VII. MaTcbaduarm^alleinaiidesvenlalIowlle
Lorsque l!armée française se retira sur toute la ligne après les combate de Wœrth et de Sarrebruck^Forbach» on pouvait S'attendre à ce qu'elle chercherait à réunir toutes ses
forces, en ralliant toutes ses fracliuus détachées ou refoulées, pour se concentrer sous le canon de Metz et des forts de
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cette place et livrer là une bataille décisive. C'est du reste ce qu'elle panit vouloir faire au premier moment» en prenant position les jours suivants derrière la Nied. Mais ce qui s*op*
posait surtout à ce qu'elle acceptât une grande bataille derrière la Seille, c'était $a faiblesse numérique.
Les Allemands, grâce à la supériorité de leurs forces, pouvaient facilement déborder l'armée francise, empêcher les corps d'armée séparés de rejoindre les corps français réunis sous Metz, l'aire passer ensuite la Moselle à quelques corps d'armée soit au-dessus, soit au-dessous de Metz, et investir les Français dans cette place» après les avoir battns sur la Seille.
Dès que Bazaine eut pris à Metz le commandement en
chef, il conçut le plan de confier la défense de Metz à une garnison convenable que viendraient renforcer les gardes mobiles des environs et la garde nationale sédentaire, et d'emmener ensuite toute son armée active par Verdun» pour gagner la Champagne et s'y réunir aux corps déjà battus et coupés par les Allemands, ainsi qu'aux renforts qui lui viendraient de l'intérieur de la France. Cette retraite de l'armée de Mets devait s'effectuer le plus lentement possible pour laisser aux autres troupes le temps de se former ou de se reformer au camp de Ghâlons.— Les journaux de Paris, au milieu des sottises qu'ils débitaient, se faisaient cependaut l'écho des idées de l'état-major général français. Ils disaient entre autres choses : que les Allemands s'étaient jusqu'à présent avancés à travers bois» de sorte qu'on ne pouvait ni les voir» ni les atteindre fecilement ; qu'après avoir ensuite fait beaucoup de mal aux Français, ils sortaient sournoisevomi de leurs bois pour tomber sur leurs adversaires. Mais que cette manière d'opérer leur serait impossible dans les plaines déboisées de la Champagne» dans les contrées déso*
iées qui avoisinent Ghàlons. Que c'était là seulement que le chassepoiet la mitrailleuse pourraient produire toul leur effet. Qae c'était pour cette raison que les Français voulaient réunir toutes leurs forces pour livrer une grande bataille dans les plaines de la Champagne.
Les réminiscences historiques n'étaient pas étrangères à ee dessein. C'était à Sainte -Ménehould et Valmy» sur la route de Verdun à Ghftions, que Tinvasion allemande de 1792 avait trouvé sa triste fin. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi en 1870? Les Français ne réfléchissaient pas qu'en 1792 le peuple venait de se soulever avec énei^ie contre un Gouvernement détesté, et qu'il était enflammé du feu révolutionnaire le plus ardent, tandis qu'en 4870 on ne voyait pas trace de l'esprit révolutionnaire, même chez les < révolutionnaires 1 les plus accrédités; qu'en outre il y avait un abîme entre l'armée allemande d'invasion de 1792 et l'armée nationale allemande de 1870. Les gouvernements allemands de 179â avaient provoqué la France; c'étaient au contraire le gouvernement français et les journalistes k sa solde qui avaient provoqué le peuple allemand de la manière la plus frivole en 1870, en troublant la paix qui lui était chère^ et le forçant à la guerre qu'il ne voulait pas.
Dails le fail, les choses se passèrent de telle façon que € l'arnicc française du Rhin * forma deux grandes tractions : l'armée de Metz, sous les ordres directs de Bazaines et l'année de Paris, sous le maréchal de Hac-Mabon.
Ce liiaréchal fut obligé de faire marcher le l***" corps de Saverne vers l'ouest pour échapper à la poursuite de l'ennemi et pouvoir reformer son coi^s d'armée. Il gagna donc tout d'abord le chemin de fer de Strasbourg h Paris. Il fut rejoint naturellement par le corps de Failly lequel, empêché
par la marche rapide des Allemands de se concentrer sous Metz, fut forcé de marcher au sud sur le versant occidental des Vosges et de gagner le chemin de fer de Strasbourg à Paris. Mao-Mahon put, en outre, attirer à lui les fractions du 7* corps (Félix Douay) qui se trouvaient encore aux environs de Belforl, et se irrossir des nouvelles organisations qui se formaient soit au camp de Châlons soit à Paris. Nous reviendrons un peu plus tard sur la composition de l'armée de Mae-Mahon.
Si nous supposons l'armée de Paris (Mac-Malion) à Châlons, le jeu stratéfi^ique des deux armées de Paris et de Metz SB réduit aux deux cas suivants : ou Bazaine peut s'éloigner de Metz ou il ne le peut pas. Dans le premier cas, il rejoint Mac^Mahon par Verdun ou Stenay dans le triangle Chàlons, Sainte - Ménchould , Réthel. Dans le second, Mao-Mahon, qui a gagné le temps de former à peu près son armée de Paris, doit aller dégager Bazaine. Les Français étant numériquement plus faibles que les Allemands, ils ne peuvent avoir Tespoir de gagner une bataille que s'ils parvienntiit à réunir leurs deux armées. — Ihzaine peut-il ou non s'éloigner de Metz? C'est ce qui va décider des opéra* lions prochaines.
Il y avait cependant encore un troisième plan qu'il n*est pas permis de condamner d'avance. C'iUaitde laisser Bazaine livré à ses propres lorces sous Metz, pendant que Mae-Mahon se rendrait aux environs de Paris, sans s'y laisser investir, et opérerait alors dans le but de se renforcer de tous les cùtés ; les vieilles troupes qu'il ramènerait de Chàlons serviraient de noyau à une grande armée tle déblocus, et donncruienl aux nouvelles formations, sur la Loire, la Garonne et le Rhône, le temps de s'organiser. Nous avons des raisons de croire que c'était là le plan primitif de Mao-Mahon, et qu'il y
revint même pendant les apérations qui suivirent. Nous en
reparlerons plus tard.
Lorsque le iiiaréchal l>az;iiiic fut nommé généralissime de Tarméc, il choisit pour major général le général Jarras. Le maréchal Lebœuf resta provisoirement sans emploi. Le général Lebrun se rendit au camp de Ghàlons où nous le retrouverons dans Tarmée de Mac-.Mahon.
L'armée de Bai^aine» à MeU, ôe composait ainsi qu'il &uii :
Le 4* corps, Ladmirault;
Le 3* corps, à la tête duquel Bazaîne avait été remplacé par le général Decaën qui commandait la 4* division du
3* corps ;
Le 2* corps, Frossard, qui, d'abord coupé de sa ligne de retraite sur Metz, avait néanmoins réussi à gagner la Mo* selle. Le général Lichtlin qui commandait la division de
cavalerie de ce corps, étant malade el mécoiUent, demanda la permission de quitter rurmée. Son commandement fut donné au général Alai micr qui ne rejoignit pas. Nous retrouverons encore le général Lichtlin dans Varmée de Mac-Mahon ;
La garde, Bourbaki, et enfin
Une partie du G* corps, Ganrobert. Aussitôt après le combat de Wissembourg, ce maréchal avait reçu l'ordre de diriger son corps d*armée sur Metz, la cavalerie par étapes, l'infanterie par les voies ferrées. Les deux brigades de cavalerie qui se trouvaient au camp de Ghàlons — la brigade de cuirassiers étant restée à i^aris pour maintenir l'ordre— allèrent jusqu'à Saînte-Ménehould et revinrent au camp le 8 août, rappelées par le télégraphe à la nouvelle des combats de Wœrth et de Forbach, Les divi sioiis (1 infanterie Tîxier, Lafout de ViiliersetLevassor-Sorvai se rendirent h Mets. La division Levassor^rval était restée jusqu'alors
à Paris pour lo niaiotien d6 l'ordre. De la l'^ division, Bisson» il n arriva devant Metz que les généraux et le 9* de ligne ; les trains qui portaient les (rois autres régiments de
la division Iroiivèrent Frouurd occupé par les Allemands, reçurent quelques boulets et retournèrent au camp de Ghàlons.
Lorsque les armées allemandes foulèrent le sol français,
le roi de Prusse publia, le 8 août de son quartier général de Hombour^, un ordre du jour dans lequel il recommandait aux soldats la plus grande discipline on pays ( tinemi, car ils ne faisaient pas la guerre aux paisibles habitants des campagnes.
Le roi étant lui-même entré en France a4i« ssa, lo 1 1 août, de Saint-Avold, la proclamation suivante au peuple français:
€ Nous Guillaume» roi de Prusse, aux habitants des portions de territoire français occupées par les armées allemandes, faisons savoir ce qui suit : Lorsque l'empereur Napuléon attaqua sur terre et sur mer la nation aHomandc qui voulait et veut encore vivre en paix avec le peuple français, j'ai pris le commandement en chef des armées aile-* mandes pour repousser cette attaque. Les événements mili<' l.ui es liront conduit :i franchir les fi'onlicrcs du la France. Je fais la guerre aux soldats français et non pas aux habitants dont les personnes et les biens seront en sûreté tant qu'ils ne m'enlèveront pas, par des agressions contre les ii-oupes allemandes, le droit de les prolcger. Les (:^én(''raux qui commandent chaque corps feront connaître au public 1m mesures qu'ils sont autorisés à prendre contre les communes et les particuliers qui se mettraient en contravention contre les lois de la guerre. Ils rèi^leront épralement tout ce qui concerne les réquisitions nécessaires aux besoins des troupes, et, pour faciliter les transactions entre les troupes
et les habitants, ils fixeront la différence des cours entre les monnaies allemandes et françaises. »
La première armée allemande, Steinmetz, s'avançant au nord du chemin de fer de Forbach à Metz, marcha sur la JiloseUe au»dessous de cette ville. Elle fut renforcée le 12 août par le premier corps d'armée, Manleuffel. Aussitôt que les troupes de remplacement et de garnison furent formées, ce corps, ainsi que plusieurs autres qui étaient restes dans rAUemagne du Nord, fut appelé sur ie théâtre de la guerre dès qu'on reconnut que la flotte française ne pouvait inspirer aucune crainte pour les cotes allemandes.
Le prince Frédéric-Charles marcha, au sud du chemin de fer de Forbach, sur Metz et la Moselle au-dessus de la ville.
Le prince royal de Prusse détacha de son armée la division badoise ; elle fut dirigée sur Strasbourg avec le général Werder qui avait commandé jusqu'ici les divisions badoise et wai lcinbergcoise. Werder éîail cliargé de commander les troupes de siège de Strasbourg composées delà division badoise et des divisions de landwehr prussienne qui devaient s'y joindre. La cavalerie badoise parut dès le 8 août devant Strasbourg et s occupa aussilut de couper les communications de la place. Le 9, parut également Tinfan- , terîe badoise, et le général Beyer qui commandait la division badoise soinnia le c:éncral llhrich, connuaii(iant la place, de se rendre. Cette demande ayant été naturellement repoussée, les opérations du siège que nous raconterons dans la troisième partie de ce livre commencèrent imm^ia-
teinent.
La plus grande partie de 1 a]:mée du prince royal sortit de l'Alsace en traversant les Vosges pour se rallier à Taile gauche du prince Frédéric-Charles ; le gros suivant la route
de Hagaenau à Sarre -Union, et des détachements sur les
routes latérales.
Le 10 août, les divisions de cavalerie des trois armées se donnaient déjà la main sur la ligne les Etangs, Foligny, Faulquemont, Gros&-Tenquin et Sarre-Union, en éclairant la marche des corps qui les suivaient et surveillant ceux de renncmi.
En traversant les Vosges, Tarmée du prince royal eut affaire aux petites places qui en gardaient les passages. Bitche refusa de se rendre et fut observée par quelques centaines d'hommes.
Lichtenberg fut investi le 9 août pur :! bataillons et demi de la brigade vurtembergeoise Hugel et une division d'artillerie de campagne. La place refusa de se rendre, fut bombardée et capitula le iO, après que l'incendie s'y fut déclaré. La garnison se composait de 280 hommes.
La Petite-Pierre fut évacuée par sa garnison avant l'arrivée des Allemands.
Phalsbourg, bien occupée, ne voulut pas se rendre et il fallut laisser devant celte place un petit corps d'observation.
La première idée des Alkiiiands avait pu être de réunir l'armée du prince royal aux deux autres sous les murs de Metz. Mais dès que le prince royal eut passé les Vosges, le quartier général allemand apprit que les corps de Mae-Mahon et de Failly n'avaient pu se réunir aux troupes devant Metz et se reliraient vers le sud. Dans ce cas, il était clair que les deux armées de Steinmetz et de Erédéric-Gharles, lesquelles avaient déjà reçu des renforts et en attendaient d'autres sous peu de [ours, notamment le 2* et le 9* corps allemands» seraient très-suffisantes pour investir Bazaine dans Metz ou le battre s'il cherchait à en sortir. En effet, ces deux armées allaient avoir, les jours suivants, au moins 220,000 hommes
(Vinruiileric cl de cavalerio, tandis que Razaine ne pouvait pas réunir plus d^ 120,000 combattants d'inlanlerie et de cavalerie, en dehors de la garnison insuffisante de Melz.
En conséquence, Tarmée da prince royal fut dirigée sur Nancy, i^ar la ligne ferrée de Strasbourgà Paris, pour suivre Mac-Mahou et Je Failly, les observer, les empêcher de se réunir à d'autres troupes ou de marcher sur âJetz.
Le 12 août, des détachements de cavalerie prussienne occupèrent Nancy sans résistance; le 18, ils coupaient le chemin de fer ii Frouard, et le 15, ils étaient déjà sur la Meuse à Gommercy.
Le prince royal avait, le ib, son quartier générai à Lunéville et, le 16, à Nancy.
Le 15, la division bavaroise Bothmer fit capituler la place de Marsal. Lorsque Bothmer parut devant cette ville, qui était défendue par 000 hommes et 00 pièces de canon, il la somma de se rendre. La sommation fut repoussée, et l'on tira même des murailles sur le parlementaire qui se retirait. — Cette circonstance s*est présentée plusieurs fois dans cette guerre; dans certains cas on peut on trouver la causo dans l'ignorance des usages de la guerre ou étaient les mobiles composant les garnisons; mais d'autres fois aussi dans le manque de discipline des troupes de ligne et la rage contre les Prussiens.
Une première attaque de l'avant-garde d'infanterie bavaroise contre les faibles ouvrages extérieurs ne réussit pas. Mais bientôt après, arriva rartillerie, qui prit position et bombarda la ville. Au bout d'une heure à peine de bombardement, la poudrière de la place sauta ; l'infanterie allemande s'avança de nouveau et s'empara de quelques ouvrages extérieurs.
Le commandant offrit de capituler, mais comme on avait
tiré sur le parlementaire» Bothmer exigea que la garnison se
rendit à merci, ce qui eut lieu.
11 s'éleva dans Paris un orage de coiere quand on sut qu'un faible détachement de cavalerie avait pu occuper une grande ville comme Nancy, et que les autorités françaises avaient elles-mêmes engagé la population au calme et à la soumission, et avaient ensuite accueilli aniiertlemcnt l'étalmajor prussien. De semblables faits devaient du reste arriver presque journellement pendant la marche sur Paris du prince royal, et il faut avouer qu'ils faisaient mal augurer de la grande guerre nationale qu'annonçaient les journaux, exaltés de Paris.
C'est à partir de ce moment que les Français virent partout des espions prussiens. A Paris principalement, on en découvrait à chaque instant; les gens les plus innocents se voyaient inallraités et quehîues pauvres diables furent môme fusillés. Celui qui était un peu au courant de la situation se demandait involontairement si les Français auraient eu 80U8 les armes un homme de plus dans le cas où il n'y aurait pas eu en France d'espions prussiens. Au reste, en quoi consistait cet espionnage? Les livres publiés en France suffisaient parfaitement pour faire connaître la constitution de l'armée française. De leur côté, les Français pouvaient fort bien connaître la constitution de l'armée allemande à l'aide des nombreux écrits parus en Allemagne sur ce sujet. — Les oiilciers français avaient été admis dans les camps d'exercices et les places fortes de la Prusse, aussi fiicilement que les officiers prussiens dans les camps et les places de France. Pourquoi donc les premiers ne connaissaient ils pas an?si bien l'Allemagne que les derniers connaissaient la France ? La raison en est fort simple : Les Allemands s'étaient donné la peine d'apprendre le français et d'étu*
dier ce qui existait en France. Les Français au contraire n'étudiaient que ce qui leur plaisait» et malgré le grand nombre d'Alsaciens que renferme l'armée française, il n'y a que fort peu d'olïiciers qui parlent ou comprennent l'allemand. On éprouvait en France de l'étonnement et de la défiance de voir que les Allemands connaissaient si bien la géographie et la statistique de l'Empire. Et pourtant il n'y avait rien là d'étonnant et il n'était pas besoin d'espions pour cela. Les cartes de i'étal-major français sont dans le commerce» aussi bien que les cartes d'Allemagne de Reymann et les travaux topographiques de Tétat-major prussien. Il on est de même des nombreuses publications sur la statistique et les travaux publics où l'on peut puiser des renseignements sur l'agriculture, les eaux, les chemins et les détails nécessaires à la connaissance d'un pays. Celui qui étudie sérieusement ces questions qui ne sont pas et ne sauraient être tenues secrètes, les connaîtra à peu près, et s'il voyage ensuite dans le pays, en observant avec intelli* gence, il complétera les connaissances qu'il en possède déjà. Mais celui qui ne s'inquiète pas de ces choses-là marchera nécessairement en aveugle dans son propre pays.
Or les Français ne s'occupaient pas beaucoup de toutea ces questions, en Allemagne et même en France.
Le césarisme avait certainement besoin de la bureaucratie civile et militaire. Mais il l'avait corrompue. Cette bureaucratie avait vieilli en même temps que César. La recherche de la faveur, pour arriver par elle aux jouissances de la vie, avait expulsé les travailleurs consciencieux. Ceux qui savaient le mieux se faire valoir dans le moderne lias- Empire l'emporlaient sur les travailleurs honnêtes. Naturellement le nombre des derniers allait en diminuant et celui des premiers en augmentant, — sans pour cela que
cette contagion gagnât F honorable nation française. Seulement la nation s'occupait de moins en moins des affaires publiques. A propos des questions militaires, on lui disait : que vqus importe ? Nous avons notre armée qui dominera l'Europe. Travaillez donc en paix sous sa protection et ne songez qu'à nous donner assez d'argent pour l'entretenir.
La triste situation de rAllemagne jusqu'en 1866, les victoires' des Français en Grimée et en Italie jusqu'en 1859, confirmaient, aux yeux du peuple, cette fausse théorie. Le
paysan, le petit bourgeois, devenaient déplus en plus indilTérents aux affaires du pays et ne s'occupaient plus que de leurs intérêts particuliers, si bien que la plus haute centralisation produisit en réalité la décentralisation la plus grande, jusqu'à ce que 1870 vint réveiller les Français de leur douce quiétude. Naturellement ce réveil ne pouvait pas être subit.
Quant aux Prussiens, ils ne s'étaient pas laissés endormir par leurs succès de 1866 contre les Autrichiens et les Allemands du Sud; ils avaient perfectionné ce qui avait besoin
de l'être.
iSi l'on a suivi l'histoire de cette époque, on se rappelle que ce qui fut surtout critiqué dans la guerre de 1866, c'est le mauvais emploi de la cavalerie et de l'artillerie. En 1870, CCS deux armes ne méritent que des éloges.
£n outre de la cavalerie divisionnaire, on forma des divisions plus ou moins fortes de cavalerie qui opérèrent, dans de certaines limites, d'une manière indépendante. Au lieu de se traîner à la suite des corps d'armées et des armées pour déployer ensuile, en un jour de bataille, une activité plus ou moins efficace, elles précèdent maintenant les armées, occupent les villes, couvrent des fronts élendus, I 16
portent à de grandes distances de la véî ital)le ligne d'opérations la terreur des armes allemandes, et font croire, par raudace et la promptitude de leurs mouvements à une occupation générale du territoire envahi, n en résulta bientôt
qu'une vingtaine de ces hardis cavaliers n'avaient qu'à se montrer pour prendre possession des plus grandes villes.
Il paraît qu*au début c'étaient des uhlans qui ^lisaient ces
pointes iiai'dies.
Il en résulta que les Français donnèrent le nom de uhlans à toute cavalerie allemande qui faisait \ai coup de main audacieux ; ils voyaient donc des uhlans partout. Certains journaux de Paris racontèrent des histoires extraordinaires des uhlans allemand?. D'après eux, ce n'étaient pas des troupes régulières, mais bien des forbans de terre ferme, levés pour la durée de la gaerre, qui ne touchaient pas de solde et ne vivaient que de butin ; après la guerre on devait les licencier le plus vite possible, pour les empêcher tle conliimer leurs brigandages dans leur propre pays.
On cessa de lire les journaux sensés qui cherchèrent à rétablir les faits dans leur vérité; mais tout le monde crut fermement aux uhlans du Gaulais et du Figaro,
En 1870, on vit toujours l artillerie au premier rang. Au lieu de se traîner avec les bagages, elle marchait derrière les troupes d'infanterie les plus avancées, se formait en grandes batteries pendant la bataille, comme cela ressort des atlaires de Wœrth et de Forhach, et elle préparait, par son feu à bonne distance, le combat de l'infanterie qui n'avait pas envie de se mesurer seule contre les chassepots.
C'est déjà une victoire que de reconnaître les fautes que l'on a commises, peut-être malgré soi.
Nous abandonnons provisoirement le prince royal pour
étudier les co m Irais que livrèrent devant Metz, au maréchal Baïaîne, la 1*^ et la ^ année allemandes du 14 au 18 août.
VIII. liatailles Ue Dorny (I* août) yt de Vioaville (Mars-ia-Toor),
10 août.
Le maréchal Bazaines\Hait décidé, le 13 août, à s'éloigner de Metz avec son armée, en y laissant une garnison suffisante.
Ce mouvement devait commencer le 14 dans l'aprèsmidi. L'cmptM't^iir Napoléon quilta Metz h midi et s(» rendît U'abord à Longeville. Il adressa aux habitants de Metz une proclamation dans laquelle il leur disait qu'il se séparait d'eux pour aller combattre l'invasion, et qu'il confiait h leur palriotisiiic la défense de leurs murailles.
La cavalerie allemande s'était déjà emparée des passages de la Moselle en avant de Metz jusqu'à Frouard, notamment du point important de Pont-à-Mousson. Un bataillon fran* <;ais, envoyé de Metz, arriva trop tard pour défendre Puntà-Mousson cl revinl sans combattre.
L'armée du prince Frédéric-Charles marchait sur la Mo* selle pour traverser la rivière entre Metz et Frouard et couper h Bazaine la roule de l'ouest.
L'armée de Stciiimetz, actuellement forte de trois corps, se tenait on ob«^ervali<)n à l'est de Metz. Devant elle campaient le 3^ corps français, Decaen ; le Ladmirault, et des fractions du Frossard, sous la protection des forts Saint-
Julien et Oiieleii.
Dans Taprès-midi du 14, les avant-postes prussiens annoncèrent qu'il y avait beaucoup de mouvement dans les
camps fi ançais et que i'ennenii paraissait vouloir s éloigner de Metz. Nous savons qu'il en était ainsi. Mais si Bazaine réussissait à quitter Metz, il pouvait alors gagner une avance
de deux jours de marche sur l'armée du prince Frédéric- Charles, qui, d'après les calculs, ne pouvait pas attaquer avant îe 10 sur la rive gauche de la Moselle.
Cela détermina le général Steinmetz k ordonner vers 4 heures du soir une grande reconnaissance contre la position française à l'est de Metz. Il coniniaiida pour celle opélion la l'^' division d'infanterie, Bentiieini, du corps de Manteuffei, et la idf^ division d'infanterie, Glumer, du corps de Zastrow.
Lu r*' division s'avança sur la Lirando roiit<; de Sarrebruck; — c'était la !26* brigade d' infanterie, de Goilz, de la 13* division, qui était la plus rapprochée de l'ennemi; la 25* brigade se trouvait beaucoup plus en arrière, à Pange ; la 14* division campait à gauche de Pange, à Bomangeville ; la réserve d'arlillerie du 7" corps à Bazoncoiirt: la 1"" division de cavalerie, Hartmann, ({uî (dait arrivée d'Allemagne avec le corps Manteuffel et avait été donnée à la première armée, était à Frontigny, à Touest de Domangeville.
La 26' brigade attaqua vigoureusement l'arritTe-garde de Decaën à Colombcy; par suite, Decaën arrêta ses troupes déjà en marche et leur fit faire front à l'ennemi. Bazaine, informé de cette altaque, |irrèta également la marche des autres corps et se rendit lui-même sur le champ de bataille.
De leur côté, les deux généraux allemands qui avaient des troupes engagées firent avancer le reste de leur corps d'armée.
Pendant que la 26* brigade combattait à Colombey, la
2* brigade d'iîilanleri'v, de Falkeiistein, de la division Bentheim, marchait sur Montoy et ne tarda pas à être engagée»
d'à deux brigades ne pouvaient pas à elles seules gagner du terrain sur l'ennemi, et elles étaient même dans une situation critique devant des forces supérieures, situation
que l'arrivée îles premiers renforts ne modifia point essentiellement.
Montoy ayant été pris par la 2^ brigade, puis Noisseville par la l*" brigade, de Oayl, Tartillerie allemande qui arrivait s'établit sur les pentes au nord de Montoy où 14 batteries furent réunies et dirigèrent sur les Français un feu concentrique.
Ce n'est qu'à 7 heures que des fractions de la "2'' division, Pritzelwitz, et de la 14', kamccke, purent prendre part au combat. A l'aile gauche, la 18' division d'infanterie, Wran-gel, fut aussi engagée. Le 9* corps d'armée, auquel appartenait cette division, venait d'à; ; i\ ; sur lo théâtre de la guerre et avait été donné à l'armée du prince Frédéric- Charles avec laquelle il marchait sur laMoselle. Mais lorsque le bruit du canon parvint dans le camp de la division Wrangol, qui n'était pas trop loin du champ de bataille, elle marcha d'elle-même au secours des troupes qui combattaient sous Metz.
Ces renforts importants décidèrent enfin la bataille en faveur des Allemands. A la nuit lonibanle, le général Ladmirault essaya encore une attaque contre le flanc droit de l'ennemi en s'avançant, avec une partie du 4^ corps, sur Servigny et Noisseville ; mais il fut vigoureusement reçu par les réserves de Manteudel.
Après rinsuccès de cette dernière tentative, les Français se retirèrent derrière les forts. Les pertes des deux côtes étaient considérables. Les Français affirmèrent que l'aile gauche des Allemands, en s'avançant inconsidérément dans sa poursuite, était arrivée sous le feu du fort Queleu qui lui
avait fait beaucoup de mal, mais les rapports allemands n*on disent rien (1). Le général Decaën était gravement blessé; et ie maréchal Lebœuf le remplaça à la tète du 3* corpF.
Les troupes allemandee reetèrent sur le champ de bataille jusqu'à iO heures du soir ; le 1^ corps y passa même toute la nuit l'arme au bras et ne i^e reUru plus en arrière que le
15 août au matin.
L'attaque des Allemands, le 44 août, avait atteint son but beaucoup plus qu'ils ne l'espëraient. Les 3* et 4* corps français ne purent pas se mellre en marche le 15, ils perdirent çette journée à compléter leurs munitions, ainsi qu'à d'autres opérations administratives.
Le 15, Bazaine fit marcher le 6^ corps, la garde et le 2' corps sur la roule sud qui va de Metz à Verdun par Gravelolte et Mars-la-Tour. La route du nord se sépare de celle-ci à Graveloite et passe par Doncourt, Conflans et Etain. Le 4^ corps et le 3^ devaient prendre cette route, tondis que la garde, le 6^ corps et le ^ resteraient le 16 aux environs de Mars-la-Tour et de Vionvillo jusqu'à ce que le 4' et le 3* corps fussent arrivés à leur hauteur, c'est-à-dire vers Doncourt. L'empereur Napoléon quitta Longeville, le
16 au matin, pour se rendre à Verdun.
Le gros de l'armée du prince Frédéric-Charles était, le IS aoiU, sur la route de Han-sur-Nied à Pont-à-Mousson, et une portion avait déjà passé la Moselle.
(i) Le colonel du génie Merlin, qui commandait le fort Qaeleo, s'étaul •perçu que des i>aUerieâ prussiennes s iHi»ienl port(^cs sur les hauteurs de Hercy-Ie-Haql et malU-ùtalent les réserves du iiolre aile droite, dirigea contre ees liattaries le fm de tes canons degros calibre et les força de se reii- NT. La eolonel Merlin, qui nom a nusoiit^ ce fait, nous disait que c'était là loBte la part que le lort Qoelea avait priie à la balaUle de Bomy.
(Note in frwdMeivK
Le corps le plus avAncé était la 5* division de cavalerie^ Rheinbaden, à Thiaucourt ;
Derrière était l'avanf-garde da l(K corps d'armée, entre Thianeourtet PooMt-Monsson;
Lo 3" corps, Alvensleben II, à Cheminot et Vi^ny ; Le 9' corps, Manstein, à Buchy, et plus au sud, le 12^ corps, prince royal de Saxe, à Soigne;
Le 2* corps, Pransecky, à peine arrivé sur le théâtre de la guerre, à Han-sur-Nied.
La 6* division de cavalerie, duc Guillaume de Mecklen*bourg, dtt 3^ corps d'armée, était détaché vers Metz sur la rive droite de la Moselle, et formait un groupe accessoire au nord du gros de l'arméQ.
Un groupe accessoire du sud se composait du corps de la garde prussienne et du 4* corps d'armée.
Le gros de la garde élait à Dieulouard sur la Moselle et avait son avant-garde au sud-ouest sur la rive gauche de la Moselle, aux Quatre-Yents ; la brigade de dragons de la garde.'comtede Brandebourg II, était h Rogéville.
Le 4® corps d'armée, Alvensleben I*"", avait sa lùte à l^larbache, au-dessus de Dieulouard, le gros était encore sur la rive droite de la Moselle, jusque vers la SeiUe.
Ce groupe du sud, auquel devait se joindre le corps d'armée saxon, avait déjà piobablement pour mission d'appuyer la marche sur Paris du prince ro^al, en premier lieu contre le camp de Chàlons et les troupes qui s'y réunissaient, il ne commença du reste à jouer ce rôle qu'après la bataille de Gravelotte (18 août).
Le quartier général allemand ne savait pas encore au juste, le 15 au soir, ce que ûûsaii fiasaine. Lequartier général du prince Frédérics-Charles était à Pont-à-Mousson ^
<selui du roi au château de Herny» d'où il alla visiter» le 15, le champ de bataille du 14.
Le II) au matin, le prince Frédéric-Charles ordonna que la division de cavalerie liliembaden, renforcée de iabrigade de dragons de la garde, s'avancerait de ïhiaucourt au nord jusqu'à la route sud de Metz à Verdun. Pour soutenir cette
cavalerie, la ItHe du 10'^' corps d'arrndc devait s'avancer sur Thiaucourt, pendant qu'un détachement de ce corps descendrait la rive gauche de la Moselle*
Il ordonna en outra que le 3* corps d'armée passerait la
Moselle et marcherait, par (lorze, sur Mars-la-Tour ; que le 12' corps irait de Soigne à iSomény pour se rapprocher de Pont-à^Mousson.
Ces dispositions avaient pour bût une grande reconnaissance destinée à faire savoir positivement si Bazaine marchait ou non sur Verdun; et, s'il le faisait, les troupes nécessaires devaient en même temps être prêtes à s'opposer à cette marche.
Le prince ayant reçu, dans l'après-midi du 15, des rapports qui rendaient assez vraisemhl.il tK^ la marche en retraite de Bazaine» il donna de nouveaux ordres afm de pouvoir l'attaquer vigoureusement de flanc le 16 ou le 17 août.
D'après ces ordres, le 3^ corps d'armée et la 6* division de cavalerie, après avoir traverse la Moselle. tles.iieiiL marcher par ^ovéant et Gorze, sur Vionville et Mars-la-Tour.
 gauche de ces troupes* le lO'' corps d'armée et la o* division de cavalerie s'avançaient vers Saint-Hilaîre, sur la route sud de Verdun.
Le 9*^ corps d armée était dirigé sur Sillegny ; il devait ensuite, le il, suivre le 3^ corps d'armée surGorze. — Cet ordre fut presque aussitôt modifié à la suite d'instructions et d'ordres arrivés du quartier général du roi. Ces ordres
disaient nolainmcnt (luo le 7* et le H*^ corps de la première armée prendraient position, le IG, au sud de Metz, entre la Moselle et la Seille, sur la ligne Ârry-Pommerieux. 11 devenait alors inutile que la deuxième armée laissât un corps au sud de Metz sur la rive droite de la Moselle, et le 9* corps reçut en conséquence rordro do continuer sa marche le 10, de suivre le «i* corps le plus loin qu'il pourrait, et d'achever ensuite de passer la Moselle le 17 pour prendre, comme le ti^ corps, la direction de Mars-Ia-Tour.
Le 12* corps d'armée fut dirigé suf Font-à-Mousson, avec son avant-"ardc sur Rec^niévillc-en-IIaye. Il servait ainsi de réserve au 10*^ corps, comme le 9" corps au 3«.
Le corps de la garde prussienne prit également la direction de la route de Metz à Verdun. Il devait marcher de Dieu-. loLianl à l'ouest sur Bernécourt, et son avant-garde allait au nord-ouest jusqu'à Rambueourt.
Le 2* corps, le plus éloigné de Tennemi, devait aller le 16 à Buchy, et traverser la Moselle le 17 à Pont*à-Mousson,
Pendant que le gros de la deuxième armée était dirigé, le 10 et le 17 août, vers la roule de Metz k Verdun, c'esl-à-dire contre le Uanc gauche du mai échal Bazaine, dans sa marche supposée sur Verdun, le 4^ corps d'armée recevait une destination particulière. 11 devait se concentrer, le 16, sur la rive gauche de la Moselle, entre le Saizerais et Marbache, et envoyer ï^on avant-f^arde à Jaillon sur la route de Toul.
Il *'(ait évident qu'on ne s'attendait pas le 15 au quartier général du prince Frédéric^Charies à livrer bataille le 16. En effet, les corps les plus avancés, le IS à midi, avaient encore à laii c 30 kilomètres pour arriver sur la route de Metz à Verdun. On pouvait dans tous les cas arrêter Bazaine avec la cavalerie allemande qui atteindrait cerfainement dès le 16 les colonnes françaises; puis on livrerait, le 17,
la bataille qui devait rejeter Bazatne sar Metz. Gependtnt
l'ardeur des corps d'armée allemands devait amener dès le 16 un résultat qui servit de base au succès décisii du 18 aoùL — > 11 n'est pas moins vrai que» sans la lenteur effrayante du commandement de Tarmée française qui, loin de comprendre la véritable situation, se mentait à lin-iiirme, k journée du 10 août n'aurait certainement pas été aussi favo^ rable aui Allemands.
Nous allons suivre en premier lieu les deux corps ail»» mands les plus avancés, d* et iO* corps, ainsi que les divisions de cavalerie qui leur étaient attachées.
Le 3" corps allemand passa la Moselle le 15 au soir sur trois points : les ponts permanents de Novéant et de Pontà-Mousson et un pont de campagne, jcIl' par les Prussiens enUe les deux premiei's, à Champey.
La î>' division d'infanterie, Stulpnagcl, et la 6" division de cavalerie» Guillaume de Meckleaboui'g, passèrent k Moféant;
La 6* division d'infanterie, Buddenbrock, à Champey ;
L'a; Uilcni: du corp^ d auiiue a Punt-à— Mousson.
Le 10 août, ù o heures du matin, Tavant-garde du corps était à Onviile, la G" division derrière à Pagny et ArnaviUe; la division de cavalerie était encore plus loin ainsi que la 5* division ; d'après l'ordre qu'elle avait reçu, la division de cavalerie du 3'' corps devait être, le 10 à 5 heures et demie, sur la rive gauche de la Moselle et marclier ensuite par Gone sur Vionville ; la 5* division d'infanterie devait la suivre dans celte direction»
Le 10, il 1) heures du malin, la division Buddenbrock se mit en marche sur Vionville. D'après les rapports de ses patro«illes, les avant<postes français étaieni à Vionville et TronviHe» et Ton voyait derrière de vastes camps tentes.
AliuiL honres du malin, on annonça que les Fran«;ais paraissaient murciier de Monville au nord et à Touest.
A cette Douveiie» Alvensleben ordonna à la division fiuddeabrock de mareher snr Mars-la-Tour et Jarny, pour cou*
per la retraite à 1 ennemi s'il ciierchail réellemenl à se retirer.
Adroite de la division Buddenbrock, la 0^ division de, cavalerie arriva vers 9 heures du matin sur les hauteurs au sud de FlsTigny ; elle refoula les avant-postes de cavalerie
française et onvoya des délacheincnts jusqu'à la roule sud de Metz à Verdun. Ces détachements reconnurent que V ion- Tille et RezonviUe élaient fortement occupés, et que des masses ennemies étaient déployées en arrière de ces vil-* lages.
Alvensleben ordonna alors à la division Buddeui)rock» qui était arrivée àTronviile,de faire un à-droite et d'attaquer les hauteurs de Flavigny et de Yionville. BuddeÀhrock déploya son artillerie sur la hauteur de Tronville et, lorsqu'elle eut tiré pondant quelque temps, il lit avancer son infanterie. Il était alors un peu plus de 10 heures. Après un combat trèsacharné, les Prussiens s'emparèrent des hauteurs, et ils occupèrent ensuite sans grande résistance les villages de Vionville et de i iuvigny. La réserve d'aililleric du corps d'ai'Uiee, qui arriva sur ces entrefaites, prit position contre Besonville au sud-est de Flavigny.
La division Stulpnagel, à droite de Buddenbrock et de h 6* division de cayalerie, commença vers 10 heures à sortir du ravin de Gorze en Cicaladanl les hauteurs d'Anconville. KUe avait rallié le détachement du lO" corps d'armée, qui aivait été déiiché»lel5, sorNovéanUpar la rive gauche delà Moselle, sous les ordres du colonel Lyncker. Ce détachement se compoââit de deuJL batailions et d'une Laiterie.
Stulpnagel rencontra au bois de Vionville des bataillons français qui y avaient été détachés de Rezonville. Après un combat très^-long» il les délogea du bois de Vionville et du bois de Saint-Àrnould, situé au nord du premier. A midi, le 3* corps d'armée occupait une position s'étendant de l'angle nord du bois de Saint-ÂrnouKl jusqu'à Vionville : Stulpnagel à droite, Buddenbrock à gauche, et la division de cavalerie entre les deux. Les Français exécutèrent à plusieurs reprises des attaques de cette position, mais ils fiirent vigou' rcuseuient repousses. La cavalerie allemande, qui s'était avancée de l'autre cùté de la route entre UezonviUc et Vionville, prit aussi part à ce combat, mais elle fut reçue par de rinfanterie française encore intacte qui lui .fit éprouver de grandes pertes.
La 5*^ division de cavalerie, Uheinbaden, avait passé la nuit du 15 au 16 août à Xonvilie, ausud de Mars-la-Tour; elle en partit de très-bonne heure pour Mars-la-Tour où elle rencontra les têtes de colonnes ennemies. Rheinbaden informa donc, à îl heures et demie, le crénéral d'Alvensleben qu il allait appuyer par Mars-la-Tour sou attaque contre Vionville, et qu'il faisait connaître en même temps aux ce* lonnes du 10^ corps d'armée qui se trouvaient en marche quelle était h véritable situation de rcnnemi.
La division Uheinbaden avait été renforcée, pour la journée du 16, de deux batteries à cheval de la réserve du 18® corps.
La masse du lO*" corps avait été dirigée de Thiaucourt sur Saint-IIilaire, sur la route de Metz à Verdun, à environ 13 kilomètres à l'ouest de Mars-la-Tour. Son mouvement était donc très-étendu par rapport à la véritable position de Bazaine.
Un détachement de flanc, la 37' brigade d'infanterie.
Lehm&nn, encore forte de 4 bataillons après avoir détaché
les 2 bataillons de Lyncker, et renforcée de 2 escadrons et d'une batterie, faisait encore un plus grand détour et marchait sur Chambley, au sud de Mars-la-Tour, pour y soutenir Rheinbaden. Ce détachement était parti de Thiau* court à 4 heures et demie du matin.
A 5 heures du matin, le reste de la 19' division (Tinfanterie» Schwarzkoppen, c'csl-à-dire la 38' brigade, Wedeil, et â batteries, partirent de Thiaucourt pour Saint-Hiiaire, et la brigade de dragons de la garde se joignit à ce détachement!
La 20*^ division d'infanterie, Kraal/^-Ko?chlau et la réserve d'artillerie du lû<^ corps partirent, le 16, à 4 heures et demie du matin, de Pont-^à-Mousson pour Thiaucourt.
Lorsque la brigade Lehmann entendît le canon, elle marcha de Chumblcv sur Tronvilleoù elle arriva à M heureset demie, et se mit à la disposition du commandant du â' corps, Âlvensleben.
Schwarzkoppen ne reçut qu'à midi Tordre de se rendre
sur le champ de balaille , lorsqu'il élait déjW î)rès de Saint-ililaire. La brigade de dragons de la garde n'avait pas attendu cet ordre pour marcher au canon. Schwarzkoppen arriva, vers 3 heures du soir, entre Sponville et le Boisla-Dame.
Ivraalz-Koschîau marcha le plus vite qu'il put do Thiaucourt au nord par Xammes et Chambley, et ses têtes de colonne paraissaient à 4 heures du soir aux environs, de Tronvitle. Une heure auparavant, rartillerie de réserve du
10® corps, qui précédait la division, était arnvée au même lieu.
11 résulte dé ce qui vient d'être dit que le 3^ corps d'armée ne reçut pas avant 3 heures et demie d'autre secours
d'infanterie du 10^ corps que la brigade Lehmann. Ce n'est que plus tard que des fractions des 8* et 9^ corps d'armée prirent part au combat.
La IG*^ division, Barnekow, du 8® corps, arrivait à midi de Fontigny à Arry, sur la rive droite de la Moselle, où elle devait passer la nuit du 16 au 17. £n entendant le canon, Barnekow se mit en marche à i heure du soir pour No-* véaiit; il v passa la ^loselle, et sa tùto tle colonne arrivait k 3 heures et demie à Gorze, à 4 kilomètres au moins du champ de bataille. Le 11'- régiment d'infanterie, du 9" corps d'armée, se joignit à lui et tut attaché à la 32* bri-» gade, Rex.
Le prince Frédéric-Charles reçut vers midi h Pont-à- Mousson la première nouvelle de l'engagement du 3" corps d'armée. Avant de se rendre sur le champ de bataillct où il arriva k 3 heures du soir, il ordonna au général de Mansteîn, coninianJaiit le 9" corps, de couvrir le tlanc droit du 3*^' corps et de le soutenir autant qu'il pourrait.
Manstein envoya alors à Gorze le prince Louis de liesse avec la 49^ brigade d'infanterie, de la division hessoise, 3 batteries et 1 régiment de cavalerie. Ces troupes passèrent la Moselle à INovéant à 4 heures du soir et arrivèrent h Gorze à 5 heures et demie.
Maintenant que nous savons quelles sont les troupes qui prirent part à la lutte et à (|!iolle heure elles s'engagèrent, revenons au champ de bataille.
Nous l'avons abandonné peu d'instants après midi, lorsque le 3° corps d'armée était vivement pressé, dans sa position du bois de Saint-Âmould à Vionville, par les attaques réitérées des Français.
Après qu'une nouvelle attaque contre Vionvillc eut élé repoussée à i heure et demie de l'après-midi, Buddenbrock
reçut Tordre de se maintenir arec son ai!e droite dans Vionville et Flavigny, et d'engager le plus de troupos pub^ible de son aile gauche dans les bois situés au nord de VionviUe, Buddenbrock y envoya d abord le régiment d'infanterie, qui fut successivement soutenu sur son aile gauche par les 4 bataillons de la brigade Lehmann.
Buddenbrock n'avait plus alors en réserve que 2 bataillons du 20*" régiment, de la li*^ bnga<le d'infanterie.
Ce combat de bois fut des plus meurtriers, et pendant qu'il durait encore, il se produisit un nouveau danger.
Jusqu'à ce moment, les corps de Canrobcrlet de Frossanl avaient été seuls engagés, et la garde était restée en réserve aux environs de Saint-Marcel. Les corps de Ladmirault et <le Le Bœuf étaient encore sur la route d'Ëtain.
Mais à ce moment, Ladmiiaull lit avancer son corps d'armée de Jarnv et de Doncourt sur Bruville.
Les Allemands lui opposèrent, dès qu'elles parurent, la réserve d'artillerie du 10^ corps et une grande partie des troupes de ce corps d'armée. La première prit position au nord de Tronville et de la route de Vionvilie à Mars-laïour. La division Kraatz-Kosclilau jela, dès son arrivée, $ bataillons dans la partie ouest des bois situés au nord de Vionvilie, et conserva 3 bataillons en réserve derrière ces bois. Elle délaciiu en même temps 3 bataillons pour aller appuyer la division Slulpnagel, aile droite d'Alvenslebcn.
Les Français avaient établi dans le bots entre Saint* Marcel et Vionvilie, près de l'ancienne voie romaine, une masse d'artillerie qui l»atlait avec grand eiïet h partie ouest du bois au nord de Vionvilie et les batteries prussiennes placées près de ce village. L'infanterie prussienne sortie des bois , se porta contre cette artillerie , la força en partie d'abandonner ses positions et lui prit un canon.
A peu près au même moment, Âlvensleben Bt attaquer une autre l)ciUei ie franraise. ('tablio sur la hauteur au nordouest de Hezonville, par la 1±' brigade de cavalerie, Bredow (7^ cuirassiers, 16^ uhlans et 13^ dragons). Les cavaliers allemands pénétrèrent dans la batterie, sabrèrent les ser* vanls, et all:i(|Lu niit ensuite l'infanterie placée en arrière, mais le fou des chassepots les iorça de reculer. La brigade Bredow fit dans cette occasion des pertes énormes.
Lorsque la brigade Wedell, du 10* corps, arriva sur le champ de bataille, on lui accorda une heure de repos dont elle avait grand besoin après la longue marche qu'elle venait de faire, puis elle fut envoyée à 4 heures à Test de Mars-la-Tour contre Bruville et les positions qu*y occupait le corps Ladmirault. Décimée, dans celte marche, par les obus français qui incendièrent aussi Mars-la-Tour, cette brigade ne put résister à Tattaque de l'infanterie française et fut obligée de se retirer.
Quand la brigade Wedell se porta en avant, la réserve d'artillerie du 10*^ corps prit position sur les hauteurs à l'est de Mars-la-Tour, sous la protection du i*'' régiment de dragons de la garde , afin de soutenir le mouvement de Wedell ; le 2* régiment de dragons de la garde se forma au jioid de Mars-la-'i our. Le cjént'ral de Uheiiibadcn avait, à l'ouest de Mars-la-Tour de sa division, la brigade Barby (4^ cuirassiers, 13^ uhlans et 19® dragons), le Id^'dr^ons» de la brigade Bredow, et le lO'' hussards, de la brigade lledcrn.
Lorsque Wedell dut i>e replier avec de grandes perles, sa retraite fut protégée par le feu de l'artillerie de réserve du 10^ corps, et par des charges répétées des dragons de la division Rheinbaden qui firent preuve de la plus grande bravoure mais subirent de grandes pertes. Les dragons de
la garde eurent affaire à l'infanterie de Ladmirauit> Rhein* baden à cinq régiments de cavalerie française de la garde
qui devaient couvrir Textrènie droite de la position de Bazaine. On se battit avec rage, mais les balles et les obus firent plus de mal que le sabre à la cavalerie des deux
partis.
Lorsque Voigls-IUietz s'aperçut du mouvement de retraite de la brigade Wedell, il ordonna au générai Kraats- Koschlau de rallier sur la hauteur de Tronviile tout ce qu'il
pGun ail de ses bataillons engagés dans le combat do bois, pour permettre à Wedell de se reformer sous leur protection*
Pendant que ces choses se passaient à l'aile gauche des
Allemands, la division Stulpnagel à l'aile droite avait repoussé des attaques répétées et presque aussi rudes que celles qu'avait soutenues la division Buddenbrock.
Dès que la division Bamekow, du corps d'armée, arriva, elle envoya d'abord 3 batteries et 3 escadrons du 9® luissards soutenir directoment Stulpnagel. Le prince Frédéric-Charles dirigea la brigade Rez par Gôte-Mousa, à travers le bois de Satnt-Arnould, sur Rezonville d'où les Français s'étaient portés contre le flanc droit de Stulpnagel par le bois de Saint-Amould et le bois des Oignons.
La brigade Rex, forte comme nous savons de 3 régi-^ ments, pénétra jusqu'à la lisière nord des bois de Saint- Amould et des Oignons, mais elle ne put en déboucher pour marcher sur Rezonville. Bazaîne porta sur ee point l'infanterie de la garde qu'il avait tenue jusqu'alors en réserve. Néanmoins le inoiu ornent de la brigade Rex fut des plus utiles parce qu'il empéclia les Français de por«« ter de plus grandes forces contre l'aile gauche des Allemands.
La 49' brigade, hessoise, tiiii avait envoyé deux batteries soutenir directement Siulpnagel, phi part au combat plu» loin sur la droite que la brigade Rez, en s'aYançant à travers le boîs des Chevaux et celui des Oignons d*où elle délogea les Français.
Sur ce point comme à l'aile gauche des Allemands, ce n'est que la nuit qui mit (in à la lutte. Ladmirauit et Canro* bert prirent encore une fois l'offensive contre cette aile gauche vers 6 heures et demie; cette attaque repoussëe, des Iroupos de Kraatz-Koschlau et de Buddenbrock s'avancèrent de nouveau de Mars-la-Tour et de Yionville contre les bois situés au nord. Les Français recommencèrent une dernière fois un feu très-violent à 7 heures et demie» mais ce n*étnil que pour couvrir la retraite de leur aile droite vers la route nord de Metz h Verdun.
Lorsque le feu cessa, le prince Frédéric-Charles fit marcher, vers 8 heures» la 6^ division de cavalerie de Flavigny sur Rezonville ; et, dans ce mouvement, la brigade Rauch, 3*^ et !<>• hussards, fit encore des prisonniers.
A 9 heures du soir tout était fini. Les deux partis bivouaquèrent sur le champ de bataille. Les Prussiens avaient gagné peu de terrain, mais enfin ils en avaient gagner Bazaiiie ne pouvait plus songer à prendre la roule sud de Verdun qui se trouvait tout entière au pouvoir des Allemands.
La bataille avait été sanglante des deux oAtés. Les Prusûens évaluèrent leurs pertes à environ 17,000 tués et blessés, dont 650 officiers, c'est-à-dire \ onicier sur 26 hommes. Comme les Français avouèrent eux-mêmes 15,000 blessés» qu'ils perdirent 3,000 prisonniers non blessés, et que la proportion des tués aux blessés est en moyenne de 1 à 3, on peut estimer leurs pertes totalesà
23,000 hommes (1). Les trophées du vainqueur étaient du reste insignifiants, ce qui prouve l'acliarnement de la lutte des deux côtés.
On peut dire que le nombre des combattants était à peii près le même; les Français avaient engagé divisions dont plusieurs étaient déjà alTaiblies par les combats des jours * précédents; les Allemands avaient à peu près l'équivalent de 3 corps d'armée, mais qui avsdent aussi déjà souffert, de sorte qu'on peut estimer que chacun des partis avait engagé 80,000 hommes.
IX. Bataille devant Mciz, le 18 août, aussi nommée bataille de UraveloUe
oa de baint-Privat-larUoQtagne.
Le maréclial Bazaine n abandonnait cependant pas, le lt> au soir, le dessein de marcher vers l'ouest pour se réunir à Mac-Mahon.
Examinons dans (|uelle siLuuUon il se trouvait.
Bazaine devait désirer se réunir à Mac-Mahon autant que possible sans combattre. Il ne pouvait plus le faire en pre^ nant la route sud de Verdun puisqu'elle était au pouvoir des Allemands. Cela lui était aussi presque impossible par la roule du nord, parce qu'elle est trop près de la route du sud et que la cavalerie prussienne serait certainement, le 17août« entre Etain etDoncourt.
n restait alors deux autres routes : celle de Stenav ou de Sedan par Brioy et Montniédy, et celle de Longwy par Thionville, pour gagner ensuite btenay ou Sedan. Ces deux
(1) 0Mdfici«rs de l'état-major gt'nf^ral de l'année de MeU afl^ment qo» nos pertes forent, la 16 aoat, dt 16,000 bommit et de 800 offieienj — 1 oilicierpoiir SO hoomMi.
(A'ûie du iradyicltwr).
routes font un grand détour pour arriver à la Meuse et sont beaucoup plus longues que celle de Verdun. Gela eût été de peu d'importance si Ton avait été certain de ne pi^ avoir à livrer bataille aux Allemands ; niais il n'en était pas ainsi.
Pour pouvoir s'éloigner de McLz avec une force respectable, il Malt que Bazaine ne laissât dans la place qu'une faible garnison avec les gardes mobiles et la garde nationale sédentaire qui s'y trouvaient déjà; alors il suffirait d'un corps prussien pour observer la ville ; le gros des armées de Stetnmetz et du prince Frédéric-Charles pouvait être instruit du départ de Bazaine, se mettre Immédiatement à sa pour* suite et mèine arriver avant lui sur la Meuse.
Gela était d'autant plus probable que Bazaine se dirigerait plus vers le nord. La route de Longwy par Thionville était celle qui l'éloignait le plus des Allemands au début, mais il fallait ensuite revenir de Longwy vers le sud et aller par suite au-devant des Allemands.
C'est pour ces motifs que Bazaine cboisit pour ligne de retraite la roue de Briey-Lonf^uion. Il ne restait plus qu à décider quand il commencerait cette retraite.
Naturellement le plus tôt serait le mieux; mais il n'y avait pas à y songer pour le 17 août. Il fallait en effet évacuer les blessés, compléter les munitions dont on avait fait, le IG, une consommation eftroyable» ainsi que les vivres. Le plus tôt que Ton put commencer la retraite, c'était dans la nuit du 17 au 18, car, sana ce délai do rlqiart, tous les bommes étaient beaucoup trop fatigués ]>ar la sanglante journée du i6 pour pouvoir faire une marche forcée.
Si les Prussiens ne bougeaient pas le 17 et le iS, Bazaine, parlant dans la nuit du 17 au IcS, pouvait arriver le 18 à Longuion par une marche forcée, ce qui lui donnait une avance importante. Mao-^Mahon» de son côté, informé du mouve-
ment de Bazaine> pouvait quitter le camp de Cliàions et venir sur Youziers au-devant de l'armée do Metz. Les opérations pour la réunion des deux armées dépendraient ensuite des
circonslanees.
11 est vrai que l'espérance que les Alleniauds resteraient immobiles le 17 et le 18 était si faible qu'on ne pouvait point s'y abandonner légèrement. Bazaine le sentait fort bien et il prit en conséquence, le 17 août, une position qui lui i)arut avantageuse pour le cas uu il serait attaqué avant d'avoir pu se mettre en marche.
Cette position» regardant à peu près l'ouest, s'étendait dû nord au sud entre deux cours d'eau : la Mance et le ruisseau de Chùtel-Saint-Germain. Elle appuyait sa droite iklloncourt et Saint-Prival-la-Montagne, et passait ensuite par Amanviiliers, Montigny-la-Grange, les fermes de Leipzig et de Moscou, les auberges de Saint-Hubert et du Pointpdu-Jour, pour se terminer à Rozereuilles, Jussy et la Moselle. La Mance se jette dans la Moselle on ;ivant de la position, îi Ars-sur-Moselle ; le ruisseau dû baint-Germaia en arrière de la position à Moulins-les^Metz.
A Taile droite de la position étaient le i6* corps, Ganrobert, et le4^ Ladiiurault ; à YmUi gauche, lo 3* corps, Lebœuf, et le 2% Frossard ; la garde était en. réserve.
Les points les plus importants en avant de la position étaient Saînte-Marie-aux-Chènes, Yerneville, Gravelotte et le bois de Vaux.
Les avantages qu oÛrait cette position étaient les suivants :
Elle n'était pas trop rapprochée des positions actuelles des Allemands, de sorte que ceux-ci, s'ils ne voulaient pas
absolu iiient combattre, n'y étaient pas invités directement le 17 et peut-être même le 18 août.
fille n'était pas trop étendue pour les lorces relativement peu considérables dont disposait Bazaine. Son front Ti*avait pas plus de 6,000 pas, de sorte que Bazaine avait 6 hommes sur cliaque pas du front, en ëvaluant à 96,000 , hommes ses forces disponibles.
Le front de la position était naturellement fort. Les hauteurs à Test de la Mance s'élèvent en terrasse jusqu'au plateau de Saînt-Privat, Amanvilliers et Saînt-Hubert et se prêtent admirableHieal à la coiistruclion des tranchées-abris, dont le marcciial Niel avait recommandé l'emploi dans une înstiiiction du 9 avril 1868 et qu'on avait ensuite essayées au camp de Châlons. Beaucoup de ces tranchées-abris furent creusées dans la position le 17 août.
4° L'aile droite de la position occupait la route de retraite sur Briey et Longuion.
^ L'aile gauche de la position était particulièrement forte. ËUe avait devant son front des bots qui ne sont jamais lavorahles a une inarche rapide Je 1 agrc. scur, et derrière elle les forts de Saint-Quentin et de Plappeville. En admettant que les Prussiens n'attaquassent que l'aile gauche des Français, elle pouvait se retirer derrière ces forts après une résistance convenable, et il n'était pas ensuite invraisemblable que la retraite de l'armée française pût s'cH'cctuer.
Observons de suite que les Français croyaient en ce moment aux Allemands beaucoup moins de troupes qu'ils n'en avaient réellement. Ainsi, tandis que Bazaine croyait, à tort comme nous savons, avoir eu affaire, lé 16 août, à des forces lr^s-s^Ipé^ieures en nombre, il ne savait pas, le 17, cette eûrayantc vérité, c'est que les Allemands pourraient lui 'Opposer le lendemain plus de troupes fraîches qu'ils n'en avftientengagéesle 16,tandisquelu!-mémen'avaîtplu8 detroti» pes fraîches, si l'on en excepte peut-être le corpsde Lebœuf.
Cepe&daot, quoi qu'on puisse objecter aux disposiUom <que prit Bazaine le 17 août, il faut néanmoins reconnaître
que c'étaient les meilleures qu*il pût prendre dans les cir- •constances où il se trouvait, surtout quand on songe qu'à la ^erre il faut toujours risquer quelque chose , et faire )a part soit du hasard, soit de la destinée.
. Transportons-nous dans le canîp allemand.
Le soir de la bataille de Yionville, 16 août, les troupes demandes qui avaient pris part au combat campèrent dans Tordre suîyant, de la droite à la gauche :
Les troupes de la ^5'' division (liessoise) dans les bois des Oignons et des Chevaux. Les troupes de la 25*^ division qui n'avaient pas pris part au combat du 16, se rendirent le 17 jde très-bonne heure dans ce même bivouac;
La 10'' division, Bariiekow, à Cùte-Mousa; , La 5^ division, Stuipnagel, à l'ouest du bois de Vion* ville;.
La 6^ division de cavalerie, duc de Mecklenbourg, au sud deFlavigny;-
La réserve d'artillerie du 3^ corps d'armée, au sud de la 4^ division de cavalerie ;
La G'" division d inlanteric, Buddenbrock, enLie Yionville et Tronville;
Le 10^ corps d'armée et la 5^ division de cavalerie» à J'ouest de Tronville.
Le prince Frédcric-Charles nul son quailier général à Govze où il se rendit à 9 heures du soir.
il avait auparavant envoyé au roi Guillaume qui se trouvait à Pont-à-Mousson un rapport sur les événements de la
journ('e du 16.
11 était dililcde au quartier général du prince Frédéric- Charles d'apprécier exactement les résultats de la baiaill^
du 10. 11 était clair cependant que Bazaine chercherait de nouveau à se retirer vers Touest» ou qu'il accepterait une bataille devant Metz pour empêcher, s'il pouvait, d'en compléter l'investissement. Il était certain aussi que les troupes allemandes, qui avaient combattu le 16, avaient subi de grandes pertes, étaient épuisées de fatigue, et qu'il importait de les relever en appelant sur le champ de bataille le plus de troupes fi aiciies possible. En conséquence, un ordre du 16, à 1 1 heures du soir, appela d'abord les corps qui pouvaient arriver le 17 sur le champ de bataille.
Du 9^ corps, Manstein, dont nous avons déjà vu en action la25« division (hessoise), la 18*" division était, le 16 au soir, à Onville et Amaville, et la réserve d'artillerie du corps d'armée était plus au nord dans le bas de la vallée de Gorze. Le (quartier général de Manstein était à Novéant. Ce général reçut Tordre de s'établir, le 17 au point du jour, sur le plateau situé à 4 kilomètres au nord-ouest de Gorze. Dans le fait, les têtes de colonne de son corps d'armée se formaient, le 17 à 6 heures du matin, au nord d'Ânconville, à l'ouest du bois de Yionville*
Le corps de la garde prussienne avait, le 16 au soir, son ijuarlicr général et le gros de ses t'urccs à Bcrnécoui t, son avant-garde à P^ambucourt. il reçut Tordre de marcher par Saint-Benoit-en-Wœwre sur Mars*la-Tour pour s'y former à gauche du 12" corps (saxon). — Le prince Auguste de Wurtenkberg, chef du corps <!o la garde, aux prcmirres nouvelles qu'il reçut de la bataille de Vionvilic, avait déjà pris sur lui de réunir ses divisions à Richecourt et Flirey, dans la direction du nord. Il ne reçut qu'à 3 heures du matin, le 17, l'ordre du prince Frédéric-Gliarles, mit son corps eiè marche à 5 heures et, vers 3 heures du soir, il établissait son bivouac entre Mars-la-Tour et Hannonville au Passage.
Le gros du 12'' corps était, le 10 au sûir, àlV)iit-îi-Mousson, son avant-garde sur la route de Thiaucourt à liegniéviileen-Haye. Il reçut Fordre de marcher par Thiaucourt sur Mars-la-Tour, à Test du corps de la garde. Le roi de Prusse , avait informé lui-même le prince royal de Saxe des événements de Vionville et lui avait ordonné directement de se mettre en marche. Lorsque le prince royal de Saxe reçut l'ordre que le prince Frédéric-Charles lui envoyait de Gorze, il fit prendre les armes à son corps d*armée, se mit en marche îi 2 heures du matin et arriva vers 2 heures (h? raprès-midi entre Mars-la-Tour et Puxieux.
11 était impossible de compter sur le 4® corps d'arme'e dont l'avant-garde était à Jaillon et le gros entre le Saixerais et Marbaehe. Le prince Frédéric-Charles ne changea donc rien aux on li es qu'il lui avait envoyés le 1(> août à midi et qui lui prescrivaient do marcher par Boucq sur Soncy, et, le cas échéant, de tenter une surprise contre la place de Toul.
On ne pouvait pas compter non plus, au moins pour le 17 août, sur le corps d'armée qui se trouvait le 10 au soir à Buchy et encore plus loin à l'est de la Moselle. Il ne lui fut donc pas envoyé de nouveaux ordres lo 16 ; et les anciens lui prescrivaient de marcher, le 17, sur Pont-à- Mousson.
Le roi Guillaume <le son côté, lorsqu'il avait donné ses ordres au prince royal de Saxe, avait prescrit en même temps que la première armée enverrait sur la rive gauche de la Moselle le 8^ corps» le 7« et la 1"* division de cavalerie» pour appuyer l'attaque de la deuxième armée. Elle ne conservait donc sur la rive droite de la Moselle que le 1^'' corps d'armée et la 2fi division de cavalerie.
Le prince Frédéric-Charles fut informé à Gorze de ces dispositions, dans la nuit du 16 au 17.
Le 7* et le 8" corps jetèrent pendant la nuit plusieurs ponts sur la Moselle; ils se mirent en marche le 17 de trèsbonne heure et, entre une et deux heures de l'après-midi» ils étaient : le 8*^ corps, au sud de RezonviUe» la 1" dmsion de cavalerie derrière lui; le 7% au sud de Gravelotte jusque vers Ars-sur-Mosello.
€es deux corps d'artaée se donnaient la main au bois des Oignons.
Le prince Frédëric-^harles partit de Gorze le 17» à
•k lieuies du malin, pour se rendre sur le champ de bataille, où le roi de Prusse arriva lui-même à 6 heures du matin.
Les troupes allemandes qui se trouvaient sur le champ de bataille prirent les armes le 17 de très-bonne heure. Les
corps iiançais qui étaient encore on position devant la route de Vionvilie à liezonville se retirèrent vers l'est, sous la protection de lignes avancées de tirailleurs, et on les vit à midi s'établir dans leurs nouvelles positions.
Comme les troupes fraîches allemandes, ainsi (jue nous Tavons dit, ne pouvaient arriver coraplétemeut avant ' 3 heures du soir, après avoir fait de longues marches qui nécessitaient quelque repos, on ne pouvait pas songer à attaquer le 17 la position française.
A une heure du matin les Allemands organisèrent donc leur ligne d' avant-postes depuis le bois des Oignons jusqu'à Ville-sur-Yron, en passant par la hauteur au sud de Resonville et le bois au nord-ouest de Yionville. (Voir le plan.)
Les troupes qui étaient le matin sur le champ de bataille avaient fait la soupe, dès que la retraite des Français à lest avait été certaine.
De forts détachements de cavalerie forent envoyés au nord dans l'après-midi pour observer les routes d'Etain et de
Briey, et les moavements que pourraient y faire les Fnn-
Vers "1 heures du soir^ le roi, qui se trouvait au sud de Fl$vi|pfty, fit ordonner par le général de Moltke la disposition suivante pour le 18 août :
« Demain 18, la deuxième armée s'avancera en ('chelons entre TYron et le ruisseau de Gorze, — ou entre Ville-sur- Yron et Rezonviile. Le 8^ corps d'armée se joindra à ce mouvement à l'aile droite de la S* armée. — Le 7* corps sera d'abord chargé de protéger les mouvements de la 2* armée contre les entreprises ennemies qui pourraient venir de Metz. Les ordres, postérieurs de S. M. le Roi dépendront des.disîr positions de l'ennemi. Les premiers rapports seront envoyés à Sa Majesté sur la hauteur au sud de Flavigny. »
Comme on avait résolu de ne livrer bataille que le 18 août, il était possible que le^* corps d'armée, qui devait arriver le 17 à PonMi-Mousson, vint prendre part au combat, au dernier moment c'est vrai, mais peut-être au moment décisif. On lui envoya donc l'ordre à une heure de partir le i8 à 4 heures du matin de Pont-à-Mousson pour marcher sur Ârnaville, Bayonvilie et Onville, jusqu'à Buxières où il <ievaii faire la soupe et se former en masse. La marche ainsi ordonnée au ^ corps est de 30 kilomètres au moins et pouvait se faire en 9 h 1 0 heures, y compris le d('part et l'arrivée,
La disposition générale que nous avons donnée plus haut consistait à placer la deuxième armée et le 8^ corps sur un front k peu près parallèle à la route de Metz à Doncourt.
Ce mouvement achevé, si l'ennemi veut se retirer sur Doncourt ou sur Briey, l'armée allemande continue de marcher vers le nord et se tient prête à attaquer.— Si, aii con* traire, l'armée française reste dans la position Âmanvilliers- Rozerieulles où nous la savons, l'armée allemande devra
continuer la grande conversion à droite qu"elleacoriiiiienc»M% autour du 7" corps d'armée comme pivot fixe, pour attaquer ensuite les positions françaises.
Le roi de Prusse revint après deux heures & son quartier général de Pont~à-^Ioiisson ; et vers 3 heures, le prince Frédéric-Charles mit le sien àBuxières, au sud de Tronville.
Le 18 août, de très-*bonne heure, le prince Frédéric- Charles donna verbalement ses instructions aux commandants de corps de la deuxième armée : à 5 heures, au sud de Mars-la-Tour, aux chefs des corps de l'aile gauche, 12'*, garde» et 10'' corps; à o heures et demie, h l'ouest de Yionville, aux chefs des corps de l'aile droite, 9' et 3^.
D'après ces instructions, le rôle de la deuxième armée était de marclier on avant pour empêcher l'îirmée française de se retirer sur Verdun et la battre où on la trouverait.
La marche de Tarmée devait se faire sur deux lignes, la première composée, de la gauche à la droite, du corps, de la garde et du 9* corps ; la seconde, formée de corps qui avaient combattu le IGaoùt, c'est-à-dire des 10'' et 3* corps.
A l'extrême gauche, le 12* corps (Saxons) devait marcher sur Jarny, à sa droite le corps de la garde sur Doncourt, à droite encore, le 9^ corps se dirigeait à l'est de Saint-Marcel, en passant entre Ke/onville et Vionville. D'après la disposition générale, le 8" corps, de la première armée, devait se relier à la droite du 9^*
En deuxième ligne, le 10* corps, avec la division de ca^ti- Icric Rheinbaden, devait suivre le 12*^ corps: le 3*- corps avec la 6* division de cavalerie, duc de Mecklenbourg, était dirigé dans Tintervalle qui séparait la garde prussienne du 10* corps.
' Le 5*" corps, qui ne pouvait arriver que plus tard, devait former une troisième ligne.
Les corps d'armée ne devaient point marcher en colonne, mais chaque division devait s'avancer en masses faciles à déployer» afin d'être toujours prête à combattre.
Le 12' corps, qui occupait l'aile marchante et avait par suite le i)lus de chemin à faire, devait, d'après l'ordre, se mettre en marche en 5 heures ; et les autres corps partaient à des intervalles de temps convenables de la gauche k la droite.
Cependant, en raison de la situation de son bivouac, le corps de la garde était à peu près aussi loin de Doncourt que le 12* corps de Jarny ; le 9* corps au contraire n'avait pas à faire plus de la moitié du chemin pour atteindre la route de Doncourl aux. environs de Caulre.
Le prince Frédéric-Charles voulait se tenir à la tète du 3' corps d'armée qui avait l'aile droite de la deuxième ligne.
Nous avons déjà dit que le roi de Prusse arriva sur le champ de bataille à 6 heures du matin et se plaça provisoi>rement sur la hauteur au sud de Flavigny.
A 8 heures et demie, le 9^ corps était arrivé à Caulre où il lit une halte ; la garde prussienne et le corps n'étaient pas encore à Doncourt et à Jarny.
Les rapports parvenus jusqu'à ce moment au prince Frédéric-Charles rendaient extrêmement vraisemblable que les Français ne se retiraient point sur Ëtain ou sur Briey» et qu'ils avaient pris position sur le plateau d'Âmanvilliers» mais ils n'en donnaient pas la certitude.
Ils ili.<aient notamment que GraveloLte n'était point occupe par les Français, mais qu'il se trouvait un camp derrière et à Test de ce village ; que les camps de Bruviile et de Saint- Marcel étaient évacués et que Ton observait de grands mouvemenlb dans les < iinps situés sur le plateau près des fermes de Leipzig et de Moscou.
Le- prince Frédéric-Charles envoya en conséquence au eorps de la garde et au lâ^ corps l'ordre de s'arrêter è Don* court et k Jarny en attendant que les intentions des Français
fussent connues avec certitude. Il semble que le prince ait été induit en crreui' par ral)an(lon dos camps de Druvilk* ci de Saint-Marcel. Lc> troupes qui les avaient occupés jusque dans la matinée du 17 ne pouvaient-elles pas s'être mises en retraite vers le nord ?
Lo corps d'armée n'avait pas encore quille Vionville. Le 10' corps, qui s'était mis en marche, devait faire halte à Bruville.
A 10 heures» il était de plus en plus probable que les
Français restaient sur le, plateau, mais on n'en élaît pas encore certain. A cette heuro-là, le prince ordonna au S* corps démarcher sur la Folie pai- Verneville, et à 10 heures un quart au corps de la garde de suivre le 9^ sur Yei^ neville.
Le prince supposait, en donnant ces ordres, que si les Français étaient dans leur potiUon di fensive, leur extrême droite se trouvait à peu près à la Folie, tandis qu'elle était, comme nous savons, beaucoup plus au nord.
Si le 9' corps rencontrait l'ennemi à la Folie, il devait commencer par lui livrer un combat d'artillerie; le corps de la garde devait envoyer de Verneville des reconnaissances sur Amanvilliers et Saint-Priva(-la«Montagne et faire aussi tôt que possible un rapport sur ce qu'elles découvriraient.
Le 12* corps restait toujours ù Jarny, se tenant prêt à marcher vers le nord.
Avant 10 heures et demie du matin, l'état-major du Roi
avait reçu des rapports plus exacts et beaucoup plus circonstanciés. D'après eux, il semblait que les Français
avaient le gros de leurs forces entre Montigny-la-Graiigc et le Point-du-Jour ; et 4 bataillons françaiâ éiaient détacliés en avant dans le bois des Genivaux.
D'après cela, le roi de Prusse jugea opportun de diriger sur Batilly le corps de la gardo et le 12* corps; ils pouvaient ensuite de ce point marcher sur Sainte-Marie-aux-Chènes si Bazaine prenait la route de Briey, ou sur ÀmanvilliejRS pour l'attaquer en flanc, s'il restait dans ses positions. £n même temps, le 9* corps s'avancerait contre le bois des Genivaux, le 8*^ et le 7*^ corps contre Graveiotte et à travers le bois de Vaux.
Le prince Frédéric-Charles avait regu, avant H heures; des rapports semblables lorsque lui parvinrent les instruc»
tions du Roi. Sa première erreur sur la position de l'aile droite française était, parait-il, complètement rectifiée à ce moment, mais d'un antre côté il ne voulait pas donner des contre-ordres absolus pour ne pas causer du désordre dans
la marche des corps d'armée qui se trouvaient déjà en mouvement. •
C'est k ce double point de vue qu'il faut envisager les dispositions que prit le prince après 11 heures et demie, quand il eut reçu les instructions du Roi.
Ail heures et demie, il cnvova les ordres suivants au général Manstein (o" corps) et au. prince Auguste de Wurtemberg (corps de la garde).
Manstein devait continuer à marcher par Vemeville sur la Folie, mais en évitant de s'engager sérieusement avant que le corps de la garde n'attaquât d'Amanvilliers.
Le prince de Wurtemberg devait marcher par Yerneville Bur Âmanvilliers, pour tourner et attaquer Taile droite de Bazaine (qu'on y supposait).
Un quart d'heure plus tard, il envoya au prince royal de
Saxe (12* corps) i'ordrc de marcher de Jarny sur 8ainle-Marie-aux-Chênes, de se couvrir sur son flanc gauche sur les routes d'Ëtain et de Briey, et d'envoyer, s'il pouvait» de la cavalerie à Woippy, dans la vallée delà Moselle, pour couper le clieinin de fer et le télégraphe de Metz à Thioiiville.
Un quart d'heure plus tard encore, à raidi, le général Voigls-Rhetz (iC corps) fut invité à marcher sur Saint-Àil pour appuyer les Saxons; en même temps, ordre était donné au tjénéral Fransccky (2* corps), dont les tètes de colonne commençaient à se rapproclier du champ de bataille, de marcher de Buxières sur Rezonville pour y servir de réserve à Taile droite.
Chaque commandant de corps d'armée était en même temps informé de ce i[u avaient à faire les autres corps.
Le 8" corps reçut du Koi, à midi, Tordre de marcher de Rezonville sur Moscou par Oravelotte. Le 7* eorps devait conserver le bois de Vaux et, restant dans son rôle de pivot fixe, ne prendre pai't au combat qu'avec son artillerie, ordre qui lui fut répété deux heures plus tard.
Le prince Frédéric-Charles voulait se porter iui-méme aux environs de Vemeville avec le 3* corps d'armée auquel il n'avait pas donné de destination précise.
Nous avons vu maintenant que les Allemands s'étaient décidés, vers midi, à attaquer les positions françaises sur le plateau d'Amanvilliers, et quelles dispositions ils avaient prises pour cette attaque.
Nous allons suivre à présent l'action de chaque corps d'armée jus(iu'à heures du soir, en commençant par ceux de la deuxième armée. •
liC 9^ corps d'année, Manstein, avait fait la soupe à Caulre et était prêt à marcher lorsqu'il reçut Tordre du prince Frédéric-Charles de 10 heures du matin, il rompit à 10 heures
et demie daa$rordrefiuivaiit: I8« division, WraDgel, réserve d'artillerie du corps, 25^ division, (hessoise), prince Louis
de Hesse, se dirigeant, entre le bois de Doscuillons et le bois de Bagneux, directement sur Yerneville qui fut occupé par Tavant-garde de Wrangel.
Au nord de la rouie de Yerneville à Amanvillîers se
trouve le bois de la Cusse, au sud de la route du bois des Genivaux ; le vide entre ces deux bois est d'environ 2,000 pas. De Yerneville, on aperçoit distinctement par cet espace vide Amanvilliers et Montign\-la-6range ; la Folie, située
plus au sud, el coaLrc laquelle se dirigeait le 9*^ corps, est au contraire cachée par le bois des Genivaux.
Les Allemands découvrirent sur les hauteurs d'Amanvil* liers des camps français et quelques bataillons ennemis qui
marchaient d'AmaavilUers sur Verneville, mais qui ainvèrent trop tard pour l'occuper.
Manstein établit à midi à Champenois la division d'artillerie de la 18« division, à gauche de laquelle il plaça un peu plus tard Tarlillerie de réserve du corps d'armée en lui faisant beaucoup avancer l'aile gauche.
Lorsque Tartillerie de la 18^ division se porta en avant, deux bataillons de la division Wrangel furent envoyés en même temps dans le bois de la Cusse pour en occuper la lisière est, en face d' Amanvilliers.
Les Français opposèrent h l'artillerie de Manstein des batteries de canons et de mitrailleuses à Amanvilliers et Montigny-laGi^ange, puis d'autres plus au nord à Saint-Privat-la-Montagne. Leur feu et celui des cliassepots de Tinfanterie firent beaucoup de mal à l'aile gauche de rartillerie de Manstein qui élait trop avancée.
A 6 heures, cette dernière avait gagné des avantages im* 1 18
portants, mtis elle avait subi des pertes considérables, 15 pièces étaient complètement hors de service.
Outre les deux bataillons do la division Wrangel qui s'y trouvaient déjà, on envoya dans le bois de la Cusse la 49* brigade d'infanterie, de la division hessoise, tandis que la 50^ brigade et la cavalerie hessoise formaient, entre le bois de la Cusse et celui de Doscuillons, la réserve de l iiile gauche de Manstein. Les bataillons qui occupaient le bois, de la Cusse souffrirent énormément du feu de l'artillerie française.
A l'aile droite de Manstein, Wrangel, qui occupait Chan-
trenne avec le gros de sa division, ainsi que l'angle nordest du bois des Genivaux, repoussa plusieurs attaques que les Français dirigeaient contre lui de la Folie.
Telle était à peu près la situation du 9^ corps à 5 heures du soir.
Le corps de la garde prussienne avait, en quittant son bivouac, la 1'® division d'infanterie. Pape, la 2* division, Budritzky, la réserve d*artillerîe et la seule brigade de cuirassiers de la garde, comte de Brandebourg 1". Des deux autres brigades do la division de cavalerie de la garde, celle de dragons, comlc de Brandebourg II, qui avait été détachée à la division Rheinbaden, n'arriva que plus tard, et la brigade de Tihlans, Hochow, qui avait été détachée sur la Meuse, k Saint-Miliiri, ne prit aucune part à la bataille.
Ladivision Budritzky, à l'aile droite, marcha de Doncourt sur Verneville, la division Pape et la réserve d'artillerie, à l'aile gauche, se dirigèrent sur Habonville par Jouaville.
A une heure de l'après-midi, le prince Frédéric-Charles se rendit de sa personne de Vionville à Verneville, et comme il voyait déjà très-clairement que l'aile droite française s'étendait beaucoup plus au nord qu'on ne l'avait supposé
priniUivement, il titprcndn? à la division DtKinlzky la direction d'Haboavilie» avant mêmô qu'elle ne fût arrivée à Vemeviilti.
Pm d'instants après midi, Favant-garde de la divinon
Pape occupa Saint-Ail, au nord d'ilabonville. Le gros de la division l'y suivit bientôt. L'artillerie de la division prit position entre Saint-Ail et Uabonville et» dès qye la réserve d'artillerie da corps arriva, le prince de Hohenlohe, chef de la brigade d'artillerie de la garde, la réunit à celle de Pape, et il rapprocha cette masse de 54 bouches à feu à bonne portée de canon de la position française de Saint-Privat-la* Moatagne. Vers S heures, la division Badritzky arriva de son c6té à Habonville. En même temps, la masse d'artillerie du prince de Ilohcnlohe s'augmenta des deux batteries à cheval de la division de cavalerie, puis, après 2 heures et demie, des trois batteries de la division Badritzky. Il y avait donc tu feu 14 batteries on 84 bottches à feu.
Vers ^ heures, le prince Frédéric-Charles se rendit de Verneviile sur les hauteurs à l'ouest d'ilabonville. il donna l'ordre au prince Auguste de Wurtemberg de se borner pnH visoirement à un combat d'artillerie et d'attendre, pour engager son infanterie, que le 12® corps eût terminé son mouvement de conversion et fût à même d'appuyer sérieux sèment le combat de la garde*
A 4 heures du soir, le prince de Uohenlohe fit avancer son artillerie en échelons, pour lui faire prendre une position plus rapprochée de l'ennemi d'où elle continua son feu pendant une heure.
A ë heures, le prince Auguste de Wnrtembeig, voyant qu'il était déjà tard, se décida à ftire attaquer par son înlknterie Saint-Prival-la-MoiiUigiie, quoique le mouvement tournant des Saxons ne fût pas encore terminé.
Les léLes de colonnes du 12- corps (saxon) arrivaient k ;2 heures du soir aux environs de Balilly.
Le prince royal de Saxe prit alors ses dispositions pour attaquer avec son aile droite^ 24* division d'infanterie, Sainte-Marie-aux-Chénes qui était le poste avancé de l'aile droite française, pendant que son aile gauche, 23® division d'infanterie, s'avancerait à gauche de Sainte-Marie sur Goinville et Roncourt, pour enveloppei^ Textréme droite des Français. Il informa de ses dispositions le prince Frédéric- Charles.
A 2 heures et demie, la 24*^ division d'infanterie, la brigade, Léonhardi, en tète, se déployait entre Gmn* ville et Sainte-Marie pour attaquer cette dernière localité.
Elle fut soutenue dans cette attaque par l'avant-garde de la division de la garde Pape qui s'était avancée en même temps de SaintrAil. A 3 heures et demie du soir, Sainte-Marieaux-Chènes était dans les mains des Allemands, de sorte que la plus grande partie de là '24* division d'infanterie était devenue disponible pour le mouvement tournant sur Roncourt.
La marche de la 23* division d'infanterie par Goinville fut tellement retardée que ce n'est qu'à 5 heures du soir que tout le 12® corps se trouva déployé sur la ligne de Sainte-Marie-aux-Chénes à Jœuf, faisant face à Koncourt.
A 4 heures du soir, 2 escadrons saxons avaient été déta* ' chés de Goinville pour descendre la vallée de TOmes }U8> qu à la Moselle, alla de couper le télégraphe et le chemin de fer de Thionville. Ils trouvèrent les chemins des bois barricadés, et eurent à surmonter de grandes difficultés avant de remplir la mission qui leur avait été confiée.
Pas un seul corps de la seconde ligne de la deuxième armée ne prit part au combat avant 5 heures du soir.
Le 10^ corps d'armée arriva, vers â heures da soir, à Batîlly, et H s'arrêta au nord de ce village en attendant de
nouveaux ordres.
Le 3* corps d'armée partit de Yionville après que le prince Frédéric-Charles se fut éloigné de ce village; il arriva vers 3 heures à Yemeville où il s'arrêta» et plus tard il reçut Tordre de Mre avancer sa réserve d'artillerie entre Yemeville et le bois des Genivaux pour appuyer le 9* corps.
Le 2* corps d'armée qui avait fait la soupe à Buxières n'arriva que vers 5 heures et demie à l'est de Rezonville. .
Le 8^ corps, de la première armée, fit avancer la 1$" division d'infanterie, Weltzien, îi Test do llozonville sur Gravelotte, lorsque le combat du 9* corps s engagea; il fut reçu par un feu très-violent d'artillerie et de mitrailleuses, venant du 3* corps français et de la garde (i), qui occupaient les positions de Moscou et du Point-du-Jour; il réussit néanmoins à s'emparer de la partie sud du bois des Genivaux et fit des efforts répétés pour s'avancer de ce bois sur Moscou. Il n'y avait pas encore réussi à 5 heures du soir» et il dut se contenter d'occuper la lisière est de ce bois.
Lorsque le commandant du 7* corps, Zastrow, s'aperçut
0) Il n'y avait ià, m point indiqué «ur le plan par la lettre E, qu'une brigade de voUigeors de la garde, sans arUllerie, envoyée pour servir de résarve au 3* corps (LebœoO dont te ftvmt, trtMtenda, alliit àt la Fcittiit Point-da-loar. Cette brigade n'eut pas oeeaaioD de dernier.
Le reste de la garde, grenadieis, nuaTea, èbaiseorst S* bri|ide de vd* tigeurs^ cava^rie et arifflerie, élail en rteve sur les banteura de PlappeviUto et fat di^igée^ vers S benres et demie, sur Anumvilllers, à travers les bois de Lony ijoi sont en partie délinchis et ^ traverse vne Irts-bdie sonte. Les défriebeaMots cl la KHUe ne sont pas indiqués sor h carte da Dépôt de la goeire.
(JVbif iu traimUiÊr, eomniiiidqiiée par H. le oommandant 11 , aide
de camp da narédial Leboenf.)
du oiouvement en avant du 8^ corps et du feu terrible que les Français avaient ouvert contre lai» il fit avancer, vers i heure, les 4 batteries de la 14^ division d'infanterie sur
les hauteurs qui séparcuL (iiavelotte du bois des Oignons, et il les fit tirer avec succès contre le Point-du-Jour. Cela dégagea on peu le 8® corps. Une demi-heure plus tard, Zastrow envoya dans la même position 3 batteries de la 13* division et, à â heures, 2 antres batteries de la réserve. Lorsque ces 0 batteries, lii bouches à feu, curent tiré pendant une demi-heure, le k\i des rançais se ralentit visiblement au Poinl-dunJottr.
L'artillerie du 7^ corps s'avança alors en ëcbelons dans la direction du nord-est. Quoique Zastrow eût reçu l'ordre de n'engager que son artillerie, il jugea que la position avancée de ses batteries était trop exposée pour la laisser sans protection de l'infanterie. 11 fit donc avancer dans des positions couvertes la 2^ brigade d'infanterie, Oeten- Sacken, à l'aile droite de l'artillerie, et la 27' brigade, Conrady, à l'aile gauche.
Après 3 heures, le 7' corps n'entendait plus rien du com* bat de l'aile gauche et du centre des AUemands, ce qui pouvait être dû à un changement de direction du vent, ou
à un temps d'arrêt réel du combat du 9" corps. Zastrow était, dans tous les cas, en droit de supposer que > l'aile droite française avait été refoulée complètement et que
la gauche seule tenait au Point-du-Jour. Lans co cas, un mouvement offensif de la picmière ai'mée, particulièrement du 1^"^ corps, puisque le 8^ cherchait en vain à déboucher du bois des Genivaux, pouvait produire beaucoup d'effet et rendre la retraite des Français très-difficile.
En conséquence, Zastrow ordonna, vers 4 heures, que la et la 28* brigade d'inliEuiterie marcheraient sur le Poinl»
do-Jour, que d batteries les suivraient, et que la brigade^ d'in&nterie irait se mettre en réserve k Gravelotte.
La 26° brij^ade d'iullinterie avait la mission spéciale de rester à Textrème droite de l'armée allemande entre Vaux et Jussy» et elle combattait sur ce point.
Lorsque les 25* et 28* brigades d'in&nterie débouchèrent du bois de Vaux, elles furent accueillies par un feu si violent des embuscades françaises du Point-du-Jour, qu'elles durent rétrograder et chercher un abri dans le bois et dans un pli de terrain situé à 800 pas au sud du Point-du-Jour.
Les trois batteries, qui devaient appuyer l'attaque de ces brigades, s'avancèrent, suivies du 4*^ régiment deuhlans (de la l'® division de cavalerie), entre les bois de Vaux et des Genivaux, et s'établirent à environ iëOO pas au sud de Saint-Hubert. €es troupes furent également maltraitées par le feu derinfanterie française et des mitrailleuses. Lesulhans se retirèrent alors derrière l'infanterie dans une position abritée à la lisière est du bois de Vaux.
Les batteries restèrent en place mais elle subirent de grande pertes. Pour les protéger, Zastrow fit avancer deux LkiLi liions frais de la 27" brigade d'infanterie. Mais ni le 8' corps ni le 7° ne pouvaient songer, à 5 heures, à faire un mouvement offensif* Le combat cessa donc complètement sur ce point. ,
En résumant brièvement la situation à 5 heures du soir, nous trouvons qu'à l'aile droite des Allemands (8* et 7* corps) et au centre (9* corps), il n'y a plus qu'un combat de pied ferme d'artillerie et d'infanterie, dans lequel les Allemands ont la protection des bois, les Français celle de leurs tranchées-abris, en même temps que l'avantage d une position plus élevée.
A l'aile gauche allemande, le corps de la garde prussienne
et le iâ' corps (saxon) se préparent à exécuter une attaque décisive contre )a droite firan^se à Saint-Privat la Montagne et Roncourt.
La réserve, 2% 3* et 10* corps, n'a pas encore été engagée.
U nous &ut niaintenani suivre Taction simultanée du 9* corps, de la garde prussienne et du 12* corps.
Les pertes du 9' corps, principalemeiil dans le bois de la Cusse, étaient si considérables à 5 heures que le prince Frédério*-Gharles> lorsque le prince Auguste de Wurtemberg se disposait à attaquer Saintp-Privat, retint la 3* brigade d'infanterie de la garde, Knappe de Knappstaedt, ainsi que le bataillon de chasseurs et une batterie de la garde, afin de les employer surtout à soutenir le 9^ corps.
Les bois de cette contrée ne sont généralement pas épais ; ils consistent en bouquets isolés, séparés par des petites clairières, et chaque bouquet se compose d'un petit nombre d'arbres de haute futaie avec un sous-bois peu épais, ce qui explique les pertes considérables des Allemands dans le boisdelaCusse.
Le corps de la garde devient maintenant le centre des manœuvres décisives.
A 5 heures passées, le prince Auguste de Wurtemberg fit marcher la 4* brigade d'infanterie de la garde d'Uabonville sur Saint*Privat; un quart d'heure après, le gros de la division Pape s'avança, sur la p^auche de la 4* brigade, de Sainte-Manc-aux-Chênes contre Saint-Piivat.
Saint«Privat fut défendu avec acharnement par les Français ; malgré toute la bravoure dont firent preuve les bataillons de la garde prussienne, ils furcni forcés de plier. U fallut faire avancer Tartillerie de réserve du 10*^ corps d armée et» en même temps, le prince de Wurtemberg ré-
soliU de différer Tatlaque jusqu ù ce que les i>axons fussent à portée de Tappu^rer.
La 23* division d'in&nterie (saxonne) arriva Yen 6 heures et demie à Roncourt et se porta de là surSaint-IhîvEt» ayant en tète de colonne la 45* brigade, Craushaar.
Lorsque le prince Auguste entendit son canon» il fit marcher de nouveau rinfoilterie de la garde prussienne de l'ouest et du sud.contre Saint-Privat» après avoir fait tirer l'artillerie de la garde et du 10* corps pendant une demi-* heure seulement. A 6 heures trois quarts, les Saxons et les gardes prussiens, oes derniers soutenus sur leur gauche par des troupes avancées de la division Kraatz-Koschlau, du 10* corps» entraient de tous les côtés dans Saint>Privat, que les Français durent évacuer à 7 heures, en se retirant lentement sur les bois de Jaumont et de Saulny.
Pendant que le prince Auguste de Wurtemberg attaquait pour la première fois Saintp-Privat» le général Manstein, s'avançant à droite de lui, avec une brigade hessoîse» une partie de la division Wrangel et de la 3* division d'infanterie de la garde, aussitôt soutenue par la réserve d'artillerie du 3^ corps, attaquait Amanvilliers et Montigny-la- Grange. Il ne parvint pas à s'emparer de ces positions, et il dut se borner à occuper la lisière orientale du bois de la Cusse» pendant que, sur sa droite, la brigade Blumenthal, de la division Wraiigel, occu|jail Ghantronne et l'angle nord-est du bois des Genivaux.
L'artillerie française d'Amanvilliers et de Montîj^ny-la- Grange continuait de causer dans le bois de la Cusse de grandes pertes aux Allemands. Vers 7 heures du soir, le prince Fréderic-(Miarles ordonnu en conséquence au général d'Alvensleben de mettre une brigade de son corps, le 3', à la disposition du général Manstein, et de- l'appuyer ensuite
avec le reste de son corps d armée, en raison des circonstances.
AlvensldlMn voulait porter en avant toute la division Buddenbrock, mais des masses françaises imposantes s'étant
montrées vers 7 heures et demie devant le bois dos Geni- Yâux, Alvensleben crut devoir retenir ses troupes pour être prêt à repousser une attaque des Français.
A l'aile droite des Allemands, ehez la première armée» nous avons vu que la lutte s'était presque arrêtée à 4 heures et demie.
A 6 heures, le roi de Prusse donna Tordre au 2^ corps, Fransecky, arrivé à RezonviUe, de marcher sur Gravelotte pour soutenir la première armée, 8^ et 7^ corps.
A G heures et demie, la tète du 2* corps était à Gravelolle et marchait sur Saint-Hubert par la grande route. Bientôt après, Zastrow reçut Tordre de diriger le 7* corps, à droite du â*, sur le Point-du-Jour, pendant que le 8* corps devait déboucher du bois des Genivaux à gauche de Franseckv.
Zastrow fit avancer la 28* et la 25' brigade d iiitànterie, ainsi que 2 bataillons de la 21^ brigade, dont 4 bataillons restaient en réserve à Gravelotte.
L'attaque réunie des 8% 2" et 7' corps ne réussit point à déloger les Français de leur position du Point-du-Jour. Pendant que leur aile droite se retirait de Saint-Privat, pendant que leur centre tenait ferme à Montigny-la^GrangCi Bazaine dirigea par Leipzig toutes ses troupes disponibles sur son aile gauche, pour y couvrir sa principale route de retraite (!)♦
(1) Bazaiiio, qui d'ailleurs ne quitta pas Plappcville de toute la jounée da 18 et ne parut pas un instant sur lo champ de bataille, ne dirigea aucun corps de troupes de la droite à Ja gauche à la fin de la bataiUe. Les 6* et
Ce n'est que le 19 août, vers 6 heures du matin, lorsque le 2* corps prussien marcha de nouveau contre elles, que les arrière-gardes françaises abandonnèrent la position du
Point-du-Jour.
La bataille était Unie à 8 heui'es du soir. Les corps d'armée allemands campèrent dans les positions qu'ils avaient prises et reçurent Tordre de se bien garder par des avant-postes pour être prêts à repousser une tentative désespérée des Français.
Le 12^ corps fut invité de nouveau à envoyer un détachement» le plus fort possiblct à Woippy, sur le chemin de fer de Thionville.
Le roi de Prusse mis son quartier général à Piczonville, ce qui fait quelquefois donner ce nom à la bataille du 18 août.
La perte des Allemands fut évaluée à environ 550 officiers et 14,000 hommes; celle des Français ne saurait avoir été plus considérable à cause des positions avantageuses qu'ils occupaient.
Les pertes étaient donc moindres que le 16 août. Ce qui l'explique en partie, c*est que l'artillerie Ijoua relativement un plus grand rôle le 18 que le IG, et qu'il y eut au contraire plus de combats acharnés d'infanterie et de cavalerie le 16 que le 18. On remarquiara en outre que les Français n'ont généralement pas combattu, le 18 août, avec la même ténacité que le 16. Un certain désespoir s'était peut-être instinctivement emparé de leur esprit. En outre les AUe-
4* corps ae retirèrenl dans Ja soirée par Im routes dn nvin de Cbàtél' SamtrGermaiD, da bois de Lorry et de Saulny. Le 9* corps (LeboBuf; et le S* (Frossard) restèrent seuls sur le pletesa et commencèrent leur mouvement de TetFsilei le 19, à 2 heures du malin.
{Note du traiwitwr).
mands avaient, le 18, des forces très-supérieures. — Nous ayons tu que. le 16 août, les forces des ^eux partis étaient & peu près les mêmes. Le i8, les Français avaient sur le champ de bataille 100,000 liommes à peu près d'infanterie et de cavalerie, les Allemands, 200,000 hommes au moins dans les huit corps d'armée, qui étaient sur la rite gauche de la Moselle^ en comptant les divisions de cavalerie ; les Français n'avaient pas plus de 450 bouches à feu, y compris les mitrailleuses, les Allemaads en comptaient 720. Si les Allemands n'engagèrent pas réellement toutes leurs troupes, leur supériorité numérique évidente n'en devait pas moins produire sur les Français une impression décourageante.
X« RénUtati àe» trois premières bataillM devant Mets du 14 au IS août.
Le 20 août» le comte de Palikao disait à la Chambre : « Messieurs les députés, les Prussiens ont fait courir des
bruits qui tendraient à faire croire qu'ils ont remporté, lo 18, sur nos troupes un avantage très-important. Je vais rétablir les faits. Je ne puis pas entrer dans les détails ; vous comprenez ma réserve. (Ouil ouit très*hien! très-bien t) J'ai montré à plusieurs membres de la Chambre des dépêches d'où il résulte qu'au lieu d'n voir remporté un avantage, trois des corps d'armée réunis conti ' le maréchal Bazaine, — d'après des nouvelles dignes de foit— ont été précipités dans les carrières de Jaumont. (Très-bien f très-bien t ) »
Messieurs les députes ne savaient naturellement pas ce que c'était que les carrières de Jaumont. Les journalistes qui n'avaient pas de cartes assez détaillées se creusèrent la
tète pendant S jours à ce sujet. Mais les députa ne s'en
inquiétèrent pas ; il leur suffisait de savoir que trois corps d'armée prussiens avaient été jetés dans les carrières « bien connues » de Jaumont. '
Ces carrières de pierres, qui fournissent aux Messins d'excelleiits inaléi iaux de construction, se trouvcMit à l'est de Roncourt. Nous savons que le 48 il n'y a que 1 aile gauche des Saxons qui arriva jusque-là» qu'elle n'y rencontra point de r^tance, et qu'elle s'avança ensuite, de concert avec la garde'prussienne, sur Saint-Privat-Ia-Montagne où les Fran* çais résistèrent vigoureusement, mais sans pouvoir faire un retour otfensif.
De qui donc le comte Palikao avait-il appris cette nouvelle? Ce n'était assurément pasde Bazainedont il avait cependant reçu des nouvelles directes. Bazaine avait pu, en ciïet, le 18 à 8 heures 20 minutes du soir, télégraphier à l'empereur Napoléon qui était au camp de Ghâlons. Dans cette dépèche, écrite à 7 heures du soir, en avant du fort Plappeville, Bazaine disait seulement que l'attaque avait été très-vive, qu'à ce moment, 7 heures, le feu se ralentissait, que le 60^ (1) régiment avait beaucoup souffert à Saint- Hubert, et que les troupes françaises avaient conservé leurs positions. Ce dernier fait était du reste complètement exact pour l'aile gauche, et à peu près vrai aussi pour Taiie droite à Thcure où Bazaine écrivait.
Le comte Palikao reçut ce télégramme de Ghàlons dans la nuit du 18 au 19 août.
Le 19, Bazaine ne pouvait plus télégraphier. Il confia à un garde forestier, qui se iaisail fort de traverser les lignes
(1) C'eti te 80< et oon pas le ao* qui défendait Saint-Hubert.
{Note du traducteur].
prussiennes, un rapport plus détaillé qae cet homme devnt
porter à Verdun d'où il serait ensuite envoyé par le télégraphe à l'Empereur à Chàlons et au comte de Palikao à Paris.
Ce rapport disait :
Ban Saint^Martin, le 19.
a L aiini'i' il combattu hier toute la journée entre Saint- Privat et Rozcreuilies. Le 6' et le 4« corps ont seuls fait un chaDgement de front en refusant leur aile droite, pour s'opposer à un mouToment qui s'étendait sur la droite (1) et que des masses ennemies (2) voulaient exécuter à la firreor de robscurité. Ce matin, j'ai fait retirer le 2® et le 3« corps de leurs positions (3) ; Tai^mée est de nouveau Ibrméc sur la rive gauche de la Moselle» derrière les forts Saintr^iuentin et Phippefille. Les troupes sont fetiguées par des combats incessants qui ne leur ont pas permis de satisfaire leurs besoins matériels ni de prendre deux ou trois jours de repos. Le roi de Prusse était aujourd'hui à Hezonville avec Moltke et tout indique que l'armée prussienne veut investir Metz. Je songe toujours à me retirer au nord sur Montmédy, pour gagner ensuite la route îSamtc-Menehouid-Ghàlons, si elle
n'est pas trop fortement occupée. U se trouve h Metz 700 prisonniers qui nous gênent. Je vais proposer un échange
au général de Moltke. »
Bûzaine disait la vérité le 19 août. U avait fait retirer dans la matinée les corps qui avaient conservé leurs positions le 18, et il occupait une nouvelle position concentrée sous la protedion des forts Plappeville et Saint-Quentin, position
(1) Vae du côté des Français.
(8) Les SaxoDi.
(3) Leipng, MoMoq, Saint-Hoberl, Roseremlles.
qui s'étendait du Sansonnet à droite à Longeville-les-Metz
à gauche, sur un front de 5,000 pas seulement. Il avait des postes avancés devant l'aile droite à Woippy et à la Maison* Rouge ; devant l'aile gauche à Sey, Chazeiles, Moulins-^es- Metz ; son centre était oouvert par les forts Plappeville et Saint-Quentin.
Bazaine s'était donc laissé investir. Pourquoi? Ce n'était certainement pas parce qu'il croyait avoir été vainqueur Je 18 août, il avait été forcé de replier son aile droite ce qui faisait sans aucun doute perdre un avantage à sa position.
Qu'il pùt livrer avec chances de succès, le 19 ou même le 20, une nouvelle bataille dans la position Amanvilliers* Aozereuilles, Bazaine ne le croyait pas. Son besoin le plus impérieux, c'était de donner du repos à ses hommes.
Il parlait encore de son espoir de pouvoir se retirer sur Montmédy, peut-être le 22, peut-être le 2H, après avoir fait reposer ses troupes. Mais il n'en parlait point avec assurance. Cette espérance lui était certainement permise, puisque les Prussiens pouvaient commettre des fautes en opérant l'investissement, par exemple s'étendre trop loin ou s'atlaiblirpar des détachements. Pourquoi donc était-il impossible de se fiure jour sur Montmédy» bien qu'il ne fallut pas songer à le faire sans combattre? Mais cette espérance était bien faible, même chez Bazaine qui ne pouvait pas connaître très-exactement la situation. En général, un malheur soutenu n'est pas fait pour élever le moral d'une armée et, ce que Bazaine n'avait pas pu faire avec 120,000 combattants, comment Tobtiendrait-il avec 80,000, 90,000 au plus?
La dépèche de Bazaine n'apportait donc certainement pas de bonnes nouvelles pour la France.
Le brave garde forestier tint parole, mais il ne put arri» ver à Verdun que le 22 août dans la matinée. Le comman-
dant de cette place télégraphia aussitôt la dépêche k TEmpereur et au comte de Palikao. Ce dernier la reçut à 10 iieures du matin, et dans l'après-midi du 22 il iit au Corps législatif l'allocution suivante :
c Messieurs les députés, vous avez pu lire ce matin dans le Journal offa^kl une note que le Gouvernement y avait fait insérer (1). Cette note était ce matin l'expression delà vérité et nous Tavons publiée pour tenir notre promesse de vous dire toujours toute la vérité, quelle que soit l'excitation qu'elle puisse causer dans le public; (T^^s-bien!) Depuis que cette note a été publiée, j'ai reçu des nouvelles du maréchal Baasaine. (Mouvement.) Ces nouvelles sont bonnes. Je ne puis pas vous les communiquer. Vous en comprenez la ratson. » (Oui! Oui! Très-bien! Très-bien!)
Le comte de Kératry demande de quelle date sont ces nouvelles.
Palikao répond : du 19.
Kératrv demanda encore si ces nouvelles sont de Bazalne lui-mèmo.
c Oui, répond Palikao, et il ajoute : c Messieurs, ces nouvelles montrent chez le maréchal Bazaine une confiance
que j'^ partage parce que je connais sa valeur et son énergie. Je puis ajouter, sans cependant entrer dans des détails qui toucheraient aux événements de guerre, que les travaux de défense de Paris sont poussés avec la plus grande activité,
et que nous serons bientôt prêts à recevoir quiconque aurait envie de se présenter devant nous. » (Vives marques d'approbation).
On peut se demander quel mal 11 en serait résulté si Palikao
(1) Cette note diaait qae le Gonveniement a'avaU pas reçu d'aatres nonf elles et qu'il eD fallait conclure que le « plan » de Bassine n'était iMseneoiv en voie d'exfcatton.
avait lu textuellement la dépèche de Bazaiue. En tout cas, personne n'en aurait retiré autant de confiance que Palikao; peu de gens auraient pris pour une assurance formelle une espérance indécise, et auraient par suite trouvé bonne la nouvelle envoyée le 19 août. Cependant elle n'était pas absolument mauvaise.
Au quartier général allemand, on comprenait la situation telle qu'elle était réellement, c'est-à-dire que Bazaine et son armée étaient dès à présent investis dans Metz et qu'il était possible de les y maintenir jusqu'à ce ((u*ils se rendissent. Mais on alla encore plus loin : on crut pouvoir contenir Bazaine avec moins de forces qu'on n'en avait réuni dans la bataille du 18 août. Par suite de cette idée et de l'arrivée prochaine d'autres renforts venant d'Allemagne, on forma, le 19, une nouvelle armée allemande, la quatrième, dont la deuxième armée fournit les ('lénionts.
La quatrième armée, composée des 4*^ et 12' corps et de la garde prussienne, fut placée sous les ordres du prince royal de Saxe et reçut pour mission d'opérer contre Mac- Mahon et sur Paris, conjointement avec l'armée du prince roval de Prusse.
I^ous nous occuperons surtout, dans la troisième partie* des opérations de ces deux princes royaux.
Il restait devant Metz et contre Bazaine la première armée, Steinmetz. avec les 1", et 8* corps, et la deuxième arni 'e, avec les 3*, et 10^ corps, c'est-à-dire 7 corps d'armée, ce qui donnait, avec les divisions de cavaltrie, et malgré les pertes éprouvées dans les dernières batailles, environ 189,000 ou au moins 170,000 hommes d'infante* rie et de cavalerie, avec 630 bouches à feu.
TROISIËIIË PARTIE.
CATASTROPHE DE 8EDAK. — VARCBS DES ALLEMANDS SUR PARIS. — ÉVÉNEMENTS DANS ET DEVANT PARIS JCSOC'a LA FIN DE SEPTEMBRE* — GHITTB DE TOOL ET DE STRASIIOCRG*
l. Le pays depuis la Hou&c jusqu'à ftris.
Le territoire où vont nous conduire les prochains événe* ments de cette guerre peut être renfermé dans les limites suivantes : à Test, la ligne de partage des eaux entre la Moselle cl la Meuse: au iiortl, la frontière belge; à l ouest, l'Oise et au suti, le cours moyen de la Seine.
Quand on marche de Test vers le cours moyen de la Meuse, on s'aperçoit, ainsi que nous l'avons déjà signalé^ que les collines de Lorraine vont en s'élevant vers l'ouest. F^lhs se terminent par un crête en forme de chaîne sur la hve droite de la Meuse, et des élévations analogues leur correspondent sur la rive gauche de cette rivière.
Ces dernières hauteurs reçoivent le nom d'Aigonne depuis Bar4e-Duc jusqu'au Chêne-Populeux, et d'Ârdennes depuis le Chêne-Populeux jusqu'à TOise, en tirant vers le norfl-ouest. On cumprend quelquefois sous les mêmes dé- Qominaiioiis les chaînes de hauteurs correspondantes sur la rive droite de la Meuse. On appelle tout spécialement forêt de TArgonne les hauteurs qui s'élèvent à quelque distance de la Meuse, entre l'Aisne et son affluent de droite l'Aire; tandis qu • les hauteurs situées entre l'Aire et la Meu^ et qui se coulmuent, par Bar-le-Duc, jusqu'à»
point où elles se détachent du plateau de Langres et des Faucilles portent le nom de montagnes de la Meuse. Toutes ces hauteurs calcaires et crayeuses offrent la
forme de plateaux boisés et séparés par de nombreux ravins. Quoiqu'elles ne s'élèvent pas à plus de 1000 à 1200 pieds au-dessus de la mer, elles n'en ont pas moins un aspect assez imposant, surtout quand on les regarde des plaines uiiitorines de la Champagne qui sont seulement à 400 ou 50U pieds au-dessus de la mer.
L'élève du bétail, l'agriculture et l'industrie ont fait dans ces contrées des progrès importants depuis le commencement da siècle. Les bois sont éclairds et Ton trouve aujourd'hui des routes carrossables là où il n'existait il y a 60 ans que des sentiers à peine praticables aux chevaux. C'est ce qui a lieu notamment pour les défilés de Grandpré, de la Croix-aux-Bois et du Ghène-Populeux que Dumouriez appelait encore en 1792 les « Thcrmopyles françaises ».
La Meuse prend sa source à Dommartin^ à l'angle est du plateau de Langres où les Faucilles se détachent de ce plateau. Avant de sortir de France à Givet, elle coule du sud
au nord dans une vallée presque toujours étroite et sinueuse, entre des coteaux très-rapides et couverts de bois.
L'Aisne ainsi que l'Aire son affluent, sortent toutes les deux de l'Argonne; l'Aisne, canalisée dans une grande partie de son cours et réunie à la Meuse par le canal des Ardennes, se jette à Gompiègne dans i'Oise, qui porte ses eaux à la Seine.
La Seine et ses affluents de droite, l'Aube et la Marne, sortent toutes du plateau de Langres, dont elles suivent d'abord le versant nord-ouest, au ibnd de vallées profondes. A Troyes,Brienne etVitry-le-Français, elles entrent dans les
plaines crayeuses de la Champagne, où elles se creusent des lits profonds. L'aspect de ces centrées, dont Ghftlons-snr-
Marne peut être regardé comme le centre, est des plus tristes: on y voit peu de villages et une végétation rabougrie.
L'Aube, qui se jette dans la Seine à Saint4ust, ne quitte plus ces plaines désolées, mais la Seine et la Marne en sortent bientôt pour entrer dans un pays accideiiL', bien cultivé, d'un aspect varié et charmant; ce pays de collines se continue jusqu'à Paris^ et c'est aux environs de la capitale de la France qu'il forme, avec le secours de Fart, les paysages les plus séduisants. Gomme limite orientale de ce pays de collines on peut tracer une ligne qui partirait de Nogent-sur-Seine, en passant par Sézanne, Vertus, Mareuil, à l'est d'Ëpemay, Sillery, au sud-est de Reims, Béry-au*Bac, Laon, et qui se terminerait, à la Fère-sur- FOisc. Dans ce pays accidenté, la Seine, la Marne et leurs affluents ont encore des lits très-profonds.
Les places fortes ne manquent pas sur le territoire que nous étudions. Nous laissons de c6té le gigantesque Paris, qui mérite un examen particulier, pour ne parler d'abord que des places moins importantes.
Nous trouvons d'abord sur la Meuse: Verdun, Sedan, Mézières et Givet. ,
Verdun, ville de 13,000 habitants, est rangée parmi les places fortes de première classe; elle est située sur les deux rives de la Meuse, qui s'y divise du reste en cinq bras dont Verdun est coupée et entourée à peu près de la même manière que Metz par les bras de la Moselle. La citadelle, penlaf^one bastionné, se trouve complètement sur la rive gauche de la Meuse, sur une hauteur réunie à l'enceinte de la ville par un retranchement. Verdun n'a point de forts détachés, et comme les coteaux élevés de la Meuse en sont
assez rapprochés, cette ville ne répond pas du tout aux conditions d'une place de première classe dans Tétat actuel de
rui'Uilei'ie.
Sedan, 10,000 habitants, célèbre par ses fabriques de drap et de machines, est une place de deuxième classe. La ville proprement dite occupe, avec ses fortifications» la rive droite de la Meuse, et qm lijues ouvrages avancés couronnent de ce côté les liauteurs les plus rapprochées. Sur la rive gauche se trouve le faubourg de Torcy, habité par des ouvriers» et entouré d'un retranchement assez étendu. C'est à Sedan que naquit Turenne.
Mézières, avec environ G, 000 âmes, est une place de deuxième classe et possède une citadelle.
Givet, avec 6,500 âmes, est rangé dans la première classe des places fortes. Cette ville, fortifiée par Yauban, est sur les deux rives de la Meuse. La citadelle de Charlemont, sur la rive gauche^ fut construite par Charles-Quint sur une hauteur isolée de 7i20 pieds.
Rocroy, 3,000 habitants, place de deuxième classe, est à environ S kilomètres de la Meuse, sur un plateau entouré de tous cùtés par des mnrais et par la forêt des Ardennes. Cette ville a un nom dans l'histoire par la victoire que les Français y remportèrent sur les Espagnols le 19 mai 1643.
Sur la Chiers, affluent de droite de la Meuse, se trouvent Montmédy, Carignan et Long^N^y.
Carignan, avec d'anciennes fortifications et à peine 2,000 habitants, appartient à la quatrième classe.
Montmédy, 2,â00 habitants, place forte de ^ classe, se divise en basse ville, dans la vallée de la Chiers, et en ville haute, sur une hauteur qui domino la rivière; toutes deux sont sur la rive droite, et entourées de murs d'enceinte renforcés par des bastions.
Longwy, place de deuxième classe, avec 3«400 habitants, est un hexagone régulier, situé sur la rive droite de la
Chiers, à 37 kilomètres de Thionville.
Sur l'Aisne, nous trouvons Soiâsons, sur l'Oise, la Fère, et, entre les deux, Laon*
Soissons, l'ancien Noviodunum de la Gaule, avec 11,000 habitants, a Joué à plusieurs reprises un rôle assez important dans l'histoire de la guerre comme point de passage de l'Aisne. C'est une place forte sans importance, rangée dans la troisième classe, et pouvant recevoir 1700 hommes de garnison.
La Fère, avec 5,000 habitaufs, place forte de deuxième classe, acquiert quelque importance par son école d'artillerie et son arsenal.
Si la Fère peut encore être regardée comme place forte très-peu iuiportante du reste, il ii cu es! plus Je ruèinc de Laon, 10,300 habitants, bien qu'elle conserve encore des vestiges d'un ancien mur d'enceinte et qu'elle possède uné antique citadelle qui fut un peu restaurée sous Louis- Philippe. Elle est cependant rangée dans la troisième classe. Cette ville a, du reste, l'avantage d'ètresiluéedans une excellente position défensive, sur une hauteur isolée.
Mentionnons encore, sur la Marne, Vitry et ChAlons.
D'après une ancienne tradition, Vitry-le-Français est tou* jours conservé comme place forte. Lorsque Charles-Quint brilla en lo44 la vieille ville de Vitry-en-Perthois, au confluent de rOrnain et de la Yière, là où se trouve actuellement Yitry-le-Brûlé, François I^' fonda Yitry-le-Français. Cette Ville de 8,000 habitants est située dans lue position trèsfavorable, au point de jonction de la Marne avec le canal de la Marne auUhin; elle a conservé ses anciennes fortifications que Ton a renforcées depuis avec quelques ouvrages
en terre. Elle ne pourrait du reste opposer de résistance à l'artillerie actuelle.
La ville de Ghâlons-sui^Marne, avec près de 20,000 habitants, fabriquant de grandes quantités de vin de Champagne bien qu'elle n'en récolte pas, n'est point une place forte. Lorsque le système des places françaises fut soumis, en 1867^ à une révision, très-superficielle du reste, on songea que la France devrait iivoir en Gbanipagne une place forte destinée à arrêter une invasion allemande. Chàlons et Reims furent proposées; mais le Gouvernement hésita entre les deux jus* qu'en 1870, sans qu'il fût question d'exécuter ce projet. Ghfllons mérite cependant d'être citée comme position militaire à cause du camp auquel elle donne son nom.
Ce camp, situé à 11 kilomètres au nord de la ville de Châlons, entre les villages de Mourmelon, Grand Sainte Hilaire, Suippes et la Cheppe, occupe une superficie de 12,000 hectares, ce qui fait environ 33,000 jwdwr/*, s suisses, ou 46,000 morgen prussiens, ou plus de deux milles géographiques carrés.
Il fut acheté par le gouvernement français en 1867 au prix de 80 francs l'hectare, ce qui peut donner une idée de ce que vaut la « Ciiampagne pouilleuse».
Quelques personnes se sont amusées à calculer que le terrain du camp de Ghàlons est 300 fois aussi grand que le Champ de Mars de Paris, et que si on le coupait en bandes de 3 mètres de largeur, on obtiendrait un rubau q^ui /erait le tour de la terre.
Le camp de Ghàlons fut inauguré en 1857 par la garde impériale, sous les ordres de Regnaud de Saint Jean-d'Angely. Le 14 septembre de la même année, on livra le chemin de fer qui réunit le camp h la ville de Châlons. Il avaii été construit en moins de deux mois.
A partir de celle époque, lecamp a reçu, chaque année, une ou deux séries de troupes françaises qui y étaient exercées. Chaque série se composait d'un corps d'armée d'environ 3 divisions d'infan^rie, 1 division de cavalerie, et rartillerie correspondante. La masse des troupes campait toujours sous la tente, et les chevaux étaient en plein air; mais une grande quantité d'établissements plus ou moins permanents se créèrent bientôt près du camp de Ghâlons.
On installa pour les troupes des dépôts et des magasins, des boulangeries et des ambulances ; ce qui retenait au camp pendant l'hiver des employés d'administration. Un quartier baraqué fut construit sur un point dominant pour l'£mpereur et rétat-major ç^énéral ; puis un camp de baraques pour recevoir, en été, uii( division d'infaulerie et, en hiver, une brigade chargée de la garde du camp.
Le village de Mourmeion, composé jusqu'en 1857 d'une douzaine de misérables cabanes, devint bientôt une espèce de ville. Des gens entreprenants y fondèrent des boutiques et des cabarets de toute sorte pour les nombreux besoins du soldat, en été comme en hiver. Us construisirent aussi des maisons qu'ils louaient aux officiers forcés de passer Thiver dans ces restions inhospitalières. Un théâtre liiipéi lal fat élevé à Mourmeion pour distraire le soldat aux frais de l'Empereur. MadameDreheriittransporteràMourmelonlagrandebrasserte dans laquelleelle vendait de labièrede Vienne à l'exposition universelle de 1867. En un mot, l'homme qui savait chercher trouvait à Mourmeion tout ce qu'il lui fallait, aussi bien qu'à Paris.
Bans les pays tels que la Suisse et rAUemagne, où l'élément civil et l'élément militaire sont très-près l'un de l'autre, on comprend diilicilement la valeur que pouvait avoir le camp de Chàlons pour Tarmée française. Les Suisses^ les
Allemands manœuvrent partout où ils veulent. Les dommages que les soldats ont causés sont ensuite estimés d'une manière trèfr-modérée; les propriétaires du'sol segardent d'avoir des prétentions exagéi ées, et les soldats évitent de faire des dégâts inutiles. Il n'en a pas été ainsi en France jusqu'è présent, et c'est pourquoi les terrains d'une certaine étendue y ont beaucoup plus d'importance pour les exercices militaires. Dans ces derniers temps, l'utilité du camp de Ghà- Ions s'était augmentée de ce qu'il n'existe pas dans la plupart des cfarnisons un (jUanip de tir assez étendu pour la longue portée du fusil Chassepot. On avait donc réuni dans les Champs catalauniques tout ce qu'il fallait à l'armée française pour ses grandes manceuvres d'exercice.
Le camp, pris en grand, est une vaste plaine, mais il n'y manque pas de petites élévations et de dépressions de terrain qui permettent aux troupes de se cacher; de hauteurs qui oiïrent à Tarlillerie des positions avantageuses. Pour rompre la monotone aridité de ces steppes crayeuses, on a planté çà et là de petits bob rectangulaires de pins «jui sont pourvus de numéros, ce qui permet de s'orienter et en même temps d'apporter de la variété dans les manœuvres.
Lq camp de Chàlons n'est pas fortifié, et nous nesaclùons pas qu'on ait jamais eu l'intention de le faire, bien que le bruit en ait couru plusieurs fois en Allemagne. Le seul ouvrage de fortification qui existât dans le camp, c'était le petit fort d'exercice construit en 1870 près de la ferme Saint- Ililaire et dont nous avons déjà parlé.
On sait que c'est sur le terrain actuel du camp de ChÂlons que Ton voit le théâtre de la bataille décisive que les Gallo-Romains d'Aêtius gagnèrent en 4SI sur les Huns d'Attila. Attila aurait eu son aile droite aux environs du village de Suippes, son aile gauche au village de la Gheppe, où
se trouvait sous les Romains un petit temple de Minerve, dont les chrétiens firent ensuite une chapelle de Saint-lkiau* rice, qui n*a été détruite qu*en 1820. Près de là, passe
rancionne voie romaine de Reims Bar-le-Duc, qui est nnjourdlmi une belle route. Âu sud de celte voie et à Touest de la Cheppe, on voit encore les vestiges d'une enceinte que Ton nomme le camp d'Attila et dans laquelle le roi des Huns se serait retiré après sa défaite. — Aëlius avait sa droite à Guperly et sa gauche à Saint-Remy. La colline sur laqiu^lle aurait commencé la bataille serait le Piémont, à l'est de la route de Ghâlons à Suippes» à environ 90 pieds au-dessus de la plaine.
Cette notice n'est point sans intérêt, parce qu'après les premiers revers de 1870, des natures poétiques alVirmaient que l'invasion des barbares de rOrient succomberait en 1870» de la même manière qu'en 451, devant la civilisation de l'Occident.
Les chemins de fer que nous avons à mentionner sur le territoire que nous venons d'étudier sont, outre celui de Paris à Strasbourg :
l*» La ligne de Paris à Reims, par Creil, la Fère et Laon ;
2" La ligne de Paris h Reims par Crépy, Soissons et Fismes ;
Celle de Reims à Ëpemay ;
¥ Celle de Reims à Ghftlons-sur-llame» par Mourmelon et Saint-IIilaîre-au-Tomple ;
5<» De Saint-Hilaire-au-Temple à Verdun, par Sainte- Ménehould;
De Reims & Mézières par Réthel, avec des prolongements au nord-ouest sur Valenciennes par Avesnes, au nord vers la Belgique par Givet, et au sud-est sur Thionville par Sedan et Montmédy ;
7® De Soissons en Belgique par Laon et Vervins, et enfin, 8*^ la ligne de Blesmes à Ghaumont par Saint^Dizier et
Joinvilie, laquelle réunit le chemin de Paris à Strasbourg avec celui de Paris à iiâle.
IL RassemblemeDt de l'armée de Paris au camp de Châlom bous les ordres do maréchal de Mac*MaboQ. — Harcbe de Mao-Mahon vers le nord poor dégager Bazaine.
Nous avons vu qu'il n'y avait d'abord au Ciuiip de CMlons que le 6* corps, Canrobert, qui s'y trouvait réuni le 1" août à Texception de la division d'infanterie Levassor-Sorval et de la brigade de cavalerie de Béyille« restées provisoirement
h Paris.
Bientôt après on rassembla au camp dcChàlons un r(^rtain nombre de bataillons de garde mobile, dont les 18 bataillons du département de la Seine. Ces gardes mobiles devaient être instruits au camp, mais leur instruction rencontrait des difficultés parce qu'on manquait d'instructeurs et de fusils.
Nous avons dit aussi que Canrobert avait marché au secours de Bazaine avec 3 divisions d'infanterie ; et il ne
rcsla du G' corps au camp de Châlons que la plus grande partie de la division Bisson, qui avait fait demi-tour à Frouard, et les brigades de cavalerie Tilliard et Savaresse, de la division Fénelon. La brigade Béville restait encore à Paris.
En arrivant au pouvoir, le ministère Palikao forma un nouveau corps d'armée. Ce corps reçut le numéro 12, et nous ferons remarquer de suite que ceux qu'on forma après
lui prirent les numéros 13, 14, elc. La première armée active n'avait, comme nous savons, que 7 corps d'armée, sans compter la garde. Si l'on donne à la garde le numéro 8, il manquera encore les 9% lO"" et 11' corps. Ces corps d'armée n*ont jamais existé. On ne peut s'expliquer ce fait qu'en se disant que le ministère Palikao voulut jeter de la poudre aux yeux des Allemands, peut-être à ceux des Français eux-mêmes. Il y réussit en effet au premier moment; mais dès qu'on en vint aux faits on reconnut la faiblesse du stialcigème.
Le commandement du 1:2'^ corps fut d'aborddonné au général Trochu, et lorsque celui-ci lutnommé gouverneur de Paris le 17 août> au général Lebrun, qui avait quitté l'armée de Metz quand le maréchal Lebœuf donna sa démission de major général.
Ce 12<^ corps fut composé des trois divisions d'infanterie Grandcbamp, de Vassoigne et Lacretelle, et de la division de cavalerie Lichtlin. Ce général avait d'abord commandé la division de cavalerie du corps Frossard. Sa division se composa des brigades de Ycndeuvre (1 ) cL de Béville, dont la dernière, appartenant au 6^ corps, a été déjà citée plusieurs fois.
La divison Grandchamp se composait de deux brigades
de régiments de marche, formés avec les quatrièmes bataillons. La division de Vassoigne renfermait, en deux brigades, les quatre régiments d'infanterie de marine, prinûtivement destinés à i'ex})édition de la Baltique.
Après la bataille de Wœrth, Mac-Mahon, ramenant son corps d'armée, avec des fractions du 7' corps et de la grande
(1) Le coIoimI de Vendeuvre ne fal nommé général et ne pril le comman-
demeni de cette brigade qne le» août. ,^ , ^ . ^ , ^
{Note du traducteur.)
réserve de cavalerie qui s'étaient réunies à lui, se retira d'abord par Savernc sur Nancy, puis sur Bar-lc-Duc. Il reçut en chemin l'ordre de prendre le commandement en chef de Tarmée deParis quiseréunissait au camp de Chàlons» et devait se composer des 1*', 5% 7* et 12* corps, ainsi qne destronpes que lo corps avait laissées au cainp, et qui devaient servii' à compléter les autres corps d'armée.
Mae-Mahon se retira provisoirement sur SaintrDizier et Joînville, yers le chemin de fer de Blesmes k Ghaiimont, pour I allier ce qu'il restait encore h Belfort du 7' corps (Douay), et couvrir le mouvement de ces troupes.
Le 16 août, le 1" corps, commandé maintenant par le général Bacrot, et le 7^ étaient au capip et près de la ville de Ghâlons.
Le 5' corps, deFailly, qui avait suivi Mac-Mahoii sur le chemin de fer de Nancy, marcha ensuite ausud vers Chaumont par Mirecourt, la Marche et Moiiligny. Il reçut, chemin Msant, différents ordres du quartier général de Metz, d'abord celui de marcher sur Toul, puis sur Paris par la roule qu'il voudt ait; et enfin, en arrivant près de Chaumont, il fut appelé par Mac-Mahon au camp de Ghâlons. 11 était, le 18 août, à Vitry-le-Français, avec la plus grande partie de son corps, et sur le point d'arriver au camp.
Le IT) août, la brigade Tilliard, de la cavalerie du 6' corps avait été envoyée à Sainte-Menehould, où elle devait se mettre sous les ordres du général Margueritte, qui commandait la premièi*e brigade de la division du Barrait (chasseurs d'Afrique), de la réserve de cavalerie. La brigade Margueritte prit part h la bataille de Vionvillc. Lorsque la brigade Tilliard arriva près de Metz, elle trouva la ville déjh investie par les Àllemands et rejoignit Tannée de Mac-Mahon.
Labrigade Savaresse, qui restait seule au camp de Ghâlons
avec le générahle division de Fénelon, fut lenrorcée, le 17 août, par le 4" régiment de chasseurs d'Afrique, qui arrivait d'Algérie. Le général de Fénelon avait ainsi sous la main trois ré^ments de cavalerie avec lesquels il suivit plus tard le 1 S* corps.
Le général Ducrot, successeur de Mac-Malion, n'avait pu réunir au camp de Chàlons que 22»000 hommes environ du l*r corps ; et le plus grand nombre avaient perdu leurs sacs, leur équipement et leurs bagages. Il en était de môme de la division Conseil-Dumesnil.
ïoulo l'armée que Mac-Mahon réunissait au camp de Chàlons pouvait se monter à 120,000 hommes, infanterie et cavalerie. — Nous avons dit dans un autre ouvrage pourquoi nous tenons à cette manière de calculer les effectifs. Les chiffres que nous donnons ainsi sont toujours inférieurs à ceux que l'on oblienL en comptant tout : les artilleurs au lieu des bouches à feu> le génie» le train, Tadministration, parfois même le$ gardes nationales sédentaires. Notre manière de compter est certainement sujette à l'erreur; mais ces erreurs seront moins importantes et moins nombreuses que si nous calculions d'après l'état des rationnaires.
La nombreuse cavalerie de Mac-Mahon, 12,000 chevaux, était bonne et, en grande partie intacte; mais en général l'armée deMac-Mahnn n :i\aiL pas la même valeur que celle qui avait été mise la première en campagne, ou même que celle que Bazaine avait actuellement à Metz.
Le 1*' corps avait été rudement atteint, moralement et matériellement, à Wœrth et dans les marches forcées qui suivirent celte bataille. On en peut dire autant do la division Conseil-Dumesnil. Il fut donc aussitôt décidé que les gardes mobiles qui se trouvaient au camp de Chàlons donneraient à ces troupes leurs effets d'équipement, notamment leurs sacs,
et seraient renvoyés à Paris. £n effet ces gardes mobiles quittèrent le camp le 49 août et furent réunis provisoirement
au camp de Saint-MLiui , pi ès do Paris.
Le ^ corps avait compliHement perdu confiance en son chef, le général de Failly, qui devait céder le commandement de son corps d'armée au général de Wîmpffen que Ton appelait d'Afrique. Bien que ce dernier fût & Paris dès le "2^) août, il ne rejoignit cependant Tarmcc que très-tard et, comme nous le verrons, à l'heure d'un désastre.
Le 12® corps était formé d'éléments un peu hétérogènes et ne pouvait pas avoir le même ensemble qu'un autre corps d'armée, quelle que pût être la valeur des individus qui le composaient.
Le 17 août, l'empereur Napoléon, venant de Verdun, arrivaau camp de Ghâlons. Il avait grande enviede se rendre à Paris ; mais Timpératrice Eugénie et le comte de Palikao l'en dissuadèrent de la manière la plus pressante et qui allait presque jusqu'à l'impolitesse, k Paris, personne ne parlait plus de l'empcrcui .Napoléon ni do l'empire; personne ne s'inquiétait plus de l'homme ni de la chose. Ses partisans eux-mêmes ne prononçaient ces deux noms qu'en rougissant. Malgré cela, et bien que Palikao eût déclaré hautement à la tribune que Bazaine était seul commandant en chef de l'armée française. Napoléon III éiail toujours empereur, et il commandait encore. Si les gardes mobiles ne se gênaient pas pour parler de lui et lui rendaient par leur conduite le séjour du camp assez désagréable, les maréchaux de France s'inclinaient encore devant l'Empereur.
La grosse question du moment était celle-ci : qu allait faire l'armée de Mac-Mahon?
Le duc de Magenta était intérieurement fort tourmenté. Sans se délier de Bazaine, il avait cependant des doutes sur
la véritable situation de l'armée de Metz, et il pensait qu'il serait plus habile d'employer à couvrir Paris l'armée qu'il
avait sous ses ordres, et de la grossir en même temps par des renforts venus de l'intérieur ol pour lesquels il avait de bons .cadres, que de risquer une tentative sur Metz qui ne pouvait avoir de succès que si Bazaine réussissait à se délivrer de l'étreinte de fer des Prussiens.
Le pourrait-il ? Mac-Mahon le croyait un instant, mais ensuite la chose lui semblait très-problématique.
Le comte de Palikao envoyait de Paris des télégrammes pressants pour décider Mac-Mahon à marcher sur Metz au secours de Bazaine. Il lui disait qu'un mouvement de retraite sur Paris serait le signal inévitable d'une révolution conli e l'Empire. Il cherchait en même temps, au moyen de nouvelles indécises, en voilant la véritable situation, à faire espérer à Mac-Mahon que Bazaine allait se faire jour sur Briey*
L'empereur Napoléon appuya les arguments de Palikao
dès qu'il sut qu'il ne pouvait pas se iiasarder à revenir à Paris, et Mac-Mahon se décida, mais à contre-cœur.
Le 21 aoilt» Mac-Mahon fit marcher sur Reims le l*(i) et le 1^ corps« Le 1^ et le ^ corps devaient suivre à un jour de distance.
La division de cavalerie deFénelon avait été envoyée, le 2Ûaoût, surBar-le-Duc. pour avoir des nouvelles de l'ennemi. £lle rejoignit l'armée le 23 à BéthenivillCj à l'est de Reims.
Le 20 août, l'Empereur passa au camp de Chftlons une
dernière revue où il fut accueilli tres-iroideraent. Le 21, il
(1) La 1^ eorpt fin tntnspofté ad chMitadt tedsGbèhMif A ItaitDédy, «Ao d'afoit plot de lempt pour m nftniiMr.