‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 85 · À CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

À CHAPITRE PREMIER

La famille de Montcalm. Son origine. — Louis-Joseph de Montcalm. — Ses premières années.— Son mariage. — Ses campagnes. — Il est choisi pour commander en Amériques — Préparatifs de départ. — Le chevalier de Lévis nommé pour commander en second. — Sa jeunesse, — Sa carrière militaire. — Caractère de Montcalm et de Lévis. — Embarquement à Brest. — La traversée. — Arrivée et réception

D à Québec. -- Pr: mières impressions de Montcalm.

Le 14 de mars 1756, le général marquis de Montcalm descendit les degrés du palais de Versailles, où il venait de recevoir les derniers ordres du roi Louis XV. Il

. \ LS Ÿ ” partait pour le Canada, où il allait remplacer le baron de Dieskau, fait prisonnier l’année précédente, à la malheureuse affaire du lac Saint-Sacrement, Le prince, à qui le marquis de Montcalm avait été recommandé comme un des plus brillants officiers de son armée,

l'avait élevé au grade de maréchal de camp, et nommé commandant des troupes qu’il envoyait soutenir la guerre dans cette colonie.

Le lendemain, le général partit de Versailles pour Brest, en compagnie de’son premier aide de camp, M. de Bougainville, jeune homme alors peu connu, mais qui devait plus tard se rendre célèbre par ses voyages autour du monde,

Montcalm était plein d'espérance et de joie à son départ, car le roi avait mis le comble à ses bontés en nommant son fils, à peine âgé de dix-sept ans, colonel d’un régiment de cavalerie. L'heureux père s'était empressé de faire part de ce joyeux événement à sa femme et à sa mère, en leur annonçant qu’il était allé avec son fils remercier le roi et présenter le jeune colonel à toute la famille royale.

Avant même son départ de Versailles, Montcalm avait conçu la meilleure opinion de Bougainville : “ C’est un homme d’esprit et de société aimable 1”, écrivait-il à sa mère, Et un peu plus tard il disait dans son Journal : “ C’est un jeune homme qui a de l'esprit et de belleslettres, grand géomètre, connu par son ouvrage sur le calcul intégral ; il est de la Société Royale de Londres, aspire à être de l’Académie des sciences de Paris. Il sait très bien l’anglais, et a mis à profit un voyage qu’il a fait en Angleterre et en Hollande, Il m'est très recommandé par Mme de Pompadour ?”.

1— Lettre à Mme la marquise de Saint- Véran, Paris, 2 mars

2 Journal de Montcalm.

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De son côté, Bougainville avait été entièrement subjugué par les manières du marquis de Montcalm : “ Je suis enchanté de mon général, écrit-il à son frère ; il est aimable, plein d'esprit, franc et ouvert, J'ai tout lieu de croire qu'il prend de l'amitié pour moi. Il ne me cache rien, me fait l'honneur de me consulter, honneur que je reconnais en ne conseillant pas. Il a envie de m'employer et de faire valoir mes faibles services, si je suis assez heureux pour en rendre, Que puis-je désirer de plus ” ?

Montcalm continue dans son Journal: ‘“ Nous arrivâmes le 18 à Rennes, où 2. de la Bourdonnaye, mon beau-frère, s'était rendu de sa terre pour me voir, Il nous fit on ne saurait mieux les honneurs de la ville, où il y a quelques beaux hôtels et deux places bien décorées, Le cours appelé Auil est un des plus beaux du royaume ?,

Le voyage à travers la Bretagne fut assez agréable, grâce aux premiers beaux jours du printemps, qui commencaient à faire éclater les bourgeons et reverdir les coteaux,

Montcalm trouva à Brest toute sa maison qui ly avait précédé, et son deuxième aide de camp, M. de la Rochebeaucour ‘“ homme de condition, natif du Poitou, lieutenant au régiment de cavalerie de Montcalm ”. Il y fut rejoint peu après par son troisième aide de camp, M. Marcel, sergent au régiment de Flandres, promu au grade d’officier 1,

1 — Montcalm avait écrit de Paris à sa mère, le 6 mars : “ Ma maison sera composée de trois aides de camp: M. de Bougainville, celui de la société et confiance; M. de la Roche-

24 MONTCALM ET L£vVIs

“ Nous eûmes le temps de voir la ville de Brest, Elle est vilaine et mal fortifiée du côté de la terre. La rade est belle et spacieuse : on y eutre par un seul goulet d’une lieue de large. M. le comte de Conflans commandait dans la rade, et nous étions de son escadre 1”,

“ J'ai recu à Brest, ajoute Montcalm, toutes sortes de politesses de MM. de la marine; c’est un corps bien composé, presque tout entier de gens de condition plusieurs d’une naissance distinguée, beaucoup d’honneur et de probité, une franchise dans leur facon de penser et de dire, dont on ne trouve des exemples nulle part ailleurs que chez d'aussi braves militaires, que le commerce de la Cour et de Paris n’a pas pour l'ordinaire gâtés, en leur inspirant un fonds de flatterie que l'on confond avec celui de la politesse ”.

A Brest vivait alors un des hommés les plus intègres qui eût exerc' les fonctions d’intendant au Canada, M. Hocquart, qui fit grand accueil à Montcalm et aux officiers supérieurs qui le suivaient,

“M. et M"° Hocquart m'ont très bien recu, C’est un couple bien assorti ; honnêtes gens, vertueux, bien intentionnés, tenant une bonne maison. Aussi M. Hocquart a-t-il été vingt ans intendant en Canada sans avoir augmenté sa fortune contre l'ordinaire des inten-

beaucour ; le sieur Marcel, aide de camp de peine et du secré-

tariat, un cuisinier, un aide, un demi-valet de chambre, Gri-

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de livrée, un secrétaire, chirurgien, point. J’en amène un de

premierordre avec des garçons chirurgiens que le roi envoie ??, 1 — Journal de Bougainville.

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Dans le salon de Mme Hocquart se trouvait un homme avec qui Montcalm venait de nouer les premiers liens d’une amitié qui ne devait jamais se démentir : c'était le chevalier de Lévis, arrivé la veille à Brest, et qui avait été choisi pour commander en second sous ses ordres avec le grade de brigadier,

Personne depuis lors n’a possédé autant que Lévis la confiance de Montcalm. Il a été son ami le plus intime, son conseiller, le confident de tous ses secrets, Sa correspondance avec Lévis, découverte récemment révèle qu'il reconnaissait en lui un maître dans l’art militaire.

Ils ont été tous deux, avec des fortunes diverses, les derniers défenseurs d’une cause perdue, et ont concentré autour d’eux les dernières gloires des armes françaises en Amérique,

Louis-Joseph marquis de Montcalm, seigneur de Saint-Véran, était né le 29 février 1712, au château de Candiae, près de Nimes. Il appartenait à une antique famille originaire du Rouergue, Ses ancêtres s’étaient illustrés de père en fils sur les champs de bataille. “ La guerre, disait-on dans le pays, est le tombeau des Montcalm ”.

La marquise de Saint-Véran, née Marie-Thérèse de Lauris de Castellane, mère de Louis-Joseph, était une femme d’un caractère éminent et d’une piété plus éminente encore. Elle avait converti au catholicisme son mari, né de parents huguenots, et avait exercé une influence extraordinaire sur son fils. Si les principes

qu’elle lui inspira ne le préservèrent pas de tous les

écarts, dans ce siècle de débordement et d’impiété, ils lui firent une impression qui ne s’effaca jamais et qui détermina les grandes lignes de sa vie.

Les premières années de son enfance s’écoulèrent à Roquemaure, auprès de son aïeule maternelle, M" de Vaux, “laquelle, comme toutes les grand’mères, le gâta un peu”: “ ce qui, dit-il, joint à ma santé délicate, fit qu’en 1718 je ne savais pas lire ”

Il fut alors confié aux soins de M. Louis Dumas, son oncle de la main gauche, esprit original, qui avait les qualités et les défauts d’un savant et d’un pédagogue, Il était l’inventeur d’un nouveau système d’enseignement, nommé bureau typographique, qu'il appliqua, dit-on, pour la première fois à son élève, Heureusement qu'il ne trouva pas en Louis-Joseph un disciple aussi docile qu'en son frère cadet, qu'il fit mourir, à l’âge de sept ans, d’un excès de travail. Il avait fait de cet enfant un petit prodige, qui, dès l’âge de six ans, savait l’hébreux, le grec et le latin, outre le gascon qu'il parlait si bien qu’il semblait ne connaître que cette langue. Il possédait aussi les éléments de l’histoire de France, l’arithmétique, la géographie et le blason.

Louis-Joseph, malgré de fréquentes révoltes contre le système de son rude maître, fit de rapides progrès dans l'étude du latin, du grec et de l'histoire, grâce à une intelligence vive et à une heureuse mémoire,

Le marquis de Saint-Véran, qui avait transporté dans sa nouvelle croyance l’ôpreté du calvinisme, n’était pas moins sévère que M. Dumas pour le jeune Montcalm ; il lobligeait à tenir un journal où il lui rendait compte

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MONTCALM ET LÉVIS 27 de son temps et de ses progrès, L'enfant s'oubliait assez souvent; il était si jeune! Son père l’en gourmandait, et il est amusant de lire comment le fils plaidait sa propre cause,

A peine entré dans sa quatorzième année, il suivit les traditions de famille et joignit l’armée, mais sans abandonner son cours d'étude, M. Dumas voyait tant de différence entre ses progrès et ceux qu'il avait vu faire au petit prodige, dont il ne s’attribuait pas la mort, qu’il en était désespéré, Mais ce qui le désolait pour le moins autant, c'était l'écriture de son élève ; elle était désastreuse, C'était un défaut radical dont, maigré

7 De 4 ass efforts héroïques, Montcalm ne

devait jamais se corriger, et qui était destiné à faire le désespoir de ses biographes après avoir fait celui de son précepteur En présence de résultats si peu encourageants, le brave Dumas s’alarme ; il veut dégager sa responsabilité, “ Quand je pense, au peu de dispositions et de talent de M. de Montcalm, écrit-1l au père de celui-ci, je conclus une plus grande nécessité d’être docile, laborieux, et de suivre les avis donnés. Que deviendra-t-il ” ?

Montcalm, sous les yeux de qui cet arrêt était rédigé, répond vaillamment à son père :

‘“ Voici en peu de mots de quoi je me flatte : 1° d’être honnête homme, de bonnes mœurs, brave et bon chrétien ; 2° de lire médiocrement, de savoir les langues grecque et latine aussi bien que la plupart des gens du monde, de posséder les quatre règles d’arithmétique, d'avoir quelques connaissances de l’histoire, de la géographie et des belles-lettres françaises et latines, du

moins l'amour de la justesse d'esprit, si je ne l'ai pas, et surtout du goût pour les sciences et les arts que j'ignore; 3° ce que je mets au-dessus de tout: de l’'obéissance, de la docilité et une grande soumission pour vos ordres, ceux de ma chère mère, et de la déférence pour les avis de M. Dumas ; 4° pour venir à ce qui regarde le corps, de faire des armes et monter à cheval autant que mon peu de disposition me le permet ”.

La carrière de Montcalm l’appelait à être un homme d'action : il en avait les goûts et les aptitudes, Il fut un militaire à la facon antique, faisant toujours une large part à l’étude dans la vie des camps. Il écrivait de l’armée à son père en 1734: “ J'apprends l’allemand... et je lis plus de grec, grâce à la solitude, que je n’en avais lu depuis trois ou quatre ans ”.

Montcalm recut le baptême de feu sous les murs de Kehl (1733), et ne démentit pas la vaillance de ses aïeux, L'année suivante, il assistait à la prise de Philippsbourg, où il vit le vieux maréchal de Berwick, victorieux comme Turenne, emporté comme lui par un boulet,

La mort de son père ramena le jeune officier au château paternel, à son cher Candiac devenu sa propriété.

Il ne reste plus aujourd’hui que la:moitié du château de Candiac; mais sa masse sévère est encore imposante. Entourée d'arbres fruitiers, elle domine la campagne ondulee et solitaire qui lui sert d'horizon !, C’est

J — Lorsque je visitai le château de Candiac en 1873, il était devenu la propriété de la farnille de Bernis.

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là, sous le ciel ensoleillé de la Provence, parmi les plantations d’oliviers et d’amandiers qu'il cultivait, que le futur héros du Canada passa les quelques années de paix et de bonheur qui lui étaient réservées, C’est là qu'il conduisit sa jeune femme, dont, par une singulière coïncidence, la famille avait eu des rapports avec le Canada, Son grand-oncle, l’intendant Talon, y avait été le fondateur de l’administration royale.

Angélique-Louise Talon du Boulay, que Montcalm avait épousée en 1736, lui avait apporté quelques biens qui ne l’avaient pas rendu riche.

La marquise était plus à la hauteur de son mari par le cœur que par l'intelligence, mais elle était épouse aussi tendre que mère dévouée, Ils eurent dix enfants, dont six vécurent : deux garcons et quatre filles,

Montcalm avait à un haut degré l'esprit de famille, et il était profondément attaché à ce coin de la France, où il trouvait dans la compagnie de sa mère, de sa femme et de ses petits enfants tous les plaisirs qu’il aimait, De fait, il y jouissait de l'existence féodale avec tous ses charmes, Aussi, quand il sera exilé à quinze cents lieues de là, au fond des forêts d'Amérique, on l’entendra bien des fois soupirer : “ Quand reverrai-je la patrie ? Quand reverrai-je mon cher Candiac ”? ?

Durant les fréquentes et longues absences auxquelles l'obligeait le service militaire, l'avenir de sa jeune famille le préoccupait." Alors, avec cet esprit de foi qu’il tenait de sa mère, il demandait à Dieu — c’est luimême qui l'écrit — de les conserver tous et de les faire prospérer pour ce monde et pour l’autre, ‘On trouvera, ajoutait-il, que c’est beaucoup et surtout quatre filles

MONTCALM ET LÉVIS pour une fortune médiocre, mais Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ?

‘ Aux petits des oiseaux il donne la pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature ?”

Pendant la de Ja succession d'Autriche,

Montcalm avait suivi son régiment en Bohème, et eut

guerre

sa part des souffrances de l’armée francaise, Plus tard, au Canada, il rappellera à ses soldats la famine qu'ils eurent à endurer pendant cette terrible campagne; et il écrira à Lévis (1757): “Les temps vont être plus durs, à certains égards, qu’à Prague... Accoutumés à se prêter à tout et en ayant déjà donné des preuves à Prague, je n’attends pas moins d'eux dans les circonstances présentes ?,

Une étroite amitié l'avait uni alors à l'intrépide Chevert, dont il sentait l'âme égale à la sienne; Il ne permettait jamais qu'on dit un mot contre lui, Peu de jours après la lettre que je viens de citer, il écrivait au même Lévis : ‘“ Comment, diable! votre ami Roquemaure et le mien est-il toujours le même ?.… J'ai eu beau lui rompre en visière, allant son train, il soutient que Chevert est un j... f... un homme sans talents et un pillard ”.

Montcalm était colonel du régiment d'Auxerroisinfanterie durant la campagne d'Italie (1746), où il faillit terminer sa carrière, Fait prisonnier tout sanglant sur le champ de bataille, après la défaite des Francais devant Plaisance, il écrivait à sa mère : “ Nous avons eu hier une affaire des plus fâcheuses. Il y a

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eu nombre d’ofliciers, généraux et colonels tués ou blessés, Je suis des derniers avec cinq coups de sabre, Heureusement aucun n’est dangereux, à ce que l’on m'assure, et je le juge par les forces qui me restent, quoique j'aie perdu de mon sang en abondance, ayant une artère coupée, Mon régiment, que j'avais deux fois rallié, est anéanti ”,

Promu au grade de brigadier à sa rentrée en France, il alla se faire écharper de nouveau dans une gorge des Alpes, où le frère du maréchal de Belle-Tsle se fit tuer follement avec quatre mille Français. Les deux nouvelles blessures qu'il avait recues à cette affaire lui valurent des félicitations du roi, le grade mestre de camp, et le commandement d’un nouvenr -égiment de cavalerie, désigné sous le nom de Monteali

La paix d’Aix-la-Chapelle (1748) lui procura quelques années de repos, les dernières qu'il eût à passer au château de Candiac, Nous ly trouvons en février 1756, lisant à sa mère et à sa femme la lettre suivante que venait de lui adresser le garde des sceaux :

À Versailles, 25 janvier, à minuit,

“ Peut-être ne vous. attendiez-vous plus, Monsieur, à recevoir de mes nouvelles au sujet de la dernière conversatior que j'ai eue avec vous le jour que vous m'êtes venu dire adieu à Paris. Je n’ai pas cependant perdu de vue, un instant, depuis ce temps-là, l’ouverture que je vous ai faite alors, et c’est avec le plus grand plaisir que je vous en annonce le succès, Le roi a done déterminé sur vous son choix pour vous charger du commandement de ses troupes dans l’Amé-

rique septentrionale, et il vous honorera à votre départ rés

du grade de maréchal de camp, l’a “ D’ARGENSON, ”

La lecture de cette lettre jeta dans le’ désespoir la marquise de Montcalm, dont le caractère timide, un peu sur effacé, s'élevait difficilement au-dessus du cercle de fut famille. Elle ne put jamais consentir à laisser partir Su És son mari pour cette expédition si lointaine, La mar- à la quise de Saint-Veran, au cortraire, forte comme une prob Romaine, quoique brisée de douleur, conseilla à son fils . cette d'accepter ce poste d'honneur et de confiance que lui 14 Il offrait son souverain, La marquise de Montcalm ne Meit pardonna jamais ce conseil à sa belle-mère, et lui assis reprocha plus tard la mort de son mari 1, perte:

A Brest, Montcalm avait rencontré dans le chevalier batail de Lévis un compagnon d'armes qui s'était trouvé avec Le ch lui sur plus d’un champ de bataille, Gaston-Francois Per de Lévis, était comme Montcaln, originaire du Lan- Alsace! guedoc, Il était né le 23 août 1720, au château d’Azae, suivit d’une des plus antiques maisons de France. Dès la M dans troisième croisade, Philippe de Lévis accompagnait le 4 En

roi Philippe-Auguste en Terre-Sainte, Deux membres A vait a

de cette famille, Henri de Lévis, due de Ventadour, et son ré François-Christophe de Lévis, duc de Damville, avaient À titres été vice-rois de la Nouvelle-France (1625 et 1644), Dès D. Nor l’âge de quatorze ans, le chevalier de Lévis portait l'épée, E signal: et anncnait des talents aussi solides que brillants, Le À de Vi

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surprenants pour son âge; il obtint une promotion, Ce fut, dit-on, pendant la campagne de Bohême que Montcalm et lui se virent pour la première fois. Lévis, blessé À la cuisse d’un éelat de bombe au siège de Prague, était probablement au nombre des invalides laissés dans cette ville à la garde de l’héroïque Chevert,

Il soutint un combat opiniâtre sur les bords du Mein, à la tête d’un détachement de cent hommes, et ‘assista à la bataille de Dettinghen (27 juin 1743), Les pertes que le régiment de la marine essuya dans cette bataille ne lui permirent pas de rentrer en campagne, Le chevalier de Lévis revint en France.

Peu de temps après, il passa à l’armée de la Haute- Alsace, sous les ordres du maréchal de Coigny, qu’il suivit en Souabe, où 1l ne se distingua pas moins que dans les campagnes précédentes,

Eu 1745, il servit sous le prince de Conty et se trouvait au passage du Rhin, Il suivit, l’année suivante, son régiment dirigs sur Nice pour défendre les frontières de la Provence,

Nommé aide-major de l’armée d'Italie en 1747, il se sivnala aux sièves de Montalban, de Valence, de Cazal, de Villefranche et du château de Vintimille, A la désastreuse bataïlle de Plaisance, il eut un cheval tué sous lui, et fut blessé à la tête d’un coup de feu, près

Là

34 MONTCALM ET L£ÉVIS

de Biéglis où il avait été détaché pour faire une reconnaissance.

Pendant cette campagne, le chevalier de Lévis avait fait admirer sa valeur, sa présence d'esprit et de rares qualités militaires, On cite de lui un brillant fait d'armes qui eut du retentissement. Le duc de Mirepoix, Gaston de Lévis, son cousin, commandant le régiment de la marine, l'avait choisi pour aide de camp à l'attaque de Montalban. Ils se tronvèrent tous deux sans escorte au débouché d’une gorge en présence d'un bataillon de Piémontais: “ Bas les armes ! crient-ils à l'ennemi, vous êtes entourés.” Le bataillon fut fait prisonnier

Tels étaient les services militaires qui avaient mis en vue le chevalier de Lévis, et qui avaient déterminé le comte d’Argenson à ladjoindre à Montcalm dans le commandement des troupes du Canada.

Ces deux hommes ont joué un si grand rôle à cette période de notre histoire, qu’il est nécessaire, avant d'aller plus loin, de bien définir leur caractère. Rarement deux commandanis furent unis d'une si étroite amitié et s’entendirent si bien ensemble dans toutes leurs opérations ; et cependant leurs caractères présentaient des contrastes frappants. Autant lun était ardent, autant l’autre était tempéré.

Montealm était le véritable méridional; son tempérament avait la chaleur du ciel de Provence; il s'em-

évis, à Arras, par A. de Cardevacque.

récèdent m'ont été donnés f actuel de la famille.

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portait facilement, mais redevenait maître de lui-même avec la même facilité, Un jour — c'était avant ses campagnes d'Amérique — il commandait à une grande revue dans une des villes du midi, Un de ses officiers, qu'il eut à réprimander pour sa tenue, hasarda quelques remarques un peu vives. Montcalm fut suffoqué de colère et accabla le malheureux officier d’un tel flot d’invectives que toute sa suite en fut consternée. Il s’en apereut et resta confus de lui-même, Peu de temps après, dans une circonstance tout aussi solennelle, ayant vu venir le même officier, il courut à lui, l'embrassa en le serrant dans ses bras, et en lui disant: “Je vous aime comme mon fils, voilà pourquoi je vous reprends comme un père Î Ce trait peint Montcalm au naturel: caractère impétueux, irascible, mais bon enfant, C’est dans ces qualités et ces défauts qu’il faut chercher l'explication des succès et des revers du général Le chevalier de Lévis, quoique né dans le Midi comme Montcalm, n'avait rien de son impétuosité ni de sa loquacité. Il était calme, froid, sobre de paroles, Tous deux étaient également ambitieux, rêvant toujours de l'avancement dans la carrière militaire et des honneurs, ayant les yeux sans cesse tournés vers la cour de Versailles pour demander ce que, dans le style du temps, on appelait des grâces. Mais Montcalm se créait facilement des obstacles, tandis que Lévis les évitait avec le plus grand soin, ne perdant jamais de vue le but qu'il poursuivait. Dans tout le cours de

1 Cette anecdote est de tradition dans la famille du général, et m'a été racontée par le marquis Victor de Montcalm.

l'expédition, on verra apparaître ce grand mobile de leurs actions, Au reste, chefs et soldats sont animés du même esprit, L'avenir de la colonie qu'ils vont défer les intéresse assez peu, C’est une contrée loint. .e, affligée d’un climat rigoureux, peuplée d’une poignée de Français, dont on ne comprend plus guère l'importance, et que Voltaire, l'oracle du siècle, appelle quelques arpents de neige, en attendant que le ministre Choiseul se félicite d’en être débarrassé,

Si, pour les soldats de France, ce n’est pas une terre étrangère, elle va le devenir; ils le sentent, ils le prévoient, D'ici là, c’est pour eux un champ de bataille où ils vont cueillir des lauriers et gagner des grades. Il ne faut pas perdre cela de vue dans l'étude des dernières annéès du régime français au Canada, Les intérêts de la colonie seront souvent en conflit avec ceux de l’armée, et il en résultera bien des erreurs et des fautes.

Dans la rade de Brest, une flottille de six voiles était prête à appareiller pour transporter le corps expéditionnaire placé sous les ordres de Montcalhn. Ce corps se composait des seconds bataillons des régiments de la Sarre et de Royal-Roussillon, commandés le premier par M. de Senezergues, le second par le chevalier de Bernetz, et formant un effectif de onze cent quatre-

vingt-neuf hommes,

L'arrivée de ces régiments avait fait sensation dans la ville, où les g'néraux !, entourés de brillants états-

1 Le marquis de Cursay était le co nmandant en chef,

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Plusieurs officiers de la garnison s’étaient même pris d'enthousiasme pour l'expédition qui avait l'attrait d’une aventure, et avaient offert des sommes d'argent pour remplacer ceux qui partaient,

Les régiments vêtus et armés à neuf avaient une tenue superbe. L’uniforme de la Sarre était blanc, à revers et parements bleus, tandis que celui de Royal- Roussillon était de même, à revers et parements rouges 1.

“ On ne peut rien ajouter, écrivait Montcalm au ministre, à la bonne grâce, à l'air de satisfaction et de gaieté avec lesquels l'officier et le soldat se sont embarqués ?. .

De son côté Bougainville ajoutait :

“ Les soldats avant que d'aller à bord eurent à déjeuner, et tous s’embarquèrent sans confusion ni désordre avec une ardeur et une gaieté incroyables. Quelle nation que la nôtre ! Heureux qui la commando et qui en est digne...”

Les trois frégates avaient été destinées aux chefs de expédition : Montcalm montait la Licorne, Lévis la Sauvage, et le colonel de Bourlamaque, troisième commandant, la S'rène, Les troupes avaient été réparties sur les trois vaisseaux, le Héros, l’Illustre et le Léopard.

Pendant les préparatifs du départ, Montcalm, accablé d'ouvrage, avait eu peu de temps à donner à sa corres-

1— Costumes mililaires français depuis l'organisation des premières troupes régulières en 1439 jusqu’en 1789, par D. de Noirmont et A, de Marbot,.

pondance; mais dès qu'il se vit installé à bord de son navire, sa première pensée fut pour Candiac, et il se hâta d’y envoyer des. nouvelles rassurantes,

“ Ma frégate, la Licorne, disait-il, est neuve et bien propre à résister aux tempêtes ; et l’on me donne le sieur Pélegrin, capitaine de port de Québec, qui irait les yeux fermés dans le fleuve Saint-Laurent, Vous voyez que M. le garde des sceaux veut me conserver. M. de a Rigaudière (commandant de la Licorne) est un officier d’un grand mérite et très aimable, Souvenezvous qu'un général d'armée n’écrit jamais des nouvelles de sa marche. Les voici cependant. Il ne paraît aucun Anglais sur la côte, mais ils peuvent paraître d’un moment à l’autre, Les troupes sont sur trois vaisseaux armés en flûtes. On partira, un vaisseau, une frégate, à douze heures, au 28, après-demain, pour marcher de conserve sans signaux, et si les brumes séparent et qu'on ne se retrouve plus à l’éclaircie, continuer sans se chercher 1”,

Telle était, à cette date, la décadence de la marine francaise, qu’elle n’osait plus se mesurer avec celle d'Angleterre ; à tel point que le marquis de Conflans, marin aussi brave qu’expérimenté, ne se crut pas en état, faute d'équipage, d'envoyer deux vaisseaux à la découverte, avant la sortie du corps expéditionnaire.

Montcalm avait l’âme d’un soldat, mais il avait une mère, une femme, des enfants; et il éprouvait un serrement de cœur en regardant les côtes de France

1— A Madame la marquise de Saint- Véran, à Montpellier, le 26 mars 1756.

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