‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 12 sur 18 · partie k Lagoy, partie au château de Rothschild, à Ferrières · texte numérisé non relu

partie k Lagoy, partie au château de Rothschild, à Ferrières

. Nous suspendrons pour un moment le récit des événememts militaires de Paris, pour étudier un peu la capitale de

la l'rancc, surtout couiuie place forte.

Si, du Louvre comme centre, on décrit une circonférence avec un rayon de 7,000 pas, on a, très-imparfaitement, le contour aetuel de Paris. La Seine le traverse en y formant un arc dont l'ouverture regarde le midi, et dîvisaht la ville en deux parties dont la plus considérable est sur ia rive droite.

Le contour actuel de Paris estdétermîné par l'enceinte continue de ses fortifications et les nouveaux boulevards extérieurs qui accompagnent cette enceinte. Jusqu'en 1861, les

limites de la ville de Paris claienl les anciens boulevards extérieurs accompagnant l'ancien mur d'octroi. Ils séparaient de la ville proprement dite des communes fort peuplées qui se trouvaient comprises dans Tenceinte fortifiée de 1841. Enfin jusqu'à la révolution française, c'étaient les boule-^ vards intérieurs qui formaient les limites de Paris.

La ville, bornée par les anciens boulevards extérieurs, se divisait en 12 arrondissements, auxquels la chute du mur d'octroi vint en ajouter 8 nouveaux.

Des 14 arrondissements de la rive droite, 4 sont entre la Seine et les boulevards intérieurs, savoir : le Louvre, 11% la Bourse, III*", le Temple, lY*', rilôtel-dc-Ville; — 5 entre les boulevards intérieurs et Tancien mur d'octroi, savoir : VIII% l'Elysée, IX*, l'Opéra, \^ le Clos^aint- Laurent, Xl% Popincourt, XIP, Iicuilly; — 5 entre l'ancien mur d'octroi et Tcnceinte continue, savoir : XYl", Passy, XYIP Batignolles, XY1II«, buttes Montmartre, XIX% buttes Gbaumont» XX' Ménilmontant.

Des 6 arrondissements de la rive gauche, 3 sont entre la Smne et l'ancien mur d'octroi, savoir : V«, le Panthéon,

\\% le Luxembourg, VII*, le Palais-ljourboa; — 3 entre l'ancien mur d'octroi et l'enceinte continue, ce sont : le XJII' , les r.obelins, XIY'\ l'Observatoire et XV Vaugirard.

Paris avait enl86L, dans l'enceinte des boulevards inté* rieurs 552,686 habitants; en 1856, en dedans du mur d'octroi l,174,34(j et, en 1801, dans renceintc forliliée l,G9G,lil bahiLants. Le dernier recensement de 1866 donne une population de 1,825,274 habitants. Celte population s'était encore augmentée en 1870, mais il y avait eu avant l'investissement, une diminution causée par la xénolasie et par l'émigration volontaire. Cette émigration fut néanmoins lari^ouiont compensée. La gaiiiison régulière, composée, avant la guerre, de la garde et de l'armée de Paris, ne fut pas augmentée ; tnaisil arriva de la province des gardes mobiles, des marins, des douaniers, des gardes forestiers. En outre, le général Trochu, à l'approche de l'investissement, ordonna d'évacuer et en partie de démolir les nonil>reu-es habitations qui existaient dans la zone de combat de 1 enceinte continue et des forts détachés, et la plupart de leurs habitants se retirèrent dans la ville avec leur mobilier, à la fin d'août et au commencement de septembre.

D'après ce ([ui précède on doit estimer au moins à deux millions d'hommes la population de Paris au moment de l'investissement.

D'après des renseignents dignes de foi, la consommation journalière de Paris avant le siège était représentée par les chilVi't's sLUvauLs : 19,7:2^» ♦[umtaux de pam, et, en outre, 4,990 sacs de farine pour la cuisine et la pâtisserie, 490 bœufs, 130 vaches, 430 veaux^ 2,963 moutons, 2,150 quin* taux de viande salée ou fumée, 1150 quintaux de gibier et

de volaille, 1490 quintaux de poisson (dont deux tiers de

poisson (le mer frais), 2,050 quintaux de pommes de terre, 5,000 quintaux d'autres légumes, 1120quiiilaux de beurre, 280 quintaux de fromage. Nous n'avons pas de données exactes sur la consommation en épîces, lait, œufs, boissons de toute sorte, mais nous savons qu'elle était considérable. .

Au-dessus de Paris, la Seine coule dans la dircelion du sud au nord. Elle reçoit la Marne à Cliarenlon, peu de temps avant d'entrer dans la ville. Tout le cours inférieur de la Marne est très-sinueux, et avant de se jeter dans la Seine, elli' l'orme la })resqu ile de Saint-Maur, dont la gorge étroite regarde au nord-ouest le l'ort de Vincennes.

La Seine, en quittant Parîs, se dirige au sud-ouest, pour s'infléchir ensuite brusquement au nord-est jusqu'à Saint- Denis, où elle revient de nouveau au sud-ouest pour reprendre encore une fois à Ijougival la diiection du nordest. Ces détours du fleuve forment, au-dessous de Pai*is, trois presqu'îles. Sur la première, celle de Boulogne, se trouve une partie de la ville (Auteuil et Passy), et le bois de Boulogne ; on peut donner à la seconde presqu'île le nom de Nantcrrc ou du Mont-Yalérien, — et à la troisième celui d'Argenteuil.

La hauteur du miroir des eaux de la Seine au-dessus de la mer est habituellement évaluée, en nombre ronds, à 30 mètres; elle est plus exactement de 27*", i ii rentrée dans Paris et de iio'^jO à la sortie, pour une hauteur moyenne des eaux. La largeur du Heuve est d'environ 000 pieds à sa sortie de la ville.

L'enceinte continue de Paris se compose d'un simple mur bastionné, avec une escarpe en maçonnerie, sans tenailles ni raveiines. Il n'y a pas dans les bastions de casemates permanentes. On compte dans l'enceinte 94 bastions, qui

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ne sont désignés que par leurs numéros. Le bastion 1 est sur la rive droite, à l'entrée de la Seine et les numéros partent de là, sur la rive droite, jusqu'à la Seine où se trouve bastion nf* 67 ; le bastion lOf* 68 est en face sur la rive gauche, où les numéros se continuent en remontant le fleuve jusqu'au bastion n^ 94 qui est en face du bastion n« 1.

Le chemin de fer de Lyon sort de Tenceinte entre les bastions â et 3, celui de l'Est (Mulhouse et Strasbourg) entre les bastions 27 et 28, celui du Nord entre les bastions 34 et 35, le chemin de fer de Rouen entre les bastions 44

et 45, celui de l'Ouest, à Versailles (rive gauche), entre les bastion 75 et 76, celui d'Orléans entre les bastions 92 et 93.

Ces indications permettront de reconnattre facilement chaque bastion.

La forme des bastions n*cst pas complètement la même, mais ils sont généralement plats ; les faces sont très-longues et forment entre elles des angles très-obtus» les flancs sont relativement courts. En raison de l'étendue considérable de Tenceinte de Paris, il est clair qu'un grand nombre des fronts bastionnés doivent être presque en ligne (b'oite; ce qui est toujours favorable pour la défense, surtout avec la grande portée des pièces rayées de l'artillerie moderne. Cependant cet avantage n'est pas aussi grand pour l'enceinte de Paris que si Ton avait donné aux bastions des angles saillants très-ai^us. Lorsqu'on fortifia la ville, on destinait l'enceinte continue à repousser une surprise, une attaque de vive force, plutôt qu'à résister à un siège en règle. La véritable défense contre un siège régulier était confiée aux forts détachés qui forment une ceinture autour de la place.

Paris se trouve dans un bassin > environné de hauteurs

calcaires, dont les crêtes sont plus ou moins rapprochées de la ville, et dont les pentes sont tantôt escarpées, tantôt presque insensibles. Ces hauteurs ne pouvaient pas servir partout à rétablissement des forts détachés, surtout à une épo({ue o(t l'on n'avait aucune idée de la portée actuelle de l'artillerie ; mais elles sont toutes en rapports directs avec les forts détachés, de sorte qu'elles méritent un examen particulier.

Les hauteurs de Pierrefitte, au nord de Saint-Denis,

s'élèvent de 265 (1) pieds au-dessus de la Seine; celles de la foret de Bondy, au sud-est des premières, ont une élévation moyenne de 280 pieds. Entre les hauteurs de Pierrefitte et celles de Bondy, se trouve un terrain moins élevé d'environ 80 pieds dans lequel coulent plusieurs ruisseaux, notamment le Sausset et la Molette, qui portent leurs eaux à la Seine par Saint-Denis.

A l'ouest des hauteurs de la forêt de Bondy, dont elles sont séparées, par une étroite dépression de terrain, qui affecte parfois la forme d'un ravin et que suit le chemin de fer de Mulhouse pour se rendre à la Marne, se trouvent les groupes de hauteurs de Montreuil et de Romainville qui ont à peu près la même élévation que les collines de Bondy. Elles s'abaissent très-rapidement au nord vers le canal de rOurcq et à l'est vers le chemin de fer de Mulhouse, et arrivent au contraire, pacje plateau de Yincennes et des pentes très-douces, vers la Marne et la Seine du côté du sud. A l'ouest, elles se continuent jusqu'à HclitjVillo et aux iiatles- Chaumont, dans l'intérieur de Tenceiate continue.

(1) Il s'agit toujours ici, sauf avis contraire, de pieJssui?ses (10 pie(is=5 3 mètres), et la hauteur mi comptée au-dessus du miroir des eaux de la Seine.

A Touest des hauteurs de Belleviile se trouvent, également dans l'enceinte de la ville, les Buttes-Montmartre,

dont le point culminant est à 330 pieds au-dessus de la Seine.

Au sud et au sud-ouest de IViris, on remarque principalement la charmante chaîne de collines qui s'étend de Bourg-la-Reine à Bougival et sépare de Versailles Saint* Cloud et Sèvres. Cette chaîne offre, dans sa partie orientale, SI Chiiiiarl el Chàtillon, des hauteurs de 440 pieds. Elle détache également des rameaux vers Vaugirard jusque dans Tenceinte continue. C'est sur la colline de Vaugirard que Napoléon III place le théâtre du combat que livra Labiénus aux réserves gauloises, après avoir battu le Gamo» lugcnus entre Sèvres et Moudon; ces réserves, qui étaient d'abord chari^ées d'observer le camp des Homains sur la rive droite de la Seine, étaient accourues au bruit du combat de Meudon.

La chaîne de hauteurs de Bourg-la-Reîne à Bougival en* Toie dans la presqu'île do Nanlerrc un rameau qui se termine près de Suresnes par le Mont-Yaierien , mamelon élevé de 300 pieds au-dessus de la Seine.

Les hauteurs au sud de Paris vont en s'abaissant peu à peu à Test de Bourg-la-Reine et sur la rive droite de la Bièvre. A l'ouest de Villejuif, on trouve un point isol«^ haut de 310 pieds; la chaîne s'élève encore à 240 pieds au sud de Yitry-sur-Seine et elle descend ensuite assez brusquement jusqu'à la Seine qui, à Test de Vitry, n'est qu'à 104 pieds au-dessus de la mer.

Les forts détachés de Paris ont la forme de' quadrilatères ou de pentagones basliounés; ils sont richement pourvus dô casemates, bien déûlés et parfaitement installés.

On a donné le nom de redoutes à des ouvrages fermés» plus petits (jLie les forts, et (|ui sont destinés à battre des parties de terrain que l'on ne peut apercevoir des loris. Ces redoutes sont de formes diverses, tantôt en tenaille, tantôt n'ayant qu'un angle saillant, tantôt pourvues de deux petits bastions.

On divise tout le système des forts détachés en quatre groupes, regardant les quatre points cardinaux.

Le groupe de Test couronne avec le plus grand nombre de ses ouvrages le bord extérieur des hauteurs de Bagnolet- Montreuil. On obtient à peu près leur cunloiir en prenant pour centre la porte de Montreuil, entre les bastions 1 1 et 12 de l'enceinte continue, et décrivant ensuite une demicirconférence avec un rayon de 6,500 pas.

Les ouvrages qui forment ce groupe sont :

1* Le fort de Romainville, quadrilatère, avec un ouvrage

à cornes irrégulier, avancé du côté du nord, et des ouvrages accessoires qui le relient au canal de l'Ouicq et, le long de ce canal, avec l'enceinte de la ville, vers le bastion 27. Le fort de Romainville est à 1700 pas du bastion 19 de Tenceinte continue ;

2^ La redoute de Noisy ;

^ Le fort de Noisy, quadrilatère, avec un ouvrage à

cornes avancé au nord-est :

La redoute de Montreuil ; ^ La redoute de la Boissière, tenaillée ;

6° Le fort de Rosny, quadiilalere, avec un ouvrage à cornes avancé à l'est, 1 0,000 pas du bastion n' 16 de 1 enceinte ;

7<> La redoute de Fontenay, ayant la forme d*un petit

ouvrage à cornes, fermé à la gorge ;

8** Le fort de Nogcnl, quadrilatère, avec un ouvrage à cornes avancé à Test ;

9^ La redoute de la Faisanderie ;

iQ9 La redoute de GraveUe : — ces deux derniers ouvrages sont réunis par une ligne retranchée et ferment la gorge de la presqu'île de Saint-Maur.

Tous ces ouvrages, depuis le fort de Romainville jusqu'à la redoute de la Faisanderie, furent reliés entre eux, au mois de septembre, par des lignes retranchées, suivant la crête des hauteurs, ce qui constituait là une espèce d'enceinte continue extérieure,

il' Le fort de Charenton, pentagone situé dans l'angle formé par la Seine et la Marne ; il est à 4,000 pas du bastion n* 5 de l'enceinte et sert de tête de pont aux ponts jetés sur la Seine et la Marne, près de leur confluent.

La plupart des ouvrages du groupe de l'est sont très-loin de l'oncointe continue. On peut considérer comme- une espèce de réduit du groupe:

Le fort de Yincennes, qui n*est qu*à â,âOO pas du bastion n* 8 de l'enceinte. Ce fort, situé au sud de la ville de Vincenncs, comprend l'ancien château et le nouveau fort, situé plus à l'est. Le vieux château, dont il est ditîicile de préciser l'origine, fut construit en 1183, sous sa forme actuelle, mais il a été ensuite perfectionné jusqu'à nos jours, et pourvu notamment, depuis 1833, d'établissements rnilî^ taires. Le donjon, "avec des murs de 10 pieds d'épaisseur et une élévalion de 183 pieds, offre, de sa plale-fornie, une vue très-étendue. Le nouveau fort, quadrilatère, allongé de l'ouest à Test, renferme de grands dépôts de toute nature pour l'artillerie.

A l'intérieur du groupe de l'est se trouve le bois de Yincennes, entouré d'une muraille ; c'est dans ce parc qu'existe

un vaste champ de tir pour l'infanterie et l'artillerie, ainsi que le terrain de manœuvres pour les troupes du camp de Saint-Maur.

Le groupe des forts du sud s étend devant l'enceinte continue de la rive gauche» depuis le bastion 94 jusqu'au bastion 68. n renferme les S forts d'Ivry, de Bicètre, de Mont* rouge, de Van vos et d'Issy. Les forts de Monlrouge et de Vanves sont des quadrilatères baslionnés, les trois autres des pentagones bastionnés. Dans ce groupe, c'est le fort de Bicétre qui est le plus rapproché de l'enceinte continue, à 4500 pas seulement du bastion 87 ; le fort d'Ivry en est le plus éloigne, à 3,000 pas du bastion 91.

On voit, d'après la description que nous avons faite du terrain, qu'il existe des hauteurs assez importantes à 1500 ou 2,000 pas en avant du groupe des forts du sud. Lorsque le général Trochu s'occupa de l'armement de Paris, il résolut d'occuper, au moyen de grands ouvrages de campagne, les hauteurs situées devant le front du sud. Une redoute de campagne fut construite sur la hauteur du Moulin-de-la-Tour, en avant de Châtillon, et nous avons vu les Bavarois s'en emparer le 19 septembre; — une deuxième sur la rive droite de la Bièvres, entre ce ruisseau et le village de Villejuif ; — une troisième au Moulin-Saquet, à Test de Villejuif; on fortifia en outre les villages de Villejuif et de Vitrysur-Seine.

Derrière cett^ ligne avancée, les cinq forts du groupe du sud furent reliés entre eux par des lignes de retranchements en terre, ce qui constitua également de ce côté une enceinte contmuc extérieure.

Les assiégés travaillèrent constamment à ces ouvrages de fortification, même après Tinvestissement.

Le groupe de l'ouest consiste en un ouvrage unique et, I 26

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par suite, d'autant plus important, la forteresse du Mont- Taléfien, sur la rive gaucbe de la Seine, dans la presqu'île

de Nanterre. La forteresse du Mont-Valërien est un grand pentagone bastionné, de 1500 pieds de côté, pourvu de puissants cavaliers et d'espaces casemates suffisants pour tous les besoins ndlitaires. Malgré la valeur du Moni-¥alérien, son isolement laisse le front de Touest un peu trop découvert. En effet, ce fort est à 5,000 pas de Tenceinte continue, à près de 15,000 pas des ouvrages de Saint-Denis et à 9,000 pas du fort d'issy. Les ingénieurs qui ont fortifié Paris comptaient surtout, pour couvrir le front de l'ouest, sur le bras de la Seine, de Uillaiicourt à Saïul-Denis. — Lorsque le général Trochu arma Paris, il crut cependant opportun de donner plus de force aux ouvrages extérieure de l'ouest. On construisit en conséquence une téte de pont pour le pont de Neuillv ; un uuvi agc fut élevé sur la colline de Saint-Ouen, sur la rive droite de la Seine, et un antre projeté snr la hauteur de Montretout, près de Saint^loud. Ce dernier ne fut jamais exécuté. En revanche, on éleva sur la rive gauche de la Seine, à Villeneuve-la-Garenne, en ftieo Saint-Denis, une redoute qui communiquait avec les ouvrages de Saint-Denis.

Le groupe du nord se compose du fort d'Àubervilliers et des fortifications de Saint-Denis.

Le fort d'Aubervilliers est un pentagone bastionné, situé sur la route de Lille, à %2Û0 pas du bastion 28 de Tenceinte coiitinue.

Setnt-Denîs, viUede 27,000 habitants, est pourvue d'une

enceinte, que Ton peut rendre plus forte au moyen d'inondations partielles, et de trois forts. Ces forts sont le fort de la Briche, quadrilatère bastionné, ouvert à la goi^ et situé tout près de la Seine, sur la rive droite ; la Double-Couronne

du nord» avec 3 i)astion3 complets et deux demi-bastions, faisant front à Pierrefitte et ouverte du côté de k ville ; et^ enfin, le fort de TEst, quadrilatère bastionné fermé, au sudest de la ville. Il faul Joindre ii ces ouvrages la redoute de Vilieneuve-la-Garenne dont nous venons de parler.

les principales communications de Paris avec Texlérieur étaient les huit chemins de fer dont nous avons donné le pûiiiL de bûi tic (le rcnceinte continue.

Pour investir Paris* les Allemands devaient chercher tout d'abord à couper les chemins de fer ; ils y parvinrent rapidement de sorte que Paris se trouva réduit à des moyens exlraordiiiaircs de communication qui ne pouvaieut jja^ ûufilre à tous les besoins.

Le chemin dokt d& ceinture» qui court k Tintérieur de l'encônte continue, était d'una grande valeur pour la défense.

— Pour terminer ce cLapilrc, il nous l'aut parler de l'entrevue de Ferrières qui était destinée à constater Texistence de Tabime qui séparait déjà la France do rMemagne.

Grâce à rintervention anglaise, une entrevue devait être ménagée entre Jules Favre, ministre des ailiiires étrangères du Gouvernement français, et le comte de Bismarck^ chancelier da la Con£édération du Nord. On perdit plus d'une semaine à discuter des questions de ferme qui ne devaient ptnil-iHrc point être envisagées comme telles. Enfin, lorsque les Allemands étaient déjà aux portes de Paris» Jules Favre, assuré du consentement de Bismardt, se décida, le 18 septembre, à TaUer trouver» U se vendit ce jouMà II Villeneuve-Saint-Georges, où se trouvait le quartier général du 6* corps (général de Tampling). 11 y apprit que le quartier générai du roi de Prusse était à Meaiuc.il envoyadoncde Villenauve uaedépAthfrà Biamarck pour lui demander où

il pourrait le rencontrer. Le 19, à 6 heures du matin, un officier» chargé d'accompagner Jules Favre, idnt le prévenir que Bismarck l'attendait à Meaux* En arrivant, vers

3 heures, aux environs de Meaux, Jules Favre apprit d'un aide de camp que le quartier général du roi avait été transporté à Ferrières.

La première entrevue de Favre et de Bismarck eut lieu au château de la Haute-Maison près de Montry, et [l'entretien se borna à une discussion théorique des bases de négociations de la paix. Nous savons quel abîme existait sur ce point entre l'ÂHemagne et la France. Cet abime s'était encore élargi pendant le temps écoulé depuis la bataille de Sedan jusqu'à Ventrevue de Ferrières, par suite de deux circulaires du chancelier allemand aux agents diplomatiques à l'étranger. Dans la première, datée de Reims le 13 septembre, Bismarck, contrairement aux déclarations antérieures, ne parle plus de la guerre contre le Gouvernement français, mais bien de la guerre contre la nation française ; d'après lui, si l'on faisait la paix en ce moment, le peuple français reprendrait les armes dès qu'il le pourrait, et. pour repousser cette nouvelle attaque, l'ÂHemagne avait besoin de garanties qu'elle ne pouvait obtenir qu'en reculant ses frontières de l'ouest. C'était demander officiellement à la France une cession de territoire comme condition de la paix. Dans la seconde circulaire, datée de Meaux ie 10 septembre, Bismarck exprime la crainte que la paix ne soit indéfiniment ajournée, si les puissances neutres de TEurope encouragent l'espoir de la France dans leur intervention diplomatique ou liidléricUe, ce que pouv iil amener le voyage de H. Thiers; il demande en outre, d une manière formelle, Strasbourg et Metz pour rAUemagne*

Le comte de Bismarck a dit lui-même qu'il ne réussit

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point, dans l'entretien de la Haute-Maison, à convaincre M. Jules Favre que l'honneur de la Jb rauce n'était pas d'une nature dififérente de l'honneur des autres pays, Favre accor^ dait tous les dédommagements en argent que rÂllemagne pourraiL l éclanier, mais il refusait toute cession de territoire. Les deux négociateurs parlèrent ensuite d'un armistice et ils s'accordèrent à en reconnaître l'utilité pour permettre de nommer une Constituante qui pourrait régulariser la situation du Gouvernement. On convint de parler plus particulièrement de cet armistice dans une nouvelle entrevue qui aurait lieu le soir même à Ferrières.

M. Favre se rendit à Ferrières à 9 heures et demie du soir. On discuta cette fois Farmistice, sa durée et ses conditions. Sur ce dernier point, Bismarck voulait, on tout cas, consulter un conseil militaire. Les deux hommes d'£tat se séparèrent à minuit, en se donnant rendez-vous pour le lendemain.

Le 20 septembre, Favre revint à Ferrières à 11 heures du matin ; Bismarck était encore chez le roi et il n'eu £>ortit qu'à il heures trois quarts.

Un armistice est toujours plus ou moins désavantageux pour une armée victorieuse, tandis que, dans les circonstances actuelles, il offrait nécessairement aux Français de grands avantages pour leurs nouvelles formations, aussi, avant d'y consentir» le comte de Bismarck demanda, comme équivalent militaire, l'évacuation des places fortes de Toul, de Phalsbourg(l) et de Strasbourg. Les garnisons de Toul et de Phalsbourg seraient libres, mais celle de Strasbourg, déjà serrée de très-près, serait prisonnière de guerre.

(I ) Le rapport de Bismarck parle de Bitehe, celai de lides Favre de Pbals* bonrg; pent-^re Bismarck demandft*4-il ces deux places; en tout cas, Phalsbourg, en raison de sa position, était la plos importante.

La remise de ces places fortes <lonnail nux Allemands l'avantage d'avoir une ligne de chemin de fer assurée. Du reste, Toul et Strasboui^ étaient déjà si près de leur chute qae ce n'était plus qu'une question de quelques jours. Quant à Phalsbourg, les Alleinands pouvaient s'en passer pour le buL qu'ils se proposaient. Favrc ne voulut point entendre parler de ces conditions, et il se mit hors de lui-même quand Bismarck demanda que la garnison de Strasbourg fut prisonnière de guerre* Bismark, qui avait parlé en homme d'aflàtres, n'était pas préparé 11 cette explosion de sentiments, et il s'efforça de calmer Iules Fam, en lui promettant de soumettre de nouveau cette question au roi de Prusse. U le fit en effet, mais le roi persista dans ses enlaces.

Les hostilités devaient continuer autour de Metz dsoffi im Tayon à déterminer. Ce point ne ùtt l'objet d'aucune diffi-

cullc.

Puis, vint le troisième point , — Paris. Favre avait exprimé déjà, le 19, l'h^-pothèse que la Constituante siégerait à Paris. On souleva, à ce propos, la question si Paris pourrait ou non être approvisionné pendant la durée de l'armistice, que l'on supposait ttre de deux ou trois semaines. Dans le cas où les Allemands permettraient que Paris communiquât librement avec l'extérieur pour s'approvisionner, Bismarck demandait encore im éqaivalent militaire, par esemple Toocupation du M ont-Yalérien. Jules favre s'emporta de non- Teau et dit, avec raison, qu'autant valait demander la reddition de Paris. En revanche, Bismarck observa, avec non moins de raison, que si Ton approvisionnait Paris pour trois semaines, il faudrait trois semaines de plus aux Allemands pour le réduire par la faim, dans le cas où la Constituante n'arriverait pas à condnre la paix. 11 proposa du reste ûn-

médiatemeui uue autre combinaison : 11 n'avait rien à objecter à ce que k Gocstibiaote se réunit à Tours, d'après une autre proposition de Jules Favre; et, dans ce cas, on conserverait le statu quo pendant rarmislice ; Paris ne serait point approvisionné et l'on ne livrerait pas de fort aux Aii&mands.

M. Favre quitta le comte de Bismarck avec la conviction que rAllemagoe voulait humilier la France, la faire passer

sous les iuui'clu's cauJines, l'anéantir. Le comte de iiismarck, de son côté, resta à Ferrières, fermement convaincu qu'il avait fait au Gouvernement provisoire de la France toutes les avances possibles. Nous ne doutons pas un instant que le comte de Bismarck ne sentit aussi profondément que Jules Favre le malheur infini que causerait la continuation de cette guerre en faisant naître une haine nationale sans causes premières, haine que des masses égarées oublieront

beaucoup plus difficilement que les gens flairés, haine enfin que certains journalistes ou savants, soit par ignorance, soit par intérêt, ont envenimée avec d'autant plus d'impudeur, qu'ils ont su rester plus éloigne's de ses effets.

Mais — les Allemands étaient vainqueurs, et Bismarck . se trouvait déjà entraîné dans un tourbillon qu'il était impuissant à diriger. On avait fait appel à des passions qu'il est ensuite difficile d'apaiser.

Sur le rapport de Jules Favre, le Gouvernement provisoire de Paris décida que les circonstances ne permettaient pas de songer à un armistice et qu'il n'y avait qu'à continuer la lutte.

Lorsque les iVllemands approchaient de Pans, le Gouvernement provisoire avait envoyé une délégation à Tours, pour diriger les départements et chercher à se mettre en comnuinication avec la capitale investie. Elle se composait

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de directeurs el d'employés subalternes de tous les ministères. Les membres du Gouvernement que Ton mit à la tète

de cette délégation étaient d'abord MM. Crémieux et Glais- Bizoin, auxquels se joignit bientôt l'amiral Fouriclion.

A la nouvelle de l'entrevue de Ferrières et de son résultat> la délégation de Tours adressa, le 24 septembre, aux Français la proclamation suivante :

c Avant rinvestîssement de Paris» M. Jules Favre a voulu voir le comte de Bismarck pour savoir quelles sont les intentions de r ennemi. Voici quelle est la déclaration de l'ennemi :

c La Prusse veut poursuivre la guerre et réduire la France au rang d'une puissance de second ordre.

« En s'appuyant sur le droit de conquête, la Prusse demande l'Alsace et la Lorraine avec Metz.

c Pour consentir à, un armistice, la Prusse ose demander la remise de Strasbourg, de Toui et du Mont-Valérien.

c Paris indigné s'ensevelira plutôt sous ses ruines. A des exigences aussi arrogantes, on ne peut répondre qutj par la lutte à outrance.

€ La France accepte cette lutte et compte, pour cela, sur tous ses enfants. »

Le comte de Bismarck répondit à cette proclamation dans une dépêcheHîirculaire diplomatique datée de Ferrières, le 1" octobre. Il s'attachait exclusivement à réfuter l'assertion de la proclamation que la Prusse voulait réduire la France à être une puissance de second ordre. Le territoire, disait-il, que l'Allemagne demande à la France avec Metz et Strasbourg, égale à peu près en superficie les provinces de Nice et de Savoie, que la France ne possède que depuis 1800, sans qu'elle fût pour cela, avant cette annexion, une puissance de second ordre. L'Alsace et la Lorraine allemande ne

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renferment pas un million d'habitants de plus que Nice et la Savoie. -La France avait, en 1860, 38 millions d'habitants, sans compter l'Algérie, et 42 millions avec l'Algérie, « qui fournit actueilement une partie importante des forces françaises » (les pauvres turcos !). Gomment la perte de moins d'un million d'âmes pourrait-cllc réduire la France au rang de puissance de deuxième ordre ?

Les négociations étaient provisoirement rompues. Thiers continuait son' voyage diplomatique. — Lorsque Bismarck envoya sa réponse du 1*' octobre, les places fortes de Toul et de Strasbourg étaient déjà tombées au pouvoir des Allemands.

YOI. Prise de ïoul.

À la fin d'août arrivèrent d'Allemagne en France la 17* division d'infanterie allemande, Schimmelmann, ainsi

que la 17<^ brigade de cavalerie, Rauch, et la 2* division active de landweiii' (brandebourgeoisc), (général Sclchow. Ces troupes furent réunies en un corps d'armée, 13" corps allemand, sous les ordres du grand-duc de Mecklenbourg- Schwerîn.

Le 13'' corps fut employé jusqu'au 10 septembre à Finvestisseiaent de Metz, et il reçut ce jour-là l'ordre de couvrir les derrières de l'armée qui marchait sur Paris, en occupamt Reims et Ghàlons, et d'attaquer la place de Toul.

Le grand-duc de Mecklenbourg dirigea sur Reims sa division de landvveiir, avec le 17' régiment de dragons et deux batteries légères. Il marcha ensuite sur Toul avec le reste de Tartillerie du corps d'armée, la il^ division d'ia-

fanterie, le i9>* dragons et le 11* uhlans. Il arriva devant la place le i2 septembre an soir.

On ne pouvait entreprendre un siège en règle , avant l'arrivée des pièces de siège qui devaient venir de Cologne et de Magdebourg. Le grand-duc se borna donc, en les attendant, à resserrer le cercle de rinvestissement et à inquiéter la place avec son artillerie de campagne.

La ville était commandée par le chef d'escadrons Huck ; elle avait environ 2,500 hommes de garnison, en grande partie des gardes mobiles , et 19i bouches à feu, dont 48 rayées.

Par un décret, daté de Meaux le 16 septembre, le roi de Prusse institua un nouveau gouvernement général à Reims ; il devait comprendre tous les pays occupés jusqu'alors par les troupes allemandes, en dehors des gouvernements généraux de l'Âlsace et de la Lorraine. Le grand*-duc de Mecklenbourg en fut nommé gouverneur général. Il se rendit en conséquence à Reîihs et donna an général deSehimmelmann le coiiimaadement des troupes devant Toul.

Sclnmtnelmann établit sur le monl Saint-Michel, situé au nord de la place et la dominant complètement, trois batteries de 6 rayé qui bombardèrent la ville; l*artilleria de la place leur répondit vivement mais sans effet. Dans l'après-midi du 18 septembre, Toul fut bombardé pendant deux heures par sept batteries de campagne. Le 19, Schimmelmann reçut l'ordre d'envoyer à Chàlons la 33® brigade d'infanterie (Kottwitz) et le il' récent de uhlans.

Il ne conbcrvail plus devariL Toul que les deux régiments d'inianterie meckleubourgcois n°' 89 et 90, le bataillon de chasseurs mecklenbourgeois 14, le 18* dragons» 4 batteries de campagne et â compagnies de pionniers.

Le 20 septembre arrivèrent les pièces de siège attendues, 10 de 24 rayé et IG de 12 rayé.

Le 21 les Allemands choisirent remplacement des batteries de siège qui devaient entourer Toul d'un vaste demicercle au nord de la ville, partant de Mansuy à Test, suivant les pentes du mont Saint-Michel et du mont de Barine, et se terminant à l'ouest à la route d'£crouves. Le 21 et le 22, on construisit les dépôts de batterie; le 22 au soir, les pièces de siège furent amenées en arrière des batteries projetées, et, k la nuit tombante, on construisit ces batteries sans être inquiété par les assiégés.

Le 23 au matin, les batteries étaient achevées et armées, et le ^bombardement commença aussitôt, appuyé par les batteries de campagne.

Le grand-duc de Mecklenbourg était venu de Reims pour assister à ce spectacle.

A 9 heures du matin, le feu était déjà dans Toul, et une heure plus tard il s'y déclarait trois foyers d'incendie. Les assiégés répondaient sans relâche , mais avec mesure. A 11 heures, ils incendièrent les faubourgs de Mansuy à l'est et de Saint-Evre ù l'ouest, qui étaient occupés par les Mecklenbourgeois. Dans la ville même, ils ne furent bientôt plus maîtres du feu qui les gagnait et, à 4 heures, le commandant, fit arborer le drapeau blanc sur l'une des tours de la cathédrale.

Le grand-duc de Mecklenbourg, qui avait observé le bombardement du mont de Barine, envoya aussitôt à la fKkrte de France son chef d'état-major, le coionel de Krensky . Ce dernier rencontra en route un pariementaire et condst ensuite sans difficultés la capitulation avec le commandant de la forteresse. Ou prit pour modèle la capitulation de Sedan. Les oâloiers» mis en liberté sur parole, et les défen-

seurs qui habitaient Toul avant le siège n'étaient pas pri*

sonnicrs de guerre. On introduisit un article d'après lequel le grand-duc de Mecklenbourg aurait le droit de traiter toute la garnison suivant son bon plaisir s'il arrivait, après rentrée des troupes allemandes, un accident comme celui de Laon le 9 septembre. Cet article semblait d'autant plus opportun que le vainqueur de Laon était également un duc de Mecklenbourg.

La remise du matériel et le départ de la garnison prisonnière de guerre eurent lieu le 23 au soir. Les postes et les édifices publics furent occupés en même temps par les troupes allemandes.

Le 24 septembre, le grand-duc entra dans la ville conquise, à la tète de tout le corps de siège.

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