‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 3)Chapitre 36 sur 58 · IRD NE TANT END · texte numérisé non relu

IRD NE TANT END

Nous sommes, en effet, plus que de vieilles connaissances, nous sommes des amis intimes du marquis. Au reste, tout ce qui porte le nom de Canadien ou d’Acadien est cher à M. de Montcalm. Ilne parle de notre pays qu'avec attendrissement ; il lui porte toute l'amitié, je devrais dire toute la tendresse que lui avait vouée son immortel bisaïeul,

— “Je les aimais comme mes enfants ! ”

écrivait le général expirant au commandant anglais Townshend, en lui recom-

mandant les Canadiens.

Le petit-fils a recueilli ce testament de son aïeul, et il l’exéeute avec toute la chaleur du sang méridional qui coule dans ses veines et qu'il a hérité de lui. Aussi avec quelle effusion de cœur il nous tend ses deux mains et nous embrasse ! Avec quel empressement il approche de la, belle flamme du foyer un fauteuil près du sien ! Avec quel intérêt il nous interroge et veut savoir les moindres incidents de

notre vie sociale !

Pour le marquis de Montcalm, le passé et le présent du

Canada n'ont pas de secrets,

Vous avez hâte que je vous dise quelle est sa physionomie,

quel est l'ensemble de sa personne.

Le marquis de Montcalm est, à s’y méprendre, le portrait du général, son ancêtre. Même stature, toute petite (à peine cinq pieds), même coupe des épaules, même corpulence, même démarche, dit-on, même tête, peut-être un peu moins forte et moins osseuse, Il est dans ses soixante ans, quelque peu chauve. Des yeux brillants abrités sous de fortes arcades. 11 a la figure mobile, un sourire d’une infinie douceur et un timbre de voix plus doux encore. Sa parole, pleine d'épanchement, prend des accénts maternels, tant ils sont suaves,

APPENDICE 437 quand il parle de ce qu'il aime le plus, je veux dire de notre

pays.

Son salon, sa salle à manger, sa chambre à coucher, meublés avec un goût aussi simple qu'exquis, sont ornés d’une profusion de portraits de famille, tous plus précieux les uns que les autres. Le plus en vue est la belle toile qui représente le général de Montcalm en costume militaire, avec sa cuirasse aux reflets métalliques ; c'est le meilleur que l’on connaisse, et c’est celui qui a servi de modèle à la copie envoyée par le marquis à Québec. Du reste, il répond bien à son caractère à

la fois fier et bon enfant.

LZ

Voici le duc de Lévis, grand-oncle du marquis ; M.de Mon-

tausier, l'austère due et pair de France, qui, dit-on, a servi de

type au misanthrope de Molière, Mme de Damas, Mme de

Montcalm, sœur du duc de Richelieu, ete., ete, A côté, voici la gravure si connue qui représente la mort de Montcalm ; puis, sur le panneau voisin, l’obélisque commémoratif du

jardin du fort à Québec.

Puisque nous sommes au milieu de tous ces illustres morts, c'est le lieu de parler de la généalogie de Montcalm, d'autant qu'il ne serait guère pardonnable à nos compatriotes de n’en

pas connaître au moins les principales figures.

La maison de Montcalm est originaire du Rouergue, et connue depuis Simon de Montcalm, seigneur de Viala et de Cornus. Son fils Hayral épousa, en 1302, Réveilladg de Chavanon, dont le petit-fils Bernard acquit la terre de Saint-Véran de la maison d'Armagnac. Par le mariage de Gaillard de Montcalm, fils de Jean, avee Marguerite de Joyeuse, la terre

de Candiac, où naquit le héros du Canada, devint la propriété

de la famille.

Après sept générations, on arrive à Louis Daniel, dit le marquis de Saint-Véran, seigneur de Candiac, marié le 30 avril 1708, à Marie-Thérèse de Lauris de Castellane d’Ampus, de qui sont issus deux fils et trois filles : Louis-Joseph (notre héros) ; Jean-Louis-Pierre-Elizabeth, petit prodige mort à l’âge de sept ans, sachant déjà le grec et le latin, trop précoce pour vivre ; Louise-Françoise-Thérèse, plus tard Mme de Lunas; Louise-Charlotte, Mme de Massilian ; et Thérèse-

Macrine, Mme de Faret, marquise de Fournès,

Louis-Joseph avait épousé, le 3 octobre 1736, Angéline- Louise Talon du Boulay, dont il avait eu deux fils et quatre filles dont l’une mourut très jeune : Louis-Jean-Pierre-Marie, l'aîné, dont il sera question ci-après, et Gilbert - François- Déodat, chevalier de Malte. Chacune des trois filles devint respectivement Mme de Coriolis, Mme Doria, de la famille Doria, de Gènes, et Mme la vicomtesse de Damas, arrièregrand'mère maternelle du représentant actuel de la famille, le marquis Victor, notre ami. La mère du général, dit-il, était une femme supérieure, uont on se souvient encore dans le Midi. C'était une romaine devenue chrétienne. Elle avait converti au catholicisme son mari, né huguenot, et avait exercé la plus grande influence sur son fils. Ce fut elle qui, malgré sa belle-ille, caractère timide et un peu effacé, avait engagé le général à passer en Amérique. Celle-ci ne pardonna jamais à sa belle-mère la mort de soi mari qu'elle attribuait à ses conseils. Elle en fut inconsolable, et ne

quitta plus le château de Candiac où elle mourut.

Son fils, Louis-Jean-Pierre-Marie, comte de Montcalm, marquis de Saint-Véran, maréchal de camp, fut député de la noblesse de Carcassonne aux États généraux. J'ai sous les

yeux un beau portrait de lui, don de son petit-fils. Il porte

‘en exergue ce quatrain qui respire bien l’esprit du temps:

Digne fils d’un héros, modèle des guerriers, Il sait par des vertus soutenir sa mémoire.

Montcalm au champ de Mars périt couvert de gloire,

Et Montcalm citoyen renaît sous ses lauriers.

Le député de la noblesse ne tarda pas à être désigné pour la proscription. Il n'émigra cependant pas et se tint caché à Paris pendant la Terreur, ne sortant qu’à la nuit close. La sentinelle placée à sa porte ne le trahit pas, y trouvant son

intérêt, car son silence était largement payé.

Un horrible incident de famille se rapporte à cette date. Un neveu qui partageait la retraite de son oncle, le comte de Damas, à peine âgé de dix-sept ans, jeune homme charmant, se livrait à des imprudences naturelles à son âge, malgré les recommandations de son oncle. Las de sa captivité, il n'attendait pas toujours le soir pour sortir. Il fut reconnu, arrêté, amené devant le tribunal révolutionnaire, condamné et traîné

à la guillotine.

Au retour des Bourbons, le comte de Montcalm fut nommé lieutenant général par Louis XVII, et mourut à Montpellier avant les Cent Jours. Il était né en 1739 et avait épousé Jeanne-Marie de Lévis, nièce du vainqueur de Sainte-Foye.

Son fils aîné, Louis-Hippolyte, maréchal de camp, chevalier de Saint-Louis, épousa Armandine du Plessis-Richelieu, sœur du duc de Richelieu, ministre des affaires étrangères sous la

Restauration. T1 mourut sans postérité.

Mme de Montcalm a joué un rôle à Paris parmi les femmes

célèbres de son temps. Douée de beaucoup de charmes exté-

rieurs et intellectuels, elle réunissait autour d'elle un cercle d'esprits d'élite, C’est dans son salon que son frère, le due de Richelieu, recevait le grand monde officiel, et ce qu'il y avait de plus distingué à la ville et à la cour, comme on

disait jadis.

Je me souviens qu'en 1874, passant l'hiver à Nimes en compagnie de mon ancien précepteur, l'abbé Bouchy, je voulus, en mémoire de Montcalm, visiter, dans le voisinage, le château de Candiac, devenu la propriété de la famille de Bernis. Le château était désert, les Bernis, selon la tradition de la noblesse, passant toujours l'ki;er à Paris. L'intendant me reçut avec une politesse parfaite, et me fit visiter le château, vaste édifice, d’une architecture simple et sévère,

dont il ne reste cependant plus que la moitié.

— Quelle est la cause -de cette démolition, demandai-je à

l’intendant ?

— C'est toute une histoire, me répondit:-il,

Il y a quelque soixante ans, le château de Candiac était

habité par le fils aîné du député des Etats généraux, et par

le marquis de Grave qui avait épousé sa sœur Amélie.

Une violente querelle éclata entre les deux beaux-frères,

et une rencontre au pistolet eut lieu sur la passerelle qui

joignait les deux ailes du château. C'était au marquis de

Montcalm à tirer le premier.

— Je ne veux pas vous tuer, dit-il à son antagoniste,

Voyez cet oiseau dans cet arbre. Ce disant, il l’abattit, Les

témoins séparèrent les combattants,

Ne voulant plus vivre dans ce voisinage, il fit démolir la

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