‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 40 sur 85 · NS) 3 BTE · texte numérisé non relu

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MONTCALM ET Lévis 367

Trois attaques simultanées devaient être dirigées sur le Canada : l’une, au nord sur Louisbourg ; l’autre, au centre sur Carillon ; la troisième, au sud contre le fort Duquesne, La célérité avait fait place à la lenteur des préparatifs qui avait tout compromis l’année précédente. Dès le mois de février, deux floties étaient en mer: l’une, aux ordres de l'amiral Boscawen, pour attaquer Louisbourg, avec douze mille hommes commandés par le général Amherst; l’autre, sous l'amiral Osborn, pour croiser dans le détroit de Gibraltar et intercepter la flotte de l'amiral La Clue, prête à faire voile de Toulon ; une troisième, commandée par sir Edward Hawke, appareilla peu après pour aller bloquer devant Rochefort un convoi de munitions et de troupes destinées au Canada.

La Clue ne put franchir le détroit de la Méditerranée, Le convoi, composé de quarante bâtiments de transports, protégé par cinq vaisseaux de ligne et cinq frégates, fut attaqué à l'embouchure de la Charente. Une partie seulement parvint à gagner le large; le reste, afin d'échapper à la poursuite, se fit échouer sur les bancs de sable de la côte, d’où il ne put être retiré qu'après avoir jeté à la mer les canons et les approvisionnements, L'expédition fut manquée, et le Canada ne vit arriver presque aucun secours. Jamais, au contraire, les colonies anglaises n’en avaient recu d'aussi puissants, Pitt avait fait voter par le parlement des fonds pour une levée de vingt mille hommes en Amérique, avec promesse de nouveaux subsides pour leur entretien, Il avait fait rappeler Loudon,

pour lequel il ne cachait pas son mépris, et avait

proposé à sa place lord Howe, jeune officier aussi brave qu'expérimenté, D’invincibles influences l'avaient forcé de laisser le commandement au vieil Abereromby, le premier en grade après Loudon, Mais lord Howe allait tre de fait la tête de l’armée, L'expédition contre Duquesne, forte d'environ sept mille hommes, était confiée au brigadier John Forbes, jeune officier comme Howe, et destiné comme lui à une trop courte carrière,

Le nombre des combattants qui allaient attaquer le Canada, y compris les milices de réserve, dépassait le chiffre total de sa population entière, hommes, femmes et enfants. “C'était, remarque justement l'historien Garneau, rendre un hommage éclatant à la bravoure francaise, et reconnaître la détermination invincible des défenseurs du Canada ”.

Dès le 22 février, Montcalm était rendu à Montréal, afin d’être plus à la portée des partis d’éclaireurs qui se succédaient continuellement aux frontières et en revenaient avec des nouvelles de l'ennemi. Il parut bientôt évident que le point le plus menacé pour le moment était Louisbourg. M. de Boishébert recut ordre de se tenir prêt à partir, dès l'ouverture de la navigation, avec cent cinquante Canadiens, Acadiens et soldats de la colonie. Il devait s’adjoinare à Miramichi quatre cent cinquante Acadiens, formant un total de six cents hommes, qui iraient prêter main forte à la garnison de Louisbourg. Son principal objet était de s’opposer au débarquement des Anglais et, s’il n’y pouvait réussir, de harceler continuellement l'ennemi à la faveur des bois, Les militaires français auraient

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voulu que ce détachement partit sans délai sur les elaces et fût commandé par un officier plus actif et plus intelligent, Les événements démontrèrent qu’ils avaient raison,

En arrivant à Montréal, Montcalm avait repris sa correspondance avec Bourlamaque. Quoiqu'il n’eût pas pour ce compagnon d'armes la même amitié que pour Lévis, il aimait à converser avec lui, à le tenir au courant non seulement des affaires importantes, mais des petits incidents de sa vie journalière, et même des bruits de le ville, A ce point de vue, ses lettres ont un intérêt piquant, car elles font pénétrer dans l'intérieur des familles qui donnaient le ton à la société, et en révèlent la physionomie, de même que sa correspondance avec Lévis ressuscite Québec sous l’ancien régime, Le voisinage de Vaudreuil n’était pas de nature à lui rendre agréable le séjour de Montréal. S'il s'ennuyait quelquefois à Québec, il s’ennuyait toujours dans l’autre ville.

Le 18 mars, il écrivait: “ Bougainville paraît s’ennuyer plus ici qu'à Québec; il baguenaude, travaille peu. Cornier et lui sont devenus Oreste et Pylade. Il y à de la part de Cornier une bonne foi, un sérieux romanesque et de admiration pour ia supériorité de génie. Le chevalier à l'ordinaire ; pour moi des visites partout, de loin en loin, un soir chez moi, l’autre chez le marquis de Vaudreuil. Hier, avec Montgay et mes aides de camp, je bavardai jusqu’à minuit, parce que je mâchais ma gomme pour pituiter mauvaise digestion, Si nous étions l’un et l’autre plus occupés, je

n'aurais garde de vous écrire d’une mauvaise écriture tant de minuties... MM. Cadet, Péan arrivés de jeudi, à 3 heures après-midi, ils ont fait une entrée d’ambassadeurs avec douze carrioles; six étaient allées au devant jusqu’à Repentigny ; heureusement le chevalier de Lévis n’en était pas, Les relais attendaient sur la glace Mgr Cadet qui, pendant qu’on changeait de relais, donnait ses audiences aux habitants de dedans sa carriole, et les relais allaient toujours au galop ”.

“ Le 25 mars : — Je m'amuse si fort à Montréal que je voudrais que, la grande assiduité près à l'église, la semaine sainte se prolangeñt, C’est un prétexte pour ne faire ni recevoir de visites, rester chez moi et y dîner quasi seul ; cela vaut mieux que tout ce que je fais et ferai d'ici à l’entrée en campagne qui sera tardive, à moins que Mylord Loudon ne nous y force ”,

“ Le 30 mars. — Bougainville respire avec peine, lit peu, va d'habitude, n'aime plus, et moi quasi tous les soirs dans ma chambre ; c’est l’endroïf où je m'ennuie le moins. Je ne savais pas y rester à Québec,

“ Le 6 avril, — Je crois qu'il (Bougainville) se repait quelquefois avec de l'esprit de châteaux en Espagne. Pour moi, ma chambre et mon général, peu de visites. Cet Hôtel-des-Indes m'ennuie, Je leur donnai cependant l’autre jour à dîner à tous et à la dame de Saint- Luc. J'ai acheté une carriole pour m’aller promener avec M. Rochebeaucour, car pour Bougainville H recommence comme l’année dernière, on n’y comprend rien, il attend le courrier de France et moi aussi’ Le chevalier de Lévis à l'ordinaire, je ne sais ce que fait Péan ;

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Arnoux veut partir à la première navigation et c'est très bien ”,

“ Le 3 mai, — Les beaux jours occasionnent beaucoup de parties de campagne, M. et M"*° de Vaudreuil y vont souvent. Le chevalier de Lévis en est quel quefois et il a aussi les siennes, Pour moi, ma vie ordinaire, le plastron le matin et tous ceux qui n’ont rien à faire ni à dire. Diner avec dix-sept, personnes, le soir chez moi, chez le général, Cette dernière maison est renforcée de Malartic et de Villiers, qui y sont souvent, M. Varin ! peut être remplacé, mais la maison ne l’est pas ; celle de Deschambault, qui n’a jamais été bien gaie, l’est moins cette année-ci ”,

“ Le 3 au soir. — Les beaux jours continuent, La fonte des glaces me fait craindre l'interruption des parties de M.et M'° de Vaudreuil, qui vont visiter les notables de la côte, comme Henri IV chez les notables bourgeois de Paris. Hier, chez M. Bailly (de Messein). Des compliments aux dames. Vous voyez, Monsieur, que je cherche les occasions de m’entretenir avec vous, ar c’est vous écrire uniquement pour cela ”?,

Le 4 mai, il terminait ainsi une de ses lettres : “ Je devrais m’excuser avec vous de la longueur de ma 'ettre; je n’ai pas le temps de la faire plus courte ni mieux ; d’ailleurs, comptant sur votre amitié et indulvence, je laisse aller ma plume et bavarde, Je devrais vous faire excuse d'écrire moi-même, car il doit vous en coûter pour me lire, Il faut aimer ses amis avec leurs défauts ”.

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