‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 60 sur 85 · CRE · texte numérisé non relu

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plein jour sur une des redoutes en construction, et avait soutenu un vif engagement contre des forces supérieures devant lesquelles elle avait dû se retirer.

Le gouverneur de Louisbourg fondait des espérances sur la lenteur qu’il croyait remarquer dans les opérations du siège ; il se flattait que les secours qu’il avait demandés au marquis de Vaudreuil arriveraient à temps. M. de Boishébert était en effet débarqué au Port-Toulouse, à l'extrémité méridionale de l’île, et s'avançait avec un corps considérable de Canadiens, d'Acadiens et de sauvages. Mais cet officier montrait en ce moment une incapacité, agissait avec une lenteur qui ressemblaient à de la trahison, et ne justifiait que trop l'opinion de Montcalm qui, comme on l’a vu, aurait préféré pour cette expédition un commandant d’une autre trempe,

Si Boishébert avait eu l’activité qu’on attendait de lui, il aurait eu le temps d'arriver à Louisbourz avant la descente des Anglais, après avoir grossi sa troupe sur son chemin d’une foule d’Acadiens qui ne demandaient qu’à combattre, et qui, au dire de l'abbé Maillard, auraient porté son détachement à quinze cents hommes, Francais et sauvages. Ce missionnaire, qui était alors sur l’île du Cap-Breton, fait retomber en grande partie sur M. de Boishébert la responsabilité de la chute de Louisbourg, car si le chevalier de Drucour avait eu à sa disposition quinze cents hommes de plus, il aurait pu. peut-être empêcher le débarquement du 8 juin.

Dans une lettre écrite à Québec, trois semaines après la capitulation, l'abbé Maillard a raconté les mouve-

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ments de l'expédition dont il avait été témoin, et tracé un portrait peu flatteur de son chef.

“ Voici ce que c’est que M. de Boishébert, écrit-il : Jeune homme de vingt-neuf à trente ans ; fils unique d’une dame qui faisait dans tout le Canada la pluie et le beau temps, sous le généralat de M. de Beauharnois 1; protégé et favorisé plus que personne dès ses plus tendres années, pour aller commander dans des postes où il avait plus à s'enrichir par le commerce qu’à s’illustrer par des faits militaires ; toujours et constamment favori de la fortune jusqu'aux temps présents ; par conséquent richissime, et qui par rapport à cet, état heureux où il se trouve, passe pour Achille sans du tout l'être; d’un génie si mivce, qu'à peine lui en connaît-on ; uniquement appliqué à ce qui se nomme affaire de commerce et de trafic en tout genre; dépensant considérablement au roi, sans avoir encore réellement rien fait pour son service ”.

Cinq jours après l'ouverture du siège, le chevalier de Drucour avait envoyé un exprès à l’abbé Maillard, avec une lettre dans laquelle il le conjurait de presser la marche de M. de Boishébert, ajoutant qu’à son entrée à Louisbourg il recevrait la croix de Saint-Louis, que le roi avait envoyée par les derniers vaisseaux pour l’en décorer, “ Quand je lui eus fait lecture de cette lettre, continue l’abbé Maillard, j'ajoutai en présence de tous ses officiers : “— Monsieur, vous voyez quelle confiance

1 Geneviève de Ramezay, épouse de Louis-Henri Des- Y; CI

champs de Boishébert, seigneur de la Rivière-Ouelle. Son fils,

né en 1727, était filleul du marquis de Beauharnois.

a en vous M, notre gouverneur ; votre faible détachement se trouve ici tout à coup accru du triple ; tous les sauvages qui vous attendent depuis longtemps vous suivent ; et tous les jeunes gens, jusques aux pères de famille du Port-Toulouse, ete, vous suivent aussi. Nous avons eu idée que vous ne voudrez pas autrement avoir la croix qui vous attend à Louisbouryg, que comme David eut Michol,

“ La réponse qu'il me fit n’est pas digne de vous être écrite ”.

Boishébert ne chercha que des prétextes pour temporiser et licencier son camp. Il en trouva un dans le manque de provisions, quoiqu'il en eût suftisamment, et que Drucour lui eût dépêché deux goélettes chargées de vivres et de munitions dans la baie de Miré, d’où le commandant lui avait écrit ! Le gouverneur lui envoyait en même temps la croix de : Saint- Louis avec une lettre pressante, dans laquelle il lui annonçait une sortie du moment qu’il apercevrait certains signaux convenus en arrière du camp anglais, Boishébert n’en fit rien, malgré les murmures de ses soldats, des Acadiens surtout, dont le sort dépendait de Louisbourg, et des sauvages mêmes, “ — Nous vivrons des bestiaux que nous saurons bien trouver et qui t'ont échappé, lui dirent les Miemacs. Munis-nous de fusils, de plomb et de poudre, et laisse-nous faire la petite

guerre ”.

1 Journal de Drucour.— Journal anonyme. — Prévost au ministre, 13 juillet.

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“ Boishébert leur tint alors de si tristes propos, qu'ils concertèrent entre eux de revenir à la mission qui n’est qu'à huit lieues de à; mais auparavant, d'envoyer ceux d’entre eux qui étaient armés, à la découverte du côté de Gabarus, de Laurembec et dans le grand chemin de Miré 1”,

Les deux premières bandes trouvèrent les Anglais si bien gardés, qu'elles ne purent faire coup; mais celle qui avait pris le chemin de Miré à Louisbourg, au nombre de trente-deux hommes auxquels s'étaient adjoints vingt-cinq Acadiens, surprit un détachement de six cents Anglais marchant à la découverte, Elle s'était rangée de chaque côté d’un impénétrable taillis, les avait attendus au passage, et mis en fuite en faisant sur eux une décharge qui leur avait tué cinq hommes et blessé plusieurs autres, Les Anglais, qui appréhendaient les sauvages plus que la foudre, raconte l'abbé Maillard, s'étaient crus traqués par une armée de ces barbares, et avaient été saisis d’une panique irrépressible, Les Micmaes et les Acadiens s'étaient alors mis à leur poursuite et avaient fait trois prisonniers, dont un sergent, de qui ils tirèrent tous les renseignements qu’ils voulurent, Ce coup de main, rendu inutile par la lâcheté de Boishébert, servit du moins à démontrer ce qu'il aurait pu faire, s’il avait voulu profiter du courage et de la bonne volonté de ses troupes.

Le jour même que Drucour avait expédié un message à l'abbé Maillard, il avait dépêché au marquis de

1 Archives du séminaire de Québec. Lettre de l'abbé Maillard, sans adresse, mais probablement écrite à l'abbé Jacrau, son correspendant ordinaire.

486 MONTCALM ET LÉVIS Vaudreuil la frégate l'£cho qui avait réussi à sortir du port à la faveur d’une brume épaisse, sans toutefois échapper à la vigilance des vigies anglaises, Deux des meilleurs voiliers de l'amiral Boscawen : le Scarborough et la Junon lui donnèrent la chasse, l’atteignirent et vinrent triomphalement passer devant Louisbourg avec leur prise, pavcisée des couleurs britanniques.

Ambherst s'était enfin décidé à ouvrir la tranchée : il lui avait fallu plus de temps pour s'y mettre que n’en avait pris Montcalm pour débarquer devant le fort George, l’assiéger et le prendre, Dans la journée du 17, on l'avait vu parcourir à cheval, en compagnie de l'ingénieur en chef, le colonel Bastide, et de deux autres officiers, les environs de la ville pour déterminer l'emplacement d’une première parallèle, Le havre de Louisbourg s'étend à une assez grande distance à l’ouest du site où ctait la ville; il forme à son extrémité par le prolongement d’une langue de sable, une espèce de lac appelé Barachois. Tout auprès s'élève un inonticule connu sous le nom de la Hauteur-Verte, que les Anglais traduisirent par celui de Green Hill, Cette colline, distante d'environ un kilomètre des remparts, fut choisie comme point d'appui pour tracer une parallèle dans la plaine marécageuse, couverte de mousse, de nénuphars et de jones, qui se prolonge à l’est et au sud, Un épaulement construit de fascines, de gabions et de terre, haut de neuf pieds, large de soixante, sur une longueur de quinze cents pieds, fut élevé afin de protéger les travailleurs.

Durant le cours de ces ouvrages faits en grande partie pendant la nuit et les heures de brume, Wolfe,

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toujours de l’autre côté de la rade, avait augmenté ses batteries de grosses pièces, et recommencé contre l’île de l’Entrée et la flotte un feu destructeur qui dura nuit et jour, jusqu’à ce que la batterie de l’île fût réduite au silence, Toutes les pièces avaient été démontées, les parapets démolis, les murailles ne présentaient plus qu'un amas de ruines, La flotte, gravement endommagée, avait été forcée de lever l'ancre et de se rapprocher de la ville, malgré les protestations et le murmure général de la garnison, qui déjà avait accusé de pusillanimité le commandant Desgouttes et ses principaux officiers, parce qu'après la descente des Anglais ils avaient manifesté l'intention de reprendre la mer, pour éviter la destruction de leurs vaisseaux !, La rade de Louisbourg se trouvait désormais ouverte à la flotte anglaise, Il ne restait plus qu’une dernière ressource pour l'arrêter : c'était de couler des vaisseaux dans l’étroite passe qui relie le bassin à lOcéan. Drucour profita de quelques heures de brume pour y faire

amener quatre frégates : l’Apollon, la Fidèle, la Chèvre

et la Biche, qu'il fit couler bas au milieu du chenal, après avoir lié ensemble leurs mâts coupés à fleur d’eau. Le lendemain, il y fit également couler la Diune et le navire La Ville de Saint-Malo, ce qui réduisit la

1‘ De si belles batteries flottantes eussent dû être continuellement en mouvement pour empêcher l'établissement de celles que les assiégeants forment autour de la rade et vis-àvis de la place”. Journal du siège, non signé.

‘“ Il (le marquis Desgouttes), me paraît plus occupé de ses intérêts personnels et de sa propre conservation que de

<oncourir à notre défense”. Autre Journal, non signé.

488 MONTCALM ET LÉVIS flotte francaise enfermée dans la rade à cinq vaisseaux de ligne et une frégate,

L'intrépide commandant de l'Aréthuse, Vauquelin, était venu s’embosser depuis plusieurs jours près du Barachois, d’où il entretenait un feu meurtrier sur les assiégeants. Il leur tuait beaucoup de monde en croisant ses feux avec ceux de la place, et détruisait chaque jour une grande partie des travaux qu’ils avaient faits pendant la nuit,

Drucour essaya de tirer parti de la forte position occupée par lAréthuse en faisant une sottie dans Ja matinée du premier juillet, [1 s’avanca le long du Barachois et soutint un combat acharné avec l'infanterie légère, accourue en nombre supérieur aux ordres de Wolfe, qui finit par le ramener sous les murs de la ville, Wolfe, dont le coup d'œil miitaire était rarement en défaut, comprit tout l'avantage qu'il pouvait tirer du moment de confusion qui s’ensuivit, et de l’ardeur qu'il venait de communiquer à ses troupes, Il revint en hâte sur ses pas, tourna la pointe du Barachoiïs et s'empara à sou extrémité nord d’une éminence qui commande de la rade et la ville, En quelques jours, il y construisit une redoute et une batterie qui forcèrent l’Aréthuse à abandonner sa position, et lanc' ent sur la ville et les vaisseaux un feu plongeant qui donna une supériorité définitive aux assiégeants, Ils allaient en prendre une bien plus grande les jours suivants, en démasquant au sud-est de la ville de nouvelles batteries de canons et de mortiers, dont Wolfe avait surveillé l'érection, et qui battirent #: brèche les deux bastions du sud, ceux de la Reine et de la Princesse, et jetèrent une pluie de

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bombes dans lintérieur des murs, Le courage des assiégés n’était cependant pas encore ébranlé : il était soutenu par lhéroïsme du gouverneur et de sa femme, non moins brave que son mari Mme de Drucour, digne émule de M" de Verchères, donnait l'exemple de Pintrépidité à la garnison en paraissant chaque jour sur les remparts, et tirant de sa propre main plusieurs coups de canon,

Durant la nuit du 9 juillet, un détachement d’un millier de soldats sortit de Louisbourg par les portes de l’est et du sud, et, favorisé par lobseurité augmentée de brouillards, longea la falaise entre le cap Noir et la Pointe-Blanche, s’approcha, sans être apercu, de la redoute érigée près des batteries ennemies, et surprit les sentinelles, La redoute fut sur le point d'être emportée. Lord Dundonald qui y commandait, fut tué avec plusieurs des siens ; un plus grand nombre furent blessés, quelques-uns faits prisonniers, entre autres le capitaine Bontein, du corps des ingénieurs, et le Heutenant Tew. Les Anglais, avertis par le bruit du combat, amenèrent des forces écrasantes qui obligèrent les Fran- ‘ais à la retraite, Ils la firent en bon cidre, emmenant leurs blessés et leurs prisonniers, Ils avaient perdu une vingtaine d'hommes, parmi lesquels un brave officier, le capitaine Chauvelin, sans compter plusieurs blessés et cinq prisonniers.

Dans la nuit du 11 juillet, une grande lumière reconnue pour un signal, illumina la forêt qui bordait l'horizon du côté de la route de Miré, C'était en effet Boïishébert qui annonçait son approche, Honteux du succès obtenu par une cinquantaine d’Acadiens et de sau-

490 MONTCALM ET LÉVIs

vages, il avait rougi de son inaction, et s'était porté en avant avec deux ou trois cents hommes, Cette tentative qui, au mois précédent, aurait peut-être pu sauver Louisbourg, était dérisoire en ce moment ; car les assiégés étaient enfermés dans les murs de la ville, dont les brèches béantes allaient bientôt être prêtes pour l'assaut, Les Anglais, qui avaient apercu le signal de Boishébert, se portèrent à sa rencontre avec des forces supérieures, et dispersèrent sa troupe après une légère escarmouche,

L'abandon du Barachois avait réduit à l’inaction, ou du moins à peu d'utilité pour la place, l’Aréthuse comme le reste de la flotte, dont la perte était certairie depuis que le sort de Louisbourg était fixé. La plupart des officiers et des matelots débarqués à terre, se battaient vaillamment à côté de la garnison, dans la seule espérance de retarder de quelques jours la capitulation. Vauquelin, incapable de rester inactif, proposa au commandant Desgouttes un coup d’audace dont le succès pouvait sauver l’Aréthuse, Durant la nuit du 15, il déploya ses voiles par une brume intense, se lança à travers la barre de chaînes et de mâtures qui fermait l’entrée du port, la franchit heureusement et prit la route de France. Il n'avait cependant pu échapper à l'œil perçant des vigies anglaises. Sir Charles Hardy mit à sa poursuite plusieurs de ses vaisseaux; mais l’audacieux Vauquelin, aussi habile pilote que vaillant soldat, couvrit de toile sa fine voilière et devanca ses ennemis. On apprit plus tard qu’il était entré sain et sauf dans le port de Breut.

Plusieurs fois durant le siège, il y eut des échanges de courtoisie entre les deux chefs ennemis. Le cheva-

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lier de Drucour fit un jour cesser le feu et déployer le drapeau parlementaire sur les remparts. Le général Ambherst de son côté fit suspendre la canonnade, et vit venir un officier français qui lui remit une lettre, dans laquelle le gouverneur, après les compliments d'usage, lui disait qu'il y avait dans Louisbourg un chirurgien d’une rare habileté, dont les services étaient à la disposition de tout ofticier anglais qui le demandérait. En retour, Amherst lui envoya des lettres et des messages pour les parents et amis de quelques officiers nrisonniers dans son camp; il y joignit ses compliments pour M"* de Drucour, en lui exprimant son regret de lavoir exposée aux horreurs d’un siège, et en accompagnant sa lettre d’un superbe cadeau d’ananas, récemment apportés des Antilles, M°"° de Drucour s'empressa de reconnaitre cette politesse par lenvoi d’un panier de champagne. Une heure après ces échanges d’amitiés, le canon grondait tout le long des deux lignes ennemies, qui échangeaient des boulets et des bombes,

Les Anglais, désormais sûrs de la chute prochaine de Louisbourg, poussaient leurs travaux avec une ardeur extrême, Chaque jour était marqué par un nouveau progrès, malgré la pluie de projectiles que jetaient les Francais dans leurs tranchées. Quelques-unes de leurs batteries n'étaient plus qu’à cinq cents verges de la porte de l’ouest. A cette courte distance, le service des pièces devenait très diflicile à cause de la multitude de francs-tireurs que Drucour entretenait en avant des glacis, et qui, cachés dans les plis du terrain ou dans des trous pratiqués en terre, visaient sans cesse et souvent abattaient les canonniers sur leurs pièces.

Wolfe résolut de les déloger, et le 16, à la tombée de la nuit, il s’élanca dans la plaine ouverte avec un fort détachement et les rejeta dans les fossés, Il courut de là s'emparer du coteau nommé la Hauteur-de-la- Potence, qui n’était qu'à trois cents verges du Bastion du Dauphin. Favorisé par la nuit qui s’avancait et par l'abri naturel qu’offrait le coteau, 1l commença à s’y retrancher, et s'y maintint maluré la orêle de fer et de plomb lancée des remparts. Toute une nue de sapeurs l'avaient suivi, et eurent bientôt ouvert une deuxième parallèle aux clartés intermittentes du canon et de la mousqueterie, Au jour ils étaient à couvert et assistés de nouvelles escouades de travailleurs, qui terminèrent en quelques jours une tranchée de six cents verges de longueur avec ses boyaux de communication, Les pièces de gros calibre dont elle fut arinée, commencèrent à tonner contre les fortifications avec un effet effroyable, abattant des pans entiers de murailles et ruinant les batteries, Au reste, ces fortifications étaient tellement mauvaises que la seule commotion produite par le canon de leurs batteries les faisait crouler. Les Anglais eux-mêmes s'en étaient apercus dès les premiers jours du siège | Leur feu devenait de jour en

1—“Les Anglais ont non seulement appris, mais vu de leurs propres yeux, que ce qui entoure la ville, n'est en beaucoup d’endroits que mauvaise besogne faite à la hâte, qu'ils voient que le canon que les Françuis tirent sur eux fait tomber les embrasures”. Rapport du sergent anglais fait prisonnier par les Micmaces, et noté par l'abbé Maillard dans la lettre citée plus haut.—Johnstone, Te campaign of Louisbourg.

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Jour plus chaud sur toute la ligne de leurs batteries, tandis que celui des Francais, dont la plupart des canons étaient démontés, se faisait plus rare,

Le 21, une troisième parallèle fut commencée à l'extrémité est de la seconde, et poussée obliquement vers la rade jusqu’ deux cents verges des remparts, Un des boyaux de l'extrôme gauche arrivait même à cent verges de la porte de l’ouest, d’où les Français entendaient distinctement le bruit des piques et des pioches durant les intervalles des détonations,.

On était à la fin de cette journée, une des plus rudes du siège. Le soleil venait de se coucher derrière les cimes vertes de l'ile, Assiéués comme assiégeants, accablés de fatigue, laissaient tomber leurs instruments de travail et dérougir leurs pièces, pour respirer la brise fraiche qui montait de la mer, lorsque tout à coup une détonation épouvantable fit trembler la forteresse et tout le rivage ; un immense jet de flammes monta du milieu des vaisseaux français ancrés dans le port : c'était le Célèbre sur lequel venait de tomber une des dernières bombes, qui avait mis le feu à la soute aux poudres. L'explosion avait fait voler en éclats ses œuvres mortes, et jeté une si grande quantité de débris enflammés sur l’Entreprenant et le Capricieux mouil-

lés auprès, qu’en un instant leurs cordages et leurs voiles furent en feu du haut en bas de leurs mâtures, et que malgré les efforts inouïs du petit nombre d'hommes restés À bord, il fut impossible de l’éteindre, d'autant plus que les Anglais ouvrirent un feu à boulets rouges sur les trois vaisseaux pour entretenir l’in-

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cendie, Pendant la nuit entière, le triple brasier répandit ses sinistres lueurs sur toute la rade, et ce fut à grande peine que les marins purent sauver les deux seuls vaisseaux restés intacts dans le port : le Prudent et le Bienfuisant ; car les canons chargés des navires en feu lancaient des boulets de tous côtés, à mesure que l'incendie les atteignait, Le vent qui souffait de

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jusqu’au Barachoiïs où leurs carcasses brûlaient encore au lever du soleil. Du haut des remparts, les citoyens de Louisbourg avaient suivi d’un œil consterné les progrès de ce désastre, qui leur présageait la ruine finale.

La garnison continua cependant de faire vaillamment son devoii, encouragée par Drucour et ses officiers, qui avaient à cœur de prolonger le siège jusqu’à la dernière extrémité, afin de sauver, sinon Louisbourg, du moins le Canada pour cette année ; car le mois de juillet passé, la saison serait trop avancée pour que la flotte anglaise risquât une attaque contre Québec.

Du côté du cap Noïr, les tirailleurs français tenaient encore la campagne ; mais à l’ouest, les Anglais avaient fini par se frayer une voie jusqu’au pied des glacis, d’où ils faisaient le coup de feu sur tout ce qui paraissait dans le chemin couvert.

Une autre catastrophe suivit de près celle de la flotte, Le matin du 22, pendant que les coques des trois vaisstaux achevaient de se consumer, une bombe tomba sur le toit du château du gouverneur, qui avec le bastion formait la citadelle, La bombe pénétra jusque dans l'étage inférieur, où elle éclata dans la chambrée des soldats, et mit le feu dans tous les appartements

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voisins |, En quelques minutes, le centre de l'édifice et la chapelle qui le terminait au nord-ouest furent en flammes, Les Anglais, en apercevant le feu et la fumée au-dessus du toit, firent pleuvoir dans cette direction une quantité prodigieuse de projectiles. Malgré cela, les œtoyens aussi bien que les soldats et les marins, se jetèrent au milieu du danger et parvinrent, à force de travail, à sauver aile du château occupée par le gouverneur et sa famille,

De ‘haque côté du Bastion du Roi régnait une rangée de casemates attenant à la muraille qui reliait le bastion à la courtine ; celles de droite servaient aux officiers blessés ; celles de gauche aux femmes et aux enfants qui y étaient entassés les uns sur les autres, faute de plus amples refuges. Devant les ouvertures étaient empilées une quantité de grosses pièces de bois destinées à les protéger contre les éclats d’obus, Au plus fort de l’incendie, le feu poussé par un vent violent, faillit prendre à ces monceaux de combustible, et la fumée s’engouffra dans les casemates, menaçant de suffoquer la multitude qui s’y trouvait enfermée, Los femmes et les enfants affolés et poussant des cris, se précipitèrent au dehors en courant de côté et d'autre, pour chercher un abri contre l'ouragan de fer qui tombait du ciel.

Les désastres se succédaient désormais sans interruption. Il n’en pouvait être autrement: un millier de boulets, de bombes, de grenades, de projectiles de toutes sortes, pleuvaient chaque jour sur la ville, sans compter

1— Journal de Drucour.

les fusées qui mettaient le feu qu’on ne fournissait pas à éteindre : c'était l’image de l'enfer. Les citoyens, sans ‘autre abri que leurs caves, vivaient dans des transes continuelles, Les marins, presque tous à terre depuis la destruction de Ia flotte, avaient d’abord logé sous des tentes ou des appentis improvisés ; mais les alertes y étaient devenues trop fréquentes pour qu’il fût possible d’y fermer l'œil. On se gabionnait comme on pouvait le long des murailles ou des parapets, contre lesquels ou appuyait, en guise de toiture, des pièces de charpentes reliées ensemble, En face du Bastion de la Princesse avaient été construites, au temps de l'occupation anglaise, de vastes casernes en bois occupées pendant le siège par la garnison. (C'était, au dire d’un des assiévés, un véritable château de cartes aussi inflammable qu’un paquet d’allumettes. Le séjour en était devenu tellement dangereux que le gouverneur lavait fait évacuer, Les soldats en étaient réduits comme les marins à se créer des abris dans tous les recoins. Dans la nuit qui suivit l'incendie du château, un obus chargé de matière combustible éclata en plein milieu des casernes, et en fit en moins d’une heure un immense bûcher, sur lequel les Anglais concentrèrent leur canonnade. Les débris enflaminés volaient de toutes parts et exposaient la ville à une conflagration générale. Citoyens et soldats étaient sur pied et couraient partout où se montrait le péril. Pour achever cette scène d'horreur et de confusion, au plus fort du danger, pendant que l'orage de projectiles grêlait autour de l'édifice croulant, les régiments anglais, qu’on apercevait aux lueurs sinistres qui se projetaient sur la campagne, se

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MONTCALM ET LÉVIS 497 angèrent en bataille en face des glacis comme pour monter à l'assaut.

De tous les assiégés, les plus à plaindre étaient les malades et les blessés, dont le nombre s'élevait au tiers de la garnison. Vers le commencement du siège, le chevalier de Drucour avait demandé au général anglais d’épargner l'hôpital et les maisons adjacentes où il y avait déjà des malades, Amherst répondit en offrant pour ambulance l'ile de l’Entrée ou la côte voisine, mais que pour l'hôpital il ne garantissait rien, Soit que ses ordres ne fussent pas exécutés, soit qu'il n’en donnât point, l'hôpital ne fut pas plus à l'abri que le reste de la ville, A toute heure du jour et de la nuit, les pauvres malades, étendus partout sur des matelas et incapables de bouger, entendaient des cris d'alarme et demandaient en vain du secours. Les chirurgiens, au milieu de leurs opérations, tressaillaient aux cris de “ Gare à la bombe ” ! et s’éloignaient de leurs patients, dont souvent un éclat de fer venait terminer les souffrances. Le chirurgien des Volontaires Etrangers fut tué au milieu d’une opération, et deux religieux de la charité qui l’assistaient blessés dangereusement 1,

Le 26, entre minuit et une heure, pendant qu’une brume impénétrable couvrait le port, une flottille de berges montées par six cents soldats et marins anglais, glissa dans-un profond silence le long de Pile de Entrée, et passa à portée de voix de la ville sans être apereue, Afin de détourner l'attention de ce côté, Amherst faisait

1— Journal anonyme.

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