‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 85 · SSE · texte numérisé non relu

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vaisseaux, et malheureusement cela tombe sur les compagnies de grenadiers. J'espère cependant qu'il n’en mourra pas beaucoup. Nous devons cela à la bonté des hôpitaux et aux soins que tout le monde y prend, dont nous ne pouvons assez nous louer, M. l’évêque en montre l'exemple ; il va deux fois par jour en faire la visite et y porter tous les secours possibles à tous égards 1 ?,

Le lendemain de l’arrivée du chevalier de Lévis à Montréal (15 jui). Montealm écrivait à sa mère :

“ Mon établissement, ici, me donne beaucoup de peine comme dans tous les commencements ; trut est d'une cherté horrible, et j'aurai bien de la peine à joindre les deux bouts de l’année ensemble avec les vingtcinq'mille francs que le roi me donne. M. le chevalier de Lévis ne m'a joint qu'hier en fort bonne santé, Je vais le faire partir d'ici à quelques jours pour un camp, et M. de Bourlamaque pour l'autre, Car nous avons trois camps, un à Carillon, du côté où M. de Dieskau eut son affaire l’année dernière, c’est à quatre-vingts lieues d’iei ; l’autre à Frontenac, à soixante lieues ; et le troisième à Niagara, à cent quarante, Je ne sais ni où ni quand je marcherai, c2la dépend des mouvements des ennemis, et nous en sommes assez mal instruits. il me paraît que tout se fait lentement dans ce nouveau monde, Mon activité a bien à s’y tempérer. En tout il n’v a que le service du roi et l'envie d’avoir fait la fortune de mon fils qui puissent m'empêcher de trop songer à mon expatriement, à mon éloignement de

1 — Lettre du chevalier de Lévis, p. 13.

vous et à l'ennui qui serait encore plus grand dans ce pays-ci, si je ne conservais un peu de ma gaieté: naturelle, Je serai bien content quand je pourrai recevoir de vos nouvelles, Je ne demande à Dieu que la paix pour cet hiver ; si jamais quelqu'un a dû la désirer, c’est moi, d'autant mieux que le succès en est toujours incertain, Les sauvages paraissent assez bien disposés pour nous. Ce sont de vilains messieurs, même en sortant de leur toilette, où 1ls passent leur vie. Vous ne le croiriez pas, mais les hommes portent toujours avec le casse-tête et le fusil un miroir à la guerre pour se bien barbouiller de diverses couleurs, arranger leurs plumes sur la tête, leurs pendeloques aux oreilles et aux narines ; une grande beauté chez eux, c’est de s'être fait déchiqueter de bonne heure l’aile des oreilles, l'avoir bien allongée pour la faire tomber sur les épaules ; souvent ils n'ont point de chemises, mais un habit galonné par dessus ; vous les prendriez pour des diables où des mascarades, Il faut avoir avec eux une patience d'ange, Depuis que je suis ici, ce ne sont que visites, harangues et députitions de ces messieurs. Les dames des [roquois, qui ont toujours part chez eux au gouvernement, eu ont été aussi, et ils m'ont fait l'honneur de m'apporter des colliers, ce qui n’engagera à les aller voir et chanter la guerre chez eux, avant que d’y aller, Ils ne sont qu’à cinq lieues d'ici, Hier, nous en avions quatre-vingt-trois qui sont partis pour

la guerre, Au reste, ces messieurs font la guerre avec une cruauté étonnante ; ils enièvent tout : femmes et enfants, et vous enlèvent la chevelure très proprement, opération dont on meurt à l’ordinaire,

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‘ Au reste, Duché, le fils, peut vous prêter le cinquième et le sixième volume du P, Charlevoix, En oéncral, tout ce qu’il dit est vrai, à l’exception de brûler les prisonniers ; cela a quasi passé de mode, cette annéeci, Is en ont encore brûlé un vers la Belle-Rivière pour n'en point perdre l'habitude, et ils auraient brûlé une femme anglaise avec son fils, sans la vénérosité d’un soldat qui leur à donné cinq cents livres pour les racheter, Nous leur rachetons de temps en temps des prisonniers, qui, passant dans nos mains, sont traités suivant les lois de la guerre ?

Bougainville avait suivi de près Montcalm à Montréal, Embarqué sur le bateau qui transportait les équipages du général, il avait fait le voyage en compacnie d’un oflicier du génie, Jean-Nicolas Desandrouins, jeune homme âgé de vingt-huit ans, aussi modeste qu'intelligent, qui a laissé, comme je l'ai dejà dit, de précieux mémoires sur la guerre du Canada, et sur la guerre de l'indépendance américaine, à laquelle il prit part quelques années après.

Le Journal de Desandrouins est utile à consulter mème après ceux de Montcalm, de Lévis et ville,

C'était la première fois que ces deux jeunes officiers faisaient l'épreuve du mode de voyager au Canada Desandrouins, qui n'avait apporté avee lui “ ni couver-

de Bougain-

tures, ni matelas ”, eut à passer les nuits froides du mois de mai couché à la belle étoile, sur le pont du bateau, ar ille, dont les douleurs d’un &sthme chronique avaient aigri le carac-

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tère et quiavait d'ailleurs de graves inquiétudes au sujet de sa famille, commenca dès lors à prendre le Canada en grippe, et à mettre plus d'humeur que de raison dans ses jugements sur ce pays, “Je me dis tous les jours, écrivait-il à son frère (4 juin), que j'ai encore au moins un an à y rester. (Cette perspective me rend presque fou ; je ne m'y accoutumerai jamais”, [l ajoute dans la même lettre : “ Tout est iei en mouvement pour commencer la campagne. Je crois que nous y aurons pour objet de garnir toutes nos positions, dé telle manière qu'on ne puisse nous entamer. Si les circonstances nous permettent de faire quelque entreprise, à la bonne heure ; mais on ne transporte ici les munitions de guerre et de bouche qu'avec des peines et des longueurs infinies, Ce ne sont pas les campagnes de Flandres ”

Bougainville ne se serait pas plaint si amèrement du sort qui l'avait amené au Canada, s’il avait prévu que cette expédition allait lui révéler sa vocation d'homme de mer, Durant la traversée, écrivait-il à son frère, il n'avait pas éprouvé la moindre attaque d'asthme, et

s'était senti un homme nouveau,

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La mer était donc

son élément : elle allait lui apporter la guérison, et avec ss

elle la passion des voyages, et enfin faire de lui le

orand navigateur connu du monde entier, Dans l'impossibilité où l’on était de savoir si les Anglais dirigeraient leur attaque du côté du lac Cham-

plain ou du côté du lae Ontario, le premier soin était de k avant-postes de Niagara, de Frontenac et

fortifier les

de Carillon. Les ingénieurs francais, accoutumés aux

chets-d'œuvre des fortifications européennes, levaient les épaules de pitié à la vue des travaux de défense

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faits sur nos frontières, [ls ne se rendaient pas compte des immenses difficultés qu’il y avait à transporter des matériaux et à travailler à ces énormes distances dans la forêt,

La plupart de ces forts, écrivait Desandrouins, n'avaient pas le sens commun, On disait autrefois de M. de Vauban, que les premières fortifications qu’il avait vues, quoique bien éloignées de la perfection, l'avaient rendu ingénieur : il serait diflicile que celles de ce pays en fissent autant ”,

Pendant qu'un ingénieur canadien, M. de Lotbinière,

° é fortifiait Carillon, et que LLOijuete- le capitaine Pouchot, du régiment de Béarn, rebâ-

tissait Niagara, Desan-

drouins était chargé de

réjarer Frontenac, Ce poste était en très mauvais état, et, comme ïl semblait en ce moment le point le plus menacé, le colonel Bourlamaque, qui se recommandait plus par le talent d'organisation que par le coup d'œil militaire, reçut ordre d'aller y préparer la défense, Il rencontra sur sa route les longues files de bateaux et de canots d'écorce, chargés de troupes et de munitions, qui remontaient le Saint-Laurent, tantôt à la rame ou à l'aviron, tantôt à la cordelle, tantôt en faisant portage le long des rapides, à travers des difficultés et des fatigues dont il ne s'était pas formé une juste idée, Malgré cela, dès les premiers jours de juillet, le bataillon de Béarn, avec un corps de Canadiens et de sauvages, avait franchi le lac Ontario, et

E dressé ses tentes sous les bastions restaurés de Niagara,

A Frontenac, où il s'était reposé en passant, il avait été remplacé par Guyenne et la Sarre, tandis que du côté du Richelieu, une flottille avait traversé le lac Champlain et débarqué à Carillon les bataillons de Languedoc et de la Reine, avec un détachement de Canadiens et de sauvages, Royal-Roussillon, cantonné à Montréal, format la réserve, et se tenait prét à voler au secours lu poste le plus menacé,

Maleré les reproches d’irrésolution et de lenteur répétés contre Vaudreuil, 1l avait fait preuve d'activité et d'énergie depuis louverture de la campagne. Avant l'arrivée des renforts de France, tous ses corps d'armée étaient en marche, et il n'était jas un point de la frontière, depuis la Virginie Jusqu'à la Nouvelle-Ecosse, où ses partis de sauvages et de coureurs de bois n'eussent frappé coup et rapporté d’horribles trophées de chevelures, seul moyen qu'on avait de s'assurer des exploits dont se vantaient continuellement les Indiens.

“M, Dumas, qui commande au fort Duquesne, écrit Montcalm, a envoyé force chevelures et les commissions de trois officiers qui ont été tués, et par lesquelles on voit une désolation dans la Pensylvanie et la Virginie |,

“Un parti de Népissings, revenu de la guerre, à ramené toute une famille anglaise prise auprès de Sarasto, Le chef, appelé Machiqua, a cru me faire un grand présent en me donnant la femme anglaise ; il a fallu, pour ne pas déplaire à ces messieurs, accepter ce présent, leur faire donner le prix convenu, qui est

1— Journal du 4 au 11 juin.

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de quarante écus, et leur faire une gratification extra- | 5

1 fl ordinaire, parce qu'ils avaient honoré le général des n À troupes de Sa Majesté d’un aussi beau présent ! ”, À js La neutralité qu'observaient les Iroquois avec une le à habileté qui a excité l'admiration des Européens, leur il, Fn permettait de passer impunément d'un camp dans un rs À autre, Caressés par les deux partis, ils leur servaient tour à tour d’espions ; mais les renseignements qu'ils fourur nissaient et qu'ils se faisaient chèrement payer, étaient té À aussi peu dignes de confiance que leurs protestations int ï d'amitié, Toutefois, d'après l’ensemble de ces rapports, née À confirmés par les éclaireurs canadiens, il parut évident la À que les Anglais préparaient une attaque contre Carillon. sse, br Le plan dé campagne adopté en conséquence fut de pois À faire une démonstration offensive de ce côté, et de se ces rabattre ensuite à l’improviste sur Chouaguen pour en des | fire le siège, Le bataillon de Royal-Roussillon, appuyé ens. | d'un corps de miliciens et de sauvages, fut dirigé sur. écrit {| Carillon, Pendant ce temps, un détachement de six mis- À cents hommes de la colonie ? et de quelques sauvages elles SN commandés par M. de Villiers, poussait une reconnaisiru- A sance vers Chouaguen,

Montcalm et Lévis dirent adieu à M. d: Vaudreuil, re, à M remontérent en canot la rivière Richelieu, côtoyèrent s de | la rive occidentale du lae Champlain, et après avoir faire séjourné quelque temps au fort Saint-Frédérie pour en aise ; examiner les travaux, et donné des ordres au commanepter i est |

l— Journal du IS juin.

2 __ Journal de Montcalm. Journal de Coulon de Villiers.

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