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qu'ils ont à Québec de me compter l’argent dont j'aurai besoin- J'espère que vous ne voudrez pas laisser dans l'embarras un fils qui vous a été voute sa vie extrêmement dévoué, et j'ose espérer que vous voudrez bien m'accorder la grâce que je vous demande, et j'espère tout de vos bontés et que vous voudrez bien faire pour moi comme vous avez fait jusqu'ici. Nous avons reçu hier au soir un courrier qui était dépêché par M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général du Canada, à M. le marquis de Montcalm, par lequel il nous annonce deux vaisseaux de guerre qui sont en rivière, et qui escortent plusieurs vaisseaux marchands, et les deux bataillons du régiment de Berry qui étaient destinés pour Louisbourg. Mais M. de Drucour, gouverneur de Louisbourg, n'ayant pas besoin de ces deux bataillons dans la place, ayant unc bonne garnison, et étant gardée par la flotte de M. Dubois de la Mothe, portant pavillon de vice-amiral, ayant avec lui seize gros vaisseaux et cinq frégates, se croit assez fort pour battre l'ennemi qui oserait se présenter devant cette place; par ce moyen, l'entrée de la rivière nous est libre. Notre escadre croise depuis plus d’un mois devant Louis-
bourg. Ils n’ont pas vu le moindre vaisseau anglais sur nos
côtes, et on ignore où ils sont et ce qu'ils veulent faire ; leur projet était de venir faire le siège de Louisbourg et, après cela, de venir tout droit à Québec, On ignore ce qu’ils sont devenus. Mais la fin de la campagne nous développera.
le tout.
Notre armée est rassemblée depuis quelques jours et, sur la fin de ce mois, nous allons marcher pour aller faire le siège du fort George, quoiqu'il y ait beaucoup d'obstacles qui se
présentent pour le transport des vivres et de l'artillerie, et
pour le portage que nous sommes obligés de faire d’une lieue-
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pour entrer au lac Saint-Sacrement. Tous les obstacles n’empêcheront pas les projets que l'on a faits de faire le siège de ce fort. J'ose espèrer que, vers le 20 du mois d'août, je pourrai vous annoncer la réussite, si Dieu me fait la grâce
d'en revenir.
Nous avons eu un des plus cruels hivers qu'il ait jamais fait dans le pays ; jamais personne du Canada n'avait vu un hiver plus terrible que celui que nous avons passé ; nous avons eu huit pieds de neige pendant l'hiver, et la rivière a été prise jusqu'au 17 du mois d'avril, où les glaces ont commencé à partir. Nous avons eu, pendant tout l'hiver, de petits partis sauvages en campagne, sans en compter un, qui a été très considérable, de quinze cents hommes commandés par M. de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur des Trois- Rivières. Sa mission étiit d'aller brûler tous les hangars qui étaient hors du fort William-Henry (ainsi-que nous appelons le fort George au hout du lac Saint-Sacrement), et de l'enlever d'assaut, s'il y avait jour, sans pourtant :acrifier l’armée du roi. Il avait avec lui une compagnie de grenadiers, tirés des quatre régiments de la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc et Béarn, et quatre piquets tirés de ces quatre régiments, et le reste de troupes de la marine, Canadiens et sau ages. Ils ont brûlé quatre barques et tous les bateaux, un petit fort où 1l y avait environ quinze maisons, et toutes les maisons qui étaient aux environs du fort, Ne pouvant pas monter à l’assaut, parce que les ennemis avaient été prévenus, on les a sommés de se rendre. Ils ont répondu qu'ils ne se rendraient pas à une armée qui n'avait pas du canon, Si on en avait eu, ou autrement dit, si l'on avait pu trainer sur les glaces deux ou trois pièces de canon, le fort aurait peut-être
été à nous, et actuellement il nous en coûtera peut-être beau-
coup pour l'avoir.
Nous sommes partis de notre quartier d'hiver pour entrer en campagne depuis le 3 de mai, et nous travaillons conti nuellement au fort pour le mettre en état de défense. Nous travaillons actuellement aux demi-lunes et au chemin couvert et il nous tarde déjà d’être à la fin de la campagne pour nous
aller reposer.
Je vous suis bien obligé des nouvelles que vous voulez bien me donner de Perpignan, touchant toutes les personnes de ma connaissance. Je vous prierai très instamment de continuer à me donner des nouvelles de Perpignan, car j'en fais la lecture avec un plaisir inexprimable. J'ai été très sensible à la mort de la tante Soler et de celle «ie la cousine Grau.
Depuis que nous sommes dans le pays, il n’y a eu aucun changement au régiment : il n'y a eu que le pauvre M. de L'Hôpital, notre commandant, qui est mort, il y a cinq ou six jours, d'une maladie qu'il avait depuis longtemps, et qui s'était renouvelée depuis qu'il était dans ce pays. Nous l’avons tous beaucoup regretté, et nous ne trouverons jamais un commandant si aimable et qva aimât plus le corps que lui ; son plus grand plaisir était de pouvoir rendre service à tout le monde ;
vous verrez bien par là que le régiment a beaucoup perdu.
Je me trouve toujours le dernier lieutenant; j'ose espérer qu’à notre retour en France, je serai des premiers à avoir une compagnie, parce qu’il y a beaucoup de nr; messieurs qui attendent d'être de retour en France pour quitter ; et, par ce moyen, je pourrai être à même de faire un accommodement
pour avoir une compagnie.
J'ai été très sensible aux merques de souvenir que tous mes chers parents veulent bien se ressouvenir de moi, Je vous
prierai de faire bien mes compliments à l'oncle et à la chère
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l'oncle et à la chère tante Palmarolle, et surtout à ma chère marraine, et à toute la famille de Térésa, (sas pourtant oublier les cousinettes), à M. et à Mme de Rox, à Mme Denonville, à l'abbé Prat, à la chère tante de Sainte-Cathe-
rine, à la cousine Palmarolle et Soler, à toute la famille,
mon très cher beau-frère, à mes très chers neveux Ronira, à toute la famille, (mes très chers frères ne sont pas oubliés), à tous mes chers parents et pays. Je les prie de vouloir bien m'accorder un peu de part dans leurs souvenirs.
Tous nos chers pays se portent à merveille. Palmarolle, d'Oms, Selve, Lassus et Malia m'ont chargé de vous assure » de leur respect, et plus particulièrement Auguste Selve.
Vous pouvez dire à la chère cousine Palmarolle que son cher mari se porte à merveille.
Il ne me reste plus qu'à vous demander de m'écrire le plus souvent que vous pourrez, Car la seule consolation que j'aie est de pouvoir recevoir de vos nouvelles et de mes très chers frères. Je ne saurais comment pouvoir vous exprimer combien il me tarde d’avoir le plaisir de vous revoir. Il ne me reste pius qu’à vous demander la continuation des bontés que vous avez bien voulu avoir pour moi, et qu'à vous assurer du profond respect avec lequel
J'ai l'honneur d'être, Mon très cher père, Votre très humble et très obéissant serviteur,
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