LIVRE VI
pour vêtements des peaux ou de petits manteaux en cuir de renne, qui laissent à nu une grande partie de leur corps.
XXII. Ils ne cultivent pas, et leur nourriture consiste principalement en lait, en fromage et en viande. Ils ne possédent point de.champs séparés, et chez eux la propriété de la terre n'est pas personnelle. Les magistrats et les chefs font chaque année, entre les tribus et les familles qui vivent en commun, la distribution des terres, en telle quantité et en tel lieu qu'ils le jugent convenable; et l’année suivante ils les forcent de s'établir ailleurs. Ils disent que cet usage est fondé sur plusieurs motifs : on empéche ainsi les hommes de s'attacher aux mémes lieux par l'effet d'un séjour continuel, et de perdre le goüt de la guerre pour prendre celui de l'agriculture ; on les empéche de songer à acquérir de grands domaines; on prévient l'usurpation des forts sur les faibles ; l'établissement d'habitations soigneusement construites contre le froid et la chaleur ; la soif de l'argent, qui fait naitre les factions et les querelles; enfin on contient le peuple par le sentiment de l'équité, parce qu'il voit que chacun a la même part que les plus puissants.
latio, quod et promiscue in fluminibus perluuntur, et pellibus aut parvis rhenonum tegumentis utuntur, magna corporis parte , nuda. mE
.. XXI. Agriculture non student; majorque pars victus eorum in lacte, caseo, carne consistit: neque quisquam agri modum certum aut fines habet proprios; sed magistratus ac principes in annos singulos gentibus cognationibusque hominum , qui una coierint, quantum, et quo loco visum est, agri attribuunt, atque auno post alio transire cogunt. Ejus rei multas efferunt causas : ne, assidua consuetudine capti, studium belli gerendi agricultura commutent; ne latos fines parare studeant, potentioresque humiliores possessionibus expellant; ne accuratius ad frigora atque æstus vitandos zdificent; ne qua oriatur pecuniæ cupiditas, qua ex re factiones dissensionesque nascuntur; ut animi æquitate plebem contineant, quum suas quisque opes cum potentissimis aequari videat.
XXIII. La plus grande gloire pour les cités est d'avoir autour d'elles d'immenses solitudes et des pays ravagés. Les Germains pensent que la marque essentielle du courage c’est d'expulser les habitants des pays voisins, et de faire que personne n'ose s'établir auprés d'eux; de plus, ils se croient par là plus sürement garantis, parce qu'ils n'ont pas à craindre des invasions soudaines. Lorsqu'une cité fait une guerre offensive ou défensive, on nomme des magistrats qui dirigent les opérations et qui sont investis du droit de vie et de mort. En temps de paix il n'y a point de magistrature générale, mais les principaux habitants des cantons et des bourgades rendent la justice et apaisent les différends. Les vols commis hors des frontières de'chaque cité ne sont point entachés d'infamie , et les Germains les recommandent comme un moyen d'exercer les jeunes gens et de combattre la paresse. Lorsque dans une assemblée quelque citoyen notable dit « qu'il sera le chef d'une expédition, et que ceux qui veulent le suivre le déclarent, » les partisans de l'entreprise et de l'homme qui la propose se lévent, promettent leur concours et sont applaudis par la foule; ceux qui aprés avoir fait cette promesse ne
XXIII. Civitatibus maxima laus est, quam latissime circum se vastatis finibus solitudines habere. Hoc proprium virtutis existimant, expulsos agris finitimos cedere, neque quemquam prope audere consistere : simul hoc se fore tutiores arbitrantur, repentinæ incursionis timore sublato. Quum bellum civitas aut illatum defendit, aut infert; magistratus, qui ei bello præsint, ut vitz necisque habeant potestatem, deliguntur. In pace nullus est communis magistratus, sed principes regionum atque pagorum inter suos jus dicunt, controversiasque minuunt. Latrocinía nullam habent infamiam, quz extra fines cujusque civitatis fiunt; atque ea juventutis exercendz ac desidiæ minuendæ causa fieri prædicant. Atque, ubi quis ex principibus in concilio dixit « se ducem fore; qui sequi velint, profiteantur; » consurgunt ii qui et causam et hominem probant, suumque auxilium pollicentur atque ab multitudine collaudantur : qui ex iis secuti non sunt, in desertorum ac proditorum numero ducuntur, omniumque iis rerum