‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 3 sur 18 · V. Progrte des ma6m tUamandn de 1806 à · texte numérisé non relu

V. Progrte des ma6m tUamandn de 1806 à

La ^'ucrrc de 18()0 durait encore que la Prusse, en prévision des annexions qu elle voulait laiio, avait déjà pris ses mesures pour augmenter son armée ; il lui fut donc facile, à 11» fin de cette guerre, de faire entrer dans son système militaire, non-seulement les provinces annexées, mais encore les pays do la Confédération allemande du .\ord.

Avant la paix de Prague, la Prusse avait 1 corps de la gvde et S corps d'armée provinciaux. ^

Ces 9 corps d'armée, sauf des différences sans importance, étaient organisés de la même manière. Chaque corps renfermait, en troupes de ligne actives et permanentes :

0 régiments d'infanterie à 3 bataillons;

1 bataillon do chasseurs;

0 régiments de cavalerie ;

Une brigade d'artillerie, composée d'un régiment de campagne et d'un régiment d'artillerie de places;

1 bataillon de pionniers et

I bataillon du train.

Chaque corps d'armée, sur le pied de guerre, représentait en troupes de campagne un effectif d'environ 30,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 96 pièces de campagne.

II n'y avait auciuif» difficulté à aiicrmenter l'elVeetif de chaque corps de troupes, grâce au grand nombre d'hommes exercés au service militaire, et aux institutions organiques en vigueur. On formait donc très^làcilement de nouvelles compagnies, de nouveaux bataillons ou escadrons. La base (le ces nouvelles formations tétait, en première ligne dans les troupes de dépôt (ou de remplacement), en seconde ligne dans la landwehr, destinée à fournir les garnisons des places fortes et, en outre, à former des réserves stratégiques pour l'armée de ligne combattant à Télranger.

A la suite de ces annexions directes, le gouvernement prussien ordonna la formation de 3 nouveaux corps d'armée, ce qui portait à onze le nombre des corps provinciaux de l'armée prussienne, sans compter la garde qui se recrute dans toute l'étendue de l'État prussien.

Par le fait, on ne créa que 10 nouveaux régiments d'infanterie sur les 27 que devaient renfermer les trois nouveaux corps d'armée; les vides devaient être remplis par les contingents des petits Etats de la Confédération du Nord.

En entrant dans cette Confédération, le royaume de Saxe fournit un douzième corps d'armée provincial.

Nous allons examiner, par armes, l'organisation mili-

taire de la Confédération allemande du Nord, telle au'elle était à la fin de 1868, en négligeant pour un temps la landwehr et le grand-duché de Hesse.

• Voici quelle était la composition de VnrfarUerie :

Corps de la garde prussienne :

4 régiments à pied de la garde, 4 régiments de grenadiers de la garde, 1 régiment de fusiliers de la garde« 1 bataillon de chasseurs de la garde, 1 bataillon de tireurs d'élite de la garde.

Ce qui fait 29 bataillons d'infanterie.

Troupes provinciales (y compris le 12" corps — Saxons) : 88 r^iments d'infanterie prussienne» portant les mméros 1-88, dont 12 régiments de grenadiers n^ 1-12, et 8 régiments ie fusiliers, n"* 33-40.

17 réçriments fédéraux d'infanterie, savoir : de Mecklenbourg, ii° 89 (grenadiers) et n^ 90 (fusiliers), appartenant au 9^^ corps d'armée^ 1 d'Oldenbourg, n^ 91 (10^ corps d'armée); 1 de Bnmswîck, n* 92 (!()• corp?); 1 d'Anhalt, n^ 93 (4' corps);

1 (septième) de Thuringe, n° 96 (4' corps), fourni par la Saxe-Altenbottfg et Reuss;

1 (cinquième) de Thuringe, n"» 94 (il* corps), fourni par la Saxe-Weimar;

1 (sixième) de Thuringe. n° 95 (il*' corps), fourni par la Saxe-Gobourg-Gotha et la Saxe-Meiningen-Hildbourghausen-Saalfeld;

9 régiments, n»* 100 à 108, du 12« corps (Saxons), dont 2 régiments de grenadiers, n^ 100 et 101, et un régiment de fusiliers, n^ 108.

Les numéros 97, 98 et 99 manquent dans k série des i'éfijiments provinciaux de, l'Aliemagne du Nord. Par suite de diverses conventions militaires particulières, la Prusse devait lever des régiments pour quelques petits Ëtats, ou transporter plutôt des régiments prussiens sur leur territoire. Cette nouvelle organisation n'étant pas terminée dès le début, c'est pour cela que les numéros 97, 98 et 99 restèrent provisoirement vacants.

Les bataillons de chasseurs provinciaux étaient :

H bataillons, n" 1-11, pour les onze corps prussiens; â bataillons saxons, n*" 12 et 13, pour le 11* corps;

1 bataillon mecklenbourgeois n* 14.

En récapitulant Tinfanterie, nous avons :

9 régiments de la garde à 3 bataillons 27 bataillons;

88 ré£(imenls prussiens à 3 » 264 »

17 régiments fV'déraux à 3 » 51 »

2 bataillons de chasseurs de la garde 2 > 14 bataillons de chasseurs provinciaux 14 »

Total ao8 bataillons.

La force moyenne du bataillon, en entrant en campagne, est de 1 ,000 combattants, répartis dans 4 fortes compagnies.

A chaque mobilisation, on forme aussitôt par régiment d*infanterîe un bataillon de dépôt — ou de remplacement^ de 1,000 hommes, r i par bataillon de chasseurs une compagnie de dépôt d(i "lOi) hommes.

Kn moins de deux mois chaque bataillon de dépôt peut être doublé sans difficulté, de sorte que Ton possède alors d'abord un 4* bataillon tout prêt à entrer en campagne et, en second lieu, un nouveau Ijataillon de dé'pot.

Linianterie allemande du Nord peut donc mettre en

, campagne, sans rien improviser :

En première ligne (infanterie et chasseurs) 338,000 hommes,

En seconde ligne — 117,200 »

Total 475,200 hommes.

La onuipagne de 1866, les annexions, etc., apportèrent des changements importants dans la cavalerie.

Les régiments de cavalerie de la garde restèrent lesmêmes après 1866, c'étaient :

1 régiment de gardes du corps, 1 régiment de cuirassiers, "2 régiments de dragons, 1 régiment de hussards,

3 régiments de uhlans (lanciers), en tout 8 régîïhents. Le nomhre de régiments de cuirassiers de la ligne resta

cgalonienl h même après les annexions, c'étaient les 8 anciens régiments de cuirassiers prussiens.

11 n'en fut pas ainsi des dragons, des hussards et des uhlans.

Le nombre des régiments de dragons prussiens qui était de 8 fut porté à 16 après 1866; il s'y joignit en outre les deux régiments de dragons mccklenbourgeois avec les numéros 17 et 18, le régiment de dragons d'Oldenbourg avec le rfi 19, et les 4 anciens « régiments de cavalerie » saxons qui conservèrent leurs titres et leurs numéros de 1 à 4. — La Confédération du IS'ord comptait donc 23 régiments de dragons, y compris les cavaliers saxons.

Les lâ anciens régiments de hussards prussiens furent portés à 16 après les annexions, et il s'y ajouta le régiment (ie iiu.ssards de Biunswick, avec le n^ 17. La Con-

iédérahoii a\ail en conséquence 17 ivgiments de liussards.

Les 12 régiments de ulilans prussiens furent également portés à 16« et deux régtments de uhlans saxons, nouvelle* ment créés, donnèrent 18 régiments de uhlans.

En récapitulant la cavalerie de l'Allemagne du Nord nous trouvons (sans la Uesse-Darmstadt) :

Garde prussienne 8 régiments,

Ligne : cuirassiers 8 »

» dragons 23 >

» hussards 17 »

» ulilaus t8 »

Total 74 régiments.

Chacun de ces régiments avait, dans la nouvelle formation, ^ escadrons dont 4 escadrons de guerre et un de dé» p6t. Ce dernier était complètement organisé, même sur le pied de paix , avec le sv^lème de réserve et de landwehr en vigueur, il était possible de grossir considérablement cet escadron de dépôt de manière à en faire le noyau de nou* veaux escadrons de guerre de réserve et d'escadrons de garnison de lu liiidwehr pour occuperles places fortes, défendre les côtes et former des réserves stratégiques en arrière de l'armée d'opérations.

Chaque escadron entre en campagne avec 150 chevaux montés, de sorte que les 74 régiments de cavalerie mettent ta campagne :

En première ligne 44,400 chevaux,

Eli deuxième ligne (dépôts) 11,100 »

Total 55,500 chevaux.

Artillerie. — D'après la règle générale, chaque brigade d'artillerie se compose d'un régiment d'artillerie de cam«-

pa^'ne et d'un régiment d'artillerie de places. Néanmoins, les brigades des 9% 10*, 11* et 12' corps d'armoe de la Confédération allemande du Nord n'ont jusqu'à pr(^ent qu'une division d'artillerie de places avec le régiment d'ar* (illerîe de campagne.

Chaque r(?giment d'artillerie de campagne se compose, sur le pied de guerre, de 5 divisions, savoir : 1 division à cheval, 3 divisions à pied et 1 division de colonne (train).

Le matériel des divisions à pied a été récemment transformé, do manière à en faire de lai Lillerie montée.

Chaque division à pied compte 4 batteries, savoir : 2 batteries de 6 rayé et â batteries de 4 rayé. Toutes les pièces se chargent par la culasse.

Chaque division à cheval ne renferme depuis 1866 que 3 batteries de 4 rave.

Toutes les batteries sont de 6 bouches à feu.

D'après ce qui précède, chacun des 13 régiments d'artillerie de campagne met en première ligne 15 batteries avec 90 bouches à feu. Puis une division de colonne qui se compose de 9 colonnes, 4 pour les munitions d'inûmterie et 5 pour les munitions d'artillerie.

Le régiment compte (sans les oificiers) 3,731 hommes, 3,358 chevaux et 385 voitures (sans compter les canons).

Les 13 régiments de campagne mettent en première ligne i»170 bouches à feu.

Chaque régiment d'artillerie de campagne forme, en cas de guerre, une division de dépôt de 2 batteries à pied et 1 batterie à cheval, ayant ensemble 18 pièces.

Cela donne 234 pièces en deuxième ligne pour les 13 régiments de la Confédération du Nord.

Les deux batteries d'Oldenbourg, une de 6 et une de 4, et la batterie de 6 rayé de Brunswick appartiennent au 10* I 7

le

rëgimeat d'artiUane de campugne; les 4 batteries meekieabourgeoises» i de 6 et 2 de A, forment la 3^ division à pied

da 9® régimenl de campagne.

Une division d'artillerie de places a 4 compagnies ; comme il y a 22 divisions de places, cela donne pour les 13 corps allemands du Nord 88 compagnies qui, en cas de guerre, peuvent être portées au double par Tincorporation d'hommes de la réserve et de la landwehr, ce qui fait 176 compagnies, avec un effectif approximatif de 36,000 hommes.

, L'artillerie de places fait le service des places fortes et

des côtes, et elle fournit en outre le personnel des parcs de siège dans le cas d'une guerre oHensive.

Génie. — Le génie se compose du corps des ingénieurs, uniquement formé d'officiers, et de 13 bataillons de pion^ niers, en temps de paix chacun de 4 compagnies : une de mineurs, doux de sapeurs et une de pontonniers.

Un bataillon de pionniers mobilisé se divise, à la guerre» en 3 fortes compagnies, à chacune desquelles on attache, d'après sa destination, une colonne d'outils du génie, un équipage de ponts d*avant- garde ou une colonne de pontons. Les bataillons de pionniers fournissent en outre les cadres et le noyau des hommes pour les divisions de télégraphes et de chemins de fer. En cas de mobilisation, chaque bataillon de pionniers forme une compagnie de dépôt.

IVati». Chaque corps d'armée a son bataillon du train

qui, à l'inverse des autres corps de troupes, reçoit des recrues deux fois par an et ne les conserve que pendant six mois. Très-faible en temps de paix, le bataillon du train prend, en cas de mobilisation, des dimensions colossales, indépendamment des soldats du train qui sont spécialement

aflectés aux diverses fractions de troupes. 11 se compose alors en eliet de 5 colonnes de vivres à 32 voitures; i coloane de fours de campagne à 5 voitures; * i dépôt de chevaux de 170 chevaux et i voiture; 3 ambulances de 10 voitures, avec chacune une compagnie d'infirmiers pour relever les blessés; 1. escadron d'esoorte du train de ISO chevaux et une voiture;

1 colonne de voitures, correspondante aux compagnies

auxiliaires du train des équipages Irançais; elle n'est formtje (ju'en cas de besoin et peut être cependant évaluée en moyenne à o divisions, chacune de 80 voitures.

Comme la cavalerie» par suite de son effectif élevé en temps de paix, n'a besoin pour être mobilisée que d'un nombre relativement restreint de ses réserves et de sa landwehr, elle fournit au train un contingent assuré et trôs^ suffisant pour compléter ses conducteurs et les hommes nécessaires pour soi^^er les chevaux.

Pour ce qui concerne le recrutement, l'administration, la formation des landwehriens el la moljilisation en général, le territoire de la Confédération allemande du Nord (sans la Hesse-Darmstadt) est partagé en districts de corps d'armée, un pour chacun des 12 corps provinciaux, tandis que le corps de la garde prussienne, le Id^ de l'armée de la Confédération, se recrute sur la tulalùé de la monarchie prussienne.

Chaque district de corps d'armée est en outre fractionné en neuf districts principaux d'une classe inférieure qui sont, en général, un district de bataillon de landwehr de réserve

et 8 districts de régiment de landwehr.

n y a dans chaque district de corps d'armée, un district

de bataillon de landwehr de réserve, maïs les districts de régiment de landwehr sont par le fait en nombre variable; ainsi il s'en trouve

8 dans chacun des 1^ 2% 3^ o% 6% T, 8% 11*' et 12^ corps d'armée;

6 dans chacun des ^ et 10* corps ;

9 dans le 4" corps d'armée.

Dans chaque district de régiment de landwehr se recrute le régiment d'infanterie île ligne correspondant; le régiment de fusiliers, le bataillon de chasseurs, les régiments de cavalerie, la brigade d'artillerie, le bataillon de pionniers et le bataillon du train de chaque corps d'armée se recrutent sur tout le district de ce corps.

Deux districts de rçrfiment de landwehr forment généralement un district de brij^ade. Chaque district de régiment de landwehr se divise en deux districts de bataillon, chacun desquels fournit, en caa de mobilisation, un bataillon complet de garnison (landwehr), sans préjudice des autres for^ mutions.

lin district de bataillon de landwehr renferme de 3 à 6 (exceptionnellement jusqu'à 12) districts de compagnie. Mais cela ne veut pas dire qu'en cas de mobilisation les bataillons de landwehr puissent se composer d'un nombre variable de compagnies, car le bataillon mobilisé de landwehr a, comme le bataillon de ligne, 4 compagnies.

Un rôle tout particulier est assigné au district de bataillon de landwehr de réserve. D'après leurs numéros, ils correspondent aux régiments de fusiliers qui sont recrutes dans leur district de corps d'armée; mais ils doivent servir principalement à égaliser les bataillons de garnison, ce qui paraissait d'autant plus nécessaire que l'organisation de la landwj»hr ne pouvait entrer en activité du jour au

lendemnin dans les provinces annexées k la Prusse, ainsi

que dans les petits Ëtats de la Confédération du Nord. Il ne paraîtra donc pas inutile que nous donnions ici les 12 districts de corps d'armée de la Contédération allemande du Nord, en indiquant pour chacun d'eux le territoire du bataillon de landwehr de réserve. Le lecteur pourra ensuite l'aire sur cette organisation les réflexions particulières que lui suggérera son esprit. ^

corps d'armée : Prusse Orientale et une grande partie

de 1 1 i*riLsse Occidentale : bataillon de landwehr de réserve de Ivœnigsberg, n*' 33 (cercles de Fischhausen, de Kœnigsberg ville et campagne).

^ corps d'armée : Poméranie, partie de la Prusse Occidentale et de Posen. Bataillon de landwehr de réserve de Stellin, n<» 34 (cercles de Randow, d'Usedom-Wollin, ville de Steltin).

3® corps d'armée : Brandebourg. Bataillon de landwehr de réserve de Berlin, n' 35 (ville de Berlin).

4* corps d'armée : Province de Saxe, Anhalt, Reuss, Schwarzbourg. Bataillon de landwehr de réserve de Magdebourg, n^ 36 (ville de Magdebourg, cercles de Magdebourg et de Wanzleben).

T)* corps d'armée : Basse Silésio et district de prouvernement de Poscn. liataillon de landwehr de réserve de Glogau, n^ 37 (cercles de Glogau et de Fraustadt).

6* corps d'armée : Moyenne et Haute Sîlésie. Bataillon de landwehr de réserve de Breslau, n** 38 (ville de Breslau).

7* corps d'armée : De la Westplnlie, les cercles de gouvernement de Munster et de Minden ; de la province rhénane» le cercle de gouvernement de Dusseldorf, puis la Lippe-

Detruold et la Lippe-Schaumbourg. Bataillon de landwehr

de réserve de Barmen, 39 (cercles d'Elberfeld, de Barmen et de Meltmann).

8' corps d'armée : Kohenzollem et, de la province rhénane, les oercles de gouvernement d'Aix-la-Chapelle, de Cologne, de Goblents et de Trèm. Bataillon de landwehr de réserve de Cologne, n** 40 (ville et cercle de Cologne).

9*' corps d'aruiée : Schleswig-Holstein avec les enclaves d'Oldenboux^, Mecklenbourg-Schwerin et Strelitz, la par» tie nord-est de la province de Hanovre, les villes hansëatîques, Haml)ourg, Lubeck et Brème. Bataillon de landwehr de réserve d'Altona, n* 86 (cercles de Pinneberg, de Stormarn, de Seegebei^ et ville d'Altona).

10* corps d'armée : La plus grande partie de l'ancien royaume, actuellement province de Hanovre, le grand-duché d'Oldenbourg, le duché de Brunswick. Bataillon de landwehr de réserve de Hanovre, n^ 73 (cercles de Wenningsen et de Hameln, ville et cercle de Hanovre).

41* corps d'armée : Le cercle de gouvernement d'Arnsbepg dans la Westphalie, l'ancieii électorat de liesse, l'ancien grand-duché de Nassau, l'ancienne ville libre de Francfort, le grand-duché de Saxe-Weimar, les duchés de Saxe-Cobourg-<jotha et de Saxe-Meiningen-HiMbourghausen-Saalteld, la principauté (h^ Waldeck. Tîalaillon de landwehr de réserve de Francfort-sur-ie-Mein, n® 80 (cercles de Francfort, d'Ober-Taunus et de Hanau).

12* corps d'armée : Royaume de Saxe. Bataillon de landwehr de réserve de Dresde, 108 ( ville de Dresde).

C'est sur la division de rAllemagne du iNord en districts de landwehr que repose toute la formation de l'armée de garnifion.

Les troupes de garnison qui doivent <ître formées sont : 1** Deux régiments de landwehr de la garde à 3 bataillons;

^ Deux régiments de grenadiers de l&ndwehr de la garde

à 'S bataillons;

3^ Dans chaque district de bataillon de landwehr provinciale, un bataillon de 4 compagnies; 4*^ Pour chaque bataillon de chasseurs de la ligne, une

compagnie;

^ Dans chaque district de corps ^d'araiée, deux régiments de cavalerie à 4 escadrons;

6^ par régiment d'artillerie de campagne 3 batteries, comme batteries de sorties dans les places fortes, ou pour

un autre emploi si elles deviennent inutiles dans les places fortes ;

V Le nombre et la i'orce des compagnies d'artillerie de places sont doublés, ainsi que nous Tavons tu plas haut. 8® Pour chaque bataillon de pionniers on forme 3 com*

pacfnies de placos fortes (jui sont réparties, non pas par compagnie, mais par détachement, en raison de l'importance des places fortes.

Les troupes de garnison peuvent aussi, en cas de besoin, être formées en régiments, brigades et divisions, pour constituer, dans une guerre offensive, des réserves stratégiques de l'armée d'opération, fournir des garnisons à l'étranger, et des corps de siège pour attaquer les places fortes ennemies laissées en arrière*

L'effectif complet de guerre des bataillons de landwehr de la garde et de grenadiers de landwehr do la garde est d'environ 800 hommes; — celui des bataillons de landwehr provinciaux de 700 hommes à peu près une compagnie de chasseurs de landwehr a environ 250 hommes ; — un régiment de cavalerie de landwehr 600 hommes ; — une ballerie de sortie comptp six bouches à feu. On forme en outre 8 à 10 compagnies d'artillerie de garnison.

L'infanterie de garnison d'un corps d armée se compose en moyenne de 17 bataillons à 700 hommes

d'une compagnie de chasseurs

Tolal

ou, en nombres ronds, 12,000 hommes, ce qui donne pour 12 corps d'armée 144,000 hommes.

La cavalerie de garnison d'un corps d'armée est d'environ 1,200 combattants, ce qui fait pour 12 corps d'armée 14, 400 houirnes.

Les batteries de sorties d'un corps d'armée donnent 18 pièces, ainsi pour les 12 corps 216 bouches à feu.

A l'infanterie de garnison s'ajoutent encore les 12 bataillons de landwehr de la garde, avec 9,600 homiaes.

L'armée de garnison est donc forte d'environ 168,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 216 bouches à feu.

D'après la constitution de la Confédération allemande du Nord, tout Allemand est obligé au service militaire et ne peut se faire remplacer. S'il est susceptible de porter les armes, il appartient pendant 7 ans à l'armée permanente, généralement depuis l'âge de 20 ans révolus, jusqu'au commencement de sa 28" année; puis il reste 5 ans dans la landwehr, jusqu'au commencement de sa 33*^ année.

Des sept premières années de service, trois se passent sous les drapeaux, les quatre autres dans la réserve, pendant lesquelles le soldat est généralement en congé.

Ën cas de guerre, les hommes de la réserve servent à mettre tout d'abord l'armée d'opération sur le pied de guerre; — ensuite, des hommes de la réserve, de nouvelles recrues, et, si cela est nécessaire, des hommes de la

landwehr servent à formor les corps de troupes de remplacement (dépôl); — en&u les hommes de la landwehr, sauf les exceptions concernant les armes spéciales, servent à former les troupes de garnison.

La position particulière qu'avait vis-à-vis de la Confédération da Nord le grand-duché de Ilesse-ûarmstadt, avec un pied dans TAllemagne du Nord et l'autre dans TAllemagne du Sud, provoqua aussitôt le traité du 7 avril 1867, d'après lequel toutes les troupes hessoises formaient une division particulière, avec le 2o, et étaient incorporées dans le 11* corps de Tarmée allemande du Nord.

La division de la llesse-Darmstadt, division allemande, apporte à l'armée d'opération : 4 régiments d'infitnterie à â bataillons, 2 bataillons de chasseurs, 2 régiments de cavalerie à 5 escadrons, 2 divisions d'artillerie formant ensemble (> batteries (2 batteries à pied de 0, et 4 batteries de 4 dont 3 à pied 1 à cheval), 1 compagnie de pionniers et 1 division du train. Gela fait en troupes de campagne 10 bataillons et 8 escadrons, ou ii,SOO hommes d'infanterie et de cavalerie avec 30 bouches à feu.

Les troupes de dépôt consistent en 4 bataillons d'infanterie, 2 compagnies de chasseurs, 2 batteries avec 8 canons, 1 division de pionniers et 1 détachement du train, et en outre les cinquièmes escadrons des deux régiments de cavalerie. Ce qui donne en deuxième ligne 4,800 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 8 pièces de canon.

En troupes de garnison, la Hesse-Darmstadt a 6 bataillons de landwehr. Le pays est partagé en 4 districts de régiment dont deux ne fournissent qu'un battiillon chacun. Conformément à ce qui a lieu en Prusse, il se joint à ces bataillons 2 compagnies de chasseurs et 1 régiment de cava-

leiie, ainsi qa'une batterie de sorties de 6 pièces. Ce qui

fait .'). 100 hommes d infanterie et de cavaleriu, aveu G bouches à feu.

Les trois Ëtats allemands du Sud, Bavière, Wurtembefig et Bade, s'accordèrent en février 4867 pour prendre le

système p^us^ien comme base de l'organisalion de leur armée. Bade avait adopté ce système depuis longtemps ainsi que le fusil à aiguille. Cette arme fut bientôt introduite dans le Wurtemberg pour l'armement de l'infanterie; la Bavière au coiitraire suivit sa propre voie en transformant le fusil Pûdewill en une arme imparfaite se chargeant par la culasse, puis en adoptant une arme nouvelle en 1869, le fusil Werder. La fabrication du nombre nécessaire de fusils Werder n'était pas encore terminée lorsque, éclata la L;uorre de 1870. Les Bavarois s'éloignent encore des Prussiens dans l'uniforme de leurs troupes et leur règlement d'exercice, mais leur formation générale est imitée du système prussien.

L'armée bavaroise compte en troupes de campagne

10 régiments d'infanterie à 3 bataillons,

10 bataillons de chasseurs,

10 régiments de cavalexie à o escadrons (4 de guerre),

savoii' ; 2 régiments de cuirassiers,

0 > de chevau-légers et 2 » de uhlans.

4 régiments d'artillerie à <S batteries de cnmpagne et 5 batteries de places; le 2^* et ie 3" régiment ont chacun deux batteries à cheval parmi leurs batteries de campagne.

1 régiment du génie, avec 2 divisions de campagne à 3 compap^nies, et 4 compagnies de places.

Les 58 bataillons d'infanterie et de chasseurs donnent 58,000 hommes ; les 40 escadrons mobilisés 6,000 hommes ;

ce qui fait 64,000 hommes dHntanterie et de cavalerie,

avec 192 bouches à feu.

Les troupes do dt'pôt consistent, d'après le système prussien, en 16 bataillons d'infanterie, 10 compagnies de chasseurs, ou 18,500 hommes; 10 escadrons ou 1,500 chevaux; 8 batteries et H compagnies du génie; c'est-à-dire 20,000 d'infanterie et de cavalerie, avec 48 canons.

Les troupes de garnison se composent de 3â bataillons (le .landwehr, ^22,400 hommes, auxquels s'ajoutent les coml)agnies d arullerie et du génie de places ci-dessus mentionnées»

Le corps wurtembergeots a, en troupes de campagne : K régiments d'infanterie à t bataillons et 3 bataillons

de cliasseurs, i régiments de cavalerie ii 4 escadrons, 1 régitnent d artillerie de campagne à 3 divisions, chacune de 3 batteries, 2 compagnies de pionniers. Ce qui fait en tout 21 ,400 hommes dlnfanterîe et de cavalerie, avec 54 bouches à feu; '

En troupes de déiiôt : 4 bataillons d'infanterie, 1 bataillon de chasseurs, 4 escadrons, 3 batteries de dépôt à 4 pièces, ou '5,200 hommes d'infanterie et de cavalerie avec 12 pièces de canon ;

En troupes de garnison (au commencement de 1870), <> bataillons de landwehr, 4,200 hommes, et une division d'artillerie de places avec 4 compagnies. ,

Le corps badois a, en troupes de campagne : 6 régiments d'infanterie à 3 bataillons, 3 régiments de dragons à 3 ( i) escadrons, 1 régiment d'artillerie de campa;^me de 0 batteries, 1 division do pionniers et 1 division du train; — ce qui fait 19,^00 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec *>¥ pièces de canon :

En troupes de dépdt : 3 bataillons, 3 escadrons et une

batterie, ou 3,450 hommes irinfanlerie et de cavalerie et 6 pièces de canon; En troupes de garnison : 10 bataillons et un escadron

de landwehr, plus une division d'artillerie de places de J) compagnies; ce qui lail environ 7,000 hommes d'infanterie et de cavalerie avec 6 pièces de campagne (pour les sorties).

Il est maintenant intéressant de comparer les forces de

TAllemagne à celles de la France.

L'Al!emn?no a de troupes de campagne r>l 8,000 hommes dlnlànterie et de cavalerie, avec 1,500 canons. La France ne peut leur opposer que 285,000 hommes d'infanterie et de cavalerie avec 984 canons» pas beaucoup plus de la moitié.

i. Allemagne a 161,000 hommes de troupes de remplacement (infanterie et cavalerie); la France n'a que 91^000 hommes de troupes de dépôt.

L'Allemagne a 187,000 hommes de troupes de garnison; la Franco n'a rien ù leur opposer, car la garde mobile qui doit remplir ce service n'est pas encore organisée.

Nous croyons donner ainsi en nombres ronds la véritable proportion des forces des deux puissances qui allaient se faire, en 1870, cette malheureuse guerre. Ces chiffres montrent clairement l'immense supériorité des forces de terre de l'Allemagne. Nous aurons encore roccasiou de revenir sur ce sujet.

On dit bien que la France a autant d'habitants que rAllemagne, c'est-à-dire que l'Allemagne du Nord et celle

du Sud réunies, — que le sol do la France est plus riche que celui de rAllemagne, et qu'il y a plus d'argent liquide en Fi ance qu'en Allemagne, etc., etc. Gela peut être vrai, mais cela ne veut pas dire qu'il y ait en France une orga*

uisation riiililuîre. — Qu'une ville produise assez de vapeur pour faire marcher 100 locomotives, et qu'elle la lâche dans la rue, cette vapeur noircira les gens et voilera le soleil, mais elle ne fera pas marcher une seule locomotive.

Qiianrl nous parlons d'organisation militaire, nous n'entendons pas que tous les soldats restent toujours sous les drapeaux, — ce n'est point le cas en Allemagne, — mais nous voulons que tout homme qui doit servir comme soldat soit exercé nhiit iireiuoiit et connaisse sa place dans rai'nice. Or ces conditions n ctaienl pas satisfaites en France. Le second Empire avait trop fait pour l'armée permanente qui peut toujours être faible, mais beaucoup trop peu pour grossir cette armée en cas de guerre.

^léme sous Louis-Philippe, l'organisatioa militaire valait mieux sous ce rapport.

Alors en effet la garde nationale sédentaire était organisée par toute la France. Bien qu'elle ne fût pas autre chose qu'une garde civile, elle permettait néanmoins dt; donner une éducation militaire élémentaire à toute la population mâle, et particulièrement aux classes riches et éclairées qui se rachetaient du service dans l'armée active. En outre la loi avait prévu la formation de détachements mobilisés de la garde nationale ; ces détachements se for* maient facilement, et, avec la masse d'hommes que renfermait la garde nationale, ces mobilisés pouvaient fournir une bonne armée de réserve, pour être employée d'abord à l'intérieur.

Napoléon III avait supprimé la garde nationale, et elle n'existait plus i{u incomplète dans un petit nombre de

villes. Les bons partisans de l'Empire se faisaient encore remplacer dans le service de la garde nationale. Le propriétaire qui était commandé de garde mettait son domestique

dans son uniforme de garde national et l'envoyait monter la garde à sa place. Voici quelles sont en Allemagne les bases de l'organi^

sation d'une armée acUve; elles répondent coinplôlpment à l'organisation en temps de paix, et Ton n'y i'ait jamais que des changements sans importance.

Un corps d'armée mobilisé se compose de deux divisions d'infanterie, une division de cavalerie et une réserve d'artillerie ;

Une division d'infanterie renferme deux brigades d'in-* fanterie, un régiment de cavalerie divisionnaire et une divi»

sien d'artillerie à pied de 4 batteries ;

Une brigade d'infanterie comprend généralement deux régiments ou 6 bataillons;

Une division de cavalerie renferme deux brigades» chacune de deux régiments, et une batterie à cheval. En 1870, on forma des divisions de cavalerie, indépendantes des corps d'armée, et quelques-unes très-fortes^ ayant jusqu'à 9 régiments.

La réserve d'artillerie compte deux batteries à cheval et une division à pied» en tout six batteries.

L'Allemagne est loin d'être aussi richement pourvue de places fortes que la France, mais elle a relativement plus de places importantes. L'AUeuiagne du iNonl n'a pas négligé de faire à ses forteresses les corrections imposées par les nouvelles armes; elle a élevé principalement des fortifications nouvelles pour la défense des côtes * il faut citer particulièrement : Alsen-Sonderbourg, Wilhelmshafen (ladebusen), les fortifications des bouches de r£ms et du Weser, Kiel et Friedricfasort.

La marine de T Allemagne du Nord est encore trop jeune pour avoir de l'importance ; cependant on a beaucoup lait

pour elle depuis quelques années; Ift flotte cuirassée doit être portée à 16 bâtiments, et peut-être la guerre de 1870 en donnera-t-elle les moyens. — Au commeneement de

celte année, la flotte k vapmr ( omptait 4o navires dont 3 frégates cuirassées et 2 bateaux cuirassés.

L'effectif des matelots est d'environ 4,600 hommes pour toute la flotte. Il y a en outre un bataillon d'infanterie de marine de 6 compagnies, et 3 compagnies d'artillerie de marine.

11 exûte du reste pour la flotte, comme pour Tarmée de terre, une réserve et une seewehr.

VI. Qnestioii dn trftne d'Eapagne. — La FVanoe déelan la guerre

àlaPnuae.

Revenons au récit des événements.

Nous avons tu qu'au mois de mai 1870 la situation était complètement pacifique.

En Allemagne personne no désirait la guerre, personne n'y pensait. Les ministres et les généraux prenaient leurs dispositions pour passer la saison d'été.

Les idées de paix dominaient également en France, oili l'on semblait mieux juger la situation de l'Allemagne, en arrivant à reconnaître le droit qu'avait cei.to contrée de chercher à arriver à l'unité et de régler elle-même ses affaires intérieures. Il y avait, il est vrai, un parti belliqueux de la cour qui voulait rajeunir dans le sang la dynastie napoléonienne, et qui profilait des maladies répétées de l'Empereur pour lui faire admettre la nécessilé de ce rajeunissement. D'après les idées répandues depuis longtemps, la guerre des frontières du Rhin était la seule qui pût con-

duire au but. Mais, comme nous venons de le voir, l'armée française n'avait encore rien gagné par la loi du 1^ fé* vrîer i868. La partie essentielle de cette loi» la création de la garde mobile, était encore à faire, et l'on s'était borné jusqu'à présent à nommer en l'air les oÛiciers de cette garde, qui s'étaient empressés de se faire habiller parce qu'ils se trouvaient jolis dans leurs uniformes. Le seul véritable progrès de l'armée française, c'étaient le chassepot et la mitrailleuse.

Si Ton comparait la situation militaire de la France à celle de l'ÂUemagne, on devait se dire que la France ne pouvait pas songer à déclarer la guerre à rÂllemagne sans avoir des alliances. C'était là ce que devait se dire aussi l'empereur Napoléon lui-même, qui ne pouvait pas désirer une guerre dans laquelle il serait battu.

Mais où la Fi ance pouvait-elle trouver à cette époque des alliances contre rAliemagne? Le parti de la guerre regardait naturellement du côté de TAutriche et de l'Italie.

Qu'avait-on à espérer de l'Autriche? M. deBeust, l'un de ces hommes heureux qui sont royalement n-compens/'S de ÎPii ; ? services, même d'une valeur douteuse, jusqu'à ce que la fortune les abandonne à l'improviste, tenait pour son œuvre capitale de rapprocher l'Autriche de la Hongrie et de fonder l'Empire austro-hongrois. Le commencement d'une guerre ollre toujours pour un semblable Empire des dillicultés considérables; et en outre la grande œuvre de M. de Beust n'avait jamais été faite que sur le papier. Les aspirations vers de nouveaux accommodements se montraient dans tous les pays de l'Eiupire d'Autriche, et l'Autriche de 1870 olVrait beaucoup plus l'image du système dégroupes de Helcredi que du dualisme de Beust. Les finances de l'Autriche ne s'amélioraient que lentement, et la guerre n'est

jamais un moyen de relever les finances; en outre, il n'était pas douteux que si l'Autriche prenait parti pour la France, la Russie se rangerait de l'autre côté et chercherait à se dédommager aux dépens de l'Autriche.

En Italie le parti de la cour penchait fortement pour la France; et la guerre de 1866 avait plutôt éloigné que rapproché de la Prusse certains membres de ce parti, entre autres Lamarmora. L'Italie moderne a toujours tiré son épingle du jeu depuis 1859 quand les autres se battaient. Elle y comptait encore celte fois et la part du butin qu'elle convoitait actuellement était le territoire qui restait encore au pape. Mais la Prusse pouvait le lui concéder aussi bien que la France. Les finances italiennes étaient encore en plus mauvais état que celles de l'Autriche et exigeaient impérieusement une habile administration. Tout cela était de nature à faire hésiter le parti de la cour lui-même lorsqu'il était invité à prendre part, avec l'Empire français, à une guerre contre l'Allemagne.

La France n'avait donc pas trop à compter pour le moment sur des alliances.

Au mois de juin les indices d'opinions pacifiques se montrèrent encore plus clairement en France. Il y régnait une sécheresse extraordinaire, — nous-mêmes avons habité la France du 9 avril au 28 juin sans voir tomber une goutte d'eau, — la récolte des fourrages manqua et il fallut prendre des mesures particulières pour permettre aux paysans de conserver leur bétail. Par suite du manque de fourrages, le ministre de la guerre ordonna de vendre un grand nombre de chevaux de l'armée.

M. Ollivier avait déjà fait, il est vrai, tout ce qu'il avait naguère condamné dans ses discours et ses écrits, mais on ne pouvait certainement pas douter de son amour de la paix 1 8

puisqu'elle était dans son intérêt. Lorsqu'il parvint à renverser un de ses adversaires du parti de la guerre et de la cour, cela devait nécessairement être considéré comme une nouvelle preuve de la prédominance des idées de paix.

Ce fait d'une certaine importance arriva justement vers le milieu de juin 1870. Il s'agissait de M. Clément Duvernois. Ce journaliste, assez bien doué, avait fait jusqu en 1867 Topposition la plus vive au césarisme. Cette année encore il fît imprimer sur l'expédition du Mexique un livre qui, habilement écrit et calme dans la forme, n'en était pas moins la condamnation évidente du césarisme. L'édition française de cet ouvrage fut détruite et il en parut plus tard une traduction allemande. Immédiatement après on vit M. Clément Duvemois se rapprocher du gouvernement impérial. On pouvait alléguer que M. Duvemois s'était laissé gagner à TEmpire par les tendances parlementaires exprimées dans la lettre du 19 janvier 1867, bien que ses adversaires affirmassent que la suppression de son livre sur l'expédition du Mexique lui avait été payée très-cher. Mais M. Duvemois rendit de jour en jour plus impossible d'excuser son changement de drapeau. Le 1^ février 1869, il se chargea de la rédaction d'un nouveau journal « le Peuple Français » qui se vendit à peu près le piix du timbre. Ce € journal entretenu » devait nécessairement avoir un tr^tenmr, » qui n'était autre que l'empereur Napoléon.

Ce joui nul lut le journal du césarisme ; M. Duvernois était devenu l'intime ami de l'Empereur ; non content de transmettre an public les pensées de l'Empereur» il s'érigea bien vite en conseiller du Souverain. Plus la santé de Napo* léon ni était mauvaise, plus M. Clément Duvernois criait haut. Il était un de ceux qui conseillaient le plus k l'Empereur de « faire grand », c'est-à-dire la guerre sur le Rhin

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pour < réparer ia brècho de Sadowa. * Grâce à la réputation méritée du t Peuple français m, Clément Dairernois fit croire à la France que l'Empereur lui-même ne cherchait qu'à faire grand. En 1860 Duvernois fut élu au Corps législatif comme candidat officiel dans les llaules-Alpes. Dès qu'OUivier accepta la présidence da ministère du 2 janrâr 1870» il fut attaqué par DuTemois avec une persistance inouïe, attaque pour son insuffisance, pour son manque d'énergie, pour ses hésitations, attaqué d'un point de vue césariste. L'opinion publique disait que ces attaques de Duvemois prouvaient que TËmpereur lui-même ne voulait pas entendre parler de ce ministère. Ollivîer, ne pouvant pas supporter cette situation, se plaignît à l'Empereur et lui demanda qui, de lui ou de Duvernois, tlevait s'en aller. Le 16 juin» Napoléon 111 sacrifia son ami Clément Duvernois en l'engageant à quitter la rédaction du « Peuple français. » La querelle avait duré longtemps; la décision linale n'en eût que plus d'importance.

M. Mony, député, avantageusement connu en France comme ingénieur, avait annoncé pour le 20 juin 1870 une interpellation au sujet du chemin de fer du Saint-(iotliard. On songeait depuis longtemps en Suisse à percer les Alpes par un chemin de fer qui réunit les plaines du nord de la Suisse avec celles d'Italie. Un grand tunnel étant absolu* ment nécessaire, cette entreprise devait coûter des sommes énormes. On discuta longtemps en Suisse sur la direction à suivre et beaucoup d'intérêts locaux furent mis en avant. Les uns demandaient le Simplon, d'autres le Lukmanief ou le Spliigen, d'autres enfin le Saint-Oothard.

Mais le tunnel du Mont-Cenis d'un côté étant jiresque terminé, et le ciiemin du Brenner de l'autre cùtc complètement achevé, il ne restait pour le chemin des Alpes que la

ligne du SaintGothard^ à moins de faire à la fois trois ou

quatre tunnels.

Cependant cette ligne était encore si coûteuse qu'une compagnie privée ne pouvait pas Fentreprendre sans avoir des garanties des puissances intéressées; les forces seules

de la Suisse ne suilisaicnt pas non plus pour commencer cette entreprise. Or, comme lltalie et 1 Allemagne étaient également intéressées à son exécution* des négociations furent entamées entre la Suisse et l'Italie d'un côté, puis entre ces deux États et la Confédération allemande du Nord ; elles aboutirent à la convention de Yarzin du 20 juin 1870.

Quelques mots que le comte de Bismark avait dits antérieurement au reichstag sur cette question-là fournirent donc à M. Mony le sujet de son interpellation. On prévoyait que le 20 juin, jour aniioiict; pour celte interpellation, les intérêts conmierciaux de la France ne seraient pas seuls en question» mais qu'on y parlerait politique et de la neutralité de la Suisse, soinlisant menacée par la Prusse. Des politiques avisés craignaient de voir certains orateurs s'échauffer et profiter de Toccasion pour souiller le feu contre la Prusse, ce qui pouvait amener, sinon la guerre, au moins des difficultés diplomatiques inutiles*

Dès que le docteur Kern, envoyé fédéral à Paris, connut le dessein de M. Mony de faire une interpellation, il se rendit chez le duo de Gramont et lui prouva, pièces en main, qu'il n'y avait rien dans les traités concernant le Saint^Gothard qui pût menacer la non li alité de la Suisse, que la Suisse, au contraire, avait eu grand soin, dans toutes les n^iociations, de protéger sa neutralité, et qu'elle avait fiût introduire plusieurs clauses, destinées spédalement à empêcher plus tard qu'une fausse interprétation des traités ne pût limiter la neutralité ou la souveraineté de la Confédéra-

lion helvétique. Au reste, ajoutait le docteur Kern, la Suisse serait heureuse si, aux mêmes conditions et sous les mêmes réserves, la France voulait traiter avec elle pour un chemin de fer du Stmpion. ■

Lorsque M. Mony développa, le ÎO juin, son interpellation, il avait également réfléchi, et la conclusion de son iong discours fut que la France n'avait à s inquiéter en rien du chemin de fer du Saint-Goihard. On lui demanda aussitôt avec raison pourquoi il avait fait son interpellation. Il répondit que c'était afin d'enprager le gouvernement français à construire des canaux pour favoriser le commerce de Marseille I — Dans sa réponse, le duc de Gramont traita la question très-pacifiquement et d'une manière conforme aux idées du conseil fédéral suisse. La gauche demanda ensuite au ministre de la guerre s*il ne craignait pas que le chemin de fer du Saint-Gothard, dans les conditions où il se faisait, ne vint troubler l'équilibre militaire de l'Europe au détriment de la France. Celui-ci répliqua que cela pourrait arriver, mais d'une manière si minime qu'il ne valait pas la peine d'en parler ; que du reste le chemin du Saint--Golhard ne serait pas fini du jour au lendemain, qu'il faudrait pour cela 15 ou 16 ans et qu'on avait tout le temps de peser mûrement la chose. La majorité du Corps législatif fut satisfaite ; M. Ferry ne troubla même pas sa tranquillité en faisant quelques sorties, et disant que ceux qui laissaient faire actuellement le chemin du Saint-Gothard étaient les mêmes qui avaient laissé faire Sadowa.

L'incident était terminé ; les craintes avaient été vaines.

Le camp de Ghâlons ne reçut, en 1870, qu'une série de troupes au lieu de deux comme les années précédentes. Pendant cette série que commandait le général du génie Frossard, il devait y avoir un grand exercice de siège. Un

Ottvrage provisoiFe avait été construit dans ce but, près de la ferme Saint^Hilaire. Trois fronts bastîonnés de ce fort

devaient èlre termimis au milieu de juillet 1870 et le sïéç^e commencerait aussitôt. Beaucoup d'officiers des armées étrangères devaient y assister. Rien n'annonçait au camp de Çliftlons des préparatifs de guerre.

Le 30 juin, le OorpB législatif discutait la loi qui devait abaisser à 90,000 liommes le contingent habituel de 100,000 bonunes. La loi fut adoptée. OUivier déclara à cette occasion que jamais k pak de TEurope n'avait été mieux assurée, et que rien ne la menaçait.

Nous avons reproduit avec intention les indices de l'opinion paciûquc en France qui nous ont semblé les pluscarao* téristiques. Ollivier disait vrai; personne ne pouvait se douter le 30 juin qu'avant huit jours le gouvernement français saisirait un prétexte futile pour faire la guerre à la Prusse, — c'est cependant oe qui arriva.

Poursuivons» dans ses détails» Tétude de cette malheureuse affidre.

L'Espagne avait, depuis 1843, pour reine constitutionnelle Isabelle II de Bourbon, née en 1830, tiilc de Ferdinand Yli et de k princesse napolitaine Marie-Christine.

La dame avait ti^ès^Km isam, mais elle avait été élevée dès son enfance dans la bigoterie et le libertinage. Son gouvernement consistait en un perpétuel changement de favoris et de généraux que des « pronunciamentos > militaires élevaient sur le pavois et qui gouvernaient réellement au nom de la reine. La guerre civile était, en Espagne, une mstîtution. En 1808 iiiourut le ministre président Narvaez, duo de Valence, qui était un « moderado >, c'est-à-dire en hngage espagnol un sanglant réactionnaire. Si la raine avait eu alors près d'elle quelques conseillers honorables.

elle eût peut-être pu mettre l'Espagne dans la bonne voie; mais comme ces conseillers iiianquaient, elle ne le fit point. £Ue chargea de 1 i mer un nouveau cabinet Gonzalès Bravo, homme violent dont elle avait peur parce qu'il Tavait bnitali8<e«lor8qu'eUe n'étni encore qu'one enfant de 12 ans» pour lai arracher la sigiiulure d'un ordre.

GoDzaies Bravo administra tout à fait dans le nième sens que Narraez. Après maintes folies que lai avait dictées son ambition, il fit arrêter, le 7 juillet 1868, les généraux Serrano, Dulce, Zabala, Cordova, Letona, Echague et Cabailero de Rodas qui n appartenaient pas au parti réactionnaire extrême et qu'il fit ensuite interner ou déporter. £n même temps* rintngant doc de Montpensier et sa femme l'infante Louise, sœur cadette de la reine Isabelle, furent exilés d'Espagne. Ils se rendirent h Lisbonne. Le duc de Montpensier, circonspect, mesquin et avare, n'était pomt aimé des Eqsagnols qoi l'avaient surnommé c le duc au panH ploie », mais son exil lui valut un certain relief.

11 en fut de même de lapluparl ilt;s généraux sus-mcntiuiinés dont chacun avait des partisans dans l'armée, et personne ne se cmt plus en sûreté après leur arrestation. On se mit alors à conspirer contre la reine Isabelle, son favori Marfori et le souverain de fait Gonzalès Bravo.

Aumois d'août 1808, un vent révolutionnaire soufilait sur TËspagne et se faisait sentir jusqu'à la cour.

Cependant la reine Isabelle avait confiance dans ses alliés au delà des Pyrénées, l'empereur Napoléon m et Timpératrice Eugénie ; elle voulait conclure avec eux une alliance intime, destinée à la protéger elle-même ainsi que le SainWPèrei qui venait de lui envoyer la rose d'or pour mettre le sceau à une irertn bien connue de tout le monde.

Au mois d'août, elle envoya à l'empereur Napoléon le

comte de Girgenti, frère du roi François de Naples, et marié depuis le mois de mai à sa fille atnëe Isabelle. La cour de France accueillît le jeune couple avec la plus grande distinction.

La bonne reine Isabelle se rendit ensuite elle-même à Saint-Sébastien, pour prendre les bains de mer et se rapprocher en même temps de la frontière française , afin

d'avoir plus facilement une entrevue avec l'Empereur Napoléon.

Sur ces entrefaites, les généraux bannis avaient noué des relations avec les chefe des différents partis de l'opposition,

et le pronunciamento de 1868 ne se fil plus au nom de la reme, mais bien contre la dynastie. Les généraux bannis se mirent h la tête du mouvement, et les troupes restées fidèles à la reine Isabelle furent promptement battues. Isabelle avait disgracié Gonzalës Bravo pour mettre à la tète du ministère don José Concha. Mais ce dernier se prononça aussi contre elle, en lui demandant de renvoyer son favori Marfori.

Après beaucoup d'hésitations, la reine se décida, le 30

septembre, à se réfugier en France et mit aussitôt son projet à exécution. Accompagnée de son étrange cour, elle alla voir à Biarritz l'Empereur Napoléon 111, Tlmpératrice Eugénie et le prince impérial, et se rendit ensuite au château de Pau que Napoléon lui assigna pour résidence.

L'entrevue de Biarritz fut triste; iNapoléon avait-il des pressentiments? Pouvait-il penser (pie ce mois de septembre devait lui être aussi fatal deuK ans plus tard?

Le 3 octobre, Isabelle adressa à l'Espagne une protestalion contre sa déposition qui, par le fait, n'avait été qu'une fuite.

Des juntes provinciales s'étaient formées dans toute l'Es-

pagne. Mais il fallait une administration et l'on ne savait pas oùla centraliser. La junte de Madrid en revendiqua la prérogative et demanda au marchai Serrano, qui était entré k

Madrid, le 3 ocLobre, après avoir battu les troupes royales à Alcolea, de former un gouvernement provisoire. Serrano accepta cette mission sans difficultés.

Il y avait en Europe beaucoup de gens qui se figuraient que les Espagnols seraient contents d'être débarrassés à si bon marché d'une dynastie enracinée chez eux, et de pouvoir se déclarer en république. Il existait m(" me en Espagne un parti républicdin dont les adhérents n'étaient pas les plus mauvaises gens.

Mais le gouTcmement provisoire de Serrano se composait uniquement de partisans de la monarchie constitutionnelle; et, à partir de ce moment, l'histoire de l'Espagne se résuma réellement dans la recherche d'un roi.

Les capdidats ne manquaient point et chacun d'eux avait ses partisans.

En première ligne était d'abord le duc de Montpensîer qui, malgré son avarice, dépensa beaucoup d'argent pour grossir son parti. Les monarchistes espagnols qui voulaient l'unité de la péninsule ibérique, c'est-à-dire la réunion de l'Espagne et du Portugal, songeaient à un roi portugais» soit au roi régnant Louis, soit à son père, Ferdinand, qui s'était retiré des atïuires avec le titre de roi et vivait paisible à Oporto. Ces deux princes ne montraient pas un grand désir d'accepter le fardeau du trône d'Espagne. — Les anciens carlistes mettaient en avant un prétendant de cette antique race et, d'après eux, le roi légitime devait être don Juan, le troisième fds du vieux don Carlos.

Mais cet homme s'était rendu impossible, même au parti légitimiste par sa conduite en ld60. 11 avait fait, à cette épo-

(pte, uae levée de boucliers pendant la guerre du Maroc» qui rapprochait pour un instant tous les partis et était considérée, en Espagne, comme une espèce de guerre sainte. Son général Orlega l'ut pris et fusille, et lui-même se sauva, à demi-vétu, dans un iiacre d'où lui était resté le surnom de a Don Juan alla tartam » Il écouta, cette fois, les avis de ses partisans et abdiqua en laveur de son fils qui, sous le nom de Charles VI ï, monta le 3 octobre 1860 sur son tr6ne, inpartibus, et annonça, le 28 octobre, son avènement aux souverains de l'Europe.

. Les constitutionnels espagnols cherchèrent également un roi en Italie ; mais là aussi ils rencontrèrent des scrupules.

Le roi était donc introuvable et c'était surtout la iaute du gonvemement français. Ce dernier voulait remettre sur le trône d'Espagne — non pas la reine Isabelle mais son fils, le jeune prince des Asturies, né le 28 novembre 1857. 11 espérait ensuite pouvoir gouverner le nouveau roi, et c'est pour cela qu'il intriguait contre toutes les autres candidatures, tout en agissant sur la reine Isabelle qui, ennuyée du séjour de Pau, ne tarda pas à transporter , sa résidence à Paris.

Malgré l'appui que prêtait hautement le gouvernement français à la candidature du jeune prince Alphonse, il fut cependant question à Paris, dans Tété de 1869, d'un autre

candidat qui ne paraissait pas trop désairréable dans les cercles touchant aux Tuileries. Ce candidat était un prince de HohenaoUern-Sigmaringen.

Les princes de Hohenzollem-Sigmaringen et de Hohenzollern-Hechingen avaient vendu leurs principautés mi ISV< aux Hohenzoliern qui gouvernent depuis des siècles ie Bran- Ci) Nom e^Mgnol d'mie VDÎliiie de place.

debourg «t la Prusse et sont, depuis des siècles, protestants.

Les Îlolienzollern-Sigmaringen, parents fort éloignés de la branche prussienne, sont toujours restés catholiques.

Le chef de cette fiuniUe était actuellement le prince Charles Anton, général prussien. C'est le fils du prince Charles et d'une princesse française. Mai ie-Antoinelte, nièce de Murât, ancien roi de Naples. 11 a épousé, en 1834, la . princesse Joséphine, fille du grand-duc Charles-Frédéric de Bada» et de la princesse Stéphanie, cousine d*Hortense de Beauharnais.

Le chef de la iaimlle de HohenzoUora-Sigmaringen a eu de sa femme cinq enfants, savoir :

Le prince héritier Léopold, né en 1835 ;

Le prince Charles, né en 1839 $t ftetaell^aent prince élu de Roumanie ;

Le prince Anton, né en 1841, oUicier au service de Prusse, blessé dangereusement à Kœpiggraetz, le 3 juillet 1866, et mort de ses blessures au mois d'août ;

Le prince Frédéric, né en 18 *ii;

La princesse Marie, née en 1845.

C'est du prince Frédéric, né en 1843, qu'il fut d'abord question à Paris, en 1869, comme candidat au trône d'£spagne. On n'avait alors rien à objecter contre la candidature de ce jeune prince, d'une branche catholique, qui était beaucoup plus proche parent de l'empereur Napoléon que dtt roi Guillaume de Prusse, comme cela ressort dairement de ce qui a été dit plus haut. On allirniait même que l'impératrice Eugénie favorisait ouvertement la candidature du prince Frédéric, et que celui-ci devait épouser une parente de l'impératrice.

Ce dernier point ne plaisait pas, à ce qu'il paraît, aux gens qui gouvernaient l'Espagne. Ils voulaient bien d'un

prince de HohenzolIera^Sigmaringen mais non pas du

mariage en question.

Ce ne fut qu'à l'automne suivant que surgit le projet d'appeler au Irène d'Ëspagnc le prince héritier de UohenzoUern- Sigmaringen» Léopold. Puisque la France, après avoir repoussé toutes les candidatures antérieures, avait accepté celle du prince Frédéric, pourquoi n'accepterait-elle point celle de son frère ainé le prince Léopold ? Celui-ci avait en outre, aux yeux des partisans de Funion ibérique, Tavan*tage d'avoir épousé, en 1861, la princesse Antonia, fille du roi Ferdinand de Portugal. L'intrigant maréchal Prira, auquel il n'était vraiment pas pennis de se livrer, tut autorisé à entamer des négociations avec le prince Léopold de HohenzoUem-Sigmaringen.

Si le prince Léopold efit connu le maréchal Pi im, il est fort probable qu'il eût refusé d'entrer en pourparlers avec lui. Ifais cela importe peu.

Il n'est pas douteux que le parti français de la cour connut aussitôt ces négociations, mais, s'il avait agréé la candidature du prince Frédéric, celle de son frère ainé, le prince Léopold, lui fut des plus désagréables.

C'est de cette époque que datent les efforts du parti de la cour pour déterminer la reine Isabelle à abdiquer en faveur de son fils, le prince Alphonse des Asturies.

Ces efforts furent couronnés de succès à la fin de juin 1370: la reine Isabelle abdiqua en faveur de son fils, et rann<snça aux Espagnols dans un long manifeste où elle se réservait tous ses droits.

A peu près vers le même temps, on apprit en France que le prince Léopold de HohensoUem avait déclaré qu'il accep> tarait le trdne d'Espagne s'il était élu roi par la majorité des Gortès.

Dans UD conseil des ministres» tenu à Madrid, le 5 juillet, il fut dëeidé que les Gortès se réonimient le 22 du

même mois; l'électioa du prince Léopold pour lequel on coniptail sur une forte majorité devait avoir lieu le 1'^^ août, et le nouveau roi entrerait ensuite en Espagne le 1** novembre.

Le jour même que se tenait à Madrid ce conseil des ministres, M. Cochery faisait au Corps législatif une interpellation au sujet des affaires d'Espace. — Cochery, avocat, né en 1820» fut nommé chef du cabinet du ministre de la justice après la révolution de février 1848, mais il abandonna bientôt le service de l'État pour redevenir avocat et se faire ensuite journaliste. En 186d, il se présenta aux élections dans le département du Loiret comme candidat de Topposition démocratique et fut élu* malgré le GouvememeiiL 11 si^na l'interpellation desllG, et siegeail au centre gauche.

Lorsque M. Cochery déposa son interpellation, le parti de la cour était déjà résolu à profiter de rinddent pour

humilier la Prusse ou pour lui faire la guerre.

Dans le conseil dos ministres du 5 juillet, on avait arrêté une réponse à Tinterpellation Cochery; elle pouvait encore paraître pacifique à une partie des ministres, mais elle signifiait la guerre pour les autres.

Le duc de Gramont porta cette réponse à la Chambre, le 6 juiUet. U dit :

c n est vrai que le maréchal Prim a offert au prince Léopold de HohenzoUem la couronne d'Espagne et que ce dernier Ta acceptée ; mais le peuple espagnol ne s* est point encore prononcé et nous ne connaissons pas encore les ' détails vrais d'une négociation qui nous a été cachée.

« Nous n'avons eessé de témoigner nos sympathies à la

nation espagnole, et d'éviter tout ce qui aurait pu avoir les

apparences d'une immixtion quelconque dans les affaires intérieures d'une noble et grande nation en plein exercice de at aouYeraineté.

<i Nous ne sommes pas sortis, à l'égard des divers pré-* tendants au irône, de la plus stricte neutralité, et nous n'avons jamais témoigné pour aucun d'eux ni préférence ni éloignement. Nous persisterons dans cette conduite.

« Mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple voisin nous oblige à souffrir (pi'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, puisse déranger à notre détriment Téquilibre actuel des forces en Europe, et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. Celle éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas. Pour l'empêcher, nous . comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur l'amitié du peuple espagnol,

« S'il en était autrement, forts de votre ap]iui, messieurs, et de celui de la nation, nous saurions remplir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse* »

La droite, le centre droit et même une partie du centre gauche accueillirent cette déclaiation par des applaudissements enthousiastes.

La gauche demanda que l'on produisit lesdocum^ts; ses orateurs, et surtout Picard, Grémieux et Arago flairaient la guerre. Ils dirent qu'on voulait y précipi Loi la Fi ance lu ant qu'elle eût le temps de se reconnaître ; qu'il devenait complètement inutile de continuer la discussion du budget. Que ce budget n'avait de sens que dans l'hypothèse d'une paix certaine, et que la guerre que l'on préparait en ferait une absurdité.

Olhvier chercha l'apaisement: il croyait à la paix; il pen^

sait que la France n'avait besoin que de se montrer forte et énergique pour obtenir tout ce qu'elle désirait.

Cependant, cette déclaration publique du duc de Graiiiont 11 la tribune, pouvait-elle sigmlier autre chose qu'une guerre contre rÂliemagne?

Le duc de Gramont déclare que la France ne veut pas se m^ler des affaires intérieures de l'Espagne. Mais alors que lui iniporte que les Espagnols se douneul pour roi le prince Leopold?

11 dit» en effet, que cela lui importe peu. Mais le gouver* nement ne souffrira pas qu'une puissance étrangère place un de ses princes sur le trône de Gharles^Quint» et trouble

ainsi l'équilibre européen.

La puissance étrangère, c'est la Prusse. C'est donc avec elle que le gouvernement français veut avoir affaire, et non avec l'Espagne. Nous avons déjà expliqué quelle était la situation du prince Léopold vis-à-vis de la c puissance étrangère ». Le gouvernement français devait la connaître aussi bien que nous. S il avait dit au gouvernement actuel de i £spagne : nous ne voulons pas voir le prince de Ilohen- 2oUem sur le trône d'Espagne» — c'était son affaire, et c'était ensuite l'affaire du gouvernement et du peuple espspgnols de céder ou de résister aux désirs du gouvernement français. — Mais, que k Prusse imposât un roi à l'Espagne, que la Prusse fût rendue responsable du choix fait par les Espagnols, cela devait nécessairement être une énigme pour l'homme de bon sens. Il n'était pas moins énigmatiqûe de comprendre comment la nomination d'un prince prussien au trône d'Espagne, — en admettant que le prince héritier de Hohenzollern-Sigmaringen soit un prince prussien, ^pouvait troubler Téquilibre européen.

Tout bien considéré, la seule Tïhose à conclure de la dé-

daratioii faite par le duc de Gramont^ le 6 juillet, c'est que nous ne dirons pas le gouTemement français, — mais le

parlidc la ( our avait trouvé, ou croyait avoir trouvé, le prétexte d'une guerre des frontières du Rhin.

Le langage de la presse officieuse, après le G juillet, ne laissa aucun doute à cet égard. Le vieux boute-feu Girardin déclara aussit^U (jue si la Ffaiicc se montrait énergique la Prusse se soumettrait ; si cela ne suffisait pas, les Français n'auraient qu'à entrer dans les provinces rhénanes pour rejeter les Prussiens derrière le Rhin à coups de crosse dans le dos.

Ainsi parlait tuute la bande du parti de la cour, he^ journaux libéraux bien rédigés tels que c les DAats, le Temps, le Sade >, ne purent résister longtemps à l'immense vertige de la plus grande partie de la presse parisienne.

Depuis 1N14 et iSiîi, le peuple de Paris et les troupiers français appellent volontiers « le Prussien » cette partie du corps sur laquelle on s'asseoit d'habitude; cela fournit bientôt aux journaux hebdomadaires le sujet de dessins dont le bon goût était parfois douteux.

Nous sommes euué dans ces détails afin de donner des événements un tableau aussi exact que possible. Ce qui est plus important, c'est de montrer l'idée que le parti de la cour se faisait de la situation de l'Allemagne.

Il croyait très-fermement que ia circonstance actuelle était favorable à la France pour avoir affaire à la Prusse seule. 11 ne s'agissait, en effet, que d'une question dynastique prussienne. L'Allemagne du Sud, où les Prussiens ne sont pas fort aimés, saisirait avec empressement l'occasion de se séparer de la Prusse. Bien plus, les ennemis qu'avait la Prusse dans la Confédération du Nord elle-même lèveraient la tété. Le Hanovre prendrait les armes ; la Saxe dont le

prince royal avait dit, en 1866, qu'il aim rait mieux être caporal autrichien que général prussien, s'appuierait sur rÂutriche et prendrait parti pour la France.

Toutes ces erreurs d'optique provenaient uniquement de ce que les diplomates fiançais connaissaient peut-être les cours allemandes, mais sans connaître le moins du monde le peuple allemand.

Les débats de Tinterpellation Gochery furent différés. Le Corps législatif se montrait fort impatient de savoir où en était la question.

Le gouvernement français s'était immédiatement adressé à tous les gouvernements de l'Europe, pour savoir ce qu'ils pensaient de son droit d'interveiur dans la question de la candidature du prince Léopold.

Les gouvernements européens ne pouvaient naturelle* ment pas être impolis; ils répondirent qu'ils desiraient que la paix ne fût pas troublée.

Le gouvernement prussien déclara parliculièrement qu'il ne savait rien officiellement de la candidature au trône du prince Léopold» et que cette candidature ne le regardait pas.

Là-dessus, le comte Benedelti, ambassadeur français à Berlin» fut invité à se mettre directement en relation avec le roi de Prusse et k lui demander qu'il ordonnât au prince de ne point accepter la couronne d'Espagne.

Le roi Guillaume se trouvait alors aux eaux d'Ems. Benedetti se rendit à £ms où il eut, le 9 juillet, une audience du roi. Ce prince répondit aux demandes de Benedetti qu'il ne savait rien, comme roi de Prusse, de la candidature au trône du prince Léopold et qu'il n'en avait été informé qu'en sa qualité de chef de la famille de Hohenzollem. Uue le prince étant majeur, le roi n'avait ni à lui permettre ni I 9

à lui défendre d'accepter la couronne d'Espagne. Dans une seconde audience, le 11 juillet, Benedetti devint plus pressant. Le roi Guillaume ne put lui répondre que ce qu'il lui

avait dit le 1). H ajouta seulement qu'il ne savait même pas où se trouvait en ce moment le prince Léopold qui devait faire un voyage des Alpes.

Dès que le prince Léopold apprit que sa candidature soulevait des complications qu'il n'avait pas prévues et qu'il ne pouvait pas prévoir, il se dëcid.L à renoncer à cette candidature pour ne pas ùlre la cause d'une guerre entre les deux nations civilisées de l'Europe centrale, et ne pas donner de prétexte à une telle guerre. Il pria donc son père d'annoncer son désistement partout où cela était nécessaire et le pi ince. s'empressa de remplir ce devoir.

Le lî^ juillet, don Sallustiaiio Olozaga, niinistro d'Kspagne, à Paris, informa ofilciellement le gouvernement français que le prince Léopold renonçait au trône d'Espagne. On devait penser que cette déclaration terminait l'affaire.

C'est amsi qu'Ollivier envisaî:^eait la question le 12 à wjtrfi. 11 dit à quelques députés, dans la salle des Pas-Perdus, qu'après le retrait de la candidature du prince Léopold il n'existait plus de différend ; que tout était terminé.

Mais ce 12 juillet fut une journée extraordinaire. C'est ce jnur-là que commenc^^ont les envois de troupes et de \mtériel à Metz et à la kontièro du nord-est. C'est ce jour-là que Clément Duvernois, l'adversaire d'OUivier, demanda au cabinet quelles garanties avait la France que des corn* pKcations telles que la candidature au trône d'Espagne ne Siéraient plus amenées par la Prusse. C'est encore ce mùme jour que le ministère chargea le comte Benedetti de demander au roi de Prusse qu'il défendit pour toujours au prince

de UolienzoUern d'accepter de nouveau hi candidature au trône d'Espagne* C'est enfin le 12 juillet que Tenvoyé prussien, baron de Werther, qui était parti en congé, le 5 juillet et venait de rentrer en toute hâte à Paris, eut avec Ollivier et Gramont une entrevue dans laquelle le niinistre des ailaires étrangères lui insinua que le roi de Prusse devrait écrire à l'empereur Napoléon une lettre d'excuses, dans laquelle il lui déclarerait à peu près qu'en approuvant la candidature du prince Léopold, il n'avait voulu blesser ni l'empereur Napoléon ni la France, et qu'il « ne le ferait plus. » Le baron de Werther transmit cela au comte de Bismarck qui lui répondit qu'il avait l'oreille dure et ne comprenait pas bien un semblable langage ; que le gouyernement français devait faire faire des communications de cette nature au gouvernement prussien par son ambassadeur k Berlin.

Le juillet, £mile Ollivier se soumit de nouveau à la volonté d'autrui et se décida à défendre une chose qu'il avait condamnée dix fois. Il n'était plus maintenant que le

valet de chambre déclaré du parti belliqueux de la cour.

Puis vient l'histoire du 13 juillet, — il nous faut suivre les événements jour par jour. Le 13 juillet se passe à Paris et à Ems.

A Paris, le due de Gramont annonce au Corps législatif

que le gouvernement français a reru de l'envoyé d'Espagne communication officielle du désistement du prince Léopold* Que les négociations du gouvernement français avec la Prusse n'ont pas encore amené de résultat, et qu'il ne peut pour cette raison en parler à la Gbambre.

Mais les choses marchaient trop lentement au gré des mamelucks de l'Empire. L'un d'eux se leva pour adresser une interpellation sur les causes de la lenteur de la poli-

tiqiin extt'ricure, lenteur qui mettait en danger non-seulement la fortune publique, mais Thonneur national de la France.

Ce Monsieur, c^ëtait le baron Jérdme David, fils de Tancîen roi Jérôme de Westphalie et petit-fils du célèbre peintre français Louis David. Né en 1823^ il l'ut destiné à la marine par sa € famille », et servit comme mousse de 1835 à i837. Mais la mer lui déplaisant* il préféra Tannée de terre et entra à l'école de Saint-Cyr d'où il sortit en 1844, comme sous-lieutenant de zouaves. 11 apprit l'arabe et trouva en Algérie beaucoup de protecteurs qui, naturellement, ne lui firent pas défaut sous l'Empire. Pendant la guerre de Crimée, il était officier d'ordonnance du prince Napoléon, son frère, et revint avec lui en France lorsque l'état pliysi(iuo et moral du prince ne lui permit plus do restei" k rarniéc. En 1857, le baron Jt^rômc David donna sa démission comme capitaine et se livra à des éludes pastorales et politiques. £n 1859, il fut nommé député dans le déparlement de la Gironde, comme candidat du gouvernement et se fit remarquer à la Chambre par ses opinions césaristes prononcées et sa grosse voix.

Pendant que les mameiucks de l'Empire perdaient ainsi patience à Paris, le comte Benedetti agissait d'après les instructions du ministère Ollivier-Gramont.

Il accosta le roi de Prusse à Ems, le 13 juillet, dans promenade du malin, et lui tint un discours. Le roi répondit qu'il était informé du désistement du prince Léopold et qu'il l'approuvait; que cependant il ne savait cette nouvelle que par les journaux, qu'il sortit de sa poche et montra au comte Benedetti.

A une heure de l'après-midi, le roi de Prusse rei-ut pendant son déjeuner une lettre du vieux prince Charles

Auton de Holienzollern qui annonçait en termes l'onnels la renonciation de son fils au trône d'Espagne.

A â heures, le roi de Prusse envoya un aide de camp porter cette nouvelle au comte Benedetti, avec la déclaration iju'il considérait à présent la chose comme terminée.

Mais le pauvre diplomate avait, sur ces entrefaites, reçu de Paris les ordres les plus pressants. 11 dit à l'aide de camp «lu roi qu'il avait été chargé, par le télégraphe, de demander au roi une nouvelle audience, pour lui présenter les désirs délinitifs du gouvernement français, lesquels étaient que le roi approuvât d'abord le désistement du prince de Hohen* zollern et, en second lieu, qu'il donnât l'assurance que cette candidature ne se reproduirait pas à l'avenir.

Le roi lit réponse au comte Benedetti par son aide de camp qu'il approuvait la renonciation du prince Léopold de la même manière qu'il avait approuvé son acceptation de la couruune d'Espagne, comme une chose qui ne le regaidaiL pas et encore moins la Prusse et la Confédération du Nord; mais qu'il lui était impossible de donner des assurances pour l'avenir dans une question qui ne le concernait point. Le roi ne pouvait du reste que s'en rapporter à ce qu'il avait dit le matin au comte Benedetti.

Benedetti qui avait des ordres très-précis, n'en demanda pas moins une entrevue personnelle avec le roi pour régler le dernier point, les sécurités pour l'avenir.

Le roi lui renvoya encore une fois son aide de camp, à 9 heures et demie du soir, pour lui dire qu'il n'y avait plus à parler de ce dernier point d'après les déclarations que le roi avait faites précédemment.

Benedetti demanda où se trouvait Bismarck. Celui-ci avait bien reçu l'ordre de se rendre de Varzin à Ems, mais lorsqu'il apprit en route, à Berlin, la renonciation du prince

Lc'opold, il considéra la question comme réglée et revint

tranquillement tiVarzia. Rappelé de nouveau le 13 juillet, il lui fut impossible d'arriver avant le 15.

Le 14 juillet, le roi de Prusse, qui partait pour Cobientz, salua à la gare le œmte Benedettî , lequel avait un pressant besoin de prendre congé de lui.

Les Allemands étaient restés parfaitement calmes devant les exigences dt' la France. l*or?onnc ne pensait en Allemagne (|ue cette candidature au trône d'Espagne pût devenir le prétexte d'une guerre.

Qu*y avait-il, en effet, de plus frivole?

Les journaux allemands s'exprimaient alors avec la plus grande modcralion, ce qui faisait un contraste frappant avec le langage des journaux de Paris : a Liberté, Paris-Jour* nal, GaiMst Figaro, Patrie, ConsUttUiomd^ Pmpk /hm* çais >, etc.

Le 14 juillet, la guerre était résolue à Paris. Los préparatifs en étaient commencés depuis la veille, ainsi que nous l'avons déjà vu, mais il est vrai, sans l'assentiment de tous les ministres, parce que le parti de la cour agissait derrière les coulisses. Benedetti avait envoyé plusieurs rapports sur ce qui s'était passé à Ems le 13 juillet ; le gouvernement de la Confédération du Nord en avait lui-même informé |iai' htélégraphe ses agents diplomatiques à l'étranger, et le parti de la cour de Paris fit de ces télégrammes des « notes diplomatiques i> ce qui leur donnait en effet une forme blessante.

Pendant le conseil des miaisli cs, l'Empereur, qui ne redoutait pas la guerre, mais bien un insuccès dans cette guerre, fut obligé de quitter la salle. Il y rentra bientôt, en répétant ce qu'il avait déjà dit sotîvent : « Mais, messieurs,

il me faut des garanties, des garanties! » — (C'était natu-

rellenient la garantie que les Français seraient sûrement victorieux, — garantie bien difficile à lui donner.)

Le maréchal Lebœuf répondit hardiment : t Sire , il ne

manque plus un seul bouton de guêtre ! »

Cette assurance d'un liouime du métier fît cesser toute liésitalion. La guerre pouvait commencer, et elle fut déclarée le 15 juillet.

Le 15 juillet, M. Ëmile Ollivîer demanda un crédit de 500 iiiillions de francs, et, se taisant le fidèle interprète des vues du grand duc de Gramont, il déclara la guerre à la Prusse. H annonça en cuire que les réserves avaient été rappelées (lès le 14 juillet.

Le vote du crédit de 500 millions fut déclaré d'urgence. La gauche ne prit pas part au vote; mais le seul df^puté qui osa faire entendre, à la dernièie heure, une parole de raison, fut le vieux M. Thiers, auquel la France doit en grande partie les foriitications de Paris. On ne peut assurément pas dire de lui ([u'il n'ait pas désiré la guerre entre la France et TAllemaî^ne , surtout si cette guerre avait pour but de conquérir les « frontières naturelles » du nord-est, mais cependant il vota contre cette guerre , entreprise dans les circonstances présentes, il dit hautement que cette guerre était une faute, que Toccasion était mal choisie, que la France n'était pas prête, et qu'en outre elle était seule.

Certes, il fallait du courage pour dire en ces termes la vérité à la Chambre, en face des clameurs insensées des mamelucks impériaux. Ce n'était pourtant que la vérité {

Ollîvier rendit justice au courage de M. Thiers, mais il prit sur lui devant Thistoire toute la responsabilité de cette i;uerre, — fardeau qui devait bientôt lui devenir léçjer. Il soutint que cette guerre était nécessaire et il s'appuya, pour justifier cette assertion, sur l'injure qui avait été faite au

comte Benedetlî. Il dit que le refus du roi de Prusse de recevoir Bencdetti aurait pu à la rigueur ctre jugé moins sévèrement, bien que le gouvernement prussien, en (i( clarftnt que la candidature du prince Lëopold de KohenzoUem ne le regardait pas, eût forcé par là le gouvernement français à s'adresser directement au roi de Prusse; mais que l'injure avait été aggravée par une note envoyée le 14 juillet aux cours étrangères, et dans laquelle le gouvernement prussien avait annoncé formellement le refus du roi de Prusse de recevoir l'ambassadeur français.

La gauche demanda à voir la note en question, mais la majorité défendit d*abord tumultueusement et ensuite par son vote de produire cette note. Ce vote était du reste trèsnécessaire dans l'intcrêt d'Émile Olliviei', car la note n'existait pas. il n'existait qu'une simple dépèche télégrapluque du gouvemèment prussien à ses agents diplomatiques à l'étranger, pour raconter ce qui s'était passé à Ems le 13 juillet.

La majorité de la Chambre accorda au Gouvernement tout ce qu'il demandait pour la guerre.

On s'attendait du jour au lendemain à voir paraître la jléclaration de guerre à la Prusse , mais elle se faisait attendre. L Angleterre ht une faible tentative pour empêcher la guerre ; elle offrit dans ce sens ses bons offices au gouvei^ nement français ainsi qu'au cabinet prussien. La France lui fit immédiatement un refus poli. La Prusse déjà instruite de ce refus, déclara qu'elle accepterait avec reconnaissance la médiation anglaise , m%is à la condition que la France .raecepterait également.

C'est ainsi qu'échoua la € dernière tentative » de conciliation de l'Angleterre.

Le 19 juillet, à 1 heure et demie de i'aprèsHnnidi , le

Oigitized by

chargé d*affaires inlérimaire français à Berlin remit au gouvernement prussien la déclaration de guerre. Il se nommait Le Sourd» nom caractéristique [pour la situation.

La déclaration de guerre est ainsi conçue :

€ Le soussigné, chargé d'affaires de France, conformément aux ordres de son gouvernement, a l'honneur de porter la communication suivante à la connaissance de Son Excellence le ministre des affaires étrangères de Sa Majesté le roi de Prusse.

« Le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur des Français ne pouvant considérer le projet d'élever un prince pniBsien au trône d'£spagne que comine une entreprise dirigée contre la sécurité territoriale de la France, s'est yvl forcé ilc deniandcr à Sa Majesté le roi de Prusse l'assurance qu'une semblable combinaison ne se reproduirait plus à Tavenir etcc son assentiment.

€ Sa Majesté le roi de Prusse ayant refusé cette assu-* rance, et ayant au contraire déclaré k l'envoyé de Sa Majesté l'Empereur des Français qu'd voulait se réserver, pour cette é?entualité comme pour toute autre, de consulter les circonstances > — le gouvernement impérial a dû voir dans cette déclaration du roi une 'arrière-pensée menaçante pour )a France et pour ré^iuilibre européen. Cette déclaration a reçu un caractère encore plus sérieux par la communication faite aux cabinets étrangers du refus de recevoir l'envoyé de l'Empereur et d'entrer avec lui dans de nouvelles expU-

calions.

« £n conséquence, le Gouvernement français a cru de son « devoir de songer sans délai à la défense de sa dignité blessée» de ses intérêts menacés » — et résolu, dans ce but,

à prendre toutes les niesures qui lui sont ordonnées par la

situation qui lui est faite, il se considère dès à présent comme en état de guerre avec la Prusse. »

L'Ailemagne était forcée à la guerre par la k\:;èreté du gouvernement français. Mais il n'est pas juste Je rendre le peuple français responsable de cette guerre. La nation ffançaise ne la désirait pas plus que la nation allemande.

Allemagne était forcée à la guerre. Le roi de Prosse» président de la Confédération allemande du Nord, avait été olîensé par les exigences du comte lienedoili. li est certain que le prétexte de celle guerre n'aurait pas pu exister si toute l'Europe avait été républicaine, car il n'y aurait paa eu alors d'Espagne cherchant un roi.

Mais celte hypothèse écartée, la chose était bien différente.

Le roi de Prusse devait être blessé. La plupart des journaux de Paris, — le Gauhis, k Figaro, Pans-J&umal, le Constitutionnel, la Liberté et bien d'autres l'affirmaient hau^

tenienl.

Tant qu'il y aura des gouveruements monarchiques, une insulte faite avec intention au monarque placé à la tète d'une nation sera toujours ressentie par la nation ellemême.

Un républicain a bien le droit do parler lùnsi, puisqu'aucun républicain n'iiésiterait un instant à prendre pour luimême une insulte qui serait faile oiliciellement par l'étranger au président de sa république.

La chose était si simple qu'il n'était pas en Allemagne un eiiiaaL qui uv. la cuuipiil, et boiiiicoup de peisonnes. des plus modérées, ne comprenaient pas, après le 15 juillet, que le gouverneme nt de la Confédération du Nord persistât dans sa modération.

On aurait pu encore se demander ce que faisait à l'AUe-

magna du Sud l insulte faite au roi de Prusse. Mais les jouimiux de Paris se chargeaient de la réponse ; ils comptaient sur un duel entre la France et la Prusse, ils spéculaient sur les divisions de rÂlIemagne, ils croyaient que les Allemands se diviseraient encore une lois en face de l'étranger menaçant un de leurs territoires, et cela 60 ans après la mort de Schiller, 40 ans après la mort de Goethe, malgré toutes leurs conquêtes dans le domaine de Fart, de la science, du coniiuerce et de riiulustrie, — comiurtes faites en conimun, et pour lesquelles il avait fallu réunir toutes les forces de T Allemagne.

A cela il fallait répondre fortement, énergiquement. C/ëlnit iiii oiiiinge qui s'adressait à tous les Allemands. Ils devaient y répondre non pas : nous voulons devenir un peuple uni de frères, — mais : nous sommes un seul peuple de frères.

Vous croyez que nous allons nous diviser? Non, nulle lois non !

Et ce qui devait arriver arriva. Une seule voix se lit entendre dans toute l'Allemagne ; une voix domina tous les partis. L'Allemagne du Sud et celle du Nord se levèrent dans

une nièiiie j>eii>L-e. Les [jiuvinces allemandes de l'Aulrielie, bien que séparées politiquement de rAllemagne, avaient les mêmes idées que les autres pays allemands, et auraient au besoin créé de grandes difficultés à M. de Beust.

L'ordre de uiobilisalion de l'armée allemande du Nord tut donné dans la nuit du 14 au 15. Les Ëtati^ allemands du Sud déclarèrent promptement leur adhésion.

En même temps, le reichstag allemand était convoqué à lîerlin pour le 10 juillet. !«' i-mi' même où le Coips législatif français était proroge pour ne pas créer d'ol)stacles. Lorsque le roi de Prusse ouvrit la séance du reichstag, le 19 juillet.

à midi , la déclaration de guerre officielle de la France ne lui avait pas encore été communiquée, maïs il savait qu'elle était à Berlin. Son discours du trône fut un modèle de modération , et nous en extrayons les parties qui nous semblent le mieux caractériser Topinion actuelle de l'Allemagne, parce que dès qu*ime guerre aussi insensée est commencée, la raison se trouble. Quand deux grandes nations qui se valent se sont laissées entraîner dans une guerre semblable, la raison disparaît trop facilement des deux côtés et le règne de la folie commence.

<( i>i» dans les siècles précédents, disait le roi de Prusse, après avoir en quelques mots rappelé la situation « l'Ailemagne a supporté en silence ces atteintes portées à son honneur, elle ne les a supportées que parce que, dans son déchirement, elle ne savait pas combien elle était forte. Aujourd'hui que le lien d'une union morale et légale , lien que les guerres de l'indépendance ont commencé à établir, unit ensemble , avec une connexité qui sera d'autant plus étroite qu'elle durera plus longtemps, les membres delà famille allemande ; aujourd'hui que les armements de l'Allemagne ne laissent plus de porte ouverte à l'ennemi, l'Aimagne porte en elle-même la volonté et la force de se défendre contre les nouvelles violences de la France.

« Ce n'est pas l'outrecuidance qui me dicte ces paroles. Les gouvernements confédérés» ainsi que moi-même, agis^ sent dans la pleine conscience que la victoire et la défoite sont entre les mains du dieu des batailles.

« Nous avons, d'un regard calme et clair, mesuré la responsabilité qui, devant le jugement de Dieu et des hommes, incombe à celui qui pousse à des guerres dévastatrices deux grands et paisibles peuples habitant au cœur même de l'Europe.

« Le pou[tle alItMiiand et le pouple françai:?. ces deux peuples qui jouissent, chacun au même degré, des bienfaits de la civilisation chrétienne et d'une prospérité croissante, sont appelés à une lutte plus salutaire que la lutte sanglante des armes. Mais les hommes qui gouvernent la France ont SU» par une fausse politique calculée , exploiter pour leurs intérêts et leurs passions personnelles Tamour-propre légitime, mais irritable, du grand peuple qui est notre voisin. »

A quelle époque, au début d'une lutte entre deux iiations, de plus nobles paroles ont-elles été prononcées par le chef d'une de ces nations?

?^Iais nous serons forcé de revenir plus tard sur ces paroles pour rappeler que la noblesse et la raison disp^i; ai^^sent dès qu'une guerre insensée a éclaté entre deux nations qui , toutes deux, voulaient la paix.

Dans l'adresse du .reichstag allemand au roi de Prusse , il était dit :

t IMous avons confiance en Dieu dont la justice punit le crime sanglant. Des rivages de la mer jusqu'au pied des Alpes, le peuple s'est levé à l'appel de ses princes, réunis

dans une même pensée. — Aucun sacrifice ne lui est trop pénil)le. — L'opinion publique du monde civilisé reconnaît la justice de notre cause. — Les nations amies voient àsais notre victoire la délivrance de la domination bonapartiste qui pèse sur elles , et l'expiation des injustices qu'elles ont subies. — Le peuple alk'maiid trouvera enfin, sur un sol respecté de toutes les nations, une libre et paisible unité. »

Le 20 juillet , le chancelier fédéral comte de Bismark

présenta au reichstag les documents qu'il avait rassemblés ù grande peine sur les causes de la guerre. Parmi eux se trouvait la réponse qu'il avait dû faire le 18 juillet à lord

Loflus , ambassadeur anglais à lierliii , au sujet de l'oÛVe d'interveation de TAngletcrre.

U 8*y trouve le passage suivant :

€ La France a pris l'initiative de la guerre, et y a f)ersislé apR's que la premi<>pe complication eut été matei ioUeiiient écartée, de l avis même de l'Angleterre. Si nous prenions maintenant l'initiative des négociations, cette démarche ne serait pas comprise du sentiment national des Allemands, qui s'est trouvé profondément blessé par les menaces de la Franco. Notre force réside dans le sentiment national, de justice et d'honneur de la nation, tandis que le gouvernement français a montré qu'il n'avait pas le même besoin de cet appui dans son propre pays. >

Les armées marchèrent sur le Rhin de l'est à l uuesl. Pendant ce temps , il se faisait une campagne diplomatique que nous ne pouvons point passer sous silence,

•il parut, en effet, dans le Times , une communication sur les négociations antérieures entre Bismarck et Benedetti , qui roulaient en grande partie sur la Belgique, et dont nous avons déjà donné les principaux points.

Cette communication causa en Angleterre, dans le parlement et le peuple, une vive émotion. Ainsi donc , pendant qu'on avait cru vivre dans une paix profonde , de pareilles négociations avaient lieu; pendant ([ue l'Angleterre croyait la neutralité de la Belgique aussi assurée que possible, cette neutralité était très-menacée! On demanda des explications.

C'est ce que voulait Bismarck. Le 27 juillet, il télégi-aphia au comte de Bernstorff, ambassadeur de la Confédération du Nord à Londres, que les communications du Times • étaient parfaitement conformes à la vérité ; et, le 2©, il envoya une longue dépêche circulaire dans laquelle il racon-

tait tout au long les diverses propositions que lui avait faites la cour de France, en disant que le projet de traité, écrit de la main de Benedetti, et dont nous avons j n ] , se trouvait entre ses mains, et que les envoyés «rAnglolorro, d'Autriche , de Hussîe, de Bade, de Bavière, de Belgique, de Hesse, d'Italie, de Saxe, de Turquie et de Wurtemberg, à Berlin, avaient reconnu l'écriture de Benedetti.

Le passage le plus important de la note de Bismarck nous semble être le suivant :

« Je pense que ce n'est que la conviction qu'il n'amve^ rait pas par nous à agrandir le territoire français qui a décidé l'Empereur (Napoléon) à chercher cet agrandissement en nous faisant la guerre.

c J'ai des raisons de croire que, sans la publication de ce projet de traité, la France nous aurait proposé d'exécuter ses premières propositions lorsque nos armements respectifs auraient été terminés, car nous nous serions trouvés alors à la tète d'un million de comballants en })ri'sence de l'Europe sans armes; — elle nous aurait proposé, soit avant soit après la première bataille, de faire la paix sur les bases des propositions de M. Benedetti , et aux dépens de la Belgique. »

La réponse du duc de Gramont n'eut lieu que le 3 août, quand les hostilités étaient déjà commencées.

Le duc n'avait pas grand'chose à dire. Il fît ressortir t l'invraisemblance » du récit de Bismarck sur plusieurs

points ; il soutint qu'en tout cas l'Empereur n-'avait rien à voir dans les négociations de Benedetti — son ambassadeur! — Il rejeta sur Bismarck toute la faute des intrigues relatives à la Belgique, et l'accusa d'une manière générale

de désirer la guerre , en remettant sur le tapis la question du désarmement de l'Europe.

Cependant le gouvernement anglais n'avait pas attendu la fin de ce conflit , la neutralité de la Belgique lui semblait

menacée. Dans la situation actuelle elle l'était peut-être moins que jamais. En eftet, TAU e magne du Sud s'étant étroitement unie à l'Allemagne du Nord, les Allemands n'avaient plus contre la France une frontière (base d'opérations) trop étroite, ce qui aurait pu arriver si rAlleniagne du Nord s'était trouvée seule. Quant aux Français la frontière de guerre que leur imposaient les circonstances était plutôt trop longue que trop courte, à cause de leur infériorité numérique.

Mais l'Angleterre voulait avant tout savoir la neutralité de la Belgique assurée, et elle demanda aussitôt à la France et à rAllenmgno de s'enc^nfi^er par un traite h respecter cette neutralité. Le traite en question fut signé à Londres , le 9 août, quand de grands événements avaient eu lieu, par lord Gran ville pour la Grande-Bretagne, le marquis de Lavalette \)ouï lu 1 rancc, et le comte île Bernstorff pour la Confédération du Aord.

Nous aurions pu sans doute donner plus d'étendue à cette première partie; mais, après réflexion, nous préférons oom* menccr le récit des événements de guerre que nous serons bientôt forcé d'interrompre pour rentrer dans le domaine de la politique et de la diplomatie.

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