‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871 (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · IV. — Chute de Belfort · texte numérisé non relu

IV. — Chute de Belfort

Nous avons déjà dit (quatrième partie, page 491), (p Werder avait chargé de Tinvestissement et du sié^ à Belfort la division de réserve Treskow, en lui adjoignaff des troupes du génie et d'artillerie.

A partir du 3 novembre 1870, Treskow eut à soiitts.de petits combats contre des détachements de la garnie ' de Belfort, au nord et au nord-est de la place, au Petii- Magny et à Rougemont» Il mit, le 3 novembre, ^" quartier général au nord de la ville, à la Chapelle-sou?' Chaux, et il chercha d'abord à compléter l'investissemect; mais cela offrait des difficultés à cause du terrain coofici des environs de Belfort et de la faiblesse des troupes ài blocus, et l'investissement resta fort imparfait jusqu'à b fin du siège»

Le 9 novembre, les Allemands occupèrent le chftteau Montbéliard^ au sud de Bdfort, et ils poussèrent I avant-postes au sud-est jusqu'à Bourogne, sur la route Délie. Le 16 et le 83 novembre, les assiégés firent sorties à l'est sur Bessoncourt ; le 24, au nord, sur^ doye, à l'est sur Chevremont et contre la route de Mo béliard» Toutes ces sorties, exécutées avec plusieurs bataille coûtaient des sacrifices aux assiégés ; mais oeux*ci s'oriei taient assez bien sur les positions de Treskovir, ils habit

au feu les jeunes gardes molnles et l'etardaient llnvestisd^ ment (1).

Treskow fortifiait toutes les positions qu'il occupait. Le 23 novembre, il transporta son quartier général à Fon* taine, tout près de la route d'Altkirch. Il plaça ensuite ses troupes sur une ligne d'investissement plus restreinte, indiquée d'une manière générale par les points suivants : Cravanche, Valdoye, Oflémont, Vétrigne, Bessoncourt, Chevromont, Meroux, Bavilliers et Essert.

Ce n'est qu'à la fin de novembre qu'il y eut devant Belfort un nombre suffisant de pièces de siège approvisionnées. Le transport en avait été très-difficile à cause du terrain et du temps qu'il faisait. Dans lespremiers jours de décembre, on construisit des batteries et l'on creusa des tranchées au sud-ouest de la place, entre les routes d'Héricourt et de Lure, sur les hauteurs situées entre les villages de Bavilliers et d'Essert. Dans la nuit du 2 au 3 décembre, ces batteries furent armées de 28 pièces qui ouvrirent leur feu le 3 à 8 heures du matin. La garnison de Belfort avait essayé d'empêcher les travaux des Allemands avec son armierie, mais elle n'y réussit pas.

Le bombardement endommagea surtout le fort des Barres et la redoute de Bellevue, puis en partie la cita- Selle. Beaucoup de projectiles tombèrent dans le faubourg le France où l'hôtel de l'Ancienne-Poste fut presque ,'ntièrement détruit, et dans la portion occidentale de la ville.

Pendant que les Allemands continuaient le feu de leurs batteries de l'ouest, ils avançaient leurs tranchées de ce :ôté, et ils construisaient des batteries à l'est et au nord, -ontre les forts Miotte et de la Justice. Denfertfil une sortie contre ces batteries le 11 décembre.

Au commencement de janvier 1871, les Allemands acqui-

(1) Dans ces sorties, Denfert poursuivait une pensée fort juste : iUirer rennemi sous le feu de son infanterie très^-bien armée. 11 y [<Qtsit très-sûQVent, et toujours à son avantage. -

rent la conviction que Tattaque du côté de l'ouest n'aboutirait point/ Le général de Merteus, qui fut appelé de Strasbourg pour diriger les travaux du génie, voulait prendre d'abord les Perches, afin d'attaquer ensuite à revers le fort des Barres, et de s'avancer d'un autre côte contre la ville et la citadelle.

Treskov^ transporta son quartier général à Bouro^e, au sud-est de la ville, sur la route de Délie.

Pour préparer l'exécution de ce nouveau plan, les Allemands s'emparèrent d'abord du village de Danjoutin, dansla nuit du 7 au 8 janvier, après un combat très-vif. Fuivinrent les jours difficiles pendant lesquels l'approche de Bourbaki menaçait à la fois Werder et le siège de Belfort. Cela ne permettait pas de s'avancer sérieusement vc^^ L\ place, et Treskow dut se contenter de conserver les positions qu'il avait prises.

Lorsque l'attaque de Bourbaki contre la Lisaine eut etf repoussée victorieusement, le nouveau plan fut repris immédiatement. Le 20 janvier, Treskow prit d'assaut le village de Pérouse, qui devait servir de point d'appui à l'aile droite de ses tranchées, comme Danjoutin à l'aile gauche. La première parallèle fut ensuite ouverte contre les Perches dan> la nuit du 21 au 22 janvier, et aussitôt les batteries pru>siennes, construites derrière la première parallèle, ouvrirent le feu contre les deux redoutes des Perches , \er> lesquelles se dirigeaient les tranchées.

Le 26 janvier, Treskov^r croyait être [arrivé assez près de ces redoutes et les avoir assez travaillées avec son artillerie pour pouvoir en essayer l'assaut. Il le donna le 27 jan\ier, mais sans succès, et ses troupes furent repoussées avec des pertes sanglantes. Treskow reprit alors ses travaux de tranchée contre les ouvrages des Perches, dont il n'était plus qu'à cent pas environ le S février.

Cependant la situation des assiégés n'était pas brillante. Beaucoup d'habitants avaient quitté Belfort avant l'investissement ; mais la plupart étaient restés, et ils ne pouvaient trouver d'abri que dans les caves contre les bombes qui

pleuvaient sur la ville depuis des mois. Denfert ne pouvait répondre que très-imparfaitement à Tartillerie allemande ; il voulait conserver ses projectiles longs des pièces rayées de 12 et de 24 pour repousser l'attaque contre la ville même, et il ne tirait que des projectiles pleins et des bombes. Il ne manquait pas de vivres, ni de munitions pour les armes de main ; en outre, les dégâts occasionnés jusqu'à présent aux ouvrages ne rendaient pas la résistance impossible. Il n'y avait que les redoutes construites sur les Perches après la déclaration de guerre du 19 juillet qui se trouvaient dans un tel état qu'on n'avait guère d'espoir de pouvoir les défendre contre une nouvelle attaque sérieuse de Treskow. Après la chute de ces ouvrages, la situation jLTénérale de la place serait telle que Denfert, quelque résolu qu'il fût de tenir à outrance, ne pourrait pas dire pendant rombien de temps il pourrait encore résister.

Les nouvelles de la conclusion d'un armistice général arrivèrent alors jusqu'à Belfort. S'il était vrai que cet armistice fût déjà conclu ou près de se conclure, une plus longue défense de la place perdait beaucoup de sa valeur et méritait à peine les sacrifices qu'elle exigerait encore.

Dans ces circonstances, Denfert envoya, le 5 février, le t'apitaine Chatel à Bâle à travers les lignes prussiennes. Chatel devait se mettre au courant de la situation générale et communiquer ensuite de Bâle avec le Gouvernement de Bordeaux. Dans le cas où ce Gouvernement jugerait convenable que Belfort capitulât, Denfert demandait qu'il traitât lui-même les conditions de la capitulation, sur quelques points de laquelle il appelait avec soin l'attention.

Le 8 février, peu de jours après que le Gouvernement de la défense nationale avait reçu les communications de Chatel; Treskov^ s'empara des ouvrages des Perches, comme Denfert l'avait prévu.

Immédiatement après l'ouverture de l'Assemblée nationale, le Gouvernement de Bordeaux dut songer à une prolongation de l'armistice. Jules Favre courut à Versailles,' où il traita de cette prolongation et, en outre, de l'extension

de rarmistice aux départements du 8ud«^Est. Le sort de Belfort fût en même temps décidé.

L'armistice était prolongé jusqu'au 24 & midi.

La ligne de démarcation, arrêtée le 28 janvier, était prolongée à partir de Quarre-les-Tombes. Elle suivait d'abord à peu près la limite sud du département de la Côte-d'Or, en passant cependant à un kilomètre au moins au nord du chemin de fer de. Nevers à Ch&lon-sur-Saône par Autmi et Chagny. Elle atteignait ensuite la limite du département de la Côte-d'Or à Test de Chagny, suivait la ligne qui sépare la Côte-d'Or du Jura et de Saône-et-Loire, quittait la limite Quest du d^rtement du Jura au sud de la route de Louliân^ à Lons-le-Saulnier, s'inclinait ensuite à Touest, coupait \t chemin de fer de Lons-le-Saulnier à Bourg-en-Bre&^e à 1 1 kilomètres au sud de la première de ces villes, atteipai* à Pont-d'Ain la route de Lons-le-Saulnier à Clairvam e^ suivait ensuite la limite nord de Tarrondissement de Saint* Qaude (Jura) jusqu'à la frontière suisse, qu'elle touchai dans le haut de la vallée de Joux.

Les places de Besançon et d'Auxonne, que les Allemand.^ n'avaient pas prises et qui se trouvaient néanmoins sur V territoire occupé par eux, furent entourées d'une zoii* neutre, de 10 kilomètres de rayon pour Besancon et de H pour Auxonne. Une convention devait, en outre, régler l'afr provisionnement de ces places.

Belfort devait être livré aux Allemands avec le matérie. de guerre appartenant à la place ; mais la garnison pouvait se retirer librement dans le midi de la France avec arm^ et bagages, le matériel de guerre appartenant aux troupe^, les archives militaires et tous les honneurs de la guerre.

La convention fut signée le 16 février. Denfert Taui' apprise d'avance et il avait conclu un armistice ave* Treskow. On laissait aux commandants des assiégeants eî des assiégés le soin de régler les détails de la capitulatîon ; elle fut signée le 16. Les assiégés, encore forts de 42,000 hommes, sortirent de la place pour se rendre à

Grenoble, et Belfort fut occupé par les Allemands le tS février.

Les hostilités étaient terminées dans TEst.

Page 1