‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 3)Chapitre 25 sur 58 · I. de e soit ù plus · texte numérisé non relu

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la tête des forces que j'y ai laissées, Ménagez, je vous prie, votre santé; vous savez que rien n'égale l'intérêt que j'y prends ?”,

Bourlamaque, épuisé par les fatigues de la campagne, et souffrant d'une fièvre qu'il ne pouvait guérir, se préparait cependant sans relâche à recevoir Ambherst, que la chute de Québec avait paru réveiller de sa torpeur, Bourlamaque n'avait alors à sa disposition que deux mille deux cents hommes, sur lesquels il serait peut-être obligé de prélever des détachements pour fortifier Chambly et Saint-Jean 1,

“ Les bras manquent, écrit-il à Lévis le 21 septembre ; il ne reste ici que cinq cents Canadiens, dont plus de cent vingt malades ou estropiés. Les soldats vont aussi tous à l'hôpital; pluies continuelles, campés dans un marais, peu de nourriture, Je ne sais sil en restera beaucoup de sains dans un mois. Quoi qu'il en soit, je tâcherai d'attraper le bout de la campagne, et de bien me battre d'ici là si ennemi se présente, J'espère qu’il ne me surprendra pas et qu’il ne me fera point de prisonniers, J’ai reconnu la baie de Missiscouy. Je voudrais être à la place de M. Amherst; fattaquerais par là sans difficultés, Au reste, je m'y prépare autant que je le puis avec si peu de monde, et si harassé de travail ”.

Ce fut seulement au milieu d'octobre que le général anglais mit son armée en mouvement, “ Elle est partie de Saint-Frédéric le 11, écrit Bourlamaque, au nombre de dix ou douze mille hommes, précédée d’une avant-

1 Bourlamaque à Lévis, 2 octobre.

garde de soixante bateaux ou berges, d’un brigantin de vingt pièces de canon de dix-huit, d’un senau ! aussi fort que notre goélette, et de plusieurs bateaux armés de gros canons; un seul en porte six de vingt-quatre,

“Nos chebecs ? ont été surpris sans doute et n’ont point vu cette avant-varde. Ils étaient à leur poste ordinaire près des îles aux Quatre-Vents, quoique j'eusse mandé au commandant que pour peu qu’il craignît d’être coupé, il eût à rapprocher sa croisière et sa station, parce que l'essentiel était d'entrer dans la rivière avant les Anglais. La goélette était placée à la pointe de la Grosse-Ile pour garder le passage de la baie de Missiscouy. Le 12, au point du jour, elle fut accueillie par le brigantin ct le senau. Le premier lui donna la chasse et allait le prendre lorsqu'il s’échoua. La goélette se réfugia dans le fond de la baie de Missiscouy.

“ Les cheïecs, que le brigantin n'avait pas vus, étaient aux prises avec les berges et en avaieiit enlevé une, lorsque le vent manqua tout-à-coup, puis vint le nordest, Le brigantin déchoué en profita pour retourner sur les chebecs. A l'entrée de la nuit, M. de Laubara, après avoir vu le corps de l’armée anglaise près des îles aux Quatre- Vents, se réfugia dans l’anse des Tsonnonthouans, où il coula bas ses trois bâtiments, et se mit en marche le 13 au matin par les bois, ayant précédemment dépêché deux chaioupes pour m’avertir de la marche des ennemis et du rapport des prisonniers.

1 Espèce de brick.

2 __ Bâtiments à trois mâts à voiles et à rames.

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MONTOALM ET LÉVIS 299

“ Le vent de nord-est qui a duré trois jours avec violence à empêché cette armée de s'approcher d'ici ; elle a peu marché depuis hier matin, et je la crois bien près de la rivière,

“ La goétlette, sortie par le nord-est de la baie de Missiscouy, est vis-à-vis l'extrémité de l’île Lamothe, près de la côte du nord, et attend inutilement depuis trois jours un vent de sud-ouest, le seul qui puisse la faire marcher, Il y à à parier dix contre un qu’elle est prise où brûlée à présent, La perte de ces bâtiments est un grand malheur pour la défense de la rivière.

J'ai demandé des secours à M. de Vaudreuil, ayant trop peu de monde pour espérer de garder cette frontitre, J’ignore ce qu'il m'enverra. Mes retranchements sont finis depuis quelque temps, et j'étais après le fort d'hiver. Tout est suspendu; il faut songer au plus pressé. Si l’on est assez heureux pour repousser ou lasser l'ennemi, on fera comme on pourra.

“ Par le rapport des prisonniers, il paraît que M. Amherst s’est concerté avec M. Gage pour agir en même temps.

“ La saison est avancée ; malheureusement il fait sec depuis longtemps, et le plus beau temps du monde, quoique froid, depuis peu de jours.

“ Montréal est dans'la consternetion, et je crains fort que cet abattement n'empêche les miliciens de marcher, Nous avons tous envie de bien faire. J’ai pris toutes les précautions que le temps, le peu de monde que

j'avais et la nature du pays m'ont permises, Nous nous

battrons de notre mieux, arrivera ce qui pourra ”,

Il est incroyable qu'après toutes ces démonstrations, Ambherst n'ait pas agi. Contrarié par les vents, 1l jugea la campagne trop proche de sa fin pour continuer sa marche et retourna à Saint-Frédérice. Bourlamaque en disait sa surprise à Lévis: “Je crois la saison trop a vancée (25 octobre) actuellement pour que M. Amherst entreprenne. Je ne comprends pas trop comment il mettra sa tête en sûreté: 1l fait là une sotte campagne ”.

Bourlamaque jugeait sévèrement, dans la même lettre, la conduite de M. de Laubara : ‘“ La perte des chebecs est une énigme pour moi, Cet homme, aussi malheureux, je crois, qu’il est ignorant, a coulé ses bâtiments sans essayer sa marche, sans avoir essuyé un coup de canon, et sans avoir cherché à profiter de l’obseurité pour se sauver, Je ne lui donnerais pas, je crois, le commandement de la galiote de Saint-Cloud ”. Les équipages et les soldats débarqués des chebecs, furent réduits, pour ne pas mourir de faim en route, à manger jusqu’au cuir de leurs chaussures !,

Avant la clôture de la navigation, Vaudreuil écrivit une série de dépêches qu’un des vaisseaux dun munitionnaire devait essayer de porter en France après avoir risqué le passage devant Québec. En informant la cour des événements de la campagne, Vaudreuil rendait Montcalm responsable des derniers malheurs, et lui attribuait la perte imminente de la colonie. Montealin avait eu de grands torts vis-à-vis le gouverneur, L'ayant pour chef, il n'avait jamais cessé de miner son autorité. IT n’était pas d’invectives et de ridicules qu'il n’eût

1— Mémoires sur le Canada.

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déversés sur lui. Il avait tout fait pour le perdre et pour le supplanter dans le commandement, Mais Vaudreuil se donna un bien plus grand tort en portant des accusations après que la mort eut fermé les lèvres qui auraient pu lui répondre, et en s’attribuant à lui-même la plus large part dans les succès des campagnes précédentes,.

Le général de Lévis écrivit au maréchal de Belle-Isle : ‘ Faute de munitions de guerre et d2 bouche, il nous sera impossible de faire aucune expédition ni entreprise cet hiver; bien heureux si nous pouvons nous soutenir, Nous finirons de manger la plus grande partie du reste des bœufs et chevaux.

“ Nous aurons à nourrir dans les postes de trois à quatre mille personnes, y compris les sauvages, ce qui achèvera de consommer le feu de ressources qui pourront rester dans la colonie.

“ Nous n'avons d’autres ressources pour faire subsister les troupes que de les faire nourrir par les habitants des gouvernements de Montréal et des Trois- Rivières; celui de Québec ayant été dévasté par les armées, à peine pourra-t-il suffire pour nourrir ses habitants,

“ Nous conserverons trois frégates pour qu’au printemps nous puissions garder le courant du Richelieu, pour empêcher que les ennemis ne remontent le fleuve avec leurs berges ou d’autres bâtiments jusqu'aux Trois- Rivières et même jusqu'à Montréal.

“Si le roi veut soutenir cette colonie, elle n’est pas encore sans ressources, et s'il lui plait d'envoyer au

mois de mai une escadre qui devance celle d’Angle-

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terre et qui nous rende maitres du fleuve, avec six mille hommes de troupes de débarquement, et quatre mille hommes de recrues pour les bataillons et les troupes de la marine qui sont ici...

“ Si le roi ne juge pas devoir nous donner du secours, je dois vous prévenir qu’il ne faut plus compter sur nous à la fin du mois de mai. Nous serons obligés de nous rendre par misère; manquant de tout, il nous restera du courage, sans aucune ressource pour le mettre en usage 1”,

La garnison de Niagara, échangée pour d’autres prisonniers, rencontra sur les frontières l’armée d’'Ambherst qui rentrait dans ses quartiers d'hiver, Le capitaine Pouchot y fut félicité pour sa belle défense, et fêté par les officiers anglais. ‘“ On ne peut rien ajouter, dit-il, aux attentions qu’ils eurent’ ?”, Retardé quelques jours à la chute par le commandant de Cariilon, il y fut témoin de l’arrivée du major Rogers, d’une sanglante expédition d’où il n'avait ramené que “ vingt et un de ses ran-

sers, tous hâves et décharnés ”. Amherst avait envoyé.

à la fin de septembre, un parti de rangers pour châtier les Abénakis de Saint-Francois du Lac de leur attachement aux Français, et de l’outrage récent qu'ils avaient

fait à deux de ses ambassadeurs, les capitaines Kennedy

et Hamilton. Le général les avait députés auprès d'eux avec des dépêches pour Wolfe, dans l’espérance qu’ils accepteraient la paix et les laisseraient passer. Mais, dès leur arrivée à Saint-François, les chefs les

1 — ler novembre 1759. \ 2— Mémoires, vol, II, p. 153.

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MONTCALM ET LÉVIS 303 avaient saisis et conduits à Montréal, L’'intéressante mission de Saint-François, fondée vers 1680, était sise sur la rive droite de la rivière Saint-François, à deux lieues à peu près de son embouchure ! Une des tribus ahénakises s’y était fait un petit oasis à la manière des sauvages, c’est-à-dire une éclaircie dans la forêt, semée de maïs, avec un groupe de maisonnettes et une chapelle, d’un extérieur simple, mais riche à l’intérieur de beaux vases sacrés et d’ornements d’autels, offerts en partie par les rois de France. A force de patience et de labeurs, les missionnaires qui les avaient °?sservis de génération en génération, leur avaient inculqué quelques principes rudimentaires de catholicisme et de civilisation, qui avaient adouci sur certains points leur barbarie primitive; mais ils étaient toujours restés les farouches enfants des bois, avec leurs instincts féroces et leurs habitudes imprévoyantes et vagabondes. Comme toutes les peuplades de l’'Acadie, d’où ils avaient émigré à la suite des guerres d’extermination que leur avaient faites les habitants de la Nouvelle-Angleterre, ils étaient les ennemis implacables de ces colons, en même temps que les alliés fidèles des Français, dont ils comparaient la bienveillance avec la cruauté de leurs voisins, Durant la dernière guerre, comme dans les précédentes, ces Abénakis avaient été les plus acharnés ennemis des Anglais, se glissant partout sur leurs frontières, surprenant les colons dans leurs champs, incendiant les villages, aussi bien que les maisons isolées, exterminant les bestiaux, massacrant sans dis-

1 — L'abbé Maurault, Histoire des Abénakis, p. 273.

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