LIVRE IV
Meuse pour piller et ramasser des vivres, comme nous l'avons dit plus haut, et qui n'avait point assisté à la bataille, s'était retirée, aprés la défaite des siens, au delà du Rhin, chezles Sicambres, auxquels elle s'était réunie. César envoya des députés demander que ceux qui lui avaient fait la guerre, ainsi qu'à la Gaule, lui fussent livrés; ils répondirent: «l'empire de Rome finit au Rhin; si César pense qu'il n'est pas juste que les Germains passent contre son gré dans la Gaule, pourquoi demanderait-il à étendre au delà du Rhin son autorité et sa puissance? » Quant aux Ubiens, qui seuls parmi les peuples transrhénans avaient envoyé des députés, contracté une alliance, livré des otages, ils priaient instamment César de leur venir en aide, parce qu'ils étaient serrés de trés-prés par les Suèves: « ou, si les affaires de la république l'en empéchaient, de porter seulement l'armée sur l'autre rive du fleuve. Cette démonstration serait pour eux un secours suffisant et une espérance pourl'avenir. Cette armée, par la défaite d' Arioviste et le dernier combat, s'était fait chez les Germainsun si grand nom et elle avait acquis un tel prestige, méme chez les nationsles plusreculées de la Germanie, qu'ils seraient protégés | par la renommée et l'alliance du peuple romain.» Ils promet-
isse neque proelio interfuisse, post fugam suorum se trans Rhenum in fines Sigambrorum receperat seque cum iis conjunxerat. Ad quos quum Cæsar nuntios misisset , qui postularent , eos qui sibi Galliæque bellum intulissent, sibi dederent , responderunt : «populi Romani imperium Rhenum finire : si se invito Germanos in Galliam transire non æquum existimaret, cur sui quicquam esse imperii aut potestatis trans Rhenum postularet?» Ubii autem, qui uni ex Transrhenanis ad Cesarem legatos miserant, amicitiam fecerant , obsides dederant, magnopere orabant ut sibi auxilium ferret, quod graviter ab Suevis premerentur; «vel si id facere occupationibus reipublice prohiberetur, exercitum modo Rhenum transportaret : id sibi ad auxilium spemque reliqui temporis satis futurum. Tantum esse nomen atque opinionem ejus exercitus Ariovisto pulso et hoc novissimo proelio facto etiam ad ultimas Germanorum nationes, uti opinione et amicitia populi Romani tuti
taient une flotte nombreuse pour transporter nos troupes.
XVII. César, par les motifs dont j'ai parlé, avait résolu de passer le Rhin; mais il pensait qu'il n'était ni suffisamment sür, ni digne de lui-méme et du peuple romain, d'effectuer le passage sur des navires. Il croyait done, quoique l'entreprise füt des plus difficiles à cause de la largeur, de la rapidité et de la profondeur du fleuve, qu'il devait tenter de faire un pont, ou renoncer à faire passer l'armée d'une autre maniére. :
Voici la méthode qu'il adopta pour construire ce pont : op réunissait, en les maintenant à la distance de: deux pieds l'une de l'autre, deux poutres d'un pied et demi d'équarrissage, dont le bout était taillé en pointe, et la longueur en rapport avec la profondeur de l'eau. Quand on les avait, à l'aide de machines, descendues et fixées dans le fleuve, on les entassait à coups de mouton, noti pas perpendiculairement comme on le fait pour les pilotis, mais obliquement et de maniére à ce qu'elles fussent inclinées dans le sens du courant. En face et audessous, à la distance de quarante pieds, on en placait deux autres réunies de la même manière et tournées contre la force et l'impétuosité de l'eau. Sur chacun de ces pi-
esse possint.» Navium magnam copiam ad transportandum exercitum pollicebantur.
XVII. Casar his de causis, quas commemoravi, Rhenum transire decreverat , sed navibus transire neque satis tutum esse arbitrabatur, neque suæ neque populi Romani dignitatis esse $tatuebat. Itaque, etsi summa difficultas faciendi pontis proponebatur propter latitudinem, rapiditatem altitudinemque fluminis, tamen id sibi eontendendum, aut aliter non traducendum exercitum existimabat.
Rationem pontis hanc instituit : tigna bina sesquipedalia, panl- Ium ab imo præacuta, dimensa ad altitudinem fluminis, intervalle pedum duorum inter se jungebat. Hæc cum machinationibus immissa in flumen defixerat fistacisque adegerat non sublicæ modo directe ad perpendiculum, sed prone ac fastigate, ut secmndum naturam fluminis procumberent ; his item contraria duo ad eum-