‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 11 sur 18 · V. BitiiUa de Sedan, septAoïbre · texte numérisé non relu

V. BitiiUa de Sedan, septAoïbre

Le maréchal de Mac-Mahon ordonna, pour le 3i août, la concentration de tous ses corps d'armée sur la rive droite de la Meuse autour de Sedan.

L'empereur Napoléon» déjà tourmenté par de sinistres pressentiments, et ne voulant pas exposer son jeune fils aux dangers de batailles sérieuses, l'avait d<'jà mis en sûreté en Belgique. Il quitta ensuite Mouzon le 30 au soir, pour se rendre dans la nuit à Garignan et de là à Sedan où il arriva le 31 à 10 heures du matin.

À la suite des nouTelles qui lui parvinrent dsns la journée du 30, le roi de Prusse, qui était à Varennes, donna dans la soirée, pour le 31 août, Tordre suivant :

L'armée de la Meuse^ prince royal de Saxe, devra empêcher l'aile gauche française de se retirer vers Test entre la Meuse et la frontière belge ;

La troisième armée, prince royal de Prusse, devra continuer sa marche vers le nord, attaquer les Français où ils se trouveront sur la rive gauche de la Meuse, et opérer du reste contre leur front et leur flanc droit de manière à les refouler entre la Meuse et la froulicrc belge.

Le prince royal de Saxe fit passer à ProuiUy sur la rive droite de la Meuse le corps de la garde prussienne et, plus tard, la division de cavalerie saxonne ; le 12* corps passa la rivière àMouzon; et le 4°, qui était fort en avant, descendit la rive gauche de la ^ïeuse.

Voici qu'elles étaient leurs positions le 31 août au soir :

Le corps de la garde à Carignan, sur la rive droite de la Chiers, avec ses troupes avancées à Pouru-aux-Bois et Poura- Saînl-Rémy ;

Le 12^ corps à Douzy (24® division d'infanterie) et à Mairy, avec ses troupes avancées depuis Pouru-Saint-Rémy jusqu'au confluent du ruisseau de la RuUe en avant de Douzy;

Le 4* corps sur la rive gauche de la Meuse devant le faubourg de Torcy.

La cavalerie de la garde prussienne et la cavalerie saxonne inquiétèrent ce jour là le chemin de fer de Cari-gnan à Sedan. Les Prussiens passèrent sur la rive droite de la Chiers à Sailly et Carignan ; la division de cavalerie saxonne, après avoir traversé la Meuse à Prouilly dans la matinée du 31, aperçut, du bois de Vaux, des trains français 1 21

qui se disposaient à quitter la gare de Garignan. Elle les fit

canonncr par sa ballerie et descendit ensuite la rive gauche de la Chiers vers Douzy. £a arrivant aux enviroas de Brévilly» elle vit un convoi de voitures françaises sur la route de la rive droite de la Ghiers. Le régiment de cavalerie de

la garde saxonne traversa alors la Ghiers, mais il ne put

s'emparer du convoi parce qu'il fut reçu à coups de fusil par rinfanterie française et par les habitants de Pouru» Saint-Hémy.

En revanche» le 1*' régiment de uhlans saxons» n^ 17» après avoir canonné Bouzy avec sa batterie à cheval, pénétra dans le village, s'empara de 40 voitures, de trains du chemin de fer, el ût beaucoup de prisonniers. Il poursuivit l'escorte française jusqu'à Francheval et revint ensuite à Douzy.

Dans l'armée du prince royal de Prusse, le 1^'" corps bavarois devait marcher sur liémilly, sur la Meuse, et le 2' corps bavarois le suivait jusqu'à Raucourt.

Le 1" cotps bavarois marchait dans Tordre suivant : l"' brigade avec deux batteries, 2* brigade» réserve d'ar* lillerie du corps d'armée, 3* et 4' brigades.

L'avant-garde du i^^ corps bavarois arjiva devant Uémilly, sur la rive gauche de la Meuse, à 9 heures et demie» et elle aperçut de là sur la rive droite des colonnes françaises du IS^ corps et de cavalerie qui se dirigeaient sur Sedan par Mairy, Douzy et Bazeilles. Les deux batteries de l'avant-garde commencèrent aussitôt le feu contre les Français et furent bientôt soutenues par les batteries de réserve du corps. L'artillerie française leur répondit» maïs sans effet. L'artillerie bavaroise fit preuve en cette circonstance d'une grande supériorité, comme portée et justesse de tir.

Le chemin de fer passe, à Bazeilles, de la rive droite sur la rive gauche de la Meuse, et il ne revient sur la rive 'droite qu'en amont de Doncher^'. Le 4^ et )e 9^ bataillons de chas* seiirs bavarois s'étaient emparés du pont du chemin de fer de Bazeilles, mais ils ne purent s'avancer sur la rive droite de la Meuse où ils furent reçus par un feu terrible de ehassepots et de mitrailleuses. 11 paraîtrait que les habitants de Bazeilles leur tirèrent aussi des coups de fusil des fenêtres de leurs maisons.

De Tann fît revenir ces bataillons sur la rive gauche de la Meuse; il ne voulait pas attaquer sérieusement Bazeilles avant que le prince royal de Saxe ne prit l'offensive sur la rive droite. Pour cette attaque, il fit jeter un pont de bateaux sur la Meuse à llcmillv.

Les Français essayèrent de faire sauter le pont du chemin de fer de Bazeilles, mais les chasseurs bavarois les en empêchèrent.

Lorsque de Tann apprit que le prince royal de Saxe ne

pouvait pas prendre sérieusement l'olTensive le 31 août, il fit rester la plus grande partie de la 1"^^ division dans les positions où elle se trouvait ; le pont de Bazeilles fut barri<cadé et le gros du corps de Tann bivouaqua le soir entre Rémilly et Angccourt, — Le 2* corps bavarois campa k Raucourt.

Le 5*^ corps allemand était, le 31 au soir, àChéhery ; le 1 1^ entre Frénois et Villers-sur^Bar^ en face Donchery ; la division wurtembergeoise à Boutancourt, au sud-ouest de Domle--Mesnil.

Le 6*' corps allemand devait marcher sur Attigny et Semuy, vers l'Aisne et le canal des Ardennes, d'où il pouvait être &cilement dirigé au nord-ouest si Mao-Mahon levesait encore à lldée de rétrograder sur Paris. Il serait

appuyé dans ce cas par les divisions de cavalerie qui opéraient dans cette direction.

Le prince royal de Prusse ordonna à la troisième armée les dispositions suivantes pour le 1" septembre :

Le 1""^ corps bavarois passe la Meuse à Rémilly et attaque Bazeilles;

Le 3> corps bavarois se place au-dessous de Bazeilles»

à Wadelincourt et Frénois, — soit pour appuyer le l*' corps bavarois, soit pour le relier avec le H' corps allemand, et observer en même temps le faubourg de Torcy, en avant de Sedan;

Le 11* corps passe la Meuse à Donchery, marche au nord sur Yringne-aux-Boîs et se dirige ensuite à l'est sur Saint-

Menges ;

Le corps allemand et la ¥ division de cavalerie suivent le mouvement du 11* corps ;

La division vrurtembergeoise reste à Donchery, soit pour servir de réserve générale, soit pour repousser un iiiouvement des Français venant de Mézières.

Dans la journée du 31 août, le 11** corps jeta deux ponts sur la Meuse à Donchery ; il commença aussitôt le passage de la rivière, et il était en force sur la rive droite le l*' septembre au point du jour.

L'annonce de la retraite précipitée des Français dans la journée du 31 août fit craindre au quartier général du roi que Mac-Mahon ne voulût éviter par une marche de nuit une bataille décisive.

Cette crainte n'était du reste pas fondée. Mac-Mahon ne croyait pas, le 3 1 au soir, avoir devant lui des forces allemandes aussi considérables. Les troupes françaises campèrent autour de Sedan : le 7' corps à Textréme droite vers Saint-Menges et Floing; le 12* corps devant Bazeilles; le

l*"" corps vers Baigny et Franchcval; le corps snr les hauteurs au nord de Sedan. On n'avait pas même cru néces^ saire de leur donner des ordres pour le septembre.

Cependant le quartier général allemand avait parfaitemenl raison de croire que si Mao-Mahon connaissait sa véritable situation, il chercherait par tous les moyens possibles à s'échapper d'un côté ou de l'autre. Le moyen pouvait être mal choisi ; mais il lailait dans tous les cas être prêt à s'opposer à ce dessein.

Le roi de Prusse ordonna en conséquence que trois divi*^ sions de l'aile gauche (armée du prince royal de Prusse) passeraient la Meuse dans la nuit du 31 août au l®"" septembre, pour être prêtes au point du jour à marcher au nord et à prendre l'offensive contre la ligne de Sédan à Mézières. « Le prince royal de Saxe reçut communication de cet oi'dre, qui était déjà plus d'à moitié exécuté, car nous avons vu que le 11*^ corps avait passé en partie la Meuse dans la nuit du 31 août au septembre. Il ne s'a^ssait donc plus que de iaire passer une troisième division, — C'est la division wurtembergeoîse qui fut désignée. Elle reçut, l'ordre de traverser la Meuse entre Dom-le-Mesnil et Nouvion, de prendre position au nord de Wouvion, à Viviersau-Court, et d'y attendre de nouveaux ordres pour marcher soit à Test soit à l'ouest.

Au point du jour les Wurtembergeois jetèrent un pont à l'endroit indiqué et commencèrent à passer la Meuse à 6 heures du matin. A 9 heures^ la tète de leur division arrivait à Yiviers-au-Court.

Dès que le prince royal de Saxe reçut les ordres du roi de Prusse, il fit prendre les armes aux troupes de l'armée de la Meuse. Le 1*"" septembre à ^ heures du matin, la garde prussienne et le corps saxon devaient occuper la ligne

Pouru-aux-Bois. Pouru-Saint-Remy. Douzy, et se tenir prêts à marcher contre le front français Givonne-ia Moacelle. La 7® division, du 4' corps allemand, devait rester en réserve à Mairy, tandis que la 8* division et la réserve d'artillerie du même corps marcheraient sur Bazeilles pour appuyer le 1^' corps bavarois.

n résulte des positions occupées par les Français et des dispositions prises par le quartier général allemand» que les premiers occupaient un front d'environ 10 kilomètres, et qu'ils pouvaient être attaqués sur ce front, dans h matinée du septembre, par sept corps et demi allemands — 170,000 à 180,000 hommes — auxquels ils pouvaient opposer tout au plus 120,000 hommes.

Il était à peu près iinpossible que toute Tarmée de Mao- Mahon se fît jour à travers les Allemands; illui fallait toujours laisser en arrière des forces importantes, pour résister sur certains points à la pression des Allemands, pendant que le gros de l'armée forcerait sur un autre point les lignes allemandes, à peu près comme fit Blucher à Ghampeaubcrt-Etoges en 1814. Mais de quelque côté que Mac- Mahon dirigeât ensuite sa retraite, l'armée allemande était si près de lui qu'elle pouvait rester constamment sur ses talons, l'inquiéter sans relâche avec sa cavalerie et son artillerie, qui ne permettent plus une retraite à la Xénophon, et lui causer ainsi des pertes énormes; si bien que le résultat manqué le l*^*" septembre, les Allemands l'auraient certainement obtenu trois ou quatre jours plus tard.

£t de quel côté Mac-Mahon pouvait-il s'échapper? Ëtaitrce encore vers Metz? Mais avec les forces qu'il pouvait à présent y conduiic, ci suivi de près par une formidable armée allemande, au lieu de pouvoir attaquer librement l'armée de blocus, il ne réussirait dans le cas le plus favorable.

qu'à jeter dans les lignes de Metz 40,000 à 50,000 hommes, ce qui serait plus défavorable qu'avantageux à Bazaine. ,

Pouvait-il encore se retirer sur une autre place forte pour y reprendre haleine et s'en aller ensuite plus loin?

Nous savons qu'il ne manque pas de places fortes dans cette région, mais ces petites forteresses ne sauraient offrir un lieu de refuge à une grande armée. La place la plus rap^ prochëe qui pût remplir cet objet» c'était Lille. Mais Lille est à 170 kilomètres de Sedan.

11 restait une issue relativement facile. La frontière belge n'est qu'à 8 kilomètres des derrières de la position de Sedan, par la route de Bouillon. 11 est hors de doute que s'ils avaient pris ce parti de bonne heure le septembre., les Français pouvaient gagner la Belgique, et même sans livrer de combats sérieux. Mais ils auraient dû alors se laisser désarmer et interner par les Belges : ce qui révoltait l'orgueil français. Des détachements isolés pouvaient bien prendre cette route, mais non toute une armée française.

Le bras du destin était suspendu sur l'armée de Bfao- Mahon.

C'est le l''^ corps bavarois qui entama la lutte. Le général de Tann avait reçu l'ordre de ne pas exécuter d'attaque décisive avant d'être assuré du soutien de l'armée de la Meuse, et particulièrement du 12* corps (Saxons); mais il était autorisé, si cela lui semblait possible, à s'emparer Je Bazeilles dans la nuit^ pour avoir ensuite la liberté de se porter plus avant dès que le moment seraît.venu.

Le grand village de Bazeilles, tout entier bâti en pierres, renferme l'ancien chftteau où Turenne passa sa jeunesse, et un autre plus moderne.

Dès 4 heures du matin, par un épais brouillard, de Tann mit ses troupes en mouvement pour attaquer Bazeilles

que défendait la division d'infiuiterie de marine de Yas-

soigne, du corps de Lebrun.

En tùtc des Bavarois marchait la 1" brigade, ûieli, puis la â% Ot&, et enfin la ^ division.

Le combat de Bazeilles commença peu d'instants après 4 lieures ; les Bavarois pénétrèrent dans le village mais ils en furent chassés par les Français; puis h leur tour ils reçurent des renforts et forcèrent les Français de plier. Le combat se poursuivit» indéois, dans les rues, les jardins et les parcs entourés de murs. Quelques maisons furent longtemps disputées, et les Allemands disent que les habitants prirent part à la lutte, ce qui est bien possible. Les Français contestent ce fait, et ils accusent en revanche les Bavarois d'avoir commis des cruautés sur les femmes, les enfanls et les vieillards. Sans accorder trop d'importance à ces plaintes réciproques, on peut cependant en inférer que le fer et le feu ne furent pas ménagés dans cette lutte acharnée.

L'artillerie des deux partis ne pouvait appuyer directement le combat de Bazeilles, parce que les combattants s'y mêlaient de telle sorte qu'il était impossible de les distinguer, et l'artillerie ne pouvait tirer que sur les pièces et les réserves de l'ennemi .

L'artillerie bavaroise était sur les hauteurs au nord-est de Bazeilles; l'artillerie française, y compris les mitrailleuses du corps Lebrun, h l'ouest de la Moncelle.

Ce n'est qu'à 10 heures du matin que Bazeilles fut défmitivcHient aux mains des Bavarois. Pendant ce combat, le maréchal Mac-Mahon fut dangereusement blessé par un édat d'obus ; k 7 heures et demie, il donna le commandement en chef au général Ducrot et se retira du champ de bataille.

Ducrot forma aussitôt le projet de prendre position sur le plateau d'Uiy, en arrière de Sedan, ce qui indique qu'il Youlait avoir, dans tous les cas, la retraite libre vers la BeU gique. Il avait déjà donné des ordres pour ce mouvement, que (fuelques troupes avaient même commencé, lorsque le cominaiiJement lui fut enlevé.

Nous avons parlé plus haut du général de Wimpiïen qui avait été rappelé d'Afrique pour remplacer de Failly à la' tète du 5* corps. Il était arrivé à Sedan le 31 août et, dès. qu'il sut la blessure de Mao-Mahon, il fit valoir ses droits au commandement en chef, comme étant le plus ancien général de division après de Failly qui ne comptait plus, et le général Ducrot lui remit le commandement vers 9 heures du matin.

Le général de Wimpflfen, né en 481 i, sorti de TËcole de » Saint-Cyr, servit la plus grande partie du temps en Afrique. Général de brigade dans la guerre de Crimée en 1855, il commandait en Italie une brigade de la garde et fut nommé général de division la même année. Quelque temps après la guerre, il fut renvoyé en Afrique. Il y commandait en 1870 la province d'Oran et dirigea les opérations contre les tribus des frontières du Maroc. Ces opérations ont été appréciées de diverses manières, maïs en tout cas elles étaient d*une tout autre nature que celles d'une guerre avec l'Allemagne.

Wîmpffen, qui a la réputation d'unir une brillante bravoure au plus grand sang-froid, s'orienta, des hauteurs de Balan, sur la situation de la bataille, et elle ne lui parut pas désespérée; il suspendit donc aussitôt les mouvements commencés par ordre de Ducrot et fit reprendre aux troupes leurs anciennes positions.

Les choses allaient déjà fort mal pour les Français, et ce double changement de général en chef dans l'espace de

quelques heures n'était pas fait pour les améliorer. Ce fait rappelle immédiatement à l'esprit le changement opéré dans Tétat-major général autrichien le matin de la bataille de Kœniggraets.

Dans l'armée de la Meuse, le prince royal de Saxe dirigea le 12^ corps de Douzy sur laMoncelle parliamécourt; et le corps de la garde prussienne sur Villers-Gemay.

La 48' brigade (saxonne), — avant-garde de la iV division, — fut engagée à laMoncelle à G heures et demie; la batterie d'avant-garde^ suivie bientèt de toute Tartillerie de la 24* division, s'établît à Test de la Moncelle, au nord des batteries bavaroises. Lorsque la Moncelle fut prise, deux batteries de la réserve d'artillerie du corps vinrent encore se joindre aux premières.

L'artillerie saxonne eut beaucoup k souffrir des pièces françaises, ainsi que du feu d'in&nterie qu'elle recevait du

ravin de la Moncelle.

La 47*^ brigade d'infanterie s'avança, à droite de la 48®, dans la direction de Daigny où elle prit 3 mitrailleuses.

Vers 9 heures et demie, arriva la IG*^ brigade d'infanterie, de la division, et elle établit la communication entre la Moncelle et les Bavarois ; la 45^ brigade fut également envoyée à la Moncelle et les batteries qui s'y établirent successivement finirent par former une seule ligne avec celles du l*^"* corps bavarois.

Les têtes de colonnes du corps de la garde prussienne, arrivèrent à 8 heures à Villers-Gemay; vers 9 heures» quelques batteries de la garde ouvrirent le feu des hauteurs

situées entre Villcrs-Cernay et Givonne. La trarde reçut l'ordre gênerai de remonter le ruisseau de Givonne jusqu'à Fleigneux, dès qu'on serait maître du terrain entre Daigny

et Givonne. Le l!2* corps saxon devait à son tour suivre ce mcavemeni en faisant un à-droite.

La division de la garde marcha contre GÎTonne ; la réserve d'artillerie da corps prit position an nord des batteries de la garde qui étaient déjà engagées» afin de soutenir le mouvement de la 1" division.

Revenons maintenant à l'aile gauche de Tarmée allemande*

Le 11* corps avait passé la Meuse à 6 heures du matin^ et ses têtes de colonnes arrivaient à 7 heures à Vringne-aux- Bois. Plus à gauche, à Nouvion, la division wurtembergeoisc commençait à 6 heures à passer la rivière.

Adroite du il* corps était le 2* corps bavarois» Hartmann^ devant Torcy, avec la 4* division, comte Bothmer, àFrénoîs, la réserve d'artillerie et la 9^ division, Walther» à Wadelincourt.

A 6 heures, le 5' corps allemand marchait par Chevenges sur Donchery, la 4^ division de cavalerie le suivait.

Le corps avait, comme nous savons, une mission spéciale, ainsi que la plupart des divisions de cavalerie.

Le prince royal do Prusse quitta, vers 4 heures et demie du matin, son quartier général de Chémery, et il arriva à 6 heures sur le champ de bataille à l'ouest de Frénois. Le loi de Prusse se rendit également de bonne heure à Frénois de son quartier général de Vendresse.

Les détachements de cavalerie envovés à la découverte apportèrent la nouvelle que la route de Mézières était complètement libre de Français. On pouvait donc sans hésiter diriger le 11* corps contre l'armée de Mao-Mahon postée autour de Sedan, d'autant plus que le 5* corps allait suivre le il' sur la rive droite de la Meuse, et que la division wurtembergeoise était maintenant prête à observer la route de Mézières.

Le prince royal de Prusse ordonna donc, îi 7 heures, au 1 1'' corps de marcher sur Saint-Menges. Le général GersdorS, commandant aclueilement le 11' corps, reçut cet ordre à 7 heures et demie à Briancourt, au sud-est de Yringne-aux-Bois, et il en ordonna de suite l'exécution. L'avantgarde du iV corps parut vers 9 heures à l'ouest de Saint-Menges , attaqua ce village et s'en empara après un combat acharné.

Le détachement français (du 7* corps) qui occupait Saint-Menges se retira sur la position qu'occupait son corps d'armée entre lUy et Floing.

Le commandant du 11' corps fit aussitôt placer au sud de Saint-Menges rartillerie qu'il avait sous la main» et l'infanterie se déploya derrière elle.

Le 5^ corps qui marchait derrière le 1 i*^, sa réserve d'artillerie en tête, se (l('t)loy;L sur sa gauche h Fleigneux. A il heures du matm, la plus grande partie de l'artillerie du ^ et du 11« corps entretenait, à Fleigneux et Saint-Menges, un feu violent contre l'extrême droite des Français.

Lorsqu'il fut constaté que la route de Mézières était libre, la division wurtcnibcrgeoise reçut, h iO heures cl demie, l'ordre de revenir de Viviers-au-Court ù Donchery et d'y rester en réserve. La 2^ division de cavalerie y fut également envoyée. Le gros de la division wurtembergeoise prit position à Donchery et la brigade Hugel se porta sur la rive gauche de la Meuse à Dom-le-Mesnil, en regardant Mézières.

La 4® division de cavalerie, qui avait suivi le 5* corps allemand sur la rive droite de la Meuse, s'arrêta à Troisfontaines, au sud du 11* corps et à l'ouest de la presqu'île d'Iges, et ses batteries à cheval s'établirent à la lisière est du bois pour tirer — à 4,000 pas — sur les positions irançaises de Floing.

Lorsque le prince royal de Prusse arriva à Frénois, nous savons que la lutte était déjà très-vive à l'aile droite de la troisième armée, i** corps bavarois. Il ordonna en conséquence, vers 7 heures du matin, à la division Walther, du 2' corps bavarois, de revenir sur Iiémilly pour upijuyer de là le 1" corps bavarois à Bazeilles; la division Bolhrner fut alors envoyée de Frénois à Wadelincourt* Deux batteries de cette dernière division et Tartillerie de 'réserve du corps passèrent dans la presqu'île d'Iges pour concentrer <lc là leur feu contre FIoiill:. de concert avec les batteries de la 4' division de cavalerie et une grande partie de celles du 11* corps.

Nous avons suivi, jusqu'à 10 heures du matin, la marche de la bataille à l'aile droite des Allemands, — armée de la Meuse et corps bavarois, — et nous avons, en outre, indiqué les directions dans lesquelles cette aile droite devait continuer la lutte. Nous avons ensuite examiné Taction de l'aile gauche allemande» armée du prince royal de Prusse, jusque vers il heures du matin.

11 résulte de cet exanicn qu'h cette heure-là l'armée do Mac-Mahon — ou de Wimpffen — était tellement entourée qu'il ne lui restait plus que deux issues très-difficiles. Elle pouvait encore se faire jour au nord ou au sud, mais ce n'éuit plus possible à l'est et à l'ouest, à moins d'un miracle.

Pour percer au nord, elle avait encore la gorge, d'environ 4,000 pas de largeur, entre Fleigneux et Givonne, pour gagner la Belgique par les bois de Daigny et de Terme. La grande route de Bouillon qui mène dans la même direction était déjà fermée aux Français.

Au sud, on pouvait sortir par le faubourg fortifié de Torcy dans la direction de Youziei^ et de Reims.

Cette issue était la plus dangereuse à prendre, au début

surtout. Ce qu'il serait arrivé ensuite de celte tentative, nul ne peut le dire ; mais à la guerre il faut toujours de Taudace. IL fallait, dans tous les cas, beaucoup de résolution pour chercher, en ce moment, à se faire jour dans cette direction. Le succès de l'opération exicreait eiibuile une î^ranfle simplicité et une clarté parfaite des dispositions, une obéis* sauce absolue et une abnégation complète de chaque commandant de corps d'armée. D'après les renseignements que nous avons recueillis, et surtout h cause de la présence de rKm|)ereur à Sedan, il nous soinble fort douteux que le générai de Wimpffen aurait eu toute l'autorité nécessaire pour faire exécuter le plan qiie nous Tenons d'indiquer. Il est du reste constaté que personne dans Tarmée française ne songea à cette issue. Ainsi qu'il arrive toujours après un grand malheur, des broclun es sans nom])re ont été écrites sur la question de savoir à qui revenait la faute de la catastrophe de Sedan. Nous n'avons trouvé dans aucune Tidée d'une retraite au midi. Quant à ce qui regarde spécialement le général de Wimpffen, il semble qu'il ait conservé longtemps l'espoir de repousser les Allemands, et qu'il se soit dit qu'il serait temps ensuite de songer à la direction que suivrait l'armée.

Tout le monde s'accorde à dire qu'il ne fut donné aucun ordre général jusque vers 4 heures du soir : chaque comniauiiant de corps d'armée, voire même chaque chef de division ou de brigade, agissait à peu près suivant sa propre inspiration, pour se maintenir dans la position qu'il occupait ou repousser l'adversaire particulier qu'il avait devant lui. Le chef de l'armée observait, tantôt d'un cùlé, tantôt de l'autre, ces efforts isolés, au lieu de chercher à les diriger vers un but commun et d'après une pensée générale*

Lorsque le général de Wimpffen dut abandonner sa pre-

mière espérance, il eut l'idée de s'échapper dans la directioa de Carignan. Mais nous allons voir qu'il était alors beaucoup trop tard pour songer à. faire passer à travers les ÂUemands toute l'armée française.

Revenons maintenant à Taile droite allemande, armée de la Meuse et l**" corps bavarois.

Lorsque le 1*' corps bavarois se fut rendu maître de Bazeilles, vers 10 heures du matin, il ne put cependant pas s'avancer au delà de ce village. Ses troupes avaient été entremêlées par 06 combat local, et il fallait d'abord les rallier» les reformer et, en outre, s'établir dans le village.

Vers 11 heures du matin arriva par le pont du chemin de fer de fiazeilies la division Walther, du 2*^ corps bavarois, que le prince royal de Prusse envoyait au secours du i*^ corps. Be Tann fit marther la division Walther sur Balan où il la fit appuyer plus tard par une partie de la division, du 4* corps, dont un bataillon avait déjà pris part au combat de Bazeilles. 11 réunit en nK-nie temps sur la hauteur située au nord-est de Bazeilles la 1" et la ¥ brigade, ainsi que la réserve d'artillerie du l*' corps bavarois, pour être prêt à repoussèr un retour offensif de Lebrun, si ce dernier réussissait à se porter à l'est par Balan.

Après un combat très-violent, les Bavarois, soutenus par le 4* corps prussien, s'emparèrent de Balan et s'y maintinrent malgré le feu de l'artillerie de Sedan,

Vers 4 heures environ, les Français reçurent sur ce point l'ordre de se retirer sur Sedan. Cet ordre ne venait pas du général Wimpffen, mais du quartier général de l'empereur Napoléon. £n même temps, le général Wimpffen proposait à l'Ëmpereur de le sauver en cherchant à se faire jotu* sur Carignan. Avant même d'avoir reçu le refus de l'Empereur, il lit part de son projet au général^Lebrun. Celui-ci répon-

dit : < Vous allez faire tuer 3,000 hommes de plus sans arriver à rien. Cependant, si vous voulez faire cette tentative, je vais avec vous ». En effet, Wimplïenet Lebrun sortirent de Sedan à la tête des troupes qu'ils avaient pu réunir. La division bavaroise Walther fut chassée d'une partie de Balan, mais elle fut aussitôt secourue par la 1" brigade bsi* varoise. En même temps, Vartillerie de réserve du 4*^ corps bavarois ouvrit un feu meurtrier. Lorsque WimplTen vit que l'ennemi était prêt à le recevoir et compta avec surprise la poignée d'hommes qui l'avaientsuivi, il reconnut que son dessein était inexécutable et il arrêta le mouvement. Des détachements bavarois et prussiens le suivirent dans sa retraite jusqu'aux portes de Sedan.

A droite des Bavarois et de la 8* division, du 4' corps, la 23* division d'infanterie, du 12® corps, s'était peu à peu réunie en arrière delaMoncelle. Elle reçut vers midi l'ordre de remonter la vallée jusqu'à Baigny, et de gravir ensuite les hauteurs situées à l'ouest vers la Garenne.

La 23" division eut à .^outeiiir, dans la vallée, de nombreux combats contre des détachements français, du 1^ et 7* corps, et son avant-garde gravissait vers 3 heures les hauteurs à l'ouest de Daigny. Ducrot opposait .toujours une résistance acharnée ; cependant, les Saxons en triomphèrent ils prirent 2 mitrailleuses et firent plus de 1 ,000 prisonniers. Â 4 heures, Ducrot se mit en retraite sur Sedan.

Les Saxons ne prirent point part au combat qui se livra plus tard à Balan entre WîmpfTen et Lebrun d'un côté, les Bavarois et la 8* division alleniunde de l'autre ; ils détachèrent seulement un régiment dans cette direction, mais il arriva trop tard pour combattre.

La 2* division de la garde prussienne marcha, vers il heures du matin, sur Daigny et Hoybes. Bientôt après, le

corps ayant pris Daigny, la garde put marcher au nord sur Givonne et de là sur Illy. Elle enga|i^a toute son artillerie. Dès 3 heures de l' après-midi, elle donnait la main, à Illy, au o' corps, c'esl-à-dîre à l'extrême gauche de l'armée allemande. — On peut dire qu'tt celte heure le sac était fermé; l'expression est un peu triviale, mais elle peint bien la vérité, comme on peut s'en convaincre en regardant la carte.

A ce moment, le sort de l'armée française était décidé. Quelques détachements isolés» notamment de cavalerie, pouvaient encore se faire jour, mais l'armée ne le pouvait plus. Les meilleures troupes ne voulurent point séparer leur sort de celui des autres ; elles firent d^elles-inêmes d'hono* rables eflorts pour faire payer cher à l'ennemi sa victoire, pour couvrir la retraite de leurs camarades, mais non pas pour obtenir un avantage qu'elles n'appréciaient point, du moment qu'elles ne pouvaient pas le faire partager à toute l'armée.

A l'aile gauclie des Allemands, après un long combat d'artillerie, l'infanterie du 11* corps s'avança de Saint- MeugeSy à 11 heures passées, pour attaquer Floing; ,son aile gauche se reliait à la 19* brigade d'infanterie du 5* corps. Le combat fut trèthachamé sur ce point, surtout contre le 7* corps français. L'infanterie française et la cavalerie rivalisèrent de courage, mais sans unité, par brigade ou par régiment. A 11 heures et demie, 4 régiments de cavalerie française firent la dernière tentative sérieuse de résistance sur ce point-là. Ils furent reçus avec calme par l'infanterie allemande et forcés de chercher un abri dans les Ijois au nord de Sedan. A 2 heures, les Français de l'aile droite étaient en pleine retraite sur Sedan.

Le 5* corps allemand marcha sur Illy, à la gauche du 1 22

11" corps, et il compléta vers 3 heures l'investissemeul des Fraoç&is en donnant la main à l'armée de la Meuse. Les Français eurent également sur ce point du cBamp de bataille de brillants faits d'armes, mais ils manquèrent,

comme partout ailleurs, d'une pensée dirigeante, d'une autorité suprême.

La 4* division de malerie allemande, suivant le mouvement des 11* et 5* corps, s'était portée, vers 3 heures du soir, de Troisfontaines sur les hauteurs au nord d'Illy, d*où elle fut ensuite dirigée par le prince royal de Prusse sur la route de Sedan à Bouillon, afin d'inquiéter la retraite des Français vers la Belgique s'ils voulaient encore l'essayer.

Un détachement vurtembergeoîs avait été envoyé sur la

rive gauche de la Meuse, contre une sortie de la garnison de Mczières qui fut repoussée sans ditïicultës.

A 5 heures, les têtes de colonnes de tous les corps alle^ mands se rapprochaient de Sedan. La place fut bombardée par l'artillerie de campagne , et le feu se déclara bientôt dans la ville et les localités avolsinanles.

Un désordre indescriptible régnait dans les rues étroites de Sedan où se pressait toute l'armée de Mac^Mahon. Napoléon III se résolut à une capitulation. Ne se regardant pas comme général en chef de l'armée, Napoléon ne voulait livrer que sa personne. Le général de AVimplî'en, qui avait exercé le commandement en chef toute la journée, devait aussi conclure la capitulation.

La chose était dure pour le général de Wimpffen, cela se comprend. Il offrit sa démission h l'Empereur, qni la refusa, et il avait raison, parce que dans la matinée du septembre, Wimplïen avait lait valoir ses droits d'ancienneté pour avoir le commandement en .chef, alors que

les circonstances lui permettaient fort bien de le laisser sans déshonneur au général Ducrot, qui l'avait reçu de Mao- Mahon.

WimpfTen s'inclina devant le refus de TEmpereur. Âu

reste. Napoléon n'avait pas attendu le consentement du général en chef pour faire flotter le drapeau blanc aux portes de Sedan.

Lorsfpie le roi de Prusse aperçut des hauteurs de Frénois que le feu était dans la TÎlle, il ordonna de cesser le bombardement, et il envoya en parlementaire le lieutenantcolonel d'état-major Bronsartde Schellendorff (1). Bronsart rencontra en route un oûicier bavarois qui lui dit qu'un parlementaire français était à la porte de Sedan avec un drapeau blanc. Il continua son chemin^ fut introduit dans • Sedan et conduit aussitôt près de l'Empereur. Lorsqu'il lui fil part de sa mission : demander la reddition de la place et de l'armée, iSapoléon observa que c'était avec le général de Wimpffen» commandant en chef de l'armée^ que Bronsart devait traiter.

L'Empereur voulait donner à Bronsart une lettre pour le roi de Prusse; mais, après rétlexion, il préféra envoyer cette lettre par un de ses aides de camp, le général Heille. Le général et Bronsart trouvèrent le roi h 7 heures du soir.

La lettre de Napoléon commençait ainsi : < N'ayant pas pu mourir à la téte de mes troupes, je remets mon épëe dans les mains de Votre Majesté. »

Du reste « Napoléon ne rendait que sa personne, parce

(1) Le edonél Bronsart de ScheUendorff a pablié, en 1870, une brochure intéimnte dans laquelle il réfute on écrit : < TQetUek$ R»eWieki ûMfiW, » qm avait obteim en France, en 1868, beaucoup plo» de saceâa qa'fl n'en méritait.

(Nott du traducliur.)

qu'il n'avait pas exercé le commandement en chef. Il résulte cependant de diverses circonstances que nous avons eu Toccasion de mentionner que cette assertion de l'Empereur est des plus contestables.

Le roi de Prusse ne rentra qu'à 11 heures du soir à son quartier général de Vendresse. Il avait auparavant chargé le général de Moltke de la capitulation, en donnant l'ordre à Bismarck de lui prêter son concours.

Les conditions de cette capitulation furent discutées à Doncliery, du cdté des Français par WiropiTen lui-môme. Ce dernier espérait au début obtenir des conditions plus favorables que celles qui lui furent conciliées. Vers minuit, de Moltke déclara que l'armée française mettrait bas les armes, que les Allemands n'accepteraient pas d'autres conditions, et que si la capitulation n'était pas signée lè 2 sep- ' tembre h 9 heures du matin, le bombardement de Sedan recommencerait. AVimpffen demanda de rénéchir jusqu'à une heure du matin. Les négociations reprirent ensuite el marchèrent si rapidement que la capitulation était arrêtée Ters 6 heures* du matin- et n'avait plus besoin que de la ratification du roi de Prusse. De Moltke alla la chercher îi 8 heures sur le champ de bataille où le roi était revenu de Vendresse.

D'après la capitulation, l'armée française était prisonnière de guerre. Les officiers qui donneraient leur parole d'honneur de ne plus servir contre l'Allemagne pendant la durée de la guerre conservaient leur liberté, leurs armes et leurs bagages. Une commi^ssion française devait livrer à une commission allemande les armes et le matériel de guerre; la ville de Sedan devait être rendue au roi de Prusse dans l'état où elle se trouvait. Le désarmement des troupes aurait lieu le 2 et le 3 septembre.

Les troupes françaises devaient se rendre dans la presqu'île d*Iges, sous la garde du 1*' corps bavarois et du

il" corp^ allemand, réunis sous le commandement du général de Tanii. Les prisoniiicis de guerre fraiieais seraient ensuite dirigés l" sur Kémilly, par Sténay, Etain et Gorze, 2* sur Pont-à-Mousson» par Glerinont*-en-Àrgonne et Saint- Mihiel.

Le nombre des prisonniers de guerre, livrés par la capitulalion de Sedan, se montait à 8.1, 000 liommes, y compris 4,000 officiers. Il faut y ajouter 20,000 prisonniers laits pendant la bataille» i4»OÛO tués ou blessés, 3,000 hommes échappés en Belgique ; ce qui donne pour Tarmée de Mac- Mahon une force totale de 125,000 hommes, «—naturellement d'après retîeclif des ralionnaires et en y comprenaat la garnison de Sedan, — ou de 130^000 hommes en faisant entrer en ligne de compte les pertes éprouvées à liuzancy, Nouart et Beaumont.

Plus de 400 pièces de campagne, dont 70 mitrailleuses, 150 pièces de place, 10,000 chevaux, un nombreux matériel de î^uerre de toute nature tombaient aux mains des Allemands.

Les pertes des Âllemands à Sedan furent évaluées à 43,000 hommes tués ou blessés.

Bien que Sedan soit une place forte, on peut regarder,

avec tout le monde, la capitulation de l'armée de Mac- Mahon ou de Wimpilen comme une capitulation en rase campagne. Car Sedan» sans ouvrages détachés, est beaucoup trop petit pour recevoir une telle masse de défenseurs. Comme eapitulalion en rase campagne, celle de Sedan est un fait unique dans Thistoire, sous le rapport de la g.;indeurderarméeprisonuiiîre. il suffit, pour s'en convaincre, de la comparerun instant à Prenzlau , Ratkau, Baylen ou V illagos.

Mais cet éfëaemeiit acquiert» à notre avis, une tout antre importance» par la prise de l'empereur Napoléon. On a

beaucoup plaisanté sur l'assertion de Napoléon qu'il n'avait pas pu trouver la mort. Nous croyons, quant à nous» qu'il Ta cherchée. On & dit : il n'est point allé asses près de l'ennemi. Nous répondrons d'abord que son entourage l'aurait probablement empêché d'aller trop près de l'ennemi, et» en second lieu, qu'il n'est pas du tout certain que l'Empereur eût trouTé la mort en se jetant au milieu de Tennemî, et qu'il pouvait fort bien être fait prisonnier sar le chaiiip de bataille. U restait toujours à l'Empereur un moyen assuré de se donner la mort, le suicide. Mais nous < avons été aussi surpris qu'afiligé de voir des gens trèspieux» qui condamnent cet acte violent de la manière la plus sévère, le demander du fils le plus fidèle cl du plus ferme appui de r£glise.

£nfin» nous sommes convaincu que la mort de l'Empereur aurait eu les mêmes conséquences politiques que sa caplisité, tandis que s'il avait pu s'échapper libre et sauf du champ de bataille de Sedan» plus d'un événement aurait pris une autre tournure.

Le général ReiUe vint trouver Bismarck à Donehery, le 2 septeiiibro, h G heures du matin, pour lui dire que Napoléon désirait lui parler et se rendait à Donehery. Bismarck aUa au-devant de l'Empereur» qu'il rencontra à Frénois.

L'Empereur exprima le désir d'avoir un entrotien avec le roi de Prusse. Lor&qae le chancelier lui dit que le roi était fort lom de là, à Yendresse» ^iapoléon demanda si le roi avait d^à fixé le séjour provisoire de son prisonnier, et quelle était à cet égard l'idée de Bismarck. €e dernier M offrit la maison qu'il occupait lui-même à Donehery et qu'il évacuerait, aussitôt. Le cortège se mit en marche sur JJou^

cher\'. Avant d'arriTef au pont de la Meuse, Napoléon remarqua sur la route une simple maison d'ai tisaii. Il fit arrêter et pria Bismarck de descendre. Ces deux personnages eurent alors un entretien d'une heure dans une chambre pauvrement meublée.

L'Empereur se plaignit d'abord des dures conditions de la capitulation imposée à l'armée de Mac-Mahon. Bismarck ne pouvait rien répondre à ce sujet qui avait été traité entre Moltke et Wîmpffen, et, fidèle à la promesse qu'il en avait faite d'avance à Moltke, il écarta cette question chaque fois que Napoléon la remit sur le tapis. Kn revanche, il demanda à l'Empereur ce qu'il pensait de négociations de paix. Napoléon répondit c| n'étant actuellement prisonnier, il nepou-<* vait nécnaei' la paix ; qu'il n'y avait que le Gouvernement régulier siégeant à Paris, et à la tète duquel était l'impémtrice Eugénie, qui pût décider cette question.

Il serait intéressant de savoir si Bismarck et Napoléon lui-même croyaient beaucoup, après la catastrophe du l**" septembre, à la durée du Gouvernement de l'impératrice . Pcmr Bismardi, cela nous parait fort douteui, .car il dit dans son rapport au roi, qu'après ees paroles de l'Empereur il s'est convaincu t que la situation présente n'offre aucune importance pratique en dehors de son importance militaire ».

Après un plus long entretien dans l'intérieur, l'Empereur

sortit et s'assit il \aiit la porte de la maison avec Ri^marck. C'est alors que iSapoléon aurait dit que lui-même ne voulait pas la guerre et qu'il y avait été iorcé par la pression de l'opinion publique en France.

Nous avons iious-même exprimé, dès le début, l'opinion que l'empereur Napoléon ne désirait pas très-vivement cette guerre ; mais, pour rendre hommage à la vérité^ il faut dire

qae. cette opinion publique qui, disait-il» l'avait forcé à la guerre, elle avait été créée par son entourage, par la servilité

de la presse et des réunions que cet cntoui'nge avait dans sa main, par tics poursuites incessantes contre toute expression incommode de l'opinion libérale, par les candidatures officielles et autres institutions de même nature, et l'Empereur n'était certainement pas tout à fait innocent de ces éléments, de ces fondements de l'opinion publique césariste-bonapartiste. Cette opinion publique-lè, qui gouvernait en effet l'Empereur, n'était pas du tout l'opinion publique de la France.

Pendant l'entretien de l'Empereur et de Bismarck, ou ' vint informer ce dernier qu'il y avait, au sud du village de Frénois, le petit château de Bellevue, confortablement installé, et qui n'était pas encombré de blessés. Bismarck en lit part à l'Empereur, il ajouta qu'il le jnoposerait au roi de Prusse pour lieu de rendez-vous, sii'Empereur y consentait, et il l'invita à s'y rendre dès à présent pour prendre le repos dont il devait avoir besoin.

Napoléon et Bismarck se rendirent à Bellevue, où se trouvaient déjà le général de Wimpfien et son chef d'état-œajor, le générai prussien Podbielskî et le lieutenant-colonel de N crdy, qui attendaient la ratitication de la capiUilation. Les Français essayèrent une dernière fois de revenir sur certaines clauses de la capitulation et d'y faire apporter des changements. Mais sur ces entrefaites, de Moltke, qui avait trouvé le roi sur le champ de bataille, envoya dire à Bismarck par un aide de camp que le roi Guillaume ne voulait voir l'Empereur que lorsque la capitulation militaire serait définitivement arrêtée.

Bismarck monta à cheval pour aller lui-même infoi im-r le roi de la situation ; il rencontra en route de Moltke» qui

portait le texte de la capitulation approuvée par le roi ; iU revinrent ensemble à Bellevue, et la capitulation fut signée

ici us autre incident.

A midi, Bismarck et Mollkc remirent au roi la capitulalîon signée, et celui-ci, accompagne du prince royal, se rendit à une heure à Bellevue, où il eut avec Napoléon un entretien (1*1111 qiiurl-(.rheure.

L'Empereur prisonnier reçut pour résidence le chàleau de Wiihelmshcehe, qu'avait autrefois habité son oncle le roi Jérôme, et où le prince-électeur de Hesse distribua plus tard ses coups de pied historiques {[).

Napoléon quitta le chàleau de Bellevue dans la matinée du 3 septembre, et il n'arriva que le lendemain matin à " Bouillon, après avoir été plus d'une fois arrêté par des convois, des troupes, des canons français pris par Fennemi. Il se dirigea ensuite par Yerviers et Cologne sur Wilhelmshœhe, où il arriva le Ô au soir et trouva tout préparé pour le recevoir.

Pendant quelques jours, les journaux officieux prussiens,

convaincus en îii)j):u'ep.co que les années allemniules Ir.niveraient à Paris un gouvernement régulier, celui de l'iax-

(I) Le prince électeur de Hesse, qui fut déirôné eu 18GC, avait Thabitnde de donner des coup> de pied au derrièro & tontes les penonnas qui loi apportaient des nouvelles désagréables. Les ministres eax-mèmes n'ôlaieat pas exempta de cette marqoe de faTeor; et quelques-ans de ces coups de pied sont acquis à Thistdre. • Un beau jour, l'électenr donna un coup de pied semblable à an de ses valets de cbanibre. Cet borome, qui était très-fort* n'accepta pas comme les miniaires cette favenr princiëre. U saisit le vieil électeur, le coacba sur on £iuteail, le déshabilla et administra sur te derrière électoral une verte correction. Le valet de chambre» crjîgnant ensuite d*être poursuivi pour ce crime de Iftse majesté postérieure, a'enfnit dans la Saxe<Cobonrg-6otba,etit acheta plus tard TbOtel deFArbre-Veri à Cobourg.

{Note du traducteur.)

pératrice Eugénie, parlèrent de la probabilité d'une paix prochaine que rendaient indispensable les revers importants des Français. Mais les événements devaient bientôt les

faire changer de langage.

Nous allons nous occuper de la situalion de Paris et de ce qui se passait dans la capitale de la France*

Vî. Parb )i li fin d'aoftt et an commeocement de tepleuibre.

La Ri^publique est prodamée.

Depuis la communication qu'il avait faite au Corps législatif« le 22 août, le comte de Palikao parut à la Chambre le

moins possible. Il donnait pour excuse de son absence ses travaux importants d'organisation qui lui prenaient tout son temps. Dans le fait, il devait lui être pénible de toujours répéter que tout allait à merveille» que le c plan » s'exécutait, que le ministre de la guerre avait les meilleures nouvelles, mais qu'il ne pouvait pas les communiquer, parce que le succès dépendait du secret et que tout serait perdu si les Prussiens» sans cesse aux écoutes, apprenaient quelque chose de ce < plan ». Ces façons générales de parler n'auraient pas tardé à devenir suspectes à la Chambre, si elle les avait comparées aux faits affirmés par les télégrammes prussiens qui, du reste, arrivaient rarement jusqu'à Paris. Palikao n'avait pas lui-même, dans le cours des choses, la confiance qu'il inspirait si facilement îi la Chambre. Sa pensée dominante, c'était de tenir l'Empereur et l'armée de Mac-Mahon éloignés de Paris» et nous avons donné des preuves de ce qu*il fit pour cela.

La besogne que négligeait le ministre de la guerre, les

journaux officieux et semi-offîcieux s'ea chargèrent. D'après ces ^Hiilles, la. destruction des années allemaiides était assurée. Le « plan » était en voie d'exécution. Biais on

n'était pas toujours d'accord sur ce i;inioux plan. Quelques journaux affirmaient encore que Bazainc avait été vainqueur le 18 août, le jour qu'il avait précipité trois corps d'armée prussiens dans les carrières de Jaumont. Ils disaient que Bazaine était maître de toutes les routes, qu'il avait déjà quillé Metz pour se réunir à Mac-Mahon dans les Champs catalauniques, où les chasscpots et les mitrailleuses» remplaçant les javelots et les catapultes des Romains, auraient encore raison des barbares à cheveux rouges de TOrient. D'autres journaux, qui finissaient par douter du départ de Bazainc, soutenaient qu'il voulaiL rester à Metz ; que c'était là le « plan », Les Allemands, s'avançant avec imprévoyance, seraient pris alors entre deux feux, etc., etc. Ces niaiseries stratégiques étaient encore discutées tout au long, deux jours après la bataille de Sedan. Il n\ avait pas un seul mot de sensé dans ces articles, mais quelques expressions militaires, qui s'y trouvaient jetées à toi t et à travers, en imposaient à la masse du public. On avait vu pareille chose en Allemagne quelques années auparavant (1859, Giulay ; 1866, Benedek).

Après le « plan », c'claU surtout la situation des Aile- ' mands qui occupait certains journaux de Paris. A les en croire, on ne devait pas donner un sou des armées allemandes, et il était impossible de compiendre comment elles ne se retiraient pas au plus^ite du territoirefrançais. D'après le «Volontaire », les Allemands auraient déjà perdu, k. IGaoùt, 144,000 hommes tués ou blessés ; le reste était bien près de mourir de faim; les dernières réserves, la landwehr et le landstunn, arrivaient d'Allemagne; des vieillards de 60 ans

armos de fusils à pierre, portant du côté droit une éaorme blagae à tabac» du côté gauche une gourde de schnaps plus grosse encore» une longue pipe de porcelaine à la bouche, courbés sous le poids d'un liavre-sac, sui iuonlé d'un moulin à café et renfermant une provision de Ihé de sureau, passaient de la rive droite sur la rive gauche du Rhin, toussant, crachant, et maudissant ceux qui les arrachaient des bras de leurs enfants et petits-enfants, pour les envoyer à une mort certaine. — Des difiicullés sérieuses s'étaient élevées entre le prince royal de Prusse et le prince Frédéric- Charles, qui refusaient de se prêter un mutuel appui. Les dépêches allemandes, qu'on ne pouvait point ignorer complètement, étaient traitées de « mensonges prussiens » . £ntin on donnait comme un fait certain que le roi de Prusse était devenu fou. La source de cette nouvelle est assez intérêt* santé. La « Liberté » publie un jour un article dont le sens était qu il fallait que le roi de Prusse fût positivement fou pour oser marcher sur Paris en se jetant au milieu des armées françaises. Le lendemain, un second journal publia un article intitulé : Le roi de Prusse est fou, et qui n'était que l'amplification de l'article de la Liberté. Le troisième jour, un troisième journal annonça, d'après des renseignements dignes de foi, que le roi de Prujsse, effrayé de la situation de ses armées, était devenu fou. La chose était naturellement tenue seerèle, mais il fallait t^arder le roi de près.

C'étaient des nouvelles semblables que donnaient en pâture aux spirituels Parisiens 'et à tous les Français, des hommes que l'Empire avait élevés dans le journalisme pour instruire le peuple.

On nous demandera sans doute : mais pourquoi les spirituels Parisiens et tous les Français croyaient-ils à tout cela? — Pourquoi donc n'y auraient-ils pas cru? Qu'on se ligure

des gens qui ne peuvent ni entendre ni lire autre chose ! Devront-ils croire que tout ce qu'on leur dit n*e8t que mensonge t Le pourront>îls, lorsqu'ils désirent ardemment que

ces mensonges journaliers soient la vérité? Qu'on en fasse jamais l'épreuve sur la rive droite du Rhin dans des circonstances analogues» et nous verrons si le résultai n'est pas le même. Peu^étre seulement que les gens de la rive droite du Rhin seraient plus tôt découragés , et par suite plus tôt prêts à douter d'eux-mômes.

Le peu de journaux indépendants et véridiques qu'il y avait dans Paris perdirent naturellement courage. Ils continuèrent de citer les faits qu'ils croyaient vrais* mais sans se donner la peine de les commenter dans des articles de fond.

Lorsque l'armée du prince royal de Prusse marchait sur Paris, et avant que la marche de Mac-Mahon vers le nord changeât la direction des opérations de la troisième armée allemande, le général Trochu fut nommé» le 17 août gouverneur de Paris et général en chef des forces qui se réunissaient pour défendre la capitale de la France.

Trochu, né en J815, sorti de Saint-Cyr et de l'école d'état-major, était lieutenant en 1840, capitaine en 1843. En Afrique depuis 1841, il attira bientôt, par son intelligence et sa bravoure, l'attention du maréchal Bugeaud, qui le prit pour aide de camp en 1845 et le conserva jusqu'à sa mort, 1849. Si le maréchal appréciait hautement le mérite de son aide de camp, ce dernier conserve encore un profond res* pect pour la mémoire du maréchal, qu'il regarde comme son professeur de l'art de la guerre. En 1853, Trochu était colonel, et Saint-Arnaud le choisit pour aide de camp au début de la guerre d'Orient. Nommé général à la fin de 1854, Trochu resta dans l'état-major de Canrobcrt tant que celui-ci conserva le commandement en chef, et il fut mis

ensuite ù la tète d'une brigade d'inlantorie qu'il conduisit avec une bnllante bravoure. Il fut blessé grièvement par un éclat d'obus le 8 septembre 1855, Au commencement de la guerre de 1859» il commandait encore une brigade, mais il fut nommé général de division dès le 4 mai, à l'à^e de 44 ans, et sa division, accourue au secours du maréchal Niel, prit une part brillante à la bataille de Solférino. Après la campagne d'Italie, le général fut mis h Técart. Ses relations a?ec le maréchal Bugeaud, qu'il rappelait arec an juste orgueil, lui avaient donné à la cour la réputation fort peu aimée d'un orléaniste. En outre, Trochu, homme d'une simplicité toute militaire et d'une honorabilité parfaite, s'était préservé de l'amour effréné de l'argent et des jouissances qui s'était introduit, sous l'influence du second Empire, dans toutes les classes de la société et jusque dans l'armée. Il craignait que cela ne devînt nuisible à l'armée ; il ne pouvait pas estimer certaines personnes qui jouissaient en apparence de la plus haute considération, et il se tenait personnellement éloigné des cercles de la cour.

En 1867, lorsqu'il fut question de réformer Tarmée, il publia son livre : « l'armée française en i867 ». Plein d'amour pour l'armée française, plein de respect pour les qualités qui lui sont propres, Trochu £ûsait ressortir vivement les défauts de son organisation. La vérité, cette fois comme toujours, fut mal accueillie, et les officiers qui rendaient le plus justice à la perspicacité et àla véracité de Trochu, trouvèrent pour la plupart que son livre n'était pas opportun, que ce n'était point le moment de dévoiler à tout le monde les défauts de Tarmée française. Les ennemis secrets du général s'éloignèrent de plus en plus de lui, et le gouvernement le laissa de côte en toute circonslance. Lorsque la guerre de 1870 éclata, le générai Trochu n'était que mem-

bre du comité d'état-major, position assez efifacée. Troehu futenyahi de pressentiments fort tristes lorsqu'il vit la guerre

si follement déclarée, et les troupes, à peine formées, se rendre à la hâte à la frontière et traverser Paris aux cris : à Berlin 1 à Berlin ( Il ne cacha pas ses impressions au maréchal Lebœuf. Il en résulta que Trochu resta d'abord sans emploi. Ce n'est qu'à la formation du 12* corps que ce général, reconnu pour l'un des plus Jislingués do l'armce française, fut pourvu d'un commandement, et peu de jours après» le ministère Paiikao lui confia les fonctions de gouverneur de Paris» poste qui devait nécessairement avoir la plus grande importance dans le cours de cette guerre.

Cette nomination de Trochu pouvait être regardée comme une rupture avec les pures traditions impérialistes des dix der^ nières années, et comme une preuve que le ministère de la défense nationale voulait mettre à leur place tous les bons Français ,ban.s b inquiéter de leurs opinions personnelles, sans rechercher s'ils étaient ou non partisans quand même de TEmpire.

Paiikao attachait ce caractère à la nomination de Trochu, ainsi que le prouvèrent les termes dans lesquels il en lit part au Corps législatif.

Pour annoncer aux Parisiens son entrée en fonctions, Trochu fit afïicher dans les rues, le 18 août, une proclamation qui reçut un accueil presque unanime. Elle se terminait ainsi : « £t pour accomplir mon œuvre, après laquelle, je l'affirme, je rentrerai dans Tobscurîté d'où je sors, j'adopte Tune des vieilles devises de la province de Drelagne, où je SUIS né :

' Avec l'aide de Dieu pour la patrie ! n

La pioclamalion ne disait pas un mot ni de l'Empereur

ni de l'Empire. Quelques-uns des mamelucksdela Chambre relevèrent ce fait, mais les Parisiens n'y firent point atten«tion. Il n'y avait presque plus personne à Paris qui parlât de l'Empereur cl du prince Impérial, de la cour ou de l'Impi-iatiice. L'Empire avait été enterré le 7 août. Les gens qui avaient brillé 4e son éclat ne s'en éloignaient pas moins que les autres ; ils ne pouvaient pas lui pardonner d'avoir été malheureux et de les entraîner probablement dans son malheur. Celui qui conservait encore dans un coin de son cœur quelque attachement pour ces grandeurs tombées, se gardait bien d'en parler.

On mettait à côté du général Trochu un comité de défense dont la composition fut l'objet d'un conflit qui n'était

pas encore rrç:\c complètement lors de la capitulation de Sedan. — La Chambre voulait introduire dans ce comité uu certain nombre de ses membres qu'elles choisirait elle-* même. Le Gouvernement, au contraire, persistait à demander que si des membres de la Chambre devaient entrer dans le comité, ils fussent du moins choisis par lui.

On n'avait presque rien fait pour mettre Paris en état de défense avant la nomination de Trochu. Il se mit aussitôt à l'œuvre avec le plus grand zèle. Les travaux qu'il entreprit avaient pour objet :

1" Les fortifications ;

"2'' L'armement d'artillerie;

3^ Les combattants ;

4* L'approvisionnement;

o*^ Les mesures de sûreté iutérieure.

Paris est, depuis 184i, une place forte gigantesque, telle qu'il n'en a jamais existé sur la terre depuis les temps de Babylone et de iNinive, mais elle avait besoin de travaux

considérables pour se présenter à Teanemi comme une place forte. L'Ëurope moderne, les Parisiens eux-mêmes, ne songeaient pas beaucoup depuis quelque vingt ans que Paris fût une place forte et pût jamais être appelé à en

jouer le rùle.

Il fallait préparer les remparts de l'enceinte continue et des forts détachés à recevoir de Tartillerie et des hommes ; refaire les banquettes, pratiquer des embrasures et des créneaux. 11 fallait creuser des fossés devant les nombreuses portes, établir des ponts-îevis, refaire les masses couvrantes. L'entrée des huit chemins de fer qui pénètrent dans l'enceinte devait également être protégée. Des ponts furent établis à la sortie des canaux de Saint-Denis et de rOurcq et recouverts de parapets ; les fossés de Fenceinte continue furent inondés; on protécfea par de nouveaux ouvrages rentrée et la sortie de la Seine ; une flottille de canonnières se forma sur le fleuve; on commença aussitôt à construire sur l'enceinte continue, qui en manquait complètement, des magasins à poudre à l'abri des projectiles. Le système des forts détachés devait enfin ôtrc complété par de nouveaux ouvrages. Il fallait du temps pour exécuter tous ces travaux, néanmoins ils étaient tous en train au commencement de septembre, et nous verrons qu'on eut le temps de compléter les plus importants.

Quant à l'armement d'artillerie, les forts avaient déjà depuis 1867 — affaire du Luxembourg — un armement de sûreté insuffisant (contre une attaque de vive force, une surprise). On le compléta, tout en commençant à donner à l'enceinte continue son armement de sûreté.

Il y avait dans Paris, en fait de lioupes régulières, le 13' corps (Vinoy) dont il a déjà été question. Il s'y joignit les dépêts de la garde et de divers régiments de ligne. En t 23

faisant venir à Paris des régiments de marche, des dépôts de la ligne, que Ton compléterait par des réservistes, par d'anciens soldats rappelés an service et enfin par des recrues, on pensait pouvoir former un autre corps d*année régulier, de sorte qu'on aurait eu environ 00,000 hommes de troupes régulières.

On fit venir en outre à Paris 12,000 marins, parmi lesquels il y avait un peu d'infanterie de marine, et l'on en forma une division de marins, sous les ordres du viceamiral de la Roncière le Noury. Il avait pour généraux de brigade les contre-amiraux de Saisset et Pothuau. Cette division de marins était destinée à défendre les principaux forts détachés du nord et de l'est de Paris. Un capitaine de vaisseau devait avoir le commandement spécial de chacun des forts confiés à la in uiae. Les matelots servaient les grosses pièces de canon qui armaient les forts et dont ils avaient l'habitude.

9,000 douaniers formèrent une division pour garder les murailles ; 6,000 gardes forestiers une brigade de tirailleurs de deux régiments.

A ces troupes, que l'on peut regarder comme plus ou moins régulières et habituées à une discipline sévère, s'ajoutait la garde municipale de^aris, infanterie et cavalerie, ainsi que diverses formations de gendarmerie départementale.

Le total de toutes ces forces devait s'élever à 90,000 hommes.

On devait y joindre 100,000 gardes mobiles de province, et [enfin la garde nationale sédentaire de Paris qui allait

f^trc'^portée à 266 bataillons, formant ensemble au moins riOO,UOO hommes. On pouvait en mobiliser une partie, choisie parmi les hommes jeunes, vigoureux et non mariés qu'on emploierait, en cas de besoin, hors des murs. Enfin

l'on avait encore des formations volontaires de diverses sortes, sous le nom de francs-tireurs, cclaireurs, etc.

Gela donne un effectif total de 400,000 hommes. L'armement» rhabiliement et l'équipement de corps complète* ment improvisés ne marchaient que fort lentement, et, tant que durèrent le ministère Palikao et l'Empire, on peut dire que le mauvais vouloir du Gouvernement fut un peu cause de ces lenteurs. Ce Gouvernement se résignait à regret à donner des armes à toute la population mâle de Paris.

Nous ne pouYons passer sous silence à cette occasion Taffaire des pompiers français.

Lorsque le ministère Palikao fut appelé au pouvoir, sous rimpression des événements si imprévus et si foudroyi.nts du commencement d'août, et que cette impression eut été rendue plus vive par les dépèches lamentables que TËm** pereur envoyait de Metz, le nouveau ministre de Tintérieur, monsieur Chevreau, donna l'ordre h tous les préfets d'envoyer de suite à Paris tous les pompiers disponibles de France, âgés de moins de 40 ans. Le ministère Palikao voyait alors la capitale menacée du jour au lendemain; appeler aux armes toute la population lui semblait dangereux ; et on voulait d'abord appeler à la défense de Paris les pompiers de province, qui étaient en partie disciplinés et tort étrangers, en générai, à la capitale.

Le 15 août, ils affluèrent donc à Paris de tous^sûtës. Op vît alors des uniformes fantastiques, et notamment des casques de forme antique. Il ne vint pas seulement des hommes au-dessous de 40 ans, mais jusqu'à des pompiers antédiluviens avec de magnifiques barbes bianches et des jambes maigres dont Tétroitesse de leurs culottes fidsait en» core ressortir l'exiguïté. On n'avait pris aucune mesure pour recevoir tout ce monde. La phipart des pompiers n'avaient

aucune idée de ce qu'on voulait d'eux et croyaient qu'il y avait dans Paris un immense incendie qu'ils devaient éteindre. La présence de ces braves gens ne pouvait que créer des embarras, car, le 17 août, il en était déjà arrivé 60,000. Ce jour même» le ministre de l'intérieur ordonna aux préfets de suspendre les envois de pompiers et il s'occupa de renvoyer lès autres chez eux.

Le couiitc de défense voulait approvisionner Paris pour six mois alin de le rendre indépendant tout ce temps-là. C'était une entreprise considérable pour une aussi grande ville. Il est vrai qu'elle était rendue moins difficile par les richesses de num«iraire accumulées dans Paris,- par les communications de la capitale avec la France entière, par les immenses espaces vides qui permettaient de conserver dans Paris une grande quantité de provisions. Pendant la dernière quinzaine d'août, il arriva de ISantes, du Havre cl de Rouen de nombreux Irains, chargés de blé, de riz, de fourrages et de viandes salées. Un parc à bestiaux fut établi dans le bois de Boulogne. On installa de nouveaux moulins, de sorte que Paris put bientôt moudre deux fois et demi autant de iarine qu'en temps ordinaire. Mais il ii y a pas moins de grandes difficultés à réunir les rations néces* saires à une ville comme Paris, de 1,800,000 âmes, même en simples rations de marine. Songeons maintenant que les habitants de Paris sont gâtés, et que sans èlre gros mangeurs comme dans d'autres pays, ils sont habitués, dans toutes les classes de la société, à se donner quelquefois de bons morceaux. Il était complètement impossible de conserver de la viande fraiche pendant six mois, à cause de la quantité de fourrages nécessaire pour nourrir les animaux, d'autant plus que l'année 1870 avait été une très-mauvaise année de ioins à cause de la sécheresse. — Le sel, une des

choses les plus nécessairës à rhomme, est celle qui manque

habituellement la première dans les villes investies , parce que l'on se fait rarement une idée exacte de la quantité de cette denrée que l'on consomme journellement. Oii trouver pour six mois des œufs, du beurre et de la volaille? Où prendre pendant si longtemps des légumes frî>is que l'on a d'ordinaire à Paris en abondance et d'excellente qualité ? Nous ne parions pas du poisson irais. La Seine en fournit bien quelques-uns d'assez mauvais, mais tous les produits »1e la mer allaient manquer dès le premier jour de l'invcslibscmcnt.

U était donc à peu près possible d'approvisionner Paris pour six mois de rations de marine, mais on ne pouvait pas songer aux denrées auxquelles toutes les classes parisiennes sont habiliR^es; et il était même fort dillicile de réunir cet approvisionnement de marine pour six mois, malgré tout le zèle qu'on y apporta.

Le 25 août, le général Troehu fit faire une grande razzia dans les quartiers de Paris qu'habitent les femmes de la société galante et leurs amis. Cette razzia donna des prises nombreuses, notamment d'étrangers, oe qui est digne de remarque, parce qu'il existe en Allemagne un certain parti qui parle sans cesse, avec une vertueuse ludignatioii, de rimmoraiilé des Français. Ces dames et leurs intimes furent expulsés de Paris. La mesure fut approuvée de tout le monde, surtout parce que la société, ainsi renvoyée d'une manière sommaire, était prêle à tout, môme à dei ialngues, pour entraver la défense de Paris.

Une autre mesure, qui suivit de près la première, ne fut pas aussi généralement approuvée. Le 28 août, des affiches placardées au coin des rues, prévenaient les nationaux des États avec lesquels la France était en guerre^ d'avoir à

quitter dans trois jours Paris et ses environs. Ils devaient se retirer soit dans leur pays , soit dans les départements à

l'ouest de la Loire. Ceux qui voniraient échapper à cette mesure, devaient obtenir un [i rmis de séjour du gouverneur de Paris. Le générai Trochu observait que cet enl paraissait nécessaire, et qu'il était dans l'intérêt même des

expulsés.

On n'avait pas vu depuis Tantiquité une semblable xénolasie. On comptait à Paris 80,000 Allemands. Cette mesure eut des suites cruelles; elle frappait beaucoup de gens qui habitaient Paris depuis 45 et 20 ans, qui s*y étaient créé une famille, dont les femmes étaient françaises et dont les enfants étaient nés en France. On les chassait dans un délai de trois jours de leur foyer pour les renvoyer dans une pairie qui leur était devenue étrangère. On découvrit k cette occasion un chef de bataillon de la garde nationale, allemand de naissance, qui ne s'était jamais fait naturaliser français. Il y eut bien des douleurs !

Quand on connail le caractère humain et généreux dos Français en général et des Parisiens en particulier, on se demande involontairement pour quelles raisons ils jugèrent nécessaire une semblable mesure.

Il est certain qu'il y avait en France des Allemands qui y trouvaient une existenc(i que leur propre pays leur refusait, et qui manifestaient dans des lieux publics leur joie des victoires allemandes d'une manière qui allait jusqu'à la brutalité et qui devait blesser profondément les Français. Dans les classes moins éclairées, des ouvriers allemands avaient proféré des menaces de conspirations, de voies de Mi contre les Français dès que les armées allemandes paraîtraient devant Paris. Mais c'étaient-lfi des faits tout à fait isolés. 11 y eut également çà et là quelques rixes qui venaient

appuyer l'opinion du général Trochu que c'était dans leur intérêt qu'on expulsait les Allemands. — Des gens que n'atteignait pas la mesure prise par le général Trochu^ par eiemple des Autrichiens et des Suisses allemands, quittèrent Paris. L'un de ces derniers auquel on demandait pourquoi, répondit : A quoi me sert d'être Suisse? Que je vienne à parler allemand avec un de mes compatriotes > un gamin criera : un Prussien f un Prussien ( je serai entouré, arrêté, et peut-être assommé avant d'arriver chez le commissaire de police. Toutes les réclamations de notre chargé d'affaires me rendront-elles ensuite h la vie?

Que Ton envisage la chose comme on voudra, c'est de cette expulsion des Allemands que date réellement le réveil de la haine nationale.

Or, cette haine nationale, e.\citce par les deux partis et non pas seulement par les Français, est le grand malheur européen de cette guerre, malheur devant lequel s'cilaccut complètement toutes les souffrances^ toutes les pertes matérielles , quelque grandes, quelque regrettables qu'elles soient. C'est la crainte de ce malheur, qu'ils prévoyaient avant même que la guerre n'éclatât, qui cngaijoait ilc|)iiis plusieurs années quelques hommes clairvoyants des deux nations à travailler de toutes leurs forces à empêcher cette guerre.

L'expulsion des Allemands n'eut pas lieu seulement de

Paris et des places fortes ; ils furent aussi chassés des villes ouvertes. L'un des honmies qui poussa le plus à ceUe mesure fut M. Gambetta que nous allons voir bientôt jouer un rôle considérable.

Les premières nouvelles de la catastrophe de Sedan arrivèrent à Paris le saunnli 3 septeuibre. La ibulc se rassembla dès midi sur les boulevards.

La séance du Corps législatif fut ouverte à S heures du soir. Paiikao annonça des événements importants. Il commença par dire qu'une sortie do Bazaine avait été repoussée* Il reconnut que cette nouvelle n'était pas bonne. Puis il parla d'une bataille livrée entre Mézières et Sedan, où les Français avaient eu tantôt le dessus tantôt le dessous; Mao-Mahon était blessé. Tout cela était dit d'une manière confuse qui permettait encore de conserver quelque espérance, et le ministre rappelait expressément que ces nouvelles n'avaient rien d'officiel. Il rcconauL cependant encore une fois qu'elles avaient une grande importance et qu elles obligeaient le Gouvernement à faire appel à toutes les forces de la nation.

La déclaration de Paiikao provoqua immédiatement une discussion très-vive. Jules Favre fut le premier à y mettre un peu d'ordre, et il s'éleva, dans cette occasion^ fort au* dessus de ses déclamations habituelles.

« Quelle est la venté? s'écriu-t-ii. La vérité, c'est (jne l'ai mée française s'est conduite héroïquement toutes les lois qu'elle s'est trouvée devant l'ennemi. Vous connaissez les merveilles de bravoure accomplies par le maréchal Bazaine pour chercher à rompre le cercle dos forces qualie fois supérieures qui l'entourent. — Sans compter l'ennemi, malgré tous les obstacles, il a compris que la France avait besoin de son épée, et il a cherché à se faire jour. — Un général non moins brave s'avançait d'un aulre côté pour le soutenir dans ce moment critique, il a succombé. Ce n'est pas la bravoure qui lui a manqué, c'est la liberté du commandement. Personne n'ignore qu'on lui avait demandé des troupes pour garder l'Empereur. 11 les a refusées, et le conseil des ministres les a prises dans celles qui étaient destinées à défendre Paris. On sait cela, et un tel

élat de choses ne saurait durer plus longtemps. Il faut savoir quelle est notre situation vis-à*viâ du Gouvernement. L'Ëmpereur est-il en communication avec ses ministres? Leur donne-t-il des ordres? »

A cette interpellation, Palikao n'pondit clairement: Non !

« Eh bien ! alors, continua Jules Favre, le Gouvernement a, par ie fait* cessé d'exister ; et, à moins d'un aveuglement imptrdoDnable» à moins d'une obstination qui n'est plus patriotique, tous reconnaîtrez que c'est à vous à demander au pays les moyens qui peuvent amener son salut. Je n'insisterai pas davantage. La réponse que vient de faire le ministre éclaircit le point principal : le Gouvernement a cessé d exister. »

Là-dessus, violentes interruptions des mamelucks. Le président Schneider prend la parole : <« En toute occasion, dil-il, je déviais protester contre de semblables paroles. Dans les circonstances actuelles, je dois protester surtout contre tout ce qui pourrait causer un aAaiblissemeht du pays. »

Jules Favre «Un affaiblissement! Ce que je cherche,

c'est la iorcc morale ; et elle rt'side dans le pays souverain, aflranchi, qui ne doit compter que sur lui-même, sur ses repi-ésentants, et non plus sur ceux qui l'ont précipité dans l'abime. (Grand tapage des mameiucks.) Maintenant, dans cette crise suprême, je n'ai plus que deux mots à ajouter : la France et Paris, tous deux également menacés, tous deux réunis dans la résistance par une étroite solidarité, sont résolus à ne pas déposer les armes avant que l'ennemi ne soit chassé. Le pays sait que c'est en lui, en lui seul, qu'est le salut. (Approbation à gauche.) Pour éviter le désordre, il est nécessaire que tous les pui Us s'etTacent devant un nom militaire qui se chargera de la défense de la nation. Ce nom

est connu et cher au pays* il doit prendre la place de tous les autres ; il faut que démit lui tous les fantômes de Gou-

vernomcnt s'évanouissent. Tel ChL le moyen de salut, jc le dis en lace du pays. Puisse le pays entendre raa voixl * (Très-bien i à gauche, et bruit correspondant à droite.)

La recommandation très-claire d'une sorte de dictature de Trochu émut fort désacrréablcmcnt le comte de Palikao. Il rappela qu il existait un Gouvernement constitutionnel et que Ton devait se grouper autour de lui.

Dans le reste de la séance, la Chambre s'occupa de Fur* gencc d'appeler sous les armes tous les hommes de 2o à ' 35 ans, tandis qu'on n'avait appelé jusqu'à présent que les anciens soldats des classes les plus âgées ; et ensuite de l'élection des officiers de la garde nationale de Paris qui avait toujours été dilTéréc.

La Cliambrc fixa cniin la séance suivante au 4 septembre, à 3 heares de l'après-midi.

D devait en être autrement. La séance du 3 septembre avaii été levée h i heures l/'f. Ce n'est qu'inie heure plus tard qu'arrivèrent, par la 1m kuiuc et la Suisse, des télégrammes annonçant toute i étendue du désastre de Sedan.

Des groupes se formèrent sur les boulevards et les parcoururent en chantant la Marseillaise, L'un de ces groupes se rendit au Louvre où était le quartier général du gouverneur de Paris. Sur ce point, comme sur d'autres» on demande la déchéance de l'Empereur et de sa dynastie.

Palikao ne pouvait pas croire h l'étendue de ce malheur. Le soir même, il demanda par le télégraphe au consul français à Bàle s'il fallait croire aux nouvelles allemandes de la catastrophe de Sedan. Il reçut pour réponse : a D'après l'accord de tous les renseignements, il n'y a pas à douter de l'événement. »

Cependant, quelques membres du Corps législatif HYaient couru chez le président Schneider pour lui faire part de ce qu'ils avaient appris et le presser de réunir la Chambre le

plus vite possible.

Schneider convoqua tous les députés à domicile pour le 3 septembre^ à minuit.

La séance fut ouverte le 4» à 1 heure du matin. Le comte de Palikao était présent. Malgré la dépêche de Bâle, il avait été se coucher sans convoquer le ministère, et ce n'est que le message de Schneider qui le réveilla et le fil lever.

n prend le premier la parole et avoue cette fois toute la vérité.

« Notre année, dil-il, aprrs des efforts héroïques, u été refoulée dans Sedan par des forces supérieures. Toute résistance étant devenue impossible, l'armée a capitulé. L'Empereur a été fait prisonnier. »

Palikao demanda ensuite le renvoi de la séance au lendemain, — il voulait dire dans la journée du 4.

Le président Schneider propose le renvoi. Jules Favre ne s'y oppose point, mais il dépose, au nom de la gauche, la proposition suivante :

< ÂBT. 1^. — La Chambre déclare Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie déchus du pouvoir que leur avait confié la Constitution.

« Akt. 2. — Le Corps léi^islatirnommcra une commission

gouvernementale, composée de Cette commission sera

investie de tous les pouvoirs nécessaires, et elle aura pour mission spéciale de résister è outrance à l'invasion et de chasser l'ennemi du territoire.

« AiiT. 3. — Le général Trochu est contirmé dans ses fonctions de gouverneur général de la ville de Paris. »

L'ancien ministro Pinard hasarda celle observation : « Nous n'avons pas le droit de prononcer la déchéance. »

La Chambre fut ajournée au 4 septembre, à midi ; la séance n'avait pas duré plus de SO minutes.

Le matin du 4 septembre, on vît affichée dans les rues une proclamation du ministère Palikao :

< Français,

<( Ln grand malheur frappe la patrie. Âprès trois jours de luttes héroïques, soutenues par l'armée de Mac-Mahon contre 300,000 ennemis, 40,000 hommes ont été faits prisonniers.

« Le général >Yimplîen, qui avait pris le comniandeirient de l'armée en remplacement du maréchal Mac-Mahon, grièvement blessé, a signé une capitulation. Ce cruel revers n'ébranle pas notre courage. Paris est aujourd'hui en état de défense ; les forces du pays s'organisent. Avant peu de jours, une nouvelle armée sera sous les murs de Paris; une autre armée se forme sur les rives de la Loire.

€ Votre patriotisme, votre union, votre énergie sauve* ront la France^

« L'Empereur a été fait prisonnier.

i( Le Gouvernement, d'accord avec les pouvoirs publics, prend toutes les mesures que comporte la gravité des événements. »

Le même jour, à 1 heure de l'après-midi, le président Schneider ouvrit la séance du Corps législalif. Le comte de Palikao avait entouré de troupes le palais Bourbon et fait occuper le pont de la Concorde.

Le comte de Kératry prolesla contre celte mesure à l'ouverture de la séance. Dans le cours de la discussion où l'on demanda que la garde de la Chambre fût conûée à la garde

nationale, Palikao parla avec assez de hauteur et pas toujours en termes très-mesurés. — 11 déposa ensuite, en ré* ponse à celle faite par Jules Fayre dans la séance de nuit,

une proposition du Gouvei iieiuent pour laquelle il demauua r urgence ;

« Art. 1^. — Un conseil de Gouvemement et de défense

nationale est institué. Ce conseil est composé de cinq ineuibres. Chaque membre de ce conseil est nommé à la majorité absolue par le Corps lé^slattf.

c Aut. â. — Les ministres sont nommés sous le contreseiiig des membres de ce conseil.

« Art. 3. — Le général comte de Palikao est nommé lieutenant général de ce conseil.

« Donné en Conseil des ministres, le 4 septembre 1870.

« Pour l'Empereur, et en vertu des pouvoirs qu'il nous a dévolus^

€ Signé : ëugénie. b

Jules Favre demanda également l'urgence pour sa proposition.

M, Thiers fit une proposition de conciliation, il penchait vers r opinion de Jules Favre, mais il pensait qu'on devait

fane un sacrifice h l'union. Sa proposition, signée par 47 députés, était ainsi rédigée :

« Vu les circonstances, la Chambre nomme une commis* sion de gouvernement et de défense nationale.

« Une Constituante sera convoquée dès que les circonstances le permettront ».

La Chambre, consultée, prononça l'urgence des trois propositions de Favre, de Palikao et de Thiers; elles devaient être examinées par une même commission de neuf membres, nommés par les bureaux.

La Chambre se retire dans ses bureaux et la séance est suspendue à 1 heure 40 minutes; elle devait être reprise à

2 heures et demie,

La situation allait être bien changée.

Dans la matinée, un certain nombre de bataillons de garde nationale s'étaient rassemblés dans leurs arrondissements, et ils se portèrent vers midi sur les boulevards où ils fui onl accueillis par les cris de : la déchéance ! la déchéance ! Vive la garde nationale ! Vive la nation I et quelques cris isolés de Vive la République ! Les gardes nationaux se réunirent à la grille qui sépare le Palais^Bourbon du quai d'Orsay. Une porte de cette grille était entr'ouverte ; un questeur de la Chambre la fit fermer. Les gardes nationaux et le peuple demandai t iiL qu'elle fût rouverte. — Un député de la gauche, M. Slecnackers, sort du Palais-Bourbon, et promet de faire ouvrir la porte si l'on veut entrer sans armes. Un cei^ tain nombre de gardes nationaux remettent la baïonnette et s'annoncent comme députation. Sur l'ordre de Steenackers, la porte s'ouvre. Les gardes nationaux entrent dans la cour, puis dans le palais ; la foule s'y précipite à leur suite et bientôt, cette multitude bigarrée envahît non-seulement les tribunes mais la salle même des séances.

Lorsque les députés, revenant des bureaux, voulurent reprendre la séance, la plupart reculèrent effrayés. A 3 heures la salle des séances est remplie de gens qui lui sont étrangers et qui s'y conduisent comme chez eux. Personne ne peut prendre la parole, et le président Schneider lève la séance à 3 heures. Un grand nombre de députés de la ma^ joritë cl (lu centre se retirent dans une saiie de l'hulei de la présidence pour y délibérer.

Pendant que ces députés tiennent conseil sur la nature d'un nouveau gouvernement, les membres de Textréme

gauche, les irréconciliables, sont acclamés à l'Hôtel de Ville, membres du gouvernement par une foule de gardes nationaux et de p iiple, et ils proclament la République.

A cette nouvelle, les membres de la (-iKimbre qui sont encore réunis à riiôtel de la présidence, députent trois d'entre eux à Tllôtel de Ville pour négocier avec le Gouvernement provisoire.

Ces députés trouventle Gouvernement provisoire composé de tous les représentants de Paris à l'exception de monsieur Thiers. Monsieur Jules Favre, l'un des membres de ce nouveau gouvernement, se rend ensuite au Palais-Bourbon, et il annonce aux députés qu'il y trouve réunis, que le Gouvernement les remercie de l'offre de leur concours, mais qu'il est forcé d'y renoncer parce que ce concours ne pourrait donner en ce moment aucun résultat. La dissolution du Corps législatif est décrétée.

Le Sénat se réunit le 4 septembre comme le Gorps législatif. Le président Rouher ouvrit la séance à midi et demi. De chaleureuses protestations d'atlacliemenL a 1 Eiii^jirc et à la dynastie se succèdent à Tenvi. Lorsque la nouvelle des événements du Corps législatif parvint au Sénat, les sénateurs protestèrent même contre cette anarchie ; mais lorsqu'on en vint à discuter si, dans tes circonstances présentes, le Sénat ne devait pas se déclarer en permanence, alin de pouvoir agir en cas de besoin, ces messieurs devinrent plus tièdes, et ils se séparèrent, après avoir décidé qu'ils se réuniraient, le 5, k l'heure habituelle» sans souci des événements du dehors, pour s'opposer aux propositions que pourrait faire le Corps législatif.

Cette séance n'eut pas lieu. Le Gouvernement provisoire déclara le Sénat non-seulement dissous» mais aboli. Les sénateurs se dispersèrent» comme les députés de la droite et du

centre, dans toutes les directions de la rose des vents; aucun d'eux n'osa résister à la révolution. Le Gouvernement

fil mettre les scellés aux salles des séances des deux Chambres.

Pendant que la séance du Corps législatif se terminait le 4 septembre au milieu du tumulte, et que la République était proclamée à l'Hôtel de Ville, une troupe de peuple, des

gardes nationaux et des gardes mobiles en tête, entrait vers 3 heures par la place de la Concorde, dans le jardin des Tuileries et s'avançait jusqu'au jardin réservé, qui était occupé par des troupes de la garde impériale (dépôts), sous les ordres du général Mellinet. Le peuple envoya comme parlementaire un garde mobile porteur d'un drapeau blanc. Le général Mellinet fit alors remarquer que le drapeau tricolore ne flottait plus sur le palais, signe qu'il ne s'y trouvait plus personne de la famille impériale, et il se déclara prêt à faire retirer ses troupes, à condition que les Tuileries seraient occupées aussitôt par la garde nationale. Les troupes mirent la crosse en l'air et les grilles furent ouvertes. La garde nationale prit possession du palais; le peuple n'y pénétra pas de ce côté, mais seulement de la place du Carrousel et il ne commit pas de désordres. On se contenta d'enlever les nombreux N dorés, emblèmes du gouvernement déchu.

L'impératrice Eugénie, accompagnée d'un employé subalterne du palais, avait quitté les Tuileries à une heure de l'après-midi et, le jour même, elle entrait en Belgique par Maubeuge pour aller aussitôt en Angleterre où son fils se rendait également. Toute la haute et basse valetaille de cour s'était dispersée, abandonnant la souveraine devant qui, la veille encore, elle se courbait jusqu'à terre. On ne trouva aux Tuileries que le personnel des cuisines qu'y retenait peut*

être une bonne nourriture assurée, et un fidèle employésubalterne, le secrétaire du maréchal des logis du palais, général Lepic. Cet employé fut le seul qui regretta tout haut l'Impératrice et qui plaignit son abandon dans les dernières heures de son séjour aux Tuileries.

Le dernier membre de la famille impériale qui abandonna Paris fut la princesse Glotîlde, femme du prince Napoléon. Après avoir entendu la messe, elle sortit à 3 heures du soir du Palais-Royal et se rendit à Frangins où se trouvaient déjà ses enfants. Son mari, aussitôt après les premiers re-> vers de l'armée française, avait prétexté une mission diplomatique pour fuir l'air des champs de bataille qui lui est toujours désai^rcablc, i L aller respirer plub à i aiieen Italie, près de son royal beau-père.

Le Gouvernement provisoire de la République et de la défense nationale se composa de messieurs Emmanuel Arago, Crémieux, Jules Favre, Ferry, Gambetta, Gamier- Pagès, Glais-Bizoiii, Pelletan, Picaid, Rochefort, Jules Simon et du général Trochu, qui fut contirmé dans ses fonctions de gouverneur de Pans et reçut en même temps la présidence du Gouvernement.

Le Gouvernement composa son ministère de la manière suivaiilc ; Affaires (JU'augères : Jules l'avre; Intérieur : Gambetta; Guerre : général Le Flô; Marine: amiral Fourichon; Justice : Crémieux ; Finances : Picard; Instruction publique et cultes : Jules Simon; Agriculture et commerce: Magnin.

On nomma maire de Paris, titre qu'on faisait revivre, Étienne Ar:iiio ; préfet de police, le comte de Kératry; directeur général des postes et des tél^rapbes, M. Stee* nackers.

La plupart de ces personnages sont assez connus. Le

maire de Paris, républicain de vieille date, frère de l'illustre I 24

astronome François Arago, est né en son neTea

Emniauuei en ISlii.

Le vice-amiral Fouriciion, né en 1809, sorti de i Ecole navale en 1826, était capitaine de vaisseau en 1848. Il était, en cette qualitc^, gouverneur de Gayenne lors du coup (rfitat, et les prisonniers politiqiu's envoyés (ians celle colonie, par décret du président prince Louis Bonaparte, aûirment qu'il faisait exécuter de la manière la plus rigoureuse les décrets de déportation du Prince, — assez singulière recommandation pour un ministre de la Uépubliquc née de la ruine du bonapartisme et de l'Empire (Ij. Fourichoa lut nommé vice^miral en 1859 et, au début de la guerre de 1870, il reçut le commandement de l'escadre de la mer du Nord. Le décret qui le nommait ministre de la marine de la République le trouva devant Wilhelmshalen (Jalidebusen), à bord du vaisseau cuirassé k Maynanime.

Le Flô, né en 1804, était général de brigade en 1848, et fut élu la même année à TAssemblée législative. Il s'y assit à di uilc et fut un des iauleurs de la politique bonapartiste jusqu'il ee (jue le prince président se brouillât avec la droite. Alors Le F16 prit parti contre lui. Pour cette raison il fut emprisonné, le 2 décembre 1851, comme questeur de la Chambre, puis exilé de France où il ne revint qu'en l8o9. Il resta éloigné des affaires jusqu'en 1870.

Léon Gambetta, né à Gahorsi en 1838, est issu d'une famille génoise* On raconte de lui dans sa jeunesse plusieurs traits d'énergie, que l'on pourrait tout aussi Lien attribuer îi

(1) CeBt aussi sur Tordre formel de Foorichon qae les réjrablictiiif

transportés en .Mgt^'rio. npr.'^s le coapd*État, forent rois à la < broche • pendant la traversée. La li' i h.' est unclon^'u? barre de fer àlaqueUe sont attachées les chaloes de 10 à 20 galériens à bord des navires.

rirritabilité nerveuse du caractère méridional. En 1859, il

élail avocat à Paris. A la fin do 18U8 et au coininenccnient de 1809, il se rendit surtout célèbre par ses défenses dans l'afiaire Baudin et le procès de € l'Emancipation» de Toulouse. La dernière année il fut élu au Corps législatif à Paris et îi Marseille, et il opta pour Marseille. Malgré sa mauvaise sanlr, il L'tait, h la Chainlue, le chef reconuu de l'extrême gauche, des irréconciliables.

Le comte de Kératry, d'une ancienne famille de Bretagne, naquit en i83S; il s'engagea dans la cavalerie en 1854, fit les campagnes de Crimée et d'Italie, et fut nommé sous-lioultMiaiU à l;i iiu de 18.')0. £m 1801, il partit pourlp. Mexique avec le 3^' chasseurs d'Afrique; en 1864, il sorsit pendant quelque temps dans la contre^guérilla du colonel Dupin, devint ensuite officier d'ordonnance du maréchal Bazaine et donna sa démission en 186S. Il s'occupa alors de Inivaiix littéraires, et publia dans la limie cmlimporaïue dos articles (lui fournirent des armes à l'opposition pour attaquer le Gouverilement et Bazaine au sujet de l'expédition du Mexique, et qui engagèrent leur auteur dans une guerre de plume et de parole avec M. Rouher. En 1869, Kératry fut élu au Corps législatif. Ce fut lui qui proj)osa, après la prorogation de juillet, que la Chambre se réunit d'elle-même le 20 octobre, si elle n'était pas convoquée d'ici là. Nous avons déjà dit quel fut le sort de cette proposition.

Rochefort sortit de la prison de Sainte-Pélagie pour être membre du nouveau Gouvernement. Avec lui furent élarc^is un certain nombre de républicains qui avaient été incarcérés lors de la levée de boucliers républicaine du 14 août. Cette tentative avait échoué parce qu'une erreur avait empé< ché toutes les sections conjurées de se mettre en mouvement à la fois. Comme Paris était déjà en état de siège, les

chefs de ce mouvement avaient été traduits devant le conseil

de guerre et condamnés à mort. Mais les républicains du 4 septembre ne pouvaient vraiment pas faire exécuter la condamnation à mort prononcée contre les républicains du H août.

M. Steenackers» né à Lisbonne en 1830 de parents belges,

ne fut naturalisé français qu'en 1866. 11 s'était d'abord destiné à la sculpture, mais il l'abandonna bientôt pour se consacrer à la politique et à des recherches historiques. Il fut nommé au Goips législatif en 1869, après avoir été déjà membre du conseil général de la Haute-Marne.

M. Isaac-Adolphe Grémieux, né à Nîmes en 1796, eçt avocat depuis 1817. H a plaidé avec succès des procès politiques de toute sorte, pour des hommes de liberté et des suppôts de la tyrannie. Lors de la question d'Orient en 1840» il prit en main avec beaucoup de zèle la cause de ses coreligionnaires persécutés, et il obtint l'acquittement des Juifs de Damas. En 1848, il se prononça pour la république, bien qu'il n'eût Jamais été hosûle au gouvernement des Orléans, et qu'il eût même proposé à la dernière heure la régence de la duchesse d'Orléans, et il entra dans le Gouvernement comme ministre de la justice i il quitta bientôt cette position parce qu'il ne voulut pas consentir, au mois de mai, à poursuivre Louis Blanc. Il fut réélu à la Constituante, où il ne se montra pas très-partisan du gouvernement de Gavaignac, et il favorisa l'élection du prince Louis-Napoléon à la présidence. Après que celui-ci eut été élu, il lui fit de l'opposition à la Législative, ce qui lui valut l'honneur d'être arrêté au coup d'État. Remis en liberté, il se retira tout à fait de la scène politique pour se consacrer exclusivement au barreau. Il ne. se montra point hostile au gouvernement impérial, et n'avait aucune antipathie contre les membres

de la famille Bonaparte. En 1809, il ne fut élu député dans la 3^ circonscrîptioa de Paris qu'aux élections complémentaires.

On ne peut pas dire que le Gouyemeroent provisoire eût

une grande homogdncité : mais on peut affirmer avec certitude que tous ses membres n'y entraient qu'avec la ferme conviction qu'après la catastrophe de Sedan il n'y avait de possible en France que la République, qu'il fallait donner 1^ la France un gouvernement quelconque, et qu'en se chargeant de composer ce gouvernement, ils acceptaient une lourde tâche. En effet, il fallait bien du mauvais vouloir pour admettre que les membres du Gouvernement provisoire se promettaient de leurs dignités beaucoup d'agrément.

Tous savaient que leur gouvernement n'était pas régulier, qu'il n'était qu'un expédient auquel il avait fallu se àuumettre. Tous étaient d'avis que le sutl'rage universel devait être appelé à régulariser la position de ce gouvernement, ou & nommer un autre gouvernement régulier. Mais ils n'étaient pas d'accord sur le moment où il faudrait consulter le peuple français, et les circonstances où l'on se trouvait expliquent assez ce désaccord, sans qu'on puisse supposer que les membres du Gouvernement qui n'étaient pas d*avis qu'on fît un appel immédiat au suffrage universel aient craint que le vote ne leur enlevât leur place.

La question qu'on se pesa tout d'abord, cclK^ qui intéressait le plus le monde civilisé, était la suivante : quelle influence aura sur la marche de la guerre la révolution ac- > compile en France?

Peut-elle conduire à une paix prochaine?

La plupart des hommes qui composaient le Gouvernement provisoire s'étaient énergiquement prononcés contre la guerre avant qu'elle n'éclatât. On pouvait donc supposer

qu'ils chercheraient la paix. Mais il était incontestable qu'ils ne pouvaient pas conclure la paix ; puisqu'un gouver* nement régulier en a seul le droit. £n admettant même que le Gouvernement provisoire eût toute la Franee pour lui, il n'en était pas pour cela un gouvernemont régulier. Le gouvernement d'un grand pays ne peut être ni nommé, ni confirmé par acclamation. Il lui faut toujours, pour qu'il puisse se considérer comme relier» une sanction formelle qu'il ne pouvait obtenir^ dans le eas qui nous occupe, que du sulfrage universel.

Le Gouvernement provisoire, issu do l'IIotel (le Ville, ne pouvait donc pas vouloir conclure la paix avec les Allemands, et Ton ne pouvait pas admettre que les Allemands accepteraient de ce gouvernement ce que celui-ci même ne pouvait pas vouloir.

Mais le CTOuverncment provisoire pouvait faire un pas, vers la paix. Il pouvait toujours conclure un armistice qui n'engageait pas formellement la France à faire la paix. Les Allemands pouvaient parfidtement signer cet armistice avec le Gouvernement provisoire, et son objet essentiel était de consulter le sutVrage universel, pour régulariser la situation du Gouvernement provisoire ou en créer un nouveau.

Il est clair, dans tous les cas, que les Allemands n'avaient d'intérêt à cet armistice, qu'en supposant qu'il dût conduire à la paix, à une paix qui répondît à leurs exigences.

Le Gouvernement provisoire devait non-seulement accepter pour lui-même les exigences des Allemands, il fallait encore qu'il fût à peu près convaincu que la France l'approuverait*

Or, quand le Gouvernement provisoire prit en mains le

pouvoir, les choses étaient di'jh fort loin d'être les mêmes qu'au moment où Napoléon lU envoyait sa déclaration de

— 37tj —

guerre à Berlin. Il existait déjà entre les deux nations un abîme béant» et nous voyons difficilement comment on pouvait le franchir. -

Nous avons vu combien le langage des gouvernomonts et de la presse allemande était noble et mesuré au début de la guerre. L'Allemagne relevait le gant qu'on lui jetait; elle voulait défendre son territoire et son indépendance; elle accusait la frivolité du Gouvernement français mais non la nation française.

Mais ce langage devait bientôt changer.

Le 13 août, le roi de Prusse abolit la conscription sur le territoire occupé par les troupes allemandes. Cette mesure était parfaitement dans l'ordre : car on no peut évidemment pas demander î\ queliju'un, en état de guerre, qu'il donne des armes à son adversaire ou qu'il lui laisse celles qu'il peut lui enlever. En outre, il allait de soi que la mesure n'était que provisoire, et qu'elle cesserait de plein droit dès que, pour une cause ou une autre, les Allemands cesseraient d'occuper ce territoire.

Le 14 août, Ton créa les deux gouvernements généraux d'Alsace et de Lorraine. Le général comte de Bismarck- Bohlen fut nommé gouverneur général de l'Alsace et mit provisoirement son quartier général à Haguenau, en attendant la prise de Strasbourg ; on mit près de lui, comme commissaire civil, le président de gouvernement (1) Kuhlewetter. Le gouvernement général de la Lorraine fut donné au général de Bonin, avec Nancy pour résidence ; le commissaire civil fut .le président de gouvernement, comte de ' Villers.

Cette disposition ne causait encore aucun préjudice. Les

(1) Fonctions équivalentes à celles d'uii préfet français.

gouvernements allemands ne pouvaient pas laisser sans

adminislraiion les territoires qu'ils occupaient, et ils ne pouvaient pas non plus laisser cette administration entre les mains de l'ennemi.

Il en était autrement d*un décret du 30 août, qui formait un nouveau départcnienl de la Moselle, composé d'une autre manière que le déparlement français du même nom, et le réunissait au gouvernement général de i'Âlsace.

Ce nouveau département de la Moselle comprenait : les arrondissements de Metz, Thionville et Sarreguemines du département français de la Moselle, et les arrondissements de Chàteau-Salins et de Sarrebourg du département de la Meurthe.

Cela signifiait d'une manière évidente que l'Allemagne avait le j)rojet d'enlever à la France et de s'annexer définitivement l'Alsace, ainsi que ce nouveau département de la Moselle, la soi-disant Lorraine allemande.

Le langage de la presse allemande, depuis les premières victoires des soldats allemands, était digne d'attention.

La plupart de ces journaux demandaient que o les anciens pays impériaux d'Alsace et de Lorraine, qui avaient été enlevés à l'Allemagne d'une manière indigne, lui fussent réunis de nouveau. »

Les gens qui, les premiers, lancèrent ce cri du fond de leur fauteuil, étaient de vieux savants dont les idées et les leçons étaient, depuis longtemps, l ogardées comme surannées. Mais, hélas! ils commencèrent k obtenir un succès dont on ne les aurait jamais crus capables.

Nous répondrons en quelques mots à leur argumentation :

1® L'Alsace et la Lorraine n'ont pas été enlevées à la nation allemande, mais bien au saint empire romain-allemand, qui se souciait fort peu, comme on sait, des nationa-

lîtés qu'il pressait sur son sein et qui aurait voulu embrasser le monde entier : Allemands, Français, Italiens, Croates,

Polonais et d*autres encore. L'Alsace et la Lorraine ont été enlevées à ce saint empire romain à une époque où il n'existait pas encore de nation allemande, où il n'y avait que des dynasties de nom allemand^ lesquelles s*emparaient, quand elles pouvaient, des territoires rapportant quelque chose, sans s'inquiéter de leur nationalité ; qui conspiraient journellement avec des princes étrangers « contre l'Empereur et l'Empire dans le but de s'enrichir et de servir leurs intérêts dynastiques :

3' L'Alsace et la Lorraine sont passées à la France pièce par pièce, en vertu de traités parfaitement réguliers et reconnus dans le droit politique européen ; elles ne peuvent donc êtro enlevées à la France et données à une autre puissance que par des traités semblables, aussi longtemps que le droit politique européen actuel conservera quelque valeur ;

3' L'Alsace et la Lorraine n'ont pu avoir un sentiment national qu'à l'époque de la grande Révolution française, et ce sentiment national fut tout français. L'Alsace et la Lorraine s'attachèrent corps et âme à la grande nation française.

Le langage fait beaucoup, mais assurément il ne lait pas tout. Il est des sympathies, il est des intérêts qui rapprochent et unissent les hommes quelle que soit la langue qu'ils parlent.

Nous croyons que les trois vérités que nous venons

d'énoncer sont incontestables pour tout esprit impartial.

Ces arguments historiques pour la revendication de l'Alsace et de la Lorraine, ces pays « si vraiment allemands », n'ont pas plus de valeur et tendent aussi bien à détruire toute existence historique, que les arguments de certains

— Ti6 —

Polonais qui voudraient reconstituer la Pologne tëodale du moyen âge dans ses anciennes limites.

Nous constatons avec satisfaction que les hommes «rfital allemands n'ont point fait valoir cet argument « historique » de la revendication. Ils en ont trouvé un autre, celui du c bien public », contre lequel, à notre point de vue, nous n'avons rien à objecter.

Le comte de Bismarck a dit, — qu'il nous soit permis d'anticiper un peu dans l'intérêt de la brièveté et de la suite des idées, — • le comte de Bismarck a dit : Nous demandons la cession de l'Alsace et de la Lorraine allemande dans rintérèt de l'Allemagne, alia de pouvoir faire la guerre à la France dans les conditions les plus favorables, si elle re« commence la guerre, ce que nous prévoyons.

Il ne s'agit plus alors que d'une question soi-disant stratégique. Mais, on se plaçant à ce point de vue de « haute stratégie », on p< ut h peu près tout prouver, aussi bien la nécessité pour la France de la frontière « naturelle » du Rhin, que celle pour l'Allemagne de la nouvelle frontière Ion aiiie-allemande-alsacienne. Ce point est très-disculable, mais nous en laissons la discussion aux jeunes ofticiers des deux nations qui se destinent à l'état^major et veulent se montrer dignes d'y être admis.

Dans noire convie! lun, la meilleure des frontières, même au point de vue stratégique, c'est celle qui renferme ua peuple qui se regarde comme lié par des liens de solidarité.

Or, comme les Alsaciens et les Lorrains se considèrent comme tout à lait iVaneais depuis la grande Piévolution, et que ce sentiment n'a tait que croître avec le temps, nous ne pouvons pas admettre que ce soit un avantage pour rAllemagne de s'annexer l'Alsace et la Lorraine allemande.

Le comte de Dismai civ 1 a reconnu lui-mèaie ; il a parié

du lourd fardeau dont 1 Allemagne se chargeait par cette annexion, mais dont elle était forcée de se charger. Pour^ quoi donc f

Certains savants allemands se sont fort allégé ce fardeau. Si, disent-ils, les Alsaciens et les Lon aiiis ne veulent pas être allemands, il faut les traiter en ilotes jusqu'à ce qu'ils aient compris ; si les Français ne veulent pas reconnaître qu'ils doivent se séparer des Alsaciens et des Lorrains, qui sont allemands, il faut que les Allemands leur fassent saigner les ongles. On comj)rend que les soldats s'animpnt, dans le combat, jusqu'à la cruauté ; mais on est indigné de voir des gens qui se prétendent les apôtres de la liberté, chercher, de leur cabinet, à donner à la guerre, si affreuse par ellemême, un caractère encore plus cruel.

Nous avons envisagé l'un des bords de l'abîme, voyons maintenant l'autre côté.

Dès le 6 septembre, Jules Favre adressa aux agents diplomatiques de la France à l'étranger une circulaire où il annonçait la proclamation de la Republique et exposait la situation du Gouvernement. Il disait dans cette circulaire que le Gouvernement et le pays voulaient la paix, et qu il était possible de la faire après le renvoi de l'homme qui avait engagé cette guerre dans un intérêt dynastique, puisque le roi de Prusse avait déclaré lui-même antérieurement qu'il faisait la guerre à Napoléon et non pas à la Franco.

€ Le roi de Prusse veut-il, demandait Jules Favre, continuer une lutte impie, qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous? Yeut-il donner au monde du xix* siècle ce cruel spectacle de deux nations qui s'entredétruisent et qui, oublieuses de l'humanité, de la raison, de la science, accumulent les ruines et les cadavres? Libre à lui ; qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire I Si

c'est un déù, nous l'acceptons. — Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire» ni une pierre de nos forteresses.

— Une paix honteuse serait une guerre d'extermination à coiu le échéance. Nous ne traiterons que pour une paix durable. Ici» notre intérêt est celui de TËurope entière, et nous avons lieu d*espërer que» dégagée de toute préoccu* pation dynastique, la question se posera ainsi dans les chancelleries. — Mais, fussions-nous seuls, nous ne faiblirons pas» »

Le Gouvernement avait d'abord décidé que les élections pour la Constituante auraient lieu le 16 octobre d'après la

loi ôlcclorale de 1849. 11 revint sur cette décision et fixa les élections au 2 octobre. Pour justifier cette mesure, Jules Favre envoya» le 17 septembre» une nouvelle circulaire. Il y traitait encore la question de la paix dans le même sens que dans la circulaire précédente. 11 rej)Oussait avec raison l'assertion des Allemands que c'était le peuple français qui avait voulu la guerre.

£n effet, on trouva dans les appartements abandonnés des palais impériaux, de M. Rouher et d'autres dignitaires de l'Empire, une correspondance que le Gouvernement provisoire fit publier et qui ne laissait aucun doute sur ce point. On y voit avec toute la clarté désirable que le peuple français a été aussi surpris que le peuple allemand par cette malheureuse guerre; on y voit en môme temps de quels gens mal famés, surtout dans les nations secondaires, se servait le parti de la cour et de la guerre pour se « renseigner » et mettre en scène la guerre. II faut un front d'airain pour trouver dans cette correspondance la preuve que le peuple français voulait la guerre de 1870 ; mais certains journaux allemands avaient ce front-là.

Jules Favre, tout en défendant le peuple français contre

ces affirmations» avouait cependant qu'il avait sa part de

responsabilité dans cette guerre parce qu'il avait supporté l'Empire trop longtemps; (pi'il (levait en conséquence faire des sacriiices pour avoir la paix, en dédommageant le vainqueur» mais non pas en cédant du territoire parce que cette cession serait honteuse pour la France, et que la ruine était préférable à la honte.

Ainsi, pend.int que les Allemands exigeaient formellement une cession de territoire» en s'appuyant sur des motifs historiques et sur des raisons de convenances» les Français s'y refusaient d'une manière non moins formelle. C'est là qu'était l'abîme.

Il convient d'ctudicr dn plus })r6s celle question de cession de territoire, la véritable pierre d'achoppement.

Il est d'abord établi que le droit politique actuel rcconnatt complètement le droit de conquête. Nous n'examinerons pas si cela est bien ou mal ; il nous suffit de constater le fail. D'après cela, il n'y aurait aucune honte poui une puissance vaincue à la guerre à céder au vainqueur le territoire conquis par lui.

Il est évident que Napoléon III» s'il avait été vainqueur, aurait exigé de l'Âllemagne la cession de la rive gauche du Rhin ; cela ne fait pas l'objet d'un doute. L'Allemagne ou les gouvernements allemands n'auraient probablement pas repoussé cette cession comme honteuse; ils se seraient plutôt demandé s'ils pouvaient encore ou non espérer le succès de leurs armes, et ils auraient pris une décision en conséquence.

Après la guerre de Crimée, la Russie dut céder du territoire par la paix de Paris, et la France était l'une des puissances victorieuses qui lui imposaient cette condition.

En 1860» la France s'est fait céder par Tltalie Nice et la

Digrtizeij Ly <jOOgIe

Savoie, en récompense du concours qu'elle lui avait prêté. Cette cession fut soumise, il est vrai, à la sanction d*un

plébibciie de la population des pays aliénés; niais le traité avait Ole conclu depuis longtemps entre le roi Victor-Emmanuel et Tempereur Napoléon, et le plébiscite fut préparé le mieux possible.

Pourquoi donc les Français trouvaient-ils honteux de céder du territoire au vainqueur?

La cliuse est pourtant très-simple.

Tandis qu'en Allemagne le principe de légitimité domine constamment dans les rapports entre le gouvernement et le peuple, en France Tidée que le peuple a te droit de choisir lui-même son gouvernement est entrée par tous les pores depaid la ru'voliiiion iVauraise, et aucun gouvernement n'a pu la déraciner. Les Fi ançais disent donc : On nous demande de céder l'Alsace et la Lorraine; mais ce ne sont pas des terres inhabitées» il y vit une population qui a des sentiments français, qui veut rester française. Comment pouriious-nous livrer cette jmpulalion? Ce serait abandonner nos amis, ce qui est une iàchelé et une honte.

D^ns leurs idées de conquête, les Français ont en outre une opinion qui leur est propre et qui diffère essentiellement de celle des Allemands. C'est qu'ils ne comj)rennent point qu'on puisse être assez slupide pour ne pas vouloir être Français. r\ous ne trouvons pas d'autre expression pour exprimer la chose. Cela peut paraître aujourd'hui ridicule à bien des gens, mais ce n'a pas toujours été si ridicule. Lors de la grande révolution, des millions d'Allemands devinrent volontiers Français. Et qui voudra nier que sans la grande révolution et les guerres qui en sont issues, rAlleniagne ne serait pas encore aujourd'hui un grand tout décousu? En tout cas, nous avouerons que la

naïve opinion des Français nous plaii mieux que celle de

certains « savants » et « lioinincs d'État » alleinands, qui s'ideutilient volonliers — à tort croyons-nous — le peuple allemand, et veulent, avec une sentimentalité lirutale, faire leurs ilotes des Alsaciens et des Lorrains récalcitrants.

M. Jules Favre, dans sa dépêche-circulaire du 6 sepiendjre, nvail lait une sorte d'appel aux puissances européennes, liieiiiùl après, M. Thiers, le célèbre hislorien du Consulat et de fEmpire^ se mit en route pour visiter les grandes cours de rËurope, Londres» Pétersbourg, Vienne et Florence» dans le but de leur exposer la situation de la France et s'il pouvait, de faire appel à leur intervention. Le palriotisuie du vieil homme d'Etat, — il avait alors 73 ans, — lui fit affronter les fatigues physiques et les contrariétés morales très-vraisemblables de ce long voyage. Cet appel aux puissances étrangères fit, en Allemagne, une mauvaise injjjressiôn, et il en partit, comme au commandement, un orage d'adresses, signées des municipalités et d'autres corporations, pour adjurer le roi do Prusse de ne pas permettre l'intervention des puissances européennes dans la querelle entre l'Allemagne et la France. Ces puissances euro|.'éeunes n'avaient rien tenté de sérieux pour empêcher la guerre d éclater, pour s'opposer à l'agression de Napoléon III ou, comme on disait partout, de la France; où prenaient-elles maintenant le droit d'intervenir?

ïNous avons des raisons di^ croire (jiie le chancelier de la Confédération du Nord n'était pas absolument salistait de ce langage, qui ne tendait à rien moins qu'à isoler TAllemain^e en Europe.

La fierté avec laquelle parlaient les Franc lis déplut également en Allemagne; on aurait voulu les voir s'inclinej' plus humblement devant l éclat des victoires allemandes. Il est

pourtant si facile d'être indulgent, dans la fortune» pour ceux que le malheur poursuit, d*étre, dans la yietoire, compatissant pour le vaincu. On ne trouv;iif rien de cette douceur dans les organes principaux de la presse quotidienne allemande. A chaque victoire des soldats allemands, cer-* tains journalistes insultaient plus grossièrement le peuple li ançais. Ce qui frappe du reste quand on regarde dans le blanc des yeux Tun de ces hommes « si vraiment allemands », c'est de reconnaître souvent les signes frappants d'une origine orientale*

On voit d'après tout cela, qu'il y avait an mois de septembre bien peu d'espoir d'une paix prochaîne. Que les Allemands seraient restés grands s'ils avaient alors prêté la la main au rétablissement de la paix au pris même de prétendus sacrifices f

Quoi qu'il en soit, on doit se demander quelle inlUience la proclamation de la République va avoir sur la suite de la guerre*

Nous avons observé à plusieurs reprises que jusqu'à la

bataille de Sedan, il n'avait pas été question d'un soulèvement révolutionnaire du peuple français. Malgré l'investissement de Bazaine dans Metz, malgré les défaites subies et celles à prévoir, le ministère Palikao s'en était tenu, dans ses armements, aux formations existantes ; il avait annoncé des eûbrts extraordinaires mais il n'avait pas pris de mesures suffisantes pour les mettre à exécution.

La France entière va*(^lle être à présent animée de • l'esprit révolutionnaire? Se lèvera-t-elle comme un seul homme si la paix ne lui semble pas possible? Touvera-telle des hommes poup organiser ses forces matérielles, pour réparer ce qu'on a si longtemps néglige? Les Allemands lui en donneront-ils le temps?

Nous posons ces queslions, en laissant aux événements qui vont suivre le soin d'y répondre.

Mais ce qui était certain , si la guerre continuait, c'est que Timperfection même des formations françaises, et les

luttes (lesospi^rées qui en .soraiont la conséqueuce nécessaire, auraient pour résultat d'empoisonner la guerre cl d'envenimer cette haine nationale qui n'a jamais profilé qu'au gouvernement des individus et non aux nations elles-mêmes.

vu. Jiarclie des Allemands sur Paris. — Investiisoment de ParU. — Coaféreoce de Ferriéres.

Immédiatement après la capitulation de Sedan, l'armée

de la Meuso fquatriôme armée, prince royal de Saxe) et la troisième armée, prince royal de Prusse, se dirigèrent sur Paris.

L'armée de la Meuse, à l'aile droite, marchait sur trois routes : par Greil et Ëcouen, — par Compiègne et Senlis, — par Soissons et Bamniartin. Ses Irnujies avancées arrivaient le 16 S("plenilirc aux environs de Pontoisc.

La troisième armée marcha d'abord au sud vers la Marna qu'elle traversa à Ëpernay et Château-Thierry; elle s'avanoa ensuite sur Paris entre la Marne et la Seine. Ses premières troupes étaient dès le 15 septembre à Xogenl-sur-Marne et Créteil. Le quartier général du prince royal de Prusse, qui était resté le 2 et le 3 septembre à Donchery, se transporta le 4 à Attigny» le 5 à Marmereville, le 6 k Reims, le 9 à Boursault près d'Ëpemay, le 12 à Montmirail et le 15 à Coulommiers.

Digrtizeij Ly <jOOgle

Leqnartier général du roi de Prusse était, le 4 septembre, & Varennes, d'où il se rendit le 5 à Reims par Sainte- Mencliouîd ; le 14 à Château-Thierry et le 15 à Meaux.

Les Prussiens ne trouvèrent pas de résistance avant d'arriver sous les murs de Paris. Sur des demandes réitérées de Mac-Mahon et de l'empereur Napoléon lui-même, le 13« corps (Vinoy) avait été envoyé de Paris, à la fin d'août, sur Soissons et Laon, dans la direction de Mézières et de Sedan, pour soutenir Mac-Mahon. Mais Vinoy apprit à Laon la catastrophe de Sedan, li ne resta dans les environs de cette ville que le temps nécessaire pour rallier les petites garnisons inutiles des environs, ainsi qu'un certain nombre de dispersés de l'armée de Mac-Mahon, et il mit ses troupes en chemin de fer, pour les ramener à Paris où elles ai rivèrent le 0 et le 7 septembre.

Soissons, qui refusa de se rendre» fut investie par le$ Allemands et ensuite attaquée régulièrement.

Le 8 septembre, la 6* division de cavalerie* duc de Meck* lenbourg, arriva dans les environs de Laon qui était occupé par une demi-compagnie d'infanterie de ligne et 2,000 gardes mobiles. Un peloton du 15* régiment de uhlans fut envoyé en reconnaissance vers la ville, et le chef de ce peloton se donna le plaisir de sommer le général Théremin d'Hame, commandant la yiWe et la citadelle, de se rendre. Ce Llerniti demanda jusqu'à 4 heures du soir pour réfléchir. A cette nouvelle, le duc de Mecklenbourg envoya devant Laon le colonel d'Alvensleben avec la 15^ brigade de cavalerie, la batterie à cheval, et un projet de capitulation. En même temps, le commandant du 4' corps d'armée détachait vers Sainl-QuenUii une batterie à cheval de la réserve, et le ¥ bataillon de chasseurs h Eppes, à lest de Laon. Le 9 septembre au matin, la i¥ brigade de

Digrtizeij Ly <jOOgIe

cavalerie et la batterie à cheval du 4* corps se portèrent

aussi à Eppes.

Lorsque le colonel d'Aivensleben arriva devant la ville avec son projet de capitulation» le général ïhéremin fit de nouvelles difficultés et demanda à réfléchir jusqu'au lerw (lemaiii jucUm, à 0 heures. Lorsque le duc de Meckîenbour^ arriva plus tard h Eppes, une convention était déjà signée, en vertu de laquelle la citadelle devait être livrée aux Pn»* siens avec les troupes et ie matériel de guerre qui s*y trou» vaieiit.

Le duc de Mecklenbourg fit occuper les faubourgs par une compagnie de chasseurs, la place du marché par deux autres compagnies, et la quatrième entra dans la citadelle

où lui-même se rendit avec son élat-major. Après que la remise de la place et le desarmement .se lurent opérés dans la cour de la citadelle, l'infanterie de ligne française fut emmenée prisonnière de guerre dans la ville, et la garde mobile fut mise en liberté, sous rengagement de ne plus servir contre l'Allemac^ne.

Au moment où les derniers hommes de garde mobile sortaient de ia citadelle une explosion effroyable se produisît : presque tous les hommes, Allemands et Français, qui s'y trouvaient encore, furent tués ou blessés. Dans la 4* compagnie du ¥ bataillon de chasseurs prussiens, il y eut hommes tués et 45 blessés; 300 gardes mobiles français furent plus ou moins atteints. Le duc de Mecklen* bourg lui-mènic reçut une contusion au haut de la cuisse droite. Le général Théremm lut blessé à la tête et il en mourut quelque temps après.

Les Allemands 'exprimèrent d'abord le soupçon que l'explosion (Ui niai^asin h poudre de la citadelle avait eu lieu par ordre du général Théremin. Une enquête minutieuse

prouva cependant que ce soupçon n'était pas fondé et que le feu avait été probablement mis aux poudres par un garde

d'artillerie. '

D'après le plan général de l'investissement de Paris, l'armée du prince royal de Saxe devait occuper la rive droite de la Seine et de la basse Marne, sur une ligne passant à peu près par ArgenteuiU Montmagny, le Blanc- Ménil, la forêt de Bondy et Goumay-sur-Mame. L'armée du prince ru val de Prusse s'étendait ensuite de Gouniay à Bougival, par Bonneuil fsur la Marne), Choisy-le-Roi (sur la Seine), Thiais, Cbevilly, Sceaux, Meudon et Sèvres. L'armée du prince royal de Prusse et celle du prince royal de Saxe se donnaient la main sur la presqu'île d'Àrgenteuil.

Il résulte de divers indices qu'immédialcnient après la bataille de Sedan, les Allemands ne s'attendaient pas à une résistance considérable de Paris. Ils s'appuyaient, en cela, sur le manque de solidité du gouvernement provisoire, dont ils venaient d'apprendre rinstallation , sur des discordes intérieures et peut-être même sur la chute immédiate de quelques forts.

L'armée du prince royal de Saxe put occuper sans résistance les positions qui lui avaient été indiquées, et elle n'y fut pas très-inquiétée jusqu'à la fin de septembre. Le prince royal de Saxe établit d'abord son quartier général au Grand- Tremblav.

L'armée du prince royal de Prusse ne put pas arriver dans ses positions sans combattre, et elle y fut ensuite inquiétée par des sorties de la garnison de Paris.

Le 17 septembre, les iihlans prussiens se montraient déjà sur les hauteurs de Clamart.

Le corps allemand avait jeté, ce jour-là, un pont de

l;)ateaux sur la Seine, entre Yilleneuve-Saint-Georges et Âblon. Pour protéger la construction de ce pont, le général Kirchbach avait placé, sur les hauteurs de Limeil et de Boissy-Saint-Li ger, la 17'^ brigade d'infanterie (Bothmer), renforcée de deux escadrons et de deux balterics. A 2 heures de Taprès-midi, ces troupes furent attaquées au bois de Bré~ -mmes par un détachement français venant de Gréteil, mais elles le repoussèrent en éprouvant des pertes minimes.

La 2'" division de cavalerie, puis le 5® corps, passèrent la Seine sur le pont de Yiiieneuve-Ablon.

Le 18 septembre, le 5* corps, en marche sur Versailles, avait son aile droite, 9* division, à Bièvre, et son aile gau^che, iû« division, h Palaiseau. La 9* division eut à soutenir une cscarmouclie contre des détachements iïançais s'avançant du Plessis-Piquet. Une patrouille de hussards de la 2^ division de cavalerie arriva ce jour-là jusqu'à Versailles.

Le 49 septembre, la 10* division marcha de bonne heure de Palaiseau sur Versailles par Jouy-en4osas, La 9* division partit de Bièvre dans la même direction. Le l*'*' corps bavarois suivait le corps allemand. A peine en marche, la 9*^ division fut attaquée du Plessis Piquet et de Bicêtre, et dut faire front à l'ennemi.

Le 18 septembre, le général Ducrot, à la tète de quatre divisions, diversement composées, de l'armée de Paris, avait pris position sur les hauteurs au sud de la capitale, depuis Meudon jusqu'à Villejuif. » Nous avons déjà parlé plusieurs fois de ce général. C'est lui qui commandait en chef à Sedan après la blessure de Mac-Mahon, et qui reprit ensuite le commandement du l"*" corps, après avoir cédé celui de l'armée à Wimpfl'en. Il fut compris dans la capitulation de Sedan, mais il s'échappa de Pont-à-Mousson. Les Allemands affirmèrent que le général Duerot avait déjà donné à

cette époque (12 septembre) sa parote d'honneur de ne plus servir contre rAllcmagne pendant celte guerre. Les Français, de l^ur côté, aliirment le contraire. Bref, le général Ducrot se rendit tout droit à Paris, où il se mit à la dispo* aitiondu général Trochu qui le connaissait depuis longtemps et «vait en lui une grande confiance.

Ducrot voiîlait faire, le 19 septembre, une grande reconnoi^soiice au sud de Paris. Ses détachements avancés renoontrèrentsur le plateau de Yillacoublayles troupes quicouvraient le flanc de la ^ division allemande. Cette division repoussa 4'enRemi et voulait ensuite continuer sa route lorsque débouchèrent de plus grandes masses françaises qui l'obligèreni à iairt; iront de nouveau.

Le premier appui que reçut la 9' division lui fut donné par la l'* brigade d'infanterie bavaroise (DietI) qui tomba sur le flanc gaudie des Français.

Lorsque la 1(>" division arriva à Jouy-en-Josas, le général du Kirchbach la dirigea aussitôt au nord-est sur Viilacoublay, pour soutenir la 9*= division.

Le 2* corps bavarois marcbait le 19, de Longjumeau sur GhateiAy..La 3* division, qui se trouvait en tète et atteignit Chatenay & iO heures du matin, envoya une brigade sur le Pelit-liicèlrc, pour soutenir directement le 5' corps allemand, et dirigea son autre brigade sur Sceaux.

De la 4* division bavaroise, la 7« brigade se rendit à fiourg-lar-Rfflne^ au nord-est de Sceaux, pendant que la ^ brigade restait en réserve k la Croix-de-Berny, à Test de (Jiixaleuav.

A 14 iicures et demie, le S« corps allemand avait repoussé l'aile droite des Français à Villacoublay et Pelit-Bicétre. la retraite des troupes de ligne françaises se changea, sur ce . pQtnt, en une ûute désordonnée qui nécessita les mesures

les plus sévères. Conformément aux ordres qu'il avaii reçus» le général de Kirchbach dirigea ensuite le 5« corps d*arjnée

.sur Versailles, pour y occuper les positions d iiivestissement qu'on lui avait indiquées» et il laissa les Bavarois sur le champ de bataille.

En ce moment, le général Ducrot préparait un mouvement offensif avec son aile gauche, qui s'appuyait à une redoute nouvellement consU uile au Moulin-de-la-Tour, sur un contre-forl des hauteurs du Plessis-Piquet, et ariuée de 8 canons.

Le général de Hartmann ordonna à la brigade et à cel)e qui occupait Sceaux, de se borner à défendre Bourg-la-Reine

et Sceaux, et il envoya la 8*^* brigade à Chatenay. 11 n'y eut là qu'un conihat d'artillerie. Vers 3 heures, le général iJucrot fit enclouer les pièces de la redoute du MouUû-de-la- Tour et se retira derrière les forts détachés. Destroupep de la 3* division bavaroise le suivirent par Sceaux et le Plessia- Piquet et occupèrent la redoute abandonnée.

Le 6*^ corps allemand avait suivi le o»^ corps sur la rive gauche de la Seine par le pont de Yilleneuve-Saint-^eorges et par un autre pont qu'il avait jeté lui-mème| et il marcha le 19 septembre, par Villeneuve-le-Roi et Orly, contre la ligne Choisy-le-Uoi-Clievilly. H essuya le feu d'une nouvelle redoute avancée à Viilejuif et se contenta de placer ses avant-postes sur la ligne Choisy-le-Roi-Chevilly, Ils y furent attaqués à plusieurs reprises par des détachements français qui ne réussirent pas à les pénétrer.

Le prince royal de Prusse avait, le 18 septembre, son quartier général à Corbeil; dans la matinée du 19, il assista, des hauteurs de Sceaux, an combat des Bavarois», et il nût le même jour son quartier général à Palaîseau.

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, les AllemauJi satr

perçurent que les Français avaient évacué les ouvrages encore inachevés de Yillejuif et ils les occupèrent. Le 23 au matin, les Français dirigèrent, des forts deBicétre etd'Ivry,

une violente canonnade contre ces ouvrages, et les Allemands ne pouvant y demeurer se retirèrent. L;i division du général de Maud'huy sortit alors, pour les poursuivre, des forts détachés dont nous venons de parler, mais elle fut a^ rêtée sur la ligne des avant-postes allemands et se retira.

Le même jour, le contre-amiral Saisset faisait d'Aubervilliers une grande reconnaissance contre le Bourget et Brancy ; et une autre reconnaissance se dirigeait de Saiol- Denis vers Pierreiitte.

Le S4 septembre, plusieurs canonnières françaises canonnèrent, de Suresnes, les a van L-posles allemands à Saint-Gloud et à Sèvres.

Le 30 septembre, les Français firent encore une grande sortie au sud avec le 13* corps (Vinoy). Une attaque principale au centre était préparée et appuyée par deux fausses

attaques aux ailes.

La fausse attaque de l'aile droite se dirigea du fort d'Issy contre les positions du ô* corps allemand; celle de l'aile gauche, du fort de Gharenton contre le i i* corps.

L'attaque principale, partant de Monlrouge et de Bicètre, renconti-a le G'' corps allemand et principalement la 12" division, Hoffmann. Le combat roula autour de Yillejuif, Chevilly, Thiais et Ghoisy-le-Roi. A 11 heures du matin, les Français étaient rejetés sur les forts détachés avec de gran-> d( s perles. C/est dans cette affaire que fut tue, entre autres, le général Guilhem qui commandait, avant la guerre, la brigade d'occupation dans les États de TÊglise.

Le 20 septembre, le prince royal de Prusse mit son qua^ tier général à Versailles; celui du roi de Prusse était, le 19,

I Digitizod by

Page 1