LIVRE VII
du reste à remettre son commandement entre leurs mains, s'ils croyaient lui faire honneur, au lieu de se regarder eux-mémes comme sauvés par lui. Afin que vous sachiez, dit-il, que je parle franchement, écoutez des soldats romains. » Et il leur présenta des esclaves qu'il avait pris quelques jours auparavant tandis que nous étions à fourrager, et qu'il avait torturés par la faim et par les chaînes, Ceux-ci, à qui on avait fait la leçon d'avance, disent qu'ils sont des soldats légionnaires : « Poussés par la faim et la misére, ils sont sortis secrétement du camp pour voir s'ils pourraient trouver dans la campagne du blé ou du bétail ; l'armée tout entière souffre de la méme disette ; tous les hommes sont exténués et hors d'état de supporter plus longtemps les fatigues ; c'est pourquoi le général a décidé que si le siége n'avancait pas, il retirerait son armée sous trois jours. — Voilà, dit Vercingétorix, les services que je vous ai rendus; et c’est moi que vous accusez de trahison; moi par qui vous voyez une armée victorieuse et si puissante presque anéantie par la faim, sans que vous ayez versé votre sang; moi qui ai empéché les cités de la Gaule, sans exception, de recevoir sur leur territoire cette nullum desiderare, quod habere victorià posset, quz jam esset sibi atque omnibus Gallis explorata : quin etiam ipsis remittere, si sibi magis honorem tribuere, quam ab se salutem accipere videantur. Hzc ut intelligatis, inquit, a me sincere pronuntiari , audite Romanos milites. » Producit servos, quos in pabulatione paucis ante diebus exceperat et fame vinculisque excruciaverat. Hi, jam ante edocti, qua interrogati pronuntiarent, milites se esse legionarios dicunt : « fame et inopia adductos clam ex castris exisse, si quid frumenti aut pecoris in agris reperire possent : simili omnem exercitum inopia premi, nee jam vires sufficere cuiquam, nec ferre operis l2borem posse: itaque statuisse imperatorem, si nihil in oppugnatione oppidi profecisset, triduo exercitum deducere. — Hxc, inquit, a me, Vercingetorix , beneficia habetis, quem proditionis insimulatis, cujus opera sine vestro sanguine tantum exercitum victorem fame [pene] consumptum videtis; quem turpiter se ex [hae] fuga recipien-
armée quand elle se fut ralliée aprés une fuite honteuse. »
XXI. La foule pousse une exclamation ; et, suivant son habitude, elle fait résonner ses armes, car c'est ainsi que les Gaulois témoignent leur approbation quand un discours leur plait : « Vercingétorix est leur chef supréme; il ne faut point douter de sa bonne foi, et la guerre ne peut étre conduite avec plus d'habileté. » Ils décident ensuite qu'on enverra dans la ville dix mille hommes choisis parmi toutes les troupes; ils ne veulent pas confier le salut commun aux seuls Bituriges, sachant bien que si ceux-ci empéchent l'ennemi de s'emparer de la place, ils garderont pour eux tout l'honneur de la victoire.
XXII. Au courage extraordinaire de nos soldats les Gaulois opposaient des obstacles de toute espéce, car c'est une race très-adroite, et elle excelle à imiter et à faire ce qu'elle voit faire aux autres. Ils détournaient les faux avec des nœuds coulants, et quand la corde était bien attachée, des machines enlevaient ces faux à l'intérieur des remparts; ils minaient la terrasse au moyen d'allées souterraines, et ils étaient, d'autant plus habiles dans ce genre de travaux qu'ils ont dans leur pays des mines de fer con-
tem, ne qua civitas suis finibus recipiat, a me provisum est. »
XXI. Conclamat omnis multitudo et suo more armis concrepat ; quod facere in eo consuerunt, cujus orationem approbant; «summum ecce Vercingetorigem ducem, nec de ejus fide dubitandum; nec majore ratione bellum administrari posse.» Statuunt ut decem millia hominum delecta ex omnibus locis in oppidum mittantur; nec solis Biturigibus communem salutem committendam censent; quod penes eos, si id oppidum retinuissent, summam victoriz constare intelligebant.
XXII. Singulari militum nostrorum virtuti consilia cujusque modi Gallorum occurrebant, ut est summæ genus sollertiæ atque ad omnia imitanda et efficienda, que ab quoque traduntur, aptissimum. Nam et laqueis faices avertebant, quas quum destinaverant, tormentis introrsus reducebant; et aggerem cuniculis subtrahebant, eo scientius, quod apud eos magn sunt ferrariæ, atque omne genus cuniculorum notum atque usitatum est. Totum au-