‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871 (volume 2)Chapitre 18 sur 39 · VI.— Sortie de Paris, le 2i décembre · texte numérisé non relu

VI.— Sortie de Paris, le 2i décembre

Par suite des pertes considérables qu'avait subies l'armée de Ducrot dans les derniers jours de novembre et les premiers jours de décembrej et de quelques désordres qui ne s'étaient produits clairement qu'à cette occasion, cette armée fut soumise à une réorganisation. Le 1" corps, Blanchard, fut dissous : la l'* division, de Malroy, en fut répartie dans les divisions de la troisième armée ; la 2' division, de Maud'huy, fut donnée au 3* corps de la deuxième armée, la 3* division, Faron, fut versée dans la troisième armée. — I/armée de Ducrot ne compta plus après cela que 6 divisions d'infanterie et une faible division de cavalerie.

Le plan de la nouvelle sortie, qui devait avoir lieu le 2i décembre et se relier aux opérations de Faidherbe, consistait à exécuter une attaque principale contre la ligne d'investissement au nord de Paris, particulièrement contre la garde prussienne. Cette attaque devait être accompagnée de démonstrations à l'est contre le corps d'armée saxon, el à

l'ouest, sur la presqu'île de Nanterre, contre le 8® corps allemand.

Le peu de mobilité des masses françaises, qui obligeait les chefs supérieure h s'occuper des plus petits détails, avait nécessairement pour conséquences que les troupes françaises devaient toujours être mises en mouvement de trèsbonne heure, ce qui n'avait jamais lieu sans beaucoup de bruit, de sorte que les Prussiens étaient toujours promptement informés des grands mouvements, et que les troupes françaises étaient très-fatiguées par les seuls préparatifs d<î ces mouvements.

La ligne des avant-postes de la garde prussienne allait de Pierrefitte au Bourget, par Stains, et suivait la Molette. Assez loin derrière cette ligne étaient les cantonnements du corps de la garde sur la ligne de Garches, Dugny, Pont- Iblon, le Blanc-Mé'nil, Aunay et Sévran.

Les Français dirigeaient contre la garde prussienne la partie disponible de l'armée de Ducrot et le corps de Saint- Denis, amiral La Roncièré, primitivement 2* division du 3* corps.

Il se produisit, dès le 20 décembre, de grands mouvements dans le camp français. Ce jour-là, La Roncièré fit déployer dans les environs d'Aubervilliers les troupes a\ec lesquelles il devait attaquer le Bourget ; Ducrot déploya sos masses sur la droite, à Bobigny.

Les Prussiens étaient donc parfaitement avertis, dans l'après-midi du 20 décembre, qu'il se préparait pour le 2\ quelque entreprise importante. La 1" division de la garde. Pape, reçut en conséquence l'ordre d'avoir le 21 décembre, entre 7 et 8 heures du matin, toutes ses troupes disponibles dans les environs du Blanc-Ménil, sur la route de Gonesse à Aunay. La 2* division de la gai'de, Budritzky, devait pouvoir se déployer au premier signal à gauche de la division Pape.

La Roncièré ouvrit le feu le 21 décembre à 7 heures du matin en faisant attaquer à la fois Stains, Dugny et le Bourget. Il en fut ici comme de tous les combats de village : la

lutte fut acharnée, avec des alternatives de succès et de désavantages, acharnée surtout au Bourget où elle ne finit qu'à 3 heures du soir par la victoire des Prussiens.

Ce n*est qu'alors que Ducrot déploya son artillerie, notamment contre Pont-Iblon et le Blanc-Ménil, et il fit occuper dans la soirée Drancy et le Groslay par de rin£anterie, ce que les Prussiens n'avaient aucune raison d'empêcher.

En môme temps qu'il exécutait son attaque contre Stains, La Roncière faisait faire une démonstration contre Epinaylez-Saint-Denis avec S bataillons soutenus, de la Seine, par deux batteries flottantes.

L'artillerie des forts de Paris appuya, comme d'habitude, cette sortie, mais sans grand succès.

Le corps d'armée saxon, qui occupait des positions depuis Sévran jusqu'à Chelles sur la Marne, ne fut inquiété dans la matinée que par le feu des forts et de la batterie de marine du mont Avron.

A midi, une forte division de la troisième armée, sous les généiaxjx de Malroy et Biaise, partit des forts de Rosny et de Nogent et marcha, par Neuilly-sur-Marne, contre la Maison-Blanche, sur le chemin de fer de Strasbourg, et la Ville-Evrard, sur le canal de Chelles, près de la Marne, Elle repoussa très-facilement les faibles postes saxons qui occupaient la Maison-Blanche et la Ville-Evrard ; mais en s'avançant plus à l'est, elle rencontra l'inondation du terrain de la rive droite de la Marne, entre Gournay, le Chenay et Chelles, et reçut en même temps sur son flanc gau* che le feu des batteries wurtembergeoises établies sur la rive gauche de la Marne à Noisy-le-Grand.

Quand il vit que les Français ne pouvaient pas avancer plus loin vers l'est, le général saxon de Nerhoff résolut de prendre à son tour l'offensive pour reprendre la Maison- Blanche et la Ville-Evrard. Cette attaque eutlieuàSheures du soir, et cinq bataillons marchèrent contre les points indi* qués. Les Saxons étaient maîtres de la Maison-Blanche k 6 heures et demie. La lutte fut beaucoup plus acharnée à la Ville-Evrard où les Français se maintinrent dans quelques

maisons pendant que les Saxons en occupaient d'autres. L'inondation de la Marne augmenta considérablement dans la nuit et menaça de faire une île de la Ville-Evrard. En conséquence, les Saxons Tévacuèrent à 3 heures du matin, le 22 décembre, et les Français ne se retirèrent que quelques heures plus tard.

La 4« division, du 2* corps allemand, se tenait prête à servir de réserve aux Saxons, mais il ne fut pas nécessaire de l'engager.

La démonstration sur la presqu'île de Nanterre fut commandée par le général Noël et soutenue par un feu violent, mais inefficace du Mont-Valérien ; elle n'aboutit qu'à un combat sans importance à Buzenval.

Les pertes des Allemands, le 21 décembre, se montèrent à environ 500 hommes tués et blessés. Celles des Français étaient beaucoup plus considérables, et ils laissèrent en outre aux mains des Allemands beaucoup de prisonniers non blessés.

On peut dire d'une manière générale que la sortie du 21 décembre fut exécutée mollement et sans ténacité. La cause en est attribuable en partie à la rigueur du froid, mais beaucoup plus au manque de confiance dans le succès qui avait envahi les chefs de l'armée de Paris. Une grande . sortie de Paris, avant que les Allemands ne commençassent le bombardement, ne pouvait avoir de but précis que dans le cas où une armée de déblocus serait à un petit nombre de journées de marche de la place. Bien que M. Gambetta mît hardiment ses fantaisies à la place de la vérité dans les dépêches qu'il expédiait à Paris, les généraux de l'armée assiégée s'inquiétaient plus des faits que Gambetta ne le croyait nécessaire, et ils éprouvaient nécessairement des doutes sur l'exactitude des nouvelles gambettistes, surtout quand ils voyaient Gambetta confondre les deux Epinay et lire aussi étourdiment les cartes et les rapports.

VU. — Opérations dans l'Onest, depuis la reprise d*Orléans par les

Allemands jusqu'à l'armistice.

Nous avons vu que les efforts dn général Faidherbe, pour marcher au secours de Paris et se mettre en communication avec Tarmée de l'Ouest, avaient été déjoués vers a fin de décembre par la bataille de THallue et les corabals qui suivirent cette affaire. La sortie de Paris du 21 décembre n'avait pas eu le moindre effet. Sur ces entrefaites, l'armée française de l'Ouest s'était vue égalera en tempêchw de faire un seul pas vers le but que devaient chercher à atteindre toutes les armées françaises, le déblocus de Pari?.

Après les défaites d'Orléans, la plus grande partie de cette armée de l'Ouest, appelée maintenant deuxième armée, le 16% le 17* et le 21' corps, s'étaient concentrés sur la rive droite de la Loire, au-dessous d'Orléans, sur la ligne de Beaugency à Marchenoir, entre la Loire et le Loir.

Dans ces positions, Chanzy ne fit d'abord que couvrir Tours où se trouvait encore la délégation du Gouvernement, et ce n'est qu'après que cette délégation eut transporté, le 9 décembre, le siège du Gouvernement à Bordeaux, que Chanzy eut la liberté de ses mouvements.

Bourbaki concentrait à Bourges, entre la Loire et le Cher, les troupes qui composaient maintenant la première armée et devaient former plus tard l'armée de l'Est. Le^ corps qu'il s'occupait de réunir avaient énormément souffert ; la retraite les avait mis dans un grand désordre et ils avaient besoin d'une réorganisation. On pensait que cette opération pourrait être terminée vers le 20 décembre, et c'est alors qu'on préparerait la grande opération dans l'Est.

Aussitôt après avoir réoccupé Orléans, le prince Frédéric-Charles disposa son armée de la manière suivante :

La fraction d'armée du grand-duc de Mecklenbourg prit position sur la rive droite de la Loire, au-dessous d'Orléans, entre le fleuve et Châteaudun ;

Le 9* corps traversa la Loire à Orléans et se dirigea sur Blois par la rive gauche ;

La 6" division de cavalerie, soutenue par des détachements dlnfanterie du 3* corps, marcha sur Vierzon à travers la Sologne ;

Le gros du 3' corps remonta la Loire dans la direction de Gien ;

Enfin, le 10* corps resta en réserve à Orléans.

La 17* division, qui formait l'aile gauche de la petite armée du grand-duc de Mecklenbourg, rencontra, le 7 décembre, sur la rive droite de la Loire, en avant de Meung, la division Camô, du 19' corps, que Chanzy avait détachée de Beaugency. Les Français furent repoussés. Chanzy s'avança alors, le 8 décembre, avec le gros de ses forces, de ses positions de Beaugency et de Marchenoir. Le grandduc de Mecklenbourg lui opposa la 17* et la 22* division allemande, ainsi que la 1'* division bavaroise. La victoire resta aux Allemands, ce qui décida définitivement la délégation du Gouvernement français à quitter Tours pour se rendre à Bordeaux. Les troupes du grand-duc occupèrent Beaugency le 8 décembre, et, le 9, les villages de Grand- Bonvalet, Villorceau et Cernay, situés au nord de Beaugency.

Le caractère de ces combats est toujours le même et leur valeur tactique est fort peu de chose. Les Allemands ont le dessus, grâce à la structure plus solide de leurs corps de troupes; les légions françaises, tout improvisées qu'elles soient, vont bravement au feu, mais elles reconnaissent bientôt que toute leur bravoure ne peut rien contre la direction plus ferme et la cohésion de leurs adversaires, et elles lâchent pied ; les réserves qui s'avancent ont bientôt le même sort. Les généraux français quelque habiles qu'ils fussent, ne pouvaient pas être avec chacun de leurs bataillons, et lorsqu'ils avaient été témoins, dans l'espace de quelques heures, de quelques-unes de ces débandades, ils ordonnaient la retraite et employaient toutes leurs forces à la faire exécuter dans le meilleur ordre possible.

De l'autre côté, les Allemands avaient des raisons pour reconnaître la bravoure de ces troupes françaises improviséeSy et notamment les effets de leur artillerie, bien qu'elle fût attelée le plus mal possible. Aux premiers rapports qu'il reçut du grand-duc sur la journée du 7 décembre, le prince Frédéric-Charles ordonna au 10* corps, sa réserve générale, de marcher à son secours, et il enjoignit en même temps au 9* corps, qui descendait la rive gauche de Ja Loire, de coopérer avec le 10' corps quand il en trouverait Toccasion.

Le 9 décembre, le 9"* corps eut à livrer combat à Montlivault et au château de Ghambord, au nord-ouest de Blok

Le 10 décembre, les troupes du grand-duc de Meckleibourg devaient prendre un jour de repos dans les position? qu'elles avaient prises entre Beaucency et Cernay. Ite Ghanzy ne le leur permit point. Il attaqua de nouveau ce» positions le 10 décembre ; le combat dura jusqu'à la nuite) fut soutenu principalement par l'artillerie.

Le but de Ghanzy, dans cette attaque, était surtout de reconnaître encore une fois les positions des Allemands et d'assurer pour quelques jours la marche de son armée sur Vendôme, On se souvient que Faidherbe avait pris à Lille, le 4 décembre, le commandement de l'année du Nonl. Ghanzy voulait maintenant se mettre en communication avec lui. On ne lui demandait plus de couvrir Tours depui* que le Gouvernement était parti pour Bordeaux.

Le combat du 10 décembre et les rapports qu'il en reçut déterminèrent le prince Frédéric-Gharles à donner les ordre:suivants :

Le 10<^ et le 9^ corps d'armée devaient marcher sur filoi^ par les deux rives de la Loire et empocher le passage def troupes françaises de la rive gauche sur la rive droite ;

Le 3* corps d'armée devait renoncer à ses opérations audessus d'Orléans et marcher sur Beaugency pour soutenir directement le gros de l'armée.

Le prince Frédéric-Gharles transporta lui-même sou quartier général à Beaugency le 12 décembre, et le 13 à Suèvres.

La 6* division de cavalerie, en poursuivant dans la So-* igne Taile droite de Tarmée de la Loire, avait atteint, I 7 décembre, Tarrière-garde française à Salbris et lui vait livré un combat heureux ; le 9 décembre, elle occupa ierzon.

Le 3* corps d'armée, remontant la rive droite do la Loire, vait battu, le 8 septembre, à Nevoy, au nord-ouest de rien, des détachements avancés de Bourbaki, et il les 3ursuivait sur Briare, lorsqu'il reçut Tordre de revenir ir la basse Loire.

Le 13 décembre, Blois, déjà évacué par les Français, fut ccupé par des troupes du 10* corps allemand. Le général ^oigts-Rhetz, commandant le lO"" corps, informa le prince 'rédéric-Charles que les Français s'étaient retirés sur Vwiôme, et il se mit à leur poursuite.

Les troupes du grand-duc de Mecklenbourg marchèrent gaiement sur le Loir, par Maves et Oucques, en se dirieaot sur Morée, au-dessus de Vendôme. Leur avant-garde vra, le 13 décembre, plusieurs combats aux Français et it de nombreux prisonniers.

Le 15 décembre, le grand-duc de Mecklenbourg à l'aile roîte et le général Voigts-Rhetz à l'aile gauche rencon^ rèrent une vigoureuse résistance sur la ligne du Loir, epuis Morée jusqu'à Vendôme. La bataille resta indécise, ien que les Allemands fussent vainqueurs sur plusieurs oints.

Le prince Frédéric-Charles, qui avait conservé sonquarer général à Suèvres jusqu'au 17 décembre, ordonna que i 3* c3orps, dès qu'il serait arrivé à Beaugency, marcherait e là sur Vendôme, où se porterait également le 9** corps, près avoir traversé la Loire à Blois. Le prince supposait : u que Gbanzy voulait livrer à Vendôme une bataille déci^ ive pour laquelle les Allemands devaient chercher à être le lus forts possible, — ou qu'il voulait gagner la Seine auessous de Paris, pour se réiinir à Faidherbe et chercher à ëbloquer Paris.

Les généraux français tinrent, le 16 décembre, à Ven*»

dôme un conseil de guerre auquel Gambetta doit asoir assisté. Le plan des opérations y fut modifié. On avait sujh posé d'abord que le prince Frédéric-Charles ne songerait qu'à observer Bourbaki et laisserait en conséquence le champ libre à Chanzy. C'était justement le contraire qiii avait lieu. Le prince Frédéric-^^lharles concentrait touie^ ses forces contre Chanzy, et c'était Bourbaki qui avait !• champ libre.

On espérait maintenant que Bourbaki pourrait gaîiicr beaucoup d'avance pour les opérations qu'il projetait daa^ l'Est, si Chanzy se contentait de se replier sur le Mansetl» camp de Conlie, en attirant après lui toutes les forcer fr prince Frédéric-Charles. On espérait ensuite qu'il ne rest»'raît plus aux Allemands assez de forces disponibles [fc empêcher Bourbaki de débloquer Belfort, de couper 1^ communications entre Paris et la frontière du nord-est, ft même d'envahir l'Allemagne du Sud.

La retraite sur le Mans fut donc résolue, et elle commeof le 16 décembre avec une telle précipitation qu'une foule A papiers importants furent abandonnés à Vendôme et fournirent au prince Frédéric-Charles des renseignements pr^ cieux.

En se retirant, les Français firent sauter les ponts *j Loir, mais d'une manière si incomplète que le Iff aTp allemand put les rétablir en quelques heures.

Cependant, au lieu de suivTC l'ennemi à l'ouest avec î«^«tes ses forces, le prince Frédéric-Charles se contenta d'envoyer dans cette direction des détachements suffisants p^^ observer les mouvements de Chanzy. Il avait pour c* deax raisons : les troupes de la deuxième armée, qui a^*fait pendant les dernières semaines des efforts constants avaient absolument besoin de repos à cause de la rigueo^ de la saison . Il arrivait en outre de Gien des rapports annonçant que des forces françaises considérables — Tarnirt de Bourbaki — se concentraient entre la Loire et Bourgs- Les nouvelles que recevait le prince des mouvements if cette armée lui firent croire, à tort comme nous savoiiN

[ue Bourbaki voulait attaquer la ligne d'investissement au nd de Paris. Dans cette hypothèse il ne voulait pas trop 'éloigner à Touest, afin de pouvoir se porter en temps utile outre Bourbaki avec des forces suffisantes.

Eu conséquence, le prince fit remonter la Loire au 9* et u 3' corps d'armée. Les têtes du 3* corps avaient pu rendre part, le 13, au combat de Vendôme, et le 9* corps rrivait ce jour-là, sur la rive gauche de la Loire, aax enirons de Montrichard.

La fraction d'armée du grand-duc de Mecklenbourg et le 0* corps d'armée étaient chargés d'observer Chanzy et so épJoyèrent sur une ligne très-étendue, allant de Chartres Blois en passant par le cours supérieur du Loir.

L'aile droite de cette position fut occupée par le granduc de Mecklenbourg, auquel on avait enlevé le 1" corps a\arois pour garder la Loire aux environs d'Orléans ; le 0" corps, général Voigts-Rhetz, occupa l'aile gauche.

Le 17 décembre, le prince Frédéric-Charles, fit pourlivre les Français de Vendôme sur Epuisay et sur Droué. ette poursuite confirma complètement la retraite de Chanzy 'rs l'ouest. Le prince transporta son quartier général à t'iing le 18 décembre, et le 19 à Orléans.

Les détachements de la deuxième armée qui s'étaient ancés, le !7 décembre, jusqu'à Epuisay et Droué suivirent înnemi de près jusqu'à Saint-Calais sans rencontrer de sistanec.

La 19* division, Schwarzkoppen, du 10" corps, marcha î Vendôme sur Château-Renault et Tours, non pas pour ouper cette ville, mais pour voir s'il s'y trouvait des forces ançaiscs importantes et couper le chemin de fer de Tours i Mans.

Le 19 décembre, cette division rencontra à Monnaie des tacheraents français qu'elle rejeta sur Notre-Dame-d'Oë, le 21 décembre, elle arriva devant Tours, où furent lancés lolques obus qui firent entamer aussitôt des négociations, ''général Schwarzkoppen n'entra point dans la ville et

prit ses cantonnements à Test de Tours. Le quartier général du 10'' corps se trouvait alors à Blois.

La !'• division de cavalerie, Hartmann, avait été donnée au 10* corps, et le grand-duc de Mecklenbourg av^t à sa disposition deux autres divisions de cavalerie.

C'étaient ces cavaliers, qu'on faisait appuyer au besoin par quelques bataillons, qui étaient spécialement chargé^ de rester toujours en contact avec l'ennemi et d'infonuer l'armée allemande s'il faisait quelque chose ou quels {cuvaient être ses desseins.

Il en résulta dans la dernière quinzaine de décembi*»^, entre le Loir et la Sartbe, diverses rencontres, sans gnuè' importance du reste, et qui pouvaient tout au plus prouver aux Allemands que Chauzy avait encore plus besoin qu etii de donner du repos à ses troupes et de les reformer.

L'une de ces petites opérations est cependant digne dur. mention particulière. Le 25 décembre, un petit détachement de cavalerie prussienne, qui s'avançait de Vendôme en descendant le Loir, fut reçu à coups de fusil dan> ^ villages de Troô et de Sougé. Voulant châtier ces localit<% Kraatz-Koschlau ordonna qu'un détachement de 6 comjvH gnies du 19^^ un escadron du 12* uhlans et 2 pièce< d: canon, partirait de Vendôme le 26 décembre et s'avanct^rsij jusqu'à la Braye, par Montoire, Troô et Sougé, en brûlanl les lieux habités où il rencontrerait la moindre résistance et emmenant des otages, d'après le système adopté depui plusieurs mois par les Allemands. i

Ce détachement, commandé par le lieutenant-colonel i Boltenstem, du 79% marcha, le 26 décembre, jusqu'à Mi toire; le 27, il laissa des postes à Montoire et aux Rocl et s'avança jusqu'à Troô où il fut accueilli à coups de h et perdit deux heures environ à fouiller le village. Il mi ensuite sur Sougé où il trouva des troupes ennemies aM lesquelles il engagea le combat. Pendant qu'il luttait aii de front, Boltenstern remarqua que d'autres troupes fra çaises en nombre considérable se déployaient sur son fh

droit et s'avançaient dans la direction de Troô et des Roches pour lui couper la retraite.

Il ordonna aussitôt la retraite, arriva sans encombre à Troô, où il rallia une compagnie qu'il y avait laissée, et marcha ensuite sur Montoire. En arrivant à Saint-Quentin, il reçut des coups de canon des hauteurs situées au nord de ce village et qui s'élèvent à 150 pieds au-dessus de la vallée du Loir, puis, à Test de Saint-Quentin, il trouva de l'infanterie française qui lui barrait le passage en appuyant sa droite aux hauteurs dont nous venons déparier et sa gauche au Loir. Boltenstem dispersa alors toute l'infanterie qu'il avait avec lui, 4 compagnies, en une ligne épaisse de tirailleurs, et la fit suivre de près par l'escadron et par l'artillerie qui était fort mal attelée parce qu'elle avait perdu plusieurs chevaux. Ainsi formé, il prit l'offensive, traversa l'infanterie française en lui faisant 250 prisonniers, et il arriva ainsi jusqu'à Montoire avec les 50 otages qu'il avait' pris à Tpoô et à Sougé, Il eut à y livrer un nouveau combat contre un détachement français qui avait chassé de Sougé le poste qu'il y avait laissé et voulait lui barrer le passage. 11 fut encore une fois vainqueur et arriva vers 11 heures du soir à Vendôme, sans avoir perdu dans cette expédition plus de cent hommes.

Un détachement que le général Voigts-Rhetz envoyait le 26 décembre de Blois sur Amboisc, par la rive gauche de la Loire, rencontra à Rilly un faible détachement français qui se retira sans combattre sur Montrichard. •

Dans la seconde moitié de décembre, l'aile gauche de l'armée du prince Frédéric-Charles, c'est-à-dire le 3® et le 9* corps, avec la cavalerie qui leur était attachée, entreprirent plusieurs expéditions dans la Sologne jusqu'à Vierzon et, par Aubigny, jusqu'à la Chapelle, dans la direction de Bourges, en même temps que de Montargis sur Gien et Briare, en remontant la Loire. Un détachement bavarois avait été forcé de rétrograder le 15 décembre de Gien à Ouzouer.

Une fraction du 9' corps d'armée, qui marchait de Mon-

largîs sur Briare pour couper le chemin de fer de Gien à Nevers, eut un engagement avec des troupes françsdses entre Miennes et Cosne.

Malgré toute l'activité de son aile gauche, il est assez remarquable que le prince Frédéric-Charles ne fut instruit que fort tard des projets de Bourbaki, au commencement de janvier 1871 seulement, alors que le mouvement de Bourbaki était déjà en voie d'exécution.

Le prince avait à se demander s'il suivrait Bourbaki vers l'est ou s'il marcherait à l'ouest contre Chanzy. De concert avec le grand quartier général de Versailles, il se décida pour ce dernier parti, parce que d'autres troupes allemandes pouvaient être rendues disponibles contre Bourbaki.

Il concentra donc rapidement le 3* corps sur Beaugency, le 9' corps sur Orléans; le 10* corps était à Blois, avec la 20* division à Vendôme ; le 1 3* corps occupait les environ^ de Chartres.

C'est le 6 janvier que les grandes opérations contre Chanzy devaient commencer de la ligne du Loir.

Les troupes allemandes occupaient ce jour-là les positions suivantes ;

Le 1 3* corps — grand-duc de Mecklenbourg — à Brou sur l'Ozanne, entre l'Huisne et le Loir, avec un détach^ ment à droite à Nogent-le-Rotrou ; la 4* division de caval^ rie était attachée au 13* corps ;

Le 9* corps (18' division d mfanterie et artillerie de réserve), et la 2* division.de cavalerie à Morée sur le Loir;

Le 3* corps relevait la division Kraatz-Kosclilau à Vendôme sur les deux rives du Loir ;

Le 10* corps à Montoire, ainsi que la 1" et la 6* division de cavalerie.

Les colonnes allemandes devaient partir de ces positions pour faire unxî marche concentrique contre le Mans, centre (les positions françaises.

Les conditions de cette marche n'étaient pas très-fa\orables. Le terrain entre le Loir et la Sarthe jusqu'aux en\irons du Mans, pays que les guerres de la chouanerie ont

readu célèbre, est parsemé de quelques fermes isolées et de \illages en petit nombre. Les jardins et les champs y sont entourés de haies vives et coupés par des allées d'arbres ; le sol y est légèrement accidenté et sur les points les plus éle-^ vés se trouvent des châteaux, pour la plupart de construction ancienne, qui donnent d'excellents points d'appui pour des défenses partielles. Cependant, si l'on fait abstraction des ch&teaux, les vieux soldats allemands pouvaient se trouver en pays de connaissance sur ce terrain, qui devait leur rappeler ce qu'ils avaient vu dans le Schleswig-Holstein. Supérieurs, comme valeur individuelle, aux troupes françaises auxquelles ils avaient affaire, ils ne devaient pas craindre d'avoir à combattre dans ces contrées. — Le temps fut affreux pendant la période où se livrèrent les combats que nous allons raconter : le froid et la neige alternaient avec le dégel. Ce dernier produisit la boue, également désagréable en marche et au bivouac ; le froid après le dé* gel causait un verglas qui rendait impossibles les marches rapides, et des ouragans de neige qui obscurcissaient la >ue.

Le prince Frédéric-Charles transporta, le 4 janvier, son quartier général d'Orléans à Beaugency, et le 5 àOucques.

Le 6 janvier, des combats s'engagèrent sur toute la ligne.

A l'aile droite, le détachement qui couvrait le flanc droit du grand-duc de Mecklenbourg eut à combattre à la Loupe, puis à la Fourche, et il ne put arriver le 6 jusqu'à Nogentle-Rotrou. Le gros du 13' corps se concentia à l'ouest de Brou.

Au centre, le gros de la division Kraatz-Eoschlau avait marché de grand matin des environs de Vendôme sur Montoire. Ses troupes avancées, qui avaient été laissées en arrière au ravin d'Azé et dans la forêt de Vendôme, furent aussitôt attaquées par les Français. Mais à midi les têtes de [colonne du 3® corps, venant de Villetrun etde Villeromain, titrèrent en ligne et réussirent avant la nuit à rejeter le& TFançais de l'autre côté du ravin d'Azé.

Les fractions du 10* corps, venant de Vendôme et de Saint-Amand, se coiiceutrèrent sur la Brenne, aprte a>oir livré des combats sans importance aux environs des Rodie< et de Lavardin.

Pour couvrir là marche en avant du 1 0* corps, la T et la 6° division de cavalerie avaient été laissées à Saint-Amand. Elles y furent attaquées à midi dans la direction de Château-Renault et furent obligées de se replier au nord sur Ambloy et Huisseau-en-Beauce.

Afin de n'être pas arrêté, le 7, dans sa mardiesurk Chartre, le général Voigts-Rhetz, chef du 10' corps d'armée, envoya à Ambloy le colonel Lehmami, avec 4 bataillons d'infanterie de la 37* brigade, pour appuyer legéném Hartmann qui commandait la 1'® et la 6* division de cavalerie.

Le prince Frédéric-Charles mit, le 6 janvier, son quartier général à Vendôme. Il donna, comme ordre générale son armée pour la journée du 7, celui de s'avancer jusqu à la ligne de la Braye, afQuent de droite du Loir.

Le détachement qui couvrait le flanc droit du 13* coTy" s'avança ce jour-là par Nogent-le-Rotrou, où il eut à livrer combat, jusqu'au Theil, sur l'Huisne; le gros du corps !<(rendit à Autbon.

Au centre, le 9^ corps marcha par Danzé siirEpuisay;!'' 3® corps s'y dirigea également par Azé, en envoyant tur Savigny un détachement de 6 bataillons et de € batte^ie^. sous les ordres de Stulpnagel, pour couvrir son flanc gauche.

Des combats eurent lieu à Ëpuisay et à Savigny, par un brouillard intense qui rendait presque impossible l'emploi de l'artillerie ; le 3^ corps occupa les positions de Sargé ^■ de Savigny, le 9* corps resta derrière à Epuisay.

Le 10« corps, n'étant pas sûr de son affaire, resta à Montoire. Cependant le détachement du général Hartmann, qui formait Textréme gauche de Tarmée, ne fut point attaqué, i^' 7, par tes Français qu'il avait devant lui et qui se retirèrent au contraire plus à Touest.

Chanzy, qui s'attendait au milieu de décembre à ce qur

le prince Frédérîc-Cliaries allait le suivre et laisser ainsi le champ libre à Bourbaki, fut tout étonné, au commencement de janvier, que le prince n'eût pas suivi Bourbaki.

Voici quel était Tordre donné aux Allemands pour le 8 janvier : le centre devait forcer la ligne de la Braye par la route de Vendôme à Saint-Calais, le 9® corps s'avançant au nord de cette route, le 3* au sud ; Taile droite et l'aile gauche devaient prendre à revers la ligne de la Braye, le 13* corps en descendant la vallée de THuisne, le 10* la vallée du Loir.

Le centre ne rencontra pas de résistance et s'avança par Kcorpain jusqu'à Saint-Calais où le prince Frédéric-Charles init son quartier général. Le gros du 13* corps arriva jusqu'à la Ferté-Bemard, dans la vallée de l'Huisne, tandis qu'un détachement de gauche, qui devait cherdier à relier l'aile droite avec le centre, allait par Vibraye jusqu'à Berfay, et qu'un détachement de droite (4*^ division de cavalerie), qui devait battre le pays dans la direction d'Alençon, i^Ia jusqu'à Bellesme, sans toutefois pouvoir occuper cette localité.

A l'aile gauche, le gros du 10* corps s'avança jusqu'à la Chartre, sur le Loir ; la brigade Lehmann, qui fut enlevée au détachement Hartmann, se rendit à Sougé. Hartmann resta autour de Saint-Amand pour battre le pays sur les deux rives de la Brenne.

La 14* brigade de cavalerie, Schmidt, maintenait, par Vancé, les conununications entre le 3® et le 10' corps.

Le 9 janvier, le prince Frédéric-Charles voulait concentrer son armée sur un front resserré allant de Montfort sur l'Huisne (13* corps), par Ardenay (3* corps), àParignél'Evêque (10® corps) ; le 9" corps, en réserve, devait suivre le centre jusqu'à Bouloire.

U résulte de là que le 10« corps, qui avait marché jusqu'à présent de l'est à l'ouest, devait se diriger maintenant vers le nord.

Des détachements de flanc devaient couper les chemins de fer du Mans à Alençon d'un côte, et à Tours de l'autre.

1.0 8 janvier avait été une claire et froide journée d'hiver; il tomba de la neige la nuit suivante, ce qui rendit, le 9, les routes affreusement glissantes. Il y eut cejour-lkdes tounnentes de neige.

A l'aile droite, le 13* corps, après avoir livré plusieu^ combats, notamment aux environs de Sceaux, s'avança jibqu'au front Connerre-Thorigné, sur le ruisseau de la NV ^'ue et la rive gauche de l'Huisne.

Au centre, la 6' division, du 3* corps d'armée, s'empara du villîige et du château d'Ardenay et s'établit sur la m droite du Narais ; sur sa gauche, la 5* division s'avança jibqu'au front Surfond-Challes et occupa ce dernier >illage ainsi que la rive gauche du Narais.

A l'aile gauche, le gros du 10* corps (20* division et artillerie de réser\'e) marcha de la Chartre sur le Grand- Luci' et arriva jusqu'à Brives, après avoir livré combat à ce dernier endroit ainsi qu'à l'Homme. — Le général Voigt- Rhetz avait envoyé la brigade Lehmann à Vancé, sur son flanc droit, pour appuj er la brigade de cavalerie Schmidt. — Voigts-Rhetz laissa sur son flanc gauche, sur laBrenne, le détachement du général Hartmann, renforcé de la 38* brigade d'infanterie (Cranach), pour couvrir ses communications avec Vendôme. La 15® brigade de cavalerie, delà 6® division de cavalerie, fut cependant enlevée au détachement d'Hartman et suivit à Brives la 20* division.

Le 9* corps, réservé de l'armée, suivit le centre sur h route de Saint-Calais et s'arrêta à Bouloire où le princu Frédéric-Charles mit, le 9, son quartier général.

Le prince consacra la journée du 40 janvier à concentrer davantage son armée dans les directions précédemment indiquées vers le Mans ; il ordonna cependant au 13* eorp^ d'envoyer un fort détachement sur la rive droite de rfluisne, pour appuyer la 4* division, de cavalerie qui était dirigtt sur Bonnétable.

La 22* division, du 13e corps, traversa l'Huisne à Sceaui. s'empara de Beillé et marcha ensuite sur Lombron. Dan;^ ce mouvement, elle fut attaquée sur son flanc droit de b

Chapelle Saînt-Rémy, ce qui la força de lepUer son ilc droite, et eUe était le soir sur la rive droite de THuisne sa droite au château de Couléon, et sa gauche à Connerre.

La 17* division reçut également dans la journée Tordre de passer THuisne et de s'avancer , si elle pouvait, sur Savigné-rEvèque. Elle chercha donc à s'emparer du passage de Pont-de-Gesnes, au-dessous de Connerre, mais elle fut repoussée par la division Rousseau qui occupait Montfort.

Au centre des Allemands, le 3* corps d'armée s'avança sur la rive gauche de l'Huisne.

La 12^ brigade, Bismarck, suivit la route d'Ardenay au Mans ; elle détacha un bataillon à droite sur Mars-la- Bruyère, pour chercher à communiquer avec un autre détachement de flanc, sous les ordres du comte Lynar, qui occupait depuis le 9 la Belle-Inutile sur la route de la Ferté-Bernard au Mans. La 12' brigade rencontra les Français dans l'après-midi à Saint-Hubert, au delà de la Coquillière ; elle eut à soutenir un long combat de bois, s'empara vers Je soir d'une portion du village de Champagne, mais cllo ] 'évacua presque aussitôt, h ce qu'il paraît, sans y ôtr;^ forcée.

La H* brigade d'infanterie, Flatow, s'avançaot à gauche de la 12*, marcha par Rossay sur Gué-la-Hart et Changé^ où elle fut engagée dans un violent combat.

La 5* division d'infanterie prit part avec son aile droite au combat de Changé ; le gros de ses forces repoussa les Français de Parigné-l'Evêque jusque vers le château de la Paillerie.

Le 3* corps, ayant son aile gauche très-avancée, occupait le 1 0 au soir une ligne passant à peu près par Mars-Ia- Bruyère sur l'Huisne, Saint-Hubert, Gué-la-Hart et la Paillerie.

Le iO* corps d'armée à l'aile gauche ne rencontra pas Tennemi le 10 janvier, mais il fut souvent arrêté par les obstacles accumulés sur les routes. H arriva jusqu'au Grand- Lucé où il forma la réserve de l'aile gauche du 3' corps.

Le 9* corps se concentra à Bouloire comme réserve générale.

Le général Chanzy voulait encore livrer une bataille décisive devant le Mans. A Test de cette ville le caractère du terrain que nous avons indiqué plus haut d'une manièrv générale devient encore plus marqué. Des bois d'une pb grande étendue viennent en outre en augmenter les difficultés.

Les forces de Chanzy occupaient, le 10 au soir, les positions suivantes :

A Taile gauche, sur la rive droite de THuisne, de I- Chapelle-Saint-Rémy à MontfortparLombron, le 16* oorpN commandé maintenant par l'amiral Jauréguiberry ;

Au centre, sur larive gauche de riIuisne,àChampagDt. gardant le ruisseau du Narais ei les routes de la Ferlé- Bernard et de Saint-Calais, et s'appuyant au plateau d'Auvours, situé au nord de ces routes, était le 17* corps, général de Colomb, — plus à droite, à Changé, entre fc routes de Saint-Calais et de la Chartre, se trouvait um partie du 21* corps (Jaurès), sous les généraux Gougeard et Jouffroy ;

A l'aile droite, sur la route de la Chartre, avec un détache ment sur là route de Ch&teau-du-Loir au delàd'Ëcommo). était la division Roquebrune, du 1 9** corps.

Des gardes mobiles et des gardes nationaux mobilisés de Bretagne, qui venaient d'arriver du camp de Conlie, formaient la réserve derrière l'aile gauche et le centre.

Le front de la position française avait une étendue d'environ 22 kilomètres ; il était faiblement occupé, puisquT n'avait en moyenne que 4 hommes par pas ; ses points b plus forts étaient au centre, à Champagne et Changé, le^ plus faibles aux ailes.

Derrière ces positions on en avait indiqué d'autres, sur lesquelles les troupes françaises devaient se replier si elle? étaient forcées d'évacuer les premières ; c'était par exempk à l'aile gauche Saint-Corneille, à l'aile droite le Vert-Galant (la Tuilerie), sur la route d'Ecommoy, entre les Mortes-

Aures et Pontlieue. La nouvelle position, qui n'était pas h plus de 4 ou 5 kilomètres du Mans, avait encore un front d'au moins i 1 hilomètres, et elle ne pouvait être utilisée que pour couvrir la retraite de l'armée française sur la rive droite de la Sarthe.

Le prince Frédéric-Charles prépara pour le 11 janvier une bataille décisive : au centre, le 3* corps ne devait pas d'abord s*engager trop fortement, en partie pour attendre l'arrivée du 9* corps, — la réserve, — et en outre pour permettre aux deux ailes, 13* et 10'' corps, de s'avancer et de prendre l'ennemi en flanc.

La 17* division, du i3* corps, qui n'avait pas pu forcer, le 10, le passage de THuisneà Pont-de-Gesnes, traversa la rivière le 11 à Connerre. La 22' et la 17* division s'avancèrent alors contre la ligne la Chapelle-Lombron.

L'avant-garde de l'aile droite du 3' corps dut commencer par reprendre, le 11 au malih, Champagne, qui avait été évacué le iO. Les efforts du 3° corps se concentrèrent ensuite contre Changé et les châteaux des Arches et des Noyers. Ces points ayant été occupés, les Allemands s'avancèrent jusque dans les bois de l'Epeau.

Vers midi, le §• corps, qui s'était avancé en réserve du 3* corps jusqu'à Champagne, combattait bravement contre le plateau d'Auvours. Dans l'après-midi, une partie de la 48* division fut détachée de Champagne sur la rive droite de THuisne pour soutenir le 13'' corps.

A l'aile gauche, le 10* corps, se conformant aux ordres qu'il avait reçus, s'établit avec le gros de ses forces sur la route d'Ëcommoy, en ne laissant sur celle du Grand-Lucé qu'une brigade de cavalerie avec fort peu d'artillerie et d'infanterie.

La route d'Ëcommoy étant faiblement occupée par les Français, la 20' division d'infanterie s'y avança jusqu'aux Mortes*Aures, et la brigade Lehmann, qui la suivait avec la réserve d'artillerie du corps, alla jusqu'à Mulsanne.

La brigade de cavalerie Schmidt, qui avait été laissée sur le flanc droit du 10* corps, sur la route du Grand-

Lucè, se porta par Parigné-FEvèque jusque vers le ch&ieau de la Paillerie.

Lorsque la 20* division eut atteint les Mortes-Aures, son chef, le général Eraatz-Koschlau, envoya quelques bataillons contre la Tuilerie (Vert-Galant). Ces batailloDS s emparèrent de cette position, à laquelle Chanzy attachait uoe importance toute particulière.

Le 12 janvier, le prince Frédéric-Charles voulait poursuivre son attaque dans les mêmes directions ; mais Chanzy prit de très-bonne heure Toffensive sur tous les points. Le 1 1 au soir, le prince Frédéric-Charles avait mis son quartier général à Ardenay. Le 12 janvier il faisait froid et un brouillard épais qui ne tomba que vers midi ; toutes les routes étaient couvertes de verglas.

La 22* division, du 13' corps, s'avança à droite de la Chapelle, par Saint-Célerin et Torcé, contre la route de Bon né table au Mans, et elle marcha sur cette route jusqu'à Sainte-Croix, en livrant des combats continuels ; la 4* division de cavalerie battait le pays sur sa droite jusqu'à Ballon et Souligné.

La n^ division se déploya à gauche de la 22% vers Saint- Corneille ; elle était soutenue par la 35' brigade, filumenthal, qui était passée tout entière sur la rive droite de THuisne. Deux bataillons de cette brigade, qui avaient pris position à Fatines dès le 1 1 , y furent attaqués vigoureusement par les Français dans la matinée du 12. La 17' division et la 35* brigade se maintinrent jusqu'à la nuit sur le ruisseau delà Parance.

Au centre, la partie disponible du 9® corps allemand, sur la rive gauche de l'Huisne, combattait avec des succte variables autour du plateau d'Auvours. Les Français avaient attaqué de bonne heure le 3'' corps sur la basse Huisne, dont ils occupaient toujours la rive gauche. On combattit toute la journée sur ce point sans résultat décisif.

C*est à Taile gauche des Allemands que le succès décisif devait être obtenu. Le 10« corps et la brigade de cavalerie

Schmidt, s'avançant par les routes d*Ecommoy et du Orand-Lucé, arrivèrent à 4 heures du soir tout près du Mans. Une terreur panique saisit alors Taile droite des Français. Elle occasionna d'horribles scènes. Des soldats français jetèrent des blessés hors de wagons prêts à partir pour y prendre leurs places. Il ne restait plus au gé- , nëral Ghanzy qu'à ordonner rapidement la retraite de son centre et de son aUe gauche. Il dirigea le 21» corps, Jaurès, sur Alençon, le 17* et le reste du 19'' sur Laval, sous les ordres de Colomb ; il ordonna d'évacuer immédiatement le camp retranché de Conlie, et chargea l'amiral Jauréguiberry de couvrir la retraite qui n'était plus, à vrai dire, qu'une fuite.

Le prince Frédéric-Charles, qui avait assisté à la bataille du 12 janvier avec le 3* corps, ne comptait plus obtenir ce jour-là un succès décisif. A la nuit tombante, il était retourné à Ardenay, a&n de prendre ses dispositions pour reconunencer le combat le i 3 janvier, lorsqu'il reçut, à 8 heures du soir, la nouvelle que le Mans était pris par le 10* corps, et que la 5* division, du 3* corps, suivant le «entre français en retraite, avait déjà pénétré dans la ville, après avoir enlevé le château des Arches.

Les pertes de la 2« armée allemande, depuis Vendôme jusqu'au Mans, ou depuis le Loir jusqu'à la Sarthe, furent évaluées à 3,800 hommes tués et blessés. Pendant ces six jours de combats, du 6 au 12 janvier, les pertes des Français étaient beaucoup plus importantes; les Allemands leur avaient pris en outre 16,000 prisonniers non blessés, 12 bouches à feu et un grand nombre de voitures. Dans les jours qui suivirent la prise du Mans, plus de 6,000 prisonniers ou traînards tombèrent encore aux mains des Allemands.

Après le succès qu'il venait d'obtenir au Mans, le prince Frédéric-Charles n'avait pas l'intention de marcher plus à l'ouest avec toutes ses forces ; mais il voulait au moins recueillir de sa victoire le plus de fruits possible en faisant opérer par quelques détachements une poursuite vigoureuse,

et il donna ses ordres en conséquence pour le 13 janvier. Le 15, il transporta luinmème son quartier général au Mans.

Le grand-duc de Mecklenbourg reçut pour instmetioD? de marcher sur Alençon , en remontant la Sarthe, avec le IS"* corps d'armée, la 4' division de cavalerie et la 12* brigade de cavalerie (de la 5* division) . Pendant cette marche, la 22"" division d'infanterie livra, le 13 et le 14 janvier, des combats d'avant-garde à Ballon et à Beaumont, et le 15 à Frénay. Alençon fut occupé le 17, et un fort détachement en partit le 22 et marcha sur Rouen pour établir lés communications avec la première armée, et empêcher en même temps des corps dispersés de Chanzy de rejoindre Faidherbe.

La 14«brgade de cavalerie, général de Schmidt, soutenue par des fractions du 9® corps d'armée, marcha du Mans sur Laval, en partie sur la voie ferrée par Conlie, en partie sur la grande rouie par Chassillé. Le 14 janvier. Schmidt atteignit Tarriëre-garde française à Chassillé, sur la Yègre, et il la repoussa devant lui en faisant quelques centaines de prisonniers. Le 16, il avait déjà dépassé Yaiges et il s^arréta en vue de Laval. Sur ces entrefaites, les AII^ mands avaient occupé, le 14, le grand camp fortifié de Conlie, où ils trouvèrent une immense quantité d'approvisioanements parfaitement intacts.

Le 13 janvier, une brigade combinée du 3' corps prussien prit la direction d'Angers où le 3« corps français semblait vouloir se retirer.

Enfin, une partie du 10« corps occupa Tours sans résistance, le 19 janvier.

L'armée française de l'Ouest, que commandait le général Chanzy, était pour longtemps hors d'état de combattre.

Le prince Frédéric-Charles avait mis toute une semaine pour faire cette marche victorieuse de 70 kilomètres de Vendôme au Mans. En admettant donc que Chanzy, qui se trouvait maintenant derrière la Mayenne, fût en état de reprendre l'offensive vers le 20 janvier et qu'il ne pût pas

marcher de Touest à l'est plus rapidement que le prince Frédéric-Charles n'avait marché de Test à Touest, il ne pouvait pas arriver sous les murs de Paris avant le 20 février.

Mais, dans l'état réel des choses, Chanzy ne pouvait songer à reprendre roffensive. Le nombre de ses troupes à peu près disponibles pour combattre s'élevait h peine à 70,000 hommes, et il ne pouvait pas fonder de grandes espérances sur la qualité des renforts qui pouvaient lui être envoyés dans les premières semaines. Mais, en admettant même que ces renforts pussent être meilleurs, il fallait toujours quelques semaines pour les faire arriver en assez grand nombre pour autoriser Chanzy à prendre l'ofTensive. Nous pouvons donc affirmer que, dans le cas le plus favorable et en admettant que Chanzy fût constamment heureux dans cette nouvelle offensive, il ne pouvait pas arriver aux environs de Paris avant le commencement de mars.

Le Gouvernement de la défense nationale, à Paris, ne fut point informé de la véritable situation de l'armée de rOuest. Il apprit cependant bientôt par une dépêche de M. Gambetta, ministre délégué de Tintérieur et de la guerre, que Chanzy s'était retiré derrière la Mayenne. Mais le Gouvernement pouvait conclure, des termes de cette dépêche, que c'était volontairement et dans l'intérêt de l'exécution d'un plan profond de Gambetta que Chanzy s'était retiré derrière la Mayenne, au lieu d'y être forcé par l'armée du prince Frédéric-Charles. Le Gouvernement blâmait le plan de Gambetta, mais le résultat n'en était pas moins un fait accompli.

Ce fait, réuni à d'autres de même nature, et la situation particulière de Paris forcèrent à conclure, le 28 janvier, une capitulation et un armistice qui fut mis en vigueur le 31 pour les deux armées qui se trouvaient en présence dans l'ouest.

Diverses rencontres moins importantes eurent également lieu sur la Loire pendant les grandes opérations du prince Frédéric-Charles. Nous n'en mentionnerons que la pointe

que fit, de Nevers, un détachement du 25* corps fraoçais, général Lecointe, contre Briare où se trouvait un faible détachement de la brigade Rantzau, du 9^ corps allemand.

VIII. — Opérations dans le Nord pendant le mois de janvier 1871.

Nous avons suivi les opérations dans le Nord jusqu'à h fin du mois de décembre. Le général Faidherbe s'était retiré sur Douai après le combat de Pont-Noyelles, et il avait concentré ses troupes au camp de Vitry, entre Douai et Arras.

La première armée allemande, sous les ordres du général de Manteuffel, fournissait de nombreux détachements et avait le gros de ses forces devant Amiens, sur les routes d'Arras et de Douai (par Bapaume).

Elle était couverte à son aile droite par un fort détachement, composé de la 3' division de cavalerie prussienne, de la division de cavalerie saxonne, du 19* régiment d'infanterie allemande et du 1 *' bataillon de chasseurs saxons. Ce détachement, commandé par le général de Grœben et qui fut mis, le 2 janvier 1871, sous les ordres du prince Albert de Prusse (le plus jeune), surveillait le canal de Saint- Quentin — qui va de l'Oise à l'Escaut — et toute la ligne de Saint-Quentin à Cambi^ay.

Le général de Bentheim, avec la plus grande partie de sa division, était sur le flanc gauche deManteuffel^ à Rouen, et commandait les deux rives de la Seine.

Le 2 janvier 1871, Faidherbe, auquel on ne saurait contester une grande activité, mit ses troupes en marche du camp de Vitry. La 2® division du 23« corps, général Robin, rencontra ce jour-là la 30* brigade d'infanterie prussienne à Sapignies» au nord de Bapaume, sur la route d'Arras ; il s'engagea un violent combat dans lequel les Prussiens se

maintinrent. La division Robin, avant-garde de Faidherbe, ne put point être soutenue le 2 janvier ; mais Faidherbe amena dans la soirée tout le 22* corps et il le disposa pour le lendemain sur là ligne d'Achiet à Ervillers où Robin se retira de son côté.

Cependant les Allemands avaient reçu, eux aussi, pour le^ janvier, des renforts importants, toute la 15* division et le détachement du prince Albert. Le général Faidherbe prit roffensive, le 3 au matin. Sur son aile droite, à Achiet, le combat se maintint à peu près indécis ; sur son aile gauche, il voulut s'avancer d'Ervillers sur Béhagnies, mais il ne put y réussir, malgré la grande supériorité numérique qu'il déploya sur ce point. Lorsque la nuit vint, la lutte était encore sans résultat, mais tandis que les Allemands avaient conservé toute leur cohésion, les Français s'étaient fort désunis. Faidherbe crut, à cause de cela, devoir ordonner la retraite. Il ne se retira cependant qu'à 8 kilomètres du champ de bataille, à Boisleux, dans la direction ^d*Arras, et il y resta, sans être inquiété, jusqu'au 6 janvier. La perte des Allemands, dans les deux journées du 2 et du 3 janvier, s'élevait à 1120 hommes, dont 46 officiers tués ou blessés. D'après ses propres données, Faidherbe aurait perdu 4,000 hommes.

Les Allemands n'avaient pas poursuivi Faidherbe, soit qu'ils craignissent de s'engager au milieu des places fortes du Nord, soit parce que des changements importants survenaient à cette époque dans la première armée, ^n effet, dès qu'il fut certain pour le quartier général allemand de Versailles que Bourbaki avait commencé son mouvement de l'ouest à l'est, de Nevers à Besançon, pour tomber ensuite sur le corps de Werder, on avait décidé la formation d'une armée allemande du Sud dont le commandement fut donné au général de Manteuffel, jusqu'alors chef de la première armée. Il fut remplacé à la tête de la première armée par le général de Gœben, dont le corps d'armée, le 1", fut donné au général de Bentheim, chef de la 1'* division, laquelle passa sous les ordres du général de Gayl.

Nous savons déjà que Bentheim était à Rouen au commencement de janvier. Un corps français, sous le général Roy , se disposait à Tattaquer sur la rive gauche de la Seine et devait être appuyé par un autre corps qui s'avancerait par la rive droite. Mais ce dernier ne parut point. Bentheim, instruit de l'approche de Roy, passa le 4 janvier, au matin, sur la rive gauche de la Seine au-dessous de Rouen, prit les Français en flanc et à revers à Moulineaux et les obligea à une prompte retraite. Il les poursuivit ensuite vigoureusement, les atteignit le soir du même jour à Bourgachard et leur fit subir un nouvel échec. Les Français perdirent beaucoup de prisonniers. Le lendemain, 5 janvier, Bentheim reçut sa nomination de chef du !•' corps d'armée.

Bien qu'il ne fût pas inquiété, Faidherbe porta, le Bjacvier, ses troupes plus au nord, entre Arras et Douai, pour avoir une plus grande liberté d'action. Il paraît que le nouveau plan était pour lui de se jeter par Reims sur le^ derrières des Allemands qui pourraient être envoyés contre Bourbaki et de chercher à rejoindre ce général.

Il détacha aussitôt sur Achiet le Grand une avant-garde de la division Derroja (lieutenant-colonel du 33' au commencement de 1870), et une de la division Robin sur Bapaume.

Un détachement se porta ensuite de Bapaume à Albert, sur la route d'Amiens.

En outre, Faidherbe fit envoyer, par le télégraphe à Lille et à Bruxelles, la nouvelle qu'il marchait de nouveau sur Amiens. Un de ces télégrammes du 14 janvier annonçait que Faidherbe avait mis ce jour-là son quartier général à Albert.

Dans le fait, le chef de l'armée française du iSord dirigeait alors le gros de ses forces non pas sur Amiens, mais beaucoup plus à l'est, sur Saint-Quentin.

Faidherbe pouvait exécuter sans difficultés les mouvements qu'il annonçait, car, en prenant le commandemeot de la première armiée, le général de Gœben avait ramené,

sur la rive gauche de la Somme, toutes ses troupes disponibles à l'esception du détachement du prince Âlhert. Ce détachement, composé principalement de cavalerie, devait observer les Français et donner des nouvelles de leurs - mouvements.

D'après le rôle qu'avait à jouer la première armée, Gœben, devant surveiller une grande étendue de territoire, ne pouvait pas réunir sur un point donné des forces trèsconsidérables, et il reconnut alors opportun de se cacher autant que possihle avec les forces qu'il pouvait réunir, afin d'épier le moment favorable et de.tomber ensuite sur te point qu'il choisirait.

La place de Péronne, étroitement investie depuis le 27 décembre, capitula le 10 janvier. Cela rendit Gisben maître lie toute la ligne de la Somme et du canal de l'Oise. Il avait en son pouvoir la Fère, Ham, Péronne et Amiens, ce qui lui permettait de passer où il voudrait de la rive nauche sur la rive droite de la Somme, soit & l'une de ses ïiles, soit au centre de la ligne qu'occupait son armée. 11 ne se laissa pas tromper par les télégrammes de Faidberbe, mais il recommanda au prince Albert de redoubler de vigilaoce.

Lorsque Gœben apprit que Faidherbe marchait sur ^nt-QuenUn, il réunit toutes ses troupes disponibles, passa sur la rive droite de la Somme à Ham, et son avantgarde altequa celle de Faidherbe, le 1 6 janvier, à Beauvais. Les Français furent rejetés en arrière sur Vermand et ^ainMJueDtin. La bataille principale eut lieu le 19 janvier et Fai^rbe y engagea la plus grande partie des 22' et 23' corps. Ce dernier se composait principalement de gardes nationaux récemment mobilisés.

Le combat commença le 19 de grand matin. A l'aile droite le 23* corps français tint assez bien ; mais à l'aiie ;jauche française, h 19' régiment allemand, du détachement du prince Albert de Prusse, prit d'assaut vers imdi la ^are de Saint-Quentin. Cela décida la défaite des Français. Une terreur panique s'empara du 22' corps, et le 23* corps

ne put faire autre chose que de se mettre en retraite également.

Les Allemands poursuivirent les Français pendant les trois journées du 20, du 2i et du 22 janvier et firent près de 12,000 prisonniers ; leur cavalerie s'avança jusqu'au Cateau-Chmbrésis, à Cambrai, Douai et Arras. Toute Tarmée française du Nord était débandée. Faidherbe se rendit à Lille et ordonna d'inonder les environs des places fortes du Nord.

jj L'armée du Nord était donc paralysée à peu près en même temps que celle de l'Ouest. Gambetta fit justement à cette époque une tournée de visite aux armées. Le IT janvier, il était à Laval où il rencontra Chanzydanssa retraite du Mans. Il se rendit ensuite à Lille où il trouva Faidherbe après sa défaite de Saint-Quentin. — Gambetta ne vit cependant pas la vérité. Il est presque impossible de croire que les généraux la lui aient complètement cachée; il n'écouta donc point ou ne comprit pas. Comme un prophète ou comme un fou, il répétait toujours son mot de la guerre à outrance. Il eût fallu peut être, pour l'éclairer, loi mettre sur le dos l'une des souquenilles dont on avait babillé les gardes mobiles et les soldats français pour une campagne d'hiver, et le forcer à faire campagne pendant huit jours. — Tous les ofQciers se plaignaient que les soldats et surtout les gardes mobiles ne voulaient plus se battre- Cela s'explique facilement. En effet, les Français étaient constamment battus, même alors qu'ils avaient une grande supériorité numérique, mais les soldats sentaient de plus qu'il ne pouvait en être autrement à cause de leur armement, de leur habillement, de leurs chefs et de leur instruction ; ils perdaient donc toute confiance dans des succès futurs ; — or, sans cette confiance, comment le soldat se battra-t-il?

Un commandement en chef habile a sans aucun doute une grande importance, mais ce n'est cependant pas tout, ce n'est même pas la chose principale.

Gambetta aurait eu beau découvrir les premiers géoé-

reilles troupes, tandis qu'avec les excellentes troupes allemandes, ÙQ général tràs-ordînaire n'avait qu'à faire son devoir métiiodiquement pour remporter de grands succès tant qu'il n'avait pas affaire à un ennemi d'une valeur égale Ha sienne. C'est par suite d'une certaine présomption, Qourrie par une fausse science, qu'un grand nombre d'of- Bciersatlachent beaucoup tropd'importance au «génie» du général en chef et beaucoup trop peu à l'organisa'tion des moyens de guerre.

Le général de Gœben était maître, le 20 janvier, de tout \e pays du Nord jusqu'à la ligne Cateau-Cambrésis, Garnirai, Arras. 11 ne songeait pas encore à dépasser cette igné. Il bombarda la place de Cambrai, qui avait refusé le lui ou vrir ses portes.

L'armistice fut signé sur ces entrefaites à la fin de jan- 'ier et s'étendit au théâtre de la guerre dans le nord de la France.

X. — Chnte des places de PbaUboarg, HoMiaédy, Uédères, Rocroy et Longw;.

Avant de raconter la fin du siège de Pari», nous dirons uelques mots de la chute des places fortes françaises, plus u moins en dehors des grandes opérations, qui capîtulèint dans le courant de décembre et de janvier.

Les premières troupes allemandes, du 6" corps d'armée, talent arrivées devant Phaslbourg le 8 août. E^ li, Ip lace fut bombardée par 60 pièces de campagne et somm ' 2 se rendre le 15. Bien que le bombardement eût ré- 1 cendres un grand nombre de maisons de cette Ile, son commandant, le chef de bataillon Tail' iulut pas entendre parler de capitulation.

Les Allemands laissèrent alors devant la pla' iilons de ligne qui furent relevés le 18 et If

trois bataillons de landwehr de Thuringe, auxquels fuir' fié rinvestissement de Phalsbourg. On leur adjoî.e:ii nn escadron de cavalerie, mais pas d'artillerie. Ce paît corps ne compta bientôt que 1700 hommes.

La garnison de Phalsbourg était forte d'environ 1900 hommes. Elle pouvait donc se permettre de faire des sorties, dans lesquelles elle serait soutenue par l'artillerie de la place.

Le 24 août, elle fit en effet une sortie contre les Baraques du bois de Chênes d'en bas ; une autre le 25 à l'ouest, sur Mittelbronn, et enfin le 27 une seconde sortie contre les Baraques d'en bas.

Bien que la landwehr prussienne réussît à repousser ces sorties sans éprouver de grandes pertes, elle s'était aperçue du manque d'artillerie. Sur le rapport qui fut fait à cet égard au commandement, le corps d'investissement reçut aussitôt une batterie de 4 qui bombarda Phalsbourg dès son arrivée.

Le 14 septembre, la garnison fit une nouvelle sortie an nord contre Buchelberg.

Vers cette époque, des bandes de francs-tireurs se rassemblaient dans les Vosges, au sud du chemin de fer de Strasbourg à Paris, et les nouvelles qu'en recevait le major Giese, commandant du petit c^ps d'investissement, lui faisaient trouver sa situation très-grave. En tout cas, le service du corps d'investissement devenait réellement , plus difficile, puisqu'il lui fallait se garder contre la place et contre l'ennemi extérieur. Cependant la seule opération de ces francs-tireurs redoutés • fut une attaque exécutée le 29 septembre contre une grand'garde prussienne au tunnel situé à l'ouest de Lutzelbourg.

Dès que la chute de Strasbourg fut connue du corps d'investissement, il en informa le commandant de la place, auquel il avait déjà fait savoir la capitulation de Sedan. U commandant de Phalsbourg n'en persista pas moins à vouloir défendre la ville.

La prise de Strasbourg eut pour conséquence la retraite

des francs-tîreurs de Dabo vers Besançon. Cela dégagea beaucoup le corps allemand qui investissait Phalsbourg, et il reçut de temps en temps des renforts. On avait bien songé à commencer un siège en règle de cette place, mais, après réflexion, on trouva que cela .n'en valait pas la peine en raison de la mince importance stratégique de Phalsbourg, qui serait hors d'état de tenir longtemps avec sa petite garnison.

L'artillerie française tirait fréquemment de la place, TartUlerie aUemande beaucoup moins.

Dans la nuit du 24 au 2S novembre, six pièces de campagne bombardèrent la ville de trois points différents ; des Baraques des Trois-Maisons au sud, des Quatre-Vents à Test, et des environs de Wescheim au nord, La place répondit avec vivacité. Les deux partis se firent très-peu de mal.

Cependant les approvisionnements commençaient à manquer dans la place, particulièrement le sel et la viande ; — il y avait encore du blé, mais on manquait de moyens de le moudre. Au commencement de l'investissement, le commerce de la place avec ses environs immédiats était assez facile, les paysans qui avaient des rapports avec Phalsbourg faisaient le plus de contrebande qu'ils pouvaient par des sentiers à eux connus.

Mais plus l'investissement se prolongeait, mieux les troupes allemandes connaissaient le terrain qu'elles avaient ^ garder, et plus cette contrebande devenait difficile.

Ces circonstances obligèrent le commandant à songer à capituler. Il entama donc des négociations le 30 novembre, en demandant que la garnison pût se retirer librement au midi. Le chef des troupes d'investissement repoussa ces conditions, et les négociations furent rompues.

Cependant la situation de Phalsbourg s'aggravait de jour en jour. La petite vérole, qui causait tant de ravages en France depuis 1869, faisait dans Phalsbourg beaucoup de victimes.

Dans cet état de choses, le commandant de la place in*

forma» le 12 décembre, le chef du corps dlnvestissement que les portes de Phalsbourg étaient ouvertes et qu'il pouvait y entrer. Il ne fut pas conclu de capitulation r^ulière. Le commandant de la place fit même enclouer ses 65 canons, briser les 12,00Q fusils qu'il avait, et mettre hors de service la poudre et les munitions. La garnison se composait encore de S2 officiers et 1838 honmies, qui furent prisonniers de guerre.

Lorsque Thionville eut succombé et que le matériel d*a^ tillerie qui avait réduit cette place fut devenu disponible, le général de Kamecke fut chaîné de prendre Montmédy* n avait également sous ses ordres le détachement qui devait investir la petite place de Longwy et qui partit de Thionville le 27 novembre.

Le 28, le gros de la 14® division marcha de Thionville surMontmédy. Les compagnies d'artillerie de place et le matériel de siège furent transportés à Longuyon en chemin de fer et marchèrent de là sur Juvigny au sud de Montmédy.

Les Allemands commencèrent le 7 décembre à constroire des batteries sur les hauteurs situées au sud de la ville, dont elles sont éloignées de 2,000 à 3,000 pas. Une seule batterie de 4 mortiers rayés fut établie à Yigneulles, dans la vallée de la Chiers. Le grand parc fut installé à Iré-le-Sec.

Le 12 décembre au matin, 62 pièces allemandes pouvaient ouvrir leur feu sur Montmédy. Mais auparavant le commandant de la place fut encore sommé de se rendre. II refusa.

Le feu commença donc le 12 décembre à 7 heures et demie du matin, et la place y répondit avec beaucoup de vivacité. Il se mit à pleuvoir le 12 à midi, et un brouillard intense régna toute la journée du 13. Le bombardement fut, à cause de cela, très-modéré le 13 décembre. Néanmoins, plusieurs incendies avaient été allumés dans la ville et le commandant demanda à traiter dans la soirée. La capitulation fut conclue le 14 à 2 heures du matin et ratifiée à 8 heures ; les Prussiens occupèrent la place dans

Taprès-midi. 2,000 prisonniers environ, plus de 60 canons, et plusieurs magasins tombaient aux mains des vainqueurs, qui avaient, en outre, la satisfaction de rendre la liberté à 8 officiers et 228 soldats prussiens prisonniers à Montmédy. L'artillerie allemande avait lancé dans Montmédy 2,98S projectiles.

Mézières était devenu un point d'appui pour les francstireurs des Ardénnes, qui faisaient souvent de là des expéditions heureuses contre les Allemands et ramenaient des prisonniers et du butin. La place était mieux observée depuis le conunencement de novembre, mais ce n'est qu'après la prise de Montmédy qu'un investissement plus étroit put avoir lieu, et le 25 décembre, le général de Woyna commença les préparatifs d'un siège ou d'un bombardement de la place. Mézières capitula le 2 janvier après un bombardement meurtrier de plusieurs jours. Les Allemands y firent 1000 prisonniers, prirent 106 canons et trouvèrent, en outre, de grands approvisionnements.

Trois jours après, 5 bataillons et 2 escadrons de la division de landwehr Senden, avec 36 bouches à feu, attaquèrent de vive force la ville de Rocroy ; cette petite place, qui avait 72 canons, n'était cependant défendue que par 300 hommes ; elle capitula aussitôt le 5 janvier, et les Prussiens l'occupèrent le 6.

Longwy, située tout près de la frontière de Belgique et du Luxembourg hollandais, fut étroitement investie en même temps que Mézières. A celte occasion, le comte de Bismarck publia une note menaçante, dans laquelle il annonçait qu'en raison de la conduite des Luxembourgeois, les Allemands ne pourraient plus respecter la neutralité du grand-duché, et qu'on se conduirait envers lui sans égard pour cette neutralité, si les Luxembourgeois approvisionnaient Longwy comme ils avaient approvisionné Thionville. Longwy, bombardée depuis le 19 janvier, capitula le 25 avec 4,000 hommes et 200 pièces de canon.

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