IV. Combat de WissemLourg, le i août, et bataille de Yoerth
le 6 août.
Le jour même ou le lendemain de la comédie de Sarrebruck, les armées allemandes étaient complètement réunies et pouvaient s'avancer en masse serrées vers la frontière française.
La troisième armée, prince royal de Prusse, devait être engagée la première. Le 3 août, le prince royal ordonna de son quartier général de Spire la marche de son armée vers la Lauter qu'elle devait traverser le 4 aoiit.
Cette armée qui devait occuper un front de 20 kilomètres en arrivant sur la Lauter, fut formée sur quatre colonnes principales.
L'aile droite se composait du 2* corps bavarois, Hartmann, ayant }30ui' avant-garde la division Bothmer. Cette dernii re devait marcher droit sur Wissembourg, et cher- ' cher à s'emparer de cette ville, en envoyant un détachement à Bobenthal pour couvrir son flanc droit. Le reste du corps de Hartmann devait suivre la division Bothmer par Bergzabern jusqu'à Ober-Otterbach.
La deuxième colonne, 5* corps allemand, devait marcher à gauche de la première par Nieder-Olterbach sur Kapsweyer et Gross-Steinfeld. Son avi^nt-garde devait passer la Lauter au-dessous de Wissembourg et envoyer ses avantpostes sur la rive droite de la rivière, sur les hauteurs qui dominent Wissembourg.
La troisième colonne, 11^ corps allemand, marchant à gauche de la deuxième, devait traverser le Bienwald et passer la Lauter âu moult;i du Bienwald; elle devait (5galemeiit envoyer son avant-garde sur la rive droite de la Lauter.
La quatiième colonne enfin, corps du général Werder, formé de la division badoise Beyer et de la division wortembergeoise Obemitz, avait Tordre do suivre d'a])ord la rive gauclie du Rhin jusqu'à Lauterbourg, d'occupor ce point, et de placer ses avant-postes, sur la rive droite de la Lauter.
Ces quatre colonnes étaient suivies en seconde ligne par :
La 4' division de cavalerie, prince Albert de Prusse, marchant par Billinghcim et Babelroth jusqu'à i'Otterbach, à Test d'Ober-Otterbach, et par le 1» corps bavarois, de Tann, suivant la route de Germersheim à Wissembourg, sur laquelle il devait bivouaquer le 4 au soir à Langenkandel.
Le prince royal de Prusse voulait mettre son quartier général à Nieder-Qtterbach.
Les troupes se mirent en marche d'après ces ordres, et la
division bavaroise Bothmer rencontra l'ennemi la première à Wisseiubourg.
Lorsque, vers la tin de juillet et les premiers jours d'août, le commandement de l'armée française en vint à réfléchir et à se dire que son armée n'était peut-être pas assez forte pour qu'on se permît de réparpillcr iuuuUîHiciit, K- mai ociiui de Mac-Malioii reçut l'ordre d'assurer ses communications avec de Failly.
En conséquence, Mac-Mahon détacha sur la ligne de la Lauter sa Subdivision, AbelDouay, avec 2 régiments de cavalerie, et il conceutra le reste de ses troupes au nord, vers Haguenau.
Le général Abei Douay occupa la ville de Wissembourg avec 2 bataillons, détacha un régiment à Lauterbourg avec
un peu decavalarie, et disposa le reste de'sa division sur les hauteurs du Geissberg, au sud de Wissembourg, sur la rive droite de la Lauter. Le service des avant-postes se fit avec assez de négligence.
La ville de Wissembourg» entourée au moyen ège d'un mur et d'un fossd, ne pouvait plus depuis longtemps être considérée counnc place forte, bien que son enceinte eiU été renforcée de quelques ouvrages en terre. Cependant elle fut conservée comme place de deuxième classe jusqu'en 1867, probablement par suite d'une tradition non contrôlée, et elle l'ut alors déclassée. Elle a un nom célèbre dans l'histoire de la guerre comme centre des lignes de Wissembourg, qui furent construites pendant la guerre de la succession d'Espagne, d'après le système en cordon, alors en vogue, et s'étendent à Test jusqu'au llhin, à Lautei bourg, et, à l'ouest, jusqu'à la forêt de Mundat. Le général auU'icliien Wurruser attaqua ces lignes le 13 octobre 1793, les prit d^assaut mal-
gré la défense de ramée françaîsej et s'établit ensuite au sud» sur la Moder, pour couvrir siège de Landau. Au mois de décembre de h même année» Wunnsep ftit chassé par Hoche et Pichogni de ses positions de la Modor, et forcé ensuite d'abandonner la ligne de la Lauter, après avoir perdu, le 25 décembre, le combat de« Wissembourg.
L'avant-garde de la division bavaroise Bothmer reneon- Ira, au sud deSchweigen, la résistance de la garnisou l'i auçaise de Wissembourg, laquelle était soutenue par 16 pièces de eanon, servies par la garde nationale. Le général Bouay envoya aussitôt, sur le coteau de la rive droite de la Lauter, deux bataillons et une batterie pour appuyer la garnison de Wissembourg.
- Entre les Bavarois à. Schweigen, et les Français h Wissembourg, il s'engagea alors un combat d'artillerie et de mousqueterie, qui ne pouvait paraître dangereux à ces derniers.
De son c6té, le prince royal de Prusse, qui était arrive à Schweigen un peu après huit heures du matin, ne crut pas devoir &ire attaquer Wissemboui^ par les Bavarois, et préféra attendre l'arrivée des colonnes qui devaient passer la Lauter entre Wissembourg et Lauterbourg.
Le temps était mauvais ; d pleuvait. Vers dix heures du malin, l'avant-garde du 5»^ corps d'armée (17** brigade d'infanterie, colonel de Bothmer, 58^ et 59^), après avoir traversé la Lauter au--dessous de Wissembourg, s'empara sans résistance du Gutleuthof, et se forma ensuite pour attaquer le Geissberg.
Dès que le général Kirchbach, commandant le 5« corps d'armée, aj^rit que les Bavarois étaient arrêtés devant Wissembourg, il ordonna k la 18* brigade, général-major
Voigts- Uhetz (7* et 57"rp£^iment), de marcher sur Altenstadt, au-dessous de Wissembourg, d'y passer la Lauter et de se
former à droite de la 17* brigade. Vers midi, la 17* et la*
IS*' brigade étaient déployées à l'est du Geissberg, l'ai allerie s'était portée en avant et avait confimencé un feu trè&vif contre les batteries de la division Douav.
Trois bataillons de la 17* et de la 18* brigade furent di« rigés au sud de la Lauter sur Wissembourg, pour appuyer l'attaque que la division bavaroise Bothmer exécutait du nord contre cette ville.
Le ir corps allemand avait traversé la Lauter au moulin de Bienwald, vers dix heures du matin, et s'était ensuite dirigé sur Schleithal. Lorsque le général Bose, qui commandait ce corps d'armée, entendit le canon de Wissembourg, il dirigea ses troupes de Schleithal sur le Geissberg. il était environ onze heures. L'artillerie du corps d'armée prit la téfe et fut suivie de près par la 41" brigade d'infanterie (Koblinski, 80' et 87* régiments).
A midi, la ville de Wissembourg fut attaquée, à la fois, au nord par la division Bothmer, et au sud par les trois bataillons prussiens dont nous avons parlé, et elle fut prise après que l'artillerie en eut ouvert les portes fortement barricadées.
Lorsque leur artillerie eut canonné pendant un certain temps la position ennemie, la 18' et la 41* brigades d'infanterie attaquèrent le Geissberg à midi passé.
Le général Douay, qui faisait d'abord front au nord, se voyant menacé d'être tourné par l'arrivée de la 41' brigade, fut forcé de changer de front et de replier son aile droite.
La 18' brigade prussienne, le 7' régiment (grenadiers du roi) en avant, escalada, du Gutleuthof, les hauteurs du Geissberg, sous le feu violent des Français. A une heure, il s'empara du ( bâtoau du Geissberg, situé près du sommet. Gomme la 41* brigade attaquait en même temps l'ennemi
sur son flanc droit, la position des Français n'était plus
tcnablc. Ils se mirent donc en retraite, après avoir tenté, sans succès, à une heure et demie» un dernier retour offensif. L'artillerie et Tinfanterie prussiennes établies sur le Geissberg repoussèrent cette attaque ; mais ce retour offensif servit au moins à couvrir la retraite, qui ne s'exécuta pas, du reste, dans le plus grand ordre, parce que le général Douay avait été tué pendant le combat.
Le 4^ et le 44^ régiments de dragons prussiens furent envoyés à la poursuite ; ils firent des prisonniers, mais ne purent pas longtemps poursuivre leurs succès, parce que les Français trouvèrent bientôt» au sud-ouest, Tabri du Bannwald.
Les Allemands avaient engagé au moins 201)ataillons, c'està-dire 20,000 hommes; la division Douay en avait à peine 8,000. En outre, elle avait été réellement surprise par les Allemands, et ce n'est que cette circonstance que Wissembourg était occupé et fut attaqué avant que les colonnes prussiennes eussent traversé la Lauter qui donna le tempcf à Douay de se fonner. Gomme, malgré la grande supériorité numérique des Allomands et la circonstance que nous venons de mentionner, le combat dura cependant trois heures, et que les Français ne perdirent qu'un seul canon, qui fut surpris par les chasseurs prussiens, on ne pouvait rien conclure de ce premier combat, qui fut défavorable aux Français pour la suite de la guerre. Mais il était clair cependant que les Allemands pourraient engager presque chaque fois des forées très-supérieures.
La batterie de mitrailleuses de la division Douay ne tira
que très-peu de temps, parce qu'un obus prussien fit sauter son caisson de munitions* Un grand nombre des servants
furent blessés par cette explosion, et la batterie dut se retirer.
Oigitizc
Les Français purent emporter la plus grande partie de leurs blessés; ils perdirent environ 1000 prisonniers, dont 30 officiera. La plupart de ces prisonniers appartenaient à la garnison de Wissembourg.
La perte des Aiieiiiands, tués et blessés» fut estimée à 800 hommes environ, dont 76 officiers. Le régiment de grenadiers du roi avait» à lui seul» lOoffiderstués et 12 Messés, en tout 22, plus du tiers.
La perte des Français, en tués et blessés, ne fut probablement pas aussi grande que celle des Allemands» paroe que ceux-ci avaient été forcés d'attaquer des positions dif* ficiles.
Les troupes allemandes qui avaient pris part au combat campèrent au sud de la Lauter.
Le 2' corps bavarois s'avança jusqu'à Oberhofenot Steinfel2; la 4* division de cavalerie atteignit, dans Taprès-inidi» Wissembourg et Altenstadt.
Le général de Werder traversa la Lauter à Lauterbourg, avec son oorps badois-wurtembergeois» sans trouver de ré* sistance, et détacha une brigade au sud jusqu'à Selz» toi^ en se reliant au corps du général Bose par des avant-postes et des patrouilles.
Le 4 août, le maréchal Mac-Mahon avait le gros de son corps concentré aux environs de Haguenau; luî-méme se trouvait encore à Strasbourg lorsque le télégraphe lui apporta, dans Tapiès-midi, la liouvtîlle de l'attaque de Wissembourg par les Allemands, puis celle de la défaite du général Abel Douay . U lui parut alors plus urgent que jamais de mieux établir la liaison entre son corps et celui de Failh . par suite avec le gros de l'armée fran(:aise, qui occupait la ligne de la Sarre, et, par conséquent, de couvrir les passages nord des Vosges, surtout ceux de Niedert>ronn et de Licb*
tenberg. Il ne voukit cependant pas abandonner sans combattre TAlsace et le versant oriental des Vosges. Pour se
renforcer, il demanda au L;.'iiéi al Félix Douai, qui était assez inuliie àBelfort, de lui envoyer les troupes organisées qu'il aurait sous la main. Après avoir reçu, par le télégraphe, la réponse que ces troupes allaient lui être envoyées en chemin de fer le plus vite possible, Mae-MiiJion se hâta de se rendre à Haguenau le 4 au soir, et, lorsqu'il se fut orienté, il résolut de prendre position devant "VVœrth, sur la rive droite de la Sauer. Cette rivière coule du nord au sud aux ' environs de Wœrth, et prend ensuite, au«dessou8 de GunstuLl, la direction de l'ouest à l'est pour aller se jeter dans le Rhin.
Les débris de la division battue à Wissembourg, placés maintenant sous les ordres du général Pellé, et les troupes appelées de Belfort devaient également se réunir dans la position choisie par Mac-Mahon.
Le général de Failly fut informé de ce qui était arrivé, et invité à soutenir le premier corps par Niederbronn.
Le maréchal de &1ac**Mahon occupa, le 5 août, la position suivante :
En première ligne :
À l'aile gauche, la l**' di\ision, Ducrol, ayant sa droite à Frceschwiller, sa gauche faisant front à NeuwîUer et appuyée au Grand-Bois, au nord de Reichshofen ;
Au centre, la 3*^ division, Raoult, avec son aile gauche sur la hauteur en avant de Frœschwilier, en lace Gœrsdorf, sa droite à Ëlsasshausen ;
. À TaOe droite, la 4^ division, de Lartigue, avec sa gauche dans le Niederwald, en avant d'Eberbach, et à AlbrechLshàuser-llof, sa droite sur l'Eberbach à Morsbronn.
£n seconde ligne étaient disposées :
L'ancienne division Abel-Douay, actuellement Pellé» entre Elsasshausen et Reiohshofen ; La division Conseil Dumesnil, 1" du 7« corps (Félix
Douay), qui dtait arrivée dans la position, en chemin de fer h 6 heures du matin, entre Ëberbach et Forslheim, derrière raile droite de la première ligne.
La cavalerie : brigade Septeuil, division Bonnemains (de la réserve de cavalerie), et brigade Michel (S*' et 9* cuirassiers), était aussi en deuxième lit^ne et en réserve. La brigade Michel avec Iri quelle se trouvait le général Duhesme, commandant la division, avait sa position derrière la divi* sion Conseil Dumesnil, entre Forstheim et Griesbach.
Le prince royal de Prusse dirigea, le 5 août, son armée de la Lautcr vers laSauer : le 2' corps bavarois à travers le Uochwald, entre Lembach et Lambertsloch ; le 5« corps allemand sur Preuschdorf; le ii^ corps sur Souk-sous^ Forêts ; le corps de Werder sur Aschbach ; — le quartier général se rendait h Souk : le 1" corps bavarois et la 4'' division de cavalerie restaient en arrière comme réserve.
Le prince royal de Prusse n'avait paa l'intention de livrer bataille le 6 août. Mais des nouvelles lui étant parvenues, toute la journée du 5, pour lui uiiiioiicer la concentration de Mac-Mahon sur la rive droite de la Sauer, il songea à rapprocher davantage son armée de la rive gauche de ce ruisseau.
Le S*' corps bavarois dut en conséquence marcher jusqu'à Langensoulzbach, le f»'^ corps atteindre la ligne de Gœrsdorf à Gunstett; le ll*^ corps s'avançait jusqu'à Hœlschloch et Surbourg, le corps de Werder jusqu'à Uohweiler et Rei* mersweiler.
Derrière celte première licfne, le corps bavarois, de Tann, devait marcher sur i^reuschdorf, la 4^ division de ca-
Valérie restait provisoirement à Schœnenbourg où elle était déjà le 3 août. Le prince royal de Prusse voulait également passer la journée du G août dans son quartier général de Soulz.
Dès le 5 août, au soir, le général Kirchbach avait placé
les avant-postrs du 5® corps sur les hauteurs de la rive gauche de la bauer» tout près du ruisseau, vers Wœrth et Gimstett.
Le d août, au malin, les avant-postes du 5* corps allemand et ceux des divisions Raoult et de Lariigue commencèrent à se tirer des coups de fusil.
Le commandant des avant-postes du corps allemand» Wallher de Montbary, se porta en avant et crut reconnaître que rennemi ne ciierclmit, par celte fusillade, qu'à couvrir sa retraite. Pour s'en assurer il ût passer la Sauer à un bataillon du régiment de fusiliers westphaliens n* 37, qui marcha ensuite sur le Mcilerwald. Ce bataillon rencontra partout une vive résistance et se battit vigoureusement.
Cette fusillade du Niederwald, près d'Ëlsasshausen , éveilla d'autant mieux un écho à Vaile gauche allemande que rartillei ic du o'' corps allemand et, par suite, rartilierie française avaient pris part à ce combat.
Le général de Schachtmeyer, commandant la 21* division d'infanterie, qui, d'après les ordres de la veille, marchait, le G au matin, sur llœlschloch, entendit le canon de Wœrth en arrivant près de Hœlschloch. Le canon se tut cependant bientôt; la 21* division campa à Hœlschloch et détacha des patrouilles qui revinrent avec la nouNclle que Gunstett était occupé par un faible détachement du o"^ corps, et que Ton apercevait un camp français de l'autre côté de la Sauer.
A ce moment le canon gronda de nouveau dans la direc-
tion de Wcerth . Schaehtmeyer» obéissant au viem et escelient principe qu'un î^énénd qui se trouve dans le voisinage de l'ennemi doit marcher au canon, dirigea son avant-garde sur Oberdorf et Gunstett, renforça la garnison de cette dernière localité» et envoya sa division d'artillerie sur Gunstett» où elle prit position snr la hauteur ao nordouest de ce village, sur la rive gauche de laSauer. Le gros de la division Schachtmeverse forma ensuite derrière ce rideau.
A 8 heures» le générai de Kirchbach avait ordonné aux troupes avancées de son corps d'année de cesser le iea parce qu'on n'avait pas le dessein de livrer combat ce jourlà ; mais l)ientùt après le canon de la 21' division qu'il entendait au sud le décida à reprendre aussi la lutte, si bien qu'à 9 heures la canonnade était générale sur toute la ligne de la Sauer, depuis Langensoulzbach jusqu'à Gunstett.
A ce moment, la 22*^ division arrivait à Surbourg, et son commandant, le général Garsdorff, fut aussitôt informé de la marche de la 21'' division sur Gunstett. Bientôt après arrivait le commandant du 1 l^corps» général Bose, qui donna rordie à la 22* division de se porter en avant. La division, avec la 43' brigade d'inlanlerie, Kont/ki, etson artillerie en avant, marcha sur Gunstett, pour s'y déployer |l gauche de la 21<^ division. La 22*^ division n'arriva, comme nous le verrons, à Gunstett, qu'à midi, et la réserve d'artillerie du corps que vers une heure.
Lorsque le générai de Verder apprit, à Reimersweiler, le départ de la 22* division, il fit marcher, par Surbourg sur Gunstett, la brigade de cavalerie comte Scheler et la bri<* gade d'infanterie Starklaff, de la division wurtembergeoise Obermtz ; l'infanterie de la brigade Starklofi" laissa ses sacs en arrière. Ges troupes arrivèrent naturellement sur le champ de bataille encore plus tard que la 22® division.
Le prifiee royal de Prasse, informé dans le courant de la matinée de ce qui se passait sur la Sauer, revint de sa. première idée de ne pas livrer combat le 6, et résolut de porter toutes ses troupes en ligne.
inconséquence, legénéralde Werder reçut l'ordre, i\ midi un quart, de âiire marcher sur Ounstett le reste de la division Obernitz, brigade d'in&nterîe Huguel, ainsi que la division badoise Bayer, Un régiment seulement devait rester au sud de Soulz pour garder le quartier général.
Ces troupes du corps de Werder marchèrent dans l'ordre suivant : brigade Hugel, artillerie du corps, division Beyer, de Reimersweiler et de Hohweiler sur Gunstett, à travers le Niedei walJ de Gunstett.
Le 2* corps bavarois et le 11^ corps reçurent en même temps Tordre de co ntinuer le combat, et le général de Taon fut invité à bâter la marche du 1^ corps bavarois sur Prenselidorf.v
Nous savons maintenant comment le quartier t^énéral de la troisième armée avait accepté le combat, comment les corps étaient soit engagés, soit en marche pour le champ de de bataille. D'après la situation et les ordre donnés, les troupes étaient disposées de la manière suivante : ù l'aile droite, le 2* corps bavarois occupait une longue ligne, dans un pays boisé, ayant devant lui fort })eu d'ennemis ; au centre, dé Gœrsdorf à Spachbach, était le corps, devant l'aile gauche de Mae-Mahon. A Taile gauche des Allemands, de Spachbach à Gunstett, une masse de deux corps d'armée, Bose et Werder, devait se concentrer successivement sur un front très-pen étendu. Le 1" coips bavarois pouvait enfin servir de réserve générale au centre dès qu'il serait aii ivc à l'i'euschdorf.
Nous allons suivre d'abord Taclion du 5' corps prussien,
puis celle du i V corps, jusque vers 2 heures de Taprèsmidi.
Après B heures du matin, le général Kirchbach avait recommencé le feu, et s'était aussitôt décidé à faire attaquer Wœrth.
Dans ce but, Kirchbach plaça à Test de Wœrth la réserve d'artillerie de son corps d'armée, avec l'artillerie de l'avantgarde, et il ouvrît un feu violent contre l'aile gauche de la
division française Ilaoult. Il forma ensuite derrière cette artillerie, sur la route de Preuschdorf, en première ligne la 10* division, Schmidt, en deuxième ligne la 9* division, Sandrart.
Mac-Mahon fit alors avancer, de Frœschwiller, l'aile droite de la 1" division, pour prolonger la position de la 3« division, et la protéger contre un mouvement tournant que Ton soupçonnait les Allemands de vouloir exécuter.
A iO heures, Kirchbach avait en action contre Wœrth 14 batteries, 84 pièces de canon. Elles tirèrent jusqu'à iî heures. On ne ] » o ivnit douter que leur effet sur les positions françaises n'eût été considérable; et à ce moment arriva la nouvelle que le 11^ corps avait déjà remporté des avantages. Kirchbach ordonne alors à son avant-garde d'attaquer Wœrlh et, après l'avoir pris, de s'établir sur les hauteurs de la rive droite du Sauerbach.
La brîgade d'infanterie, Walther de Montbary, se lance à l'attaque, s'empare de Wœrth vers midi et demi, après un combat achai'né dans IcMjuel tombe le général français Raoult, et prend position à l'ouest de la ville sur la rive droite de la Sauer, où elle est bientôt soutenue par la 19^. brigade, Henning.
De la deuxième ligne, la I S' brigade d'infanterie, Voigts- Khctz^ avait été avancée sur bpassbach et £lsasshausen.
Lai'* et la 3* division française se replièrent sur la ligne Frœschwiller-Elsasshausen .
Pendant que le générai Kirchbach exécutait les derniers mouvements dont nous venons de parler, il reçut communication des ordres généraux qu'avait donnés le prince royal. Il ordonna alors un mouvement général de àon corps d'armée contre Frœscliwiller ; et, avant de le commencer, il en informa le général Bose, en lui demandant de s'avancer en même temps contre le flanc droit de l'ennemi, ce que Bos lu i promit.
La division Schachlmcycr, du 11' corps, non contente d'avoir engagé son artillerie, voulut gagner du terrain de l'autre côté de la Sauer, et envoya dans ce but un bataillon du 87^ dans le bois d'Ël^hausen. En même temps, Schachtmeyer fit avancer deux bataillons sur Gunstett, et trois autres dans le ravin entre Gunstett et Obcrdorf.
La division Lartigue, du corps Mac-Mahon, avait concen* tré ses 3 batteries, y compris celle de mitrailleuses, sur les hauteurs d'Albrechtshaûser-Hof (Lansberg)» contre les bat* teries de la division Schachtmeyer; deux autres batteries furent encoi e avancées à l'est d'Ellsasshausen pour tirer sur la colonne prussienne qui s'avançait dans le ravin d'Oberdorf. L'aile gauche de l'artillerie du 5* corps allemand dirigea alors son feu contre ces dernières batteries, des hauteurs situées entre biellenbach et Spaclibach.
A 10 heures et demie du matin, le général Lartigue fit avancer une brigade de sa division de Morsbronn contre ' Gunstett. Les Prussiens repoussèrent son attaque. Mais pendant ce temps la division Conseil Dumesnil s'était déployée deri it re la brigade pour renouveler cette attaque.
A 11 heures, le général Bose, chef du 11*" corps d'armée, rejoignit la division Schachtmeyer et lui annonça
que la division Gersdorff, du mciiic corps, allait arriver.
À 11 heures et demie, Gunstett fat attaqué par la divisien Conseil Dumesnil et une partie de la division Lartigue. Les Français pëaélrèrenl jusque dans le village, mais ils furent repoussés par la division Schachtmeyer à laquelle s'était réuni sur ces entrefaites le 11* bataillon de Classeurs.
A midi, la division GersdoriT arriva à Gunstett et s'avança au sud du village dans la direction d £berliaeh ; un quart d'heure après arrivaitrartiilerie de réserve du corps d'armée. A ce moment, le général de Bose, d'après la promesse qu'il avait faite au général Kirchbach, fit passer la Sauer à deux brigades, sous les ordres du général Thile, qui marchèrent sur Elsasshausen, sous la protection d'une partie de l'artiW lerit; du corps ([ui resta en position au noi d île (iuustett.
Pendant que le générai Bose faisait passer la Saucr à soa corps d'armée à une heure de Taprès-midi, les brigades wurtembergeoises Scheler et Starkloft* se portaient sur son aile gauche et le tu uvi aient ainsi contre une attaque de flanc. Mais à ce moment, Bose reçut un ordre du prince royal qui lui prescrivait de converser à droite et de diriger ses troupes sur Wœrth.
A une heure et demie, la 21** division, Schachtmeyer, suivie sur sa droite par les Wurtembergeois, et sur sa gauche par la 22* division, Gersdorff, marcha du sud au nord à
travers le bois d Elsasshausen et la vallée de 1 lilberbach. et attaqua Ëlsasshausen, qui fut iucendjLé et pris à deui heures.
Les attaques du 11« corps allemand avaient déjà refoulé
vers le sud une partie des divisions Lartigue et Conseil Dumesnil. Mac-Mahon lit alors de Frœschwiller des efforts désespérés pour rétabhr sa liaison avec son aile droite. La
brigade de lanciers Nansouty» et surtout la brigade de cuirassiers Michel» attaquèrent avec impétuosité les Prussiens et
les Wurtembergeois, qui débouchaient par Elsasshausen. Les deux réginienls de cuirassiers fureuL presque anéaulis par l'infanterie prussienne et par l'artillerie de lahve gauche de la Sauer.Il ne resta pas plus de 1^ hommes de ces deux magnifiques régiments.
Alors les Aileinands, le 1 1'' corps au sud, une partie tlu 5^ corps à Vo&i, marcbèi^ent sans perdre de temps contre Froeschwiller, qu'ils prirent vers trois heures et demie. La lutte autour d'Ëlsasshausen et entre cette localité etFrœsch* vîller avait coûté de douloureux sacrifices. C'est là que fut . blessé deux lois le général allemand de liose, qui dut céder son commandement au général Gei*sdorti'; c'est là aussi que fut tué le général français Golson, chef d'état-major de Mac^ Mahon, et ancien chef de cabinet du maréchal Nid.
Mac-Mahon était forcé de se mettre en retraita et l'issue de la bataille ne lai donnait pas le choix de la direction à suivre ; il lui fallait se retirer par Reichsliofen sur Niederbronn, où il fut reçu par la division Guiot de Lespart, que de Failly avait envoyée de Bitche.
Les Alleinaïul.-, kilii^niés par des combats acharnés, (Haient incapables d'une poursuite énergique, ce qui permit à Mac- Mahon de ramener, par Savcrne» les iô,OÛÛ hommes de son centre et de son aile gauche, qu'il parvint à réunir.
La cavalerie allemande qui poursuivit les Français se compo:?iiil de la brii^adc wurterabcrgecise Scheler, du 14' régiment de hussards et du 14' régiment de dragons prussiens.
Lespremiei'S enlevèrent des canons et des voitures au sud de Reichshofen et firent beaucoup de prisonniers.
Apre, ici Latadle, le 5*-' corps bivouaqua à Frœschwiller, la division bchachtme^er, du 11' corps, enlre Elsassliausen
et Wœrth, la division Gersdoff, du même corps, sur TËberbacli, au sud d'Ëlsasshausen; lesWurtembergeois campèrent à Elsasshausen et à Eberbach, la division badoise àGunstett»
la cavalerie wurlembergcoisc ù Ilcichshofen ; la brigade de cavalerie badoise la Roche fut détachée vers la forêt de Hâguenau.
Les forces de Mac-Mahon, dans cette bataille, ne furent pas estimées à plus de 35»000 hommes. Les troupes allemandes qui cônib.LlLircnl réellement élaical d'envii'ou 7î>,000 hommes d'infanterie cl de cavalerie.
Les pertes étaient considérables des deux côtés.
Les troupes battues de Mac-Mahon se réunirent en partie à lui au pied du versant oriental des Vosges, d'autres plus tard seulomcnl, d'autres, enfin, se réfugièrent dans Strasbourg. — Les Allemands avaient fait 4,000 prisonniers non blessés, et s'étaient emparés, en outre, de 36 bouches à feu, dont 6 mitrailleuses, et de 2 aigles.