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Un grand nombre de ces sauvages se olissèrent
comme des couleuvres à travers les broussailles, jusqu’à
un bas fond qui seétendait entre la place et le camp français ; là, couchés à plat ventre, ils firent un feu si bien dirigé dans les embrasures, que les ennensis eurent peine à servir leur artillerie, Quelques-uns imitant ce qu'ils avaient vu à la tranchée et ce que faisaient les francs-tireurs canadiens, remuaient la terre et élevaient de petits épaulements pour s’abriter contre les projectiles.
Pendant la journée du 6, on resta sous les armes, et trois cents travailleurs perfectionnèrent la parallèle et continuèrent la batterie de droite,
Le même jour, les éclaireurs du chevalier de Lévis surprirent trois courriers expédiés du fort Edouard : ils tuèrent le premier, prirent le second, et poursuivirent le troisième, qui parvint à s'échapper, grâce à son agilité, On trouva dans les habits du soldat tué une balle renfermant une lettre du général Webb, comma aida le camp de Lydius, par laquelle il promettait de secourir le fort William-Henry, au cas où il pourait rassembler à temps les milices du pays. En attendant, il exhortait le souverneur à se bien défendre : il insinuait néanmoins qu'il ne devait pas attendre la dernière extrémité, afin qu’il pût obtenir des conditions plus honorables.
La nuit du 6 au 7, M. de Privat, avec trois compagnies de grenadiers et sept piquets, vint relever la garde de tranchée, et cinq cents hommes furent envoyés au travail. Ils furent occupés à continuer les approches, à faire les réparations convenables
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et à y traîner l'artillerie, afin qu’elle se trouvât en état
de tirer au jour. Cette dernière avait un avantage énorme : elle p: itait sur les retranchements du camp tous les bouicts qui passaient par-dessus les défenses du fort.
Le jour, deux cents hommes remplacaient aux travaux les cinq cents de la nuit.
Vers neuf heures du matin, le marquis de Montealm envoya au commandant anglais la dépêche interceptée du général Webb. II y joignit une lettre par laquelle il l’engageait à ne point se défendre à outrance, pour ne pas exciter la fureur des sauvages,
Bougainville, porteur de ce message, raconte ainsi sa mission : J'ai débouché de la tranchée, faisant porter devant moi un pavillon rouge, accompagné d’un tamvour qui battait le rappel, et d’une escorte de dix-huit grenadiers. Les Anglais m'ont crié de faire halte au pied des glacis ; un officier et quinze grenadiers sont venus à moi et mont demandé ce que je voulais, Sur ce que j'ai dit, que j'avais une lettre de mon général à remettre au commandant anglais, deux autres officiers sont sortis de la place, dout l’un est resté à la garde de mes grenadiers, et l’autre, m’ayant bandé les yeux, m'a conduit d’abord au fort, ensuite au camp retranché, où j'ai remis au commandant la lettre du marquis de Montcalm et celle du général Webb,
‘ Grands remerciments de la politesse francaise, protestations de joie d’avoir affaire à un ennemi aussi uénéreux, tel est le contenu de la réponse du lieutenant-colonel Monro, au marquis de Montcalm.
“ L'on m'a ramené, les yeux toujours bandés, où l’on m'avait pris, et nos batteries ont commencé à tirer quand on à jugé que les grenadiers avaient eu ie temps de rentrer dans le fort 1”,
Les volontaires canadiens de Villiers, impatients de se distinguer, attaquèrent le camp retranch#, soutenus par une partie des sauvages. L'action fut longue et meurtrière ; les Anglais essayèrent une sortie, mais furent repoussés avec perte ; ils auraient pu même être forcés dans leurs retranchements, si la prise du camp eût décidé la reddition du fort,
La nuit du 7 au 8, la garde de tranchée fut relevée par le lieutenant-colonel de Senezergues avec pareil nombre de compagnies et de piquets d'infanterie, Puis, trois cents nouveaux travailleurs poussèrent jusqu’à un petit marais de cinquante ou soixante pieds de largeur, où il fallait cheminer entièrement à découvert, Quoiqu’en plein jour, on se détermina, afin d’accélérer l'ouvrage, à faire ce passage comme celui d’un fossé de place rempli d'eau. Les travailleurs s’y portèrent avec tant d'ardeur, qu'il fut exécuté dans la matinée inême, maloré le feu très vif du canon et de la mousqueterie des ennemis. On put ensuite pratiquer dans le marais, à force de fascines et de rondins, une chaussée capable de supporter l'artillerie.
Sur les quatre heures, des découvreurs indiens jetèrent l’alarme dans le camp, en annonçant l'apparition d’une armée sur le chemin de Lydius. Le chevalier de
Lévis s’y porta sur le champ avec la plus grande partie
1 — Journal de Bougainville.
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des Canadiens et des sauvages ; le marquis de Montcalm le suivit avec la brigade de la Reine et trois compagnies de grenadiers ; les trois autres et les brigades de la Sarre et de Royal-Roussillon restèrent aux ordres de M. de Bourlamaque, pour couvrir nos tranchées et le camp.
On reconnut bientôt que c'était une fausse alerte, Avant la fin du jour toutes les troupes étaient rentrées an camp, sans que le travail du siège eût été interrompu,
Le terrain situé au delà du marais s'élevait en pente et formait un plateau occuvé par un jardin potager, à l'usage de la garnison. Le fond de ce plateau ayant été jugé favorable pour l'emplacement d’une batterie, on y commenca les travaux d’une troisième de six pièces de canon, et on les poursuivit toute la nuit du 7.
Au jour, pareil nombre de travailleurs perfectionnèrent l’ouvrage, ainsi que le passage du marais.
La nuit du 8 au 9, le chevalier de Bernetz, lieutenant-colonel de Royal-Roussillon, prit la garde de tranchée avec les grenadiers de Languedoc, Guyenne et Béarn et six piquets. Il soutenait cinq cents travailleurs qui creusèrent une parallèle embrassant tout le front d'attaque au delà du marais, à trois cent soixante pieds du fort, En avant de cette parallèle, on devait construire deux batteries : l’une de brèche aurait battu “la berme 1, sur laquelle le revêtement était assis ;
| La berme est un petit espace de trois ou quatre pieds dans certains endroits, devant le rempart, qui empêche le fossé de se combler,
l'autre aurait aidé la première en enfilant la même brèche, et aurait pu battre les retranchements et leurs communications avec 1à place !?,
Le travail fut fort inquiété dès le commencement pa la mousqueterie des Anglais et par leurs canons chargés à balles. Mais la terre étant très aisée à remuer, nos travailleurs furent bientôt à couvert, A l'aube du jour, la tranchée se trouvait en fort bon état et les batteries prêtes à tirer,
Après le lever du soleil, trois cents soldats remplacèrent ceux de la nuit.
Les troupes francaises et canadiennes étonnaient leurs chefs aussi bien que les assiégés par leur ardeur infatigable, C'était, en effet, chose merveilleuse que de voir avec quelle facilité ces vaillants hommes quittaient et reprenaient tour à tour le mousquet du fantassin et l’outii de l’ouvrier, sachant au besoin, non seulement se battre, mais être bûcherons ou terrassiers, conduire la brouette et manier la pelle, la pioche ou la hache ! Et cela sans trève et sans relâche, ° “ Vous les auriez pris, dit un témoin oculaire, pour des gens invulnérables au feu 2”. Ainsi nous les avons vus depuis l'ouverture de la campagne; ainsi nous les verrons jusqu'à la fin.
Le capitaine Desandrottins, qui dirigeait tous les travaux, avait à peine quatre heures de sommeil par jour. Le reste du temps, il était à la tranchée.
Cependant, les approches de la place se trouvaient terminées, ‘Trente où quarante pièces de canon allaient,
1— Journal de Desandrouins.
2,— Lettre du P. Roubaud.
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le jour même, vomir la mort sur ses remparts. Le fort pris, et il le serait, on aurait vite raison du camp, car il était trop étroit pour contenir la garnison tout entière 1, En attendant, le jardin potager qui s’étendait au pied des glacis, était tout grouillant de francs-tireurs canadiens et sauvages, qui logeaient une balle partout où ils voyaienc paraître un être vivant du côté du fort. Quelques-uns des plus hardis s’y tenaient blottis depuis le commencement du siège, Une femme ayant eu l’imprudence d'y venir cueillir quelques légumes, un sauvase, qui se tenait caché dans un carré de choux, la renversa d’une balle, et fit si bien la sentinelle que personne n’osa se risquer hors de la place, La nuit venue, il alla lui lever la chevelure.
Pendant que les assiégeants dressaient leur troisième batterie, que se passait-1il dans l'intérieur du fort George ? Le brave colonel Monro, sans espoir d'être secouru, (tait témoin d'un triste spectacle : plusieurs de ses cauons avaient été démontés par notre artillerie, la brèche allait être bientôt prête pour l'assaut, et sa garnison était tellement démoralisée, que les déserteurs s'exposaient à une mort certaine pour se jeter dans le camp français, Ce n'était qu’à force d’eau-de-vie que les soldats pouvaient être décidés à continuer le service. Le commandant tenait conseil avec ses officiers pour discuter quels termes de capitulation il pouvait honorablement accepter.
Le 9 août, vers sept heures du matin, il fit arborer
| Le maréchal de camp Desandrouins.
le drapeau blanc, Immédiatement, le feu cessa de notre côté comme il avait cessé du côté des assiégés.
M. Fesch, capitaine au régiment Royal-Américain, se présenta aux avant-postes francais, demandant au uom du colonel Monro à traiter des conditions de la capitulation.
“ Ce capitaine nous aborda à la tranchée, d’un air délibéré, raronte Desandrouins, comme si nous eussions été d’une garnison voisine, Quelques-uns d’entre nous lui parlant de l'extrême fatigue que nous avions essu yée les uns et les autres, et qui devait nous faire trouver fort bon de voir finir tout ceci :
— “ Pour moi, répondit-il, depuis le moment où vous avez paru, je n’ai pas même pris le temps de mé donner un coup de peigne : je suis honteux de paraître devant vous, MM. les Français. Il est vrai que j'ai voulu savoir auparavant à qui appartiendrait ma chevelure l”
Il fut présenté à Montcalm, qui fut charmé de sa belle tournure et de sa joyeuse humeur.
Le nom de ce galant officier n’est mentionné ni par Montcalm ni par Lévis, soit qu'il ne vint apporter qu’un premier message, soit que, parlant français, il ne fit qu'accompagner comme interprète le Heutenant-colonel Young, de l’armée anglaise, avec qui furent traités les termes de la capitulation.
Le colonel Young, ne pouvant marcher à cause d’une blessure qu'il avait recue au pied, s'était avancé à cheval suivi de quelques soldats, jusqu’à la tente de Montcalm. Après une discussion assez longue, mais pleine de cour-
1 Journal de Desandrouins.
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