‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 5 sur 18 · II. Théâtre de la guerre · texte numérisé non relu

II. Théâtre de la guerre

Élude spéàâle du teiraio compris eotre ta froolière aUemaodc aiaulléadelâMofleUft.

Le tbéàtre de ia gaerre, tel qu'il résultait de la dédaration de guerre de la France du 1 9 juillet et de ralliaace des

États allemands pouvail s'étendro sur le territoire de la France eoiière, de ia Confédération allemande du Nord, des £t8to du Sud ; Bavière, Bade et Wurtemberg, sur toute la suriace des zners et, en particulier sur les mers qui baignent les côtes du nord de la France et de l'Allemagne.

Par suite de la grande infériorité numérique de l'armée française et du manque absolu d'alliances, la guerre de côtes ne pouvait avoir d'importance, et la guerre maritime se borna à la prise de navires de commerce allemands et au blocus des ports que la ilolte allemande était trop peu nombreuse pour empécber. Cette circonstance, et la précipitation avec laqurile la France avait déclaré la guerre furent cause que l'armée allemande fat plutôt prête que Tannée française à prendre l'offensive.

Le véritable théâtre de la guerre fut donc limité au début entre la frontière nord de la France, le Rhin de Lauterbourg à Sthisbourg, le chemin de fer de Strasbourg' à Paris et le choiiiiii de fer de Paris ii r>ruxelles.

Comme Texposé des événements de gueiie de celte deuxième partie ne dépasse pas les hauteurs situées entre la Meeelle et la Meuse, nous arrêterons provisoirement à ces nH'rncs hauteurs notre étude détaillée du terrain ; nous réservant de la reprend l e ensuite à mesure que le récit des événements nous conduira plus loin*

Mais avant (raboider les détails, qu'on nous permette encore une observation générale.

£n France, aussi bien qu'en Âilemagne, il parut au début des opérations une foule de soi-disant cartes de la guerre que l'on trouvait dans lo commerce. Les cartes françaises étaient mauvaises en comparaison des cartes allemandes. Cela provient évidemment de ce que la nature, le paysage intéressent beaucoup moins les Français que les Allemands, chez lesquels le sentiment de h nature dégénère parfois en une débauche sentimentale. Le Français s'attache beaucoup plus volontiers aux hommes, à la société, et nous avons cru souvent que le lecteur français n'a besoin d'une carte que pour se donner le plaisir de la couvrir de ces petits drapeaux bariolés dont on lait dans les grandes villes une consommation incroyable.

En Allemagne, et non pas seulement dans l'armée, il y a incomparablement plus de gens qu'en France qui savent lire ime carte. Cela se comprend du reste : la première condition pour apprendre à lire une carte, c'est de savoir comparer la nature, et, par conséquent, de Tavoir observée, étudiée, ce & quoi le Français, en général, est fort peu disposé, même à la campagne. Et quand on ne veut pas se donner la peine d'apprendre à lire une carte, on doit beaucoup moins tenir à ce qu'elle soit bien faite.

Les cartes allemandes qui parurent au commencement de la guerre contenaient pres(|ue tontes une partie importante de TAUemagne et seulement les frontières de la France; les cartes françaises, au contraire, ne renfermaient qu'un tout petit coin de leur propre pays et s'étendaient à l'est dans toute l'AUeniagne et même un peu plus loin.

Cette guerre qui était déjà politiquement une guerre défensive, la masse du public allemand,— nous ne voulons

pus (lire l état-major gëiiérnl, — -la regardait donc comme défensive au point de vue stratégique, tandis qu'en France ' ridëe dominante était celle d'une guerre offensive contre l'Allemagne.

Le terrain que nous voulons commencer par étudier de près est divisé par les Vosges en deux parties, l'un à l'est et Taulre & l'ouest de ces montagnes.

Les Vosges qui commencent aux environs de Belfort courcnt du sud au nord, sur nno largeur moyenne d'environ ^1 !:ilonirtres et se terminent* par le mont Tonnerre, à la iVabe qui les sépare de l'Hundsriick. Leurs sommets et leurs cols atteignent une plus grande élévation au sud qu'au nord vers lequel ces iiiontairnes vont en s'abaîssant peu à peu. Dans la région qui nous inliresse le plus en ce moment» entre la frontière de la Bavière rhénane au nord et le chemin de fer de Strasbourg à Paris au sud, il n'existe pas de sommet important ; la Imuteur des cols ne dépasse pas 1:200 pieds au-dessus du niveau de la mer, et 700 à 800 pieds au-dessus des plaines de l'Alsace ; la hauteur des crêtes est d'environ 2,000 pieds au-dessus de la mer.

A l'est des Vosges s'élendent les plaines bénies de l'Alsace que de nombreux cours d'eau, coulant des Vosges au Rhin, arrosent et fertilisent, et que des mains laborieuses, favorisées par un sol fécond et un climat tempéré, ont transformées en un jardin. La vifrne prospère sur les versants des Vosges. Lorsque l'élévation ne permet plus la rullure, les cours d'eau offrent encore leurs forces à l'industrie.

A l'ouest des Vosges, se trouve le pays montueux de la Lorraine qui s'étend jusqu'il la Meuse. Il s'élève, entre les Vuigeset la Moselle, de GOO à 700 pieds au-dpssusde la mer et est encore fertile, sans pouvoir être comparé à l'Alsace. Sur la rive gauche de la Moselle, notamment entre Frouard

et Thionville, ces collines s'élèvent jusqu'à 1100 pieds au* dessus de la mer, pour s'abaisser ensuite vers la Meuse.

Des nombreux cours d'eau ([uî yont des Vosges au Rhin en traversant la région dont nous nous occupons, les plus importants sont la Lauter dont le cours inférieur sépare le Palatinat bavarois de TAlsaco, et plus au sud la Moder et la Zorn. La Brûsch se réunit à l'IU à Strasbourg et cette dernière porte ses eaux dans le Rhin aunlessous de Strasbourg.

Les cours d eau qui descendent <h} versant occidental des Vosges sont plus considérables. Le plus important est la Moselle. Elle prend sa source an point le plus élevé des Vosges, le Ballon d'Alsace, et coule h peu près au nord par Hemiremonl, Epinal, Toul, Frounrd , Metz, Thionville, Trêves et CnM(?ntz où elle se jette dans le llhin. Entre Frouard et Thionville, son lit est peu profond et parsemé d'un grand nombre d'îles. On projetait en conséquence dans ces dmiiers temps de canaliser la Moselle do Frouard à Thionville et l'exécution de ce travail avait morne commencé au printemps de 1870. Ce nouveau canal se serait réuni au canal de la Marne au Rhin, qui relie Strasbourg à Vitrv-le-Francais cl côtoie le chmiiii de fer de Paris à Strasbourg aux points les plus diOiciles de son parcours.

Les principaux affluents de droite de la Moselle lui viennent des Vosges, ce sont : la Meurthe qui a son confluent à Frouard ; la Sarre qui se jette dans la Moselle au-dessus de Trêves et dont le cours est sufîîsanniient indique^ pnr les lieux qu'elle traverse : Sarrebourg, Sarrall)e, Sarreguemînes, Sarrebriick, Sarrelouis et un autre Sarrebourg. H faut encore signaler la Seille parce qu'elle rejoint la Moselle «lans !a ville môme de Metz; elle prend sa source dans Tétang de Lindre, l'un de ces nombreux petits lacs qui se

trouvent à Touesl dos Vosges, entre Kénestrange et Lunéville. La Nied formée de la réunion de deux rivières, la Nied française ei la Nied allemande, sort également des collines de Lorraine et se jette dans ia Sarre.

Les atîluents île gauche de la Moselle sont fort peu iraportants, à cause du grand rapprochement tle la Meuse et de la Moselle aux environs du chemin de fer de Paris à Strasbourg ; ces deux rivières s'éloignent ensuite vers le nord, et la Moselle reçoit alors un cours d'eau un peu plus considérable, rOrnes.

Les passages les plus importants qui font communiquer les plaines de TAlsace avec le pays montueui de Lorraine sont les suivants :

i" Le col de liitclie ; c'est à Bilciie que se réunissent la route de Wissembourg et celle de Haguenau par Niederbronn, pour descendre ensuite à Sarreguemines. Le fort de Bitclie est situé au nord du point de jonction des deux roules, sur un rocher qui s'élève à !(iO pieds au-dessus du col. Ce fort est célèbre dans Thistoire de la guerre par une attaque de surprise que fit exécuter le duc xle Brunswick par le général Warlensleben le 16 novembre 1793, afin do mieux établir les communicalinns outre ses quartiers d'hiver de Pirmasenz et -ceux de Wiirmser sur la Moder. Celte surprise échoua par suite d'incidents dont les détails sont assez remarquables. La ville de Bitche n'a pas plus de 3,000 ha* bitanls.

2"^ Le col de la Petite-Pierre (Liilzelstein), de llaguenau à Sarre-Union. Le fort de la Petite-Pierre, sans importance du reste, est au sud de la route.

3^ Le col de Phalsbourg, de Strasbourg p'\r Saverne îi Foncstrange d'un côté et à Sarrebou' ^' fie l'autre. La petite ville de Phalsbourg qui n'a pas 4,000 habitants a été forti*

fiée par Vauban sous la forme d'un hexagone baslioiiné allongé. Les romans d'£rckmann*Ghatrian lui ont donné récemment une célébrité incontestable. Elle a beaucoup perdu do son importance militaire parce qu'elle est h |>liià de 4 kilomètres du chemin de fer de Strasbourg à Pans, et qu'elle est trop petite pour contenir une garnison suffisante pour pouvoir inquiéter par ses sorties la circulation du chemin de fer qui s'en trouve trop loin.

4** Entre les deux cols de la Petite-Piei rc et de Bitche il faut signaler encore celui moins important par lequel passe la route de Haguenau à Sarreguemines, au pied du vieux château de Lichtenberg.

En outre des places fortes, en général peu importantes qui défendent les passages des Vosges, il reste à signaler sur le territoire qui nous occupe, Strasbourg sur le Rhin, Marsal sur la Seille, Toul, Metz et Thionville sur la Moselle.

iNous nous réservons de parler plus longuement de Strasbourg lorsque nous raconterons le siège de cette antique cité, si souvent célébrée dans les cbants populaires.

Marsal est une petite place peu coiisidéraMe, un heptagone baslionné, qui a beaucoup perdu aujourd'hui de son importance parce qu'elle ne se trouve pas sur un chemin de fer.

La vieille ville de Toul est plus célèbre par ses belles églises que par ses fortifications. Celte place de 8,000 âmes ;\ peine, a été fortifiée par Vauban sous la forme d'un ennéagone bastionné, mais elle n'a pas d'ouvrages détachés et se trouve dominée de tous les côtés dans l'état actuel de l'artillerie. Elle ne reçoit d'importance que de ce qu'elle est toul près du chemin de fer de Strasbourg à Paris.

Thionville, dont la plus grande partie est sur la rive gauche de la Moselle, était autrefois la résidence favorite de

Charlemagne. Cette ville d'environ 8,000 habitants a été fortifiée d'après la nouvelle manière de Vauban et de Cor-

montîiiiiL'ne. Doux cfrnnds fort^ et un certain iiomhre de luiir*tles forment une importante tete de pont sur ia rive droite de la Moselle.

Metz domine toutes ces places par son importance.

A .j,UOO \rd< au-dessus de la ville, la Moselle se divise en deux bras principaux l'un allant au nord-oitesl et 1 autre au nord-est, qui se réunissent de nouveau à 3,000 pas à peu près au-dessous de Metz. Quelques bras intermédiaires font communiquer les deux bras principaux, en formant trois ilcs romar([uables qui sont, d'amont en aval, l ile Sainl- Simphorien, l'île du Saulcy et l'île Chambière. Sur celte dernière est située une petite partie de la ville dont la por^ tien principale se trouve sur la rîve droite du bras nord-est de la Moselle.

Metz est principalement redevable àConnoutaingne de ses fortitications; c'est cet ingénieur qui construisit les deux forts Ifoselle et Bellecroix.

Le foi't Moselle, «louble couronne avec deux bastions pleins et deux demi-bastions, est sur la rive gauche du bras nordouest de la Moselle, regardant Plappeville, Woippy et Saint* £loy« Le fort Bellecroix, également une double couronne, est à l'est de la partie principale de la ville, regardant Saint- Julien, Vallières et Borny.

L'ancienne citadelle, dont la construction, commencée en i5o6, au sud-ouest de la ville, parle maréchal de laVieuville, fut achevée en 1564, a été rasée en 1791. A sa place se trouve aujourd'lmi la caserne du génie, et l'ancienne esplanade est devenue une ravissante promenade, la seule que possède la grande ville de Metz. Nous n'aurions eu au<* cttoe raison de parler de cette citadelle s'il ne s'y rattaciiaii 1 12

des souvenirs qui ont justement leur importance dans les circonstances présentes.

' Après s'être jetée, au conniionct^.nont d»' dans les

bras du roi de France Henri il, qui devait la gouverner comme prince de l'empire d' Allemagne» Metz, la vieille ville libre impériale, ne tarda pas à s'en refientir. Les Français coniprcuaiciU fort peu les priviléires que rt''cl;imaiiMit li^s bourgeois d'une ville libre de l'empire d'Allemagne; et les Messins auraient vu volontiers Tempereur Charles-Quint reprendre leur ville cette année même, ce qu'empêchèrent la belle défense du duc François de Guise et la désorganisation de renipirc d'Allemagne. — Après l'insuccès de l'attaque de Charle5*Quint, les Messins sentirent de plus en plus combien ils avaient eu tort de se séparer de l'empire d'AllemaL;nG pour se donner au\ Franraîs. Les gentilshommes français les traitaient de c canaille n , ce qui révoltait les vieux bourgeois impériaux. La noblesse française ne voyait dans Metz rien autre chose qu'un boulevard contre l'Allemagne, cl comme les Messins, ([ui ne pouvaient se faire ni à cette idée, ni à l'abolition de tous leurs privilèges, cherchaient constamment à se soustraire à la domination française, on commença la construction de la citadelle.

Les Messins ne devinrent bons Français que sous la Répul)lique, entre 1791 et 1793, lorsque la citadelle fut détruite. Jusqu'à cette époque, l'ancienne Divodurum des Médiomatriciens était beaucoup plus attirée vers l'état de . ville libre impériale que vers la position de place française.

Avec ses 60,000 habilanls, sa bilualion favorable, ses ouvrages qui passaient pour des c]iefs-d'o»uvre au temps de leur construction^ Metz pouvait à bon droit être regardée comme une place de premier ordre jusqu'à l'adoption des canons rayés, en France surtout, où l'on n'attachait pas autant

(rimpurtauce qu'en Allema^^ne ù la C')nstrLiclion d ouvrages détachés» question qai touche du reste de très-près à l'organisation militaire d'un pays.

Si, même après l'inlroduction de l'arlillerie rayée, on ne songea pas de suite à étendre ou à modiiier lesouvra^^os de Metz, cela tenait à Tidée qu'on avait généralement de la situation de la France en Europe, idée que nous avons déjà mentionnée en parlant du moment où le second empire était à l'apo^aîe de sa |)uissanco.

Dès que le Gouvernement français comprit, après Sadowa, que réquilibre militaire de TËurope était complètement ren* versé, Metz fut une des premières places, la première peutêtre, tionl nn s<)nL'oa :\ jteriectionner les fortifications. 11 fallait, pour l élever à la hauteur de l't'poque, rentourer d'une ceinture de forts détachés, d'abord dans l'intérêt de sa défense, et, en même temps, pour en faire une place offensive, un vnsle <':imp retranché.

L'exécution de ce projet connaenca au printemps de 1868, en même temps que la construction de quatre forts détachés dont l'emplacement avait été définitivement choisi. Ces forts étaient : Plappoville, également appelé les Carrières, Saint-Quenliii, Queleu et Saint-Julien; les deux premiers sur la rive gauche de la Moselle, les deux autres sur la rive droite.

Tous ces ouvrages devaient être des ouvrages modèles, et

ils le devinrent en eiiet, autant que le permit la question de dépense.

La forme du contour de Fenceinte continue est, ou celle

d'un carré bastionm-. ou celle d uii pentagone bastionné, selon les dimensions que l'on donne aux ouvrages. L'escarpe et la contrescarpe de cette enceinte sont revêtues en maçonnerie et défilées avec le plus grand soin. L'escarpe est

presque partout surmontée d'un parapet, lequel est séparé par un chemin de ronde du lalus extérieur d'un rempart en terre, haut de 24 à 28 pieds. Il n'existe de casemates que sur certains points de Tenceinte continue, par exemple aux flancs des bastions, mais il y a des casemates de décharge tout le long de la gorge de rouvragc.

En dedans de l'enceinte continue se trouve un cavalier, d'une forme très^-simple, qui suit, en formant des angles aussi obtus que possible, le contour du front, et domine Tenceinto conlinue de deux mètres environ, ot (juohpietois plus. C'est un formidable ouvrage en terre qui est plein de casemates du c6té opposé à l'ennemi. Ces casemates ne sont pas des ouvrages de défense, puisqu'elles n'ont pas de créneaux du cùtë de l'ennomi et ne peuvent recevoir ni un canon ni un fantassin tirant sur l'ennemi. Ce sont plutôt des casernes pour la garnison et des magasins pour les vivres et les munitions* Elles renferment les cuisines et les citernes.

L'idée fondamentale est que ce cavalier atteigne l'ennemi de très-loin, au moyen des pièces de gros calibre qui sont placéesau sommet, et l'empêche de se creuser des logements; si cela ne suffît pas et que l'ennemi parvienne, malgré le cavalier, à rapprocher ses travaux de la place, c'est alors l'en* ceinte continue qui se charge de la défense. Quand l'ennemi réussit, malgré cette seconde défense, à faire brèche et à donner l'assaut, le cavalier rentre alors au jeu; réuni à la gorge par des murs construits à la hâte, il constitue un dernier obstacle, qui nécessite de nouveaux elTorts de l'ennemi. Il arrive alors, soit que la garnison fasse une sortie heureuse de l'enceinte continue, soit qu'elle gagne le temps d'obtenir une capitulation avantageuse.

Le fort Saint-Julien, pentagone bastionné, est sur la route de Bouzonviile, son front regai dant le bois de Griment, sa

gorge à environ 2,800 pas de Taile gauche du fort Bellecroix.

En avant de l'aile droite de Bellecroix, à environ 2,700 pas de la porte Mazelle, se tioiive le Ibrt Queleu, le plus grand des forts détachés, faisant front au 'village de Grigy, sur la route de Strasbourg. Le fort Queleu est également un pentagone. A l'ouest de cet ouvrage coule la Seille, qui entre dans l'enceinte continue de Metz près delà porte Mazelle, et arrose les fossés de la partie est de la ville. Des écluses permettent de faire monter le niveau de la Seille en amont de Metz.

Le fort Plappeville, sur la rive fjauche de la Moselle, n'est réellement qu'un carré bastionné situé sur les hauteurs assez importantes qui dominent la ville à l'ouest. Au sud-est de Plappeville est le fort Saint-Quentin, sur la hauteur d'où Charles-Quint observait Metz pendant le siège de 1552. Le fort Saint-Quentin est également un carré bastionné, mais si petit, qu'au nord et h l'ouest, l'enceinte de Touvrage et le cavalier se confondent, tandis qu'au sud et à l'est, où la pente escarpée des hauteurs rend l'escalade naturellement difficile, les fortifications se bornent au fossé et à une muraille. On a construit seulement sur la face sud de l'ouvrage une batterie en terre, sorte de cavalier, pour battre la vallée de la Moselle.

On avait d'abord le projet de faire le fort Saint-Quentin

beaucoup plus grand, et son fi ont devait être à peu près à la mrme hauteur que celui de Plappeville; mais la dépense lit provisoirement abandonner ce projet.

La construction des forts Plappeville et Saint-Quentin était si avancée, au printemps de 1870, qu'on avait la certitude de les terminer dans l'année. Qucleu et Saint-Julien étaient en retard; par suite de la nature argileuse du terrain

sur lequel ils sont en partie situés, et peut-être aussi de la h&te apportée aux constructions, les murs d'escarpe de ces forte commençaient à se mouyoir en ayant sur certains

points, au printemps de 1870. Malgré cela, on pouvait espérer que ces forts seraient complètement achevés en

Au mois de mai 1S70» on commença la construction d'un

nouveau fort, Saint-Privat, qui était déjà en projet.

Toutes les lignes de chemin de fer qui se réunissent h Metz n*ont qu'une seule gare, à la porte Serpenoise. Le fort Saint-Prtvat était destiné à couvrir l'arrivée de ces chemins de ter^ ainsi que la gare. Il fut provisoifement construit en terre, sans aucun"espace couvert, et quatul on songe que celte construction fut commencée très-inopinément, sur Tordre spécial d'un homme fort rapproché de Ja Cour des Tuileries, on ne peut pas s'empêcher de croire que la guerre des frontières du Rhin était chose décidée à la Cour dès le commencement du mois de mai 1870. '.3 fort Saint-Privat est à plus de 4,000 pas des anciens ouvrages extérieurs de l'enceinte principale de Metz.

On avait encore formé le projet de réunir les grands forts détachés dont nous venons de parler par des forts de moindre dimension : le fort Sainl-Éloy, entre Plappeville et Saint- Julien, sur la roule de Thionville, et le fort les Bottes, entre ,Saint-Julien et Qaeleu. Ces forts n'étaient pas commencés lorsque la guerre éclata.

Cette ceinture de forts détachés forme une circonférence de près de 22 kilomètres. Tous les forts sont situés sur des hauteurs.

Le miroir des eaux de la Moselle, à Mets, est à environ

500 pieds au-dessus du niveau do la mer. L'horizon du tort Saint-Julien est à 800 pieds au-dessus de la mer, celui de

Queleu à 750, de Saint-Privat à 640, de Saint-Quentin à 1200 et de Plappeviile à 1 140.

Tout en travaillant à construire des forts détachés, on ne nëgli^rcait pas de perfectionner l'ancienne enceinte. IndépenduMiaenl des travaux de correction ordonnas d;^ns toutes les places fortes françaises, on établit sur l'aile droite du fort Moselle une batterie casèmatée. Dans le fait, tant que le fort Saint-Éloy n'existait pas, le fort Moselle était le seul poinUle jonclioii entre les forts Plappeviile elSaint-Juiien, à égale distance de chacun d'eux, et presque sur la même ligne.

La plus grande attention fut consacrée au fortBellecroix; on y construisit des magasins h poudre h l'épreuve de la Lonibe; les deux bastions du centre devaient recevoir des cavaliers dont la construction ne fut que commencée. £n ayant de l'aile gauche du fort Bellecroix on éleva un ouvrage extrêmement haut, afin de mieux commander la vallée de Vallière qu'on ne pouvait le faire du fort lui-mcmc etd*un ouvrage anciennement construit en avant du fort. Pour que ce nouvel ouvrage ne pût point gêner la défense de Bellecroix i>'il venait à être pris, il fut miné et Ton construisit dans Bellecroix même un cavalier qui le dominait.

Le front Saint-Vincent, sur la rive droite du bras nordouest de la rivière et derrière le fort Moselle, fut rapproché delà Moselle. Gc n'était d'abord, il est vrai, qu'une mesure administrative, on voulait gagner ainsi plus d'espace pour la ville et surtout pour rfioole impériale d'administration, mais on profita de l'occasion pour perfectionner les ouvrages de fortification de ce front.

En prenant Metz pour centre des chemins de fer que nous avons à étudier dans la région qui nous occupe, on peut dire qu'il en part de ce point central dans toutes les directions.

La ligne de l'Est va en Allemagne par Forbach ; elle a des embranchements sur Trêves, sur Bîngen — et de là sur

Coblentz et Mayence — puis, par Kaiserslautern et le Palatinat bavarois, sur Mannheini et lioiJelberg.

La ligne du nord conduit à Liège parïhionville et Luxembourg ; elle s'embranche à Thionville avec la ligne de Më> zières par Sedan.

La ligne du sud, sur la livo gauche de la Moselle, rejoint à Forbach la grande ligne de Strasbourg à Paris, qui correspond à son tour avec Mézières, de Chàlons ou d'£pernay par Reims.

Lu lii^ne de TOuesL, dont un tronçon a été livré dûs 1867, ne devait être terminée qu'en 1871. Elle était esseiUiellement ce qu'on peut appeler une ligne stratégique., destinée à relier le camp de Châlons avec la plus grande place offensive de la France, Metz. Le tracé de celle ligne qui quitte à Saint-Uilaire, au sud de Mourmclon, la ligne de Chàlons à Reims, passe par Yalmy, Sainte-Menehould et Verdun. Il n'y avait de livré, en 1870, que le tronçon de Saint-Hilaire à Verdun.

IIL Ouverlore des bosiilités. — Comédie de Sarrébruck

le 2 août.

A partir du 21 juillet, des escarmouches d'avant-postes commencèrent à la 'fiQontière franco-allemande. De petits détachements français entraient en pays allemand, des détachements allemands en pays français, pour faire une reconnaissance ou un coup de main.

L'£urope attendait avec impatience des affaires plus sérieuses, s'étonnant presque qu'il n*y ait pas eu, dès le

19 juillet, jour do la déclaration de guerre , une »le ces grandes batailies dont elle devait avoir bientôt assez.

La France elle aussi était impatiente. £t dans le fait, n'en avait elle-pas le droit? On sait avec quelle précipitation la France s'était lancée dans cette i^uerrc. Les l'rançais instruits, en dehors de rarniéo, ont si peu de rapports avec elle qu'ils ne savent rien de la guerre. L'Ëmpîre avait complètement détruit tout contact entre les classes éclairées de la nation et i arniée.

Les Français sont généralement trè&<lisposés à estimer les connaissances spéciales, ainsi qu'à se soumettre à Topl-

nion et à la direction des hommes spéciaux. D'après ce qu'on leur avait dit à ce sujet, ils savaient que l'armée française était la première du monde, qu'elle possédait tout ce qu'il lui fallait pour entrer en campagne, — ils n'avaient donc pas le moiiidi'c sou|)(;oii qu'on eut jeté aveuglément leur armée à la frontière, avant de l'avoir organisée pour la guerre. Pourquoi cette armée ne commençait-elle pas alors les hostilités dès le 15 juillet? Pourquoi ne la conduisait-on pas en chemin de fer à Berlin? Mystère! répondait Victor Hugo. Les journaux oHicieux engageaient de toutes les manières à la patience. Vers le 23 juillet, ils annoncèrent que les opérations sérieuses ne commenceraient pas avant quinze joui s au moins, alin que l'on pût porter des coups plus décisifs. On n'admettait même pas que les Allemands pussent prendre l'offensive.

Lorsque l'armée française fut à la frontière, ses gént i aux commencèrent à calculer et à réfléchir. Chose incrovable et cependant vraie, c'est que les soumissions pour les livraisons à faire pour l'armée ne furent ordonnées que pour le 23 juillet, et qu'on ne trouva même pas, ce jour-là, une soumission acceptable pour la fourniture de viande.

Il est hors de doute que 100,000 Français environ auraient pu envahir les provinces allemandes le 23 juillet et marcher

sur h lliiiîi ; ils pouvaient ravager le pays cl ballre quelques corps (le troupes, mais ils auraient été sûrement se briser la tête contre les colonnes compactes et bien organisées des Allemands.

Après avoii' nt'glir.é d'y songer quand ils étaient îi Paris, les chels de l'armée française commencèrent donc à se dire à la frontière qu'un succès éphémère pourrait bien être payé par un échec d'autant plus grand.

L'état-major prussien, cet état-major du Figaro qui avait fréquenté pondant des années les meilleurs cercles de Paris, pour apprendre toute chose, avait toujours ou cette idée qui venait maintenant aux généraux en chef français: il est possible que les Français surprennent rAllemagnc par une attaque subite et obtiennent ensuite des succès partiels mais ils n'en seront q;ie plus sûrement battus plus tard. C'est pourquoi on observa strictement dans toute l'Allemagne le principe prussien, qu'aucun corps de troupe, aucun détachement ne doit quitter le district de son corps d'armée et même sa garnison pour être envoyé à la frontière, avant d'être complètement mobilisé pour la guerre.

Il est naturel que les habitants des provinces frontières allemandes ne pussent point s'imaginer que les Français s'étaient rendus à la froniière av^nit do s'être mis d'abord sur le pied de guerre. Pour admc'trc cette faute, il fallait avoir observé depuis longtemps la situation et en avoir fait Tobjet d'une étude spéciale. On n'a jamais le droit de supposer que son ennemi est insensé. Il existait donc dans les pays allemands voisins de la frontière une certaine in([uiétude, causée par le retard apparent de la mobilisation de l'armée allemande et de sa marche contre les Français ; mais

en général la confiance était grande en Âllema^e dans la force de l'armée et dans Thabileté de ses chefs, et il élnit à prévoir ({uc les premiers succès augmenlcraient encore celte coniiance.

Nous avons dit plus haut que le plan d'opération consistait à faire passer les trois armées allemandes sur la rive

gauche du Rhin pour y prendre aussitôt roilensivo. Ce plan prouvait non-seulement une grande contiauce des chefs de ramée» maïs encore leur habileté* iVous ne voulons pas nous étendre plus longuement sur c(^ plan, très-simple en lui-même, nousobserveroiisseulcnicnL qu'un auîre coomiandement en chef aurait fort bien pu, au lieu de concentrer les trois armées sur le seul front ISierk-Lauterbourg, les déployer sur les deux fronts Sierk-Lanterbourg et Ettlingen-Lcerrach. Or, si Ton eût* opéré ainsi, les succès des Âilemands auraient-ils <;((' les mêmes?

Toute l'armée allemande d'opérations traversa donc le Rhin sur la ligne Goblentz<-Germersheim dans une pensée d'offensive ; les lignes d'opérations qui lui étaient tracées sur le territoire allernand de la rive gauclie du Iihin se prolongeaient tout naturellement sur le territoire français. La forteresse de Rastadt fut choisie pour point d'appui de l'extrême gauche et, pour montrer que les Allemands ne voulaient pas prendre l'offensive sur le cours supei ieiir du Rhin, ils tirent sauter le pont du chemin de fer de Kehl, chef-d'œuvre d'architecture moderne. — Gela étaitril absohunent nécessaire ? Nous le croyons difficilement ; mais nous somuios peut-être trop sceptique à l'endroit de ces destructions.

Lorsque le général Bucrot qui commandait la division miUtaife de Strasbourg, et chez lequel une guerre entre la France et l'Allemagne était devenue une idée fixe, faisait à

grand bruit ses reconnaissances sur les bords du Rhin, il s'attachait avec prédilection à jeter un pont sur le fleuve dans le moins de temps possible. En 1868, il y était arrivé

en 18 miaules, et il cspéiail avec le temps pouvoir le faire encore plus rapidoment, ce que nous croyons possible d'après notre propre expérience. — Il ne manquait pas de ponts dans le nombreux matériel accumulé à Strasbourg. Mais nous nous demandtîrons toujours : à quoi servent les ponts quand on n'a pas de troupes à y faire passer ? C'est pour la même raison que nous avons peine à croire qu'il fut nécessaire de faire sauter le pont de Kehl, — et qu'on veuille bien nous pardonner si nous sommes toujours affligé de voir détruire inulilenient une œuvre d'art.

Le 2 août, Tempereur Napoléon entama les hostilités par une comédie qui devait être le premier acte de cette guerre insensée et qui sera, nous l'espérons, le dernier du césa« risme français.

La ville industrielle de Sarreliruck. sur la rive droite de

la Sarre et le grand faubourg Saint-Jean, sur la rive gauche, sont encaissés dans la vallée étroite de cette rivière dont les coteaux sont assez abruptes au nord et au sud. La ville est à peine à un demi-mille allemand de la frontière française. Le chemiii de fer de Metz par Saint-Avold et Forbach traverse la Sarre au-dessous de Sarrebruck pour se réunir, sur la rive droite, au chemin de fer de Trêves, et la gare corn* mune est située au nord de la ville. Les hauteurs sont peu imiiorinnles, eepeiidaiitle lvi;lscli-J>erff, pr('sd(*F()r])acli, est encore à 700 pieds au-dessus de la vallée de la Sarre, bes petites vallées secondaires sont, aussi étroites et profondes que la vallée de la Sarre à laquelle elles aboutissent.

Sarrebruck avait provisoiiemcnt une trrs-faible crarnison, composée d'un bataillon du 40" régiment d'infanterie prus-

sienne (régiment de fusiliers Hohcnzollern), et de 3 escadrons du l éginuMit de uhlans(dii Rhin). Tout le détachement était sous les ordres du lieutenant-colonel de Pestel, commandant le T*' régiment de uhlans.

Ces 1500 Prussiens avaient devant eux le corps français, générât Frossard, dont le gros occupait Saint-Avold et la division BaUiille était détachée sur les liautenrs de SpicTiorvii. Ces hauteurs s'abaissent par une penle assez escarpée d'un côté vers la frontière allemande» de l'autre vers le chemin de fer de Forbach. La division Bataille se fortifia sur ces hauteurs.

A gauche et assez rapproché du corps de Frossard, était le corps de Bazaine, à Boulay.

11 est toujours dangereux pour un détachement de 1500 hommes de se trouver tout seul contre deux corps ennemis, ayant ensemble 50,000 hommes. Le commandement en chef de l'armée allemande avait en conséquence le dessein de reporter en arrière le détachement de Sarrebruck; mais le lieutenant-colonel Pestel fit des observations contre cet ordre et demanda qu'on le laissât à son poste, en disant t\m la conduite des Français prouvait qu'ils n'osaient pas avancer. Dans le fait, la presse française grossissait les petits détachements prussiens sur la Sarre au point d'en faire toute une armée.

•Le lieutenant-colonel Pestel obtînt donc de rester à Sarrebruck, mais en mémo temps deux autres bataillons y furent envoyés et l'on plaça des troupes plus en arrière pour recevoir les détachements de Sarrebruck, dans le cas d'une attaque sérieuse des Français.

Pour satisfaire un peu l'impatience toujours croissante des Français, l'empereur Napoléon ordonna le 1^ août au général Frossard de s'emparer le lendemain des hauteurs situées

sur la rive gauche de la Sarre en l'ace de Sarrebnick. L'Ëmpereur voulait lui-même assister au combat, et son fils de 14 ans, le prince Louis, devait y gagner ses éperons sous

les yeux do son gouverneur. Le maréchal Bazaine rivail l'ordre d'envoyer le même jour une division faire une démonstration contre Wehrden.

Le général Frossard déploya, le SS août tout, son corps sur les hauteurs de Si)iclieren.

La division Balaille lormait la première ligne, avec la brigade Bastoul à droite, la brigade Pougel à gauche; sur chaque aile de la division s'établit une batterie de 12 de la réserve du corps. Derrière Taile droite de la division Bataille (■'tait la division de l.avraucoii])eI, derrière l'aile gauche la brigade Leteliier, de la division Vergé.

IJn détachement d'un escadron et de deux bataillons de* vait s'avancer sur le flanc gauche vers Gerswiller , pour chercher à se mettre en communication avec Bazaine.

La brigade Bastoul fKnail s'emparer des hauteurs de Saint-Arnual (Darleu) en lace tiaint-Jean et se porter ensuite à l'ouest contre le terrain de manœuvres» pendant que la brigade Pouget» s'avançant entre la route et le chemin de fer de Forbach, attaquerait de front le terrain de manœuvres.

Les patrouilles prussiennes avaient déjà remarque le 1*' août un grand mouvement dans les camps français. Le 2 au matin» le corps de Frossard sortît de ses campements

el prit position sur les hauteurs qui s'('"t(îndent entre Stiring et Saint-Arnual, déjà en territoire allemand.

A la nouvelle de l'approche des Français» trois compa?^ gnies du bataillon de garnison de Sarrebruck prirent position sur la rive gauche de la Sarre, k l'ouest de la ville, sur la hauteur du terrain de manœuvres, la quatrième couipa-

gnie resta dans la ville. Les deux bataillons de renforts s'établirent sur la -rive droite de la Sarre.

Les deux batteries de 12 que Frossard avait fait avancer, ainsi ({uc les trois batteries de In division Ualaille, tloiit une. de mitrailleuses, ouvrirent un feu très-vif dans la direction de Sarrebruck, sans pourtant faire beaucoup de mal aux Prussiens peu nombreux.

A onze heures seulcniont, la hiiqade roULÇot ayant son artillerie en avant, marcha contre le iront du terrain de manceuvres, et la brigade Bastoul commença son mouvement à Saint-Arnual.

Les trois compagnies prussiennes déployèrent de leur côté leurs tirailleurs et il s'engagea une vive fusill ulo, sans grand oli'ct. Les Français tiraient à une distance considérable.

Après une beure environ de cette tirerîe, la brigade Bastoul, venant de Saint-Arnual se montra vers midi sur le

flanc gauche des Prussiens. Ces derniers qui n'avaient jamais pensé à opposer de la résistance dès que les troupes françaises s'avanceraient sérieusement, se retirèrent tranquillement et en bon ordre à travers Sarrebruck sur la rive droite de ja Sarre, pendant que les Français s'établissaient sur les hauteurs do la rive gauche et se contentaient de leur envoyer des obus et des balles de mitrailleuses.

Les Prussiens passèrent la nuit à Puttlingen. Leur perte en] tués, blessés et disparus, se montait à 2 officiers et 73 homnK\>; celle des Français à au moins auiant.

Le général Frossard lit à l'Empereur un Ipng rapport sur le combat de Sarrebruck, si Ton peut appeler cela un combat; c'est du reste, avec celui de Mac-Mabon sur la bataille de Wœrtli, le seul rapport officiel français qui existe sur les combats et les batailles de cette guerre, il parut un

grand nombre de rapports particuliers, notamment dans la presse officieuse française ; tous célébraient à Tenvi ]e prinee

impérial que son père avait ramené à. ^lelz après la chule du rideau, et les mitrailleuses. Le premier — pauvre enfant ! — avait montré un courage admirable et le plus grand sang-froid ; il avait même fait des observations militaires très-reuiarquables, telles que celle-ci : « comme les IvAlesi sifflent* » Bref, d'après ces rapports, le prince impcriiti et les mitrailleuses avaient raffermi de nouveau la dynastie napoléonienne sur le < champ de bataille » de Sarrebruck. Les mitrailleuses avaient fait merveille et fauché des pelotons entiers de Prussiens !

Avant huit jours, tous les Français eux*mêmes devaient voir clairement que cette comédie n'était que le résultat de l'esprit de vertige césariste et rien de plus.

Page 1