SIXIÈME PARTIE
F» DES OFARATIOHS PANS l'bBT 0U THtATRV DS 14 GUSRRi:. *r-« OPÉRATIONB DS8 FLOTTES PBNDAIfT LA OUBSBB; ~- MtOO- CUTIOMS DE PAIX.
I. — Opérations da général de Werder jasqa'à révacaation de Dijon.
— Combat' de Naits.
Nous avons quitté le général de Werder vers la fin du mois de novembre. D avait à cette époque à Dijon la division bavaroise, et des petits détachements plus au nord vers Châtillon-sur-Seine et Lâtigres. Le gros de la 4* division de réserve était à Gray ; elle protégeait avec quelques détachements les coEMnunications entre Dijon et l'Alsace par Epinal et les Vosges, et elle prenait part, en outre, au siège de Belfort, dont la 1" division de réserve, Treskow, était principalement chargée. La division de réserve Debschitz occupait l'Alsace, et le chiffre des troupes qu'elle pouvait rendre disponibles, soit pour soutenir Werder en rase campagne, soit pour appuyer Treskow devant Belfort, grossissait tous les jours par l'arrivée d'Allemagne de troupes de garnison. Le général de Werder avait d'abord devant lui, à Autun, le corps de Garibaldi, — la soi-disant armée des Vosges. Ce corps comptait 4 brigades : Bosak-Haucke, Delpech, Menotti Garibaldi et Ricciotti Garibaldi. Ces brigades étaient formées fort à l'aventure de corps portant des noms pompeux, auxquels ne répondaient ni la quantité ni la qualité des gens qui les composaient. — Il y avait pourtant encore d'autres corps qu'on n'avait même pas osé faire entrer dans ces brigades ; c'étaient, par exemple, les
Francs-Tireurs de la Mort, les Vengeurs, la Compagnie de la Revanche, les Frères de TEtoile, etc., etc. — A cette infanterie venaient s'ajouter S escadrons de cavalerie, ([ui valaient bien à eux cinq un bon escadron, et 3 batteries d'artillerie, 18 pièces.
Toute cette armée des Vosges pouvait avoir à peu près un effectif de 12,000 combattants, ce qui ne veut pas dire que la France n'ait point payé au pharmacien d'état-major Bordone de quoi entretenir le double et même le triple de cet effectif.
Au mois de décembre 1870, il se rassembla à l'aile droite de Garibaldi, sur le front Beaune-Dôle, un nouveau corps, composé en grande partie de gardes mobiles et de gardes nationaux mobilisés du département du Rhône. Ce corp> pouvait être fort de 20,000 hommes au milieu de décembre; il était sous les ordres du général Cremer.
Au début de la guerre, le général Cremer était simple capitaine d'état-major de deuxième classe, et depuis 1866 seulement. Il était aide de camp du général Clinchant et ne s'était jamais distingué par quoi que ce soit. Il fut compris dans la capitulation de Metz. Dès qu'il reparut dans le sudest de la France, on l'accusa d'avoir violé sa parole d'honneur. Nous n'attachons pas beaucoup d'importance à ces sortes d'accusation, parce que nous savons, par une triste expérience, qu'à des époques de troubles, on les lance trop facilement aux hommes les plus honorables. Ainsi le général Ducrot n'a-t-il pas été récemment absous par les Prussiens de la même accusation dont il avait été l'objet? Pour le général Cremer, il n'en est pas ainsi. Le ministère de la guerre prussien publia, vers la fin de janvier 1871, le texte même, resté entre ses mains, de l'engagement pris par Cremer de ne pas servir contre l'Allemagne pendant la durée de la guerre.
Le 26 décembre, un détachement garibaldien chercha à surprendre Dijon à l'ouest, et maix^ha sur Pasques, — sur la route de Dijon au mont Auxois (ancienne Alesia).
Il fut arrêté entre Pasques et Dijon par les troupes avan-
cées de Werder ; dès qu'il en fut informé, ce général accourut lui-même avec les trois brigades réunies autour de Dijon, il tomba, le 27 novembre, sur les flancs et les derrières des Garibaldiens qu'il mit en fuite et auxquels il fit beaucoup de prisonniers.
Après l'afTairô de Pasques, il y eut encore un temps de repos. Cependant, l'aile gauche du corps de Cremer se concentra autour de Beaune au commencement de. décembre, et s'avança par Nuits jusqu'au ruisseau de la Vouge. Werder ne voulait à aucun prix souffrir l'ennemi si près de lui, parce que cela gênait tous ses mouvements. Il ordonna donc au général de Glumer d'attaquer les Français avec la !'• et la 2* brigade d'infanterie, la brigade de cavalerie Willisen et l'artillerie de la division badoise.
Glumer partagea ses troupes disponibles en deux détachements principaux. Il prit lui-même le commandement de celui de l'aile gauche, et donna celui de l'aile droite au général Degenfeld ; ce dernier se composait de 4 bataillons et trois quarts d'escadron.
Deux de ces bataillons et un demi-escadron occupèrent, le i7 décembre, Urcy, au sud-ouest de Dijon. Ds devaient en partir le 18 à S heures et demie du matin et marcher, par Quemîgny et Temain, sur Villars-Fontaine, dans la vallée du Mouzin.
A gauche de ce détachement, un bataillon s'était porté à Corcelles-les-Monts et il devait, le 18, marcher sur Goncœur par Chambœuf, en suivant la Côte-d'Or, pour se relier sur le Mouzin avec le détachement ci-dessus. Tous les deux devaient ensuite, en raison des circonstances, prendre part au combat que l'aile gauche avait engagé plus à l'est, et menacer principalement les flancs et les derrières des Français.
Le quatrième bataillon de Degenfeld, avec le quart d'un escadron, devait partir de Dijon le 18 à 8 heures du matin, suivre la route de Nuits par Gevrey et Vougeot, sur le versant oriental de la Côte-d'Or, et maintenir les communications entre Degenfeld et Glumer.
Glumer, & la tôte de 8 bataillons, 6 escadrons et 5 batteries, partît de Longvîc le 18 décembre à 7 heures et demie du matin, et il s'avança sur le terrain de collines qui s'étend à l'est de la Côte-d'Or, par Fenay, Saulon-la-Rue, Epernay et Boncourt, pour aller attaquer Nuits.
L'avant-garde bavaroise rencontra déjà à Fenay des troupes françaises avancées. Mais celles-^i n'étant pas en force se replièrent de suite, et le combat ne s'engagea sérieosement qu'à midi au bois situé au nord de Boncourt.
Dès qu'il vît son flanc droit menacé, Cremer rappela se? troupes avancées de Vougeot à la Fontaine de Vosne où il appuya maintenant son aile gauche, le centre était à Nnil< et à Boncourt, l'aile droite s'étendait, par Premeaui, jusqu'au bois du Vemot, sur la rive droite du Mouzin ; l'artillerie était établie sur les hauteurs de Chaux. Le chemin de fer qui passe au nord de Nuits, presque toujours en déblai, était fortement occupé par l'infanterie française.
Vers une heure, les fermes de la Berchère et de Boncourt étaient dans les mains des Badoîs. Glumer déploya alors à la Berchère en première ligne le !•' régiment, en seconde ligne le 2*, il conserva deux bataillons du 3« régiment, comme réserve et pour être prêts à agir à l'aile droite; la cavalerie devait s'avancer sur le flanc gauche, de l'autre côté du Mouzin, sur Premeaux et le bois du Vemot. Le grK de l'artillerie était au sud de la Berchère pour faire évacuer, si elle pouvait, la ligne du chemin de fer.
Lorsque ce déploiement fut exécuté, Werder arriva sur le champ de bataille, et l'artillerie paraissant avoir produit son effet, Glumer fit attaquer vers 3 heures par son infanterie la tranchée du chemin de fer et la gare de Nuits. Dans cette attaque sur un terrain presqu'entièrement découvert, le feu rapide des Français causa de grandes pertes aux Badoîs. Le prince Guillaume fut grièvement blessé ; le colonel de Benz, qui prit le commandement à sa place lut tué, ainsi que son aide de camp. Cependant les Badois étaient maîtres à 3 heures et demie de la tranchée et de la gare. Leur artillerie avait beaucoup contribué à leur suo-
ces: elle s'était progressivement avancée vers Nuits, en attirant toujours sur elle le feu de rartillerie française qu'elle détournait ainsi de l'infanterie allemande. L'artillerie franjçaise qui occupait les hauteurs de Chaux avait une position trop défavorable pour pouvoir produire grand effet dans la plaine. En outre, le dégel avait détrempé le terrain et diminuait considérablement son action. D est vrai qu'il ralentissait aussi beaucoup la marche des coloiipes d'attaque de l'infanterie allemande et augmentait ses pertes.
Après la prise de la gare de Nuits, les Français s'enfuirent en grand désordre dans la direction de Beaune.
Dès qu'il fut maître de la gare, Glumer se mit en communication avec les deux colonnes de Degenfeld qui s'étaient avancées par Vougeot et Concœur. Il y eut encore un violent combat dans les rues de Nuits qu'occupait l'arrièregarde française, mais ce combat était terminé à 4 heures et demie. L'artillerie française tira quelque temps encore des hauteurs de Chaux, puis-elle se mit également en retraite.
Les Français avaient engagé i4 bataillons, environ 12,000 hommes ; ils perdirent, le 18 décembre, plus de 2,000 hommes, dont 700 prisonniers, La perte des Allemands fut de 54 ofiBciers et 800 hommes tués, blessés ou disparus»
La colonne de Textréme droite de Degenfeld était arrivée à Villars-Fontaine à 1 i heures du matin et elle y rencontra un détachement de Gremer. Elle lui livra combat ainsi qu'à l'artillerie française établie sur les hauteurs de Chaux. Ce n'est qu'à 3 heures que Degenfeld sut qu'il se livrait en même temps un combat à Nuits, mais il fut à ce moment vigoureusement attaqué par l'aile gauche de Cremer que ce dernier avait renforcée dans son mouvement de concentration sur Nuits ; Degenfeld fut forcé de se mettre en retraite à 4 heures sur Marsannay et Périgny où il arriva vers minuit.
On comprend facilement qu'il ne fut pas poursuivi par les Français.
La cavalerie badoise, qui avait passé le Mouzin et s'était avancée, sur le flanc gauche, contre Premeaux et le Bois du Vernot, y fut reçue par un feu d'infanterie si violent et si meurtrier qu'elle crut devoir se retirer immédiatement derrière le Mouzin.
Les Badois occupèrent Nuits dans la nuit du 18 au 19. Le gros de leurs forces c^npa à la Berchère et à Boncourt. Après avoir Cût faire quelques reconnaissances dans la matinée du 19, Werder, qui avait atteint le but de cette marche, ordonna de revenir à Dijon.
Le but des Allemands était même atteint plus complètement qu'ils ne le croyaient d'abord. En effet l'échec de Nuits produisit sur les Français une impression extraordinaire : un grand nombre de mobilisés et de mobiles du département du Rhône s'enfuirent jusqu'à Lyon, où il se passa, à la Croix-Rousse, des scènes déplorables, entre autres l'assassinat du conlfaiandant Arnaud, chef de bataillon de la garde nationale. Ce drame ne se termina devant le conseil de guerre qu'au mois de mars 1871. . Werder était obligé de se couvrir de tous les côtés : ainsi il avait envoyé au nord, vers Langres, un détachement dont la portion principale se composait du 34* régiment allemand du nord.
Langres, avec environ 8,000 &mes, est une des villes les plus remarquables du monde. Elle est située au nord de la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l'Atlantique, sur une montagne escarpée qui s'avance entre la Haute-Marne et la Bonnelle. Aucune autre ville ne dit mieux à première vue qu'elle s'est formée d'un camp romain. La ville et ses environs rappellent à chaque pas l'histoire romaine. Langres forme un rectangle dont le côte le plus long est dirigé du nord au sud, l'autre côté de Testa l'ouest. La ville est entourée d'anciennes murailles qui portent encore des traces visibles des Romains. L'ancienne Andematunum des Lingones ne se montra que trop complaisante envers le premier César romain et, d'après ses ordres, elle lui livra volontairement, dans la guerre des
Helvètes, les malheureux qui avaient échappé au massacre de Bibracte.
Sous le règne de Louis-Phlippe, une grande citadelle fut construite au sud de la ville, .sous la forme d'un octogone bastionné. L'espace compris entre la ville et la citadelle, qui porte le nom d'esplanade ou de camp retranché, fut protégé par des retranchements qui regardent Test et l'ouest. Le côté sud de la ville fut également pourvu de murailles en terre.
En 1867, on résolut d'entourer Langres de forts détachés et d'en faire réellement im grand camp retranché. Ces forts devaient être au nombre de quatre, savoir : le fort Bonnelle, sur la rive gauche de la Bonnelle, à l'ouest du * village de Saint-Geômes et au sud-ouest de la citadelle ; — le fort Marnotte, à l'est de Saint-Geômes et au sud-est de la citadelle ; — le fort Peîgney, au nord-est de la ville, sur l'ancienne voie romaine de Neuilly-l'Evêque ; — enfin le fort Buzon, sur la rive gauche de la Bonnelle, à l'ouest de la citadelle et au nord du fort Bonnelle.
D'après les projets, tous ces forts devaient être des quadrilatères bastionnés, construits d'après le système que nous avons examiné de plus près à propos de Metz. Le fort Peigney faisait seul exception : au lieu de placer dans l'intérieur de l'ouvrage un cavalier, on entourait l'enceinte du fort Peigney d'une enveloppe ; l'enceinte continue de ce fort était ainsi dotée de tous les avantages qui, dans les autres ouvrages détachés, n'appartenaient qu'au cavalier, et, en même temps, des avantages qu'avait, dans ces autres forts, l'enceinte principale. Beaucoup d'officiers du génie français éprouvaient pour ce « nouveau système » un enthousiasme que nous ne comprenons point.
Le camp retranché de Langres devait ensuile être complété par des ouvrages intermédiaires, redoutes ou batteries, construites l'une sur le plateau même à Brevoine, une seconde sur les Fourches, toutes les deux entre les forts Buzon et Peigney, — une troisième au moulin Pouvain, entre Peigney et Marnotte ; on voulait enfin fortifier le
village de Saint^Geômes, entre les forts Marnotte et Bonnelle.
Les forts Bonnelle et Peigney avaient été commencés en 1869 : lorsque la guerre éclata en i870, ils étaient assez avancés pour qu'il fût possible de les compléter dans un bref délai.
Le chef de bataillon du génie Meyère, qui avait construit Peigney, reçut le commandement de Langres, en même temps que le grade de général. La plus grande partie de la garnison se composait de gardes mobiles, la plupart venant de la Savoie. Il ne pouvait pas être dans l'intérêt des Allemands d'attaquer' sérieusement cette place ; cependant ils avaient souvent affaire à des partisans qui trouvaient i Langres un refuge- assuré. Nous avons eu l'occasion de parler d'une de ces rencontres à propos de la marche du prince Frédéric-Charies de Metz vers la Seine.
Le 16 décembre, deux jours avant le combat deNuit^. le petit corps, chargé par Werder d'observer Langres, fat attaqué par un fort détachement français que Meyère avait envoyé de la place sur Longeau, point de jonction des routes de Gray et de Dijon. Ce détachement fut repoussé par les Allemands après un combat trësMX)urt, et rentra dam Langres en abandonnant deux canons et des prisonniers.
It. — Commencement des opérations de Tarmée française de TEst.*- Les Allemands évacuent Dijon. — Combats de Ylilersexel et sorb Lisaine.
Les grandes opérations qui devaient avoir lieu dans Test commencèrent dans la seconde moitié de décembre. Le 24* corps français marcha vers le nord en se servant du chemin de fer de Lyon à Besançon et suivant en partie b frontière suisse. En même temps, l'armée de Bourbakî, 15', 18* et 20* corps, quittait les environs deNevers et marchait également sur Besançon par différentes routes. Garibaldi
et Cremer se portaient de nouveau vers le nord pour couvrir ses mouvements.
Bourbaki devait réunir, sous ses ordres^ directs, autour de Besancon, les 18% 18% 20* et 24*" corps d'armée, ce gui faisait au moins 120,000 combattants, dans les calculs de la délégation. Il devait, à la tète de ces forces, débloquer Belfort et passer ensuite sur la rive droite du Rhin, tandis que Cremer et Garibaldi, aussitôt après la défaite de Werder, s'avanceraient par Dijon, à Touest des Vosges, pour couper le chemin de fer de Strasbourg h Paris, et les communications des armées allemandes de TOuest avec T Allemagne.
C'est le 25 décembre i 870 que Werder reçut les premières nouvelles de ces mouvements d^s Français, et il apprit d'abord la marche du 24* corps, Bressolles, de l'armée de Lyon. La nouvelle de la marche de Bourbaki n'était pas encore certaine. Cependant Werder n'hésita pas à prendre aussitôt ses mesures pour toutes les éventualités.
Un général s'est rarement trouvé dans une situation aussi difficile que celle de Werder. Les gens qui ne jugent que d'après le résultat trouveront, sans doute, que tout cela était fort simple parce que la fin en fut si heureuse. Mais qu'on veuille bien examiner la véritable situation de Werder, à la fin de 1870.
Il disposait de 68 bataillons et 34 escadrons. Mais ils étaient répartis sur un front de plus de 200 kilomètres ; leur efléctif était au-dessous du complet et ils ne consti*tuaient pas ime force réelle de plus de 47,000 hommes. De ce chiffre il fallait déduire environ 15,000 hommes, soit pour le siège de Belfort, soit pour couvrir et surveiller les communications indispensables. H restait donc à Werder tout au plus 32,000 hommes pour opérer en rase campagne et il devait commencer par les concentrer avant de les avoir sous la main.
Le but qu'il se proposa tout d'abord fut de continuer le siège de Belfort et de le couvrir dans toutes les directions.
Le siège de Belfort resta confié au général TreskiTW, qui fut en même temps chargé de couvrir une partie des lignes et reçut, pour cela, des troupes de la division Debsclûtz.
Werder voulait déployer Tannée d'observation, chargée de couvrir le siège de Belfort, sur une ligne allant de Lure, par Chaigny, Héricourt, Montbéliard, jusqu'à Délie, tout près de la frontière suisse. Cette ligne est longue d'enviroD 45 kilomètres. Il ne fallait pas plus d'une journée de marche pour y réunir toutes les troupes sur le point * où le^ Français dirigeraient leur attaque principale.
Werder commença donc à rappder sur la rive gauche de la Saône, vers Vesoul, tous les détachements dispersés de son aile droite, qui étaient en même temps ses meilleure^ troupes mobiles ; c'étaient : la brigade Goltz aux envirofc de Langres, la division badoise à Dijon, et le gros de la division Schmeling (4* division de réserve).
Le 26 décembre, la i'° brigade de la division badobe était détachée en avant de l'aile gauche à Neuilly-lez-Dijiic. Longvic, Marsannay-la-Gôte ; la 3* brigade était, à sa droiî' à Fontaine-lez-Dijon, Talant et Plombières ; la 2* brigaiir occupait Dijon.
Ce n'est que le 27 décembre, au matin, que la dinsi>^ badoise reçut l'ordre formel de marcher sur Vesoul. Le 25 au soir, la 1" et la 2* brigade étaient concentrées autouro? cette ville : la 3*^ brigade, restait, en arrière-garde, à Gnj et Arc, le gros de la division Schmeling se portait sur > roy, au sud et à l'est de Vesoul ; les détachements de Gcw marchaient sur Vesoul.
Après avoir réuni autour de Vesoul ses forces disponibles Werder attendit les événements. La lenteur des op!érati< françaises le lui permettait.
Dès que les Badois eurent évacué Dijon, cette ville occupée par les avant-gardes de Cremer et de Garibaldi. partir des premiers jours de janvier, les Allemands eurei plusieurs engagements, d'un côté, près de la frontièi suisse, avec les troupes avancées de Bressolles qui marcb au nord, de l'autre côté, avec celles de l'armée deBou
qui s'avançait entre la Saône et le Doubs. Le 2 janvier, le général Bourbaki avait son quartier général à Dijon et la direction générale de ses troupes était celle de Besançon. Depuis qu'il avait quitté Metz, au mois d'octobre 1870, Bourbaki trahissait des symptômes de mélancolie qui allaient jusqu'à des absences d'esprit. Gambetta lui avait attaché un jeune aventurier polonais qui portait le nom l'rançais de de Serres. M. Gambetta avait naturalisé Français ce jeune charlatan et l'avait en outre baptisé à la française. Lorsqu'un peuple est tombé dans le malheur, il n'est pas étonnant de rencontrer ces parasites qui cherchent à se nourrir de la dernière goutte de son sang ; nous ne sommes pas surpris, non plus, que le nerveux Gambetta se soit laissé amadouer par de tels parasites. Mais comment se Fait-il qu'un général français, que Bourbaki, ait accepté la surveillance de ce charlatan incapable ? Gomment expliquer ju'il n'ait pas envoyé plutôt vingt fois sa démission ? Cela ne s'explique que par le trouble survenu dans les facultés mentales du général sur lequel la France entière fondait es plus grandes espérances. Triste fatalité ! triste héritage ie l'empire byzantin 1
Le 2 janvier, des détachements de Trescow et de Debstitz livrèrent combat aux troupes avancées de BressoUes out près de la frontière suisse, au sud de Délie, à Croix et Ibbevillers. Les troupes avancées de BressoUes qui com- )attirent ce jour-là avaient été aussi organisées par un i>enturier polonais, qui ne voulait qu'emporter beaucoup l'argent de France, combattre le moins qu'il pourrait, et egagner ses pénates le plus tôt possible en traversant la niisse avec ses larcins. Le corps qu'avait « organisé » ce :oquin s'appelait les « Veîigeurs )>. Ce qu'ils ont vengé et ur qui, en se retirant tranquillement sur le territoire suisse lU nombre de 200 hommes, personne ne le saura jamais. jii plupart de ces hommes, qui furent envoyés dans la caerne de Thun, n'étaient pas Français, ils se conduisaient [)ri mal dans leurs uniformes des plus bigarrés, et firent
plu» de degftts t[ue les 85,000 soldats français qui passèrent en Suisse un mois plus tard.
Le S et le 6 janvier 1871, des détachements que Werder avait envoyés au sud de Yesoul, livrèrent combat à des fractions de Taile gauche de Tarmée deBourbaki, qui marchait sur Montbéliard et Héricourt, en remontant le Doubs et rOignon, et avait envoyé des détachements de flanc sur la rive droite de TOignon vers la Saône.
Werder avait appris par ces combats que Bourbaki marchait au secours de Belfort. Il avait fait savoir depuis longtemps au quartier général de Versailles tout oe qu il avait appris des opérations projetées de Tarmée française. A Versailles^ on hésita longtemps^ et ce n'est que sur le? nouvelles concordantes, envoyées par le prince Frédéric- Charles, qu'on prit des mesures pour secourir efflcaoement Werder.
Werder, en attendant, était entièrement livré à lui-même. Après s'être suffisamment orienté, il se décida tout d'abord à prendre une forte position sur la Lisaine, pour couvrir le siège de Belfort. Le 8 janvier 1 87 1 , les détachements de son corps qui se trouvaient le plus éloignés vers l'ouest éUiient arrivés à Vesoul. Le 9 janvier, il marcha sur la Lisaiiit^ avec le gros de ses forces» Il voulait en môme temps attaquer Bourbaki afin de retarder sa marche le plus qu'il pourrait. Cela lui ferait gagner le temps de s'établir solidement sur la Lisaine, et permettrait en outre auï renfortqu'on lui promettait du nord et de l'ouest d'arriver et è prendre part aux opérations»
Werder ordonna à la plus grande partie de la diiision Schmeling de marcher sur Villersexel par Noroy, et à h brigade Goltz de se diriger par Vàlleroîs sur Marrast, pour attaquer le flanc gauche de Bourbaki.
L'avant-garde de la 4* division de réserve (SchmeUngl^ composée de 2 bataillons du 25® régiment d'infanterie, * 4 escadrons et de 2 batteries, — sous les ordres du général major de Treskow H, arriva le 9 janvier à 9 heures du malin en Vue ite Villersexel, sur l'Oignon, et elle s'empara de
la viiib et du oh&teau de VillersexeL Bourbaki envoya aussitôt des renforts aux troupes qui avaient été engagées à Yiilersexel. Mais les Prussiens de leur côté reçurent éga* lement des renibrts, d'abord le dernier bataillon du 26* rél^iment d'infanterie, puis plusieurs bataillons de landvehr de la 4* division de réserve ; en outre la plupart des batail* Ions de la brigade Groltz cooîbattirent & Marrast et Moimay, sur Taile droite des Prussiens, en se reliant à la 4* division de réserve.
Le 10 janvier, à 2 heures du matin, Werder rappela ses troupes de Yillersexeh U avait complètement attmnt son but. Les forces qu'il avait engagées dans ce combat étaient hors de proportion avec celles que Bourbaki y avait jetées, et cependant ce dernier fut arrêté dans sa marche d'une manière inouïe par ce combat, qui eût été insignifiant pour une armée régulière.
Werder avait gagné tout le temps nécessaire pour s'établir sur la Lisaine, pour fortifier sa position et pour y conduire même des pièces de siège qui étaient employées devant Belfort.
La Lisaiue, qui coule à peu près parallèlement & la Savoureuse, à l'ouest de cette dernière, se réunit à Montbéliard avec l'Âllaine et se jette ensuite dans le Doubs au-* dessous de Montbéliard.
Werder avait choisi sa position principale sur la rive gauche de la Lisaine. A l'aile droite, entre Frahier et Cbagey, était la division badoise ; au centre, sur le front Héricourt-Bussurel-Montbéliard, la 4* division de réserve, qui arriva le il dans ses positions par Couthenans;à Taile gauche, entre Montbéliard et Délie, la division Debschitz. Werder mit son quartier général à Brévilliers, au nord- Cîit d'Héricourt, sur le chemin de fer de Montbéliard à Belfort.
Le 13 janvier, Bourbaki avait encore son quartier général à Onanè, au sud-est de Villersexel, sur la grande route de Besançon à Belfort. Il fit attaquer ce jour-là les postes avancés du centre de Werder aux villagM deSainte^Marie
et d'Arcey. Les Allemands combattirent peu de temps et se retirèrent, par Aibre et Tavey, sur la position principale a Héricourt. Le même jour, les positions de la Lisaine furent déjà attaquées au sud d'Héricourt, à Bussurel, Béthoncourt et Montbéliard. Le détachemeut allemand du colonel Zim> mermann, qui défendait ces jîositions, dut évacuer la \i!]e de Montbéliard ; mais il resta maître du château, Tancienne citadelle.
Bourbaki ne commença que le 15 son attaque principale, en concentrant le gros de ses forces contre Héricourt du côté du sud et de Touest. L'artillerie allemande se montra cette fois encore très-supérieure à Tartillerie française.
Cependant Bourbaki réussit, pendant la nuit du 1 5 au 1 6 et la matinée brumeuse du 16, à rapprocher son infanterie des positions allemandes^ La supériorité du feu de l'infanterie française fit ce jour-là beaucoup de mal aux Allemands ; malgré cela cette infanterie ne réussit pas, dans trois attaques répétées, à s'emparer de la ville d'Héricourt, et une quatrième attaque fut interrompue par la nuit. Pendant que Bourbaki occupait par ces attaques le centre de Werder dans la journée du 16, il dirigea son aile gauche sur Frahier pour tourner l'aile droite de Werder. Le village de Fraliier, qui n'était même pas occupé par les Allemands, le fut dans l'après-midi du 16 par l'avant-garde de l'aile gauche française. Dès que Werder en fut informé, il dirigea sur Frahier la brigade badoise Keller. Keller surprit ce village dans la nuit du 16 au 17, il en chassa les Français, leur fit beaucoup de prisonniers et s'établit le lendemain matin le plus fortement qu'il put dans cette position excellente.
Bourbaki fit un dernier effort le 17 janvier. Pendant que son centre et son aile droite attaquaient sur tonte la ligne depuis Chagey jusqu'à Montbéliard, le corps de son aile gauche, qu'il avait renforcé de ses meilleures réserves, se porta contre Frahier.
Mais les Allemands se maintinrent sur tous les points, et
les Français ne purent pas, même pour un instant, forcer 1p front ennemi.
Le 18 janvier, Bourbaki apprit qu'une rencontre avait également eu lieu à Abbevillers, sur la frontière suisse, entre Tavant-garde du 24* corps et un détachement de Debschitz, et que Tissue en avait été aussi malheureuse pour les Français. La mélancolie du général en chef de l'armée de TEst avait été sans cesse en augmentant ; Tinsuccès de ces trois jours d'attaque sur la Lisaine produisit sur lui un effet d'autant plus démoralisant qu'il ne pouvait pas se dissimuler qu'il avait eu affaire à des forces considérablement moins nombreuses que les siennes, et qu'il avait pu voir clairement de ses propres yeux que son armée manquait non-seulement d'exercice et de discipline, mais encore de Thabillement et de l'équipement nécessaires pour une campagne d'hiver, et de toutes les conditions morales et matérielles qui pouvaient lui donner la victoire.
A ces causes de découragement vint se joindre la nouselle que des forces importantes de l'armée allemande marchaient au secours de Werder. Il arrivait des dépêches de Gambetta, qui s'étonnait déjà que son général, avec l'aide de M. de Serres, ne fût pas encore entré en Allemagne et n'eût même pas débloqué Belfort ; ces dépêches ne rendaient pas la situation de Bourbaki plus agréable. II résolut dès le 18 janvier de se mettre en retraite, et il prit le jour même ses dispositions pour gagner le Doubs et se retirer d'abord sur Besançon.
Werder avait le droit d'être très-satisfait de ses succès des derniers jours qui ne lui avaient même pas coûté de grands sacrifices. Il évaluait à 1,200 hommes ses pertes dans les trois journées de combat sur la Lisaine. Dès qu'il fut certain, le 19 janvier, que Bourbaki se mettait en retraite, il n'hésita pas à le suivTO, avec prudence, mais sans attendre l'arrivée du reste de la nouvelle armée allemande du Sud,
Ul. — Opération^ de l'armée allemande du Sud. — Pasaage delaplo^ graude partie de Tarmée française de TEst sur le territoire neutre de la Suisse.
Lorsque le commandement en chef de l'armée aliemand»» fût instruit de la marche de Bourbaki vers Test et de Tîmportance de son armée, il ordonna la formation d*une forte armée allemande du Sud, sous les ordres du général d? Manteuffel, qui commandait alors la première armée.
Cette armée du Sud devait renfermer, outre les troupe> de Werder, le 7* corps qui était sur la Meuse, et le S» corp^ qui se trouvait devant Paris. Ce corps reçut Tordre de p^ir* tir dès le 3 janvier 1871 .
Le 2* et le V corps comptaient à eux deux 86 bataillons 20 escadrons et 168 bouches à feu, — environ 50»OiM' hommes d'infanterie et de cavalerie.
Pour couvrir la marche de ces troupes, un détachemen' de 6 bataillons, 2 escadrons et 2 batteries, sous les ordre? du colonel de Dannenberg, fut envoyé à Montbard, sur '«• canal de Bourgogne, oîi il eut à livrer combat dès le 8 jai!vier à un détachement de Tarmée des Vosges.
Derrière Dannenberg se trouvaient, le 12 janvier: à Taile droite, le 2 ' corps, à Noyers, sur le Serain, à Nuifr Rous-Ravières et h Ravîères, sur TArmançon ; à l'aile gauche, le 7' corps, à ChAtillon-sur-Seine et à Montign) sur TAube. Le 13 janvier, Manteuffel prit, à Châlillo^* sur-Seine, le commandement en chef de l'armée du Sud.
Il résolut d'abord de marcher sur Vesoul parla route b plus courte, celle de Dijon à Langres. Les nouvelles qu? recevrait en route devaient décider s'il y avait lieu de nî»»difier sa ligne d'opération .
Le 16 et le 16 janvier, les avant-gardes de Mantrf traversèrent la route de Dijon à Langres à Selongey, Prau- Ihoy et Longeau ; le 18, les colonnes principales atteignirent cette ligne. Nous savons que ce jour-là Werder a\;ui fait le plus difficile; mais les mai^ses de Manteuffel étaieii!
encore à plus d6 100 kilomètres des positions de la Lisaine.
L'aile gauche de Manteuffel avait eu à livrer de petits combats contre lés partisans sortis de Langres. L'aile droite, 2' corps d'armée, avait rallié chemin faisant le détachement du colonel Dannenberg, mais elle avait laissé en revanche sur son flanc droit la 8* brigade, Kettler, — 8 bataUlons, a escadrons et 2 batteries, — entre Sombernon et Saint- Seine, à l'ouest de Dijon, pour observer cette ville et l'armée des Vosges qui l'occupait.
Le 19 janvier, les troupes avancées de ManteufW étaient sur la Saône, à Gray et Scey ; son extrême gauche cherchait à communiquer avec Werder par Saint-Loup-lez- Luxeuil et Luxeuil, et le gros de ses forces était à Dampierre et Fontaine-Française. Dans la nuit du 19, Manteuffel apprit les combats sur la Lisaine et la retraite probable de Bourbaki.
Bien que ces renseignements ne fussent point absolument certains, Manteuffel ordonna immédiatement une conversion à droite des 2* et 7* corps, pour leur faire prendre la direction du sud-est, dans le dessein de couper à Bourbaki les communications entre Besançon et Lyon . La 14* division, aile gauche du ?• corps, fut dirigée sur Besançon, par Fresnes-Saint-Marnès ; et le gros du corps sur Dampierre, sur le Doubs au-dessous de Besançon, en passant par Marney, sur l'Oignon. Le 2« corps devait marcher par Pesmes sur Dôle, nœud important de chemins de fer.
ûôle fut occupé, dès le 31, par des troupes du 2* corps. Les jours suivants, ce corps occupa Villers-Farlay et Mouchard, dans la direction de Salins ] le 7* corps occupa Saint-Vit, au sud-ouest de Besançon*', et il traversa ensuite le Doubs pour marcher sur Quingey, le 24 et le 2K janvier.
La 4* division de réserve (Schmeling), du 14* corps (Werder), avait passé le Doubs à Baume-le8*Dames et se trouvait le 2g à Saint*Jean-d*Adam : à sa gauche, la division Debscbitz marchait de Blamont sur Sainl-Hippolyte
et la route de Besançon à Pontarlier. Le reste des foTce> disponibles de Werder, les Badois et la brigade Golu? étaient le 25 à Rioz, entre FOignon et la Saône, avec leurs avant-postes sur TOignon : la brigade de cavalerie badoi>e Willisen occupait Pesmes, sur le Bas Oignon.
La brigade commandée précédenunent par le colone! Daunenberg, et maintenant sous les ordres du général Knesebeck, couvrait, le long de la Saône, les derrières de Tarmée d'opérations de Manteuffel.
Manteuffel avait son quartier général à Beure, sur le Doubs, tout près de Besançon.
Voyons maintenant où en étaient les choses chez le^ Français.
Le 21 et le 22 janvier, Bourbaki avait concentré son armée dans les environs de Besançon : le 24* corps (Bressolles) était à Textrême droite, sur la rive gauche du Doubs. devant le passage de cette rivière qui existe à Pont-de-Roide et Baume-les-Dames ; — au centre, autour de Besançon, sur les deux rives du Doubs, étaient le 18' corps (Billot), le 20* (Clinchant) et la réserve générale (Pallu de la Barrière) ; — à Taile gauche, sur la Loue, le 15* corps (Martineau) couvrait directement la ligne de retraite sur Pontarlier ju^ qu'à Fontain, Pugey et Chenecy.
Depuis le 22 janvier Bourbaki ne faisait plus rien, et sa mélancolie dégénérait en une complète maladie d'esprit. Au lieu de répondre aux dépêches insensées de Gambett4i : Lex mihi Mars, d'envoyer au diable le spiritus famUiaris polonais baptisé de Serres par Gambetta, et de faire ensuite une tentative d'offensive pour laquelle sa situation n'était pas mauvaise, ou tout au moins de se retirer sans délai sur Lyon, — au lieu de cela, Bourbaki prit au sérieux les dépêches de Gambetta qui auraient voulu l'envoyer en ballon à Berlin, lui et son armée. — ^Bourbaki n'était plus l'homme auquel une grande nation peuvait confier son sort et celui de milliers de ses enfants.
A partir du 22 janvier, Bourbaki ne donna plus un ordre et, le 24, accablé par son malheur et par le malheur de la
France, Il essaya de se tuer. Bien quUl se fût tiré une balle dans la tempe, il n'en mourut point, mais il fut pendant quelque temps incapable d'exercer le commandement.
Avant de chercher à se tuer, il avait eu, en honnête homme, la précaution de désigner pour son successeur le général Clinchant, chef du 20* corps.
Clinchant prit le commandement de Tannée dans la matinée du 25 janvier. Son premier acte fut de renvoyer M. de Serres à Bordeaux avec des dépêches pour Gambetta.
En second lieu, il ordonna aussitôt la retraite sur Pontarlier. Il laissa dans Besançon la 2* division, de Polignac, du corps d'armée qu'il avait jusqu'alors commandé, pour renforcer la garnison de la place, si bien que ce corps ne se composa plus que de 2 divisions.
Par suite du mouvement de retraite ordonné par Clinchant, l'armée française de l'Est se trouvait le 28 janvier concentrée autour de Pontarlier, tout près de la frontière suisse.
Le 18' corps occupait l'aile droite à Dommartin, Doubs et Arçon ; au centre était le 15* corps à Sombacourt, Pontarlier et Oye ; à l'aile gauche, le 2* corps sur la route de Champagnole, à Bannans, Bulle, Dampierr eet Frasne.
Le 24* corps fut saisi d'une terreur panique à Pont-de- Roide et à Saint-Hippolyte ; il s'en vint en grand désordre à PontarUer et fut échelonné sur la route de Mouthe, au sud de Pontarlier, pour se remettre un peu. Le corps détaché de Cremer, qui s'était retiré en grande hâte à l'approche de Manteuffél et avait été très-malheureux en défendant faiblement quelques positions de retraite, redevint une division du 24« corps et fut placé sur la route de Saîntr-Laurent.
Le 28, Clinchant enleva son commandement au général BressoUes qu'il remplaça par le général Commagny.
Le 29 janvier, Clinchant conserva ses positions ; seulement Cremer se retira précipitamment avec sa cavalerie sur Saint-Laurent, par Foncine-le-Bas.
Ce 29 janvier fut une journée très-importante pour l'armée de Clinchant.
Après avoir occupé si rapidement d'excellentes positiocii sur le Doubs, devant Besançon, ManteufTel y resta plus longtemps que cela ne semblait nécessaire avec des troupes comme celles qu'il commandait. Le 27 janvier, lorsqu'il fut parfaitement certain que l'armée de Clinchant avait marché sur Pontarlier vers la frontière suisse, il indiqua à ses colonnes les directions suivantes :
Le 2» corps marcha en partie de Mouchard sur Pontarlier par Salins, et il envoya des détachements par Arbois sur Champagnole et Lons-le-8aulnier ; bientôt après, tout le 2* corps fut dirigé sur Champagnole, où son avant-garde arriva dès le 28 ;
Le 7* corps fut relevé dans les positions qu'il occupait devant Besançon par deux brigades de la division badoise qui étaient arrivées le 27 à Marney, en même temps que la brigade prussienne Goltz. Le 7* corps tourna le col de Salins que défendait le fort Saint-André, et il marcha sur Pontarlier par Villeneuve-d' Amont et Levier ;
La 4* division de réserve, Schmeling, marcha de Baiime-les-Dames sur Saint-Gorgon ;
Debschitz, avec 7 bataillons de sa division, marcha au sud sur Morteau, en suivant la frontière suisse ;
Manteuffel mit, le 29, son quartier général à Arbois. Il plaça la brigade Goltz en réserve générale à Villers- Parlay.
Dans l'après-midi du 29, l'avant^garde de la 14^ division du 7« corps rencontra une arrière-garde française à Sombacourt et Chaffois, et la rejeta sur Pontarlier en lui faisant éprouver de grandes pertes.
Le même jour, l'avant-garde du 2* corps allemand livra combat aux Planches, entre Foncine et Saint-Laurent, à un détachement français placé là pour défendre la seule route, très-mauvaise du reste en cette saison rigoureuse, par laquelle Clinchant pouvait se retirer vers le sud, le long de la frontière suisse. Les Français furent encore battus.
Cet échec perdit de sa gravité pour les Français, parce que le mArae jour, 29 janvier, Manteuffel fit abandonner
au 3* eorps h direction qu'il suivait au sud^t, pour lui fâir^ p^enâre celle du nord-^esty eur Frasne« qui fut occupé, le 30, par une avaut-garde du 2* corps.
On peut èe demander pourquoi Clinohant ne fit aucun mouvement le 29 janvier et ne chercha point à se faire jour au sud. Cela provenait d'abord de Thorrible état d'abandon où se trouvait cette armée, qui était à peine vêtue, et à laquelle aucun homme intelligent ne pouvait demander, après l'avoir vue, qu'elle continuât de se battre par ce froid rigoureux.
En outre, la nouvelle se répandit dans les rangs français pendant le combat du 39, qu'un armistice avait été conclu le 88 janvier; elle venait, dit-on, des maires des communes voisines. Nous savons que cet armistice ne s'appliquait pas à l'armée allemande du Sud et à l'armée française de l'Est, tnais on ignorait oda dans le camp français, et nous avons déjà expliqué pourquoi la dépêche de Gambetta qui annonçait la conclusion de l'armistice ne pouvait rien dire de cette clause. Les soldats français, qui avaient déjà montré qu'ils n'avaient pas grande envie de se battre, se demandèrent aussitôt à quoi servirait une plu» longue effusion du àang.
Qinchant se mit donc à négocier, dès le 30 janvier, d'un côté avec Manteuffel, de l'autre, avec le général Herzog, commandant en chef les troupes suisses. Manteuffel lui • répondit que l'armistice n'avait pas de valeur pour leurs armées, et que s'il ne voulait plus se défendre, il n'avait qu'à mettre bas les armes. Les négociations avec le général suisse étaient donc les plus importantes pour Clinchant. Si Ton excepte quelques détachements situés plus au sud, ot dont il sera question plus tard, la masse de l'armée fran*çaise, dans ses positions de Pontarlier, avait derrière elle trois passages pour gagner la Suisse : celui de Verrières, par l'étroit Val-de-Travers, où passe le chemin de fer de Pontarlier à Neuchatel ; celui qui conduit àYverdon, par les Fouies et Sainte*Croix ; et, enfin, celui qui va à Orbe, par la vallée dé Jougne. La route du milieu est excessive*
ment mauvaise, en hiver, surtout du côté de la France. C'est au point où bifurquent ces trois routes, entre PontArlîer et Verrières, que se trouvent les deux imposants châteaux de montagnes, le fort du Larmont et le fort de Jou\< dont le dernier eut Thonneur de loger Mirabeau, prisonnier d'Etat.
Pressé^ de son côté, par Manteuffel, Qinchant pressait le général Herzog de conclure une convention, qui fut signée, le 1" février, dans la matinée. L'armée française de l'Esl devait entrer sur le territoire suisse, en déposant les arme<, et le Conseil fédéral prescrirait ensuite les dispositions concernant cette armée pendant son séjour en Suisse.
A peine cette convention fut-elle signée que les troupe> françaises commencèrent à opérer leur retraite par les trois routes dont nous venons de parler. Le matériel d'artillerie et le train entrèrent les premiers en Suisse, par Verrière^ et le Val-de-Travers.
Clinchant chargea le général Billot de comiir sa retraite avec une partie du 18* corps et la réserve générale. Le l" février, à midi, les forces de Manteuffel étaient réunies tout près de Pontarlier ; dans Taprès-midi, cette ville fut attaquée avec succès par W brigade du Trossel, du 2* corps, allemand. Du Trossel fit des milliers de prisonniers et beaucoup de butin. Il s'avança dans le défilé, jusque vers le> forts du Larmont et de Joux où il fut sérieusement arrêté.
Manteuffel, qui avait mis son quartier général à Pontarlier dans l'après-midi du 2 février, dirigea au sud le 2* et le 7* corps, ainsi que la brigade Goltz, sur le front Lons-le- Saulnier (aile droite) — Mouthe (aile gauche).
Le commandant de la réserve de Clinchant, Pallu de la Barrière, à la tête des débris de quelques bataillons, réuj^sit à s'échapper au sud, en suivant les pentes du Jura, san> entrer en Suisse. — Cremer, dont la division était entre Mouthe et Saint-Laurent à l'approche de la catastrophe, s'échappa avec sa cavalerie dans le pays de Gex et de là au midi ; il abandonna ses canons après les avoir fait enclouer; son infanterie, serrée de près par"le$! Prussiens, se réfiipia
dans le canton de Vaud, par les sentiers du montRisoux et par Morez.
11 entra en Suisse 83,000 hommes de Tarmée de Clinchant, avec 11,000 chevaux et 202 pièces de canon. C'était autant pour ce petit pays que si 1,200,000 Français avaient été conduits en Allemagne. Malgré des difficultés inœntestables, les mesures nécessaires furent bien prises et avec promptitude. Le Conseil fédéral répartit les internés français dans les cantons en raison de leur population, et les chevaux d'après la facilité de les nourrir ; les canons et les voitures furent réunies à Colombier dans un grand parc.
Bien que Taide de l'Etat ne fît nulle part défaut, l'assistance privée eut néanmoins beaucoup à faire, parce qu'il fallait tout organiser rapidement et que l'armée française était dans un état pitoyable. Le bon cœur et l'initiative du peuple suisse se montrèrent dans tout leur beau. Une partie de la presse allemande du Sud félicita ironiquement la Suisse de 1' « agréable visite qu'elle recevait » . Les Suisses en rirent généralement en disant : « Il est certain que si nous devions attendre, comme vous, des ordres et des instructions d'autorités de toutes sortes, les choses iraient assez mal; mais comme nous savons nous aider nous-mêmes, cette visite ne nous gêne pas, et les pauvres soldats français seront aussi contents de nous que les Autrichiens en 1859. »
Lorsque les soldats français prirent congé de la Suisse à la fin de mars, les deux partis étaient contents : les Suisses avaient de bon cœur secouru l'infortune, et les Français s'étaient partout montrés reconnaissants.
Il en était bien résulté quelques accidents ; mais ces malheurs n'étaient rien à côté de ceux qui frappaient les Etats belligérants, et l'on pouvait à peine en rejeter la faute sur les soldats français. Dans cette catégorie de faits rentrent divers accidents de chemin de fer, l'explosion de l'atelier de Moines, où l'on rangeait des munitions françaises, Imcendie d'une église oîi l'on avait été forcé de loger des soldats français, et enfin la petite émeute de Zurich, le 9
mars et joun suivants, qui a fait tant de brUit que nou^ devons en dire quelques mots.
Les Allemands domiciliés à Zurich éprouvaient un besoin pressant do fôter les victoires de l'Allemagne, ou la paiv (comme ils dirent plus tard). La masse de la poputatton de la ville s'inquiétait aussi peu de cette fête que d'une fête nationale qu'auraient voulu célébrer dans ses murs de& Américains ou des Polonais ; mais une partie de cette population en fut désagréablement affectée. Pour se l'expliquer, il faut commencer par rappeler que, parmi ces Allemands, il s'en trouvait beaucoup qui s'étaient enrichis à Zurich par des spéculations (c'est l'expression moderne), d'autres qui occupaient depuis longtemps à Zurich dp-» places rétribuées, d'autres encore qui avaient obtenu dan? le canton de Zurich le droit de cité, et quelques-uns le devaient moins à leur mérite qu'à un séjour de plusieur? années pendant lequel ils s'étaient fait aimer. Parmi ces gens, il en était beaucoup qui s'étaient moqués volontiers de leur patrie avec ses institutions de rois, de princes, et qui sf regardaient comme de « vrais républicains suisses ». Mai? voilà que tout à coup ils se proclament, en se rengorgeant, membres « de la colonie allemande » de Zurich, et ne connaissent plus rien au-dessus du nouvel Empereur d'Allé magne et de son Empire.
Tout homme impartial avouera qu'une telle conduile était bien faite pour révolter le bon sens. Sans vouloir attendre que les internés français eussent quitté la Suisse, et bien qu'ils sussent que leur fête de victoire pourrait amener des désordres, les Allemands la célébrèrent le 9 mar? après l'avoir annoncée dans des termes provoquants. Il ("i' résulta qu'elle fut interrompue d'une manière fort désagréable, et malheureusement quelques officiers et soldat> français, en trèn-petit nombre, prirent part à ces désordres. On fît des arrestations qui amenèrent, la nuit suivante, de nouvelles émeutes ayant pour but la délivrance des prisonniers. •-- Ces arrestations n'atteignirent que les tapageurs, lesquels étaient en Quelque sorte moins coupable»
que ces AJlemaiidi» qui, Iongtemp8 avant leur fête, diraient que la Suisse devait s'attendre h être bientôt annexée à \\i Empire allemand », qui, aux cris de, Vive la Suisse I |)0ussés par les premiers Français internés, avaient répondu. Vive la Prusse I et avaient causé ainsi de premières rixes. ♦
Toute l'histoire fut considérablement amplifiée. Les perturbateurs allemands remplirent la presse de leurs accusa* satious inconvenantes et de leurs provocations qui, dans tout autre pays que la Suisse, auraient eu pour résultat de faire expulser, comme ils le méritaient, ces hôtes bouffis d'orgueil.
La presse suisse, et particulièrement celle de Zurich, exagéra également.
Les habitants de Zurich ont l'orgueil légitime de leurs sentiments d'humanité, et la plupart d'entre eux étaient inconsolables qu'une réunion eût été troublée dans leur ville. Ils éprouvèrent une autre blessure en voyant l'Athènes de la Limmat soumise à une occupation fédérale qui, du reste, ne fut pas de longue durée et était déjà inutile lorsqu'elle eut lieu. De là des exagérations auxquelles vint contribuer un peu l'esprit de parti. Ces exagérations avaient certaine^ ment un côté louable ; mais nous les déplorons, parce que nous savons positivement que l'Allemagne n'en a pas du tout compris la signification.
Les Allemands ont eu peine à trouver des paroles assez dures pour accuser les officiers français qui se mêlèrent à ce tumulte d'avoir violé les lois de l'hospitalité. Ces officiers étaient fort peu nombreux, et leurs camarades internés dans le canton de Zurich furent unanimes à blâmer leur conduite. — Mais ne violaient-ils pas beaucoup plus les lois de l'hospitalité ces Allemands dont nous avons parlé, eux qui devaient connaître bien mieux que les Français le langage, les coutumes et les opinions de la population de Zurich ? Nous ne trouvons donc pas d'excuse à la conduite de ces Allemands, et c'est parce que la plupart des Suisses^ et particulièrement ceux de Zurich, ont traité oe maiiqUf
d'égards avec beaucoup d'indulgence que nous avons voulu établir les faits tels qu'ils se sont passés, — en prévision de l'avenir.
Nous savons qu'en marchant sur Vesoul, Manteuffel n'avait laissé devant Dijon que la brigade Kettler, du '2o corps d'armée.
On ne saura jamais au juste quelle était la force du corps de Garibaldi à Dijon. Garibaldi lui-même a dit plus tard qu'il n'avait que 8,000 hommes et qu'il n'y en avait pa> plus de 2,000 sur lesquels il pût compter. D'un autre côté, on a estimé à 23,000 et même à 40,000 hommes le corps de Garibaldi, après le départ de Cremer. Ces deiLxassertiouï peuvent fort bien se concilier. — A la fin de 1860, les troupes de l'armée italienne du sud se montaient, d'après le^ états de solde, à 70,000 hommes, dont près de 200 colonels ou généraux. Cependant cette armée n'a jamais eu sur les champs de bataille, au moment du plus grand danger, plus de 15,000 hommes, dont à peine 15 généraux ou colonels. Or, si nous admettons en 1870 une semblable administration, et il est permis de la supposer encore plus folle sous la direction du pharmacien d'état-major, général ■ Bordone, nous croirons sans peine au dire de Garibaldi et à celui de ses contradicteurs.
Kettler attaqua Dijon le 21 janvier ; c'est dans ce combat que fut tué le général polonais Bosak-Haucke. Le 23 janvier, Kettler renouvela son attaque. Les Allemands perdirent, ce jour-là, le seul drapeau qui leur ait été enle\c pendant la guerre. Il appartenait au 61* régiment (8® Poméranien). Dans la soirée du 23 janvier, le porte-drapeau fut tué tout près de Dijon ; le drapeau fut porté ensuite par plusieurs officiers ou soldats du bataillon, qui furent tous tués ou blessés grièvement. Lorsque le bataillon sf rallia ensuite incomplètement dans l'obscurité, on ne s'aperçut pas immédiatement de l'absence du drapeau.
Un garde mobile français le trouva et le donna à Menolli Garibaldi pour 200 francs et une place de lieutenant d'administration.
On \oit que ce drapeau fut perdu par les Prussieus de la manière la plus honorable, mais cette perte fit une profonde impression.
Le 27 janvier, ManteufTel réunit à Pesmes, sur l'Oignon, sous les ordres du général Hann de Weyhern, la brigade badoise Degenfeld et la brigade de cavalerie badoise Willisen, auxquelles devaient se joindre ensuite la brigade de Knesebeek, qui occupait la ligne de Gray à Dôle^ et la brigade Kettler devant Dijon.
Lorsque Garibaldi apprit que l'armistice du 28 janvier ne s'appliquait point au sud-est de la France, il évacua Dijon en chemin de fer à l'approche d'Hann de Weyhern. Il se retira d'abord sur Chagny, puis au sud en descendant la Saône. L se démit aussitôt après de son commandement. Elu plusieurs fois à l'Assemblée nationale, il n'y parut à Bordeaux que pour déclarer qu'il n'acceptait point de mandat. Il se rendit ensuite à Caprcra, mécontent de la marche des événements, en laissant à son fils Menotti le comman-v dément de l'armée des Vosges (1) que le Gouvernement de la défense nationale s'empressa de licencier.
Bien que Werder seul n'eût pas pu, san& l'arrivée de ManteufTel, forcer l'armée de Clinchant à entrer en Suisse, il n'en est pas moins vrai qu'il avait fait de grandes choses par son mouvement offensif sur Villersexel, puis par son plan de prendre position sur la Lisaine pour couvrir le siège de Belfort, ainsi que par la ténacité qu'il mit à défendre ces positions. D eut un bonheur mérité, ce qui est si rare dans la vie d'un homme ! Il trouva, du reste, de la reconnaissance non-seulement chez l'empereur d'Allemagne, mais encore de la part des autorités de plusieurs villes allemandes du Sud. Ce dernier fait prouve qu'au mois de
{\) Dans les documents officiels français, l'armée des Vosges est d'abord commandée par le générai Cambrieis, pais par le général Michel; le commandement de Garibaldi est au contraire indiqué sous le nom de zone des Vosges.
janvier rAIlemagne du Sud ne croyait pas à l'impo6âbîlité d'une Invasion française.
Mentionnons encore que le 22 janvier, pendant les combats du Sud-Est, un parti de francs-tireurs fit sauter, dan? les règles de Tart, le pont du chemin de fer de Fonlenay, entre Nancy et Toul, ce qui interrompit pendant dix joor^ environ les communications directes entre Slrasbourefi Paris, ainsi qu'entre Paris et Metz.