OBSERVATIONS DE L'EMPEREUR NAPOLÉON I
Sur le troisième livre des Commentaires.
1. L'on ne peut que détester la conduite que tint César contre le sénat de Vannes. Ces peuples ne s'étaient point révoltés; ils avaient fourni des otages, avaient promis de vivre tranquilles; mais ils étaient en possession de toute leur liberté et de tous leurs droits. Ils avaient donné lieu à César de leur faire la guerre, sans doute, mais non de violer le droit des gens à leur égard et d'abuser de la victoire d'une manière aussi atroce. Cette conduite n'était pas juste, elle était encore moins politique. Ces moyens ne remplissent jamais leur but ; ils exaspérent et révoltent les nations. La punition de quelques chefs est tout ce que la justice et la politique permettent ; c'est une règle importante de bien traiter les prisonniers.....
2. La Bretagne, cette province si grande et si difficile, se soumit sans faire des efforts proportionnés à sa puissance. Il en est de méme de l'Aquitaine et de la basse Normandie ; cela tient à des causes qu'il n'est pas possible d'apprécier ou de déterminer exactement, quoiqu'il soit facile de voir que la principale était dans l'esprit d'isolement et de localité qui caractérisait les peuples des Gaules; à cette époque ils n'avaient aucun esprit national ni méme de province ; ils étaient dominés par un esprit de ville. C'est le méme esprit qui depuis a forgé les fers de l'Italie. Rien n'est plus opposé à l'esprit national, aux idées générales de liberté, que l'esprit particulier de famille ou de bourgade. De ce morcellement il résultait aussi que les Gaulois n'avaient aucune armée de ligne entretenue, exercée, et dés lors aucun art ni aucune science militaire. Aussi, si la gloire de César n'était fondée que sur la conquéte des Gaules, elle serait problématique. Toute nation qui perdrait de vue l'importance d'une armée de ligne perpétuellement sur pied, et qui se conflerait à des levées ou des armées nationales, éprouverait le sort des Gaules, mais sans méme avoir la gloire d'opposer la méme résistance, qui a été l'effet de la barbarie d'alors et
du terrain, couvert de forêts, de marais, de fondrières, sans chemins, ce qui le rendait difficile pour les conqüétes et facile pour la défense.
1. Nantuates, peuple du Chablais et du Valais, près du lac Léman.
2. Véragres. Ile habitaient les hauteurs des Alpes Pennines, aujourd'hui le grand Saint-Bernard; suivant d'autres le bas Valais,