‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 3)Chapitre 41 sur 58 · JAUBERT · texte numérisé non relu

JAUBERT

M. de Malartic a été très sensible à votre inarque de souvenir, et m'a chargé de vous assurer de ses respects, comme

aussi au cousin d'Oms.

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460 APPÆNDICE

Du camp de Carillon, ce 25 août 1757,

Je saisis avec empressement, mon très cher père, l’occasion d’un vaisseau qui doit partir pour France, pour annoncer la conquête que l’armée du roi a faite du fort William-Henry, ainsi que nous appelons le fort George, à douze lieues de distance du fort de Carillon, qui était situé au fond du lac Saint-Sacrement. Je n'ai pas voulu laisser passer cette occasion, quoique pressé, sans vous en faire part.

Je suis fort en peine de savoir l’état de votre santé, comme aussi celle de mes très chers frères, après les immenses espaces qui malheureusement nous séparent. J'ai reçu encore une de vos lettres datée du 16 janvier 1757, avec une autre que j'ai reçue aussi par le courrier du 20 janvier 1756, Cette dernière était restée infailliblement dans quelque bureau de la poste, Il est déjà arrivé à Québec vingt navires marchands, dont la plus grande partie partis de Bordeaux et de La Rochelle, Je suis fort en peine, après me l’avoir annoncé, de ne pas en recevoir C » vous, Si je ne connaissais pas les bontés que vous daignez avoir pour moi, cela me donnerait à augurer que vous m'avez oublié totalement, J'ose pourtant espérer que vous voudrez bien vous ressouvenir d'un fils qui n’a cherché et qui recherchera avec empressement toutes les occasions pour vous demander la continuation de toutes les bontés que vous voulez bien avoir pour moi. Je ne saurais comment pouvoir vous exprimer la peine et le chagrin que j'ai de ne pas recevoir de vos nouvelles ni de mes très chers frères dans un pays si éloigné, où c'est mon unique consolation. Je suis au moins très chariné que mes lettres parviennent jusqu’à vous. J'ai appris avec bien du plaisir par votre lettre que

vous en aviez reçu cinq. Vous ne me taxerez pas d'être pares-

seux à vous écrire. Je désire beaucoup que celles que je

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vous écrirai cette année-ci puissent vous parvenir. Aussi je n'épargne rien à ce sujet. Voici ma seconde que j'ai l'honneur de vous écrire cette année ; je vous écrirai dorénayant tous les douze jours. et toujours par numéro ; ainsi vous verrez celles qui vous manqueront ; je vous prierai très instamment de vouloir bien m'accuser la réception des numéros que vous aurez reçus.

Je vais vous faire en peu de mots le détail du siège que nous venons de faire ; je vous enverrai plus au long le détail

par ma première lettre,

Nous sommes partis du Portage, où est l'entrée du lac Saint-Sacrement, le premier, étant au nombre de sept mille hommes, y compris quinze cents sauvages. M. le chevalier de Lévis a marché par terre avec trois mille hommes depuis le Portage pour favoriser notre marche, faire l'avant-garde de l'armée et aller protéger notre débarquement au fort George. Notre armée, qui était par eau, arriva la nuit du 2 au 3 à une anse éloignée d’une lieue et demie du fort George, et dont M. le chevalier de Lévis s'était emparé. L'armée, qui était dans deux cent cinquante bateaux, où étaient les six bataillons des régiments de la Reine, la Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne et Béarn, et le reste des troupes, marine, Canadiens et sauvages, y débarqua au point du jour et se porta au-dessus du fort George, pour en faire l'investiture et pour aller à la rencontre d'un secours de douze cents

Anglais qui devaient se jeter dans le fort. Il se trouva que

‘ le secours était entré pendant la nuit, On en fut informé

par les prisonniers que nos sauvages firent sur une sortie de quatre cents hommes, que les ennemis voulurent tenter, dont

il y eut beaucoup de tués. L'armée, le même soir du 3, campa

très près du fort, et, la nuit du 4 au 5, la tranchée fut ouverte

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par six cents travailleurs et quatre cents pour les soutenir. Les travaux ont été poussés avec tant de vivacité que, le 6 au matin, une batterie de huit pièces de canons et un mortier ont tiré pour ruiner les défenses de la place; et, le 7 au matin, une autre batterie de huit pièces de canons, et trois mortiers ou obusiers ont fait la même chose. La nuit du 7 au 8 et celle du 8 au 9 ont été employées à construire un boyau et une seconde parallèle, et à y établir deux autres batteries pour pouvoir battre en brèche. Les ennemis, pendant tout le siège, ont fait une très vigoureuse résistance ; s'étant aperçus, le 9 au point du jour, que nous avions avancé nos travaux jusqu'au glacis de la place, ils demandèrent le même jour à sept heures du matin, à capituler. On dressa les articles de la capitulation aux conditions suivantes: la garnison et les troupes qui étaient dans le camp retranché sous le fort George, seraient renvoyées au fort Lydius avec les honneurs de la guerre, armes et bagages, une pièce de canon et un chariot couvert. La garnison, avec les retranchements, était composée de deux mille cent hommes, sans compter la perte qu'ils ont faite pendant le siège. Les dites troupes ne serviraient pas leur prince de dix-huit mois, et ils nous renverraient sous trois mois, du jour de la capitulation, tous les prisonniers qu'ils nous ont faits pendant cette guerre, de cette colonie. Nous leur avons pris vingt-trois pièces de canons, un mortier, trois mille quarts de farine ou de lard, et quatre barques qui ont été brûlées, dont deux prêtes à lancer. Tous les magasins ont été donnés au pillage aux sauvages. Voilà, mon très cher père, de très grands avantages pour cette colonie. Nous n'avons perdu que cinquañte hou.mes, tant tués que blessés, depuis le ler jusqu'au 16, Les ennemis

en ont perdu au inoins trois fois autant. Une partie de

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l’armée a été employée à démolir le fort et à combler le fossé. Toute l’armée est partie le 16, pour se rendre au Portage, dont une partie est descendue le même soir; ceux qui faisaient l’arrière-garde se sont rendus le lendemain.

On a reçu dernièrement des nouvelles de la Belle-Rivière, par lesquelles on mande qu'on y est très tranquille. Nous y avons continuellement des partis en Campagne, qui ravagent la Virginie, la Caroline et toutes les provinces. Nos sauvages font des merveilles, et nous sommes fort heureux qu'ils soient pour nous. Ils sont pires que des pirates, ils inventent toutes les cruautés inimaginables pour faire souffrir, et cela se passe tous les jours sous nos yeux, sans pourtant pouvoir y apporter aucun remède. Je ne vous en dis pas davantage, parce que le cœur me soulève toutes les fois que j'y pense. Je vous

assure qu’il me tarde beaucoup de repasser en France... .

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