LIVRE I
" lui suffisait de s'opposer à ce que l’ennemi fit du butin, ramassát des fourrages et dévastát le pays. On marcha ainsi pendant quinze jours environ, l'arriére-garde des Helvétes se trouvant toujours à cinq ou six mille pas de distance au plus de notre avant-garde.
XVI. Cependant César demandait chaque jour aux Éduens le blé qu'ils avaient officiellement promis : car, à cause du froid, — on sait, par ce que nous avons dit plus haut, que la Gaule est située au nord, — les blés n'avaient point müri dans les terres arables, et les fourrages euxmémes n'avaient donné qu'une récolte insuffisante. Quant aux grains que César avait chargés sur des bateaux de l'Arar, ils ne pouvaient lui servir, attendu que les Helvétes s'étant éloignés de ce fleuve, il ne voulait pas cesser de les suivre. Les Éduens ajournaient sans cesse la livraison de leurs blés, disant tantót qu'on faisait les approvisionnements, tantót que ces blés étaient en route, qu'ils arrivaient. César s'apercut qu'on le faisait attendre trop longtemps, et comme il devait sous peu de jours distribuer aux soldats leurs provisions de grains, il réunit les principaux Éduens qui se trouvaient en grand nom- . bre dans son camp, et s'adressant entre autres à Divitiac
dies circiter quindecim iter fecerunt, uti inter novissimum hostium agmen et nostrum primum non amplius quinis aut senis millibus passuum interesset.
XVI. Interim quotidie Cesar Æduos frumentum, quod essent publice polliciti, flagitare. Nam propter frigora, quod Gallia sub septentrionibus, ut ante dictum est, posita est, non modo frumenta in agris matura non erant, sed ne pabuli quidem satis magna copia suppetebat : eo autem frumento, quod flumine Arare navibus subvexerat, propterea uti minus poterat, quod iter ab Arare Helvetii averterant, a quibus discedere nolebat. Diem ex die ducere Ædui : conferri, comportari, adesse dicere. Ubi se diutius duci intellexit et diem instare, quo die frumentum militibus metiri oporteret, convocatis eorum principibus, quorum magnam copiam in castris habebat, in his Divitiaco et Lisco, qui summo magistratui præerat, quem Vergobretum ap-
ct à Lisc, — ce dernier remplissait la fonction élevée que les Éduens appellent vergobret 9, fonction annuelle qui donne le droit de vie et de mort, — il leur reproche sévérement de ne point venir à son aide lorsqu'il ne peut ni se procurer des blés à prix d'argent, ni en prendre dans les campagnes, lorsque le temps presse et que l'ennemi est si prés; il se plaint d'autant plus vivement de ce manque de parole, que c'est surtout à leur priére qu'il a entrepris la guerre.
XVII. Ces reproches décident enfin Lisc à dire ce qu'il avait tu jusque-là : « Il y avait chez les Éduens des hommes dont l'influence était toute-puissante sur la foule. Simples particuliers, leur autorité l'emportait sur celle des magistrats. Par des discours séditieux et perfides, ils empéchaient le peuple de fournir le blé qu'il était tenu de livrer. Si les Éduens, disaient-ils, ne peuvent obtenir la souveraineté des Gaules, ils doivent du moins préférer l'autorité des Gaulois à celle des Romains; car ceux-ci, on n'en pouvait douter, aprés avoir subjugué les Helvètes, confisqueraient, avec le reste de la Gaule, la liberté des Éduens. C'étaient ces mêmes hommes, ajouta Lisc, qui prévenaient l'ennemi de toutes nos entreprises, de tout ce
pellant Ædui, qui erestur annuus et vitæ necisque in suos habet petestatem, graviter eos aecusat, quod, quum neque emi neque ex agris sumi posset, tam necessario tempore, tam propinquis hostibus, ab iis non sublevetur, presertim quum magna ex parte eorum precibus adductus bellum susceperit; multo etiam gravius, quod sit destitntus, queritur.
XVII. Tum demum Liscus oratione Cæsaris adductus, quod antea tacuerat, proponit : «esse nonnullos, quorum auctoritas apud plebem plurimum valeat, qui privatim plus possint, quam ipsi magistratus. Hos seditiosa atque improba oratione multitu— dinem deterrere, ne frumentum conferant : quód prestare debeat, si jam principatum Galliz obtinere non possent, Gallorum quam Romanorum imperia perferre; neque dubitare debeant, quin, si Helvetios superaverint Romani, una cum reliqua Gallia Æduis libertatem sint erepturi. Ab eisdem nostra consilia, quæ-