LIVRE I
vingt-quatre mille Harudes * sont venus à lui, et qu'il faut leur faire place, afin qu'ils puissent se fixer à demeure. ll arrivera, dans peu d'années, que tous les Gaulois eeront chassés de chez eux, et que tous les Germains passeront le Rhin; car on ne peut comparer le sol de la Gaule à celui de la Germanie, pas plus qu'on ne peut comparer le genre de vie des deux peuples. Arioviste, quand il eut battu les troupes gauloises, dans le combat de Magetobrie “, se montra comme un maître fier et cruel; il demande pour otages les enfants de tous les nobles; il les chátie, les torture de toute maniére, quand ils n'obéissent pas au moindre de ses caprices. C'est un homme cruel, irascible, qui n'agit que par boutades. Il est impossible de supporter plus longtemps sa domination. A moins que César et le peuple romain ne viennent en aide aux Gaulois, ils ne leur reste plus à tous qu'à faire comme les Helvétes , à quitter leur pays; ils chercheront, loin des Germains, une autre patrie, d'autres terres; ils tenteront la fortune, quelle qu'elle soit. Si Arioviste savait ce qu'on vient de dire, il livrerait , sans aucun doute, aux plus cruels sup-
Sequanos decedere juberet, propterea quod paucis mensibus ante Harudum millia hominum xxiv ad eum venissent , quibus locus ac sedes pararentur. Futurum esse paucis annis uti omnes ex Galliæfinibus pellerentur, atque omnes Germani Rhenum transirent: neque enim conferendum esse Gallicum cum Germanorum agro, neque hanc consuetudinem victus cum illa comparandam. Ariovistum autem, ut semel Gallorum copias preeli» : vicerit, quod prælium factum sit ad Magetobriam, superhe et crudeliter imperare, obsides nobilissimi cujusque liberos poscere, et in eos omnia exempla cruciatusque edere, si qua res non ad nutum aut ad voluntatem ejus facta sit. Hominem esse barbarum, iracundum , temerarium : non posse ejus imperia diutius sustinere. Nisi quid in Cæsare populoque Romano sit auxilii, omnibus Gallis idem esse faciendum, quod Helvetii fecerint, ut domo emigrent , aliud domicilium, alias sedes, remotas a Germanis, petant, fortunamque, quaecumque accidat, experiantur. Hæc si enuntiata Áriovisto sint, non dubitare quin de omnibus obsidi-
plices tous les otages qui sont entre ses mains. César, soit par son autorité ou la terreur qu'inspirent ses troupes, soit par sa derniére victoire, soit par le nom du peuple romain, peut empécher qu'un plus grand nombre de Germains ne passent le fleuve; il peut défendre la Gaule entiére contre les violences d'Arioviste. »
XXXII. Quand Divitiae eut parlé, tous les assistants commencérent à implorer , en fondant en larmes, l'appui de César. Il remarqua que les Séquanes seuls ne faisaient point comme les autres, mais qu'ils étaient abattus, baissaient la téte, et regardaient par terre. Il leur demande la cause de cette contenance qui le surprend. Ceux-ci ne répondent rien, ils s'obstinent dans leur silence, et restent dans le méme abattement. César avait insisté plusieurs fois, sans pouvoir en tirer un seul mot, quand l'Éduen Divitiac reprit en ces termes : « Le sort des Séquanes, comparé à celui des autres, est plus malheureux et plus dur encore ; ils n'osent pas méme, quand ils sont seuls, se plaindre en secret ou demander du secours, car en l'absence d'Arioviste, sa cruauté les épouvante comme s'il
bus, qui apud eum sint, gravissimum supplicium sumat. Cesarem vel auctoritate sua atque exercitus, vel recenti victoria, vel nomine populi Romani deterrere posse, ne major multitudo Germanorum Rhenum traducatur, Galliamque omnem ab Ariovisti injuria posse defendere. »
XXXII. Hac oratione ab Divitiaco habita , oinnes qui aderant, magno fletu auxilium a Cæsare petere coeperunt. Animadvertit Casar unos ex omnibus Sequanos nihil earum rerum facere, quas ceteri facerent, sed tristes capite demisso terram intueri. Ejus rei quz causa esset, miratus ex ipsis quzsiit. Nihil Sequani respondere, sed in eadem tristitia taciti permanere. Quum ab his sepius quzreret neque ullam omnino vocem exprimere posset, idem Divitiacus Æduus respondit: «Hoc esse miseriorem et graviorem fortunam Sequanorum , quam reliquorum, quod soli ne in occulto quidem queri, neque auxilium implorare auderent, absentisque Ariovisti crudelitatem, velut si coram adesset, horrerent; propterea quod reliquis tamen fugr facultas daretur,