ARRET NES
348 MONTCALM ET LÉVIS Saint-Vincent, de la colonie; mais il y a loin d'ici au mercredi des Cendres ?
“ Le 27 janvier, — .. L'intendant perd quatre-vingtonze mille livres, excédé de pertes, du ton de sa maison et de l'officier, Adieu, mon cher chevalier ”.
“ Le 3 février —...Si on a été mécontent d'un bal que l’intendant a donné, on le sera bien plus d’un second, donné hier, et d’un troisième, qu'il doit donner mardi 1, Toujours le plus effroyable jeu. L’intendant a perdu cette nuit quinze cent louis, en trois quarts d'heure, Il est à cinquante mille écus de perte, au moyen de quoi toute la ville, le milita‘re, gagnent peu ou prou, et ses valets qui jouent gros contre lui. Peu de militaires perdent heureusement, Johanne et Lestang du leur; mais les petits pontes hardis sont gras à pleine peau.
‘“ Ce que vous écrivez sur le manque de grain est plus sérieux... Nous raisonnerons ensemble pour le mieux, soit avant rien proposer au marquis de Vaudreuil, soit pour lui répondre, si jamais on nous con-
sulte à l'extrémité, Je crois que jusqu’à présent notre conduite à tous a été bonne, Elle le sera toujours par l'union, le concert et nous consulter. Quatre yeux,
mon cher chevalier, valent mieux que deux, et vous
1 — Allusion au mandement publié quelques jours auparavant par l’évêque de Québec. Bougainville, qui était de toutes ces parties de plaisir, de ces jeux et de ces folles dépenses, lesquels étaient autant d'insultes à la misère publique et contre lesquels protestait Mgr de Pontbriand, écrivait peu de temps auparavant: ‘Il y a des cas où la magnificence est un crime contre l'Etat”, Journal, 14 octobre
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savez que, si je ne prévois pas toujours tout, j'ai le tact assez bon pour saisir les avis qu’on me donne, “Adieu, mon cher chevalier. Plus ne sais, sinon que CS Q \ ’ ! A 29 je vous suis très dévoué de corps et d'âme “Le 9 février,
Le jeu fini d'hier; Johanne, de Selles, Bougainville, Baros (7), les Berry vainqueurs, surtout Cadillac, qui gagne quarante ou cinquante mille francs ; lintendant perdit encore hier six cents louis; je le crois bien fou du jeu.
‘“ Adieu, mon cher chevalier; aïmez-moi autant que je vous aime ?.
“Le 12 février, —.,, L'intendant à dit aujourd’hui qu'on le regardât comme un misérable si on jouait les jeux de hasard, l’année prochaine, chez lui.
“ Voici les noms des douze femmes qui ont dîné le mardi gras chez M" de Vaudreuil. Voyons si j'aurai bien deviné : M"° de Vaudreuil, deux dames Martel, M" de Longueuil, M'"° de Villemonde, M" Des Liuneris, M"* de Contrecœur, M de Céloron, M" Duplessis, M" Trémond, M"° de Saint-Luc, Mme de La Corne, l'ainée; peut-être à la place d'une de ces douze, Mme de Beaucourt,
“ Adieu, mon cher chevalier; plus à vous qu’à moimême, Je cachèterai mieux mes lettres ?.
Montcalm écrit à la même date: ‘“ Le jeu est fini, L'intendant paraît honteux, fait amende honorable, perd deux cent mille francs; ce qui n'empêche pas que quelques particuliers ne perdent trop : entre nous, de Selles, capitaine au régiment de la Sarre, [L’intendant et ses adhérents veulent diminuer sa perte, Aimezmoi, mon cher chevalier, autant que je vous aime ”,
A cette même date, Montcalm était engagé dans une correspondance bien plus sérieuse avec le commandant des troupes anglaises au sujet de la rupture de la capitulation du fort George. Les massacres et les captures faits par les sauvages, en violation du traité, avaient, non sans raison, soulevé lindignation dans le camp ennemi. Quoique Montcalm et ses officiers eussent exposé leur vie pour arrêter le désordre, ik lui était impossible de faire arriver la vérité à l'oreille de ses adversaires. Le tragique événement était trop récent pour qu’il pût être jugé avec sang-froid,
Montcalm y fait allusion dans la lettre suivante adressée à sa femme, le 19 février: “ Je ne puis vous rien pronostiquer sur la campagne, les vivres, le bien ou le mal joué des ennemis qui peuvent et doivent nous primer. Je suis ici depuis le 15 septembre; je pars demain pour Montréal, jusqu’à ce que je me porte sur quelque frontière. J’augure de ma bonne fortune que la campagne tournera bien, Quand nous ne ferions qu’une défensive, pourvu qu’elle arrôte l’ennemi, elle ne sera pas sans mérite; nous nous sommes écrit avec Mylord Loudon sur la capitulation du fort George, C’est un procès qui se traite à coups de plume, en attendant de traiter quelque incident à coup d’épée, de fusil ”,
Ce coup d'épée, ce fut celui de Carillon.
Montcalm continue dans la même lettre :
“ J'avais été ce printemps chanter la guerre, et festiner mes enfants, les Iroquois, les Algonquins et les Népissings. J'ai été cet hiver faire même cérémonie chez les Hurons, et ce printemps j'irai chez les Abé-
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leur trouve plus de vérité, de franchise souvent qu’à ceux qui se piquent de polices. Malgré la misère publique, des bals et un jeu effroyable.
“ Adieu, mon cœur, je t'adore. Je soupire après la paix et toi. Mille choses à ma mère, J’embrasse mes enfants, et il me tarde de retourner dans le sein de la patrie ”?,
L’intendant, dont ni les plaisirs extravagants ni les débauches ne ralentissaient l’activité, avait appris qu’un bon nombre d'habitants tenaient secrètement en réserve une partie de leurs denrées, de crainte que le gouvernement ne vint à les leur enlever. Il donna ordre à ses agents de parcourir les campagnes et d'exiger de chaque habitant qu'il déclarñt sous serment tout ce qu'il possédait, en fait de comestibles. Ce dernier acte de tyrannie acheva d’indigner le clergé qui prit ouvertement la cause du peuple. D’après l'avis de l'évêque, il releva les habitants de cet injuste scrment, disant avec raison que si le roi voulait conserver sa colonie, il devait en fournir les moyens; que nulle puissance n'avait le droit d’arracher au peuple les dernières bouchées de pain qui lui restaient, surtout quand on ne lui laissait nile temps de semer ni celui de récolter, et que de plus on exigeait qu'il fût le premier à verser son sang sur les champs de bataille.
On est étonné de voir jusqu’à quel point l’asservissement au roi et à la Pompadour aveuglait alors les meilleurs esprits. Montcalm lui-même «qui, comme tuus les officiers français, n’attendait d'avancement que de la cour de Versailles, n’osait pas remonter à la vraie
cause du mal et s’en prendre à l’incurie royale, Certains officiers autour de lui se moquaient de la pitié que témoignait Vaudreuil pour “ses chers Canadiens ”, Comme aux plus mauvais temps de la monarchie, le peuple était la chose taillable et corvéable à merci,
Bien loin du Saint-Laurent, sur la frortière toute blanche de neige du lac Champlain, le capitaine d'Hébécourt, avec sa petite garnison, faisait bonne garde autour du drapeau qui flottait au-dessus des remparts de Carillon. Des jours bien autrement ternes que ceux dont on se plaignait à Québec et à Montréal s’enchaînaient les uns aux autres sur ce coteau sauvage et isolé,
Point de distractions, point de société de dames ; aucun de ces plaisirs délicats, de ces amusements de salon qui faisaient le charme des villes ; mais l’âpre vie de caserne avec sa désolante monotonie : chaque matin, aux mêmes heures, la diane annonçant le réveil, les mêmes heures d’inspections, le pas régulier des soldats relevant la garde par le froid, la neige, la poudrerie, quelquefois par un soleil éblouissant, Alors apparaissaient dans leur uniforme nudité, le lac enseveli sous son épais manteau de glace, la ceinture des arbres secouant à la bise, comme des squelettes, leurs branches dépouillées, avec de longs gémissements. Pas une habitation, pas un signe de vie en dehors du petit quadrilatère dont se composaient le fort et ses dépendances immédiates.
De temps en temps seulement, quelques espions aperçus à la lisière du bois donnaient un moment
d'alerte et faisaient sortir une escouade à leur poursuite,
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Lord Loudon, paraît-il, faisait faire ces reconnaissances en vue d’une marche sur Carillon, en plein hiver, comme avait fait M. de Rigaud à William-Henry ; mais il ne disposait pas, comme lui, d’une armée de coureurs de bois aussi infatigables qu’aguerris. * Un parti de maraudeurs anglais vint un jour enlever deux soldats et tuer une quinzaine de bestiaux aux portes du fort. On trouva attaché aux cornes d’un des animaux tués un billet signé par Rogers, où il faisait ses compliments au marquis de Montcalm, et remerciait le commandant de Carillon de la viande fraîche qu’il lui avait procurée.
Cette bravade allait bientôt coûter cher à Rogers et aux siens. M. de Langy venait précisément d'arriver d'une expédition au fort Edouard, où il avait surpris une garde et un parti de bûcherons qu'il avait mis en fuite, après avoir fait deux prisonniers et vingt-trois chevelures. A sa suite était entré dans Carillon un renfort de cent sauvages du saut Saint-Louis et de quelques Canadiens envoyés par le marquis de Vaudreuil, sous le commandement de M. de la Durantaye.
Dans la journée du 13 mars, deux Abénukis, revenant de la chasse, arrivèrent au pas de course et donnèrent avis au capitaine d'Hébécourt qu'ils avaient vu les pistes de raquettes toutes fraîches d’un détachement qui marchait dans la direction de Saint-Frédéric, On conjectura que c'était Rogers qui venait, comme l’année précédente, tendre une embuscade entre ce fort et Carillon.
Le colonel Haviland, qui commandait au fort Edouard, lui avait en effet confié un parti d’éclaireurs de cent
quatre-vingts hommes, auxquels s'étaient joints, par amour pour les aventures, deux officiers du 27m régiment anglais : le capitaine Pringle et le lieutenant Roche. Ces deux jeunes étourdis auraient été moins pressés de partir s’ils avaient soupconné la série d’émotions par lesquelles ils allaient passer,
Le détachement s'était engagé à la faveur de la nuit sur la glace du lac Saint-Sacrement, et l'avait descendu jusqu’à la hauteur de la Montagne-Pelée, appelée par les Anglais Rogers” Rock. Comme il eût été dangereux de s’'aventurer plus loin sur le lac, où il aurait pu être aperçu par les maraudeurs francais, Rogers inclina à gauche, laissant à sa droite la Montagne-Pelée ; il s'enfonca dans l’impraticable dédale des ravins boisés, et des hauteurs couvertes de plusieurs pieds de neige pour gagner le chemin des Agniers, qui circulait à l’ouest de la Montagne-Pelée. Il venait de prendre cette direction, lorsque & Hébécourt fut prévenu de sa marche, Il lanca immédiatement à sa poursuite M. de Langy avec deux cent cinquante sauvages et Canadiens, quatre cadets de la marine et quelques officiers et soldats des troupes de terre. Ils suivirent la rivière à la Chute jusqu’à la rivière de Bernetz, qui, après avoir contourné, vers l’ouest, la base de la Montagne- Pelée, se jette dans les rapides du Portage. Le lit glacé de cette rivière était un chemin tout tracé, qu'ils remontèrent dans l'espérance de couper la retraite à l'ennemi, De chaque côté d'eux, l’épaisse forêt dressait ses milliers de colonnes dénudées, sur un sol mon-
tueux parsemé de broussailles, à moitié ensevelies sous la neige, La lumière tamisée à travers la cime des
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MONTCALM ET LÉVIs 355
arbres commencait à pâlir, car le soleil penché à l’horizon indiquait à peu près trois heures,
L’avant-garde, composée de sauvages, s'avançait sans rien apercevoir, lorsqu'une décharge de mousqueterie jaillit derrière un fourré et renversa morts trois hommes. Le reste courut se replier en désordre sur le gros du détachement. Les éclaireurs de Rogers avaient aperçu l’'avant-carde indienne et avaient donné l’alarme. Rogers avait fait alors aligner ses rangers le long de la rive droite de la rivière qui, en cet endroit, est très escarpée, et ordonné d'avancer lentement et sans bruit, C’est en ce moment qu'ils avaient fait leur première décharge. Croyant qu'ils n'avaient affaire qu’à une petite escouade, une partie des rangers s'étaient élancés à la poursuite et étaient venus tomber sur le détachement, qui les accueillit par une grêle de balles et un tonnerre de hurlements qui firent trembler tous les échos du ravin. La glace de la rivière et les deux berges furent jonchées de ‘adavres, avant que les survivants eussent rejoint leurs compagnons. L’escarpement fortement boisé où se tenait Rogers formait une citadelle avantageuse pour la défense, Il rangea ses hommes en demi-cerele derrière les troncs d'arbres, d’où ils firent un feu plongeant sur les assaillants, L'avantage de la position coinpensa pendant .quelque temps l’infériorité du nombre, Ils se défendirent avec le courage du désespoir jusqu’à la tombée de la nuit, Ces combats d’escarmouche où chaque homme des deux partis tirait à la manière des sauvages, c’est-à-dire en s’abritant d'arbre en arbre, pouvaient se prolonger assez longtemps. La tactique des assaillants était de tourner les assiégés en gravis-
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sant la montagne, afin de leur couper la retraite et les exterminer jusqu’au dernier, Plusieurs fois, ils l’essa yèrent, mais furent repoussés, À certains moments, on se tirait à bout portant au milieu de hurlements continuels, mêlés aux cris des blessés se débattant sous le couteau qui leur enlevait la chevelure. Enfin, M. de Langy porta un gros détachement d’indiens sur son aile gauche, Rogers se voyant perdu si sa droite était enfoncée, détacha le lieutenant Philipps avec une partie des rangers pour la soutenir; mais ils furent tous cernés et forcés de se rendre, avec promesse d’être bien traités, Mais on sait ce que vaut une promesse de sauvage, Les dernières clartés du jour qui disparaissaient ne répandaient plus que des lueurs confuses sous la voûte des bois, (C’était le moment favorable pour la fuite. Rogers conseilla aux deux volontaires Pringle et Roche de s’esquiver avec un guide qu'il leur offrit; mais ces deux officiers, aussi braves que téméraires, refusèrent généreusement de l’abandonner. Plus de cent cadavres de rangers, horriblement mutilés, gisaient alors sur la neige dans des mares de sang. Pour mieux fuir, avec la poignée d'hommes qui lui restait, Rogers jeta son gilet, lequel fut ramassé par les sauvages avec les papiers qu'il contenait, ce qui fit croire à sa mort, Chaudement poursuivi, il parvint à traverser le lac Saint-Sacrement et arriva au fort Edouard, après deux jours de marche forcée, avec une vingtaine d’nommes à moitié morts de fatigue et de misère.
Les sauvages, furieux d’avoir perdu dix-sept de leurs guerriers, garrottèrent, paraît-il, Philipps et quelques
prisonniers à des arbres, et les hachèrent par morceaux
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à coups de tomahawk. Le détachement coucha sur le champ de carnage et reprit le lendemain le chemin de Carillon, emportant ses blessés au nombre de dix-huit, parmi lesquels se trouvaient MM, de Lachevrotière et de Richerville, Il revenait avec sept prisonniers et cent quarante-quatre chevelures,
Les volontaires Pringle et Roche n'avaient pu suivre longtemps dans leur fuite les compagnons de Rogers, rompus aux marches à travers les bois. L'un d’eux, d’ailleurs, avait perdu une de ses raquettes dans le combat, Ils erraient dans la montagne au milieu de l'obscurité, lorsque leur attention fut attirée par quelque bruit et une forme humaine qui glissait entre les arbres : c'était un domestique de Rogers, séparé comme eux des fuyardäs, et qui cherchait péniblement son chemin, Il les assura qu’il était capable de les guider jusqu’au fort Edouard, Confiants dans cette promesse, ils firent halte, allumèrent un petit feu de quelques brauches sèches cassées dans le voisinage, et assis autour, ils passèrent le reste de la nuit à confectionner une raquette, au moyen de branches pliantes et de quelques bouts de lanière, Ils n'avaient ni hache, ni couverte, ni vivres, hormis un bout de saucisson et un petit flacon de bière qu'avait apportés Pringle, Mais ce n’était pas là le côté le plus critique de leur position : leur guide qui se disait expérimenté, était absolument iucapable de les diriger, Soit qu'il fût peu au fait de la vie des boïs, soit que les scènes d’horreurs dont il venait d’être témoin, et dont il ne cessait de parler le jour et de rêver pendant la nuit, lui eussent troublé le cerveau, il
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Durant quatre jours, il leur fit parcourir toute espèce de détours, tantôt au sommet des hauteurs, tantôt dans la profondeur des vallées, parfois sur des marécages glacés, la plupart du temps dans des bois touffus, à travers un treillis inextricable de branches, où ils avaient des peines infinies à se frayer passage ; enfin, le cinquième jour, ils reconnurent avec désespoir qu'ils n'avaient fait que tourner dans le même cercle et qu’ils étaient revenus à leur point de départ. Le lac Saint-Sacrement était sous leurs yeux; ils y 1lescendirent aux premières lueurs du matin. Durant toutes ces pérégrinations, ils n'avaient pas rencontré un seul gibier et n'avaient vécu que de grains de genièvre et d’écorces arrachées aux arbres, dont ils mangeaient l'intérieur. Leurs forces achevaient de s’épuiser, et ils étaient trempés jusqu'aux os par une pluie battante, mêiée de neige et poussée par un vent violent, S'arrêter et se laisser grgner par le sommeil, e’eût été la mort. Il fallait donc ina: “her ; et pour faire bonne route, ils crurent que ce devait être à l’encontre du vent. Ils reprirent donc leur pénible course, la figure fouettée par l'orage, tantôt s’arrêtant et se retournant pour respirer, tantôt s’abritant le long d’une pointe. Enfin, ils arrivèrent à un cours d’eau inconnu : c'était la décharge du lac. En la traversant, Pringle perdit son fusil et faillit aussi perdre la vie. Le jour commencait à baisser et le temps s'était éclaire. Ce ne fut qu’alors qu’ils se reconnurent : ils n'étaient qu'à une lieue de Carillon. Plutôt que de mourir, ils résolurent d'aller se constituer prisonniers ; mais la nuit les surprit avant qu’ils pussent se rendre, Leur guide était tombé dans le délire, et
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Journal de Montcalm.—1d. de Lévis, p. 126.
chancelant comme un homme ivre, il alla s’affaisser à quelques pas sur la neige, où il s’endormit pour ne plus se réveiller. Les deux officiers, plus morts que vifs, se tinrent en mouvement toute la nuit, pour ne pas se laisser gagner par le froid, et arrivèrent enfin à l'aurore dans la vaste clairière couverte de neige au milieu de laquelle s'élevait le fort de Carillon, dont ils s’approchèrent en agitant un mouchoir, Quelques officiers coururent à eux et les entourèrent avant que les sauvages, dont le camp était tout proche, eussent eu le temps de les apercevoir, Ils les traitèrent avec tous les égards et tous les soins qu'exigeaient leur qualité et leurs épouvantables épreuves,
Tous deux se rétablirent et furent ensuite échangés. Pringle vécut jusque dans un âge très avancé, et mourut en 1800, après s'être élevé au grade de major
général, dans l’armée anglaise 1,
1—F, Parkman, Montcalm and Wolfe, Vol. II, p. 12.
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LEGENDE
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A — Fort Carillon
B— Abattis € — Basse-Ville
K — Royal-Roussillon
D — Marine et milice
L— Guyenne
M— Béarn
E — Trouée
F — Colonnes anglaises
— La Reine
G — Volontaires
Manuscrits du chevalier de Lévis