à 70,000 hommes, avec la division ^usbidle. On compreiid donc qu'ils refoulèrent immédiatement les Allemands.
La division Susbîelle occupa de suite Montmesly où il n'y avait que quelques compagnies de Wurtembergeois. Maiï sur ce point les Allemands ne tardèrent pas à reprendre l'offensive, sous les ordres du général wurtembergeok Obemitz, appuyé par la brigade du Trossel, du 2* corjt allemand, qui s'avança de Valenton.
Susbielle fut obligé de se replier sur Créteil. La proportion des forces était à peu près égale sur ce point vers midi, 10,000 hommes contre 10,000. U en était autr^nent à l'aile droite des Allemands, à Champigny, Cœuilly et \i^ liers. Là, 6,000 Souabes tout au plus, la brigade Reitzenstein avec quelques renforts, avaient affaire à SO^OOO Fra^ çais et, malgré cela, Ducrot ne put occuper le 30 novembre au soir que le front Brie-sur-Marne-Champigay, avec ses troupes avancées à Villiers, Cœuilly et Chenneviîapes, Daib le cours de cette journée, les Souabes avaient pris plllsieu^ fois l'offensive ; leur artillerie avait, de Chennevières^ur- Marne, empêché d'avancer le corps du général Blanchard, et leur infanterie avait arrêté, à Villiers-sur-Maxoe, lecw^^ du générait Renault.
Pendant que les Souabes et la 7' brigade aUemasde ï^ défendaient si bravement le 30 novembre, le commallé^ ment en chef de l'armée allemande voyait elaireiB^it quel> étaient les desseins de Trochu, et il prenait, encore àtenp^. ses dispositions pour s'y opposer.
Des forces improvisées, tdles que Tétaient à présent presque toutes les troupes françaises, perdront toujours plus d'hommes tués, blessés et surtout prisonniers, que i^ troupes exercées et organisées depuis longtemps, mais ellfr perdront aussi beaucoup plus de temps. Les généraux français ne pouvaient pas poursuivre immédiatement les avantages qu'ils obtenaient, ni procéder aussitôt à de nouveHf>
attaques^ parce que leurs soidais n'avaient point, pour cela, Tordre et la solidité nécessaires.
Le gros du 2*' corps allemand avait été réuni le 30 au matin à Massy, dans une position de rendez-vous, mais il l'avait déjà quittée lorsqu'il reçut, dans Taprès-midi, Tordre de s'avancer sur la rive gauche de la Seine jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges. Il reçut ensuite, pendant la nuit, l'ordre de traverser la Seine pour pouvoir soutenir les Wurtembergeois.
En même temps la plus grande partie de la 24* division, du corps saxon, était passée sur la rive gauclie de la i^anie, sous le général Nehrhoff, et s'était avancée sur Villiers-sur- Mame etNolsy-le-Grand. Le commandant du corps, prince Georges de Saxe, transporta lui-même son quartier général sur la rive g$iuche de la Marne, à la Grenouillère. A l'aile gauche allemande, une brigade du 6' corps avait encore été portée sur la rive droite de la Seine à Villeneuve-Saint- Georges.
Le commandement de toutes les troupes ainsi concentrées entre la Seine et la Marne, sur la ligne de Villeneux» àChampS) fut confié au général Fransecky. Celui-ci résolut de rejeter le 2 décembre l'armée de Ducrot sur la rive droite de la Marne et il prit ses dispositions pour cela dans la journée du i".
Trochu et Ducrot ne s'occupèrent, pendant toute la journée du 1" décembre, qu'à s'établir fortement dans la presqu'île de Champigny, sur les hauteurs qui s'étendent àv Ghampigny à Brie-sur-Mariie. Ils faisaient en même temps enterrer les morts et ramener les blessés dans Paris. — Il était survenu un froid très-grand, tout à fait extraordinairi^ pour Paris et ses environs ; pour Paris surtout où il fait toujours moins froid qu'au dehors à cause de l'agglomératioii d'un si grand nombre d'hommes sur un espace restreint, de la grande consommation de bois et de charbon qui s'y fait, et du luxe d'éclairage au gaz en temps ordinaire. Maintenant qu'on économisait le combustible et h^ gaz, Paris souffrait du froid, d'autani^lus que le commerce
étant nul, les salaires avaient disparu et il était difficile aux pauvres gens de se procurer du bois ou du charbon.
Les soldats de Ducrot, pour être plus agiles, étaient sortis de Paris sans couvertures, et leur habillement était trèsinsuffisant ; il n'y en avait en outre qu'un petit nombre qui pût être abrité dans des lieux couverts, parce que le pays «était dévasté. Es souffrirent horriblement du froid. Il n'est donc pas étonnant que Trochu n'utilisât pas la journée du 1" décembre, surtout quand il n'avait aucune nouvelle de rapproche de l'armée de la Loire.
Le 2 décembre de grand matin, Fransecky avait dispo^ ses colonnes d'attaque contre les positions françaises. A Textrôme droite étaient les troupes saxonnes entre la rive gauche de la Marne et le chemin de fer de Mulhouse ; au sud du chemin de fer était la brigade wurtembergeoise Reitzenstein, à Cœuilly. Cette brigade était également placée sous les ordres du prince Georges de Saxe qui pouvait en conséquence, avoir au feu IS bataillons, soutenus par une nombreuse artillerie.
Ces troupes devaient reprendre par surprise les positions de Brie et de Champigny dans la matinée du 2 décembre. Pour les appuyer, la 7' brigade, du Trossel, se dirigeraiî sur Chennevières. La 3* division d'infanterie, Hartmann, et l'artillerie de réserve du 2* corps d'armée étaient po^tée^ « Sucy-en-Brie où elles arrivèrent le 1" décembre à midi. Derrière elles se tenaient en réserve la 8' brigade d'infanterie, Kettler, et une brigade du 6" corps.
Les troupes dont disposait le général Fransecky le 2 décembre se montaient à environ 50,000 hommes, en y comprenant la 2* et la 3** brigade wurtembergeoise qui restaient vers Mesly,
Le 1" décembre, les Français avaient fait passer sur la rive gauche de la Marne le troisième corps d'Exéa, delà deuxième armée, de sorte que Ducrot disposait de plus de 100,000 hommes.
Le combat commença le 2 décembre vers 7 heures du matin ; les Savons marchèrent sur Brîe-sur-Marne, et k>
Wurtembergeois sur Cbampigny. Les Français furent d'abord surpris, mais les Allemands ne purent conserver Tavantage que leur donnait cette surprise. II s'engagea, avec des succès divers, un combat très-acharné dans las villages de Bric et de Cbampigny et sur les hauteurs avoisinantes. La brigade wurtembergeoise Reitzenstein fut soutenue de très-bonne heure par la brigade prussienne du Trossel.
A 9 heures du matin, Fransecky fit avancer la division allemande Hartmann et la réserve d'artillerie du 2* corps, pour appuyer les Saxons, les Wurtembergeois et la brigade du Trossel. Ces troupes de soutien se déployèrent sur le front Villiers-sur-Marne, CœuiUy, Cbampigny.
Les dernières réserves : une brigade du 2* corps et une du 6* corps, furent placées à Chcnnevières.
Le combat fut violent et très-acharné sur toute la ligne de Cbampigny à Brie-sur-Marne. Les Français avaient pour eux la supériorité numérique et la puissance des batteries qui tiraient de la rive droite de la Marne sur les troupes allemandes ; les Allemands de leur côté avaient pour avantages la plus grande solidité de leur organisation, la supériorité technique et tactique de leur artillerie de campagne, et enfin leur position embrassante qui leur permettait de faire usage de cette excellente artillerie.
S'il est vrai que les généraux français auraient pu opérer, le 1" décembre, avec les troupes dont ils disposaient, et qu'ils aient négligé, pour des raisons secondaires, d'occuper ce jour-là le front Gournay-Chennevières , ce qu'ils pouvaient évidemment faire grâce au nombre de leurs troupes, — ils ont commis une faute impardonnable.
La nuit seule mit fin, vers 5 heures du soir, aux combats du 2 décembre. Les Saxons n'avaient pas pu conserver Brie-sur-Marne dans lequel ils étaient entrés. Ils revinrent plusieurs fois à l'attaque avec une grande bravoure, mais ils furent enfin forcés par le nombre d'abandonner le village et les hauteurs voisines.
Les Souabes et les Prussiens qui les appuyaient se maintinrent, le 2 au soir, dans la partie orientale de Champigny.
Le 3 décembre, Trochu ordonna la retraite, à caase (lu froid qui augmentait et de Thabillement insuffisant de §es troupes. Ce jour-là, les troupes françaises les plus avancées reprirent vivement Toffensive, surtout à ChamiHgny. Sous la protection des combats qu'elles livTèrent sur ce point, ainsi que devant Cbampigny, la deuxième armée (Ducrot) revint sur la rive droite de la Marne et passa la nuit du 3 au 4 dans le bois de Vincennes. Les luttes de ces journêt'> avaient été si violentes entre la Seine et la Marne, qam avait envoyé au général Fransecky, dans la soirée du 3 décembre, une autre brigade de renfort du 6* corps d'armée.
Les Français évaluèrent leurs pertes, dans cette sorUe, ù 6,030 bommes, dont 414 officiers, ce qui fait environ un officier pour 14 hommes.
Le 2* corps allemand perdit 1606 bommes, dont 89 officiers, ce qui fait un officier pour 17 hommes ; les Saxons perdirent 1151 hommes, dont 5<5 officiers, un pour 20 bonmies. Les Wurtembergeois estiment leurs pertes à 2,028 hommes, dont 61 officiers, un pour 30 hommes environ. Si l'on ajoute à ces pertes celles de quelques corps isolés, tels que la brigade de secours du 6* corps, on trouve que ki perte totale des Allemands fut de au moins 5,000 hommes.
Les Allemands perdirent donc relativement plus de monde que les Français dans ces journées de coBubat : (^ qn*il faut surtout attribuer à l'action de la grosse artiBerie des forts de Test et des batteries nouvellement construites.
Cette grande sortie était donc repoussée, et il fallait de nouvelles combinaisons pour rendre au général Trochu le courage d'entreprendre de nouvelles sorties, car toute tentatiTC de se faire jour n'avait de sens que s'il s*y joignait une coopération du dehors. Dans le cas même où une grande sortie, entreprise isdément, aurait réussi, qu'en serait-il arrivé? C'est que la partie mobile de l'armée de Paris, arrivant dans des contrées occupées depuis . longtemps par les Allemands et complètement épuisées, n'y aurait pas trouvé de subsistances, et cette circonstance était d'autant phis ^ eonsidér^, que l'armée de Paris manquait de voitures de
tràn^XHt et se composait d'éléments qui n'étaient pas, eu générai, très-propres à la marche. En admettant même le cas le phis favorable, edui où cette armée réussirait à se joindre à une autre armée française, il y avait encore àconsidérer que cela enlèverait à la défense de Paris ses meilleures troupes.
Le ballon u Jutes Favre » partit de Paris dans la nuit du 30 novembre au 1" décembre, pour porter des nouvelles fraîches à la délégation de Tours.
Un vent favorable entraîna ce ballon à l'ouest ; le !•' décembre, il était au-dessus des côtes de Bretagne et courait le plus grand danger de s'abîmer dans la mer, lorsqu'il réussit à descendre dans l'île de Belle-Isle, à l'ouest de l'embouchure de la Vilaine. Les nouvelles apportées de Paris par ce ballon et qui étaient assez bonnes au moment de son départ, furent envoyées à Tours par le télégraphe ; elles y arrivèrent le l** décembre, à 4 heures du soir,
M. Gambetta peignît les événements qu'on lui annonçait des couleurs brillantes de son imagination. Le télégraphe ne lui disant pas que ces dépêches avaient été apportées pai* un ballon, il en conclut aussitôt qu'elles étaient venues par une antre voie et, par suite, que l'armée de Ducrot s'était mise en communication avec le reste de la France. Une autre circonstance le confirma encore dans cette opinion. La dépêche disait, en effet, que l'amiral de La Roncière avait occupé Epinay. Nous savons que c'était Epînay-lez- Saint-Denis. Gambetta se fit donner une carte de France où il trouva Epinay-sur-Orge, localité située au sud-est de Longjumeau et à 15 kilomètres des forts du sud de Paris. Artenay où se trouvait alors l'armée française de la Loire, sous les ordres de d'Aurelle, est à 90 kilomètres de ces forts du sud. La Roncière ne pouvait commander que Tavant-garde de Trochu ou de Ducrot 1 Trochu et d'Aurelle n'étaient donc qu'à 73 Kilomètres l'un de l'autre et, s'ils s'a>-ançaient tous les deux victorieusement, comme on le supposait, ils pouvaient se donner la main dans deux jours. Gambetta pouvait môme abréger facilement ce temps-Ji,
puisqu'il dit dans une de ses dépêches que Brie-sur-Marne est à 20 kilomètres de Paris. — Par le fait, Brie n'est qu'à 3 kilomètres du fort de Nogent, à 8 kilomètres de l'encttnte continue, et même à 13 kilomètres seulement duLou™, centre de la ville. — En éloignant, grâce à son échelle, Epinay-sur-Orge de Paris et Artenay d'Oriéans, Gambelta pouvait supposer, dès le 30 novembre, d'Aurelle et Trochu à 50 kilomètres seulement l'un de l'autre, de sorte qu*ils devaient être tout près de se donner la main le 1** décembre, à l'heure même où Gambetta recevait ses dépêches.
C'est dans cette idée que Gambetta parla, le !•' décembre, à la population de Tours, et qu'il envoya des ordres am généraux en chef et aux préfets. D'après lui, l'heure suprême avait sonné, l'heure de la délivrance de la France et delà défaite des armées allemandes.
De telles fantaisies fiévreuses, lorsqu'elles sont en outre étayées par des cartes défectueuses, sont une mauvaise chose pour la conduite de la guerre : trois jours plus tard, Gambetta lui-même devait voir de ses yeux à quel point il s'était trompé.
Menacée par les Allemands, qui s'avançaient sur la Loire, la délégation du Gouvernement de Tours partit pour Bordeaux le 9 décembre ; mais, avant de suivre ses colli^ues, Gambetta employa plusieurs jours h faire une visite am armées. Pendant cette tournée, il lui fallut entendre de plusieurs généraux des vérités désagréables ; on lui fit comprendre que l'on avait beau faire peu de cas de la science de la guerre et de l'art militaire, il n'en résultait par pour cela que l'homme qui ne s'était jamais chargé de ce bagage inutile fût toujours le meilleur ministre de la guerre et le général le plus infaillible, qu'il n'était pas absolument superflu d'apprendre à. lire une carte, et autres choses semblables. ,
Malgré tout, un nouveau plan de guerre fut arrêté ces jours-là.
Le partage de l'armée dont les Allemands avaient rejeté
une partie sur la rive gauche de la Loire devait être maintenu.
Gambetta, furieux de ce que ses fantaisies du !•' décembre n'avaient pas été des réalités, nomma une commission pour examiner la conduite du général d'Aurelle de Paladines. Le général, on le comprend, donna sa démission, qui fut acceptée. Lorsque Gambetta offrit plus tard au général d'Aurelle un nouveau commandement, celui-ci le refusa d'une manière formelle. Pour lui en faire un reproche, il faudrait avoir perdu la raison ; car il est impossible qu'un grénéral qui commande une armée soit placé sous la dépendance de fantaisies plus d'à moitié folles.
L'armée française de la Loire fut donc partagée en deux
armées.
La première ou armée de l'Est, sous les ordres du général Bourbaki, fut composée du 15* corps, Martin des Pallières, du 18% Billot, et du 20% Crouzat.
Li deuxième armée ou armée de l'Ouest, sous le commandement en chef du général Chanzy, devait être formée du 16* corps, contre-amiral Jauréguiberry, du 17* corps, de Colomb, du 19% Dargent, et du 21% Jaurès.
Le général Chanzy, sorti de l'école de Saint-Cyr en 1844 seulement, fit sa carrière en Algérie et fut nommé général de brigade à la fin de 1869. Il passait généralement pour un homme intelligent.
Bourbaki devait maintenant conduire ses trois corps d'armée de Nevers à Besançon, par Dijon, pour y rallier le 24» corps, BressoUes, qui s'était formé à Lyon, puis, à la tête de cette armée, forte au moins de 120,000 hommes d'infanterie et de cavalerie d'après les calculs ordinaires, il débloquerait Belfort et couperait les communications entre Paris et Strasbourg. Gambetta et ses conseillers se promettaient de cette opération de grands avantages et ils en auraient eu le droit s'il ne s'agissait à la guerre que de la quantité des troupes, sans s'occuper de leur qualité. Nous savons, en effet, quelle était la faiblesse numérique des troupes que le général de Wcrder pouvait mettre en rase cam-
pagne, et tout ce qu'il avait à faire avec ces forccsrestreintes. Nous verrons plus tard de quelle manière fatale échoua la mission de Bourbaki.
Pour remplacer sur la Loire l'armée de Bouitaki on réunissait à Bourges un nouveau corps d'armée, le i&\ sous les ordres du général Pourcet,
Dans son imagination, Gambetta se figurait que la marche de Bourbaki allait attirer vers l'est toute l'armée du prince Frédéric-Charles, de sorte que la fraction d'arméf du grand-duc de Mecklenboui^ se trouverait seule en face des quatre corps d'armée de Chanzy, auxquels il serait possible de réunir encore les deux corps de l'armée do Nord. Chanzy devait opérer entre la Loire et la Seine eî marcher sur Paris si la supposition de Gambetta — et de quelques généraux — se réalisait; il devait toujours aub^^i diercher à se réunir à l'armée du Nord dont Gambetla se faisait, sans aucune raison, un tableau merveilleux.
Avant de raconter les opérations dans le Nord, nous devons mentionner que le général de Moltke, aussitôt qu'il reçut la nouvelle des événements accomplis sur la Loire et de la réoccupation d'Orléans, en informa le général Trochii le 5 décembre, et lui proposa d'envoyer un officier sur i i Loire pour se convaincre du véritable état des choses. Tnh <;hu lui répondit le 6 décembre en refusant d'envoyer cci officier. L'espoir d'être débloqué était toujours grand dan* Paris, ce qui s'explique facilement par le manque de nouvelles exactes.
Y. — Opérations dans le Nord depuis le milieu de novembre jasquà la fin de décembre.-* Bataille d*Amiens et oecapation de Rouen.- Bataille sur THaliae.
Nous av(jps laissé la première armée, général de Mauleuffel, marchant de Metz vei's l'ouest. (Vwr IV* partie, page 499.) Nous savons que le 7* corps d'armée avait une
destinatioii particulière, et que trois brigades du i" corps étaient en outre retenues devant Mézières et la Fère, de s<jrte qu'il n'y avait provisoiremenfque la brigade Memerty et la réserve d'artillerie du corps qui fussent disponibles. O&è troupes formaient Taile droite de l'armée d'opérations (le Manteuffel, le 8® corps, Goeben, complètement disponible, avait l'aile gaudie.
Le 20 novembre, les têtes de la première armée arrivèrent sur l'Oise, l'aile droite à Noyon, l'ailé gauche à Compiègne; des avant-gardes, composées de cavalerie, des 1 * et 8« bataillons de chasseurs et de quelque artillerie, furent détachées de cette position, d'un côté vers le nord sur Saint-Quentin, de l'autre au nord-ouest sur Amiens.
Sur la nouvelle que des forces françaises importantes s'étaient concentrées à Amiens, les troupes allemandes se remirent en marche le 23 novembre, l'aile droite sur Roye, l'aile gauche sur Montdidier.
La ville d* Amiens est située sur la Somme, avec la plus grande partie sur la rive gauche de la rivière. Elle a 62,000 î\mes et est très-industrielle ; ses fabriques de tissus de îoile et de laine, de cachemires et de velours, ont unerenommée universelle. Il y a longtemps que ses anciennes fortifirations ont été transformées en promenades ; il n'en reste plus que la citadelle, pentagone bastîonné sans aucune force de résistance.
Les Français avaient pris au sud de la ville, entre la rive «Iroite de la Celle et la rive gauche de la Somme, une position très-étendue de 22 kilomètres, depuis Saleux, sur la <He, jusqu'à Corbie, en passant par Dury, BoVës, Saint- Nicolas et Villers-Bretonneux ; elle était fortifiée sur plusieurs points.
Les troupes qui occupaient cette position constituaient alors toute la partie active de l'armée du Nord qui se composait du 22» corps, Lecointe, et du 23* corps, Paulze Jlvoy, encore en formation. Le général Briand commandait dans la Seine-Inférieure un corps séparé qui
avait pour mission spéciale de couvrir le Havre et les ports voisins.
Nous avons déjà dit que le général Bourbaki avait exewv primitivement le commandement de l'armée du Nord. Lorsqu'il fut ensuite appelé sur la Loire, son commandement fut donnné au général Faidherbe.
Faidherbe, né en 1818, sortit de l'École polytechnique dans le corps du génie. A partir de 1844, il servit en Algérie; il passa au Sénégal en 1852, fut nommé chef de bataillon en 1854 et gouverneur de cette colonie qu'il agrandit, pendant son gouvernement, par des expéditions hardie? contre des princes maures indépendants. Ces occupatioib militaires neiui firent jamais oublier la science, et il a publié, ou fait rédiger sous sa direction, des travaux A\m grande valeur pour k connaissance de l'Afrique occidentale et des diverses langues de ces contrées. A la fin de 1861, il fut remplacé pendant quelque temps dans le gouvernement du Sénégal par le capitaine de vaisseau Jauréguibem, mais il n'en fut rappelé définitivement qu'en 1865, aprè> avoir été nommé général de brigade en 1863. Il commandait depuis lors la subdivision de Bône en Algérie.
C'est de là qu'il fut appelé pour être mis à la tête de l'armée du Nord. D n'était pas encore arrivé en France à la fin de novembre et c'était le général Farre qui le remplaçait provisoirement.
Le 23 novembre, l'avant-garde prussienne, sous le colonel de Luderitz, eut à livrer un combat à Quesnel, sur la route deRoye à Amiens. Le 26 novembre, l'avant-garde du 8* corps prussien rencontra les troupes françaises avancée? à Thennes, sur la Luce, affluent de droite de l'Avre.
Le général de Manteuffel prit alors, ses dispositions pour attaquer, le 27, la position française en avant d'Amiens. E fit venir pour cette attaque la 1" brigade, de Gayl, le 1" régiment de dragons, et la division d'artillerie, de la 1" division d'infanterie, qui était restée devant Mézières et qui fut alors remplacée par la division de landwehr Schuler de Senden. Ces troupes furent transportées en chemin de fer
Hz
de Mézières à Laon et marchèrent de là sur Noyon et Roye.
A Taîle droite, les troupes disponibles du l®' corps, couvertes sur leur flanc droit par la 3* division de cavalerie, marchèrent, le 27 novembre, sur la Somme, contre les positions de Villers-Bretonneux et de Gentelles ; le 8* corps se dirigea par la route de Montdidier contre les positions de Boves et de Dury.
Les Français qui, tout compris, comptaient au plus 33,000 hommes, avaient une très-faible artillerie et une cavalerie encore plus faible ; ils étaient, en outre, beaucoup trop disséminés sur un front très-étendu, et plus forts à l'aile gauche qu'à Taile droite. C'était justement le contraire ( hez les Prussiens.
Le 1"' corps d'armée prussien rencontra de la résistance sur la Luce et, lorsqu'il attaqua cette ligne, il se vit luimême attaqué de Corbie sur son flanc droit. Il lui fallut faire un changement de front, avec le soutien de la 3* division de cavalerie, et il décida le combat §ur ce point en s'emparant d'une redoute construite à Villers-Bretonneux.
Le 8* corps allemand rencontra encore moins de résistance que le premier. Il s'avança en combattant jusqu'à la ligne Boves-Dury. Le commandant en chef français reœnnut que sa position n'était pas tenable, et il se mit en retraite sur Arras dans les premières heures de l'aprèsmidi.
Le Prussiens perdirent environ 1,400 hommes dans les combats du 27 novembre ; les Français beaucoup plus, ce qui n'a rien d'étonnant à cause de leurs formations impro- ^i^êes. Dans tous les cas, on peut dire que la perte des l^nissiens était importante en raison des circonstances.
(le n'est que le 28 novembre que Manteuffel occupa la >ille d'Amiens dont la citadelle, faiblement occupée, capitula le 29 après une sortie sans importance. — La population des départements du Nord était, depuis le mois de iîcptembre, beaucoup plus hostile à la prolongation de la guerre que les départements de l'Ouest et du Midi. Les l^ussiens n'y trouvèrent donc pas une seule fois cette résis-
tance passive qui devait leur faire passer de si marnais moments dans d'autres parties de la France.
Le 29 et le 30 novembre, Manteuffel fit poursuivre le$ Français par de faibles détachements dans les deux directions d' Arras et d' Abbeville. Le gros de son armée, destiné à marcher sur Rouen, se mit en mouvement le 4" décembre.
Dans cette marche sur Rouen, Manteuffel donna Taile droite au 8* corps d'armée, et le 1*' corps, qui avait rappelé à lui presque tous ses détachements le 1*' décembre, devait avoir l'aile gauche.
Le 8* corps marchait sur Poix, Forges et Buchy ; le 1*' corps sur Ailly, Breteuil, Marseille et Gournay.
Les troupes françaises qui avaient été réunies autour de Rouen ne pouvaient opposer aucune résistance sérieuse.
Dès que le 8' corps prussien les rencontra entre Forgp> et Buchy, elles se retirèrent et, le 6 décembre, les All^ mands occupèrent Rouen qui, fatigué de cette longue lutte, les reçut bien, beaucoup trop bien d'après l'avis des partisans de Gambetta.
Manteuffel fit reposer à Rouen la plus grande partie de ses troupes. La position de l'armée française du Nord ne lui permettait pas de tenter d'opérations importantes, soit à l'ouest en traversant la Seine, soit, en descendant If fleuve, contre la position fortifiée du Havre. D fit cependant occuper, le 9 décembre, la ville de Dieppe et son excellent port, ce qui lui permettait de faire venir des approvisionnements d'Angleterre et privait les Français de ce port de mer.
Sur ces entrefaites, le général Faidherbe arriva à Lille le 4 décembre et prit le commandement de l'armée du Nord. Le Gouvernement de la défense nationale avait une grande confiance dans ce général , qui fut aussitôt chai^ de coopérer au déblocus de Paris, en combinant ses mouv^ ments avec une grande sortie qui devait avoir lieu de la capitale assiégée.
Quelque talent d'organisateur que pût avoir Faidherbe,
il lui était impossible de réunir dans le Nord [dus de 40,000 hommes de troupes mobiles. Ce n'était pas avec ces forces-là qu'il pouvait marcher isolément au secours de Paris, et le premier but de ses opérations devait être incontestablement de chercher à se réunir aux forces qui se trouvaient près du Havre — l'armée de Normandie — et ensuite à l'armée de l'Ouest, celle du général Chanzy. Une pouvait donc provisoirement marcher que sur la basse Seine, en essayant d'y battre l'armée de Manteuffel. S'il y réussissait, sa jonction avec l'armée de Normandie se trouvait faite ; quant à celle avec Chanzy, elle dépendrait des circonstances où se trouverait ce général au moment où Faidherbe chercherait à le rejoindre, et, par suite, de l'influence produite sur les opérations des Prussiens par la marche de Bourbaki vers l'Est.
Au milieu du mois de décembre, Faidherbe marcha sur Amiens avec ses forces disponibles et le 22, il occupait sur l'Hallue une position dont l'aile droite s'appuyait à Contay, SUT le cours supérieur du ruisseau, et passait ensuite par Beaucourt, Querrieux et Pont-Noyelles pour se terminer à Daours, au confluent de THaUue et de la Somme. Faidherbe voulait partir de cette position le 23 pour marcher sur Amiens.
Cependant Manteuffel avait été promptement instruit des mouvements de Faidherbe. Il avait rapidement concentré sur Amiens la portion disponible de son armée, et il attaqua, le 23 décembre, la position des Français sur THallue. D'après tous les renseignements, les forces des combattants se trouvaient à peu près égales, mais les Allemands étaient supérieurs en artillerie et en cavalerie. La position de Faidherbe était très-étendue ; elle avait un front d'au moins 47,000 pas, de sorte qu'il n'y avait pas plus de 5 hommes sur 2 pas du front.
La lutte fut assez acharnée ; elle dura 7 heures. Les choses restèrent pendant tout le temps en équilibre à l'aile droite de Faidherbe et à l'aile gauche de Manteuffel. En revanche, Manteuffel réussit à la fin à s'emparer avec son
iiilc droite de la ligne de la basse Hallue, entre Daoors et Pont-Noy elles, et il menaça de là les derrières de Faiâherbe. Ce dernier fut forcé de se mettre en retraite, d'abord sur Albert où il arriva le 25 sans se presser, et ensuite sur Bapaume le 26 décembre. Faidherbe transporta son quartier général d'Albert à Vitry, et ensuite à Douai. Manteuffel put faire investir, dès le 27 décembre, la petite place forte de Péronne, (4,560 âmes), sur la Somme. Faidherbe ne se laissa plus engager dans des combats sérieux, sans renonrer néanmoins à faire de nouvelles tentatives. Mais celle qu'il venait de faire pour réunir une grande masse de troupes et marcher avec elles au secours de Paris avai échoué.
A la même époque avait lieu une nouvelle grande sortie de Paris.