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autant de tact que de fermeté, Il sut si bien môler à son commandement des paroles de persuasion, qu'il s'attira les applaudissements des soldats,
Au retour de Vaudreuil, ce fut le peuple à son tour qui se révolta, lorsque après qu’on lui ent retranché le quarteron de pain distribué chaque jour, on voulut imposer du cheval pour nourriture. Les femmes s’attroupèrent en grand nombre devant le palais du gouverneur ét demandèrent à lui parler, Ilen fit entrer quatre dans ses appartements, et leur demanda ce qu’elles voulaient. Elles se récrièrent contre l’ordonnance, dirent que le cheval était l'ami de l’homme, que la religion défendait de le tuer et qu’elles aimeraient mieux mourir que d'en manger, Le marquis de Vaudreuil leur répondit que c'était une chimère et une imagination de leur part, que le cheval était une nourriture saine, qui avait bien des fois servi d’aliment ; qu'au reste c'était la nécessité qui l’imposait et qu'il fallait sy soumettre, Le gouverneur congédia ces femmes en leur disant que la première fois qu’elles se mettraient ainsi en émeute, il les jetterait toutes en prison et en ferait pendre la moitié, Il les envoya ensuite voir aux abattoirs pour constater par ellesmêmes que le cheval était tué dans d'aussi bonnes conditions que le bœuf, Elles en convinrent sans toutefois se calmer, et rentrèrent chez elles en tenant des propos séditieux 1,
|. Le peuple prétendait que le munitionnaire Cadet faisait ramasser toutes les rosses du pays pour les faire manger, ‘# Aussi, dit Pouchot, dès que l'on voyait un cheval exténué, on l’appelait un Cadet”. Pouchot, V. I, p. 179.
Le chevalier de Lévis avait été averti que la fermentation du peuple avait gagné le régiment de Béarn, Il se rendit en personne à la distribution des vivres, et en présence des soldats, il fit couper pour sa table une ration de cheval qu’il fit prendre à l’un de ses domestiques, puis il ordonna aux grenadiers de venir chercher leurs rations. Quelques-uns voulurent faire des observations, mais il leur imposa silence et leur dit que le premier qui refuserait de prendre la ration, il le ferait pendre sur le champ, que s'ils avaient des observations à faire, ils les feraient après la distribution. Les grenadiers se soumirent, et toutes les autres compagnies les suivirent sans murmurer, Le commandant donna satisfaction à quelques justes remarques que lui firent les grenadiers, et tout le régiment se retira satisfait,
Quelques jours après, huit crenadiers du régiment de Béarn apportèrent au chevalier de Lévis un plat de cheval accommodé à leur facon, Le chevalier fit déjeuner ces grenadiers et leur fit donner deux plats de cheval accommodés par ses cuisiniers, qui ne se trouvèrent pas si bons que le leur, Il leur donna de plus quatre louis pour que la compagnie bût à sa santé,
Montcalm lui écrivit, le 16 décembre: “ Je réponds par celle-ci, mon cher chevalier, à votre épitre du 10, J'ai lu avec plaisir votre détail, et je vois que votre presence est aussi utile à Montréal que la mienne ici. Tout y va bien sur le fait du cheval. Les grenadiers de la Reine avaient un peu tortillé; mais Bras-de-fer, c’est-à-dire d'Hert, a tortillé le premier caporal; et cela n'est pas même su, Il faut même vous dire que les.soldats de la Reine qui sont casernés, avantage que
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vous n'avez pas à Montréal, sont contents, Le soir, ils mettent cuire le cheval, l’écument bien, jettent la première eau, le retirent, en font le lendemain de la bonne soupe en le remettant au pot avec le bœuf, mangent le bœuf qui à servi à faire la soupe bouillie le matin, et le soir le cheval en frigousse, La colonie fait de même.
‘Rien n’est mieux que votre conduite au sujet des jeux de hasard, Voici le détail de ce qui se passe à cette occasion à Québec, que vous pouvez ne pas laisser ignorer à nos officiers, On n’a jamais joué chez M"° Chevalier, mais bien chez une madame du régiment de Guyenne, il y a un mois; le mari puni par moi; défense ; nulle récidive, Chez M. lintendant, il a ouvert lui-mêm2 par un beau tope-et-tingue, où il a gagné cent louis; beaucoup de quinze aux douze francs la fiche; de gros passe-dix, de gros tris aux vingt francs la fiche, six francs pour spadille et deux louis de queue. Dimanche, il y aura grand souper à quatrevingts couverts, beaucoup de dames, concert, lansquenet . neuf coupeurs, qui seront : M. l’intendant, M"° Pean, MM. de Béran, de Saint-Félix, capitaines dans Berry ; L’Estang , de Selles, de la Sarre; Belot, de Guyenne; la Naudière, Saint-Vincent, Le Mercier, de la colonie,
“ Demain, MM. de Roquemaure, d’Aiguebelles, de Manneville, de Villemontée font lecture d’une lettre que je leur ai écrite pour annoncer : 1°, que si l’on joue partout ailleurs que dans les maisons privilégiées par des considérations qui leur sont dues, je punirai ;
29°, que j'exhorte à jouer, s’il est possible, avec sagesse,
Je remontre la différence de notre position avec celle
des colons, mes regrets de voir quitter le service à un officier pour dérangement, et celui de laisser pour gage un officier, au départ des bataillons, qui aurait des créanciers qui se plaindraient, D’Hert a ordre de s’informer si l’on joue ailleurs, de m'en rendre compte, d'ordonner punition si c’est chez nous, et de m’avertir si l’on joue chez des officiers de la colonie ou des bourgeois. Le jeu chez La Vérendrye a dû être occasionné par un M. Desaulniers, grand joueur, qui y est logé. Bougainville, que je vois on ne saurait moins, perd ; ce sont ses affaires, ainsi que la Rochebeaucour; ce dernier a moins de ressources que le premier Î.
“ Rien de mieux, ce me semble, que ce que fait actuellement M. de Vaudreuil, et la seule chose à faire cet hiver.
“ L'intendant aura le malheur de finir par être détesté, et cela doit être pour qui ne met aucun ordre dans les commencements.
“ L'intendant supprime aujourd’hui, demain, samedi et dimanche matin, sa table, en tout ou partie ; et moi, jaugmente un peu la mienne ; il le fait pour avoir des petits pains qui ne pèsent pas trois onces,
1 Bougainville écrit dans son Journal, en parlant des jeux de hasard: ‘ On les a joués avec fureur et indécence. L'intendant fait les honneurs de la partie, il a perdu deux cent quatre mille livres”. Bougainville n'ajoute pas qu’il était lui-même un des plus furieux joueurs, et l’un des hô.es les plus assidus de l’intendant dont il disait : { J'ai très à me louer de M. Bigot ; il est homme d'esprit, travailleur, de la ressource, une dépense aussi noble que grande ; il s'occupe bien de ses amis et de leur fortune. Je crois qu’il retournera en France riche, mais il sert bien le roi”. À Mme Hérault de Séchelles, 13 sept. 1757.
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‘“ Bourlamaque a commencé à donner à manger trois fois la semaine. Il est triste, ce me semble, s'ennuyant. Il à fait l’inamorato de ma commère; il n'a pas réussi, pour moi. M"° Péan, ma commère, de loin en loin l’évoque ; voilà mes veillées. Je suis bien avec nos dames, comme je veux être.
‘“ Je suis bien aise que vous ayez Péan; dites-le lui.
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De tout ce qui approche le général, c’est le plus sage, le moins sujet à prétentions et préventions, et le plus capable de Jui faire prendre un bon parti sage et ferme dans l’occasion ”,
La petite rue du Parloir était un des principaux centres où se réunissait le beau monde de Québec ; deux salons surtout y étaient recherchés : celui de M'"° de la Naudièr: et celui de M" de Beaubassin, toutes deux renommées pour leur élégance et leur esprit. Montcalm s’y plaisait si bien, qu'il prend la peine d'indiquer l'endroit précis qu’occupait chacune de ces deux maisons : l’une, dit-il, au tournant de la rue près des ursulines ; autre, à l’encoignure de la rue du Parloir et de la rue Saint-Louis. M"° de la Nat dière, née Geneviève de Boishébert, était fille du seigneur de la Rivière-Ouelle, et M°"° Hertel de Beaubassin, née Catherine Jarret de Verchères, était fille du
seigneur de Verchères. Leurs maris servaient tous *):) à
deax en qualité d'officiers de la milice canadienne. . C’est aussi dans la rue du Parloir, comme je l'ai dit,
que demeurait M"° Péan, dont il est souvent question dans les lettres de Montcalm.
Les charmes de la conversation de M" de Beaubassin semblent avoir eu particulièrement de l'attrait pour Montcalm, car son salon était celui qu’il fréquentait le plus souvent, Ailleurs, comme chez l’intendant, ou chez M°"° Péan, 1l se désennuyait, quelquefois il s’étourdissait; chez M"* de la Naudière, il s’'intéressait ; mais chez M"° de Beaubassin, il s’attachait, La condescendance ou la politesse l’entrainaient ailleurs; ici, c’était l'amitié,
A l’aide de la correspondance de Montcalm, on ressuscite à peu près toute la société qui animait cet élégant salon. Le plus assidu était ce grand officier ingambe, que Montcalm croyait courageux, mais qu’il n’aimait pas : c'était M. de Boishébert, frère de M"* de la Naudière, qui revenait chaque hiver de lAcadie, où il exerçait le commandement et encore plus le pillage. Un autre personnage bien plus important y apparaissait
ge s’arrêtait
dans la rue du Parloir et que ses gens lui ouvraient la
aussi, mais rarement, Quand son équipa
portière, les domestiques de la maison se précipitaient à sa rencontre et le conduisaient au salon, où son arrivée suspendait pour un moment la conversation, A l'élégance de son habit, aux fines dentelles de son jabot, à ses manchettes richement brodées, à ses cheveux roux, poudrés, musqués, on reconnaissait l’intendant
Bigot. Péan et sa femme l’accompagnaient souvent. Puis venaient les Longueuil, les Saint-Ours, les la
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Naudière, les Villiers, le docteur Arnoux avec sa femme, plusieurs des ofliciers de l’armée de terre. Bourlamaque y portait sa figure triste et mélancolique ; Bougainville s’y faisait remarquer par son esprit janséniste, ses critiques mordantes, quelquefois par son humeur maussade; Roquemaure par ses excentricités.
Envisagée dans son ensemble, la haute société canadienne offrait alors un spectacle navrant, L'exemple de celle qui arrivait de France lui avait été funeste, et les désordres de la guerre, la présence des troupes achevaient de la perdre, du moins en grande partie,
On était témoin d’un état de choses qui ne pouvait durer : l'anarchie du haut en bas de l’échelle sociale, On pressentait la fin d’un 1ègne; on voyait venir un orage terrible, Cet orage allait-il tout engloutir ? On ne le savait pas ; on en détournait la tête ; on ne voulait pas y penser, et l’on tâchait de s’étourdir sur le danger, Pour y mieux réussir, on se plongeait dans le plaisir; on s’y livrait avec fureur. Toute cette société aveuglée dansait sur un volcan.
“ Le 26 décembre. — .. On ne parle ici, écrit Montcalm, que de cent louis gagnés, perdu cent cinquante louis, des momons de mille écus. Les têtes sont totalement tournées. La nuit dernière, Le Mercier a perdu trois mille trois cents livres. M. de Cadillac, à quatre heures après-midi, hier, avait perdu cent soixante louis ; avant minuit, il en gagnait cent. On dit que ce sera le
jour des Rois que cela sera beau, Pour moi, je Joue
aux cinq sols le tri, aux trente sols le piquet, aux petits écus à tourner.
“,.. De tout ce qui se mêle de gouvernement, Péan est le plus sensé, Poli, honnête, obligeant, bon usage de son bien; la tête ne lui tourne pas. Il saisira un bon avis que vous ou moi ouvrirons, et le fera passer, s’il peut 1,
“ Une lettre n’est jamais longue, mon cher chevalier, que par les inutilités. Il n’y en a point dans les vôtres. Je regrette fort M"*° de Repentigny.
“ Votre petit Johanne ?, hardi joueur, gagne de trois à quatre cents louis ; il joue des cent louis par coup de dés,
“,,. Vous pourriez trouver mes lettres longues, d’après ma définition, vu les inutilités bien Ctrangères au service; mais mon bavardage vous prouve ma satisfaction à m’entretenir avec quelqu'un sur l'amitié duquel
je compte autant ”,
1 — Dans une lettre à M. le chevalier de Lévis (23 juillet 1758), M. Péan écrivait ces sages réflexions : “ Je vois avec peine que M. de Montcalm se méfie beaucoup de M. de Vaudreuil. Je crains qu’ils ne viennent à se brouiller, ce qui ne pourrait faire qu'un très grand mal. Je ne négligerai rien pour les remettre en union. C’est une chose absolument nécessaire dans les circonstances. 11 vous aura sans doute fait voir la lettre qu'il lui a écrite, où il lui fait part de tous ses griefs, Il m'en a aussi écrit une sur le même ton que je n'ai pas voulu montrer à M. de Vaudreuil. Toutes ces écritures aigrissent les esprits et peuvent produire de mauvais effets. M.de Vaudreuil est tranquille ; mais l’on n'est pas toujours dans la même humeur. Je l’entretiens, tant qu'il m'est possible, dans les sentiments d'union; je ne doute pas que vous n’en fassiez autant de votre côté.
& J'ai répondu à M. de Montcalm, et je fais en sorte de lui persuader que M. de Vaudreuil ne cherche point à l’'embarasser, et lui fais envisager tous les maux que causerait une rupture, que certainement la cour regarderait d’un mauvais œil ies deux parties, quelane raison qu'elles puissent avoir”. 2 __ ,Joannès, aide-major du régiment de Languedoc.
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“ Le 30 décembre, — ... Toujours gros jeu, L’'intendant, hier et avant-hier, avait perdu quatre cent cinquante louis de la perte au gain, Johanne a perdu ce soir trois cents louis. Enfin, l’intendant ayant le carnet ou les cartes à la main, est quelquefois effrayé et refuse, M. de Selles gagne de cinq à six cents louis, mais il combat encore ”.
“ Le 4 janvier 1758. — ,..Je n’ai rien à vous écrire, mon cher chevalier, et Roquemaure est en état de vous rendre compte de ma vie unie, des plaisirs de Québec et de ceux qui se préparent pour dimanche, Jamais la rue Quincampoix n’a produit autant de changements dans les fortunes. Bougainville se rattrape, de Selles décline, lintendant perd, Cadillac reprend le ton, de Breau est noyé (ce nom est heureux pour aimer le jeu), Marin continue à jouer et perd, les petits pontes se remplumaient hier; Saint-Vincent et Belot perdent, Bonneau réalise, Votre petit ami, Johanne, avait gagné cinq cents louis, mais il voulait en avoir mille ; le pot au luit a versé, Le ton de décence, de politesse de société, est banni de la maison où il devrait être, Je crains d'être obligé, avant la fin du carnaval, de punir quelque joueur qui aura oublié que son camarade au jeu est l’homme du roi, Aussi, je ne vais plus chez l’intendant que le matin ou un jour de la semaine avec les dames, ou dans des grandes occasions, C’est vous écrire pour avoir occasion de vous renouveler les assurances de la tendre amitié que je vous ai vouée pour toujours, mon cher chevalier ”?,
Toute la correspondance de Montcalm avec Lévis témoigne d’une amitié vraiment extraordinaire entre
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ces deux hommes ; celle de Montcalm allait jusqu’à la tendresse, Il avait besoin de l’exprimer, et il trouvait des tournures ingénieuses et charmantes pour la dire, comme dans ces fins de lettres, par exemple :
“ On ne peut vous aimer plus tendrement, mon cher chevalier ”,
“Je suis éloquent quand je parle de quelqu'un que j'estime autant que vous ”.
‘ On ne peut vous être plus dévoué et plus tendrement que le meilleur de vos amis ”,
‘“ Aïmez-moi autant que je vous aime, mon cher chevalier, et je n'aurai rien à désirer ”.
Les réponses du chevalier de Lévis, que celui-ci a conservées, ne renferment pas d'expressions aussi chaleureuses, Son amitié était peut-être aussi solide, mais moins expansive, C'était un esprit plus froid, plus réfléchi, qui s'observait davantage, et qui ne se livrait pas avec autant d'abandon.
Placé entre Vaudreuil et Montcalm, il savait ménager sa position avec une singulière habileté, Dès les premiers temps, il avait deviné que Montcalm jalousait
‘le gouverneur, et il mettait un tact rare à ne pas
blesser sa susceptibilité, sans toutefois se compromettre vis-à-vis de Vaudreuil, avec qui il fut toujours en bons termes.
“ ,., Je dois ne pas vous laisser ignorer, écrit-1l au maréchal de Mirepoix, la conduite que j'observe, Je suis fort bien avec M. le marquis de Vaudreuil ; j'y serais encore mieux si je voulais, mais je ne me soucie pas d’avoir plus de part que je n’en ai à sa confiance, parce que M. de Montcalm en serait jaloux, et que cela
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MONTCALM ET LÉVIS 343 ferait des tracasseries, chose que j'éviterai toute ma vie avec grand soin 1”,
Ce fut un grand malheur que Montcalm ne comprit pas cette lecon indirecte, si délicatement donnée par celui qu'il regardait comme son meilleur ami, Lui cui répétait sans cesse à cet ami qu’ils ne devaient toujours avoir à eux deux qu’un seul et même avis, pourquoi ne suivait-il point celui-là, le plus important de tous ? Qui peut dire les conséquences qui en seraient résultées ?
Le sage Lévis avait tant à cœur la fin de ces querelles qu'il aurait voulu y voir intervenir le roi, Il linsinue avec son tact ordinaire dans une lettre au marquis de Pauliny, secrétaire d'Etat au ministère de la guerre : “ Quand on est aussi éloigné, dit-il, il faut toujours être d'accord avec tout le monde, lever les difficultés et n'avoir à cœur que le bien du maître,
‘“ Je me cor luis sur ces principes, dont. je ne m’éêarterai jamais, Je vous supplie d’en être hien persuadé et d'en assurer Sa Majesté ??,
En admirant cette grande sagesse, il ne faut pas croire cependant que Lévis ait échappé entièrement à l'esprit frivole de son siècle, Il écrit à sa protectrice, la maréchale de Mirepoix :
‘“ A l'égard du mariage que le chevalier de Mesnon vous à proposé, vous savez que je n'ai jamais eu beaucoup de goût pour me marier, dans la crainte de prendre une femme qui ne vous fût pas agréable, ce qui ferait le malheur de ma vie.
1— Lettre au maréchal de Mirepoix, le + septembre 1757. 2 — Lettre à M. le marquis de Paulmy, le 20 juin 1757.
En
“ S'il s’en trouvait une dont vous fissiez choix, je la prendrais volontiers, dès que je serais assuré qu'elle vous conviendrait, Ainsi, vous pouvez faire la réponse que vous désirez à M. le chevalier de Mesnon, à qui je suis toujours bien obligé de son souvenir et de l'amitié qu'il me témoigne, Si cette affaire n’a pas lieu et que vous trouviez quelque autre parti qui vous convienne, vous pourrez en disposer de même ; je tiendrai tous les engagements que vous aurez pris,
“ C’est tout ce que je peux avoir l'honneur de vous mander à ce sujet, en vous priant de faire attention que je voudrais trouver une femme qui vous fût aussi attachée que je vous le suis,
,., I] paraît que nous allons être vivement attaqués. Mon avis sera de nous battre jusqu’à extinction 1”,
Singulier mélange de’ folie et d’héroïsme ! Il croit marcher à la mort; mais en attendant, “ mariez-moi à qui vous voudrez” |
“ Le 6 janvier, reprend Montcalm, Bougainville s’est raccroché, gagne et croit avoir plus de conduite que Saint-Vincent, Belot, Johanne, Marin, ete. Je ne le pense pas ; avec de l'esprit et du talent, c’est, comme vous le dites, quelquefois une tête.
“ Demain, grand souper et dames.
Mardi, l’intendant chez moi; jeudi, monseigneur, Je soutiens noblesse et dignité; mais je mange mon bien, et je frémis pour l'avenir, Du ler avril 1756 au ler janvier 1758, cinquante-sept mille livres d'argent sec dépensées. Et si j'avais eu quelques provisions ! Que
Lettre à Mme la maréchale de Mirepoix, le ‘17 mai 1759.
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faire ? Celui qui est dans ma place doit faire ainsi, Nous en faisons tous trop pour les circonstances,
,,, Rigaud nous a écrit des lettres en style badin et noble, capable de faire croire à qui les lirait que c’est un homme de beaucoup d'esprit”,
Montcalm lui écrit : ‘“ Le 9 janvier 1758, — .., Grand souper au palais, j'y eus comme de raison la fève, et M"° Péan fut ma reine, Au reste, je me suis retiré À une heure, fou de voir autant jouer et berlander, J’ignore les destins des joueurs. Je compte (inter nos) y être pour une quinzaine de louis ; il y a des sociétés qu’on ne peut refuser, Le souper (pour vous seul) de quatrevingts personnes, froid à la glace, servi à meilleure heure ; la gaieté de la fin du repas du ton de la taverne, et le gros jeu l'occupation, le métivr,
“ Vous voyez que, si j'écris mal, j'écris beaucoup ”,
“ Le 11 janvier, — ... Toujours du jeu : Johanne perd gros du sien et s’anête ; Belot et Saint-Vincent s’écrasent ; Marin ne trouve plus de prêteurs ; Bougainville pourrait bien se rembourser de ce soir ; les Berry remontent et gagnent ; l’intendant court après son argent, et moi après le sommeil, que je n'ai pas à mon ordinaire, Je mange trop, je digère mal et je ne fais aucun exercice d'aucune espèce, je vous jure. Bourlamaque passe sa vie dans la rue du Parloir, au fond du cul-de-sac, J'en fais autant, mais c’est à l’entrée, M"° Péan inquiète de sa petite fille ; je pense que ce n’est rien, au moins hier il n’y avait qu’une fiévrote de rhume ”.
“ Le 13 janvier, — .. Je vous renvoie une lettre de
M. le marquis de Vaudreuil, q'a vous prouvera que
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vous ne serez pas consulté du tout, ou je serais bien surpris. Vous pouvez me la renvoyer ou me la garder, Quant à moi, on me la communiquera par manière d’acquit, ou point du tout, Brsogna di compatire, eara patrice.
“ ,,,Je suis toujours bien aise d’avoir écrit à M. de Vaudreuil, Il aura vu qu'au moins je m’apercois des manquements du. sieur Le Mercier, qui croit faire sa cour en me man quant,
‘,.. Quelles dames chez M. le marquis de Vaudreuil ? Voyons si je devinerai, Quatre Deschambault, M" Baraute et M" de Vaudreuil, six en tout et trentequatre hommes,
“ Longueuil à eu un coup de sang manqué ; mais il va bien,
“,.. De la facon dont l’intendant m'a park, nous aurons bals et, je pense, pharaon; il s’autorisera de Montréal ”,
“ Le 16 janvier, — Je me suis fait saigner avant-hier, mon cher chevalier; hier Pémétioue, deux lavements et de l'huile d'amande douce, Cela s'appelle done une carène entière,
“ ,.. Adieu, mon cher chevalier, ne doutez pas de ma sincère amitié,
“ P,S, — Tous écrasés, même Lestansg, de Selles ; Le seul Cadillac gagne mille louis ”.
“Le 18 janvier, -- Je dois quelques réponses de bonne année, mon cher chevalier, ne fût-ce qu’à M"° de Villiers, que j’honore fort, à Villars, Cornier, Belle
combe ; mais je me trouve trop fatigué pour leur
répondre ce courrier, Mes fortes évacuations m'ont
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fatigué ; j'en avais grand besoin, Je digère mal et je suis dans un pays à mal digérer ; car tout impatiente quand on est citoyen ”.
“ Le 20 janvier, — Le retour des Hurons qui ont mené Schuyler et Martin donne lieu à de grands raisonnements dans une ville où les plus petites nouvelles s'amplfient, où l’on passe de la plus grande confiance à la plus grande crainte, et où tout le monde est général d'armée, Pour moi, j'attends de vos nouvelles, de celles du marquis de Vaudreuil et du récit que Langy vous aura fait ”,
“ Le 22 janvier, — J’ai été, hier, voir en grande cérémonie la gent huronne à Lorette, Le jour était bien beau. Il a fallu se rendre à l’empressement des missionnaires et des sauvages ; et dites, mon cher chevalier, que je vous ai chargé de remercier le P, Saint-P6 des politesses que J'ai recues à Lorette des jésuites,
“ Grand bal ce soir chez l’intendant ; gros jeu, cela va sans dire, Ma santé bonne,
# P.,... Les nouvelles de Ja nuit sont mauvaises pour Piatendant, M" Péan, Lestang, Johanne ; bonnes pour Cadillac, Bougainville, de Breau ; le reste ne vaut pas la peine d’être nommé, quoiqu'il y ait des acteurs qui gagnent où perdent cent ou cent cinquante louis ; mais, pour qu'on px rle de vous, il faut être homme à perdre trois où quatre cents louis ?.
“ Le 26 janvier, —...Le jeu continue toujours, L'intendant heureusement perd quatre-vingt mille francs et, entre nous, en est très piqué. Nos officiers en général gagnent; quelques malherveuses victimes et
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