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oculaires de ce qui s'était passé hors de ma vue, Ce serait participer au crime que d’altérer la vérité, pour sauver l'honneur d'aucun coupable, quel qu'il fût, Je serais bien plus porté de le livrer à lindignation de tous les honnêtes gens,
“ Dans l'après midi du jour de la capitulation, plusieurs d’entre no, allèrent faire visite dans le camp aux officiers anglais, qui, selon l'usage, pendant les suspensions d'armes, se piquèrent de nous faire l'accueil le plus honnête, et nous offrirent du vin et de leur bière qu'ils avaient beaucoup plus abondamment que nous.
“ Je me contentai de demander le plan du fort et des retranchements à l'ingénieur en chef appelé Williamson, et par une sorte de réserve, je ne voulus rien accepter autre chose qu’il m'offrit fort honnêtement,
“ On avait d’abord résolu de faire partir les Anglais dans le milieu de la nuit, en silence, pour mieux échapper aux sauvages, On espérait, leur coutume n'étant pas de rôder la nuit, qu'ils n'auraient aucune connaissance du départ, et que les Anglais seraiéut rendus à l’armée de Webb, qui était au fort Lydius, à cinq ou six lieues de là, avant d'avoir été rejoints par ces barbares. Aussi, hors d’inquiétudes à leur sujet, on n’assigna, pour les escorter, que deux cents himmes, qui furent tirés de la Roine et Languedoc, et commandés par M. De Laas, capitaine au premier de ces deux régiments, et maintenant major de la citadelle de Bayonne. Le colonel Young fut remis en otage pour la sûreté de notre escorte,
“ On paraissait en pleine sécurité, et on attendait minuit pour partir, lorsqu'un bruit se répau lit et obtint
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MONTCALM ET LÉVIs 275
croyance trop légèrement, que les sauvages, instruits qu'on se préparait à s'évader furtivement, s'étaient embusqués dans les bois le long du chemin,
“ Cette fausse alarme suspendit le départ, On délibéra avec les officiers et les interprètes : ils s'accordèrent à conseiller d'attendre le jour, promettant d'aller engager les barbares à se retirer, et s’obligeant de les contenir,
“ En conséquence, ils quittèrent le camp anglais pour les aller joindre; mais ils les trouvèrent tranquilles, ne songeant qu'à dormir, Dès lors, ils crurent pouvoir euxmêmes se livrer au repos ”.
Parmi les prisonniers se trouvaient un bon nombre de femmes et d'enfants qu'on avait eu l’imprudence de ne pas renvoyer au fort Edouard, à l'approche du siège, Tous ces malheureux, abattus par la défuite, passerent une nuit d’agitation et d’effroi, l'imagination hantée par des spectres d’Indiens, horribles comme des démons, aux corps nus bariolés de jaune, de rouge, de noir, aux regards flamboyants, aux gestes sinistres, avec des vociférations à la bouche et des tomahawks levés. C’est dans ces dispositions d'esprit, énervés par ces cauchemars, qu’ils virent lever le fatal matin du 11 d'août,
“ Quand il fit jour, continue Desandrouins, on entreprit enfin de se mettre er. route, M. De Laas fit précéder la colonne par un détachement de son escorte, et recommanda aux Anglais de se tenir toujours serrés, et de suivre sans intervalles, Lui-même se tint à la porte du camp pour faire filer.
“Toutes ces précautions, ces variations dans les arrangements du départ, ces faux avis et les cérémonies
que nous observions pour traiter avec des sauvages, et surtout cette manière timide et circonspecte d'agir avec eux, avaient tout naturellement inspiré aux Anglais une grande appréhension de ces barbares, pour le moment où 1ls se trouveraient em rase campagne, exposés à leurs insultes. Aussi se troublèrent-ils, dès qu'ils aperçurent quelques-uns de ces sauvages, au nombre peut-être d’une cinquantaine, que la curiosité encore plus que l'envie de butiner, avait attirés dans ce moment-là aux retranchements. Ils étaient même sans armes,
“ Voyant la colonne qui commençait à défiler, ils coururent pour la voir. La tête se serra rapidement sur le petit détachement qui la précédait, Ceux des Anglais qui n'étaient pas sortis se retinrent et parurent balancer. 11 se fit une éclaircie dans l'intervalle, On envoya ordre à la tête de ralentir sa marche,
“ Les sauvages s’approchèrent, le trouble augmenta et le flottement qui s’en suivit, les enbardit jusqu’à faire quelques gestes meracants. Les Anglais, un peu écartés, se crurent trop heureux de livrer leurs sacs ou leurs armes pour rejoindre le gros de la troupe. D’autres sauvages pillèrent dans le camp quelques effets abandonnés. Les nègres qu’ils purent saisir furent enlevés sans scrupule, et peut-être aussi quelques blanes de la suite de l’armée, dans ce premier-moment de confusion,
“ Il était encore possible de rétablir l’ordre, et les officiers de l’escorte s’y employèrent de leur mieux. Mais ceux des sauvages qui ramassaient quelque chose, couraient à mesure au camp, chacun vers ceux de sa nation, pour en faire trophée à sa manière,
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MONTCALM ET LÉVIS 277 Les autres, jaloux de ne pas paraître en leur pays avec moins de gloire que leurs frères, partirent dans l'instant, et accoururent tumultueusement pour tâcher d’avoir leur part du butin ; quelques-uns même firent le cri de guerre,
“ Ce fut alors que les têtes se troublèrent, Le commandant anglais, sur l'avis, à ce qu’il a prétendu, d’un Français qui n’a pas été connu, ordonna à sa troupe de mettre les fusils la crosse en l'air, sous prétexte que la manière ordinaire de les porter avait un air menaçant qui irritait les sauvages,
“ Cette manœuvre pusillanime acheva d’abattre le courage du soldat, et enhardit les sauvages, dont quelques-uns se hasardèrent à empoigner des fusils, faisant siune aux soldats de les leur livrer, ce qui fut fait avec tous les signes de la terreur, Le sauvage, peu satisfait d’un fusil de munition trop pesant pour lui, tenta bientôt de l’échanger contre celui de l'officier, ce qui montre par quelle progression s’accrut l’insolence d’un côté, et la peur de l’autre,
“ Le colonel Monro crut que pour faire cesser le désordre, il ne s'agissait que d’assouvir la eupidité de ces barbares, et commanda de jeter les sacs et autres effets à leurs pieds, disant que le roi d'Angleterre était assez puissant pour en dédommager, Ceux des Anglais qui se trouvèrent à portée de l’escorte, jetèrent les leurs aux soldats français: ceux-ci eurent la faiblesse d’en ramasser, Ils eurent bien l’occasion de les leur rendre,
“ Les sauvages trouvèrent, dans la plupart de ces paquets, du rhum et autres liqueurs fortes dont ils s'enivrèrent, Alors, ce furent de véritables tigres en
fureur, Le casse-tête à la main, ils tombèrent impitoyablement sur les Anglais qui, remplis d’effroi, achevérent de se disperser, se croyant à la fin véritablement sacrifiés par les Français.
“ Aucun d’entre eux ne songea à chercher son salut ailleurs que dans la fuite, Notre escorte, trop peu nombreuse, protégea autant qu’elle put, principalement les officiers, Mais, forcée de garder les rangs pour se faire respecter, il ne lui fut possible que de mettre à l'abri ceux qui se trouvaient à sa portée,
‘“ Les sauvages s’attachèrent aux fuyards. Ceux qui, les premiers, étaient revenus dans leur campement, fort contents des dépouilles prises d’abord, retournèrent à toute course faire des prisonniers ou des chevelures : chacun voulait en avoir.
“ Tout autre trophée n’est rien à leurs yeux en comparaison d’une chevelure. Les femmes, les enfants, rien ne fut épargné, Ceux auxquels ils conservaient la vie furent mis nus comme la main, et outragés à leur manière, Etant entrés à l'hôpital où étaient nombre de malades et de blessés trop impotents pour avoir pu suivre la colonne, ils les massacrèrent tous inhumainement pour profiter de leurs chevelures.
“ Il ne se trouva pas, malheureusement, pendant tout ce désordre, aucun officier canadien ni interprète qui ont généralement du pouvoir sur l'esprit des sauvages, On avait essuyé beaucoup de fatigues durant le siège; tout le monde reposait tranquillement,
“ A la fi, M. de Montcalm, M, de Lévis, M, de Bourlamaque sont avertis. Ils accourent et donnent ordre d'employer la vive force, s’il le faut. Interprètes,
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