LIVRE 1V
galères dont la forme était moins connue des barbares et la manœuvre plus rapide, de les faire marcher de toute la vitesse des rames, de les placer en face de l'ennemi, du côté où il se présentait à découvert, .et de le forcer à la retraite aveo les frondes, les traits et les machines. Cette manœuvre nous fut d'un grand secours; car, frappé de l'uspect de nos vaisseaux, du mouvement des rames et de nos machines auxquelles il n'était point accoutumé, l'ennemi s'arróta et recula même un peu. Nos soldats hésitaient, surtout à cause de la profondeur de la mer, quand le porteaigle de la dixième légion pria les dieux de permettre quo cette légion se tirât heureusement d'affaire, et s'écria : s Sautez dans l'eau, compagnons, si vous ne voulez pas que l'eigle tombe aux mains de l'ennemi. Quant à moi, eertes, j'aurai fait ce que je dois pour la république et le général. » A ces mots, prononcés d'une voix forte, il s'élanca du navire et porta l'aigle vers l'ennemi. Les nótres S'encouragérent les uns les autres, afin de ne pas être exposés à une pareille honte, et ils se précipitèrent tous hors de la galère. En les voyant agir ainsi, ceux qui setrouvalent près d'eux sur les autres vaisseaux les suivirent et s'approchérent des Bretons.
peutium removeti ab onerariis navibus, et remisincitari,et ad latus apertum hostium constitui, atque inde fundis, sagittis, tormentis ' hostes propelli ac summoveri jussit; quæ res magno usui nostris fuit. Nam et navíum figura et remorum motu et inusitato genere tormentorum permoti barbari constiterunt ac paullum modo pedem retulerunt. Atque nostris militibus cunctantibus , maxime propter altitudinem maris, qui decima legionis aquilam ferebat, eontestatus deos, ut ea res legioni feliciter eveniret. «Desilite, inquit, commilitones, nisi vultis aquilam hostibus prodere: ego certe meum reipublice atque imperatori officium præstitero. » Hoc quum voce magna dixisset , se ex navi projecit atque in hostes aquilam ferre cœpit. Tum nostri cohortati inter se, ne tantum dedecus admitteretur, universi ex navi desiluerunt. Hos item ex prorimis primis navibus quum conspexissent, subsecuti hostibus appropinquarunt.
XXVI. Des deux cótés on combattit avec acharnement; mais les nótres ne pouvaient ni garder leurs rangs ni prendre une position solide, ni suivre les enseignes; en descendant les uns d'un navire, les autres d'un autre, ils se rassemblaient autour des premiéres enseignes venues, et par cela méme ils étaient grandement troublés. Les ennemis, au coniraire, connaissaient tous les bas-fonds, et aussitót qu'ils voyaient quelques-uns de nos hommes sortir d'un navire, ils poussaient contre eux leurs chevaux, les attaquaient avant qu'ils fussent dégagés, et entouraient en grand nombre une poignée de Romains, tandis que les autres lancaient leurs traits sur la masse de notre armée, qui se trouvait à découvert. En voyant ce qui se passait, César chargea de soldats les chaloupes des galères et les bateaux qui servaient d'éclaireurs à la flotte ©, et les envoya au secours de ceux qu'il voyait en péril. Les nôtres, lorsqu'ils eurent touché la terre ferme et qu'ils eurent été rejoints par les autres?, se précipitérent sur l'ennemi et le mirent en fuite, mais sans pouvoir le poursuivre longtemps, parce que la cavalerie n'avait pu faire la route et aborder dans l'ile? C'est en ce point seulement que l'ancienne fortune de César lui fut infidéle.
XXVI. Pugnatum est ab utrisque acriter. Nostri tamen, quod neque ordines servare neque firmiter insistere neque signa subsequi poterant, atque alius alia ex navi quibuscumque signis occurrerat, se aggregabat, magnopere perturbabantur; hostes vero, notis omnibus vadis, ubi ex litore aliquos singulares ex navi egredientes conspexerant, incitatis equis impeditos adoriebantur, plures paucos circumsistebant, alii ab latere aperto in universos tela conjiciebant. Quod quum animadvertisset Cæsar, scaphas longarum navium, item speculatoria navigia militibus compleri jussit, et quos laborantes conspexerat, his subsidia. summittebat. Nostri, simul in arido constiterunt, suis omnibus consecutis in hostes impetum fecerunt, atque eos in fugam dederunt, neque longius prosequi potuerunt, quod equites cursum tenere atque insulam capere non potuerunt. Hoc unum ad pristinam fortunam Cesari defuit,
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à LIVRE IV. 169
XXVII. Vaincus dans ces combats, les ennemis, aussitôt qu’ils se furent ralliés, envoyérent des députés à César pour traiter de la paix, en promettant de donner des otages et de faire tout ce qu'on leur commanderait. L'Atrébate Commius, qui avait été, comme nous l'avons dit plus haut, envoyé dans la Bretagne par César, accompagnait ces députés. Au moment où il descendait de son navire, et où, dans une sorte de harangue, il transmettait aux Bretons ce que César l'avait chargé de leur dire, ils s'étaient emparés de lui et l'avaient mis aux fers. Aprés la bataille, ils le reláchérent, et, eu demandant la paix, ils rejetaient sur la multitude la responsabilité de cet acte de violence, et priaient qu'on les excusát à cause de leur ignorance. César, s'étant plaint de ce qu'aprés avoir envoyé de leur plein gré des députés sur le continent ils avaient fait la guerre sans motifs, leur dit qu'il leur pardonnait leur erreur, et demanda impérieusement des otages; ils en donnérent tout de suiteune partie, et promirent de livrer les autres sous peu de jours, parce qu'il fallait les faire venir de cantons tréséloignés. En attendant, ils ordonnérent à leurs hommes de rentrer chez eux, et les chefs commencèrent à venir detoutes parts implorer César pour eux-mémes et pour leurs cités."
XXVII. Hostes prelio superati, simul atque se ex fuga receperunt, statim ad Cxsarem legatos de pace miserunt; obsides daturos quæque imperasset facturos sese polliciti sunt. Una cum his legatis Commius Atrebas venit, quem supra demonstraveram a Cesare ' in Britanniam premissum. Hunc illi e navi egressum, quum ad eos oratoris modo Cæsaris mandata deferret, comprehenderant atque in vincula conjecerant : tum proelio facto remiserunt, et in petenda pace ejus rei culfam in multitudinem conjecerunt et propterimprudentiam ut ignosceretur petiverunt. Cæsar questus quod, quum ultro in continentem legatis missis pacem ab se petissent, bellum sine causa intulisseut, ignoscere imprudentiæ dixit obsidesque imperavit; quorum illi partem statim dederunt, partem ex Jonginquioribus locis arcessitam paucis diebus sese daturos dixerunt. Interea suos remigrarein agros jusserunt, principesque undique convenire et secivitatesque suas Cæsari commendare cceperunt.
XXVIII. Quand la paix fut ainsi assurée, quatre jours après notre arrivée en Bretagne, les dix-huit navires, dont nous avons parlé plus haut et qui portaient la cavalerie, appareillérent du port supérieur par un vent favorable. Ils approchaient de la Bretagne, et déjà on les voyait de notre camp, lorsqu'il s'éleva une tempête tellement violente, que pas un seul d'entre eux ne put continuer sa route; les uns furent rejetés dans le port qu'ils venaient de quitter; les autres furent poussés à la dérive, en courant de grands dangers, vers la partie inférieure de l'ile du côté du couchant; ces derniers jetérent l'ancre, mais, envahis par les vagues, ils furent obligés, pendant une nuit où tout leur fut contraire, de prendre le large et de regagner le continent.
XXIX. Cette méme nuit la lune? était dans son plein, et c'est à cette époque que les plus fortes marées ont lieu dans l'Océan. Nos soldats n'en savaient rien; les galéres qui avaient servi à transporter l'armée, et que-César avait fait mettre à sec sur la plage, furent submergées par le flux, tandis que la tempéte causait de graves avaries aux navires de charge qui étaient à l'ancre, sans qu'il füt possible aux nótres de faire le service ou de donner le moindre se-
XXVIII. His rebus pace confirmata, post diem quartum quam est in Britanniam ventum, naves xvii, de quibus supra demonstratum est, quz equites sustulerant, ex superiore portu leni vento solverunt. Quz quum appropinquarent Britannis et ex castris viderentur, tanta tempestas subito coorta est, ut nulla earum tenere posset, sed aliæ eodem, unde erant profectæ, referrentur, alie ad inferiorem partem insule, quz est propius solis occasum, magno sui cum periculo dejicerentur; quie tamen ancoris jactis quum fuctibus complerentur, necessario adversa nocte in altum proveciæ continentem petierunt.
XXIX. Eadem nocte accidit ut esset luna plena, qui dies maritimos æstus maximos in Oceano efficere consuevit, nostrisque id erat incognitum. Ita uno tempore et longas naves, quibus Cæsar exercitum transportandum curaverat quasque in aridam subduxerat, æstus complebat, et onerarias, quæ ad ancoras erant de-