‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871 (volume 2)Chapitre 19 sur 39 · X. -*- Derniers combats antoor de Paris. -^ Bombard^nent · texte numérisé non relu

X. -*- Derniers combats antoor de Paris. -^ Bombard^nent

Lorsque le prince Frédéric-Charles eut rejeté l'armée de la Loire derrière Orléans et que Manteuffel eut remporté ses premières victoires sur l'armée du Nord, le quartier général allemand tint conseil pour savoir si l'on ne prendrait pas contre Paris d'autres mesures que Tinvestissement.

La question fut résolue par l'affirmative. Une attaque d'artillerie fut ordonnée contre Paris, sous la forme d'un bombardement des forts détachés et de la ville elle-même. Nous avons dit plus haut que ce dernier moyen avait soulevé bien des scrupules, même à Versailles, mais ils furent écartés par ceux qui n'envisageaient la question qu'à un point de vue militaire, et ils se trouvaient en majorité.

Il y avait actuellement devant Paris assez de canon.s et de munitions pour qu'on ne craignît pas d'étra obligé de suspendre le bombardement faute de munitions. D'après l'état des choses sur tous les points du thé&tre de la guerre^ il n'y avait plus à craindre que des entreprises du dehors vinssent gêner le bombardement ou mettre en péril le matériel de siège. Les sorties de Paris que Trochu pouvait entreprendre ne devaient pas causer plus d'inquictudes, parce que toutes les positions des Allemands étaient bien fortifiées, grâce aux ouvrages qu'ils avaient pris aux Français et à des retrauchements qu'ils avaient construits eux-mêmes. S'il était permis de compter que la faim réduirait Paris dans un délai assez rapproché, on pouvait admettre que la terreur causée par un bombardement augmenterait les effets de la faim et activerait la reddition de la ville.

Ce furent justement les protestations unanimes de la presse neutre contre le bombardement de Paris qui décidèrent quelques-uns 'des chefs influents de Versailles à l'entreprendre.

La grande majorité de la presse allemande demandait tous les jours avec une ardeur croissante le bombardement. L'Allemagne soupirait après la paix, à l'exception d'un petit nombre de gens gui trouvaient ou croyaient trouver leur avantage à la continuation de la guerre.

<c II fallait en finir une bonne fois, disait^on dans la presse allemande. Avec Paris, on aurait la paix ; et l'on devait avoir Paris par le bombardement. Pourquoi donc les chefs de l'armée allemande tardaient-ils si longtemps ? Ëstril vrai qu'ils n'étaient pas tsufBsamant prêts, bien que tout se fût passé à merveille jusqu'à Sedan ? Se pourrait-il encore qu'on eût des scrupules à bombarder la If ville sainte » ? fl fallait se demander dans ce cas si la vie de quelques centaines de Parisiens était plus précieuse que celle de milliers d'Allemands qui, pendant ce long investissement, avaient été tués par les maladies ou par des balles françaises. »

Tel était le langage de la plus grande partie de la presse allemande ; mais les che& de l'armée allemande songeaient à satisfaire ses désirs.

Le bombardement principal devait ôtre opéré par les batteries déjà construites ou projetées sur les hauteurs de Sèvres, de Meudon, de Glamart et de Gh&tillon. Ces batteries avaient devant elles les forts d'Issy, de Yanves et de Montrouge, dont il fallait commencer par éteindre le feu pour exécuter ensuite plus tranquillement le bombarde^ ment de la ville.

Nous savons que les hauteurs mentionnées s'élèvent assez haut au-dessus des eaux de la Seine et de l'horizon de l'enceinte continue de Paris, circonstance favorable en ce qu'elle augmentait l'amplitude des bombes qui devaient tomber dans les parties basses de la ville, et que l'on pouvait admettre que ces bombes arriveraient par-dessus l'enceinte extérieure jusqu'au centre de I^aris. D'un autre côté, la situation de ces batteries était défavorable, en ce que leurs projectiles pouvaient difficilement dépasser la Seine, et que la partie de la ville située sur la rive gauche

du fleuve a beaucoup moins d'importance que celle de la rive droite.

Le bombardement des hauteurs de Clamart devait être appuyé par des attaques d'artillerie, exécutées à l'est et an nord contre les forts de l'est et les ouvrages de Saint- Denis. Le bombardement de la ville ne pouvait avoir liea efficacement ni du nord, ni de Test.

L'attaque devait donc se faire à l'est contre les batteries du mont Avron, pour éloigner l'attention des Français du sud de Paris et faciliter l'achèvement des batteries qui se construisaient de ce côté.

Les premières batteries du mont Avron avaient été construites, comme nous savons, peu de jours avant la grande sortie du 30 novembre, et elles avaient rendu, les jours suivants, à Tannée de Ducrot, d'excellents services contre les Wurtembergeois, les Saxons et le 2* corps allemand. Elles prirent également part, le 21 décembre, au combat du Bourget et empêchèrent l'artillerie de Taile gaudie prussienne de s'avancer jusqu'à Bondy.

Ces services et d'autres semblables, qu'avait rendus le mont Avron, étaient célébrés à l'envî par les journaux de Paris, de telle manière que le public ignorant devait croire que le mont Avron était la « clef de Paris ». Les militaires ne faisaient rien pour combattre cette erreur qui s'enracina et se répandit, comme il arrive habituellement. Par le fait, le mont Avron n'avait, en aucune façon, l'importance d'un fort détaché. ■

Les Français y avaient construit successivement des batteries en terre, dont le nombre s'élevait à huit, lorsqu'on y eut installé, le 2S décembre, 4 pièces de 30 de marine. Toutes ces batteries en terre avaient été construites à la hâte, presque toujours par un très-grand froid, et cet amas de mottes de terre gelée, sans aucune consistance entre elles, n'offrait point une grande force de résistance. Il n'y avait pas, sur le mont Avron, d'espaces couverts pour abriter la garnison, ni de traverses en nombre sufiSsant. — Le 26 décembre, les batteries du Mont Avron étaient ar-

mées de 76 bouches àfeu, dont 6 dé 30,6caDoiis de 24 court, 23 canons Reffye de 7, 34 de 12 et 7 mitrailleuses ; elles tiraient contre toute la ligne Bondy, le Raincy, Gagny, Chelles, Gournay, Noisy-le-Grand.

Les Allemands reçurent l'ordre, le 18 décembre, de faire les préparatifs d'attaque contre le mont Avron. Les jours suivants, les pionniers de l'armée de la Meuse (prince royal de Saxe) creusèrent des embuscades depuis le château du Raincy jusqu'au Pressoir, à l'est de Gagny. Le 22 décembre, des batteries furent construites sur cette ligne, sous la protection de l'infanterie saxonne qui occupait ces embuscades et se tenait en réserve derrière elles. Les batteries achevées étaient armées, le 26 décembre, de 76 canons, juste le même nombre de bouches à feu que les Français avaient sur le mont Avron ; — il y avait seulement entre eux cette différence importante que les pièces françaises étaient réunies sur un espace restreint, tandis que les batteries allemandes étaient réparties sur une longue ligne embrassante.

Le 27 décembre, à 7 heures et demie du matin, les batteries allemandes ouvrirent le feu contre le mont Avron. 11 régnait un brouillard très-épais qui empêchait les Allemands de voir l'effet que produisait leur artillerie. Toutes les troupes du corps saxon étaient de piquet et prêtes à combattre si c'était nécessaire.

Les Français furent d'abord complètement surpris par louverture du feu des Allemands ; mais, cette surprise passée, chacun reprit son poste et le mont Avron répondit vivement au feu de l'ennemi.

Malgré le brouillard, le feu des Allemands avait été trèseffîcace le 27 décembre et un grand nombre de pièces françaises étaient démontées, desorte que le colonel Stoffel, qui commandait sur le mont Avron, voulait abandonner la défense de cette position.

Mais le général d'Hugues, qui avait à ce moment le commandement des forts de l'est, ne fut pas de cet avis. Il porta sur le mont Avron 2 divisions et 2 batteries de campagne

pour repousser une attaque de nuit des Allemands. Ily avsdt donc sur cet espace étroit, dans la matinée du 28 décmbre, 24,000 hommes, inutiles pour défendre le mont Avron, qu*il était impossible d'abriter, et dans lesquels le bombardement, si les Allemands le recommençaient le 28, devait faire de terribles ravages.

Le 28 au matin, comme le mont Avron ne tirait presque plus, le prince royal de Saxe et son état-major se demandèrent s'ils ne feraient pas avancer leur infanterie pour s'emparer de la position. Mais les patrouilles qu'ils envoyèrent ayant rencontré partout une vigoureuse résistance des Français, ils renoncèrent à ce dessein et se contentèrent de continuer le bombardement le 28.

Les effets de ce bombardement convainquirent les Français que la position n'était pas tenable. Le général Trochu vint lui-même dans les batteries à 4 heures du soir et otdonna de les évacuer.

Le 29, à 5 heures du matin, les canons furent ramenés à Rosny où se retira ensuite l'artillerie de campagne, ainsi que l'infanterie.

Le 29 décembre, les Allemands recommencèrent le feo avec une nouvelle violence, mais les rapports leur apprireni bientôt que le mont Avron devait être évacué : Ùs y envoyèrent donc, de Viltemomble et de Gagny, 4 compagnies, suivies de détachements d'artilleurs, non pas pour occuper ce poste avancé, mais pour constater la situation des batteries françaises et ramener les armes et les canons qui reste* raient encore dans les batteries abandonnées. Après avoir rempli leur mission, ces détachements allemands regagnèrent leurs positions.

Après s'être débarrassées du mont Avron^ les batteries allemandes de l'est dirigèrent surtout leur feu sur les forts de Nogent, de Rosny et de Noisy, ainsi que sur les redoutes intermédiaires. Ce feu causa relativement peu de mal à ces forts, d'oîi les Français cessèrent pourtant bientôt de répondre ; ils avaient reconnu que leur artillerie ne pouvait pas lutter avec succès contre les batteries éloignées

et bien abritées des Allemands. Us se contentaient dono de réparer pendant la nuit les dégâts occasionnés à lears parapets, et ils attendaient, pour faire agir leur artillerie, que les Allemands se rapprochassent des forts, soit dans une attaque en règle, soit pour donner l'assaut.

L'intention des Allemands n'était pas de tenter de ce côté quelque chose de plus sérieux. Ils voulaient distraire l'attention des Français du côté sud de la ville, pendant qu'ils armaient les batteries destinées à bombarder les forts du sud ; c'est dans ce but qu'ils simulèrent la construction de nouvelles batteries du côté de l'est et qu'ils alarmèrent plusieurs fois les positions françaises de ce côté.

Le 4 janvier, de grand matin, une partie de la 24« division, s'avançant par Neuilly-sur-Marne, alarma le fort de Nogent, et recommença ensuite dans l'après-midi du 5 janvier. Le 5 au matin, des fractions de la 23* division alarmèrent les forts de Rosny et de Bondy.

Cependant les batteries allemandes sur les hauteurs de Meudon, Clamart et Châtillon, avaient été armées dans la nuit du 3 au 4 janvier, et le 5, elles commencèrent à bombarder les forts d'Issy, de Yanves et de Montrouge, ainsi que la partie de la viÛe située sur la rive gauche.

Le commencement de ce bombardement fut cause que les forts de Test firent un feu très-violent contre les batteries allemandes qu'ils avaient devant eux, dans l'après-midi du 5 janvier.

Les batteries allemandes au sud de Paris, de Saint-Cloud à Châtillon, par Meudon et les hauteurs de Glamart, avaient été armées dans la nuit du 3 au 4 janvier ; elles n'ouvrirent pas leur feu le 4 à cause d'un brouillard impénétrable, et ne commencèrent à tirer que le 5 à 9 heures du matin. Pendant les semaines suivantes voici quelles furent presque constamment les conditions de l'atmosphère : le matin, du brouillard ; le temps s'élevait assez vers 10 heures pour qu'on pût apercevoir des hauteurs de Clamart les points les plus élevés de Paris, et, à 3 heures du soir, le brouillard s'étendait de nouveau sur la vallée de la Seine et per-

mettait à peine aux Prussiens de distinguer les ouvrages détachés les plus rapprochés. Les heures qui précédaient ou suivaient midi étaient donc les plus favorables pour le bombardement.

Ce bombardement fut dirigé principalement contrôles forts dlssy, de Yanves et de Montrouge, et, le plus habituellement, contre les bâtiments situés à l'intérieur de ces forts. Ce n'est que par un temps clair que les assiégeants prenaient pour point de mire les embrasures et les batteries françaises. Les casernes des forts furent détruites et beaucoup de pièces démontées gr&ce à la précision de Fartillerie allemande, mais ce serait néanmoins une erreur de croire que les forts détachés étaient pour cela mis hors de service. En eOet, les Français se décidèrent promptemeot à faire taire le feu des forts, afin de réserver leurs coups pour rinstant d'une attaque décisive ou pour répondre aux Allemands de temps à autre. En général, ils se mirent à agir avec de grandes batteries de campagne qu'ils amenaient derrière les fortifications passagères qui reliaient entre eux les forts d'Issy, de Vanves, de Montrouge et de Bicètre, et qui pouvaient changer de place instantanément, dès que les Allemands les prenaient pour but de leur tir.

Disons encore que les Français se servirent, dans les sorties, de batteries blindées de chemin de fer. C'était une locomotive blindée, qui traînait un ou plusieurs wagons également blindés, dont chacun portait une pièce de gros calibre qui pouvait être dirigée de tous côtés, comme 6ur un bâtiment à coupole. Des trains de cette espèce étaient dirigés, lors des sorties, sur les tronçons de chemin de fer dont disposaient les Parisiens. Ils pouvaient à l'occasion produire un effet surprenant, mais on comprend qu'ils ne suffisaient pas pour changer la situation générale, ainsi que se le figuraient quelques tètes exaltées.

Si les Allemands n'avaient eu en vue que le bombardement des forts de Montrouge, de Vanves et d'Issy, des coups mal dirigés auraient encore atteint le XTV^ arrondissement (Observatoire), le XV« (Vaugirard) et le XVP (Passy).

iVlais par le fait, les bombes allemandes allèrent beaucoup plus loin dès les premiers jours du bombardement, jusque dans le V« arrondissement (Panthéon), le VI' (Luxembourg) et le VII* (Palais-Bourbon).

Dans l'arrondissement du Pantbéon, elles tombèrent le plus souvent sur la place même du Panthéon, la rue Soufilot et rh6pilal an Val-de-Gr&ce où se trouvait une ambulancfl pour les blessés. Le drapeau de la convention de Genève flottait sur le Val-de-Gr&ce. Les dômes du Panthéon et du Val-de-Grâce s'aperçoivent de très-loin, et il est très-possible que ces édifices fussent les seuls points que pût voir l'artillerie allemande par les temps de brouillard.

Dans l'arrondissement du Luxembourg, il tomba des bombes dans le jardin du Luiembourg, ainsi que près de l'église Saint-Sulpice et dans la rue Madame ; — dans l'arrondissement du Paiais-Bourbon, il arriva des projectiles derrière l'hdtel des Invalides et près de l'Ecole militaire, Tous les points sur lesquels se concentra le feu des batteries allemandes du sud sont faciles k distinguer de loin ; mais que l'on pût également apercevoir les détails, par exemple le drapeau de la convention de Genève flottant sur un dôme, c'est une autre question.

Un certain nombre de projectiles furent lancés à des distances énormes : des hauteurs de Ch&tillon au Pontbéon il y a plus de 10,000 pas, 7,S00 mètres. Il ne faut cependant pas se figurer que le bombardement ait causé dans Paris de grands dégâts, et il n'aurait jamais suffi pour faire capituler la place. Il est certain que le 8 janvier, les Parisiens commencèrent & émigrer de la rive gauche sur la rive droite, mais cette émigration fut très-limitée ; la plupart des habitants de la rive gauche restèrent dans leurs demeures, et l'on n'eut pas de difficultés à loger dans les quartiers de la rive droite les émigrés de la rive gauche, ainsi qu'à pourvoir è leur subsistance.

A parUr du 11 janvier, des batteries allemandes avancées sur la hauteur de Notre-Dame-de-Clamart envoyèrent

des projectiles jusqu'au boulevard Saint-Germain et prfrs de la rive gauche de la Seine^ en face la Cité et Tîle Saint-Louis.

Le bombardement de Paris mécontenta l'Europe entière à l'exception de l'Allemagne. Il s'éleva de nombreuses protestations. Le 9 janvier, le Gouvernement de la défense nationale protesta dans une note où il disait notamment que, contrairement à l'usage, le bombardement n'avait point été annoncé d'avance. Le 14 janvier, le général Trochu remit aux avant-postes allemands une protestation contre le bombardement des hôpitaux, — ce qui avait trait surtout au Val-de-Grâce. Le comte de Moltke déclara solennellement que l'artillerie allemande ne tirait pas sur te hôpitaux, et il exprima l'espoir que ce fait ne se reproduirait plus dès que les batteries allemandes seraient plus rapprochées de l'enceinte de Paris et qu'un temps clair rendrait le but de son tir plus apparent.

Le 12 janvier, les membres du corps diplomatique qui se trouvaient encore dans Paris adressèrent une lettre au comte de Bismarck, pour l^i demander de prendre de^ mesures afin que les citoyens des Ëtats neutres qui habitaient Paris pussent être soustraits, eux et leurs biens, aux efTets du bombardement. Le comte de Bismarck répondit qu'il avait fait observer depuis longtemps qu'une ville assiégée n'était pas une résidence convenable pour les agent? diplomatiques des Etats neutres ; qu'il ne pouvait p€^ mettre actuellement une émigration en masse des nationaux d'une puissance neutre, mais qu'il permettait par courtoisie aux diplomates de ces puissances de quitter Paris. Dans cette occurrence il était naturel que ces messieurs se fissent un point d'honneur de rester dans Paris.

Vers cette époque, il se produisit un incident qui n'avait pas de rapports directs avec la guerre entre la France et TAllemagne, mais qui reçut néanmoins de cette guerre un caractère particulier. Au milieu de la guerre, la Russie avait déclaré qu'elle ne se considérait plus comme engagée par les articles du traité de Paris de 18S6 qui avaient trait

à la neutralisation de la mer Noire. Cette déclaration laconique, gui, soit dit en passant, était parfaitement justifiée au fond, souleva des clameurs, surtout en Angleterre. Les Anglais s'indignèrent qu'u^;ie puissance isolée voulût déclarer nul un traité que plusieurs puissances avaient conclu et garanti. On tint en Grande-Bretagne des discours trèsbelliqueux auxquels manquait nécessairement le poids de la force. Les esprits anglais s'apaisèrent donc bientôt quand ils considérèrent les forces militaires de leur .pays, et ils arrivèrent à dire qu'il fallait accéder au désir de la Russie moyennant l'observance de certaines formes de politesse. La Russie n'avait rien à redire à cela et Ton convint de régler la question dans une conférence qui serait réunie à Londres. Maïs pouvait-on exclure de cette conférence la France qui avait pris une part si décisive à la guerre contre la Russie et au traité de Paris ? La chose était presque impossible. Le Gouvernement de la défense nationale fut donc invité à envoyer un représentant à Londres, et il désigna pour cela M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères.

Jules Favre demanda, le 13 janvier, au comte de Bismarck un laissez-passer pour traverser les lignes prussiennes. Le comte de Bismarck refusa, et dans une forme qui excita Timprobation générale ; il fit en effet à peu près remarquer h Jules Favre qu'il ne serait pas convenable pour lui de quitter Paris si près de sa chute. — Dans la diplomatie, comme en autre chose, il est naturellement impossible qu'un seul homme fasse tout par lui-même. Si nous comparons les actes du chancelier fédéral en 1870-71 avec ceux de 1866, nous arrivons forcément à cette conclusion ^e dans ces dernières années le chancelier n'était ni trèsbien entouré ni très-bien servi.

Il restait encore à Jules Favre la possibilité d'obtenir un laissez-pa&ser des autorités militaires ; mais il dédaigna cet expédient, et la France resta provisoirement sans représentant dans la question de la mer Noire.

Le gé.néral Trochu lui-même n'échappa point au sort qui frappe tous les hommes qui doivent remettre promplement dans la bonne voie des affaires mal conduites et qui n'y réussissent point. — Or, il est bien rare qu'on y réussisse à moins que la fortune ne vous vienne particulièrement en aide. — Les journaux les plus modérés, tels que le Temps ^ qui avaient toujours soutenu le général Trochu, commencèrent, au mois de décembre, à lui reprocher de manquer d'initiative et d*énergie. D'autres allèrent plus loin encore. Nous ne parlerons pas des cris à la trahison! On les retrouve toujours et partout au moment des grands ' malheurs. D'autres reproches sont plus dignes de remarque : « Tous nos généraux, ont dit les Français, ne connaissent que leurs règlements et ne veulent pas en sortir. Il est dit dans ce règlement qu'une place assiégée ne peut jamais se dégager elle-même, et c'est là pour nos généraux un article de foi qui ne souffre pas d'exception. Cependant Paris renferme dans ses murs une armée de 500,000 hommes, tandis que les Prussiens sont beaucoup plus faibles, etc., etc. ))

Nous savons de quels éléments se composait cette prétendue (( armée de 500,000 hommes ». Certes, si la moitié seulement de cette armée de 500,000 hommes avait valu les Allemands sous le rapport de l'exercice, de la discipline et de l'armement, si elle avait été pourvue des convois qui rendent une armée indépendante pendant des semaines et, par conséquent mobile, on aurait peine à comprendre comment elle ne battait pas complètement les Allemands répartis sur une immense ligne d'investissement. Mais toutes ces conditions n'étaient pas remplies. Si Trochu n'avait pas emmené plus de 100,000 honmies dans les plus grandes sorties, c'est uniquement parce qu'il n'en avait pas davantage qui pussent combattre hors des murs. Et même à ceuxlà il manquait la force principale pour accomplir de plu:» grands mouvements, c'est-à-dire la discipline qui, seule, permet que l'exécution suive de près un ordre donné ; discipline qu'il ne faut pas exiger seulement du simple soldat,

mais qui doit exister dans tous les grades sans exception, et surtout dans les plus élevés.

Nous sommes donc convaincu que ces 100,000 hommes étaient dans l'impuissance de se faire jour à travers les lignes ennemies, en raison notamment de la situation des environs de Paris dont les Allemands avaient épuisé toutes les ressources.

La position du général Trochu était des plus difficiles. Qui voudrait douter qu'il n'eût fait volontiers quelque chose de grand et de décisif? C'était pour lui le sûr moyen d'acquérir une gloire impérissable. Mais quand Trochu considérait les ressources dont il disposait, un profond découragement devait nécessairement s'emparer de lui.

Le 30 décembre 1870, il fut tenu dans Paris un grand conseil de guerre dans lequel les généraux furent d'accord qu'il fallait encore faire une tentative énergique, mais que l'heure n'en pouvait être fixée d'avance et serait choisie en raison des circonstances. Au commencement de janvier, on mît auprès de Trochu un conseil de guerre permanent, qui devait être consulté dans toutes les circonstances décisives, ce qui déchargeait le gouverneur de Paris d'une partie de sa responsabilité. Ce conseil de guerre était composé des généraux Vinoy, Ducrot, de Bellemarre, Tripier, Guiod, Clément-Thomas, de Chabaud-Latour, et des amiraux de La Ronciëre, Pothuau et Saisset.

Plusieurs petites sorties eurent lieu du 12 au 1 S janvier, ■

Dans la nuit du 12 au 13, 4,000 hommes environ, qu'on avait réunis derrière les forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge, attaquèrent les batteries de Ciamart et de Châtillon. Ils étaient attendus parce que, comme d'habitude, ils avaient été réunis dès l'après-midi, et avaient été observés par les postes avancés des Allemands. Le manque de cohésion d'une armée exclut complètement toute surprise. Il exige toujours que l'on commence trop tôt les préparatifs nécessaires pour mettre les hommes à peu près dans la main de leurs chefs ; ce qui a pour résultat de fatiguer la troupe et de dévoiler ses desseins à l'ennemi vigilant, — L'attaque

des Français eut lieu contre les positions des Bavarois qui la repoussèrent facilement.

Le 13 janvier, & JO heures du soir, par an temps troid et de brouillard, une autre sortie eut lieu contre les posi- Uons de la 2* division de la garde prussienne, principalement contre te village faiblement occupé du Boui^et. Les Prussiens furent instantanément sous les armes, et repoussèrent la première attaque avant l'arrivée de leurs renforts. Les autres attaques exécutées pendant la même nuit rencontrèrent les Allemands prêts et concentrés, de sorte qu'elles n'eurent pas plus de succès que la première. De nouvelles attaques contre le Bourget échouèrent égaletneDt dans les nuits du 14 au IS et du 15 au 16 janvier. 11 en fut de même de tentatives de surprises contre d'autres points de la ligne d'investissement. Toutes ces sorties fureat exécutées avec trop peu de monde.

On se décida enfin à faire, le 19, une suprême tentatiw, un coup de désespoir. 100,000 hommes, réunis dans 11 presqu'île de Nanterre, devaient forcer la ligne d'investissement qui fermait cette presqu'île de Bougival à Saint- Cloud et se jeter ensuite sur YersaiUes, en répandant partout la terreur et la confusion. Le général Trochu se mil lui-4nème à la tête des troupes destinées & cette grande entreprise et donna, pendant son absence, au général Leflo, ministre de la guerre, le commandement des forts et de la ville de Paris.

L'attaque devait commencer au point du jour, mais le déploiement des troupes se fit encore une fois avec une lenteur extrême et sans le moindre ensemble, malgré lesdeui chemins de fer qui conduisent de Paris dans la presqu'île de Nanterre et qu'on utilisa pour le transport des troupes.

Toutes les forces rendues disponibles étaient ^parties dans trois corps d'armée. A l'aile droite le généra' Ducrol devait s'avancer par la porte de Longboyau et Buzerval ; au centre le général de Belleraarre par le plateau de hi Bei^

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en terre qu'ils ne regardaient que comme un poste perdu.

Bellemare et Yinoy entrèrent en action à peu près en même temps, vers 8 heures du matin, et, comme ils ne rencontrèrent que de faibles postes dé !la 10* division (du S* corps allemand), ils s'emparèrent rapidement des points de Bergerie et de Montretout.

Le corps de Ducrot était très en retard ; il avait été d'a<* bord arrêté par la rencontre d'autres colonnes françaises, puj^, lorsqu'il se déployait près de Rueil, il fut canonné par des batteries du iV'corps allemand, établies dans la presqu'île d'Ârgenteuil, ce qui ralentit de nouveau sa marche. II n'était pas moins de onze heures lorsque son avantgarde engagea un combat sérieux à la porte de Longboyau.

Les colonnes du centre et de l'aile gauche, qui attendaient le soutien de l'aile droite, ne se portèrent pas en avant avec l'audace et la rapidité qu'exigeait le but qu'on leur avait fixé.

Les réserves de la 10« division allemande gagnèrent ainsi le temps de se réunir à Garches, et elles opposèrent aux Français une vigoureuse résistance, lorsque ceux-ci marchèrent enfin dans l'après-midi à l'attaque de ce village.

La 9' division allemande s'était concentrée, après midi» à la ferme de Jardy, au nord de Versailles, comme réserve générale. Pour parer à toutes les éventualités, le 1*' corps bavarois, à droite, et la division de landwehr de la garde, ^ gauche, avaient été rapprochés de Versailles. •

Dans l'aprèfr-midl, la 9' division allemande marcha de Jardy vers le nord pour prendre l'offensive à Garches et Montretout. Elle était sérieusement engagée vers 4 heures du soir. A cette heure*là les Français n'avaient pas encore pu dépasser Garches et Vaucresson. Leur centre et leur aile gauche furent repoussés après un court combat. Ils reprirent encore une fois l'offensive, mais sans pouvoir gagner du terrain* — Les troupes françaises, la ligne aussi bien que les gardes mobiles et la garde nationale, avaient été horriblement fatiguées par les longs préparatifs de la

lutte, et elles se plaignaient hautement de leur fatigue. Trochu jugea donc indispensable de les faire rentrer le soir dans les lignes retranchées, entre le Mont-Yalérien et la Groix-du-Roi. Les pertes des Français en tués, blessés et prisonniers étaient grandes ; on ne saurait les évaluer à nM)ins de 7,000 hommes. Les gardes nationaux mobilisés, qui allaient pour la première fois au feu en rase campagne, s'étaient bravement battus^ mais ils n'en avaient pas moins prouvé qu'ils manquaient des autres conditions nécessaire pour vaincre.

Les Allemands s'attendaient à ce que les Français recommenceraient la lutte le 20. Cela eût été opportun pour le but que s'était proposé le général en chef français ; mais des troupes qui manquent de liaison intime ont besoio. après chaque effort, d'un repos hors de proportion avec ce qu'elles ont dépensé de force. Le combat ne recommença donc pas sérieusement le 20 ; un seul détachement français, qui était resté à Saint-Cloud, y fut enveloppé par les Allemands et forcé de se rendre.

Le 21 janvier, l'artillerie de siège ouvrit le feu contre les ouvrages et la ville de Saint-Denis ; cette ville fut en peu de temps si fort maltraitée que le Gouvernement de la défense nationale ne pouvait espérer qu'elle résisterait longtemps.

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