‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 85 · ASS C · texte numérisé non relu

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avaient sur eux un immense avantage, celui de l'unité, Formant une population homogène de race et de religion, ils étaient liés ensemble par une double hiérarchie civile et religieuse, aussi puissante l’une que l’autre, et se prôtant un mutuel concours, Ils présentaient aussi une masse compacte d'autant plus difficile à entamer qu’elle était protégée par un immense rempart de forêts et de solitudes inhabitées,

Les treize colonies voisines offraient une physionomie toute différente, Autant la colonie française était unie, autant celles-là étaient divisées, Fondées, à l’origine, sans lien commun, elles avaient grandi, lune à côté de l’autre, sans se rapprocher ni se fondre ensemble, On reconnaissait bien en elles des traits généraux de res-

semblance, les grandes lignes de la Kgislation anglaise et du protestantisme, les mêmes tendances démocratiques découlant du gouvernement représentatif apporté de la mère patrie ; mais au delà, c'était l’image du chaos. La masse de la population était d'extraction saxonne, mais ils y mêlait beaucoup d'éléments ayant d'autres origines. De là une variété presque infinie de aractère, de croyances, de lois, de mœurs, de coutumes, Cette masse énorme, exubérante de vie, était encore inconsciente de sa force, ne l'ayant jamais essayée, L'esprit public n'existait pas, ou, du moins, ne s’étendait pas au delà des frontières de chaque province, La plupart se jalousaient, souvent se querellaient pour des rivalités d'intérêt ou de secte, La cour de Londres, dont la main était aussi donce en politique que dure

en affaires de commerce, se gardait bien d'intervenir,

afin de dominer l’une par l’autre ces provinces, dont la puissance lui donnait déjà des inquiétudes,

Mais voici venir le jour où l'Angleterre elle-même va apprendre aux colons américains à s'unir, à connaître leurs forces, à s'inspirer du même soufile patriotique. Ce jour là, ils essayeront leurs armes contre la France au Canada, mais le lendemain ils les tourneront contre leur mère patrie, et la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, signée par le Congrès, recevra la ratification de l'Angleterre,

Il ne sera plus question alors de la petite colonie francaise abandonnée sur les bords du Saint-Laurent, La France, qui l’a perdue, achève de l’oublier, L’Angleterre, qui l’étreint, s'apprête à l’absorbe:. Va-t-elle disparaître ? Sans doute que son nom va être effacé de ces rivages. La France avait désespéré du Canada longter, ps avant d’avoir signé le traité de Paris ; mais les Canadiens ne désespérèrent jas d'eux-mêmes. C’est alors que s'ouvre la plus belle page de leur histoire : cette lutte héroïque, dont la guerre de Sept Ans n'avait été que le prélude, Ils ont été décimés par les combats et la famine, Vaudreuil les a comptés avant de partir pour la France : ils ne sont plus que quatre-vingt mille, ruinés, dépouillés, désarmés 1, Un grand nombre d’entre eux, dont les villages ont été brûlés par l'ennemi, n’ont d'autre abri que des huttes grossières qu'ils se sont construites avec des troncs d'arbres. Tous ceux des leurs dont la ruine n’était pas achevée ont ris le chemin de la France avec les dubris de l’armte française, C’est

1 — Bougainville, Considérations sur le Canada.

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dans ces conditions que s’est engagée la lutte suprême, La bataille a duré un siècle; elle a eté acharnée, sans relâche, mais les courages ont été plus grands que les dangers.

Aujourd’hui le triomphe est assuré. Ce que la France n'avait pu faire avec toute sa puissance, les quatre-vingt mille l'ont fait à eux seuls. Ils ont fondé une France en Amérique. Ils ont gardé intact tout ce que la mère patrie leur avait légué : sa langue, sa religion, ses lois, ses traditions. A l’heure présente, ils sont plus nombreux et plus unis que n'étaient les colonies anglaises lorsqu'elles ont proclamé leur indépendance,

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