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arnage et de boisson, “ Dieu, dit-il à ses compagnons, qui a fermé la gueule des lions prêts à dévorer Daniel, nous préservera de la fureur de ceux-ci ”.
La nouvelle venait d'arriver que l’armée anglaise n’était plus qu'à une journée où deux de marche du fort Duquesne, que les Francais se préparaient à évacrer ce fort, et qu’ils en avaient démoli les maisons, dont ils avaient jeté les débris autour des remparts pour y mettre le feu.
Les craintes qu'avait exprimées Vaudreuil au ministre 1, peu de temps auparavant, s'étaient réalisées. Le général Forbes avait attendu pour paraître devant le fort Duquesne que les sauvages, ennuyés d’un trop long séjour, s’en fussent retirés. Les vivres et les munitions, seuls moyens de les retenir, avaient commencé à manquer depuis la prise de Frontenac, Le brave capitaine Aubry venait lui aussi de repartir avec son convoi pour les Illinois.
M. Des Ligneris, qui n'avait d'autre défaut que celui de s’enivrer quelquefois, s'était montré aussi actif qu'intrépide, Mais que pouvait-il maintenant avec les trois ou quatre cents soldats qui lui restaient, contre une armée de six à sept mille hommes, munie dune ?
Le
puissante artillerie
1— Vaudreuil à M. de Massiac, ministre de la marine, 15 octobre 1758,
2. D'après le Journal de Montcalm, il ne restait alors au fort Duquesne que ‘ deux cents hommes, dont un tiers malade et quelques sauvages domiciliés ”....Des Ligneris manquant de vivres et décidé à faire sauter son fort, avait renvoyé les troupes du Détroit que commandait M. de Bellestre, et la
ons, : “Je suis dans la plus triste situation qu'on puisse miel, imaginer, écrivait-il. Je n'ai bientôt plus de vivres... ni même de quoi habiller la garnison”, Les sauvages
laise le savaient.
À du Durant la soirée qui suivit l’arrivée de Post, seize de acver leurs chefs qui n’approuvaient pas les emportements des at ils Î jeuves guerriers, mandèrent lé frère morave à la cabane Are du conseil, Assis en rangs sur leurs nattes devant les deux feux qui réchauffaient la cabane et jetaient sur niniss leurs visages tatoués des lueurs fantastiques, ils l’écou- De taient lire les lettres du général Forbes, lorsque entra un ht: le messager de M. Des Livneris. L'heure ne pouvait être p long plus mal choisie, Il fut invité à s'expliquer, L’oflicier tions, déploya un collier, et parlant au nom du commandant : , man- “— Mes enfants, leur dit-il, venez à moi, et écoutez ce pitaine que j'ai à vous dire, Les Anglais viennent avec une ji pour armée pour nous détruire tous, vous et nous. Hâtez-vous donc, mes enfunts, d’accourir avec vos jeunes gens; e celui nous allons chasser les Anglais et les anéantir. Moi, actif qui suis votre Père, je vous donnerai toujours les meil- Héo:lés leurs conseils”, Et il jeta le collier aux pieds d’un capicontre taine assis devant l’un des feux; mais celui-ci ne d'une voulut pas le relever. L'oflicier le jeta alors devant
l’autre feu, Mais, ajoute Post, ils se le renvoyèrent à coups de pied de l’un à l’autre, comme si c’eût été un serpent. Le capitaine Peters prit un bâton et lança le
vine, 15
lors au
malade plupart des Canadiens qu’on lui avait envoyés de Montréal au
uant de printemps.
ové les ‘“ M. Des Ligneris n'avait pas trois cents hommes, dont un
e, et la tiers tout au plus était capable de se mettre en ca npagne ”. », €
Vaudreuil au ministre, 20 janvier 1759.
collier d’une extrémité à l’autre de la cabane, en disant : “— Donnez-le au capitaine francais, et laissez-le partir avec ses jeunes gens. Il se vante beaucoup de sa bravoure, voyons comment il va se battre, Nous avons souvent exposé nos vies pour lui, et à peine avons-nous eu un morceau de pain quand nous sommes venus le trouver ; et maintenant”il voudrait que nous volions : son secours!” Alors nous vimes que le Français était mortifié à l'extrême, et devint aussi pâle qu’un mort, Les Indiens discoururent et s’amusèrent jusqu’à minuit, et l'officier français envoya un courrier au fort Duquesne ?.
Le lendemain soir, les sauvages dansèrent jusqu’à minuit, en réjouissance de ce que leurs frères les Anglais arrivaient, Il y eut ensuite un grand conseil, où fut invité l'officier français. Post y raconta la délibération de la conférence tenue à Easton, et présenta les colliers et les messages de paix que lui avaient confiés le gouverneur Denny et le général Forbes,
“ Les messages furent agréables à tous, hormis au capitaine français, Il secoua la tête avec un amer chagrin et changea souvent de contenance. Un des Indiens, Isaac Still, fit une charge violente contre lui, et le montrant du doigt: “ Il est là assis! dit-il”. Les auties Indiens ne relevèrent pas d’abord cette insulte ; mais quelques moments après, ils s’écrièrent tous ensemble en désigrant l'officier: “ Les Français nous ont toujours trompés ” ! Il courba alors la tête et devint tout pâle et n’osa plus regarder personne en face, Les Indiens commencèrent à se moquer ef à rire delui. II ne put en endurer davantage et s’en alla.
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partir , bra- \vons ins le ons à nçais qu'un squ’à u fort
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“A la vue du drapeau anglais que nous hissâmes en dépit des Francais, nos prisonniers joignirent les mains en levant les yeux au ciel dans l'espoir que leur délivrance était proche. A cette vue mon cœur se fondit en larmes et en prières à Dieu pour qu’il écoutât leurs supplications et brisût les chaînes dans lesquelles ils gémissaient ”.
Le soir même, la petite garnison du fort Duquesne, entassée sur des bateaux et des canots d’écorce, remontait la Belle-Rivière confiée par des pluies torrentielles. Au-dessus de la flottille passaient des bandes de gibier d'automne, jetant par intervalles leurs cris stridents aux cimes des deux rives tachetées de blanc par les premières neiges, Tout à coup d’épouvantables détonations firent trembler les échos, Das Ligneris avait chargé, en partant, M. de Corbière de mettre le feu à toutes les constructions, et de faire sauter le fort, puis de venir le rejoindre par terre. Il fit rebrousser chemin à l’un de ses canots pour s'assurer que l’œuvre de destruction avait été bien accomplie, Son dessein était d'hiverner au fort Machault, en échelonnant ses troupes sur la ligne de forts qui reliaient ce poste avec N lagara,
L'avant-garde de Forbes qui n’était guère qu’à trois lieues de Duquesne, entendit distinctement les coups de tonnerre des mines, Les éclaireurs indiens vinrent avertir ce général que le fort était abandonné et incen-
dié, et que des nuages de fumée flottaient au-dessus du promontoire, Telle était la terreur qu'inspirait encore le souvenir de la défaite de Braddock et celle de Grant, que le général n’en voulut rien dire à l'armée, et continua sa marche avec un redoublement de circonspec-
560 MONTCALM ET LÉVIS tion, Le soir, la tête de la colonne, composée des
miliciens, s’engagea dans la trouée ouverte dans la forêt par où Grant avait retraité quelques semaines auparavant, Les soldats furent saisis d'horreur à la vue du spectacle qui s’offrit à leurs yeux. Des cadavres restés
sans sépulture, à demi-dévorés par les bêtes sauvages
jonchaient le sol, De chaque côté du chemin, des bâtons dépouillés de leur écorce étaient fixés en terre, et sur
chacun d'eux les sauvages, en dérision des Ecossais qu'ilsavaient surnommés les guerriers en jupes, avaient planté des têtes scalpées de montagnards avec leurs kilts autour du cou. Les provinciaux, par égard pour les Highlanders, ne voulurent pas murmurer trop haut ; mais quand ceux-ci apercurent les horribles trophées, restes de leurs compatriotes, une explosion de rage partit de leurs rangs. Jetant leurs fusils et brandissant leurs claymores, ils bondirent en avant, ressemblant moins à des hommes, dit le capitaine Craighead, qu’à “ des sangliers enragés ” traqués par des chasseurs, et jurant d’égorger tous les Français et sauvages qu’ils rencontreraient, L'armée doubla le pas pour échapper à cette affreuse vue, et débouche dans l’éclaircie au delà de laquelle fumaient encore les ruines de ce qui avait été le fort Duquesne, Quelques Indiens fouillant parmi les décombres étaient les seuls êtres animés sur ce coin . de terre que les Anglais avaient eu tant de peines à conquérir,
M. Des Ligneris s'était donné bien garde de renouveler la faute commise par M. de Noyan à Frontenac, en laissant quoi que ce fût derrière lui qui pût servir à l'ennemi: il avait distribué aux sauvages tous les vivres et les munitions qu’il n'avait pu emporter.
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