‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 182 sur 280 · Sed pane etiam in singulis domibus factiones sunt · texte numérisé non relu

Sed pane etiam in singulis domibus factiones sunt

La plupart des traducteurs ont rendu le mot factiones par factions. Ce mot, exclusivement appliqué chez nous à la politique, n'exprime point l'idée de César, et donue méme une idée fausse de l'institution gauloise. La suite du paragraphe montre bieu qu'il s'agit d'une sorte d'association, qui fait déjà pressentie la commune jurce du moyen âge. Nous croyons donc qu'il serait plus exact de traduire factiones

par fédérations ou associations. La fin du paragraphe : Omnes civitates in partes duas divise sunt, ne détruit pas notre remarque ; elle montre seulement que ces associations finissaient par dégénérer en partis politiques ; et dans ce dernier membre de phrase, c'est bien, nous le pensons, le mot parti qui doit être employé.

9. Les Mémoires de César nous montrent les Gaulois divisés comme les Grecs par des rivalités de peuple à peuple. Les peuples de l'ancienne Gaule étaient moins liés entre eux que nc le sont aujourd'hui les nations de l'Europe. (Recherches sur les antiquités romaincs du pays des Vocontiens, dans les Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions, t. 11, 2e série, p. 278.)

10. Les druides, ou hommes des chénes, devaient ce nom à la vie solitaire qu'ils menaient dans de vieilles foréts de chénes. (aw£pÉE rurERR v.)

11. Tout ce qui se rattache à la religion des Gaulois, soit par rapport au culte en lui-même, soit par rapport à l'organisation des druides, a été l'objet d'un nombre infini de dissertations, Nous n'avons point la prétention d'apporter de nouvelles lumières dans une question si longtemps et si savamment controversée et cepeudant si obscure encore; un volume d'ailleurs ne suffirait point à résumer tout ce qui a été dit, et nous eroyons devoir nous borner ici à de simples indications bibliographiques.

On trouvera dans le premier volume du recueil de dom Bouquet: Rerum Gallicarum et Francicarum scriplores , tous les passsges des écrivains de l'antiquité grecs ou romains qui ont parlé de la religion de la Gaule. C'est là la véritable source, et comme le point de départ de toute recherche exacte et positive, On consultera aussi avec beaucoup de profit les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-letires, depuis l'origine de cette savante société jusqu'à nos jours. Voici l'indication de quelques points importants relatifs au druidisme, qui se trouvent traités dans cette belle collection :

T. V, ire série, Mémoire de l'abbé de Fontenu sur les divinités gauloises. — L'auteur accuse César de manquer d'exactitude dans le dénombrement des divinités gauloises. — Y met-il Saturne, à qui les Gaulois immolaient des victimes humaines ? dit Fontenu; y place-t-il Castor et Pollux, adorés chez les Celtes, qui occupaient les côtes de l'Océan ? L'hercule Ogmion, un des dieux tutélaires des Gaules, n'y est pas nommé, non plus que Bérécinthe, révérée encore dans les Gaules au quatrième siècle. Il a également oublié Isis parmi les dieux de la Gaule. Il n'a pas méme compté cette déesse entre les divinités de la Germanie. Il réduit celles des anciens Germains au Soleil, à Yulcain, à la Lune. Cependant ces peuples en connaissaient beaucoup d'autres, savoir : Tuiscon, Man, son fils, Mars; la Terre, mère de Cybéle; Hercule, Castor et Pollux ; les dieux mêmes des sept planètes à chacune desquelles les Germains consacraient un des jours de la semaine.

T. XIX. Sur la nature et les dogmes les plus connus de la religion gauloise. — L'auteur de ce Mémoire s'attache à montrer que Diodore de Sicile a confondu l'opinion que les Gaulois avaient d'une autre vie avec la métempsycose égyptienne et pythagoricienne, c'est-à-dire avec le passage successif de la même âme humaine en différents corps. Les termes de César peuvent être susceptibles d'une interprétation semblable; cependant le dogme des Gaulois était au fond trés-différent de celui des pytbagoriciens.

T. XXIV. De ia religion des Gaulois, de leur métaphysique et de leur movale, par l'abbé Fenel,

Obeervations sur la religion des Gaulois, par Fréret.

Il a été publié, en dehors des Mémoires de l'Académie des inscriptions, un trés-grand nombre de dissertations qui, du reste, doivent étre lues avee beaucoup de réserve, attendu que les conjectures y tiennent la plus grande place. Nous avons distingué dans le nombre :

1o Les Monuments religieux des Volces Tectosages, par M. du Mège, Paris, 1814;

2 Recueil des monuments antiques découverts dans la Gaule, par Grivaud de la Vincelle, Paris, 4817, iu-40 ;

3% L'article Druidisme, par M. Jean Raynaud, dans l'Encyclopédie nouvelle. — Cet article est très-important. 1l doit être consulté en première ligne par toutes les personnes qui veulent faire de César une étude approfondie.

Parmi les ouvrages généraux, nous indiquerons l'Histoire des Gaulois du bénédictin dom Martio ; l'Histoire de la Gaule de M. Amédée Thierry, part. I, chap. 1; et le premier volume de l'Histoire de France de M. Henri Martin.

On trouvera, en outre, dans la Bibliothèque historique de ia France du Père Lelong, continuée par Fevret de Fontette, l'indication des auteurs modernes qui ont écrit sur la religion des Gaulois. Le premier volume du Catalogue des imprimés de la Bibliothèque impériale fournira également sur le même sujet les renseigaements bibliographiques les plus précieux.

12. M. Dübner pense, et selon nous avec raison, que par le mot animalia il faut entendre tout homme ou tout animal,

13. Nous croyoos intéresser nos lecteurs en réunissant ici quelques renseiguements qui ne sont point dans César, mais qui complétent les détails que cet bisiorien nous & transmis sur la Gaule, et qui sont empruntés aux autres écrivains de l'antiquité. Nous reproduisons d'abord quelques extraits que nous avoos donnés dans notre introduction à l'Histoire du costume (Paris, Hangerd-Mauge, in-4e):

« Le Gaulois était robuste et de baute stature; il avait le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux blonds ou chátain-clair. Guerrier par instinct, chasseur par nécessité, il devait avant tout se maintenir dans un état satisfaisant de vigueur musculaire, et il évitait avec soin tout ce qui pouvait développer l'obésité. Quelques auteurs ont méme été jusqu'à dire que ceux qui devenaient trop gras subissaient une amende, laquelle augmentait ou diminuait chaque année, selon que l'individu augmentait ou diminuait lui-même. « Les Gaulois, dit Virgile en parlant de la surprise du Capitole, les Gaulois ont une chevelure couleur d'or; leurs habits sont chargés d'or; ils brillent sous leurs saies bariolées, et leurs oous blancs comme le lait sont entourés d'or 1. »

« Les Gaulois, dit à son tour Strabon, laissent croître leurs cheveux ; ils portent des saies. Ils couvrent leurs extrémités inférieures de hauts-de-chausses (x«i éveEóo us: Xgowvat Xsgict)ap bye, littéralement, ils font usage de hauts-de-chausses tendus autour); leurs tuniques ne ressemblent point aux nôtres, elles sont fendues, descendent jusqu'aux fesses et ont des manches. La laine des moutons de la Gaule est rude,

1. Aurea cæsaries ollis atque 2uica vestis; Virgatis lucent sagulis ; tnm lactea colla Auro innectuutur. (4Enetdos lib. VÀll, v. 6556 $999)

mais longue; on en fabrique cette espèce de saie à poils que les Romains appellent lenna. Tous ceux qui sont revétus de quelque dignité portent des ornements d'or, tels que des colliers, des bracelets et des habits de couleur- travaillés ea or. La plupart des Gaulois conservent encore aujourd'hui l'usage de coucher à terre et de prendre leurs repas assis sur de la paille.... Ils babitent des maisons vastes, coustruites avec des planches et des claies, et terminées par un toit cintré et couvert d'un chaume épais 4.» .

Agathias, Ammien Marcellin, Diodore de Sicile, en un mot les historiens qui ont parlé des Gaulois ne sont guère plus explicites dans la description générale qu'ils nous en ont laissée, mais du moins ils ent le mérite de s'aceorder sur les principaux détails.

Si majatenant du type général nous passons aux types particuliers, nous trouvons, dans l'angle sud-ouest de la Gaule formée par les Pyrénées orientales et l'Oeóan, les Ibéres, ou Aquitains de souche espagnole, couverts d'un vêtement court fabriqué de laime grossière et à long poil 5, sombres sous ce costume sévère, mais remarquables par une grande propreté, qui se retrouve encore aujourd’hui parmi les femmes sur les bords du Gave et de l'Adour. Le bouclier léger dont s’armaient les Ibères les distinguait du reste des Gaulois, qui portaient des boucliers longs. Les hommes de cette rase étaient braves, mais légers et frivoles dans leurs goûts. Les femmes, dont le type était différent des femmes gauloises, avaient les cheveux d'un noir luisant, les yeux noirs, et déjà du temps de Strabon elles portaient autour de la tête ua voile noir comme leurs cheveux et leurs yeux. C'est là, dit M. Ampère, l'origine de la mantilla, et il ajoute avec raison: «Les traditions de la ooquetterie sont plus durables qu’on ne le croirait +.»

Daps toute la partie voisine de l'Italie, nous trouvons la toge et le costume romajn, méme parmi la population indigène ; nous sommes là daus la Gallia togata. A Marseüle et dans les colonies grecques de la région du Midi, c'est le costume hellénique qui règne sans partage. «Les Massilieos, dit Tite-Live, ont conservé, purs de tout mélange et de toute imitation de voisinage avec les habitants de la Gaule, non-seulement les inflexions de leur langue, leur accent, leur type et leur costume, mais leurs mœurs, leurs lois, leur caractère 5.» Ici nous ne sommes point pour ainsi dire en Gaule, mais dans la Gréce.

Sur tout le reste du territoire, depuis Lyon jusqu'en Belgique, nous trouvons les deux grandes nations gauloises, Celtes et Kimris. C'est ici que se montre le costume vraiment national. Ce ‘costume est simple et commode. Il se compose de tissus de lin, d'étoffes de laine, de fourrures, La principale pièce, le pantalon, était large, flottant et à plis chez les races kimriques, étroit et collant chez les peuples d'origine celtique. Ce pantalon se nommait bracca ou braga, d'où est venu le mot français braies. Il descendait primitivement jusqu'à la cheville, 1l se raccourcit en-

4. Diodore de Sicile offre sur ce point une variante qu'il est bon de consigner ici. 1l ne parie de paille, mais de peaux de loup ou de chien, $. Strabon, traduit du grec en francais. Paris, 1809, in-4?, tome II, liv. v1, p. 62, 65, 79. 8. Paulinus, epist. 111 : Bigerricam vestem brevem atque hispidam.... 8ulp. Severus, diab 14, e. 1 :Bigera vestis vellala.... cuncti erant tersi et mundi... b J.-J. Ampère, Histoire littéraire de la France avant le dousième esécle, t. I, p. 7, 9. $. Tite-Live, lix. XXXVII, ch. Liv.

suite et s'arrêta au jarret, ce qui a fait penser à quelques archéologues qu'il a pu fournir le modèle du vêtement connu sous le nom de culotte.

Une espèce de gilet serré s'adaptait à la partie supérieure du corps et descendait jusqu'à mi-cuisse. Le tout était recouvert d'une saie rayée, sagum virgatum, sagula. Cette saie, dont la forme s'est conservée dans la blouse de nos paysans, était un manteau avec ou sans manches, attaché sous le menton par une agrafe. On peut croire, d’après un passage de Varron, que Îa saie était faite de quatre pièces carrées, ou bien encore qu'elle était double par derrière comme par devant 1. lien est parlé dans la plupart des écrivains anciens qui se sont occupés du costume gaulois. Quand les Nerviens, s'inspirant de la tactique romaine, commencèrent à élever des fortifications de campagne, ils se servirent de leurs mains et de leurs saies pour transporter les remblais des terrassements. Malgré l'imperfection d'un tel procédé de travail, ils creusérent en trois heures un fossé de quinze pieds, et ils élevèrent en outre un retranchement de onze pieds d'escarpe; travail prodigieux, qui n'avait pas moins de quinze mille pas de circuit, ce qui suppose, eutre une activité extraordinaire, une multitude vraiment surprenante de travailleurs 2, « Les Belges, dit Strabon, portent la saie.» Chez les Belges et leurs voisins les Atrébates, elle était d'un usage tout à fait populaire, et Trébellius Pollion nous apprend que Gallien, menacé de perdre cette partie de la Gaule, se mit à rire es disant; «Sans les saies des Atrébates, la république n'est-elle donc plus en süreté 9? »

Ce vétement avait tant de prix pour ceux qui en étaient habillés que, dans les assemblées publiques, les surveillants, qui faisaient les fonctions de nos huissiers, devaient, afin de rappeler les perturbateurs à l'ordre, couper un morceau de leur saie, assez grand pour qu'il füt impossible de s'en servir plus longtemps. Strabon, qui raconte le fait, ne dit pas si cette punition maintenait le calme dans les réupions politiques de la Gaule; mais cette bizarre anecdote, curieuse pour l'histoire du costume, ne l'est pas moins pour l'histoire du caractére national. La saie a disparu depuis dix-huit siècles de nos assemblées publiques ; la turbulence est restée la méme.

Le costume gaulois, réduit à ses parties principales, se composait donc, pour les hommes, de quatre objets: les braies, le gilet serré ou tunique, la saie et le manteau à capuchon, connu sous le nom de bardocucullus. Ce manteau-coiffure, trèsrépandu dans la Saintonge au temps de Martial, comme semble l'indiquer ce vers:

Gallia Santonico vestit te bardocucullo *,

la Gaule te rec£t du Lardocuculls de la Saintonge ; ce manteau, disons-nous, fut adopté par les Romains. Il s'est conservé de nosjours dans le costume des habitants du Béarn et des Landes, Il est devenu, dans le moyen âge, le capuchon des

1 Sugum Gallicum nomen est; dictum autem sagum quadrum, eo quod apud eos primum quadratum vel quadruplex esset. (Varro, lib. X1X, c. 34.)

$. Cæsar, De bello gallico, lib. V, c. LI.

8. Non sine Atrebaticis sagis tuta respublica est? b. Martial, lib. XIV, epigr. cxxvill. — Le méme poële dit encore ailleurs :

Sic interpositus villo contaminat uncto

Urbica Lingonicus Tyrianthina bardocucullus.

(Lib. I, epigr. 11v4

moines, le chaperon du bourgeois, et aujourd'hui encore nous le retronvons dans la cape de nos cabans et les dominos de nos bals masqués.

A côté des vêtements que nous venons de décrire, il en est encore quelques autres qui, bien que d’un ussge moins général, paraissent cependant avoir eu une certaine importance. Telles sont, par exemple, les chlamydes artésiennes dont il est parlé dans Suidas, les courtes vestes à manches nommées cerampelines, qui se fabriquaient chez les Atrébates. Ces vestes, ouvertes psr devant, étaient teintes en rouge. Tel est aussi le petit manteau court, que les riches ornaient magnifiquement, et la caracalle, caracalla, espèce de simarre qui descendait jusqu'aux talons, et qu'on portait également comme habit civil et comme habit militaire.

La chaussure des Gaulois est moins connue que leur costume. 11 parait cepeudant que les plus pauvres marchaient pieds nus, tandis que les riches portaient des semelles de bois ou de liége, attachées à la jambe avec des courroies. Schedius prétend qu'elles étaient de forme pentagone : mais rien de certain ne justifie cette assertion. On sait seulement qu'elles se nommaient soleæ, et l'on peut croire que cette lointaine appellation s'est conservée dans le mot allemand sohlen, qui signifie encore semelle, et dans le mot picard solers, chaussure. Quelques écrivains donnent aussi aux Gaulois des chaussures en peau de blaireau, mais on ne sait rien de pré-

L'habillement des femmes gauloises, plus simple que celui des hommes, sq composait ordinairement d'une tunique large et plissée, avec ou sans manches, et d'une espèce de tablier attaché sur les hanches. Cette tunique, qui descendait jusqu'aux pieds, découvrait le haut de la poitrine, et la mode voulait que, pour les femmes élégantes, elle fût rouge ou bleue. Dans quelques tribus, on portait des poches ou sacs de cuir nommés bulgæ, qui sont encore en usage dans quelques villages du Languedoc, où on les nomme bouls ou boulgétes. Les femmes riches ajoutaient à la tunique un manteau de lin de couleurs variées qui s'agrafait sur les épaules. Quelquefois aussi ce manteau, ouvert sur le devant, était assujetti par une lacure on des courroies fixées par des boutons. Les coiffures des femmes, celles du moins dont on peut parler avec quelque certitude, sont de deux espéces : l'une se compose d'une coiffe carrée fixée sur les cheveux, qui sont séparés sur le front et rattachés par derrière; l'autre consiste en'un voile qui ne cache point le visage, mais seulement une partie du front, et qui, ramené sur le derriére de la téte, revient de là couvrir les épaules et le sein,

Hommes ou femmes, les Gaulois étaient tellement attachés à leur costume natioual, que les bandes qui $e répandirent sur la Grèce, sur la Thrace et sur l'Asie, gardérent dans ces contrées lointaines, avec leur ápreté native, la sauvagerie de leur aspect. Mélés en Asie à la race la plus douce du genre humain, ils restèrent à peu prés ce qu'ils étaient dans la Gaule, c'est Tite-Live qui nous l'apprend ; ils conservérent leur fougue guerrière , leur mobilité et les cheveux rouges !.

Pendant tout le temps où la Gaule fut indépendante, les costumes dont nous ve nons de parler, ceux des hommes comme ceux des femmes, paraissent avoir subi peu de modifications. Ce fait peut étonner chez un peuple mobile et ami de nouveautés comme le peuple gaulois; mais il s'explique, nous le pensons, par l'imperfection des arts technologiques. 11 faut, en effet, pour faire des étoffes nouvelles,

1. Promissæ et rutilatæ come. (Titus-Livius, lib. XXVIII, c. xvii).

inventer de nouveaux métiers, de nouveaux instruments, et il est évident que, quand les arts sont stationnaires, les modes doivent l’être aussi. Elles semblent, eu effet, l'avoir été longtemps dans les Gaules; mais il faut ajouter que, tout en restent les mêmes dans leur type général, elles variaient cependant beaucoup suivant les diverses castes.

Les druides, qui teuaient le premier rang, portaient sinon habituellement, du moins daos les cérémonies religieuses, une tunique longue à fond blanc ornée de bandes de pourpre ou de broderies d'or, et, par-dessus la tunique, un grand manteau qui s'ouvrait par devant. Ce manteau, de lin très-fin, était d'une blancheur éblouissante 1. lis s'en paraient pour cueillir le gui sacré, que d’autres druides recevaient sur un linge blanc qui n'avait jamais servi, én mappa noua, dit Plise. Les druides portaient ordinairement la barbe longue; ils étaient coiffés d'un bandeau qui leur ceignait la tête, et quelquefois d'une couronne de chêne, comme on le voit sur les monuments trouvés à Dijon.

Les nobles, outre les ornements ordinaires, fleurs, disques, figures de toute espèce qui ornaient la saie, ajoutaient à cet habit des broderies d'or et d'argent !. Les pauvres, ceux qui appartenaient à ces classes déshéritées qu'on retrouve daus la barbarie comme dans la civilisation, remplaçaient ces saies par des peaux de bête fauve ou de mouton, ou par une couverture de laine épaisse, mais eepeudant moelleuse, appelée, dans les dialectes gallo-kimriques, lina ou lena 5.

Les divers vêtements dons nous venons de parler étaient en général le produit de l’industrie indigène. Les toiles et les étoffes en fil les plus estimées étaient fabriquées par les Cardukes (peuple du Quercy), établis sur les bords du Lot, qui sa livraient en grand à la culture du lin. Les étofles de laine étaient travaillées avec babileté par les Atrébates, qui vendaient des cerampelines et des lema. ils employaient de préférence, pour cette dernière fabrieation, les toisons longues. Les laines gauloises jouissaient d'une certaine réputation; on entretient, dit Strabon, méme dans les parties les plus septentrionales, des troupeaux de moutons qui donnent une assez belle laine par le aoin qu'on a de couvrir ces momtons avec des peaux. Varron nous apprend aussi qu'on pouvait, quand on n'avait point une habitude suffisante, confondre à première vue les laines gauloises avec celles de l’Apulie, mais que les connaisseurs payaient ces derni$res up prix plus élevé, parce qu'elles étaient d'un meilleur usage *.

Comme tisserands soit de fil, soit de laine, les Gaulois avaient donc uae certaine habileté. 11 en était de méme pour l'art de brocher les étoffes et de les teindre. Ils avaient trouvé le moyen de contrefaire avec le suc de certaines herbes les couleurs les plus précieuses, et particulierement la pourpre de Tyr. Mais, par malheur, ces couleurs étaient faux teint, et on ne pouvait laver le vétement sans en altérer l'éclat 5. Cette expérience dans l'art de la teinturerie, tout imparfaite

1. Candida veste cultus, (Plinius, lib. XVI, c. xLIv ; lib. XXIV, c. XI.) — Alex. Lenoir, Musée des monuments français. Paris, 1800, in-8, t. T, p. 118.

$. Auro virgata vestis. (Silius Italicus, lib. TV, v. 152.)

3. Linno, saga quadra et molBa sunt, de quibus Plautus : « Linnæ cooperta est textrino Gallia. » (Varrua, lib. XIX, e. 32.)

&. Lana Gallicana et Apula videtur imperito similis prepter speciem, quam peritus Apulam emat plurís, quod in usu firmior sit. (Id., lib. VIII.)

5. Mémoires de l'Académie des inscriptions, nouvelle série, t. Y, p. 132,

qu'elle fût, était d'autant plus précieuse dans la Gaule, que les habitants de cette contrée, avaient une sorte de passion pour les vêtements éclatants et bariolés, et surtout pour le rouge.

Ainsi que tous les peuples à demi sauvages, les Gaulois unissaient à ce goût pour les couleurs éclatantes un goût non moins vif pour les bijoux et tous les aocessoires qui peuvent rehausser le costume. Ils portaient sur le haut de la poitrine des plaques de métal décorées de ciselures, de guillochages, des bracelets aur bras et aux poignets, des colliers d'or massif, des anneaux d'or aux doigts du milieu, des ceintures massives incrustées, guillochées ou émaillées; car il est aujourd'hui hors de doute que les Gaulois connaissaient l'émail. Philostrate! dit en termes précis que les barbares qui habitent prés de l'Océan appliquent sur de l'airain chauffé des couleurs qui s'unissent au métal, et que ces couleurs, en $e durcissant comme de la pierre, gardent les dessins qu'on y a tracés. Pline parle dans le méme sens, et les assertions de ces deux écrivains ont été, dams oes derniers temps, confirmées par la découverte d'émaux gaulois à Marsal en 1838, à Laval en 1840. :

Le collier, nommé torques, était plus particulièrement un ornement militaire, Les guerriers gaulois paraissent y avoir attaché une grande importance, et e’èst en raison de cette importance même que leurs ennemis, quand ils parvenaient à les vaincre, s'emparaient du collier pour s'en faire uu trophée, comme le prouve l’histoire de Manlius Torquatus. Les bracelets qui se portaient aux poignets et au- &onr des bras servaient plus particulièrement à distinguer les nobles et les chefs mmilitaires. Polybe, parlant d'une armée gauloise en ordre de bataille, dit que le premier rang était formé d'hommes ornés de colliers et de bracelets, c'est-à-dire de l'élite de la nation qui réclamait parmi ses priviléges l'honneur de soutenir le premier choc ou de porter les premiers coups. «C'est peut-être pour cette raison, dit Pelloutier, que Tive-Live, en parlant de quelque victoire remportée par les Romains, spécifie ordinairement le nombre des colliers et des bracelets gagnés sur l’ennemi pour juger du nombre des officiers qu'il avait perdus 5,»

Les Gaulois étendaient à leurs chevaux eux-mêmes ce luxe d'ornementation, Les ouvriers d'Alesia incorporaient l'argent au cuivre pour orner les mors et les harnais, et les cavaliers gaulois, dans les grandes solennités guerriéres, suspendaient au cou de leur monture les têtes des ennemis qu'ils avaient tués, après avoir desséché ces tétes et les avoir frottées d'huile de cédre.

D'où venait donc cet or que nos sauvages aieux prodiguaient ainsi dans leur parure? La guerre et le pillage dans de lointaines expéditions, la rançon de Rome, les dépouilles de l'italie, l'avaient fourni d'abord; plus tard, ils le tirèrent des entrailles mêmes de leur patrie, et surtout du pays des Trabelli, c'est-à-dire de cette partie de la Gaule qui longeait les cótes de l'Océan, depuis les Pyrénées jusqu'au bassin d’Arcachon. Il était là, abondant, facile à trouver, en morceaux, presque à la surface du sol, ou disséminé en paillettes dans le lit des fleuves *.

Avides de tout ce qui brille et flatte les yeux par l'éclat, les Gaulois devaient aussi rechercher les pierres précieuses pour en rehausser l'or lui-même. De ce

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