LIVRE V
point. venus sous les remparts du camp, en montrant pour nous un si grand mépris. Ce n'est point le conseil de l'ennemi, mais le fait- en lui-méme qu'il faut considérer; le Rhin est derriére nous ; la mort d'Arioviste et nos précédentes victoires causent aux Germains une douleur profonde; soumise aprés tant d'affronts à la domination romaine, et déchue de sa vieille gloire militaire, la Gaule est en feu. Qui pourrait croire enfin qu'Ambiorix donne, sans motifs fondés, un pareil conseil! Quant à moi, mon avis, quoi qu'il arrive, ne peut nous compromettre en rien. Si la situation reste la méme, nous rejoindrons sans danger la légion la plus rapprochée de nous; si toute la Gaule marche d'accord avec les Germains, la rapidité seule peut nous sauver. Mais, si l'on suit l'avis de Cotta et de ceux qui me combattent, qu'arrivera-t-il? On évite le danger quant à présent ; mais on n'en aura pas moins la famine à craindre, à la suite d'un long siége. »
XXX. Les deux partis qui s'étaient formés dans le camp discutérent de cette manière; et Cotta , ainsi que les centurions des premiers rangs, ayant combattu l'opinion de Sabinus avec opiniâtreté, celui-ci s'écria : « Emportez-le, puisque vous le voulez ainsi ; » et il ajouta d'une voix plus
temptione nostri ad castra venturos esse : non hostem auctorem, sed rem spectare ; subesse Rhenum, magno esse Germanis dolori Ariovisti mortem et superiores nostras victorias : ardere Galliam, tot contumeliis acceptis sub populi Romani imperium redactam, superiore glorià rei militaris exstincta. » Postremo, «quis hoc sibi persuaderet, sine certa re Ambiorigem ad ejusmodi consilium descendisse? Suam sententiam in utramque partem esse tutam : $i nihil esset durius, nullo cum periculo ad proximam legionem perventuros; si Gallia omnis cum Germanis consentiret, unam esse in celeritate positam salutem. Cottz quidem atque eorum, qui dissentirent, consilium quem haberet exitum? in quo si non presens periculum, at certe longinqua obsidione fames esset pertimescenda. »
XXX. Hac in utraque parte disputatione habita, quum a Cotta primisque ordinibus acriter resisteretur, « Vincite, inquit, si ita
forte, pour être entendu par une grande partie des soldats : « Certes, ce n'est pas moi qui de vous tous ai le plus peur de la mort ; ceux-là [les soldats] jugent bien les choses, et s’il arrive quelque désastre, ils vous en demanderont compte. Ils seront, si vous le permettez , réunis dans deux jours aux troupes des cantonnements voisins, ils partageront avec les autres les chances de la guerre, et ils ne périront point par le fer ou la faim, isolés et relégués loin de leurs compagnons d'armes. »
. XXXI. L'assemblée est levóe; les soldats prennent les deux lieutenants par les mains et les prient « de ne pas jeter l'armée dans le plus grand danger par leurs dissentiments et leur obstination : tout ira bien, soit qu'on reste, soit qu'on parte, si tout le monde est du méme avis et veut la méme chose; mais, si les chefs se divisent, les soldats se voient perdus sans ressources. » La discussion se prolongea jusqu'au milieu de la nuit. Enfin Cotta céde et consent; l'avis de Sabinus l'emporte ; l'ordre est donné de partir au point du jour; on veille pendant le reste de la nuit. Chaque soldat inspecte ses effets pour voir ce qu'il peut emporter et quelle partie de l'équipement d'hiver il sera forcé d'abandonner dans les quartiers. Ils s’arrangent
vultis,» Sabinus, et id clariore voce, ut magna pars militum exaudiret : «Neque is sum, inquit, qui gravissime ex vobis mortis periculo terrear : hi sapient, et, si gravius quid acciderit, abs te rationem reposcent : qui, si per te liceat, perendino die cum proximis hibernis conjuncti , communem cum reliquis belli casum sustineant, nec rejecti et relegati longe ab ceteris aut ferro aut fame intereant.»
XXXI. Consurgitur ex consilio; comprehendunt utrumque 6t orant, «ne sua dissensione et pertinacia rem in summum periculum deducant: facilem esse rem, seu maneant, seu proficis-cantur, si modo unum omnes sentiant ac probent; contra in dissensione nullam se salutem perspicere.» Res disputatione ad mediam noctem perducitur. Tandem dat Cotta permotus manus; superat sententia Sabini. Pronuntiatur, prima luce ituros; consumitur vigiliis reliqua pars noctis, quum sua quisque miles