‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 3)Chapitre 27 sur 58 · RS · texte numérisé non relu

RS

l'ennemi, dont la cavalerie s'était montrée dans le voisinage, Ce monastère, avec son hôpital délicieusement situé dans un endroit salubre au bord de la rivière Saint-Charles, à un mille de Québec, était alors ouvert aux blessés des deux armées qui y jouissaient des mêmes soins,

“ Quand, dit-il, nos pauvres malades recevaient l’ordre de sortir de nos détestables hôpitaux militaires pour y être transportés, 1ls ne pouvaient assez exprimer leur joie et leur contentement. Chaque patient a son lit entouré de rideaux, avec une religieuse qui en prend soin, Les lits sont rangés de chaque côté des salles, séparés chacun par un espace suffisant pour qu’une personne y circule ; les salles sont balayées et époussetées chaque matin, puis aspergées de vinaigre, de facon que létranger qui y passe ne s’apercoit d'aucune odeur désagréable, Chaque officier a son appartement particulier. Les religieuses sont en général jeunes, d’un extérieur agréable, polies, mais de la plus stricte réserve ”.

Knox continue: “ Je vivais ici à la table du roi de France avec une société agréable et polie, composée d'officiers, des directeurs et des commissaires. Quelquesuns étaient mariés, et leurs femmes nous honoraïent de leur compagnie, Elles étaient généralement gaies, excepté quand la conversation tombait sur les désastres de la dernière campagne. Alors elles donnaient cours à leur afliction, qu’elles exprimaient par des soupirs et par des : O mon Dieu ?!

La communauté de l’'Hôpital-Général, dont une bonne partie était issue des familles nobles ou distinguées du pays, avait pour supérieure la Mère de Saint-Claude

le voisiisement rivière ouvert s mêmes

it l’ordre pour y ner leur son lit n prend s salles, qu'une époussede façon d'aucune urtement es, d’un éserve ”.

u roi de ‘om posée

uelquesaient de t gaies, désastres nt cours

oupirs et

1e bonne ruées du ht-Claude

de la Croix, sœur de M. de Ramezay, commandant de Québec. Elle semblait avoir été choisie tout exprès pour traverser ces temps difficiles. Femme du monde accomplie, en même temps que parfaite religieuse, elle sut se concilier non seulement l'estime, mais l’amitié des conquérants, par son tact, son esprit, sa haute raison.

“ Deux ou trois jours après mon arrivée, dit Knox, une des sœurs me remit un gracieux billet de la Mère de Saint-Claude, m'invitant à prendre part à ce qu’elle appelait un déjeuner anglais.

— “ Si vous êtes prêt, me dit la sœur, j'aurai l’honneur de vous conduire.

“Je suivis mon guide qui m'introduisit dans une salle spacieuse, où je trouvai la supérieure avec plusieurs religieuses occupées à des ouvrages d’aiguille, Sur une table au centre de la pièce étaient placés deux cafetières et deux autres vases, un uros pain, une assiette de beurre et un couteau; sur une autre assiette étaient empilées cinq ou six tranches de pain, beurrées d’un pouce d'épaisseur, et de la moitié de la grandeur du pain. En entrant, je saluai la plus âgée des dames qui se trouva être la supérieure, et ensuite les autres. Deux chaises furent immédiatement approchées de la table, et M" de Saint-Claude me faisant signe de prendre ma place, je m’assis en même temps qu’elle. Elle me dit en me montrant les deux cafetières, que l’une contenait du thé, l’autre du lait, S’apercevant que le thé n’était pas à mon goût, car il était noir comme de l'encre, elle m'assura qu'il y en avait une demi-pinte dans la cafetière, et qu’il avait été bien bouilli dans l'eau. Je lui dis qu'il état vraiment trop bon pour

ER eE CS

moi, et que je ferais un bon repas avec du pain et du lait. Je fus confus des excuses qu’elle me fit, me priant de remarquer que ce n’était pas la coutume dans le pays de prendre du thé, si ce n’est en cas de maladie. Là-dessus elle m'offrit avec empressement de faire venir du café, ce que je refusai, Je fis un excellent repas de ce qui se trouvait sur la table ; et je passai près de deux heures des plus agréables en conversation avec cette vieille dame et ses virginales compagnes. Quand le temps le permettait et que j'étais libre, je me promenais assez souvent dans le jardin, avec un ou deux des officiers francais. D’autres fois je jouais au piquet avec eux ”.

Cette semaine passée avec les habitués du cloître, s'écoula trop vite au gré du brave Ecossais, et lui parut comme une idylle au milieu de sa rude vie de soldat,

En rentrant dans ses quartiers, le capitaine trouva la ville toute pleine de rumeurs. Les cavaliers de la Rochebeaucour et des partis de sauvages s'étaient montrés à Sainte-Foye, et jusqu'à Beauport, où ils avaient fait quelques prisonniers. Le capitaine Canon, avec Îa flotte du munitionnaire, ancrée au-dessus du Richelieu, avait dessein de forcer le passage devant Québec pour retourner en France, Ce ne fut cepenuant que le 22 novembre qu'elle parut à la hauteur du cap Rouge. Elle ne se composait que d’une douzaine de voiles, deux frégates et deux autres navires en ayant été détachés pour hiverner à Sorel! Le capitaine Canon appareilla hardiment durant la nuit obscure du 24, et franchit le

1— Journal de Lévis, p. 231.

n et du priant lans le naladie.

le faire xeellent » passai arsation pagnes.

e, je me ou deux piquet

cloître, ui parut soldat.

trouva rs de la nt Imonavaient | avec la ichelieu, ec pour e le. 22

Rouge.

es, deux détachés ppareilla anchit le

passage, malgré les boulets et les bombes lancés de la haute et basse ville, Trois frégates et un navire s'étaient échoués dans le trajet, Les équipages les abandonnèrent, après y avoir mis le feu, Un de ces vaisseaux, l’Elizabeth, wayant pas brûlé, les Anglais envoyèrent une voélette armée pour s’en emparer ; mais le commandant français lanca sur elle deux de ses embarcations, montées de ses plus braves marins, conduits par son second, M. de la Giraudais. Ils l’abordeèrent sous le feu de ses canons et de sa mousqueterie, Ja saisirent et allèrent triomphalement rejoindre la flotte, Après qu’elle eut disparu, le capitaine Miller, du ÆRucchorse, destiné à hiverner à Québec avec le Porcupine, vint, avec une quarantaine d'hommes, prendre possession du vaisseau échoué, que l’imprudence de ses propres gens fit sauter avant qu’ils l’eussent quitté, Un habitant du voisinage, attiré jar l'espoir de recueillir quelques provisions parmi les épaves, les trouva entourées de morts et de blessés affreusement mutilés. 11 porta chez lui les survivants avec l’aide de ses voisins, leur prodigua les premiers soins et vint donner avis à Québec, où ils furent transportés ; presque tous moururent en peu de temps.

Dans les derniers jours de novembre, la bordée de neige de la Sainte-Catherine étendit, comme d'habitude, son voile blane sur le front chauve du cap Diamant et sur la contrée qu’il domine. Les vieux chasseurs prédisaient un hiver précoce et rigoureux: ils faisaient remarquer le départ hâtif des outardes, des barnaches et autre gibier d'automne, Ils prétendaient en

voir encore des indices dans linstinct prévoyant des

bêtes forestières, A la mi-décembre, le fleuve charriait déjà d'énormes champs de glacons. L'hiver du Canada était définitivement établi, avec ses avalanches de neige enveloppant tout de sa blancheur uniforme, ses ouragans, ses nuages de poudrerie, ses froids hyperboréens, ses bises glaciales fouettant les joues, les déchirant comme des morsures. Et quand le ciel redevenait serein, le soleil versait un déluge de lumière sans chaleur, sur la nappe éblouissante déroulée à perte de vue; puis venaient les longues nuits claires, avec leurs aurores borcales et leurs myriades d'étoiles, Les soldats, trop légèrement vêtus, ne savaient comment se défendre contre les rigueurs d’un tel climat, Les sentinelles, quoique relevées d'heure en heure, revenaient avec les pieds, les doigts insensibles, et presque sans connaissance, “% Il y a eu à Québec, écrivait Malartie, deux sentinelles de gelces; nos partis enlèvent quelquefois celles des postes avancés 1?,

‘“ Aux heures de parade, rapporte Knox, sur la place d'armes, nos gardes ont une apparence des plus grotesques sous leurs divers accoutrements, Les moyens que nous inventons pour nous garantir contre l'extrême rigueur de ce climat sont variés au delà de toute imagination, L’uniforme si propre et si régulier du soldat est enseveli sous la grossière robe de fourrure des habitants de la froide Laponie, Nous ressemblons plutôt à ue mascurade qu'à un corps de troupes régulières; et il m'arrive souvent d’être accosté jar des personnes de ma connaissance que je reconnais à la voix, mais qu’il

l— Journal, p. 303.

l'a urs

en

don

dev

réq Ch:

esec

me] daie abat atte A

enne

riait nada de , ses per-

les redenière perte avec Les nt se sentiaient sans lartie, quel-

place gTooyens trème magisoldat habiutôt à 8; et es de qu’il

MONTCALM ET LÉVIS 319 m'est impossible de distinguer sous leur costume, En outre, tout le monde paraît être continuellement pressé, car au lieu de marcher tranquillement dans les rues, chacun se précipite et va au pas de course 1 ?,

Le capitaine fut nommé de garde à la basse ville, un jour que le sol s'était couvert de verglas à la suite d’un dégel accompagné de pluie. “11 nous fut impossible, dit-il, de marcher dans la côte sans danger d'accident avec nos fusils chargés, Force nous fut de nous asseoir et de nous laisser glisser du haut en bas l’un après l'autre ?”.

Les Highlanders, avec leurs genoux à l'air, selon leur costume national, avaient plus à souffrir du froid que les autres troupes, ceux du moins qui n'eurent pas l'avantage d’être de garde à lHôpital-Général et aux ursulines ; car les bonnes religieuses, touchées de pitié, employèrent leurs rares loisirs à tricoter des grands bas, dont elles leur firent présent.

La coupe et le charroi du bois de chauffage étaient devenus la principale occupation des troupes, malgré les réquisitions de combustible exigées des paroisses voisines. Chaque matin, quand le temps le permettait, des escouades de bûcherons, escortés par de forts détachements destinés à les défendre en cas d'attaque, se rendaient dans les bois de Sillery et de Sainte-Foye, où ils abattaient et débitaient les arbres. D’autres soldats attelés sur des traîneaux transportaient le bois en ville.

A Montréal, la population avait à lutter contre un ennemi plus redoutable que le climat, ectait la faim.

1 Anox's Journal, vol. IT, p.231.

Jamais depuis le commencement de la guerre elle ne s'était auss: cruellement fait sentir. Une barrique de vin se vendait deux mille quatre cents livres ;’ un minot de sel de trois à quatre cents; le pain valait huit sous la livre, le lard quarante, le bœuf vingt, un chou coûtait vingt sous, une douzaine d'œufs cinquante, Durant l'été suivant, la barrique de vin fut portée jusqu’à dix mille livres, et le reste en proportion.

On se demande comment la constance du peuple ne se démentit pas plus que le courage du soldat en présence d’une misère si profonde, venant s'ajouter aux malheurs de la dernière campagne, Deux choses y contribuaient plus que tout le reste : l’accord rétabli entre les chefs, lequel amenait l'unité dans le commandement ; et la confiance extraordinaire qu’inspirait l’habileté du général de Lévis. Grâce à son exemple et à ses paroles, les dissensions qui naguère avaient causé tant de maux, disparaissaient rapidement, ‘“ Des citoyens aisés, dit Pouchot, se faisaient un plaisir de nourrir leurs défenseurs ; l’on vivait fort cordialement ensemble, des mal- . Pouchot en

heurs communs resserrant cette union” cite des exemples personnels :

— Monsieur, lui dit un jour une dame, les vivres sont très chers; on a bien de la peine à avoir des provisions, Faisons ordinaire ensemble: ce que vous y mettrez et ce que j'ai, nous feront vivre plus aisément”.

Durant les deux mois et demi qu’il séjourna à Montréal, Pouchot pressait souvent cette dame de recevoir queique argent pour les dépenses qu'il lui causait,

— “ Nous compterons à la fin de l'hiver, lui répondaitelle invariablement ”. A son départ, 1l lui devait deux

e ne e de \inot sous ûtait 1rant h dix

le ne l prér AUX | CONentre ment ; eté du aroles, maux, is, dit défens malhot en

vivres >s proous y nent”.

Mont- Bcevoir {.

bndaitt deux

mille livres, et malgré les instances les plus vives, il ne put réussir à faire accepter la moindre somme à cette femme généreuse, “Plusieurs autres officiers, ajoute Pouchot, ont eu à se louer de procédés pareils 1”,

A Ja fin de l'automne, l’armée avait suivi par la

pensée la garnison de Québec embarquée pour l’Europe, A la veille du départ, quelques-uns de ses officiers, comme Joannès, Marcel et autres, avaient obtenu

l'autorisation d’aller dire adieu à leurs camarades, à Jacques-Cartier, et s'étaient chargés de messages pour leurs familles et leurs amis. Durant la dernière campagne, on avait été privé de toute communication comme pendant l'hiver, Les derniers liens qui rattachaient au vieux monde s’étaient brisés au départ de la flotte du munitionnaire, Personne ne pouvait dire quand ces liens pourraient être renoués, Le chevalier Le Mercier avait été chargé par Vaudreuil d’aller exposer à la cour de Versailles l'extrémité où était la colonie, et demander de prompts et énergiques secours. Il avait emporté avec lui les dernières dépêches du gouverneur et la correspondance de l’armée, Dans une lettre écrite à M"*° Hérault de Séchelle:, Bougaiuville a exprimé, sans y songer, le sentiment général, en écrivant ses propres pensées. Il résume d’abord, en quelques mots, les derniers événements. “ La neige et les glaces vont enfin terminer notre campagne, ma chère maman; je reste pour faire l’arrière-garde et conduire les dernières troupes dans leurs quartiers. Il est temps de prendre

1 Mémoires, vol. II, p. 160.

un peu de repos, J'ai passé près de quatre-vingts nuits blanches, souffert des fatigues incroyables et des misères d’un genre inconnu en Europe, Je ne m'en sens que plus zélé à défendre nos malheureux débris, et il ne tiendra pas à moi qu'on r'affronte et ne supporte les dernières extrémités avant que de quitter la partie. Soyez assurée, ma chère maman, que le nom de votre enfant ne se prêtera jamais à rien de faible.

# Par le départ de la garnison de Québec, je vous ai informée du fatal événement qui nous a coûté notre général et Québec; des efforts que j'avais faits pour empêcher la prise de cette place ; des commissions particulières que j'ai eues pendant toute la campagne où l’on m'a toujours confié un corps d'élite; des petits succès que la fortune m'a procurés, Il ne me reste qu'à vous dire que chaque instant me rend plus sensible la perte de M. le marquis de Montcalm, quoique je trouve dans M. le chevalier de Lévis les mêmes bontés et la même confiance dont m’honorait notre infortuné général, Je le pleurerai toute ma vie, et j'ai du moins la consolation de voir que tout le monde iei partage ma douleur,

“ Si la paix se conclut cet hiver, au nom de Dieu! procurez-moi mon rappel, et ne me laissez pas dans cet exil éloigné de vous et de tout ce qui m'est cher... Je suis maintenant comme l'oiseau sorti de sa cage, et

je ne crois pas que l’on m'y rattrape.

“ Vous sentez bien, ma chère maman, qu’enfermés comme nous le sommes, il ne nous est parvenu aucune nouvelle d'Europe, Si j'en avais seulement reçu de votre santé, je serais tranquille, au lieu que j'ai la plus.

nots des n’en 8, et Jorte tie,

votre

us ai notre pour sions Jagne petits reste ; senoique 1èmes notre et j'ai de ici

Dieu !

dans LE) PT ge, et

ermés ucune çu de plus-

vive inquiétude, et en vérité je n’y vois point de bornes, Il y a tant à gagner À vous faire l'interprète des sentiments du cœur, que je vous supplie, ma chère maman, de vouloir bien l'être des miens auprès de mon camarade et de sa charmante femme, Je ne puis leur écrire, manquant de papier et de temps. Je mets dans un autre bâtiment une lettre pour mon frère, afin que tous mes œufs ne soient pas dans un panier, Je vous prie de le lui dire, en cas qu’elle ne lui parvienne pas. Le sort de ces vaisseaux est extrêmement aventuré …. Aïmez toujours, ma chère maman, un enfant qui vous aime de tout son cœur, Hélas ! quand pourra-t-il vous le dire Jui-même 1”,

Le peuple aussi bien que l’armée sentaient que le dénouement de la crise ne pouvait tarder, Cette pensée rendait les uns et les autres plus impatients de la paix : les Francais pour rentrer dans leur patrie, les Canadiens pour rétablir un peu d'ordre dans leurs foyers dévastés et réparer leurs ruines. En attendant, la société de Montréal s’étourdissait comme avait fait celle de Québec durant les hivers précédents, Le faible traitement des officiers pouvait à peine suffire aux premiers besoins de la vie, attendu le prix exorbitant de toutes choses. On conçoit l’avidité avec laquelle ces officiers couraient à toutes les distractions, au sortir de l'esclavage militaire et de la dure campagne qu’ils venaient de faire. Où prenaient-ils des ressources ? “Le jeu y suppléait, dit Pouchot. Le plus gros qu'on imagine en France n’est rien en comparaison de celui qui se jouait, L’intendant et

1 —9 novembre,

PQ A D TE LT ag

M er re Pi

324 MONTCALM ET LÉviIs

les dames de sa société, ainsi que les officiers canadiens qui, la plupart avaient beaucoup gagné par leurs pacotilles, perdaient des sommes dont les officiers francais profitaient, Quelque de ceux-ci ont rapporté encore en France beaucoup gent 1”,

Vaudreuil et Lévis fermaient les yeux, ou ne réagissaient que faiblement contre ces entraînements qui surgissaient, en partie, de la situation, Ces amusements jetaient la ville dans un tourbillon qui y maintenait la vie et faisait oublier bien des privations, Les deux commandants étaient d'ailleurs absorbés par un bien plus grand souci: celui de préparer la revanche, La parfaite entente qui régnait entre eux doublait leurs moyens d'action ; d'autre part, le tyrannique intendant, menant de front, comme toujours, les plaisirs et les affaires, créait des ressource force d'activité, portait partout son œil d'oiseau aie, et se faisait livrer par les habitants ce qui leur restait de grains et de bestiaux, sans autre compensation qu'un papier-monnaie tellement discrédité qu'on n'en voulait plus, ‘“ Guerre et pitié ne s’accommodent point ”?, écrivait-il à Lévis 2,

Le plan de campagne du général fut prêt avant le 1* décembre : il était aussi hardi que promptement concu, et clairement élaboré. Dans le mémoire qu’il présenta au gouverneur, il lui faisait comprendre que la célérité était la condition du succès, et il proposait d'emporter Québec d'assaut au cœur de lhiver, Vaudreuil, séduit par l'exposé lucide du général, donna son assentiment sans hésitation, et l’entreprise fut résolue.

1 — Mémoires, vol. II, p. 158.

2__ 4 octobre 1759.

iens RHIN \cais

core

agisnents la vie com- 1 plus rfaite Loyens enant ffaires, artout par les stiau x, tellere et 8 2, vant le tement ke qu'il dre que 'oposait Vauina SON résolue.

On prépara un grand nombre d’échelles, et tout ce qui était nécessaire à l'expédition, L'ordre de marche fut même écrit et prêt à être proclamé, La question la plus difficile était celle des vivres ; on espérait cependant la résoudre, Chaque habitant fut requis de tenir prêt un mois de provisions, tant pour lui-même que pour les soldats qu'il logeait, Mais un obstacle imprévu forca d’ajourner l'expédition: les froids excessifs firent arrêter les moulins, et empêchèrent de réduire les blés en farine, On fut même obligé de faire descendre près des deux tiers de la garnison du fort Lévis, sans quoi elle serait morte de faim, Le général aurait voulu entretenir pendant tout l'hiver un gros corps de sauvases et de coureurs canadiens dans les bois de Lorette, d'où ils auraient fait des course: continuelles aux environs de Québec, pour empêcher la garnison anglaise de couper du bois, ct la tenir nuit et jour en alerte ; mais \ même difficulté des vivres le contraignit de renoncer

e projet, Le major Dumas, réduit à sa faible garnison de Jacques-Cartier, ne put que détacher de petits partis pour inquiéter les avant - postes anglais. Ceux - ci s'étaient établis avec du canon dans les églises de Lorette et de Sainte-Foye, qu’ils avaient entourées de solides retranchements palissadés, munis de nombreuses garnisons.

Le fort Jacques-Cartier, dont on distingue encore très bien les restes sur le côté droit de la rivière, avait une forme oblongue fort irrégulière, Son enceinte contournait la crête d’un promontoire qui rappelle Québec en miniature, Les constructions du fort étant

trop petites pour loger toute la garnison, une partie des

soldats s'étaient fait à l'extérieur des cabanes avec tout ce qu'ils avaient pu trouver, La misère s’y montrait plus grande encore qu’à Montréal, Les troupes étaient presque nues ; leurs vêtements usés et déchirés tombaient en loques!, Elles ne pouvaient vivre qu’en achevant de ruiner les habitants des paroisses environnantes,

“ A peine, dans chaque famille, raconte un ancien curé du lieu, put-on conserver ce qui était absolument nécessaire pour la subsistance. Heureuse celle où on laissait une seule vache, Ceux des habitants qui purent conserver un mouton ou deux, n’y réussirent qu’en cachant soigneusement ces animaux jusque dans leurs caves, pour les soustraire aux recherches continuelles que l’on faisait pour se procurer des aliments 2”.

Le fort Jacques-Cartier devint le dépôt général du matériel et de l'équipement destinés à l’expédition contre Québec. Lévis n'avait attendu que l'ouverture des chemins d'hiver pour en faire commencer le transport, sur des traîneaux expédiés de Montréal et des forts voisins. Tandis que Bourlamaque, épuisé, gardait la chambre pour réparer ses forces ; que Bougainville, plus exténué encore, prenait le lit #, le général ne parais-

1— Lettre de la Rochebeaucour à Bougainville, 28 octobre

2__ L'abbé Gatien, Histoire de la paroisse du Cap-Santé. # Nous sommes obligés de leur enlever de force le peu d’animaux qui leur restent pour leur vie, étant à la dernière extrémité à ce sujet ”, Lettre du chevalier de Lévis, 14 juillet 1760, p.371.

3— Il avait même été forcé de le garder avant de quitter la Pointe-aux-Trembles. De Caux à Bougainville, ler novembre 1759,

tout trait aient tomju’en iron-

neien ment où on Jurent qu'en leurs uelles

ral du contre re des sport, 5 forts dait la inville, parais-

octobre

p-Santé.

u d’ani- ‘e extréet 1760,

uitter la byembre

sait pas s’apercevoir des fatigues et continuait à se livrer à un travail hereuléen. Voyant l’impossibilité de faire avancer immédiatement son armée, il songea à profiter du temps où le passage des glaces devant Québec, au fort de l'hiver, y rend la traversée du fleuve difficile et dangereuse, pour porter un détachement de quatre cents hommes À la Pointe-Lévis. Par cette manœuvre, il enlèverait aux Anglais la meilleure partie de leurs approvisionnements venant de cette côte, et s’en serviait pour sa propre armée. Malheureusement, la continuité du froid retardant toujours là mouture des grains, fit ajourner jusqu’à la fin de janvier le départ de l’expédition, Le capitaine de Saint-Martin, qui la commandait, émule de Repentigny en bravoure et en intelligence, n’arriva à la Pointe-Lévis que pour voir le pont de glace se former devant la ville.

La rumeur de l'attaque projetée du chevalier de Lévis y avait transpiré, causé de vives alarmes et donné cours à des rapports fantastiques. Le général francais, disait-on dès le mois de novembre, rassemblait une armée de quinze mille hommes, composée des troupes régulières et de tout ce qu'il y avait de plus aguerri parmi les Canadiens, et s'avancerait bientôt pour emporter Québec d'assaut, En décembre, on précisait le jour de cet assaut : il se ferait dans la nuit du 22 ; car le nouveau Don Quichotte (c’est-ainsi qu'on désignait le général) se vantait de venir diner à Noël dans Québec, à l'ombre du drapeau francais. Il avait fait construire une quantité d’échelles, et exerçait ses troupes en leur faisant escalader des remparts de neige, Des informa-

328 MONTCALM ET JLÉVIS

tions prises à de meilleures sources firent taire les moqueries,

L'infatigable Repentigny se montrait si actif, avec sa poignée d'hommes campés à la Pointe-aux-Trembles, il surprenait, tuait ou enlevait si souvent les sentinelles ou quelques-uns des “bûcheurs ” qu’on craignait l’apparition de ses francs-tireurs jusque sous les murs de Québec, Ses partis de sauvages venaient de prendre coup sur coup six Anglais quis’amusaient à patiner sur les glaces au pied du capl. Le général Murray réitéra l: défense déjà faite de ne laisser franchir les portes de la ville à aucun soldat sans qu'il eût un passeport.

Saint-Martin se fortifia dans l’église et le presbytère de la Pointe-Lévis, et mit en marche plusieurs convois de vivres, Connaissant bien quel épouvantail étaient les sauvages pour les Anglais, àl fit savoir à Québec qu’il avait à sa disposition un bon nombre d’habiles perruquiers prêts à faire la chevelure à tous les demandants.

Le 13 février, à la pointe du jour, le major Dalling traversa le fleuve sur la glace avec l'infanterie légére, quelques pièces d'artillerie, et commença à canonner l'église, pendant qu’un autre corps de deux cents hommes descendu plus bas, l’attaquait du côté de l’est, Le capitaine de Saint-Martin, dont le détachement était beaucoup diminué par l'envoi de plusieurs partis dans les paroisses environnantes, pour y faire des levées de vivres, fut abandonné aux premiers coups de canon par les sauvages qui gagnèrent les bois. Il fit cependant

1— Journal de Malartic, p. 306.

les

ec s@ bles, elles x pPpas de 2ndre T sur Gitéra es de

ytère n vois taient uébec abiles »man-

alling légere, Lonner cents té de ement partis levées canon ndant

une résistance opiniâtre, jusqu’à ce que se voyant sur le point d’être cerné par des forces supérieures, il se replia sur le coteau voisin, où il continua à se défendre, puis derrière des retranchements construits un peu plus haut pendant le siège, d’où il retraita en bon ordre jusqu'au delà de la rivière Chaudière, Quoique les rangers qui s’attachèrent à sa poursuite, fussent monté sur des raquettes aussi bien que ses hommes, ils ne purent lui faire que seize prisonniers, dont un oflicier.

Quelques jours après, sur l'avis qu’un parti ennemi venait faire une reconnaissance, ‘“ il passa la rivière, s'embusqua et les attaqua. Il en tua beaucoup, fit quelques prisonniers et dispersa le reste 1”, Il s'avanca même jusqu'en face de Québec, après avoir grossi sa troupe d’une partie de la garnison de Jacques-Cartier, envoyée par Dumas pour reprendre le poste de la Pointe-Lévis ; mais les Anglais y étaient en force, barricadés et munis de canons. Une sortie conduite par Murray en personne avec plusieurs régiments, l'obligea de battre en retraite. Bourlamaque, qui était descendu jusqu’à la Pointe-aux-Trembles pour se mettre à la tête de l'expédition, reconnut l'impossibilité de s'approvisionner de ce côté, et retourna à Montréal. Les Anglais se vengèrent de ces attaques en incendiant une centaine de maisons à la Pointe-Lévis, trois moulins et plusieurs autres constructions au calvaire de Saint-

. Augustin, Le capitaine Donald McDonald, avec cinq

cents Ecossais et troupes légères, y avait surpris un poste où commandait le capitaine Herbin, avec cent

1 Journal de Lévis, p. 239.

cinquante hommes, l'avait mis en déroute et en avait pris la moitié. Herbin n'eut que le temps de fuir, laissant derrière lui sa montre et son chapeau à plumes. Il fut blâmé par M. de Repentigny, qui aurait eu le temps d’accourir, si on lui avait fait les signaux convenus. L’alarme fut grande à Jacques-Cartier. On crut que les Anglais arrivaient en masse pour emporter le fort d'assaut, La: milice des Trois-Rivières et deux cent vingt-cinq hommes du régiment de Languedoc furent mis en mouvement. Dumas les fit rétrograder, sur les rapports de ses éclaireurs qui lui apprirent que les ennemis avaient repassé la rivière du cap Rouge. La frontière du lac Champlain avait été fort tranquille dans le cours de cet hiver. Les Anglais s’étaient tenus renfermés dans Saint-Frédérie et Carillon ; et les Francais, faute de vivres, n'avaient pu y faire que de rares courses, À la fin de l'hiver cependant, M. de Langy y dirigea une découverte avec son habileté et son audace ordinaires. Il tendit une embuscade avec un parti de sauvages au-dessus de Saint-Frédéric, et fit neuf prisonniers dont trois ofliciers, Ce fut son dernier

exploit. A la descente des glaces qui eut lieu peu de jours après, ayant voulu traverser le fleuve pour aller à la chasse, son canot chavira sur un glacon et il se noya. Sa mort fut un deuil pour toute la colonie. Aucun chef de parti ne fut plus estimé ni plus digne de l'être.

avait fuir, umes, eu le on ven crut rter le deux zuedoc rader, it que uge.

tranétaient et les que de M. de ileté et e avec e, et fit dernier peu de ir aller t il se olonie, ; digne

Page 1