‹ Guerre des GaulesChapitre 24 sur 66 · II. Ils ouvrent leur pays aux marchands, mais · texte numérisé non relu

II. Ils ouvrent leur pays aux marchands, mais

c'est moins pour leur acheter des objets importés, que pour leur vendre le butin qu'ils font à la guerre. Bien plus. Ces clievaux étrangers, qui font la passion des Gaulois, et que ceux-ci paient si cher, les Germains n'en veulent pas pour leur propre usage. Leurs poulains Indigènes sont laids et défectueux ; mais ils savent si bien les façonner par Texercice et l'entraînement, qu'ils réussissent à obtenir d'eux des bêtes de très grand service. Dans leurs combats de cavalerie, très souvent ils sautent à bas de leurs montures et combattent à pied. Ils dressent leurs chevaux à rester immobiles sur place en les attendant, et, en cas de besoin, ils reviennent vivement à eux. Rien de plus honteux, rien de plus lâche, d'après leurs idées, que de se servir d'une selle. Aussi, quel que soit le nombre des cavaliers ennemis, et si peu nombreux qu'ils puissent être eux-mêmes, dès qu'ils voient ceux-ci montés en selles, jamais ils n'hésitent à les attaquer. Ils défendent expressément l'importation du vin. Ils disent que cette boisson n'est bonne qu'à énerver l'homme et à Pefféminer.

III. Ils mettent leur plus grande gloire nationale à être entourés de vastes solitudes. Cela signifie, suivant eux, qu'un grand nombre de peuples se sont trouvés dans Timpuissance de résister à leurs armes. Aussi d'un côté de leur territoire s'étend une région inhabitée dont la superficie — à ce que Ton prétend — ne mesure pas moins de six cent mille pas (888 kilom,) ; de Tautre côté habitent les Ubes. Ce dernier peuple fut jadis nombreux, et même florissant, autant que peut l'être un peuple Germain. Il est un peu plus civilisé que les autres nations de cette race, et cela pour deux raisons. La première, c^est qu'il touche au Rhin, et qu'il reçoit continuellement les visites des marchands ; la seconde, c'est que, vivant dans le voisinage des Gaulois, il a subi quelque influence de leur contact. Maintes fois, les Suèves tentèrent par la guerre d'expulser ce peuple de son territoire ; jamais ils n'y réussirent, à cause de la puissance numérique des Ubes. Mais ils hrent d'eux leurs tributaires et les réduisirent à un état d'abaissement et d'impuissance.

IV. Pareille infortune était arrivée aux Usipètes et aux Tenctères, dont nous venons de parler. Après avoir, de longues années, résisté aux armes des Suèves, ils finirent par être chassés de leur

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territoire. Pendant trois ans, ils errèrent à travers la Germanie, allant de tous les côtés, et finalement arrivèrent sur les bords du Rhin. Là habitaient les Ménapcs, dont les champs, les habitations isolées et les bourgs s'étendaient sur les deux rives du fleuve. Les Ménapes, épouvantés à Taspect de cette masse d'hommes, évacuèrent leurs possessions d'au delà du Rhin, organisèrent la défense en deçà, et s'opposèrent au passage des Germains. Ceux-ci, après avoir tout essayé, comprirent qu'ils ne pourraient effectuer le passage, ni de vive force, faute de bateaux, ni à la dérobée, les Ménapes ayant établi des postes [aux endroits guéables]. Ils eurent recours à une ruse. Ils feignirent de s'éloigner et de reprendre le chemin de leur pays. Mais, après trois journées de mar« che, ils rebroussent chemin, et franchissent à cheval en une seule nuit toute la distance parcourue. Les Ménapes étaient sans défiance. Dès qu'ils avaient appris par leurs éclaireurs le départ des Germains, ils s'étaient immédiatement réinstallés dans leurs bourgs transrhénans. Les Germains tombent sur eux à l'improviste, les massacrent et font main basse sur leurs bateaux. Pendant ce massacre, Tautre moitié des Ménapes, les Ménapes Cisrhénans,. se reposaient paisible-

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ment chez eux, et, avant qu'ils n'eussent eu le

temps de rien soupçonner, les Germains avaient déjà franchi le Rhin. Les vainqueurs s'établirent dans les dcaieures des vaincus, et vécurent le reste de Thiver avec les provisions amassées par ces derniers.

V. César, ayant appris ces événements, songea avec inquiétude à la légèreté des Gaulois, si versatiles dans leurs résolutions, si avides de changements. Il se dit que leur fidélité ne devait lui inspirer aucune conliance. C'est la coutume en Gaule de forcer les voyageurs à s'arrêter, même quand ceux-ci n'en ont pas la moindre envie, de les interroger sur ce qu'ils ont entendu dire, sur ce qu'ils savent par eux-mêmes. Tout marchand qui arrive dans une ville est aussitôt entouré. 11 faut qu'il dise à haute voix et de quel pays il vient et ce qu'il y a de nouveau par là. Souvent, c'est sur rimpression produite par ces « on dit », par ces racontars, que les Gaulois prennent leurs décisions dans des circonstances graves. Us ne tardent pas à s'en repentir, car ces nouvelles, sur la foi desquelles ils agissent, ne sont rien moins qu'exactes, et la plupart des i^ens qu'ils questionnent ainsi leur servent des mensonges dans le but de leur être agréables. .

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VI. César, à qui ces habitudes gauloises étaient bien connues, voulut prévenir une guerre plus sérieuse. Il rejoignit l'armée plus tôt que de coutume. Aussitôt arrivé, il reconnut que ses craintes s^étaient réalisées. Plusieurs peuples de la Gaule avaient envoyé des députes aux Germains, les avaient engagés à quitter les rives du Rhin, pro* mettant de fournir tout ce que ceux-ci demanderaient. Guidés par cet espoir, les Germains sYtaient bientôt répandus plus loin, et déjà ils avaient atteint le territoire des Eburons et des Condruses, clients des Trévires. César convoqua immédiatement les chefs Gaulois. Il feignit d'ignorer ce qui s'était passé, leur adressa des paroles d'atfection et d'encouragement, leur donna l'ordre de fournir de la cavalerie, et résolut de marcher contre les Germains.

VII. César, après avoir pourvu aux vivres et levé sa cavalerie, se mît en marche du côté où il entendait dire qu'étaient les Germains. 11 n'était plus séparé d'eux que par une distance de quelques étapes, lorsqu'il reçut leurs envoyés. Voici ce que dirent ceux-ci : « Ce n'est pas nous qui « attaquons les premiers le peuple Romain ; mais, « si le peuple Romain nous attaque, nous sommes « tout prôts à lui répondre. Combattre et ne jamais

Oigitized

« supplier, quel que soit Pennemi qui nous a déclare la guerre, telle est la coutume que nous « ont léguée nos ancêtres. Voici pourtant ce que « nous avons à vous représenter : c'est malgré « nous, c'est chassés de notre pays que nous a sommes entrés dans la Gaule. Si les Romains « veulent rester en bonnes relations avec nous, a nous pourrons devenir pour eux des alliés « utiles. Qu^lls nous désignent un territoire, ou a qu'ils nous laissent occuper celui que nous « devons à nos armes. Nous n^avons encore « reculé que devant un seul peuple, les Suèves, « contre lesquels les Dieux mêmes seraient « impuissants. Mais, excepté les Suèves, il n'y a tt sur terre aucune nation capable de résister à « nos armes. »

VIII. César fit la réponse qui lui parut opportune, mais ses conclusions furent les suivantes : a Je ne puis lier avec vous aucune relation « d'amitié tant que vous serez sur le sol de la « Gaule. Il n'est pas juste que des gens s'empaff rent du territoire des autres, sous le prétexte « qu'ils n'ont pas su défendre le leur. Il n'y a en « Gaule aucun territoire inhabité, aucun champ « que l'on puisse donner sans faire tort à quel- « qu'un, surtout lorsqu'il est question de l'éla-

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« blissement d^une pareille multitude d'hommes. « Il y a une chose que vous pouvez faire, c'est de « vous établir sur le territoire des Ubes. Justec ment leurs députés soiit, à Pheure quMl est, « dans mon camp. Ils viennent se plaindre à moi « des violences exercées contre eux par les « Suèves, et solliciter mon appui. Je me charge « de les faire adhérer à cet arrangement. 9

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