‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 67 sur 85 · ARTE TE · texte numérisé non relu

ARTE TE

avait écrit à la cour qu’il se livrait trois mille cinq cents rations par jour au fort Duquesne; mais là, comme ailleurs, l’intendant laissait souvent les garde-magasins gonfler le chiffre des dépenses pour en partager avec eux les profits Î,

Forbes avait rencontré dans sa marche des difficultés qui lui avaient fait presque regretter de n'avoir pas suivi l'avis de Washington. Au commencement de septembre, son avant-garde était encore à seize lieues du fort Duquesne, à un endroit nommé Loyalhannon, où Bouquet faisait construire un camp retranché pour y mettre le dernier dépôt des provisions,

Le major Grant, du régiment des montagnards d’Ecosse, qui faisait partie de l'avant-garde, officier aussi brave que Braddock et non moins téméraire, impatient de se distinguer, arracha plutôt qu’il n’obtint du colonel

ouquet l'autorisation d'aller faire une reconnaissance et tenter un coup de main contre le fort Duquesne, Il partit le 10 septembre de Loyalhannon avec huit cent cinq hommes et trente-sept officiers, tirés des régiments des montagnards, du Royal-Américain- et des troupes

1 — À côté de ces actes de péculat, il est juste de signaler des traits de générosité et de patriotisme tels que celui-ci : “ L'hiver dernier 1760, écrivait le marquis de Vaudreuil dans un certificat livré aux frères Baby, le commandant du Détroit étant dans le cas d'envoyer des présents aux nations de ces contrées (la Belle-Rivière), et n'en ayant point dans les magasins, ces messieurs qui étaient destinés pour cette affaire les ont faits eux-mêmes. Enfin ils ont saisi sans intérêt et avec. empressement tous les moyens de se rendre utiles.” La masse des cultivateurs canadiens abandonna ses récoltes et ses bestiaux en échange de papier monnaie presque sans valeur. :

cents one sasins

avec

ieultés s suivi embre, lu fort Ni Boumettre

agnards er aussi apatient | colonel Laissance lesne, Il uit cent sgimeuts

troupes

e signaler celui-e1 :

euil dans lu Détroit ns de ces les magaaffaire les ét et avec iles.” La récoltes et

sque sans

de milices, et suivit en bateaux le cours du Kiskiminitas, un des affluents de l'Ohio. Après trois jours de marche, il arriva à onze milles du fort Duquesne, où il fit halte jusqu’à trois heures de l'après-midi, Parvenu à deux milles du ‘fort, il laissa ses bagages à la garde de cinquante-deux hommes, aux ordres du capitaine Bullet, et s’avançca jusqu'à un demi mille à peu près du fort. A onze heures du soir, il était établi sur l’éminence qui, à partir de ce jour, allait s'appeler Grant’s Hill. L'obseurité de la nuit et les vapeurs légères qui, s’élevant des deux rivières, enveloppaient le promontoire, avaient complètement dérobé sa marche aux Français. Le silence le plus profond régnait dans le fort aussi bien que dans le camp indien, Grant rassembla ses officiers et leur communiqua son plan d'attaque, Le major Lewis, du corps des Virginiens, devait descendre dans la plaine avec quatre cents hommes, et faire une brusque incursion sur le camp sauvage, y répandre la terreur et le désordre, Pendant ce temps, Grant avec son corps de troupes se mettrait en embuscade sur le hauteur, Lewis soutiendrait le premier choc des Indiens revenus de leur panique, et se replierait ensuite lentement vers la hauteur où, réuni à Grant, ils accableraient ensemble les assaillants par une attaque simultanée, Le corps de Lewis descendit la côte et se perdit bientôt dans la brumeuse obseurité, Peu après, les derniers bruits de pas et de froissements des broussailles s’éteignirent, et Grant avec ses compagnons attendit, au milieu d’un silence mêlé de confiance et d’anxiété. Les heures s'écoulèrent, et aucune rumeur ne rompit le calme de

la nuit, Les premières blancheurs de l'aube commencaient à dessiner la cime des arbres, et pas un coup de fusil, pas un eri n'avaient retenti, Enfin, de nombreux bruits de pas parurent monter de la plaine en se rapprochant sans qu'on pût rien voir, ar les vapeurs de la nuit s'étaient condensées en une épaisse brume, Au grand désespoir de Grant, c'était le corps de Lewis qui revenait, après s'être égaré au milieu des taillis ensevelis dans les ténèbres, et après avoir erré de droite et de gauche dans un état de confusion tel, qu'il avait fallu à la fin renoncer à l’attaque, L'éveil n'avait pas même été donné aux sauvages ni aux sentinelles. Le coup était manqué; du moins Grant le erut. Il eût bien mieux valu renouveler la même tactique que d'exécuter le plan insensé qu’il adopta. Il commenca par envoyer cinquante montagnards, sous la conduite de deux officiers, mettre le feu à un grand magasin bâti dans la clairière, à quatre arpents du fort, Il détacha ensuite deux cents hommes, moitié du Royal- Américain, moitié des Virginiens, avec le major Lewis, pour aller se mettre en embuscade, à l’endroit où il avait laissé ses bagages, s’imaginant que les Français seraient tentés d'aller en faire le pillage. Pendant cet intervalle, l'aurore avait paru et le brouillard s'était en partie dissipé. Grant commit alors limprudence de subdiviser sa petite armée déjà affaiblie, comme s'il eût cru que les Francais n'étaient qu’une poignée aans le fort, Peu de jours auparavant, il y était arrivé un renfort de deux cent quarante hommes conduits par un officier d’une grande intelligence et d’une plus grande valeur, le capitaine Aubry,

nen- LP de veux rap- \l'S de Au is qui enseoite et avait it pas s. Le Il eût e que \menca onduite nagasin th Royal- Lewis, Lt où il Francais Pendant ouillard l'impruhffaiblie, qu'une hravant, uarante intelli- Aubry,

des troupes de la Louisiane, Le chiffre total de la garnison était en ce moment de mille Francais 1,

Le capitaine Mackenzie fut envoyé avec quatre cents hommes, la plupart montagnards, pour côtoyer à gauche la rivière Monongahéla, en s'avancant vers le fort, tandis que le capitaine Macdonald, avec un faible détachement, marcherait à droite, au bord de l'Ohio, en faisant battre la générale, afin d'attirer l'attention des Français et leur faire croire que la principale attaque venait de ce côté. Grant espérait, par cette ruse, faire évacuer le fort et donner le temps à son principal corps de s’y avancer, et sinon de le surprendre, du moins de faire beaucoup de prisonniers. A peine les premiers coups de tambour eurent-ils éclaté, que d'immenses cris de guerre retentirent dans tout le camp indien et dans l’intérieur du fort, dont la garnison, dit M. du Vernys, fut sur pied et prête à marcher “en moins de six minutes ”. Mais les sauvages, saisis de panique, ne songèrent d'abord qu’à se sauver de l’autre côté de la rivière avec leurs effets. Il fallut tous les efforts de M. du Vernys et de quelques autres officiers pour les amener au combat, Les Canadiens qui logeaient dans le village échelonné près de l'Ohio, réveillés par la lueur de l'incendie, étaient accourus pour léteindre et avaient découvert l'ennemi, Une troupe de deux cents d’entre eux essayèrent de couper la retraite au détachement de Macdonald, qui eut beaucoup de peine à se replier vers Grant, resté sur l’éminence avec une

1 Lettre de M. du Vernys, oMcier d'artillerie détaché au fort Duquesne, pièce annexée au Journal de Montcalm.

ST 2e

Lu 7 ES

Bo DE ES

Page 1