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terre sans beaucoup de résistance sur la côte de Beauport, où il espérait se maintenir par un système de fortifications analogue à celui qui avait été employé à Louisbourg, Il avait supposé qu'il n'aurait d’engagement sérieux à soutenir qu’au passage de la rivière Saint-Charles. Mais voilà que du premier coup il se voyait rejeté à deux lieues de la ville au delà de la
rivière Montmorency, dont il embrassait d’un coup
d'œil les difficultés,
Quand il eut examiné attentivement les positions formidables occupées par son ennemi, qu'il eut reconnu tous les obstacles que la nature y avait aceumalés, tous ceux que des généraux habiles y avaient ajoutés et y ajouteraient encore, un sentiment de défiance s’empara de lui. Il comprit aue de loin il ne s'était pas rendu compte des difticultés qui attendaient,
Si du moins les douze mille hommes qui s’avançaient contre Carillon avaient été commandés par un général aussi entreprenant qu'il l'était lui-même, il aurait pu espérer faire à temps sa jonction avec lui. C’eût été la meilleure chance de succès; mais il connaissait trop bien le caractère d’Amherst, il avait trop souffert de ses lenteurs avant et après le siège de Louisbourg pour ne pas prévoir que ce général n’avancerait qu’à pas detortue, et que la campagne serait finie avant qu'il eût descendu le Richelieu, d'autant plus que la tactique toute de prudence et de temporisation suivie par Montcalm, lui disait d'avance quelle serait celle de Bourlamaque, Cette première inspection avait sufii pour le désillusionner et renverser ses projets; et, comme si la nature avait voulu refléter les nuages qui
mon soml g'éte pluie d’un plusi furet pour vite calm Le les :
plus:
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montaient dans sa pensée, le ciel si pur à l’aurore s’assombrit, un orage se forma au-dessus du cap Diamant, s’étendit sur les deux rives, éclata dans l'après-midi en pluie torrentielle accompagnée d’éclairs, de tonnerre et d'un vent qui fit chasser la flotte sur ses ancres ; plusieurs des transports, des bateaux et des berges furent jetés au rivage et mis en pièces. Heureusement pour les ennemis que cette tempête s’évanouit aussi vite qu’elle était venue, et qu'elle fit place à une nuit calme et sereine,
La même sérénité régnait la nuit suivante quand les vigies anglaises signalèrent à leurs commandants plusieurs points noirs glissant sur l’eau et grossissant à mesure qu’ils descendaient avec le courant, Sept brûlots avaient en effet été lancés sous la direction d’un capitaine de navire, nommé de Louche, jeune homme vantard et inexpérimenté, qui avait fait accepter ses services malgré l'avis des officiers du génie, Montcalm s'était mis en observation avec ses principaux officiers, devant l’église de Beauport, pour en observer l'effet, Il n'y avait guère confiance, et disait dans son Journal : “ Nos chers brûlots ! Cette épithète convient fort, car ils coûtent quinze à dix-huit mille francs. … Il faut espérer qu’ils auront un meilleur effet que n’en a eu la tempête sur la flotte anglaise ”.
Le sieur de Louche fut saisi d’une terreur panique avant qu’il eût atteint le milieu de la rade, et fit mettre, presque aussitôt après, le feu aux brûlots. Un seul fut conduit avec sang-froid et incendié à propos. Le brave officier qui le dirigeait, M. Dubois de la Milletière, ne put s’échapper du milieu des bateaux en flammes qui
l’entouraient, et périt avec deux de ses hommes. Une partie des brûlots alla s’échouer sur l’île d'Orléans ; les autres furent arrêtés par les marins anglais, qui y jetèrent leurs grapins et les touèrent au rivage, où ils achevèrent de brûler en projetant leurs sinistres lueurs sur la rade, le camp retranché et jusque sur le cap de Quebec.
Le capitaine Knox, qui de son navire vit s'approcher ces machines infernales, dit que rien n’était plus extraordinaire que leur aspect à la fois terrible et magnifique. Les canons chargés à mitraille, placés à bord avec une grande quantité de grenades et d’autres projectiles, éclataient de toutes parts avec une telle rage, que les sentinelles placées à l’extrémité de l’île furent saisies de terreur, et se replièrent en désordre sur le camp où elles jetèrent l'alarme. Les troupes légères marchérent en avant, les régiments de ligne prirent les armes et eurent ordre de charger les fuyards.
“ La nuit, continue Knox, n’était éclairée qe par les étoiles, et cette faible lumière était éclipsée par l'éclat des brasiers flottants dont la flamme courait presque aussi vite que la pensée à travers les cordages et les mâtures, Joignez à cela la solennité de la nuit dont les ténèbres étaient épaissies par d'immenses nuages de fumée, le tonnerre des canons, Pexplosion des grenades, le craquement des matières enflammées répercuté à travers les airs et les bois voisins, avec les cris sonores de Alls well! que se renvoyaient frég'emment de Jun à l’autre nos braves marins sur l’éau ; tout cela
offrait, je pense, une scène infiniment supérieure à tout ce qu'on en peut dire ”?,
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L'indignation fut aussi grande que le désappointement parmi les Francais. “Le sieur de Louche, observe Montcalm, se plaint que M. lintendant et M, Le Mercier les ont forcés de partir avant d’être entièrement préparés... Un des capitaines a dit: “— Messieurs, nous nous sommes lichement comportés. Il reste encore un brûlot, lavons notre honte dans le succès ou la mort”. Un seul a accepté; le reste n’a dit mot.”
Wolfe s'étant vu obligé de renoncer à ure descente à Beauport, avait tourné son attention du côté de la rive sud par où il pouvait s'approcher de Québec. Quelle résistance Montcalm lui opposerait-il sur les hañteurs de Lévis ? I] l’ignorait encore; mais elle ne lui paraissait pas devoir être bien forte, car il n'avait remarqué de ce côté ni travaux de fortitications, ni mouvements de troupes.
On voit encore aujourd’hui, en face du village de Saint-Laurent, la petite église de Beaumont conservée telle qu’elle était à la date du siège de Québec. Le 29, à cinq heures du soir, l'infanterie légère, les rangers, un régiment et un corps d'Ecossais avaient été transportés de lile d'Orléans à la rive sud, et s'étaient emparés sans résistance du village et de l’église de Beaumont. La marée se trouvant trop basse, le reste de la brigade destiné à faire cette opération sous les ordres de Monckton, ne put être traversé, et fut obligé de passer la nuit au bivouac sur le bord de la grève, grelottant de froid ; car à la chaleur du jour avait succédé un vent de nord si vif qu'il gela en quelques endroits.
À sept heures du matin, pendant que les troupes légères escarmouchaient avec un parti de Canadiens
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qu'elles refoulèrent jusqu’au bord du bois, Monckton mit pied à terre avec ses troupes, et gravit les étroits sentiers bordés de broussailles qui conduisaient à l’église. Son premier soin fut de faire afficher sur ie portail une proclamation rédigée par le général Wolfe.
Cette proclamation était un appel très habile adressé aux Canadiens. Après leur avoir parlé des forces irrésistibles qu’il avait conduites jusqu’au cœur de leur pays, auxquelles allaient se joindre celles qui s’avancaient par le lac Champlain, il leur disait que l’Angleterre n’en voulait qu’à la France, qu’elle ne faisait pas la guerre au peuple industrieux du Canada, ni à sa religion, ni aux femmes ni aux enfants sans défense ; que Îes habitants pouvaient rester sans crainte sur leurs terres c, rentrer dans leurs maisons ; qu’en retour de cet inestimable bienfait, il espérait que les Canadiens ne se mêleraient pas au conflit engagé entre les deux couronnes ; mais que s'ils osaient prendre les armes, ils verraient leurs moissons dévastées, leu: habitations réduites en cendres, leurs églises profanées par ses soldats exaspérés ; que la seule issue par laquelle ils pouvaient recevoir des secours tait fermée par une flotte formidable, et que durant l'hiver ils seraient en proie à toutes les horreurs de la famine. Il terminait en disant que la France, impuissante à secourir le Canada, avait déserté sa propre cause, que les troupes qu'elle avait envoyées n'avaient été entretenues qu’en faisant peser sur lés colons tout le poids d’une oppression sans frein ni loi.
Wolfe ne disait que trop vrai; cependant pas un
Canadien ne parla de se rendre, Ils ne comptaient plus.
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leurs sacrifices, s’obstinant à rester attachés À cette mère-patrie qui n'avait plus d’entrailles pour eux.
Au reste, au moment même où le général anglais protestait qu'il venait faire contraster sa manière de conduire la guerre avec celle des Français, ses propres soldats le démentaient par leur conduite, Quelques Canadiens tombés le matin même sous les coups des rangers, furent scalpés par eux à la facon des sauvages. Des femmes et des enfants furent brûlés vifs dans une maison à laquelle ils mirent le feu, quoiqu’ils sussent très bien que ces malheureux y étaient réfugiés,
Le parti de Canadiens restés en observation sur la lisière du bois, descendit à l’église après le départ des Anglais, arracha la proclamation et envoya un des leurs la porter au marquis de Vaudreuil 1,
Vers midi, l'attention des officiers français stationnés au camp de Beauport fut attirée par le mouvement qui s’opérait sur les hauteurs de Lévis. Une longue colonne, au milieu de laquelle il était facile de distinguer les troupes régulières à leurs couleurs écarlates, débouchait par le chemin de Beaumont, et montait vers l’église de Lévis, Aux petits nuages blanes qui se détachaient sur la verdure des coteaux, il était facile de juger qu’elle était harcelée par les tirailleurs canadiens, C’étaient en effet soixante coureurs de bois, qui après s'être attachés à ses pas pendant deux heures, étaient venus prendre position au pied du rocher boisé qui domine au sud l'église de Saint-Joseph de Lévis. M. de Vaudreuil, prévenu du débarquement des Anglais au nombre de
1— AXnox’s Journal, vol, I. pp. 302, 305,
sept à huit cents hommes, avait pris conseil du marquis de Montcalm et envoyé à leur secours trois cents Canadiens et marins, aux ordres de M, Dufils Charest, seigneur du lieu, ainsi qu’une quarantaine d'Outaouais et d'Abénakis. Cette petite troupe se battit depuis trois jusqu'à six heures du soir, avec une vaillance et une obstination qui firent l'admiration des Anglais, aussi bien que c'es habitants de la ville accourus sur les remparts. L'église et le presbytère, qui servaient de redoutes, furent pris et repris plusieurs fois. A la fin de l’action, Monckton ordonna à ses montagnards écossais de pénétrer dans le bois qui couvrait le coteau, pendant que l'infanterie légère en ferait le tour, et que lui en personne attaquerait l’église et le presbytère. “ Nos gens, dit le capitaine de Foligné, qui avait suivi l’action, eurent le dessus, et obligèrent les ennemis de leur laisser le champ de bataille, où les sauvages firent à loisir environ une douzaine de chevelures, ayant déjà un prisonnier”. M. Dufils Charest, ne voulant pas perdre le fruit de cet avantage, assembla les sauvages, toujours empressés de partir après un premier succès, et leur proposa de rester avec sa troupe. Il enverrait cinq ou six d’entre eux conduire le prisonnier au gouverneur, et lui demanderait un renfort d’un millier d'hommes, avec lesquels il forcerait les Anglais de se rembarquer. Les sauvages, qui n'avaient eu ni tués ni blessés dans le combat, donnèrent leur consentement, Malheureusement, le prisonnier amené à Québec déclara que le camp de Beauport devait être attaqué du côté de la
1 — Knox's Journal, p. 306.
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MONTCALM ET LÉVIS 91 Canardière durant la nuit, et il ne fut pas jugé prudent de le dégarnir 1”, Ce mouvement de retraite donna aux Anglais le temps de profiter de la connaissance du terrain, et de s’y fortifier de telle sorte qu’il ne fut plus possible de les en déloger.
Le marquis de Montcalm, qui était allé le matin même à la ville, pour conseiller au gouverneur le mouvement qui venait d'avoir lieu à la Pointe - Lévis, annonça à son retour que le camp allait être attaqué sur la droite entre dix heures et minuit, La batterie flottante de M. Duclos, le Diable, vint s’embosser à l'entrée de la rivière de Beauport. Ordre fut envoyé immédiatement au chevalier de Lévis de se replier un peu vers le centre. “Les Canadiens bordèrent les retranchements vis-à-vis de leur camp en s'étendant sur leur droite; nos troupes au centre et le reste des Canadiens appuyant leur gauche au ravin de Beauport ; la troupe à cheval dans la cour de la Canardière pour être prête au besoin, M. le marquis de Montcalm parcourut toute la ligne avec M. de Bougainville et ses aides de camp, dont M. de Caire, ingénieur, faisait les fonctions suivant l’usage..… Je passai la nuit à la batterie de la Canardière avec Le Mercier. Les troupes attendirent inutilement la descente des Anglais; on les fit rentrer au point du jour”. Une alerte eut lieu en ce moment au camp des Canadiens, d’où partit un feu de mousqueterie qui jeta l'alarme dans la ville, ‘“ On y battit la générale, croyant le camp attaqué”. Cette fusillade achevée, les troupes rentrées dans les tentes,
1 Journal de Montcalm.
tout fut tranquille, “et je vins me coucher à sept heures du matin, avec la fièvre qui m'empêcha d'aller tracer la batterie Saint-Louis, comme je avais promis à M. le chevalier de Lévis ”.
Montcalm prit à peine quelques heures de repos, car il croyait à une attaque imminente, et il n’était pas rassuré sur ses préparatifs. Il trouvait que sa petite armée était bien trop dispersée sur les deux grandes lieues qu'embrassait sa ligne de défense ; car il n'avait cédé qu’en hésitant aux raisons du chevalier de Lévis qui avait insisté pour que les retranchements fussent prolongés au delà de la rivière de Beauport jusqu’au saut Montmorency ! L'aile droite, formée des milices de Québec et des Trois-Rivières, commandées par MM. de Saint-Ours et de Bonne, s’étendait depuis la rivière Saint-Charles jusqu’à la Canardière ; le centre, composé des bataillons de la Sarre, Languedoc, Béarn, Guyenne et Royal-Roussillon, aux ordres du brigadier Senezergues, s’'échelonnait depuis la Canardière jusqu’à léglise de Beauport ; enfin, la gauche, formée des milices de Montréal, sous MM. Prudhomme et Herbin, se prolongeait Jusqu'à la rivière Montmorency.
Après une nouvelle inspection des postes, le général craionit que dans le cas d’une attaque dirigée sur son centre, il pût être enfoncé et coupé de sa ligne de retraite, Du camp de Royal-Roussillon il écrivit, le soir, à
1 Montc#lm en était encore piqué lorsqu'il écrivait à Bourlamaque : ‘“ L'opiniâtreté, entre nous, du chevalier de Lévis, dont l'opinion prévaut à celle de l’armée et à la mienne, ne me déplait que pour le bien”, Au camp de Beauport, le T juillet 1759.
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Lévis : “ Depuis vous avoir quitté, mon cher chevalier, je suis à cheval et je cours, et je suis effrayé de notre position sur laquelle je vous conjure de réfléchir, sans opiniâtreté pour une première opinion ”. Il dissertait ensuite avec lui sur les chances d’une descente des Anglais au centre, ou bien sur une des ailes du camp. “ Comment voulez-vous que lon garde cet espace immense depuis le poste de Royal-Roussillon jusqu’à la Sarre ? Languedoc et Béarn, trop loin; si on peut, campons les plus près, fût-ce dans les blés, et par séparation, même par demi-bataillon.…, Je resserrerais ma ligne de la Canardière à Beauport, et j’espèrerais avec deux mille Montréalistes et sauvages garder la gauche, et je n'y mettrais rien de plus... Je vous écris de chez Poulhariez, sans cependant m'en communiquer avec personne, afin que vous dormiez dessus, comme vous d'tes très bien
Montcalm donnait ensuite le chiffre exact des forces dont il disposait :
Oind'Dataitions; ii ice 2,900 Trois-Rivières 1,100 3,800 3,000
“Et avec les sinuosités de quatre à cinq lieues à varder : voilà le tableau, méditez-le ce soir...
“Je suis sûr que demain vous serez la plume à la main, effrayé du détail des gardes. IL faut faire un
1 — Le chevalier Johnstone, aide de camp de Lévis, dit que l'armée ne montait pas à dix mille hommes ”, Dialogue.
habit suivant l’étoffe qui est courte, Je vous écris avec ouverture; je défère volontiers à votre avis. Mais tâchons de n’en avoir qu’un, mon cher chevalier ; l'amitié et l'intérêt nous y doivent porter ”,
Montcalm ne s’imaginait pas en ce: moment que son ennemi redoutait autant de l’attaquer dans ses positions que lui-même craignait d'y être fo) . Wolfe avait cependant plus d'hommes de terre et de mer à opposer au général francais, que celui-ci n'avait de soldats et de nilieiens à sa disposition, Le premier pouvait mettre en ligne neuf mille hommes de troupes régulières, tandis que le second n’en avait que deux mille neuf cents sous la main, C'était trois contre un. Aux sept mille neuf cents miliciens, le général anglais pouvait opposer un plus grand nombre de marins armés de toutes pièces, tandis qu'une grande partie des Canadiens n'avaient que des fusils de chasse sans baïonnettes, Il n’était paru à Québec que cinq ou six cents sauvages,
Pendant que Monckton se fortifiait à Lévis, quatre chaloupes canonnières se détachèrent de Beauport et vinrent s’aligner à une demi-portée de fusil de la pointe, comme pour y faire une descente, Les capitaines Cannon et Le Sage, qui les montaient, avaient le soin de dissimuler la présence de leurs pièces d'artillerie, en groupant autour une partie de leurs soldats. Ils attendirent que les troupes anglaises qui venaient s'opposer à son débarquement, se fussent rangées au bord de la grève, et ils ouvrirent à l’improviste sur elles un feu de mitraille qui, en moins d’une demi-heure, abattit une centaine d'hommes, Ils en auraient tué davantage si une frégate
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anglaise, avertie par des signaux, ne se fût approchée, Les chaloupes se retirèrent alors à l'abri des canons de la place sans qu’elles eussent perdu un seul horame, Un petit nombre de sauvages miemacs envoyés par M, de Boishébert, qui rôdaient sur les coteaux et fusillient avec les troupes légères, tombèrent dans une embuscade et perdirent neuf des leurs, auxquels les rangers, qui avaient pris leurs coutumes barbares, enlevèrent la chevelure, Nos coureurs de bois, que les
écrivains angais ont tant de fois accusés d’être pires
que des Indiens, ne se livraient pas à de pareils actes de férocité 1,
Wolfe, accoutumé aux guerres d'Europe, fut bientôt révolté de voir les rangers arriver de leurs courses avec d'horribles chevelures suspendues à leurs ceintures, Il défendit strictement la pratique inhumaine de scalper, excepté quand les ennemis seraient des Indiens ov des Canadiens habillés en indiens ; ce qui n’empêcha pas les rangers de continuer à scalper indistinctement ?,
1 C'était une conséquence de l'esprit de douceur et d'humanité enseignées de tous temps par les Français. Il n'y avait guère que les métis élevés dans les bois et devenus sauvages qui eussent pris l'habitude de scalper. En réponse aux plaintes et aux menaces de représailles faites par le général Wolfe, Montcalm, de concert avec Vaudreuil, résondit qu'il était assuré que les Canadiens n'avaient point été dans le cas de lever des chevelures, ‘“ Les menaces, concluait-il, ne nous rendront ni craintifs, ni féroces ”. Lettre de Montealm à Lévis, 26 juillet, — Journal de M. de Foligné.
2__ Les rangers ne se contentaient pas de scalper, ils déchiquetaient et mutilaient les morts. ‘ On a trouvé au delà du saut des corps des nôtres mutilés d'une façon barbare Lettre de Montcalm à Lévis, 2 août 1759.
Wolfe avait ordonné, dès le matin, à Carleton, d'aller établir un camp fortifié à l'extrémité occidentale de île d'Orléans, et il partit lui-même pour la Pointe- Lévis, précédé d’un nouveau corps de troupes avec lequel il s’avanca jusqu’en face Ge la ville. Le capitaine Knox, qui s’y trouvait le même jour, ne fut pas moins frappé que son général de l’aspect que présente de ce côté le cap Diamant. “Nous avons eu, dit-il, la plus agréable vue de la cité de Québec. Le fleuve n’a ici qu'un mille de largeur et vient battse la base du promontoire qui, d'aucun côté, ne paraît aussi formidable ”. Wolfe avait en face de lui le château séculaire des gouverneurs de la Nouvelle-France, auquel se rattachaient tant de faits importants de l’histoire d'Amérique. C’est de là qu'était partie l'impulsion qui avait poussé La Salle aux bouches du Mississipi, d’Iberville à la baie d'Hudson, La Vérendrye aux montagnes Rocheuses. C’est de là que Frontenac avait dit à l’envoyé de l'amiral Phipps cette fameuse parole : — ‘ Allez dire à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons ?.
A sa droite, le général anglais avait une vue plongeante sur le camp de Beauport, où il voyait les troupes francaises occupées sur toute la ligne à compléter des retranchements bien plus formidables que les abattis derrière lesquels Montcalm avait repoussé à Carillon, l’année précédente, avec une poignée d’hommes, l’armée d’Abercromby. A la couleur des uniformes, il croyait remarquer qu'il n’y avait qu’un cinquième des soldats appartenant aux troupes régulières. Toutes les ouvertures des maisons de Beauport, formant une ligne
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ininterrompue le long du chemin, étaient barricadées pour servir à la mousqueterie, Le rideau d'arbres qui bordait le Montmorency, et qu'il avait en ce moment en pleine vue, paraissait rendre impraticable le passage de cette rivière, Après ce dernier examen, Wolfe hésita plus que jamais à risquer une descente sur Beauport. Mais par quelle manœuvre dissimuler son inaction ? Il n’en voyait d'autre que de bombarder la ville, C’était un moyen aussi inutile que barbare, qui, sans le rapprocher de son but, ne ferait qu'exaspérer là population; mais il satisferait ses soldats en les tenant oceupés et en leur donnant l'illusion de quelques progrès, Il fixa done l'emplacement des batteries, et fit immédiatement couper des fascines, faire des gabions, élever des parapets et traîner du canon. Les Francais qui, de leurs remparts, suivaient ces mouvements, essayèrent de les inquiéter; mais leurs canons, d’un trop faible calibre, atteignaient à peine les ouvrages et ne faisaient aucun mal à l’ennemi.
Montcalm, toujours préoccupé de sa position dont il croyait le centre trop faible, avait incorporé trois cents Canadiens dans les bataillons de la ligne qui en avaient déjà reçu un bon nombre, Il fit un corps de réserve du bataillon de Guyenne, qui dut se tenir prêt à se pr'ter à droite où à gauche, depuis le ruisseau de Beauport jusqu’à la rivière Saint-Charles, L'armée passait les nuits aux retranchements, et le marquis s’étonnait de l'activité du chevalier de Lévis qui, robuste et plus jeune que lui, supportait sans paraître s'en apercevoir, les fatigues et les veilles: “ Vous êtes heureux d’être
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infatigable, C’est toujours au mieux... Avant de vous coucher, je serai bien aise d’avoir de vos nouvelles... Tout ce que vous faites, mon cher chevalier, est toujours très bien, S'il ne fallait que votre vigilance pour sauver le pays, la besogne serait sûre ; mais il faut autre chose ”,
La flotte anglaise, qui, à son arrivée, s’étendait sur deux lignes immenses entre l’île d'Orléans et la côte du sud, s'était rapprochée chaque jour et ancrait maintenant à l’entrée de la rade de Québec, Le capitaine Knox, qui était très sensible au côté pittoresque des choses, en était dans l'admiration : elle avait, dit-il, une apparence superbe sur la rivière, L’impression que sa présence
produisait sur les Canadiens était bien différente : pour:
eux, c'était comme un nuage sombre recélant la tempête. De ces cavernes flottantes sortaient les hordes étrangères et les engins de guerre qui allaient porter parmi eux la destruction et la mort,
Le 5 juillet, à l’heure où le soleil de midi éclatait sur la rade, on vit s’avancer une berge portant le pavillon parlementaire, Un bateau canonnier expédié à sa rencontre rapporta un message de l'amiral Saunders, demandant un échange de prisonniers, parmi lesquels. plusieurs dames et Ces religieuses prises dans le bas du fleuve sur un navire qui les ramenait en France, Le lendemain, le chevalier Le Mercier fut chargé d’aller porter la réponse du gouverneur, Parmi les prisonniers échangés se trouvait le petit-fils de l’amiral Durell, pris
à l’Ile-aux-Coudres. A la vue du pavillon blane, la.
frégate le Trent arbora les mêmes couleurs au mâé. de misaine, et fit monter à son bord le chevalier, qui
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ous fut recu avec beaucoup de distinction et de politesse, | 94 se + Wolfe, qui s'était rendu sur la frégate pour lui faire à tou- accueil, et sans doute aussi pour essayer d'en tirer quel- : 4 Jour ques renseignements, se montra très aimable et linvita : | utre à déjeuner, Une berge anglaise conduite, dit-on, par le +) capitaine Cook li, ayant profité de ce moment pour nai sur sonder le chenal au nord de lile d'Orléans, fut apercue da e du par un des canots d’écorce qui faisaient la garde nuit et nant jour autour de la baie. L’équipage d’indiens outaouais | , qui qui le montait, s’élina à sa poursuite avec cette ‘ | s, en supériorité de vitesse que donnent ces légères embarca- | ence tions, rejoignit la berge avant qu'elle eût touché le ence rivage, et fit une chevelure, Les sauvages, glorieux de pour ce premier succès accompli en présence des deux armées, tem- descendirent sur la grève, où ils furent bientôt suivis de rdes plusieurs canots chargés de guerriers. | orter Pendant près d’une heure, ils fusillèrent avec un détachement anglais venu à leur rencontre, tuëèrent ou sur blessèrent une vingtaine d'hommes, et se rembarquérent illon sans avoir perdu un seul des leurs? Cet incident, ren- rapporté à bord du Trent, pendant que le général Wolfe lers, était à table entouré de ses principaux officiers, obligea ie uels. le chevalier Le Mercier de se lever et de dire adieu à À bas ses hôtes. Il rapporta qu'il y avait environ cinq mille : nee. ST AIEIES dan “à À ji aller ne LE ia s 1 James Cook, commandant du Mercury, qui devait s'imlers mortaliser par ses voyages autour du monde. Tous les histo- Hi pris riens ont remarqué que dans le camp français se trouvait, en \ de F même temps, Bougainvilie, son rival en cireumnavigation. , 1 2 4 Les O itaouais ont poursuivi une barze,...ont pris deux ta mât, honmes qu'ils ont tués, parce qu'ils ne voulaient pas mar- È Æ
cher,” Journal! de Ma'artic, p. 24$.
hommes au camp de Pile d'Orléans, et trois mille à celui de la Pointe-Lévis.
L'indécision de Wolfe tenait les généraux francais dans une incertitude qui, pour le moment, était leur principal embarras.
Plusieurs vaisseaux entourés de berges vinrent s’embosser en plein jour près du saut, et caionnèrent le camp de M. de Lévis. La batterie flottante, échouée alors au rivage, rejointe bientôt par les chaloupes anonnières, leur répondit avec une vigueur qui les forca de s'éloigner, Au soleil couchant, les berges chargées de troupes descendirent le long de l'ile d'Orléans, On crut à une fausse attaque de ce côté pour surprendre l'aile droite du camp; mais durant la nuit trois ou quatre mille hommes, sous les ordres de Townshend et de Murray, traversèrent de l’île d'Orléans, et vinrent occuper la rive gauche de la rivière Montmorency, où ils commencèrent à se fortifier. De cette position qui domine la rive droite, ils pouvaient inquiéter le camp du chevalier de Lévis. Montcalm cependant, contre l'avis de Vaudreuil !, ne erut pas prudent de faire traverser un gros détachement pour les déloger,
14 M.le marquis de Vaudreuil et M. l'intendant voulaient qu'on passât le soir même le saut Montmorency pour aller attaquer l’armée ennemie ; mais l'avis contraire a unanimement prévalu ”. Journal de Montcalm. — Le même jour Montcalm écrivait à Lévis qu'il n’y avait que trois partis à prendre : le premier, d'envoyer un fort détachement de l’autre côté du Montmorency ; le second, de rester sur l’expectative ; le troisième, de jeter le gros de l’armée sur l'aile gauche. Pourvu que vous et moisoyons d'accord, je déterminerai M. le marquis de Vaudreuil à celui que nous voudrons. Après
quoi il en arrivera ce qu’il plaira à Dieu ”.
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it voupour aire à même artis à autre ative ; ruche.
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Après
Dès le 7 juillet, ilavait envoyé M. de Lapause explorer les gués de la rivière pour y élever des épaulements, Le brave capitaine de Repentigny, avec ses onze cents Canadiens d'élite, en eut la garde.
Le chevalier Johnstone, officier jacobite, que Lévis venait de prendre pour aide de camp, a prétendu sans aucune vraisemblance que son commandant n'avait reconnu qu’au dernier moment que la rivière Montmoreney “tait guéable ! Johnstone raconte qu’il lui demanda #il était sûr qu'il n’y avait pas dans le haut de la rivière quelque gué par où les Anglais pouvaient passer. Lévis lui assura que non, et qu'il était allé luimême examiner la rivière jusqu’à sa source, Un Canadien qui se trouvait auprès, dit tout bas à Johnstone : —" Le général se trompe, il y a un gué que les habitants passent tous les jours ”. Johnstone répéta cette parole à Lévis qui n’en voulut rien croire, et rebuta si durement
1 Le chevalier Johnstone était un esprit mal balancé, inquiet et peu réfléchi. Dans une lettre à Bougainville (50 avril 1760), Vaudreuil disait de lui :
‘“ Je suis très surpris de la légèreté et de l’inconstance de
M. de Johnstone à me demander aujourd'hui à joindre M. le chevalier de Lévis, à Québec, ne lui ayant accordé d'aller à l’Isle-aux-Noix qu'après les sollicitations qu'il a fait faire par M. le chevalier de Lévis et vous. Je n'ai aucun égard à ses représentations ?”.
Le chevalier Johnstone a écrit trois mémoires sur le Canada, Malgré la forme et le titre fantaisistes de celui qu’il aintitulé : A Dialoquein Hades (Dialogue des Morts),il a une valeur historique, L'auteur met en présence dans les Champs-Elysées, les ombres de Montcalm et de Wolfe, et les fait causer ensemble. Il n'y a de fictif dans ce dialogue que la mise en scène : les événements dont les deux héross’entretiennent sont les campagnes auxquelles ils ont pris part. Les deux autres mémoires ont pour titre : The campaign of Louisbourg, 1150-1758. — The campaign of 1760 in Canada.
102 MONTCALM ET LÉVIS le Canadien que celui-ci ne se hasarda plus à parler. L'aide de camp le prit ensuite à part et lui dit d'aller chercher quelqu'un qui avait récemment traversé le gué, et de l’amener au quartier général. Il revint un instant après avec un individu qui aflirma l'avoir franchi la nuit précédente, avec un sac de blé sur les épaules, n'ayant trouvé que huit pouces d’eau. Cette histoire, répétée par les historiens, est une pure invention contredite jar Montcalm et par Lévis même !, Tous deux savaient, depuis leur arrivée, qu’il y avait non seulement un gué, mais plusieurs, dont le principal, distant de près d’une lieue, était connu des habitants sous le nom de Gué ou Passage d'Hiver 2
Quatre cents sauvages, la plupart Outaouais, commandés par M. de Langlade, avec quelques Canadiens, les franchirent, descendirent le long de la rive alors couverte de forêts, et se jetèrent le casse-tête à la main sur un détachement de quatre cents hommes qui protégealent les travailleurs du camp anglais. Les hurlements
| — Elle est rapportée au long par M. Parkman dans Montcalm and Wolfe, vol. IT, p. 217.
2— Voici ce que Montcalm écrivait à Lévis le ler juillet : Lapause a jalonné et fait reconnaitre des chemins pour nous porter à tous les gués du saut Montmorency. Longueuil qui était avec lui y retourne aujourd'hui avec une douzaine de sergents pour les bien cornaitre.... J’y voudrais des épaulements”. Lévis dit dans son Journal, p. 183,'à la date du 5 au 8 juillet, que Wolfe espérait passer la rivière à marée basse, ‘ ou à des gués qui étaient à une lieue au-dessus... On mit des gardes aux gués ”. Dès l'automne précédent, l'ingénieur Pontleroy avait exploré le cours du Montmorency et reconnu les gués. ‘On ne peut passer la rivière, dit-il, au-dessus du saut qu’en deux endroits, l’un distant d'une lieue du dit saut, l’autre de deux ”. Collection Lévis, Lettres et pièces militaires. Outre M. de Repentigny, placé au Passage-d'Hiver, MM.
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de cette bande répandirent la terreur parmi les soldats, qui se replièrent en désordre sur le gros de l’armée, après avoir perdu quatre-vingts ou cent hommes tués ou blessés, Repoussés à leur tour par des forces supérieures, les sauvages perdirent une quinzaine de guerriers qui s’obstinèrent à lever des chevelures. Cette perte causa la mort de cinq prisonniers qui furent immolés sur le champ. Les sauvages revinrent épuisés, avec trente-six chevelures. Les rangers rivalisèrent de cruauté avec eux, Ils avaient fait prisonniers deux enfants de la paroisse de lAnge-Gardien. Ces petits malheureux pleuraient et se lamentaient pendant que les soldats, poursuivis par quelques indiens, les entraînaient avec eux: ils les tuèrent pour s’en débarrasser 1,
Les batteries de Québec produisaient si peu d'effet sur les ouvrages de la Pointe-Lévis, que Montcalm, qui craignait de manquer de poudre, ordonna d’en cesser le feu, L’alarme était déjà grande parmi les citoyens à la veille de voir leur ville bombardée et réduite en cendres. Is murmuraient hautement contre les généraux qui ne faisaient rien pour déloger les ennemis. Les principaux
Herbin et Raïmbaut furent postés plus haut, à deux endroits où la rivière paraissait guéable.
Afin de bien me rendre compte des lieux, j'ai parcouru à pied les deux bords du Montmorency, en remontant la rive droite jusqu’au Passage-d'Hiver, et redescendant par la rive gauche. On ne compte aujourd’hui que deux milles du fleuve au Passage, Les deux berges, très encaissées jusque-là, s'y abaissent considérablement, On distingue encore parfaitement les épaulements élevés par M. de Repentigny. La chaussée d'un moulin, construite un peu au-dessousdu gué, l’a rendu infranchissable. A l'exception de deux petites clairières ouvertes de chaque côté de la rivière, cet endroit est aussi sauvage et isolé qu'au siècle dernier.
1 Knox’'s Journal, vol. I, p. 322.
se réunirent en assemblée et décidèrent d’envoyer une députation au camp de Beauport. Le lieutenant de police de Québec, M. Daine, au nom du peuple, et
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M. Taché, au nom du commerce, demandèrent qu'il fût permis aux citoyens de traverser le fleuve et d'aller détruire les batteries de la Pointe-Lévis. Montcalm venait de conseiller cette opération. Il écrivait à Lévis, le 11 juillet: “ M. le marquis de Vaudreuil, mon cher chevalier, a dit «men au mouvement projeté, d'autant que dès s qu’on lui parle de détermination à combattre, c’est lui faire bouillir du lait, Il n’y sera pas, et la pièce en sera plus tôt finie en bien ou en mal. En conséquence de ce, tous les ordres sont donnés 1 ”
1 — Cette violence de paroles frappe davantage quand on ut en regard la modération et la déférence que montrait
Vaudreuil dans ses rapports avee Montcalm. Il lui écrivait deux jours après :
“Je recois dans le moment la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à dix heures et demie du soir. Il est bien heureux que nous ayons eu un déserteur domestiqué d’un officier général... Je suis très sensible aux soins que vous voudrez bien vous donner pour m'envoyer sa déposition... Il n’estrien de mieux que l’ordre que vous avez donné aux bataillons de la Sarre et de Béarn, et la disposition que
se ses suis très sensible, Monsieur, à l'attention que vous avez bien voulu avoir de me faire part de la lettre de M. le chevalier de Bernetz.... Je pense tout comme vous, etc. Vaudreuil à Montcalm. Au camp, 19 et 22 juillet,
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une Le détachement se composait d’un ramassis de bour- : de seois de tout âge et de toutes conditions, n'ayant ni expéet Ë rience de la guerre ni discipline, Ils avaient même st:l admis dans leurs rangs les élèves du séminaire, formant | un piquet de trente hommes, que les badins avaient | |
baptisé du nom de Royal-Syntaxe, En un mot, c’était un assemblage réunissant tous les éléments propres à amener un désastre, Une centaine de volontaires tirés des bataillons de la Sarre et de Languedoc leur furent
fût adjoints, ainsi que quelques sauvages. Ils partirent le ler soir du 12 juillet au nombre de quinze cents, sous les 4 alm ordres de M. Dumas, l’un des meilleurs officiers de la À vis, colonie, à qui était échu le dangereux honneur de com- ÿ cher mander cette expédition. Ils remontèrent jusqu’à Sillery, ii que où des bateaux rassemblés d'avance les traversèrent à \ c’est l'est de la rivière Etchemin. Dumas y laissa cinquante ‘à > en | hommes à la garde des bateaux et mit sa troupe en ji nce marche sur deux colonnes par une nuit très obscure, |
A une petite distance du camp anglais, il fit halte
près de la maison d’un nommé Bourassa, d’où 1l envoya quelques Canadiens et sauvages à la découverte, qui
| + cal trouvèrent la campagne déserte devant eux. Le déta- Ne ya chement s’ébranla de nouveau; mais les guides s'étant | PR fait égarés, on s'arrêta pour se reconnaître, Heureusement l'AS aus que quatre-vingts habitants de la Pointe-Lévis arrivèrent que en ce moment, qui rassurèrent M. Dumas sur sa marche. RUE Comme l'avant-garde du détachement se relevait pour Ÿ que + partir, elle fut entrevue dans l'ombre par l’autre colonne à OR qui s'était avancée le long d’une clôture et qui la prit [. le k pour un parti d'ennemis, Une terreur panique courut ; ——. dans leurs rangs ; ils se débandèrent et prirent la fuite,
Une fusillade partie en cet instant du corps des étudiants mit les deux colonnes en déroute, Tous les efforts de M. Dumas et de ses officiers pour rétablir l'ordre, furent inutiles, Le vertige s'était emparé de cette foule qui fuyait vers les bateaux, Deux autres décharges de mousqueterie tirées pendant qu'on faisait la descente de la falaise, tuèrent deux hommes et en blessèrent trois, Quand M. Dumas arriva au lieu de l'embarquement, les deux tiers de la troupe étaient déjà dans les bateaux prêts à s'éloigner du rivage, Il eut des peines infinies à les faire débarquer et à rétablir un peu d'ordre, Il les gourmanda sévèrement, mais ne jugea pas prudent de retourner sur ses pas, de crainte que la fusillade n’eût donné l'éveil aux Anglais. P’ailleurs le jour approchait, Il était à peine huit heures du matin quand le détachement rentra en ville couvert de honte et de confusion, Cette équipée fut appelée le “ coup des écoliers 1 ?,
Ce fut le signal d’un déménagement général dans toute la ville. La plupart des familles s’enfuyaient vers la campagne ; le reste s’entassait le long des remparts de l’ouest, hors de la portée des bombes et des boulets, ou dans les faubourgs. Les rues étaient encombrées de voitures chargées de meubles et d'objets de ménage, dont on vidait les maisons. Bientôt la porte du Palais ne suffit plus à la civeulation ; on dut ouvrir celles de Saint-Jean et de Saint-Louis. Il ne resta à la basse ville et dans la partie exposée de la ville haute, que la
1 — Foligné, Journal mémoratif.— Journal tenu à l'armée. — Journal de J.-C. Panet.
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garnison et les hommes organisés en compagnies de sapeurs-pompiers, occnpés à faire des approvisionnement d’eau dans les différents quartiers, Les ursulines et les hospitalières laissèrent leurs monastères à la garde de quelques-unes de leurs sœurs, et allèrent se réfugier à l'Hôpital-Général, On retira la poudre des magasins et on en fit un dépôt à Sainte-Foye,
Déjà quelques bombes et boulets avaient été lancés sur la ville, A neuf heures du soir, sur un signal donné par une fusée partie du vaisseau amiral, les mortiers et les canons des batteries de la Pointe-Lévis commencerent à tirer à la fois. Toutes les bombes étaient dirioces sur la haute ville, aux endroits où s’élevaient les plus grands édifices et les pâtés de maisons les plus compactes. Le dommage fut très considérable dès cette première nuit, Plus de trois cents bombes et pots-à-feu furent lancés en moins de vingt-quatre heures, Cette pluie de fer et de feu ne cessa que lorsque la malheureuse cité ne fut plus qu’un monceau de ruines et de cendres, La cathédrale, une grande partie de la haute ville et toute la ville basse devinrent la proie des flammes, On pouvait compter les maisons qui n'avaient pas été trouées où endommagées par les projectiles, Plusieurs personnes furent tuées, Les citoyens, dont un grand nombre étaient ruinés par cette mesure aussi
cruelle que vaine, regardaient avec désespoir les nuages de feu et de fumée montant nuit et jour au-dessus de leurs remparts.
Le lendemain du bombardement, Montcalm écrivit dans son Journal : “ M, de Pontleroy, sensible au sort des malheureux, a ouvert toutes les poternes aux fem-
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mes et aux enfants ; et notre regret, à lui et à moi,
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L’aile gauche de l’armée francaise se trouva dans une Bou position inquiétante du moment que les Angluis se de ]
virent solidement retranchés sur la rive opposée du put Montmorency, Les deux camps n'étaient séparés que qu'il par l’étroit chenal de la rivière qui, après avoir formé vois
les rapides des Marches Naturelles, va se jeter dans un lait
abime de plus de deux cent cinquante pieds de hauteur,” se
d’où elle traine ensuite languissamment jusqu’au fleuve sa pit ses eaux qu'on dirait étourdies de l'énorme bond qu’elles avait viennent de faire, Les deux rochers qu’elle divise par qu'u sa nappe mince et blanche d’où monte sans cesse un l'OM] nuage de vapeur irisé par l’arc-en-ciel, s'ouvrent en un L' entonnoir qui se prolonge jusqu’à la rencontre du rivage, d'un A marée basse, un gué y est pratiquable pendant quel- la lig ques heures, Les deux armées s'étaient abritées à portée M. d de la voix par un fort épaulement, d’où les francs- COM tireurs échangeaient des balles d’une rive à l'autre, livne Chaque jour quelques - uns étaient tués ou blessés, la ga Montcalm fut obligé de calmer l’ardeur de ses gens : “IL par ( faut tâcher, écrivait-il à Lévis, que nos sauvages, nos relev soldats et nos Canadiens se ménagent un peu en fusil- Le lant ; car, quoique nous leur tuions du monde, je été r regrette bien les nôtres ”. Plusieurs batteries érigées de les re distance en distance sur chacune des deux rives, lan- le pa caient d’un camp à l’autre des bombes, des boulets et les n
des grenades, Le capitaine Knox qui, après un premier de E
moi,