CES
ajoute-t-il, principalement sur lui que reposait la réussite de cette entreprise 1”,
L'effet de sa mort se fit sentir du moment qu'il eut expiré. À l'impulsion décidée, hardie qu’il avait déterminée, succédèrent l’hésitation, la lenteur. Abercromby suspendit la marche, et fatigua inutilement ses soldats en leur faisant passer la nuit sous les armes.
Le lendemain, au lieu d'avancer pour ne pas donner aux Français le temps de se retrancher, il rétrograda jusqu’au Portage, et s’amusa à s’y fortifier lui-même, tandis que Bradstreet, avec quelques troupes de ligne et de milice, rétablissait les ponts détruits. La journée était avancée avant qu'il remît son armée en marche, et il était nuit fermée quand ses derniers détachements arrivèrent à la Chute, où il occupa le camp abandonné la veille par les Français.
Le soir précédent, pendant que le marquis de Montcalm s’occupait à recueillir les débris du détachement en déroute, il reçut avis du capitaine Duprat, envoyé en éclaireur avec ses volontaires, que l'avant-garde anglaise avait paru sur la rive droite de la rivière de Bernetz, et se préparait à y jeter un pont. Ce voisinage rendit imminent le danger d’être tourné; ce qui le décida à rétrograder le soir même, Une partie de ses troupes descendit en bateaux la rivière à la Chute jusqu'à Carillon, le reste l’y rejoignit par terre, sans être
1-— “Le corps de Mylord Howe fut conduit à l'ile aux Moutons et embaumé, Il a été enterré à Albany, où on lui a élevé un superbe mausolée, Le plus glorieux pour lui est le regret de ses compatriotes et l'estime des Français”. Journal de Bougainville.
ait la
vil eut ; détereromby soldats
donner rograda -Inême, de ligne journée marche, hements audonné
e Montchement , ENVOYÉ nt-garde ivière de roisinage e qui le le de ses iute jussans être
l'ile aux Là on lui a lui est le *, Journal
molesté, Entre huit et neuf heures, la petite armée toute réunie sous les murs du fort y avait dressé ses tentes,
La retraite sur Saint-Jean aurait été facile ; mais abandonner Carillon, “la clef des eaux et pa. conséquent du pays”, labandonner sans combattre, il n’y fallait pas songer !
Il y a des circonstances où un général ne doit compter le nombre de ses ennemis qu'après la bataille. Montcalm le savait 1! Il se prépara à se défendre à outrance, Le jour même, il avait écrit à son ami Doreil : “ J’ai affaire à une armée formidable, Malgré cela, je ne désespère de rien, J'ai de bonnes troupes. A la contenance de l’ennemi je vois qu’il tâtonne : si, par sa lenteur, il me donne le temps de gagner la position que j'ai choisie sur les hauteurs de Carillon et de m'y retrancher, je le battraï ?.
Montcalm ne se dissimulait pas cependant l'extrême danger de sa position: “Si j'avais eu à faire le siège de Carillon, disait-il peu après, je n'aurais demandé que six mortiers et deux canons ?,.
Abercromby n'aurait eu qu’à amener une partie de son artillerie et, en quelques heures, il aurait ‘ait voler en éclats les retranchements, Il aurait pu également les battre en écharpe en placant du canon sur le flanc de la montagne du Serpent-à-Sonnettes, qui n’est séparée de Carillon que par la rivière à la Chute, Le feu plonveant, dirigé de ce côté, aurait rendu la position des Français intenable, Enfin, ce qui était plus à redouter
1 Le maréchal de camp Desandrouins.
encore, l’armée de Montcalm pouvait être attaquée à la fois en tête et en queue: tandis qu’une partie des troupes anglaises menacerait le front des retranchements, le reste, par ane marche assez courte à travers les bois, pouvait contourner la base occidentale de la montagne, et après avoir traversé deux petites rivières guéables, la rivière au Pendu et celle du Petit-Marais, se trouver en face de Carillon. Quelques pièces de campagne placées en cet endroit, où le lac Ch&mplain n’a guère de largeur qu’une portée de mousquet, auraient coupé toute retraite à l’armée française, qui, privée de secours, et n'ayant que pour huit jours de vivres, aurait été forece de se rendre,
Montcalm avait calculé tous ces hasards, mais il n'avait que le choix des difficultés, .I1 avait flairé aux tâtonnements d’Abercromby, qu’il avait affaire à un général inhabile, et il comptait sur quelques fautes de tactique : il ne fut pas trompé dans son attente,
Jusqu'au 5 juillet, les travaux des retranchements avaient progressé lentement ; mais le soir de ce jour le général avait enjoint aux deux ingénieurs de les pousser avec vigueur, Ils y étaient dès sept heures, le matin à du 6, escortés du 2% bataillon de Berry, qui fut employé à faire des abatis. Desandrouins acheva d’étudier le terrain pour y tracer les retranchements du lendemain, Il y travaillait encore à l’heure où les troupes de la Chute, bataillon par bataillon, opéraient leur retraite et se concentraient autour de Carillon,
Le 7, dès trois heures du matin, Pontleroy et lui étaient rendus sur les hauteurs, avec les officiers majors de chaque bataillon, et leur marquèrent l'emplacement |
à la e des nchea vers de la rières arais, es de aplain raient vée de aurait
ais il ré aux , à un utes de
ments jour le pousser > matin qui fut d’étudu lentroupes nt leur
et lui k majors cement
MONTCALM ET L£ÉVIS 401
assigné à leurs troupes respectives. A sept heures, l’armée toute entière était à l'ouvrage, Le drapeau de chaque régiment arboré au-dessus des retranchements indiquait aux soldats la part qui leur était dévolue, Les officiers, uniformes à terre, en bras de chemise, une hache à la main, abattaient, ébranchaient et trainaient les arbres comme de simples manœuvres. Chaque soldat, saisi de cette fièvre belliqueuse qu'inspire un éxtrême danger qu'il est. résolu d'affronter, travaillait avec une ardeur incroyable. Les troncs d'arbres entassés et enchevêtrés les uns avec les autres, en zigzags, suivant les élévations du coteau, s’élevèrent bientôt x hauteur d'homme! Au sommet, des encochures faites sur les arbres formaient deux, et en quelques endroits, trois rangées de meurtrières, Sur certains points, des sacs de terre, avec des interstices pour servir d’embrasures, couronnaient le retranchement, Les angles saillants et rentrants, entremêlés de lignes droites, permettaient au feu de la mousqueterie d’embrasser tout le front d’attaque. De chaque côté, suivant le plan adopté et tracé les 1* et 2 juillet, le retranchement se
1‘ Les angles flanqués étaient en plusieurs endroits moins élevés que les branches, par la faute de temps et de vigilance de la part des officiers, à qui pourtant on avait recommandé d'y donner tous leurs soins. Mais dans les plus pressantes occasions, la plupart des ofliciers sont d'une indolence inconcevable sur Les travaux.
{J'avais eu soin, en traçant, de suivre autant qu’il m'avait été possible, les partiès les plus élevées du terrain. Cependant on s’est plaint d'avoir été enfilé, c’est-à-dire qu'en arrière des retranchements on a eu du monde tué, et cela est vrai, paree qu'ils étaient trop bas et sans banquette ”. Journal de Desandrouins.
prolongeait en arrière en longeant la crête du plateau, formant ainsi un demi-cerele, TL'inclinaison du sol en avant formait un glacis naturel, tandis qu’à droite et surtout à gauche le terrain était accidenté, Au delà des retranchements les arbres furent abattus jusqu’à portée de fusil, et tournés la tête en avant, à côté des souches, pour embarrasser la marche de l’ennemi, mettre le désordre dans ses rangs et l'arrêter sous les coups de fusil. Enfin, au pied même des remparts, de gros arbres renversés et entrelac{s, les branches aflilées en pointes, présentaient leurs mille dards aux assaillants.
Les quatre cents Canadiens qui prirent part à l’action, avaient eu leur place marquée “ dans la plaine de droite et s’y retranchèrent de la même manière, sous la protection du retour le long de l’escarpement”. Dans la plaine de gauche Ctaient les deux compagnies de volontaires de Bernard et Duprat. Enfin, les canons de Carillon étaient dirigés à la fois sur le débarquement et sur la plaine de droite, en cas que l'ennemi vinc prendre l’armée en flanc. Telle fut l'ardeur inise à ces travaux, que la ligne se trouva le soir même en état de défense 1,
Toute la journée, les volontaires avaient fait le coup de feu avec les troupes légères des Anglais, qui protégeaient leur avant-carde occupée à élever l’un devant l’autre des retranchements, dont les plus proches étaient à la portée du canon. Abercromby avait fait transporter en même temps au-dessous de Ja Chute, plusieurs berges et des pontons, montés de deux canons, qui
1— Journal de F'ontcealm,
eau, ] en te et \ des ortée ches, re le ps de rbres jintes,
art à ins la même Pescars deux uprat.
fois sur as que lle fut
buva le
le coup . !
j protedevant étaient sporter lusieurs ns, qui
MONTCALM ET LÉVIS 403 devaient battre le camp retranché des Français par eau, pendant qu’il serait attaqué par terre.
À sept heures, après le repas du soir, toute l’armée fut appelée sous les armes, et le général fit lire la proclamation suivante :
“ Vive le Roi !
“ Les troupes tenteront à portée de leurs retranchements. Les compagnies étant faibles, elles camperont sous deux tentes par compagnie, Il y en aura une troisième par compagnie pour: les officiers,
‘“ Chaque officier major verra à reconnaître les ruisseaux et fontaines qui peuvent être derrière le camp et peuvent procurer de l’eau aux soldats.
“ Les grenadiers rentreront dans leur camp à l’entrée de ‘a uuit. Les grands gardes se replieront et se tienuront sur le bord du retranchement, tenant de petits postes en avant,
“ Les Canadiens et troupes de la colonie seront fort attentifs sur ce qui se passe à droite, dans la trouée qu'ils doivent garder.
“ Les officiers et soldats coucheront dans leurs tentes, habillés.
‘“ Comme les sept bataillons prendront les armes dès la pointe du jour, on donnera l’ordre pour le travail de demain.
“ Les troupes seront bien aises d'apprendre que M. le chevalier de Lévis sera ici demain matin, et que d'ici à trois fois vingt-quatre heures, il y aura une augmentation de trois mille hommes et de trois cents
sauvages, Ainsi, il n’est question que de confiance, courage et fermeté, M. le marquis de Montcalm attend
cela de ses troupes, et il leur procurera toutes récompenses et avantages qu’on doit attendre d’une bonne manœuvre,
“On ne saurait trop prévenir les soldats que la ? grande faute des troupes de terre est de se presser de fusiller sans ajuster : il en résulte que les munitions se consomment promptement, et que l'ennemi continuant à tirer, le découragement prend le soldat, MM. les ofticiers tiendront la main à un article aussi important, et qu'on ne saurait trop répéter. Ils verront de laisser tirer le soldat à son aise et l’exhorter à bien ajuster,
“ Les bataillons se mettront en bataille à la première alerte, Lorsqu'ils seront formés, on fera rester de pied ferme les compagnies de grenadiers et les piquets.
Mais les bataillons marcheront en avant et borderont les retranchements. Ils mettront leurs soldats un peu plus épais aux angles flanqués de redans.
“ Les volontaires se porteront aux issues ou sorties des retranchements, pour faire des sorties lorsqu'on leur en donnera l’ordre.
“ Les compagnies de grenadiers se porteront, si le cas l'exige, à la défense des parties de leur bataillon où ils verront l'ennemi faire des progrès, et feront des sorties si on le leur ordonne,
“ Les bataillons qui ne seront pas attaqués porteront secours de leurs grenadiers et piquets, à ceux qui seront pressés trop vigoureusement,
“ Les Canadiens, campés dans la trouée ou bas-fond, marcheront en avant en s’éparpillant derrière les arbres pour soutenir cette partie, et s'ils sont dans la néces-
M1 ne
la de ons nti- [M.
porde bien
ère pied uets. Tont
peu
rties u'on
le Cas nl où sor-
eront seront
fond, rbres 1éces-
sité de se retirer, ils se retireront en arrière, en s’appuyant cependant un peu sur la droite du régiment de la Reine,
“ MM. les commandants de bataillons feront usage de leurs talents et de leur expérience dans les circonstances qu'on ne peut prévoir.
“ Il est de la dernière conséquence de soutenir jusqu’à la dernière extrémité les retranchements,
“ Chaque commandant aura un officier près de lui, Chaque brigade enverra un oflicier d'ordonnance au commencement de l’action, à M. le marquis de Montcalm,
“Il sera porté des munitions à chaque bataillon.
“ M. de Bourlamaque se charge de la gauche,
“ Les gardes seront postées demain matin en avant des retranchements, à cent cinquante pas des abatis. La nuit elles feront faire des patrouilles très fréquentes et donner des signaux muets.
“ Les gardes du camp seront postées sur le bord des retranchements, au centre de chaque bataillon.
‘M. de Bourlamaque règlera le nombre des détachements qui seront dehors 1 ?,
Au crépuscule, pendant que les troupes se reposaient de leur rude journée, elles firent éclater leur joie par des hourras en apprenant que trois cents hornmes du renfort amené par M. de Lévis, venaient de débarquer, et que le chevalier lui-même serait à Carillon dans quelques heures avec le reste de son détachement, Lévis à lui seul valait une armée, ‘ÆEn descendant à
1 — Journal de Desandrouins.
terre avec les premières berges, le capitaine Pouchot voyant des tentes dressées autour du fort, crut que l’armée y était campée, mais il apprit bientôt qu’elle couronnait la hauteur, ÆEn gravissant la déclivité, il avisa dans un groupe le marquis de Montcalm, Le général, en lui pressant la main, lui fit parcourir les retranchements, Pouchot ne put retenir son étonnement à la vue des travaux prodigieux faits en si peu de temps, ‘et il confirma le général dans l'idée qu'il pouvait tenir, malgré l'énorme disproportion des forces 1, Vers trois heures du matin, Montcalm averti de l’arrivée du chevalier de Lévis, courut à sa rencontre avec tout l’empressement qu’inspiraient sa vive amitié et la situation, Les deux héros s’embrassèrent avec effusion et se félicitèrent d’avoir à combattre l’un à côté de l’autre, Lévis approuva toutes les dispositiuns prises par Montcalm, Les renforts que le chevalier amenait avec lui achevaient de débarquer, et défilaient en criant : “ Vive notre général ” !
“ Ils avaient fait, dit Montcalm, la plus grande dili- . gence, marchant jour et nuit, malgré les vents contraires, pour joindre leurs camarades qu'ils avaient su à la veille d’être attaqués; aussi, furent-ils reçus de notre petite armée avec la même joie que les légions de Labiénus le furent par ces cohortes romaines bloquées avec Quintus Cicéron, par un essaim de Gaulois 2”, Le matin du 8 juillet de cette journée qui allait être désormais la plus glorieuse date de nos annales, le
ET
ÉCE prune
1 Pouchot, Dernière querre de l'Amérique, Vol. I, p. 137. 2 Journal de Montcalm.
3 — C'était un samedi.
hot que "elle é, il Le r les nnepe u qu’il ces 1, 1 de ontre mitié avec Pun à itiuns vulier laient
dili-
conpnt su us de igions quées 2 ” allait les, le
tambour battit au champ aux premières lueurs de l’aurore, Officiers et soldats endormis tout habillés, sortirent en même temps de leurs tentes, et rentrèrent dans les rangs. Chaque bataillon fut dirigé vers la partie des retranchements qui lui était assignée pour la défense, La Sarre et Languedoc, avec deux piquets arrivés de la veille, à la gauche ; au centre, le premier de Berry et Royal-Roussillon avec le reste des piquets du chevalier de Lévis; à la droite, Guyenne, Béarn et la Reine, La plaine, dont l’étendue, depuis l’escarpement de la droite jusqu'au lac, était aussi large que tout le front du camp retranché, fut confiée aux Canadiens, Les deux compagnies de volontaires eurent à défendre vers l'extrême gauche une trouée percée entre l'aile du retranchement et la rivière à la Chute, Chaque bataillon avait derrière lui une compagnie de grenadiers et un piquet de réserve, pour l’appuyer au besoin et se porter aux endroits menacés, Le chevalier de Lévis avait le commandement de la droite; le colonel de Bourlamaque celui de la gauche; le marquis de Montcalm se réserva le centre pour surveiller l’action générale, Le second bataillon de Berry, à l’exception de ses grenadiers, restait à Carillon aux ordres de M. de Trécesson, Le chiffre total des combattants ne s'élevait qu’à trois mille cinq cent six !, Ces dispositions réglées
1 — Etat et composition de l'armée française le 8 juillet 1758.
Bataillon de la Reine... NUE ES 345 ( de Béarn... RENE ENS 410 4 de Guyenne... RUES 470 « de la Sarre... 460
de Languedoe..........…..…. 426 de Royal-Roussillon..…...… 480
om
et la ration prise avec cette bonne humeur et cette gaieté qui sont les qualités distinctives du soldat francais au feu, toute l’armée se remit au travail des retranchements, perfection les abatis, construisant deux batteries à gauche, et ane redoute à droite, qui ne purent être terminées qu'après l’action, Un coup de canon était le signal convenu pour que chaque soldat courût à son poste, |
Vers dix heures du matin, le flanc de la montagne du Serpent-à-Sonnettes, qui domine Carillen, au delà de la rivière à la Chute, se couvrit de tirailleurs ennemis : c'était un parti de quatre cent cinquante sauvages aux ordres de sir William Johnson, arrivé le jour même, et quelques troupes légères détachées par Abercromby, pour inquiéter notre gauche, Ils firent un feu de mous-
queterie soutent is inoffensif ; car les balles n’arriraient qu'au bc la falaise, la plupart même tom-
baient dans la rivière, On ne prit point la peine d’y Ç répondre, et le travail n’en fut pas dérangé, Après s'être
amusés quelque temps à cette fusillade, les sauvages ( passèrent le reste du jour à regarder en spectateurs (
oisifs les péripéties de la bataille, Au moulin de la Chute, les Anglais étaient loin de montrer l’activité de la petite armée francaise. I] était
Le premier bataillon de Berry... 450 Le 2me bataillon de Berry gardait le fort de Carillon excepté sa compagnie de grenadiers..…...… 50 Canadiens issue 400