‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 3)Chapitre 43 sur 58 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

LÉGENDE DE TICONDÉROGA (Vair p. 419)

Cette légende m'a été racontée par le Dean Stanley, lors de son passage à (juébec, il y a quelques années. J'ai appris depuis que le marquis de Lorne se plaisait à en faire le récit, à l’époque où il était gouverneur du Canada.

Sur le versaut occidental des montagnes d’Ecosse, s'élève le vieux château d'Inverawe, encadré dans un paysage renommé pour ses beautés pittoresques. Ce château a été

restauré à différentes époques, mais le hall, vaste pièce nue

ne #.

et froide, appelée la Salle du revenant, est resté tel qu’il était,

il y à un siècle et demi.

C'était vers 1742. Le Laird d’Inverawe, Duncan Campbell, veillait un soir devant sa cheminée, n'ayant d’autres compagnons que ses chiens de chasse, couchés autour de lui, Rien ne troublait le silence de sa rêverie, quand tout à coup ses chiens dressèrent les oreilles, et se mirent à aboyer. Un instant après, de violents coups retentirent à la porte du château. Le Laird se leva et alla ouvrir. Un montagnard du voisinage, Stuart of Appin, se précipita vers lui tout hors d'haleine et les traits bouleversés. Son plaid était couvert de sang.

— ‘ Je viens d'avoir une rencontre avec des brigands, ditil, et je suis poursuivi. Cache-moi, et jure sur ta dague que tu ne me trahiras pas”. Duncan Campbell, sous le coup de la surprise et de l'émotion, jura sur sa dague, A peine avait-il conduit l'étranger dans les oubliettes du donjon, que de nouveaux coups retentirent à la porte. En ouvrant, le châtelain se trouva en face de plusieurs montagnards, dont le chef lui dit :

—“ Ton cousin Donald vient d'être làchement poignardé par Stuart of Appin ; nous le cherchons ; il a pris le chemin du château ”.

Duncan Campbell demeura confondu à ces paroles, Il comprit pourquoi istuart l'avait fait jurer sur sa dague de ne pas révéler sa présence. Cependant il ne laissa rien voir de Vhorreur qu'il éprouvait, ne voulant pas violer son serment, et congédia les montagnards, sans rien leur dire. A peine Duncan était-il étendu sur son lit, qu'il. vit se dresser, au fond de la salle, un spectre qui s'avança vers lui. Il reconnut

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distirctement les traits de Donald ; mais sa figure était celle d'un mort, et ses vêtements maculés de sang. Duncan se releva de son lit glacé d’épouvante.—f Inverawe ! Inverawe ! dit le spectre d’une voix solennelle, mais sépulcrale, il y a eu

du sang de répandu. Ne cache pas le meurtrier ”,

Dès l'aube du jour, Campbell descendit dans le donjon et dit au meurtrier qu'il ne pouvait le garder plus longtemps. — “Tu as juré sur ta dague, lui répondit Stuart ”. Campbell l’assura qu'il ne le trahirait pas, et le conduisit dans la montagne, où il lui indiqua une caverne pour asile. La nuit suivante, Campbell essaya vainement de dormir. Vers minuit, ses chiens poussèrent de sourds grondements, et il vit de nouveau l'ombre de Donald éclairée par la flamme de la cheminée. La même voix retentit dans le silence, mais cetce fois lamentable et suppliante.— ‘ Inverawe ! Inverawe ! Il y a eu du sang de répandu ; le sang demande du sang. Ne cache pas le

meurtrier ?,

Duncan se leva dès le jour; il courut dans la montagne. Mais la caverne était vid», Stuart avait pris la fuite. Le même soir, pendant que le Laird se promenait, en proie à une fièvreuse agitation, dans la salle solitaire, le spectre lui apparut pour la troisième fois, plus pâle et plus livide, mais moins attristé qu'auparavant, et lui dit : — ‘ Adieu, Inverawe !

adieu jusqu'à ce que nous nous rencontrions à TicoNDÉROGA ?”.

Le bruit de cette vision fut bientôt répandu dans tout le pays. Mais qu'étair-ce que Ticondéroga? Campbell eut beau

interroger, personne n'avait entendu parler d'un tel lieu.

Quelques années après, il servait en qualité de major dans le 42me régiment des Highlanders, surnommé The Black Watch, qui fut appelé en Amérique pendant la guerre de Sept Ans. Campbell fut terrifié en apprenant que son régi-

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