‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 3 sur 280 · CAIUS JULIUS CÉSAR · texte numérisé non relu

CAIUS JULIUS CÉSAR

Pour raconter la vie d'un homme qui a rempli, comme César, le monde de sa renommée; pour pénétrer dans cette grande existence, à laquelle se rattachent les derniers souvenirs de la liberté de Rome et de la liberté des Gaules, il faudrait embrasser dans son ensemble l'antiquité tout entiére, durant la période d'un demi-siécle. Aussi, ne nous arréterons-nous dans cette notice qu'aux faits particuliers à César lui-méme, et notre excuse sera, d'une part, l'immensité du sujet qu'il est impossible de traiter en quelques pages, et de l'autre, l'abondance méme des documents que nous a légués l'antiquité. Pour connaître et juger ce grand homme, il faudra toujours recourir aux historiens grecs ou romains, et nous aurions reproduit ici la vie de Plutarque ou celle de Suétone, si elles ne se trouvaient point déjà dans la Bibliothéque Charpentier. Nous nous bornerons dés lors à un résumé rapide, seulement pour rappeler les faits en quelques mots. Il est inutile d'insister sur la vie d'un homme qui se trouve racontée dans toutes les histoires générales, et qui a été l'objet d'une foule de monographies.

CaiusJulius Césarnaquit à Rome l'an 634, quatre-vingt-dix-huit ans avant Jésus-Christ, le douziéme jour du cinquiéme mois, qui fut depuis nommé juillet, en mémoire de son nom de Jules. Sa famille rattachait son origine à Enée et à Vénus, et elle avait donné, à partir de l'an 264, plusieurs consuls à la république. 1l parait, dit le savant Dacier, dans ses notes sur Plutarque, que César, entré dans sa dix-septiéme année, renonca au mariage

Iv CAIUS JULIUS CÉSAR.

de Cossutia, qui lui avait été promise, pour épouser Cornélie, fille de Cinna, et qu'alors, par le crédit de Cinna et de Marius, dont il était le neveu, il fut désigné prêtre de Jupiter, famen dialis. Mais Sylla le pressa de répudier Cornélie pour lui faire épouser sa fille, comme s'il avait deviné les grandes destinées qui l'attendaient dans l'avenir. César répondit par un refus. Le dictateur le priva de son sacerdoce, et dés ce moment César fut l'objet de sa haine. Aprés avoir échappé aux satellites qui le cherchaient pour le mettre à mort, il se retira en Bithynie, auprès du roi Nicoméce; assista à la prise de Mityléne, où il mérita la couronne civique; visita l'ile de Rhodes et fut pris par des pirates ciliciens, qui le gardérent trente-huit jours et qui le traitérent, dit Plutarque, moins comme leur prisonnier que comme leur prince. Ils lui demandérent vingt talents pour sa rançon : il se mit à rire de cette demande et leur en promit cinquante, en leur disant qu'ils ne savaient point quel homme ils avaient pris. Lorsque cette rançon fut payée et qu'il fut libre, il arma quelques vaisseaux dans le port de l'ile de Bélos, l'une des Cyclades, se mit à la poursuite des pirates, les prit et les fit mettre en croix, ainsi qu'il leur avait promis de le faire quand il était leur prisonnier. Ce fut dans cette première aventure que se révéla l'ascendant de son caractére, car il sut se faire craindre et obéir de ceux qui tenaient sa vie entre leurs mains. De retour à Rome, il voulut se faire connaitre en prenant part aux affaires publiques, et il appela en justice Dolabella, qu'il accusait de malversation dans le gouvernement de la Gréce. Il porta la méme accusation contre Antoine, et l'éloquence dont il fit preuve dans ces deux affaires attira sur lui l'attention du peuple. Ses maniéres affables, la somptuosité de sa table, ses largesses lui firent de nombreux partisans, et bientót on lui conféra le grade de tribun militaire. 11 obtint ensuite la questure et l'édilité, et brigua la charge de souverain pontife concurremment avec Isauricus et Catulus. Les chances des trois candidats se balancant de manière à rendre le succès douteux, Isauricus fit offrir à César une forte somme d'argent s'il voulait

CAIUS JULIUS CÉSAR. v renoncer à sa candidature. César répondit qu'il emprunterait une somme plus grande encore pour l'emporter sur lui. Le jour de l'élection, sa mére l'aecompagna jusqu'au seuil de sa porte, et, en la quittant, il lui dit: « Vous verrez aujourd'hui votre fils souverain pontife ou chassé de Rome. » Le sacerdoce lui fut dévolu et il en acquit une influence nouvelle. Ceux qui craignaient de trouver en lui un rival.ou un maitre s'alarmérent de sa popularité. Cicéron et Caton surtout ne s'abusaient point sur ses desseins. On l'accusait dans le sénat d'attaquer ouvertement la république ; mais, loin de s'effrayer, il consolidait de plus en plus sa puissance, et depuis longtemps déjà il en faisait l'essai. Sa femme Cornélie étant morte dans sa premiére jeunesse, il prononca à la tribune son éloge funèbre, contrairement aux usages romains, qui voulaient que cet honneur ne füt accordé qu'aux femmes d’un âge mûr. ll rappela dans cette circonstance la dignité de sa race, et, en faisant descendre ses ancétres de Marcus Martius et de Vénus, mére d'Enée, il dit au peuple que l'en trouvait dans sa famille la majesté des rois qui sont les maîtres du monde, et la majesté des dieux qui sont les maitres des rois. Pendant son édilité, il fit rétablir dans le Capitole les statues de Marius, qui avaient été abattues par ordre du sénat, et, dans cette circonstance, il fut applaudi par le peuple. Il donna des jeux magnifiques, fit placer dans les théátres des siéges pour les spectateurs, prodigua les présents de toute espéce, et affermit sa puissance tout en faisant des dettes considérables, qui finirent par s'élever à trente-huit millions de notre monnaie.

Aprés avoir rempli la charge de souverain pontife, César fut investi de la préture, et , au sortir de cette derniére fonction, il recut le gouvernement de l'Espagne Ultérieure. En apprenant son départ, ses créanciers s’ameutèrent et le pressérent vivement de les solder. Il fallut que Crassus le cautionnât pour 830 talents, et ce fut grâce à cette caution qu’il put enfin se rendre dans la province qui lui était confiée. ll n'attendit point les instructions du sénat, et, quand il futarrivé en Espagne, il s'occupa d'agrandir son

gouvernement. A la tête de trente cohortes, il envahit la Galice et t.

Page 1