Joannès, Mémoire sur la campagne de
2 Lettre de Vaudreuil à Bougainville, 16 septembre.
Bougainville : “ Je viens d'envoyer M. de Belcour, que vous connaissez très intelligent, à la ville, dire à M. de Ramezay que sûrement je lui porterai ce soir cent quintaux de biscuits, Belcour et moi avons bien reconnu le terrain et la position de l'ennemi, et certainement il ne nous empêchera pas d'entrer ce soir à marée basse ”.
En sortant de Québec, l'intrépide Belcour, qui n'avait avec lui que trente cavaliers, alla prendre possession de l’ouvrage à cornes, d’où il canonna les détachements anglais qui venaient à sa portée.
Cependant, se passait à Jacques-Cartier un événement qui relevait les espérances: le chevalier de Lévis, arrivé de Montréal, prenait le commandement de l’armée. Il n'avait fait qu’une course de cette ville à Jacques-Cartier, où il avait trouvé le désastre plus grand encore qu’il ne l'avait craint, A son premier mot, on reconnut l’homme supérieur. Il s’était fait indiquer, en arrivant, le quartier général où Vaudreuil s’entretenait avec les principaux officiers. “— O1 n’abandonne pas dix lieues de pays pour une bataille perdue ! leur dit-il1”, 11 blâma hautement la retraite sur Jacques- Cartier, et ordonna une marche en avant. La joie de son arrivée fut immense, La confiance revint aux plus faibles, et Vaudreuil reprit toute l’énergie dont il était susceptible. Le roseau avait trouvé l’appui du chêne. “ Le grand nombre de fuyards que je commencai à. rencontrer aux Trois-Rivières, écrit Lévis, me prépara sur le désordre où je tivuverais l’armée,
1— Journal de Malartic, p. 289.
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“Je ne connais point d'exemple pareil, On avait généralement tout abandonné au camp de Beauport, tentes, marmites et tous les équipages.
“ La situation où je trouvai l’armée, manquant de tout, ne me découragea pas, Sur ce que M. de Vaudreuil me dit que Québec n’était pas pris et qu'il y avait laissé une assez nombreuse garnison, je pris la résolution, pour réparer la faute qu'on y avait faite, d'engager M. de Vaudreuil à faire remarcher l’armée au secours de cette place. Je lui représentai que c'était le seul moyen pour empêcher l'évasion entière des Canadiens et des sauvages, qui se retiraient chez eux, et de ranimer en même temps le courage de tout le monde ; qu'en marchant en avant, nous ramasserions beaucoup de traïîneurs ; que les habitants des environs de Québec rejoindraient l’armée ; que par la connaissance que nous avions du pays, nous pourrions nous approcher fort près des ennemis ; que, si nous trou vions leur armée mal postée, nous pourrions l’attaquer, ou qu’au moins, en nous approchant (de la place), nous prolongerions le siège par les secours que nous ferions passer en hommes et en vivres ; que nous pourrions aussi l’évacuer et la brûler, quand nous ne pourrions plus la soutenir, afin qu'il ne restât aucune ressource aux ennemis pour s'y établir l'hiver 1”,
Lévis eut bien vite rétabli la discipline et communiqué son activité autour de lui. Dès quatre heures le lendemain matin, 18, l’armée était en marche, et Bougainville en avait été prévenu. Depuis la journée du 13, celui-ci avait tâché de réparer par sa belle conduite
1— Lettres du chevalier de Lévis, p. 240.
ce qu'il avait eu à se reprocher dans les derniers événements. Pendant que l’armée battait en retraite, il avait proposé à Vaudreuil, qui l'avait approuvé, de garder sa position an cap Rouge et d'occuper Lorette, pour se tenir en communications avec la ville ! Le 17 au matin, le mauvais temps ayant rendu les chemins affreux et retardé le convoi: M. de Saint-Rome, il fit partir en avant ses cavaliers, avec des sacs de provisions posés en travers de leurs selles, Vaudreuil, qu’il en avait informé, lui écrivait le même jour: “ J'apprends avec plaisir par votre lettre que la cavalerie est à Charlesbourg. J’approuve fort le projet que vous avez d'aller au camp avec sept à huit cents hommes pour protéger le passage à Québec du biscuit qui est à Charlesbourg, et dont la cavalerie se chargera, et d’affecter beaucoup de vous montrer dans le camp, afin de donner à croire à l'ennemi que nous l’oceupons,.
“ Je ne doute pas que vous n’ayez prévu, à avoir de bons guides, Cependant je vous observe que vous pourriez faire votre route par Bourg-Royal. Vous ne manquerez pas sans doute de profiter du retour de votre cavalerie pour faire transporter tout ce qu’il sera possible de tirer des magasins où du camp”.
Ramezay était informé de ces mouvements et des secours de toute espèce qui lui arrivaient ; mais au lieu d'en profiter pour relever le moral de la garnison, il ne chercha que des prétextes pour capituler au plus vite. Un grand nombre de soldats, profitant de ses disposi-
1-— Bougainville. Trève de Québec. Du camp de Lorette, 21 septembre 1759.
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tions, refusaient de combattre et mettaient bas les armes, D'autres désertaient à l'ennemi ou se jetaient dans la campagne ; certains officiers donnaient l'exemple de l'insubordination. Il y eut de violentes altercations, et le major de la ville, Joannès, s’emporta au point de frapper deux d’entre eux du plat de son épée,
sien loin de partager les sentiments de Ramezay, le brave Fiedmond redoublait le feu de son artillerie, Pendant que les canons de la basse ville tiraient à toute volée sur la Pointe-Lévis, les nouvelles batteries qu'il avait fait ériger du côté de terre foudroyaient les ouvrages et le camp des Anglais. Ceux-ci avaient poussé leurs approches du côté de la porte Saint-Louis, où ils avaient commencé une redoute dont Fiedmond retardait la construction, en la faisant battre continuellement en brèche,
A dix heures du matin, Ramezay ordonna à Joannès