COUT
MONTCALM ET LÉVIS 271 toisie, Bougainville fut envoyé auprès du colonel Monro pour rédiger la capitulation et ordonner les premières mesures à prendre pour l'évacuation de la place,
La garnison abandonnerait le fort, le camp, les vivres, les munitions de guerre et tout le matériel renfermé dans le camp et le fort; elle sortirait avec les honneurs de la guerre, le bagage des officiers et celui des soldats, emporterait ses armes avec un certain nombre de cartouches à balles, et emmènerait une pièce de canon en fonte : cette dernière clause fut introduite par Montcalm, en considération du commandant anglais, qui ne l'avait point demandée. La garnison serait conduite au fort Lydius, escortée par un détachement de troupe francaise et par les principaux officiers et interprètes attachés aux sauvages. Jusau’au retour de cette escorte, un officier resterait en otage au camp français. Ces troupes ne pourraient servir de dix-huit mois ni contre la France ni contre ses alliés. Dans l’espace de trois mois, tous les prisonniers français, canadiens et sauvages, faits par terre, dans l'Amérique septentrionale, depuis le commencement de la guerre, seraient ramenés aux forts francais,
Le général aurait peut-être pu obtenir que la garnison se rendit prisonnière de guerre; mais, outre que la colonie manquait de vivres pour nourrir deux mille prisonniers, Montcalm craignait que de plus dures conditions ne retardassent de quelques jours la capitulation, Or, les sauvages étaient impatients de s’en retourner ; les Canadiens n'avaient pas un instant à perdre pour aller recueillir leurs moissons, et chose plus redoutable
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encore, le général Webb pouvait, d'un moment à l’autre, venir au secours des assiégés,
Avant de signer la capitulation, le marquis de Montcalm convoqua en conseil les chefs de toutes les nations, leur fit part des articles de la capitulation, leur demanda s'ils l’approuvaient, leur dit que leur refus pousserait les Anglais au désespoir, et que le ‘no coulerait, Or, comme ils sont très avares de leur sang, remarque Desandrouins, ils approuvèrent la conduite de leur Père, promirent de ne pas inquiéter la garnison dans sa retraite, et acceptèrent les colliers offerts par Montcalm,
On voit par ces précautions, dit Bougainville, jus. qu'à quel point on est dans ce pays esclave des sauvages ; ils sont un mal nécessaire,
La garnison Gévacua le fort George vers deux heures de l'après-midi et se réunit aux troupes restées à Ja carde du camp retranché, Elles devaient en sortir la nuit suivante pour se rendre au fort Edouard, Bougainville prit immédiatement possession du fort George avec le chevalier de Bernetz et sa garde de tranchée 1.
Malheureusement, les Anglais avaient laissé quelques-uns de leurs malades dans les casemates, Plusieurs sauvages, qui avaient pénétré par les embrasures, les y égorgerent impitoyablement, “Je vis, dit le P. Roubaud, un de ces barbares sortir des casemates, où il ne fallait rien moins qu’une insatiable avidité de sang pour entrer, tant l'infection qui s’en exhalait était insupportable, Il portait à la main une tête humaine,
1 — Journal de Lévis, p. 101.
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d'où découlaient des ruisseaux de sing, et dont il faisait parade comme de la plus belle capture dont il eût pu se saisir ”,
Ce n’était là, c pendant, qu'un bien léger prélude de la cruelle tragédie du lendemain.
d'hommes tués et une quarantaine de blessés, et aux Anglais environ quatre-vingts tués et cent vingt blessés, dont un officier, Outre l'artillerie, on trouva
dans le fort et dans le camp retranché, trente-six mille livres de poudre, deux miile cinq cent vingt-deux boulets,.cinq cent quarante-cinq bombes, mille quatre cents livres de balles, une caisse de grenades, six
| | | Le siège avait coûté aux Francais une vingtaine È $ Le) | | | |
caisses d'artifices, et une quantité énorme de lard et de farine 1, Malgré les troupes francaises placées à la garde du
camp retranché, il fut impossible d'empêcher les sauvages d'y entrer et de s’y livrer au pillage. Le marquis de Montcalm avait instamment prié les Anglais de jeter tout ce qu'ils avaient d’eau-de-vie et de vin pour éviter de plus grands malheurs.
Avant de commencer le récit de l’épouvantable catastrophe dont il fut le témoin, le capitaine Desandrouins fait une profession de foi d’honnête homme qui mérite d’être citée :
“Je vais, dit-il, rendre compte de ce massacre, fidèlement et selon ma conscience, avec la plus grande impartialité, après m'être informé avec soin aux témoins
1 — Journal de Desandrouins. Cf. Journal de Malartic, p. 147.