LIVRE VII
aucun mot qui fût indigne de Ja majesté du peuple romain et de leurs anciennes victoires. Bien plus, lorsque César, interpellant l’une après l’autre les légions occupées aux travaux, leur dit que si la disette leur paraissait trop pénible il lèverait le siége, les soldats le prièrent tous de ne point le faire: « depuis plusieurs années qu'ils servaient sous ses ordres ils s'étaient comportés de manière à ne subir aucun affront, à ne renoncer à aucune entreprise. Ils regarderaient comme le comble de la honte d’abandonner un siége qu'ils avaient commencé. Ils aimaient mieux supporter les plus rudes épreuves que de renoncer à venger les citoyens romains traitreusement assassinés par les Gaulois à Génabum. » Ils faisaient part de ces réflexions aux centurions et aux tribuns, afin que ceux-ci en fissent part à César. ÁEES
XVII. Déjà les tours étaient approchées du rempart quand César apprit par ses prisonniers que Vercingétorix, aprés avoir consommé tous les fourrages, s'était rapproché d'Avaricum, et que lui-méme, avec la cavalerie et les troupes légéres habituées à combattre entre les rangs des cavaliers, était parti pour se mettre en embuscade dans un lieu où jl supposait que les nôtres viendraient fourrager
iis audita populi Romani majestate et superioribus victoriis indigna. Quin etiam Cæsar quum in opere singulas legiones appellaret.et, si acerbius inopiam ferrent, se dimissurum oppugnationem diceret; universi ab eo, ne id faceret, petebant : « sic se complures annos illo imperante meruisse, ut nullam ignominiam acciperent, nusquam 'incepta re discederent; hoc se ignominiz laturos loco, si inceptàfi oppugnationem reliquissent : præstare, omnes perferre acerbitates, quam non civibus Romanis, qui Genabi perfidia Gallorum interissent, parentarent. » Hzc eadem centurionibus tribunique militum mandabant, ut per eos ad Cæsarem deferrentur.
XVIII. Quum jam muro turres appropinquassent , ex captivis Cæsar cognovit, Vercingetorigem consumpto pabulo castra movisse propius Avaricum, atque ipsum cum equitatu expeditisque, qui inter equites prœliari consuessent, insidiarum causa eo pro-
le lendemain. Sur cet avis, César partit en silence au milieu de la nuit, et arriva le matin prés du camp des Gaulois. Ceux-ci, avertis tout de suite par leurs éclaireurs, cachérent les chariots et les bagages dans des bois trèsépais, et rangérent toutes leurs troupes sur une colline découverte. Informé de cette manœuvre, César donna ordre aux soldats de déposer tout de suite leurs bagages et de préparer leurs armes.
XIX. La colline, à partir de la base, s'élevait en pente douce, et elle était entourée presque de tous cótés par un marais large tout au plus de cinquante pieds, et dont le passage présentait de grands obstacles. Les Gaulois, aprés avoir coupé les ponts, se tenaient sur cette colline, pleins de confiance dans la position; rangés par familles et par cités, ils faisaient garder par des postes composés d'hommes éprouvés tous les endroits accessibles et le défilé du marais, et se tenaient préts, si les Romains tentaient le passage, à profiter de leur position dominante pour les accabler quand ils les verraient hésiter. En voyant les armées si prés l'une de l'autre, on pouvait croire qu'elles allaient combattre avec des avantages à peu prés égaux 5; mais en faisant attention aux difficultés du terrain, on
fectum, quo nostros postero die pabulatum venturos arbitraretur. Quibus rebus cognitis, media nocte silentio profectus, ad hostium castra mane pervenit. Illi, celeriter per exploratores adventu - Cesaris cognito, carros impedimentaque sua in arctiores silvas abdiderunt, copias omnes in loco edito atque aperto instruxerunt. Qua re nuntiata, Cæsar celeriter sarcinas conferri, arma expediri jussit.
XIX. Collis erat leniter ab infimo acclivis : hunc ex omnibus fere partibus palus difficilis atque impedita cingebat, non latior pedibus quinquaginta. Hoc se colle, interruptis pontibus, Galli fiducia loci continebant, generatimque distributi in civitates, omnia vada ac saltus ejus paludis [certis custodiis] obtinebant, sic animo parati, ut, si eam paludem Romani perrumpere couarentur, hæsitantes premerent ex loco superiore : ut, qui propinquitatem loci videret, paratos prope equo Marte ad dimicanduut
LIVRE VII. 335 reconnaissait que les Gaulois ne deployaient leurs forces que par forfanterie.: Les soldats indignés que l'ennemi, séparé d'eux par une si petite distance, püt soutenir leur aspect, demandaient le combat, mais César leur représenta « combien les pertes seraient grandes, combien il faudrait sacrifier de vaillants guerriers pour remporter la victoire ; en les voyant animés d'un courage tel qu'ils ne reculent pour sa gloire devant aucun danger , il se regarderait lui-méme comme coupable du plus grand des crimes si leurs vies ne lui étaient pas plus chéres que son propre salut. » Aprés avoir ainsi calmé leurs regrets, il les ramena le méme jour dans le camp, et fit terminer tous les préparatifs du siége.
XX. Vercingétorix, en revenant auprés des siens, fut accusé de trahison, parce qu'aprés s'étre rapproché des Romains, il s'était éloigné avec toute la cavalerie, qu'il avait laissé sans chef une armée si nombreuse, et que les Romains aprés son départ étaient venus si vite et en choisissant si bien le moment : « Il était impossible que tout cela füt arrivé par hasard, ou sans qu'il y eùt préméditation; il aimait mieux obtenir l'empire de la Gaule de la bonne volonté de César, que de le devoir à leurs services. »
existimaret ; qui iniquitatem conditionis perspiceret, inani simulatione sese ostentare cognosceret. Indignantes milites Cæsar, quod conspectum suum hostes perferre possent, tantulo spatio interjecto, et signum proelii exposcentes, edocet « quanto detrimento et quot virorum fortium morte necesse sit constare victoriam : quos quum sic animo paratos videret, ut nullum pro sua laude periculum recusent, summ se iniquitatis condemnari debere, nisi eorum vitam sua salute habeat cariorem. » Sic milites consolatus, eodem die reducit in castra; reliquaque, qux ad oppugnationem pertinebant oppidi , administrare instituit.
XX. Vercingetorix, quum ad suos redisset, proditionis insimulatus, quod castra propius Romanos movisset, quod cum omni equitatu discessisset, quod sine imperio tantas copias reliquisset, quod ejus discessu Romani tanta opportunitate et celeritate ve-
Voici comment il répondit à ces accusations : « Il a levó son camp parce qu'il manquait de fourrages, et qu'euxmémes l'ont engagé à le faire; il s'est rapproché des Romains parce qu'il comptait sur les avantages de sa position, qui se défendait par sa propre force; on ne devait point regretter le concours de la cavalerie sur un terrain marécageux, et elle avait été utile là oü il l'avait conduite; si en partant il n'avait confié à personne le commande ment suprême, c'était à dessein, de peur que le nouveau chef ne fût poussé par l'ardeur de la multitude à livrer bataille; il les savait tous trés-impatients de combattre, par faiblesse, parce qu'ils ne pouvaient plus longtemps supporter la fatigue. Si les Romains étaient venus par hasard, il fallait en remercier la fortune; s'ils avaient été prévenus, on devait rendre gráce à celui qui les avait appelés, car les Gaulois, des hauteurs oü ils étaient placés, avaient pu s'assurer de leur petit nombre et de ce que valait leur courage, puisqu'ils s'étaient retirés honteusement dans leur camp sans oser combattre. Il ne songeait point, au moyen d'une trahison, à recevoir de César l'empire qu'il pouvait obtenir par une victoire dont lui-même et les Gaulois étaient assurés. Il était prêt
"nissent; « non hec omnia fortuito aut sine consilio aecidere potuisse; regnum illum Galli? malle Caesaris concessu, quam ipsorum habere beneficio ; » tali modo accusatus ad hasc respon- ‘dit : «quod castra movisset, factum inopia pabuli, etiam ipsis hortantibus : quod propius Romanos aecessisset, persuasum loci opportunitate, qui se ipsum munitione defenderet : equitum vero ' operam neque in loco palustri desiderari debuisse, et illic fuisse ' utilem, quo sint profecti : summam imperii se consulto nulli discedentem tradidisse, ne is multitudinis studio ad dimicandum impelleretur; cui rei propter animi mollitiem studere omnes videret, quod diutius laborem ferre non possent. Romani si casu intervenerint, fortune; si alicujus indicio vocati, huic habendam gratiam, quod et paucitatem eorum ex loco superiore cognoscere, et virtutem despicere potuerint ; qui, dimicare non ausi, turpiter se in castra receperint. Imperium se ab Caesare per proditionem