Voir note à. la fin du chapitre
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irait par eau. Le rendez-vous était à la baie de Ganaouské (ISTortli West Bay), où M. de Levis devait signaler son arrivée par trois feux placés en triangle sur le flanc de la montagne. Comme la route de terre à travers un pays montueux, obstrué d’épaisses* forêts, était beaucoup plus pénible et plus longue, le détachement du chevalier partit deux jours avant celui de Montcalm. Ce premier détachement, de deux mille cent soixante et dix hommes, l’élite des troupes françaises et canadiennes, accompagné de huit cents sauvages, portait pour tout bagage, une couverte par chaque homme, avec son havresac et ses armes 1 2 3.
Le soir du 29 juillet, il alla bivouaquer à une demilieue du Portage, au Camp Brûlé. On se mit en marche à quatre heures du matin. Les sauvages et les volontaires de Yilliers, coureurs de bois à toute épreuve, faisaient l’avant-garde, frayant la route à travers les broussailles, les branches d’arbres et les troncs renversés couverts de mousse, où l’on enfonçait jusqu’à la cheville du pied. 11 faut avoir marché dans nos forêts primitives pour avoir une juste idée
1 — Détachement du chevalier de Lévis : M. de Sene-
zergues, lieutenant-colonel, commandant le régiment de la Sarre ;
M. le chevalier de Lapause, capitaine aide-major de Guyenne • 6 compagnies de grenadiers, de 45 hommes chaque..'. 270 6 piquets de troupes de terre . 300
2 piquets de la marine . . ]00
3 brigades de milices de 400 hommes chaque . 1200
Volontaires aux ordres de M. de Villiers . 300
Sauvages de différentes nations . gQO
Total . 2970
(Journal de Lévis, p. 88.)
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de l'enchevêtrement de végétations inextricables qui s’élèvent partout sur un terrain semé de toute espèce d’inégalités et d’obstacles. On fit ainsi la montée et la descente delà Montagne-Pelée par une chaleur d’Italie. Le détachement marchait sur trois colonnes : les mena-
diers au centre : deux brigades canadiennes avec les piquets de la ligne et de la marine à droite ; deux brigades canadiennes sur la gauche. On campa à quatre heures du soir dans une forte position, après avoir fait quatre lieues. Les troupes, non accoutumées à ce genre de marche, étaient éreintées. Un bon nombre de traînards, deux officiers, un de la ligne, l’autre de la marine, étaient restés en arrière à bout de forces.
L’expédition continua sa marche dans le même ordre les deux jours suivants, et arriva, le soir du premier d’août, à la baie de Ganaouské par une pluie d’averse. Le chevalier de Lévis, aussi ferme de corps que de volonté, avait supporté galamment les fatigues du soldat. Après avoir solidement établi son camp au bord d’un ravin, qui le protégeait de front, tandis que sa gauche s’appuyait sur le lac, et sa droite sur le flanc de la montagne, il fit allumer les signaux convenus.
En partant du Portage, les Indiens avaient suspendu à des arbres un capot, une paire de mittasses et un brayet, auxquels ils avaient sacrifié. Les missionnaires, qui avaient élevé leur autel dans le voisinage, en conçurent des scrupules, et eurent l’idée assez singulière de consulter Montcalm pour savoir si on pouvait célébrer la messe en un lieu où l’on sacrifiait au diable. Le casuiste militaire, dit ironiquement Bougainville, répondit qu’il valait mieux la célébrer là que de ne pas la célébrer du tout.
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Les sauvages, restés au camp, ennuyés d’une longue inaction, mécontents d’ailleurs de la défense qui venait d’être faite de leur livrer de la boisson, n’eurent pas la patience d’attendre la levée du camp. Ils partirent en canots le dimanche soir, 31 juillet, avec trois cents Canadiens qu’on leur avait adjoints, et allèrent camper à quatre lieues sur une pointe du lac, où ils devaient attendre le marquis de Montcalm. Ce lieu était infesté de serpents à sonnettes, que les sauvages s’amusèrent à poursuivre et à tuer. Çà et là, le long de la grève, gisaient des berges abandonnées et des cadavres en putréfaction, tristes vestiges de la défaite des Anglais.
Le matin du 1er août, les deux cent quarante-sept bateaux de transports étaient échelonnés à la sortie du lac, prêts à recevoir l’armée.
Cent hommes de garnison et cent travailleurs armés avaient été laissés à Carillon ; cinquante au camp du Portage où se trouvait le dépôt des vivres. De fortes averses avaient retardé l’embarquement des troupes qui ne fut terminé que dans l’après-midi. A cinq heures du soir, la flottille avait rejoint les sauvages, dont les cent cinquante canots d’écorce, lancés à son approche, et se plaçant à l’avant-garde, attirèrent tous les regards par l’aspect original qu’ils offraient. “ Ce coup d’œil, dit Montcalm, était curieux, même pour un militaire accoutumé à voir les armées européennes, mais qui ne peut se représenter le spectacle de quinze cents sauvages nus dans leurs canots 1”.
1 — Journal cle Nonicalm.
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Le lac, avec ses promontoires abrupts et son archipel d’îles, à travers lequel circulait la flottille, disparut peu à peu dans les ténèbres d’une nuit pluvieuse. Vers les onze heures, on vit briller, à l’horizon des montagnes, quelques lumières qui paraissaient comme trois étoiles, et qui grandirent à mesure qu’on s’approchait. Elles annonçaient la présence du chevalier de Lévis. Avant le jour, les deux corps d’armée s’étaient rejoints et prirent quelque repos.
“ Comme nous étions, dit Montcalm, à portée des découvreurs ennemis, on avait défendu de tirer et de faire du feu, ni de battre la caisse, dans la crainte d’être découverts. Le Français, qui ne doute de rien, a tiré, fait du feu, et même sonné du cor, comme pour une partie de chasse 1 ”.
La matinée fut employée à distribuer des vivres pour quatre jours au détachement de M. de Lévis, qui reprit son mouvement, vers onze heures, à travers un pays plat, couvert de belles forêts, mais entrecoupé de marécages, qui rendaient la marche extrêmement fatigante. Les bateaux avaient ordre de s’avancer en se tenant toujours à la hauteur du détachement. A cinq heures du soir, au pied d’une pointe du sommet de laquelle on découvrait le fort William-Henry, à une lieue de distance, le chevalier de Lévis assit son camp dans une position avantageuse, défendue en avant par un ruisseau, à gauche par le lac, à droite par la montagne, et envoya MM. de Bougainville et Wolff avertir